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Il était le Feu incarné. Puissant, long et fin de corps. Flamboyant d'esprit, volcanique de caractère. L'incandescence faite homme, ou ce qui y ressemblait. Il était beau comme une flamme qui danse, attirant comme un incendie. Versatile, une fois il brûle, l'autre il réchauffe doucement. La chaleur de son corps, l'aura rouge-orangée qui l'entourait, ses cheveux écarlates. Et dans son coeur, son souvenir qui ne battait pas, la rage et la haine, le dégoût des autres le brûlait. Le rongeait. Le dévorait. Le consumait tout entier. Ce manteau qu'il portait comme un blâme, ces couloirs blanc-oubli, les regards vides. Leurs discours honteux, leurs gestes d'hyprocrisie, leurs suffisance, leurs soifs de pouvoir. L'enflammait. Il était le feu que l'on étouffe sous la cendre, la flamme qui vacille, le brasier qui couve. Il était le Froid incarné. Dur, léger et mince de corps. Opalin d'esprit, glacial de caractère. Le givre fait homme, ou ce qui y ressemblait. Il était beau comme la neige, attirant comme l'hiver. Impitoyable, il passait et ne laissait derrière lui que du froid. Le gel de son corps, l'aura bleutée qui l'entourait, la pâleur de ses yeux. Et dans son coeur,son souvenir qui ne battait pas,l'indifférence et le mépris,les questions le raidissait. Le figeait. Le cristallisait. Le glaçait tout entier. Ce manteau qu'il portait par obligation, ce but improbable, ces réunions inutiles. Les réponses qu'il n'avait pas, le ciel noir au-dessus de sa tête, le vide de son coeur, la solitude immaculée. Le frigorifiait. Il était le froid qu'on ignore, la neige que l'on piétine, le givre que l'on ne peut briser. L'un attisait le brasier, alimentait le feu de son ventre... Au risque de brûler son corps, de consummer sa non-vie. L'autre laissait le gel l'envahir, la glace prendre place dans sa poitrine... Au risque de congeler son corps, de figer sa non-vie. L'un étouffait dans la chaleur, l'autre frissonait dans le froid. Ils se sont rencontrés. Bêtement, sans le vouloir, sans chercher à comprendre. Au détour d'un couloir, à la sortie d'un bureau. Ils se sont croisés. L'un avait été saisi par le cristal des yeux bleux, l'autre par le feu du regard vert. Ils n'avaient rien dit. Continué leurs chemin. Mais avaient été marqués l'un par l'autre. Et ils se sont recroisés. Pas toujours par hasard. De plus en plus souvent. L'un avait sourit, l'autre avait acquiescé. Ils se sont attirés. Ils ont parlé, l'un avec fougue, l'autre doucement. Ils se sont rapprochés. Ils ont sympathisés, l'un chaudement, l'autre lentement. Et... Ils se sont touchés. Rien de bien spectaculaire. Un éclat de rire partagé. Deux sourires. Une main qui touche une autre, comme pour jouer. Et là. Silence. Ils restent immobiles. Quelque chose s'était produit. Quelque chose qui ressemblait à un mirage, tellement ça avait été éphémère. Lacinant. Pendant une seconde, l'un s'était retrouvé envahit par une brise fraîche, neigeuse, qui avait apaisé son coeur calciné. Pendant une seconde, l'autre avait ressenti comme un souffle ardent, chargé de braises, qui avait réchauffé son coeur gelé. Ils s'étaient séparés sans un mot. Troublés. Heureux. Désireux de renouveler cette expérience si douce qui calme ce qui les torture. Impatients. Frébiles. Déjà dépandants. Ils s'étaient revus, vite, ni l'un ni l'autre n'aurait pû attendre longtemps. Ils avaient parlés, vaguement, des mots décousus qu'ils n'écoutaient pas. Ils se regardaient, cherchant dans leurs yeux une réponse. Une autorisation. Cette fois, c'était l'autre qui avait fait le premier pas. Trop besoin de chaleur dans son monde hivernal. Trop envie de soleil dans sa vie immaculée. Il avait mit sa main sur son poignet. Et ils avaient frissonnés ensemble. C'était revenu. Plus fort que la première fois. Ennivrant. Effrayant. Eternel. Et puis,soudain, une question qui monte au milieu du dégel, interrompt l'ivresse: Si un simple contact produit ça, qu'est-ce que fera un baiser? Honteux, il retira sa main. Et le froid l'étreignit plus cruellement encore. Il s'en alla sans un regard. Blessé. Cicatrice bien vite cautérisée par le gel. Laissant derrière lui un incendie patois, à bout de souffle. En manque. Le temps était passé. Ils n'avaient pas oublié. Pourtant... L'un cherchait désespérement la neige réparatrice qui le fuyait. L'autre évitait soignesement un regard ardent et des mains trop chaudes. En ne désirant qu'eux. L'un s'était retenu, sagement, douloureusement. Mais il n'en pouvait plus. Quand l'autre n'était pas là, il se sentait vide. Le feu courait dans ses veines, lui rongeait le coeur, lui meurtrissait les reins. Il lui manquait. Il avait besoin de lui. Du vent froid sur ses brûlures. Alors il l'a coincé sur le pas d'une porte, avant qu'il détourne les yeux. L'avait repoussé à l'intérieur, claqué le battant. L'avait plaqué contre le mur. Et l'un se mit à embrasser l'autre. Le blizzard revint, violent. Des flocons tombèrent sur son coeur. Il ne le lâcha pas. L'autre, consummé, la bouche brûlante, ne bougea pas. Ses mains glissèrent sur son dos. S'aggripèrent à ses épaules. Le raprocher. Sa chaleur. La sentir sous ses doigts. Attendu trop longtemps dans la neige. L'un sent ses mains, brûlante de givre, chercher sa peau. Il ferme les yeux. Soupire, apaisé. Mais en veut plus. L'incendie qui le ronge réclame la sensation polaire, la douceur cristallisée. L'ivresse de l'hiver. Il enlève son manteau, l'autre aussi. Vite. Impatients de se ressentir. Ils se touchent, doucement. L'un se demande quel goût a le gel. L'autre veut sentir l'odeur du feu. Fièvreux, de froid, de chaleur. L'un sur l'autre. L'un dans l'autre. Tendrement, tendrement. Et le givre qui fond, et l'incendie qui s'éteint... Et le Feu et le Froid. Et le Froid et le Feu. C'était beau... Le Feu que pour le Froid. Le Froid juste pour le Feu. C'était eux. Mais... Le Feu perdit le Froid. Brusquement. Mais... Le Froid sombra dans l'oubli. Brutalement. Le Feu sans le Froid n'était plus vraiment le Feu. Le Froid sans le Feu ne savait plus qui il était. Le Feu chercha le Froid. Désepéré. Le Froid attendit le Feu. inconsciement. Le Feu ne retrouva jamais son Froid. Ils avaient besoin l'un de l'autre pour être. Mais personne d'autres qu'eux ne pouvait comprendre. Et l'un qui ne pouvait exister sans l'autre. Alors... Le Froid se laissa fondre. Le Feu se laissa consummer. Alors. Ils s'étaient trouvés. Ils s'étaient unis. Ils s'étaient apaisés. Ils s'étaient complétés. Et enfin, alors que cela representait un anthème monstreux, alors que tout les autres pensaient que ce n'était pas possible de part leurs nature, de part le contexte, de part le monde dans lequel ils vivaient... Ils s'étaient aimés. |