|
SORTIR DES TENEBRES
CHAPITRE DOUZE : HERMIONE On a gathering storm comes a tall handsome man In a dusty black coat and a red right hand. He’ll wrap you in his arms tell you that you’ve been a good boy. He’ll rekindle all the dreams it took you a lifetime to destroy. He’ll reach deep into your soul, heal your shrinking soul but there won’t be a single thing that you can do. He’s a ghost, he’s a god, he’s a man, he’s a guru. They’re whispering his name through this disapearing land But hidden in his coat is a red right hand. (Nick Cave and the bad seeds, “Red Right Hand”.) O Lucius Malfoy transplana directement dans sa chambre, vêtu en tout et pour tour de la serviette de bain appartenant à l’hôtel. Ses mains tremblaient et il eut peur que sa voix le trahisse lorsque Narcissa s’approcha de lui en ondulant comme un serpent. « Alors, c’est fait ? Demanda-t-elle avec un intérêt obscène. - Bien sûr que c’est fait. J’ai dit au Maître que j’obéirai, et j’ai obéi. J’ai quarante deux ans, Narcissa, dont vingt passées au service du Seigneur des Ténèbres ; je sais ce que j’ai à faire. Maintenant si tu permets, je vais prendre un bain. » Il se précipita dans la salle de bains et il surveilla l’eau en se massant les tempes. Il l’avait fait. Il était allé aussi loin qu’on puisse aller. Il était tombé aussi bas qu’on puisse tomber. Il avait utilisé l’image de son propre fils pour atteindre Potter. Et tout cela pour satisfaire un Maître qui voulait s’approprier son enfant. Il ferma les yeux. Il avait trahi son propre fils et violé son intimité. Il avait atteint le point de non retour et il savait qu’à présent, plus rien ne lui serait impossible. Il était même prêt à tuer Draco si cela pouvait lui éviter de tomber entre les mains de Voldemort. Pour sauver sa vie, il tuerait père et mère. Il plongea dans l’eau et il ferma les yeux. Il aurait été capable de tout faire pour empêcher son fils de revoir Potter, mais il ne se savait pas capable de faire n’importe quoi. « Aurais tu des remords ? Interrogea Narcissa en s’asseyant sur le rebord de la baignoire. - Cela ne te dérange pas, que ton mari ait utilisé l’apparence de ton fils pour rendre fou cette sale petite ordure de Potter ? - Tu as toi-même émis l’idée de forcer Potter à faire quelque chose qui blesse la fierté de Draco. C’était TON idée. - Je n’ai jamais pensé que le Seigneur des Ténèbres irait jusque là. - Il n’est allé nulle part, mon amour, susurra Narcissa. C’est toi qui as couché avec le monstre. - Laisse moi à présent, » ordonna Lucius en soupirant. Narcissa planta un baiser rapide sur ses lèvres et elle sortit avec grâce. Lucius respira profondément afin de réprimer sa nausée. Il l’avait fait. Il s’était enrôlé chez les Mangemorts à cause de sa soif de pouvoir et de son amour pour Narcissa. Il avait ruiné l’enfance de son fils pour satisfaire aux désirs de ce Maître et il avait perdu de précieux moments. Il savait Draco intelligent et intéressant, mais il l’avait toujours brimé pour mieux le façonner. Il aimait son fils, à la folie, mais par amour pour Narcissa, il avait laissé sa femme le frapper encore et encore, jusqu’à ce que plus aucun son ne sorte de ses lèvres d’enfant lorsque la cravache s’abattait sur lui. Il avait lui-même soumis son fils aux pires sortilèges pour lui donner une éducation digne d’un Héritier de Voldemort. Regrettant systématiquement les punitions qu’il lui infligeait, il offrait ensuite à Draco tout ce qu’il voulait, le couvrant d’or et de friandises. Il avait détesté toute cette mascarade mais il n’avait pas eu le courage de mettre sa famille en danger en s’élevant contre Voldemort. Que lui restait il à présent ? Une femme complètement déconnectée de la réalité. Un fils qu’il ne connaissait pas. Un Maître tellement effrayé à l’idée d’être tué par Potter qu’il préférait user de subterfuges scandaleux, impliquant son Héritier, pour affaiblir psychologiquement le Survivant afin de s’assurer une victoire. Si seulement ils savaient ce que contenait cette prophétie, peut être Voldemort attaquerait-il Harry de front, plutôt que de chercher à le détruire affectivement. Il avait honte d’avoir laissé Voldemort gérer sa vie depuis deux décennies. Honte de n’avoir pas protégé les siens. Il avait fait des choix qui lui étaient propres, mais pouvait il demander à son fils de les assumer quand ce dernier n’avait eu d’autre choix que celui de se taire ? Il couvrit ses yeux de ses mains. Derrière ses paupières closes se rejouait la naissance de son fils. SON fils, né pour succéder à Lord Voldemort. Narcissa était allongée dans ses draps blancs, aussi belle et aussi gracieuse qu’une vélane. Lucius voyait son enfant pour la première fois et il fut saisi par sa blancheur presque surnaturelle. L’enfant des Ténèbres semblait rayonner dans son berceau. Une émotion à laquelle il ne s’attendait pas traversa son corps et son esprit. Son cœur sembla déborder de bonheur. Il était père. L’enfant qui ouvrait sur le monde un regard immense était le sien et il ressemblait au plus beau des anges. Il prit ses mains minuscules dans la sienne et, aussitôt, l’enfant serra son doigt. Lucius se tourna vers Narcissa. « Il serait temps que nous lui donnions un prénom, lança froidement Lucius afin de masquer son émotion. - C’est le cadet de mes soucis, répondit Narcissa avec une mine boudeuse. Tu ne m’as même pas embrassée en entrant. Maintenant, il n’y a que l’Héritier qui compte et moi, tu ne me vois plus. - Ne dis pas de bêtises, déclara Lucius en se radoucissant et en déposant un baiser sur le front de la femme de sa vie, tu es et tu seras toujours ma priorité. - Je t’aime Lucius, susurra Narcissa, pleinement rassurée. Alors, comment allons nous appeler le petit rat ? » Lucius s’approcha du berceau et il prit son enfant dans ses bras, avançant son doigt près des lèvres du bébé, qui tenta de téter. « Angelus, décréta Lucius. Ce prénom lui va à la perfection. Il est parfait. » Il goûta au plaisir simple de se tenir dans une chambre luxueuse, avec sa femme et son fils, jusqu’au moment où une silhouette encapuchonnée entra dans la chambre. Lord Voldemort révéla son visage hideux qui s’illumina à la vue de son Héritier. « Alors voici l’enfant des Ténèbres, susurra-t-il. Donne le moi, Lucius. » Il prit le bébé dans ses bras et, immédiatement, ce dernier se mit à hurler en convulsant presque. Lucius posa la main sur le front d’Angelus et cela sembla le calmer. Dès qu’il retira sa main, le corps de l’enfant se tendit et ses cris redoublèrent. « Hum, mon Héritier a son petit caractère, j’aime ça, déclara Voldemort avec un sourire amusé. Un vrai petit dragon. Nous l’appellerons Draco. - Quel prénom magnifique, s’extasia Narcissa en voyant la fierté de son Maître. - Nous avions déjà opté pour Angelus, intervint Lucius d’un air morne. - Serais tu en train de me contredire ? Siffla Voldemort en tendant le bébé à sa mère. Je te rappelle qu’il s’agit de mon Héritier. Comme je suis d’humeur particulièrement joyeuse aujourd’hui, je ne vais pas te punir, et je ne vais pas te contredire non plus. Il s’appellera Draco Angelus Malfoy. Content ? » Il tourna les talons et il sortit d’un pas allègre. Lucius contempla Narcissa qui tenait l’enfant avec autant d’amour que s’il s’était agi d’un crapaud. « Bonjour Draco, mon petit dragon, murmura-t-elle. Tu accompliras de grandes choses dans l’avenir. J’ai hâte que tu grandisses. » Lucius secoua la tête afin de chasser ces souvenirs de son esprit. Il n’avait pas le droit de se plaindre, personne ne l’avait forcé à devenir Mangemort. Il avait eu le choix. Il sortit de l’eau et il passa un peignoir. Il sentait sa haine envers Harry Potter devenir plus grande à chaque seconde. Tout était de sa faute. Pourquoi refusait-il de se laisser gentiment massacrer ? « Alors Lucius, ta femme me dit que tu as des remords ? Demanda une voix trop connue derrière lui. - Non Maître, je regrette juste que nous ayons eu raison au sujet des relations entre Draco et ce sang mêlé. - Je préfère ça. Tout se met en place, Potter ne s’en remettra pas et, s’il parle, Draco le tuera. Dis moi, Potter t’a-t-il confié si Draco était passé dans son camp ? » Lucius inspira profondément. C’était le moment. Le moment de faire ce qu’il n’avait jamais fait. Protéger son fils au péril de sa vie, comme l’avaient fait les Potter. Le moment d’avoir le courage de risquer sa vie pour ses idéaux, comme Draco le faisait en ce moment même. Il lui suffisait de dire que Potter n’avait pas donné la moindre information, ou qu’il avait avoué que Draco restait fidèle aux forces de l’ombre. « J’attends, Lucius ! - Oui, Maître, Potter m’a parlé. Draco est de son coté à présent, répondit Lucius en se disant qu’il valait mieux rester en vie. - Comment se fait il que notre espion n’ait pas eu vent de cela ? Aucune importance, je m’en doutais car cela fait longtemps que mon Héritier ne communique plus avec moi par télépathie. Je vais faire souffrir Potter comme jamais il n’avait souffert avant. Je veux qu’il se traîne, qu’il se décompose lentement. - Ne serait-il pas plus simple de le tuer ? Demanda Lucius. - Tu me fatigues avec tes questions. Endoloris ! » O O Draco avait passé la journée à travailler à la bibliothèque. Il aimait les ambiances studieuses et il avait considérablement progressé en restant seul. S’il n’y avait pas cette vieille Pince qui passe son temps à m’observer, comme si j’allais arracher une à une les pages de ses précieux grimoires, je me serais presque amusé, songea-t-il en dessinant un Sombral sur son parchemin. Il avait d’abord vu le Professeur Rogue qui lui avait donné une autorisation pour rechercher, dans la section réservée, des renseignements sur le protocole de communication avec un être perdu ou éloigné. Draco avait réussi à reconstituer la cérémonie de rapprochement, mais il lui manquait encore quelques éléments que Rogue se ferait une joie de lui fournir. Il avait tout recopié sur un parchemin qu’il avait glissé dans la poche de sa robe, peu désireux que quelqu’un puisse le voir. Il avait ensuite travaillé pour rattraper son retard en Soins aux Créatures Magiques. Lorsqu’il leva les yeux sur la grande horloge murale, il constata que l’après midi touchait à sa fin. Il commença à ranger ses affaires, se demandant si Harry était déjà rentré de Pré Au Lard. Comme pour lui apporter la réponse, Blaise entra, en grande conversation avec Crabbe et Parkinson. « Alors Prince, as-tu bien travaillé ? Interrogea Pansy. - Comme toujours, répondit Draco en faisant claquer sa langue devant l’évidence. - Mais bien sûr, plaisanta Blaise. C’est fou ce que tu t’es tué à la tâche. Tu ne prends pas plutôt des cours de rattrapage en Soins aux Potter Magiques ? - Non, ça c’est ma leçon du soir, rétorqua Draco en s’asseyant sur la table, les pieds sur la chaise, ignorant le regard noir de Mme Pince. - Voilà justement les travaux pratiques qui arrivent, remarqua Blaise en montrant Harry du menton. J’en connais deux qui ont une santé de fer. Ne me dites pas que vous allez encore tremper vos biscuits ? - Blaise, ferme la, s’il te plait, ordonna Harry d’une voix fatiguée, le regard rivé sur Draco. - Harry, ça ne va pas ? Questionna Draco avec un air inquiet. Tu es vraiment très pâle. » Il ne croyait pas si bien dire. Non, Harry n’allait pas bien du tout. Une seule idée lui martelait l’esprit avec violence : Draco ne lui pardonnerait jamais. Il ne savait même pas comment il était arrivé à Poudlard. Il se souvenait juste d’avoir vidé le contenu de son estomac dans une ruelle déserte et d’avoir marché, les yeux dans le vague. Ses mains étaient moites et elles tremblaient autant que ses jambes. Il avait des sueurs froides et il frissonnait. Il ne pouvait que se perdre dans la contemplation de son aimé en sentant la culpabilité lui tirailler les entrailles. Ses lèvres blanches s’entrouvrirent mais elles se refermèrent aussitôt et il respira profondément. Une nouvelle vague de nausée le submergeait. Le monde se mit à tourner autour de lui et ses jambes se dérobèrent sous lui. Deux mains l’empêchèrent de tomber et il fut installé sur une chaise. Il leva les yeux vers Draco, qui était penché sur lui, son visage trahissant son inquiétude. Il passa une main apaisante dans les cheveux de Harry. « Que t’arrive-t-il ? Interrogea-t-il en touchant le front de Harry avec sa paume afin de vérifier s’il n’était pas fiévreux. - Rien, je vais bien, rassura-t-il en luttant pour ne pas se jeter dans ses bras et pleurer comme un enfant. J’ai juste besoin de manger quelque chose. - Je vais aux cuisines, décréta Crabbe. - C’est sûr, tu connais le chemin, plaisanta Parkinson. - Pas vraiment en fait, c’est toujours Gregory qui nous amène à manger. - Alors comment vas-tu faire Einstein ? Interrogea Blaise avec un sourire excédé. Assommer tout le monde à coups de baffes jusqu’à ce que quelqu’un te montre le chemin ? - Oui, et je comptais commencer par t’assommer, toi, » répondit Crabbe. Avant que quiconque ait pu prendre la parole, Draco les fit taire d’un regard noir puis il embrassa le front de Harry avant de sortir en silence. « Attends nous, on vient avec toi ! » Hurla Parkinson en prenant Crabbe par la manche, sous les yeux scandalisés de Mme Pince. Blaise prit une chaise et il s’assit en face de Harry. « Je crois qu’ils sont mal à l’aise en ta présence, constata-t-il en souriant. Ça doit être le coté « Survivant », ça impressionne. Ça et le fait que tu te tapes l’homme que Pansy croyait épouser à la fin de ses études. Alors qu’est-il arrivé cet après midi pour que tu soies dans cet état, Harry ? Vous vous êtes disputés ? » Harry hocha la tête. « C’est étrange, Draco n’a pas l’air contrarié, constata Blaise. - Ecoute, implora Harry en lui serrant la main avec une force impressionnante malgré son état, ne lui parles surtout pas de cet après midi, d’accord ? Et demande à Lee d’en faire autant. - Qu’est ce que… - Je t’en prie Blaise, fais moi confiance. Il ne faut pas que Draco entende parler de notre sortie à Pré au Lard sinon ça va le mettre en colère. - Si je comprends bien, tu me demandes de cacher quelque chose à Draco, sans que je sache pourquoi. Harry, je suis une des rares personnes en qui il a confiance et cette confiance vaut de l’or pour moi. Je ne veux pas le trahir. - Tu ne le trahis pas, je t’assure. Et si lui et moi venions à aborder le sujet, tu serais hors de cause. - Je te rappelle qu’il m’a vu cet après midi. Comment veux tu que je soies hors de cause ? Putain tu t’es mouché trop fort et t’as le cerveau qui est descendu avec ou quoi ? - Faisons un compromis, lança Harry en se tenant le front dans une main, complètement paniqué. Si Draco ne te parle pas de notre sortie à Pré au Lard, tu n’y fais pas allusion, ça te semble correct. - Là, d’accord, mais tu m’inquiètes. Ne lui fais pas de mal, Harry, sinon je me fous que tu soies plus fort que moi et que tu soies capable de m’étaler avant que j’aie eu le temps de dire « aie », je pourrai quand même t’envoyer un coup si bien placé qu’après, on t’appellera « madame. » - Je n’en doute pas, Blaise. Mais dis toi que si je lui faisais du mal, je me punirai moi même. » Il s’interrompit au moment où il vit Draco arriver seul, un sandwich au poulet dans la main. Il le tendit à Harry et s’assit à coté de lui, une main caressant son dos d’un mouvement circulaire. Blaise leur fit un signe de la main pour leur faire comprendre qu’il retournait dans la salle commune des Serpentard. Harry commença à manger sans grande conviction. Tout ce qu’il voulait, c’était se confondre en excuses et oublier qu’il avait été incapable de reconnaître l’homme qu’il aimait. « On ne mange pas dans la bibliothèque ! Hurla Mme Pince en s’approchant. - Vraiment ? Demanda Draco d’un air dédaigneux en se levant, la dominant de toute sa hauteur. Je croyais qu’il était interdit de crier dans la bibliothèque, et pourtant, vous venez de le faire. Vous avez donc enfreint le règlement. Quelle est la différence entre votre infraction et la notre ? - Ne jouez pas au plus fin avec moi, M. Malfoy, siffla la bibliothécaire. Votre… - Je sais, mon père ne peut plus m’aider à cause de ses problèmes avec la justice, vous vous répétez, coupa Draco avec un sourire carnassier. Que vais-je donc faire ? Me tourner vers ma marraine, Bellatrix Lestrange, ou vers Lord Voldemort, qui me considère comme un fils ? » Mme Pince fit une horrible grimace en entendant le nom du Seigneur des Ténèbres et elle préféra menacer Draco et Harry d’aller se plaindre chez le directeur plutôt que de risquer une altercation avec ce jeune homme hautain et mal élevé. Draco lui fit une révérence pour l’inviter à sortir de la bibliothèque afin de se rendre immédiatement chez le professeur Dumbledore. Une fois seuls, Draco fit un sourire éclatant et satisfait à Harry, qui répondit par un sourire sans joie. Même s’il avait particulièrement apprécié l’intervention de Draco, Harry ne pouvait oublier qu’il risquait de le perdre et de ne jamais pouvoir se faire pardonner. Il sentait son cœur se déchirer, sa relation avec Draco lui manquant déjà alors qu’ils n’étaient pas encore séparés. Si Draco le quittait, Harry perdrait la meilleure partie de lui-même. « Harry, tu veux en parler ? » Demanda calmement Draco en le regardant fixement. Le Survivant secoua lentement la tête. « Je ne vais pas te forcer, déclara Draco. On se voit ce soir dans la Salle sur Demande ? - Je ne peux pas, j’ai un entraînement avec le professeur Lupin et l’autre vieux Rogue, marmonna Harry en évitant le regard posé sur lui. - Très bien, soupira Draco. Sache que j’y serai quand même cette nuit, je ne te force pas à me rejoindre, tu feras comme bon te semblera. » Harry déposa un baiser sur ses lèvres et il se leva. Draco ne le quittait pas des yeux alors qu’il sortait de la bibliothèque, le dos voûté et les mains enfoncées dans les poches de son jean. Que devait-il faire ? Draco était peut être en danger mais, le fait d’être mis au courant n’éviterait pas le danger. Harry gravit lentement les marches qui le conduisaient dans la Tour Gryffondor, son corps et son esprit lui semblant plus lourds à chaque pas. Il avait besoin de temps pour faire le point, mais du temps, il n’en n’avait pas. S’il parlait, il risquait de perdre Draco, cela était évident. Mais avait-il le droit de dissimuler une information aussi primordiale au Préfet des Serpentard et à l’Ordre du Phénix ? Peut être pourrait-il simplement veiller sur Draco, afin d’empêcher le pire de lui arriver. Si tu veilles sur lui aussi bien que sur Sirius, il n’est pas dans la merde. Ne pas penser à Sirius…ne surtout jamais penser à Sirius. Il traversa la Salle Commune sans un regard pour ses camarades et il aurait pu atteindre son dortoir sans encombres si une voix familière ne l’avait pas interpellé. Il s’arrêta au milieu des escaliers, prêt à l’affrontement mais il ne se retourna pas pour autant. « Alors Harry, il paraît que la salope de Malfoy et toi, vous êtes inséparables ? Railla Seamus. Dis moi, lequel des deux mord l’oreiller ? Je parie que c’est lui. » Quelques rires parvinrent aux oreilles de Harry mais il n’avait qu’une cible en vue lorsqu’il descendit les marches quatre à quatre pour attraper Seamus par le col de sa robe et le soulever du sol, toute trace de faiblesse physique ayant disparu alors que la haine montait en lui. « Insulte-le encore une fois, juste pour voir, siffla Harry. » Seamus sourit mais c’était un sourire plus effrayé que mauvais. Il tenta de prendre sa baguette mais Harry la saisit et il la jeta au loin. « Tu joues aux grands, Seam, alors conduis toi comme tel, ordonna Harry en le secouant. J’en ai marre de ton attitude de pisseux. Tu crèves d’envie de te faire Malfoy, et comme il ne veut pas de toi, tu t’en prends à lui. Ça s’appelle du harcèlement sexuel. - Comme c’est attendrissant : le chevalier qui défend l’honneur de sa dulcinée… » Le poing de Harry l’empêcha d’en rajouter. Il frappa avec toute sa rage, toute la douleur qu’il avait ressentie au cours de cette journée quittait son corps pour percuter celui de Seamus. Katie Bell voulut s’interposer mais Ron et Neville la retinrent. « Il est temps que Seamus comprenne, lança Ron sans quitter la bagarre des yeux, au cas où Harry ne sache pas s’arrêter. Pas que l’angelot soit mon meilleur ami mais Harry a raison : c’est du harcèlement. » Seamus s’était roulé en boule sur le sol, gémissant et suppliant. Sa lèvre et son nez étaient en sang et sa position rappela étrangement à Harry celle de Draco l’année précédente, lorsque Harry et George Weasley s’étaient « expliqués » avec lui. Il prit son compagnon de dortoir par le cou et il le força à le regarder, une haine étonnante dans le regard. « Plus…jamais…tu…n’insultes…Draco…Malfoy, clair ? » Haleta Harry entre ses dents. Seamus hocha tant bien que mal la tête et Dean Thomas prit le Survivant par les épaules pour le conduire dans le dortoir. « Seam, déclara Dean en se retournant, il vaudrait mieux que tu dormes avec les cinquième années…parce qu’on ne peut plus te supporter. » Harry fit un signe de tête à Dean pour le remercier et il partit sous la douche. Dean resta un instant stupéfait. Harry était un guerrier, il l’avait toujours su mais jamais il n’avait vu une telle détermination, un tel désir de faire mal dans ses yeux. Harry laissa l’eau couler sur lui, espérant que sa colère, son humiliation, sa haine, sa peur et son inquiétude allaient disparaître dans le siphon, en même temps que la mousse de son gel douche. Les jointures de ses doigts étaient douloureuses tant il avait frappé Seamus avec toute la force que sa rage lui conférait. Les images de sa journée maudite polluaient son esprit et lui donnaient envie de hurler. Il voyait le beau visage de Draco penché sur ses livres, le rictus infect de Lucius Malfoy, le venin craché par Seamus. Et l’incompréhension dans le regard gris de son aimé. Il s’essuya à la hâte et il s’habilla avec des gestes secs. Son cerveau tournait à plein régime. Il refusait d’être une victime, et il refusait que Draco en soit une. Il devait tout mettre en œuvre pour le protéger et pour se préparer à l’affrontement avec Voldemort. O « Alors c’est la parole de ce chat que tu croies ? Demanda le professeur Rogue en fixant Pattenrond qui dormait sur son fauteuil en cuir. - Oui, répondit très sérieusement Draco. Ecoutez, je me suis transformé en animal et j’ai communiqué avec cette mocheté qui m’a confirmé qu’elle sentait que Black était toujours en vie. - En quel animal t’es tu transformé ? Interrogea Rogue en étalant des fioles sur la table. - Ce n’est pas le sujet de la soirée, professeur. Le thème d’aujourd’hui est « comment ramener un clebs égaré histoire que mon copain comprenne que je suis fou de lui et que mon prof de potions me vénère comme un Dieu. » - Par Merlin, dès que Sirius va te rencontrer, il va vouloir retourner d’où il vient, ironisa le professeur. Draco, je sais que tu es très intelligent et incroyablement doué question magie et potions, mais tu as l’intuition d’une pomme de terre alors je doute que Sirius soit en vie. Comprends moi bien, c’est mon souhait le plus cher mais je ne peux pas le croire. - Sans vouloir être trop familier avec un professeur, je me fous royalement que vous n’y croyiez pas, tant que vous m’aidez. J’ai beaucoup d’intuition, pour votre gouverne. Je peux vous assurer que vous me baiserez les pieds avant la fin de la semaine prochaine, parce que j’aurai retrouvé votre chien. Au boulot à présent. Des questions ? - Oui. En quel animal te transforme tu ? » Draco éclata de rire et il s’attela à préparer le rituel nécessaire au cérémonial, puis il aida le professeur Rogue à mettre au point la potion requise. Le directeur de la maison Serpentard sentait son cœur battre la chamade. Il ne croyait pas au retour de Sirius mais, au fond de lui, demeurait l’espoir fou que peut être, Draco avait vu juste. Il contrôlait tant bien que mal le tremblement de ses mains mais il se sentait plus jeune, plus vivant qu’il ne l’avait jamais été, peu importe l’issue de cette expérience. Il savait que ni lui, ni Draco ne se feraient renvoyer si quelqu’un apprenait qu’ils avaient utilisé la magie noire car ils étaient trop importants pour l’Ordre du Phénix, alors il s’autorisa un sourire. Draco prononça l’incantation en latin, puis il plongea une dague dans son poignet, laissant son sang se mêler à la potion fumante. « Que le sang de l’être disparu revienne au sang de ses proches ! » Ordonna-t-il. Au début, rien ne se produisit. Puis soudain, Pattenrond se mit à siffler et le corps transparent de Sirius Black apparut devant eux. Ses lèvres remuaient mais aucun son n’en sortait. Le professeur Rogue tomba à genoux, une main tendue en direction de la silhouette fantomatique de Black. « Ok, on s’est trompé quelque part, constata froidement Draco en empêchant Pattenrond de se jeter sur ce Sirius Black non matérialisé. Heu…Monsieur Black, je ne sais pas si vous m’entendez mais…ben vas y toi, disparaît quand je te parle aussi ! » L’image de Sirius avait disparue et il ne restait plus qu’une épaisse fumée dans la pièce. Draco se tourna vers Rogue qui n’avait pas bougé, ses yeux noirs remplis des larmes qu’il tentait de refouler. « Où avons-nous pu faire l’erreur ? Demanda Draco en relisant ses notes. - Il est vivant, murmura Severus, il est vivant. » Draco prit le professeur par les épaules et il l’aida à se relever. Il l’installa sur le fauteuil en cuir et il posa ses mains sur sa nuque afin de le forcer à le regarder. « Professeur, dit il avec un regard plus froid qu’il ne l’aurait voulu, Sirius Black semble, effectivement, en vie. Mais pour combien de temps ? Nous devons trouver quel est le problème, et vite. » Le professeur hocha la tête et il reprit contenance, s’emparant des notes de Draco, il les relut avec attention. « Je pense que mon sang n’est pas suffisant, il n’est pas directement relié à Black. Ça aurait été différent si j’avais été son frère ou son fils. - J’ai trouvé. Nous nous sommes trompés d’incantation ! Lança Rogue d’une voix qu’il voulait calme. Nous avons utilisé celle que le Seigneur des Ténèbres a prononcé pour avoir devant lui la projection de ton corps. Nous voulons le corps de Sirius et non la projection de son corps ! - Joli lapsus, Professeur. Je ne doute pas une seconde que vous vouliez le corps de Black, et ce depuis au moins vingt ans ! - Tu crois vraiment que c’est le moment de jouer sur les mots ? Il faut que tu aies le sens des PRIORITES, jeune homme. - Ok, ça va, admit Draco. Comment devons nous nous y prendre pour faire apparaître le corps de Black ? - Lorsque tu étais dans les mains de Celui qu’on ne doit pas Nommer, Crabbe et moi avons prononcé une incantation et c’est celle-ci qu’il nous faudra répéter en boucle. Le seul problème, c’est que la dernière fois, ton corps était parmi nous. Cette fois, il nous faut d’autres ingrédients. Des objets appartenant à Sirius, et peut être un peu de sang, ou une mèche de cheveux. - C’est évident. Ne bougez pas, je vais me jeter sous l’Arcade dans le Département des Mystères. Là je rencontre Black, je lui pique son string et son scalp et je reviens pour la cérémonie, ironisa Draco. Je dois dire qu’il serait plus simple d’aller le chercher et de le prendre sous le bras…attendez ! Mais c’est clair ! Le chat mocheté m’a dit que Black était dans une espèce de dimension entre le monde des morts et celui des vivants et qu’il ne pouvait communiquer qu’avec les morts, car les vivants restent souvent sourds aux appels. Il paraît qu’on entend des chuchotements si on s’approche de l’Arcade. Ce seraient ceux des vivants pris entre les deux mondes et qui se rappellent à nos mémoires. Cette Arcade est, en quelque sorte, une porte de communication avec ceux qui nous ont quittés, sauf que personne ne sait comment s’en servir. Ou alors le Ministère ne veut pas qu’on le sache. Comme quoi, la magie noire peut être intéressante. - Comment sais tu cela ? Interrogea Rogue, impressionné. - Je viens de faire le rapprochement avec un livre sur l’histoire de la Magie Noire au Pérou, que Blaise m’avait offert. Ils ont le même genre de chose, c’est un puit recouvert d’un voile. C’est là que j’ai appris ces histoires de chuchotements et, comme vous n’avez pas nié qu’il y en ait dans l’Arcade, j’en conclue que je suis dans le vrai. - Alors des gens sont coincés là dedans parce que le Ministère ne veut pas les aider, c’est scandaleux. - Pas vraiment. Le Ministère refuse toute magie noire et en plus, informer la population reviendrait à créer des émeutes ou des comportements de dépendance à cette Arcade. Elle est l’équivalent d’un miroir de Rised, en plus sophistiqué et en plus dangereux. Elle ne montre pas l’idéal, comme le miroir de Rised, mais elle donne l’opportunité de parvenir à cet idéal lorsqu’il concerne des personnes disparues. Imaginez si Harry savait cela, peut être se jetterait il sous l’Arcade pour revoir enfin ses parents. Je ne l’en blâmerais pas, vu le poids qui pèse sur ses épaules. Le point commun avec le Miroir de Rised, c’est que les gens passeraient leur temps à vouloir voir leurs morts et ils en oublieraient de vivre, jusqu’à devenir fous. - Pour la première fois de ta vie, tu me donnes une leçon, Draco, remarqua Rogue d’une voix douce et grave. J’espère que ça ne se reproduira pas trop souvent, parce que je vais douter de ma science infuse. - Ne vous en faites pas, je réfléchis une fois par décennie, alors je ne risque pas de donner un autre cours magistral avant au moins quatre ans, plaisanta Draco en se redressant fièrement. Dites moi, n’aviez vous pas un cours de défense avec Harry ? - Si mais Lupin s’en occupe aussi alors Potter peut se passer de moi, il en sera même ravi. - Non, vous devez l’aider à se préparer, à contrôler ses émotions. Je vous en prie, travaillez avec lui et pas contre lui. Pendant ce temps, je vais aller chercher de l’aide. - Nous sommes censés rester discrets, Draco, lança Rogue en ouvrant la porte de ses appartements. - Il sera muet comme une tombe, je peux vous le garantir, rétorqua Draco en se retournant vers Pattenrond. Bon, Pattamocheté, je reviens dans une demie heure, aboie si quelqu’un essaie de rentrer ! » Rogue esquissa un sourire amusé et il prit la direction des salles de classe pendant que Draco poursuivait son chemin dans les cachots. Il fit un crochet par la Salle Commune des Serpentard afin de distribuer quelques heures de retenue aux Premières Années qui jouaient au ballon alors que les autres tentaient de travailler. « Qui vous a donné ce stupide jeu Moldu ? Cria Draco. Allez à Gryffondor ou à Poufsouffle si vous voulez vous ridiculiser ! Quel crétin a apporté ce truc ici ? » Les élèves tournèrent les yeux vers la table réservée à Draco Malfoy et sa bande. Blaise leva lentement la main avec un sourire radieux. Draco le fusilla du regard. « J’avoue, c’est moi, déclara Blaise en souriant pendant que Goyle, Nott et Parkinson chantaient la marche funèbre. Ces gnomes avaient l’air de vraiment s’ennuyer alors…je n’ai aucune excuse. Arrache moi un bras et frappe moi avec, c’est tout ce que je mérite. Ou alors plante moi ton insigne de Préfet dans le cœur…je suis une fiente de macaque mon bon Prince. - Tu vas prendre une retenue, plaisanta Crabbe. - Oh non, la retenue serait trop douce pour lui, constata Draco avec un visage innocent. Tu vas donner deux heures de cours de soutien de potions aux élèves de première année (Blaise fit un large sourire) de Poufsouffle (Le sourire de Blaise s’effaça immédiatement.) - Tu ne peux pas faire ça ! Je suis ton meilleur ami ! Ton frère ! Toi c’est moi et moi c’est toi ! Déconne pas, il paraît que ces gosses sont tellement nuls en potion qu’ils ne trouvent même pas les chaudrons quand ils sont sous leurs nez !!!! Dracooooo, je nettoierai tes chaussures avec ma langue ! Je pisserai tous les jours dans le cerveau de Mac Gonagall pour te faire plaisir ! Je ferai des sacrifices humains pour toi, mais pitié, pas les Poufsouffle de première année ! - Deux heures, ce n’est pas grand-chose, remarqua Draco. Avez-vous vu le Baron Sanglant ? - Il a été appelé dans les cuisines, Peeves terrorise encore les Elfes de Maison, » répondit Blaise. Draco les remercia d’un signe de tête et il courut jusqu’aux cuisines où le calme semblait revenu. « Draco Malfoy Monsieur, lança joyeusement Dobby en le voyant. Harry Potter Monsieur va-t-il mieux ? - Je n’en suis pas certain, Dobby. Nous en parlerons plus tard veux tu ? Rétorqua Draco en s’approchant du Baron Sanglant. Monsieur le Baron, puis je me permettre de vous importuner ? - Le Jeune Malfoy ! Vous venez d’une famille qui m’est chère mon ami. Allons converser. » Le Baron suivit Draco loin des cuisines. Il avait toujours apprécié ce jeune mortel arrogant mais tellement poli, aux manières irréprochables. Bien entendu, Draco s’était toujours retenu de jurer devant le Baron, tout comme Blaise. O O Harry ne parvenait pas à se concentrer correctement. Toute sa haine, tout son désespoir se décuplaient et se traduisaient par un manque de contrôle de sa magie devenue surpuissante. Il devait neutraliser des mannequins que Lupin avait enchanté afin qu’ils puissent se mouvoir comme des humains, surgissant n’importe où, n’importe quand. La difficulté de la tâche venait du fait que Lupin en avait lesté autant qu’il l’avait pu, et il en avait rendu d’autres très légers. Harry devait savamment doser sa magie pour ne pas faire trop de dégâts mais, ce soir, il détruisait tout. Pour lui, chaque mannequin avait le visage de Lucius Malfoy et Harry déchargeait le poids de cette journée terrible, même s’il ne se sentait pas mieux pour autant. Il était obsédé par la réaction de Draco si jamais il venait à apprendre les évènements de l’après midi. Le professeur lui demanda d’arrêter lorsque le jeune homme fit un trou béant dans le mur de la salle de classe dans laquelle il s’entraînait. Il vint s’asseoir sur la table en face de celle de Lupin. « Tu dois essayer de contrôler tes émotions, Harry, remarqua Remus d’un air doux. J’ignore ce qui t’est arrivé aujourd’hui mais cela ne doit en rien influencer ta magie. Veux tu en parler ? - Non, répondit Harry en secouant la tête. C’est juste que je me suis bêtement fait berner et ça me rend malade. Si Draco l’apprend, il me tuera. - Harry, je n’ai pas la prétention de détenir la vérité, mais je sais une chose : contre toute attente, Draco est l’élément stable dans ta vie. Il est toujours à tes cotés et il reste constant. Je vois à quel point tu as progressé, à quel point ta magie est transcendée, plus puissante et mieux dosée depuis qu’il fait partie de ta vie intime. Tu es plus fort mais ne laisse pas cette relation t’affaiblir, car c’est exactement ce que cherche Voldemort… - Et son putain de père aussi, coupa Harry. - Vous vous êtes disputés à cause de Lucius Malfoy ? Interrogea Lupin avec une lueur d’inquiétude dans le regard. - Pas du tout, nia Harry en se tordant les mains avec gêne. Mais ça arrivera un jour, parce que Draco aime son père et que je le hais plus que tout au monde. - Ne laisse pas la haine guider tes gestes, recommanda Lupin. Elle ne peut que diminuer l’impact de ta magie. Laisse la couler en toi et accepte la, mais ne te sers pas d’elle pour agir. Tu es trop émotif et cela te jouera des tours. - Facile à dire, soupira Harry. Et vous, où en êtes vous avec Rogue ? - Au point mort, il veut que nous soyons amis. Je crois qu’il est amoureux de quelqu’un d’autre. Je ne lui en veux pas, je comprends ce qu’il ressent. - Rogue est amoureux de Sirius, il l’a toujours été. C’est Draco qui me l’a dit et je dois avouer que ça me dégoûte. Qu’il puisse profaner la mémoire de Sirius avec son amour dégueulasse. - Ne parle pas comme ça Harry, ordonna Lupin. Ainsi, Severus aime Sirius. C’est une nouvelle étonnante si on considère sa façon de traiter Sirius. C’est étrange car, lorsque nous étions étudiants, j’ai reporté mon intérêt sur Severus, qui me semblait plus accessible, parce que je savais que Sirius était hors de portée. Sirius a toujours eu cette prestance et ce charisme incroyables. Tout le monde l’admirait. On ne voyait que lui quand il entrait dans une pièce. Un peu comme Draco et toi. - Vous voulez dire que Draco me fait de l’ombre ? Demanda Harry. - Non, Harry, je veux dire que tous les deux, vous avez chacun un rayonnement particulier, qui fait que l’attention se porte sur vous…vous faites de l’ombre aux autres. Réunis, vous donnez une impression de parfaite complétude. Prends une teigne comme Seamus Finnigan, jamais il ne vous attaquera lorsque vous êtes ensemble ; il attendra toujours que vous soyez l’un sans l’autre, parce qu’à deux, vous êtes dangereux, trop puissants. C’est pour cela que Voldemort cherche à s’approprier Draco, parce qu’il sait ce que dit la prophétie le concernant. - Sincèrement, je suis surpris que vous ne vous soyez jamais déclaré à Sirius, autant que je suis surpris que vous ayez été amoureux de lui. - Je n’ai pas eu ton courage, c’est tout. Et puis mes sentiments se sont estompés avec le temps. Lorsque je suis devenu professeur ici, ça a été un choc pour moi de me retrouver face à Draco et à son regard gris, identique à celui de Sirius à son âge. Ils avaient la même façon de vous regarder avec hauteur et élégance. Je suppose que Severus a dû vivre la même chose. - Non, il s’en est rendu compte seulement cette année, précisa Harry en sursautant car la porte venait de s’ouvrir. - Je vois qu’on travaille dur ici, » constata Rogue en souriant à Lupin sous le regard étonné de Harry. Rogue n’était pas, à proprement parler, quelqu’un de souriant et Harry se demanda s’il l’avait jamais vu autrement que le visage fermé. Le professeur de potions le fit travailler et Harry parvint à réussir l’exercice qui s’était soldé par un échec une demie heure plus tôt. Le Survivant gratifia Lupin d’un sourire éclatant, qui adoucissait les traits de son beau visage d’homme-enfant. Il s’assombrit dès que l’image de Lucius Malfoy lui traversa l’esprit et, à partir de cet instant, il fit preuve d’une telle violence contre les mannequins que Lupin préféra interrompre la séance. Rogue lui imposa une heure de préparation à l’Occlumencie, qui consistait à aider Harry à se vider l’esprit, avant de le libérer. Harry prit le chemin de la tour Gryffondor, bien déterminé à ne pas rejoindre Draco mais, une fois arrivé devant le portrait qui en gardait l’entrée, il fit demi-tour et il courut jusqu’à la Salle sur Demande. Il avait besoin de voir Draco, de sentir l’odeur de son eau de toilette, de le toucher. Le loft était plongé dans la pénombre et les effluves de la cigarette emplissaient encore l’air. Un souffle doux et régulier provenait du lit où Draco était étendu, endormi, encore habillé. Harry lui ôta ses chaussures et il le recouvrit d’une couverture avant d’installer un fauteuil à coté du lit. Il s’y installa et il resta ainsi, les pieds sur le fauteuil, le menton sur ses genoux à observer son ange qui sommeillait. Harry sourit pour la énième fois lorsqu’il constata, comme à chaque fois qu’il avait regardé Draco dormir, que le Serpentard était gracieux même dans son sommeil. La lune envoyait une lumière douce qui s’accrochait dans les cheveux du blond et qui les faisait rayonner. Le regarder ainsi, innocent et abandonné, apaisait le tumulte qui régnait dans la tête du Survivant. Si seulement il avait reconnu Lucius cet après midi ! Son cœur se mit à battre frénétiquement. Comment avait il fait pour ne pas les différencier ? Son regard se posa sur l’être à la beauté saisissante, inconscient d’avoir été l’instrument d’un piège effarant. Harry soupira doucement. Il aurait dû s’apercevoir qu’il n’était pas en compagnie de Draco car Draco n’aimait pas être pris violemment. Draco ne donnait jamais de coups de hanches, manquant d’étouffer Harry, lorsque celui-ci le prenait dans sa bouche. Draco détestait le moment où Harry entrait en lui, provocant systématiquement une douleur intense. Jamais il n’aurait voulu que Harry le pénètre sans ménagement et encore moins qu’il bouge immédiatement. Draco ne se caressait jamais lors de leurs ébats et Harry doutait même qu’il se caresse lorsqu’il était seul. Draco ne disait jamais « je t’aime. » Draco lui avait fait remarquer qu’il venait d’une famille qui buvait du Polynectar comme lui buvait du lait fraise. Harry lutta contre son envie de pleurer. Il se sentait sale, manipulé et indigne du blond. Il resta là, à le contempler dans l’obscurité, le cœur serré, jusqu’à ce que les premières lueurs du jour apparaissent. Puis, sans un bruit, il se leva, embrassa le front de son ange et il regagna la tour Gryffondor afin de se préparer pour la journée qui l’attendait. Il entra dans la Grande Salle, accompagné de Ron et de Hermione qui lui demandait pour la dixième fois s’il se sentait bien. « Laisse-le ma puce, intervint Ron en s’installant à table, il parlera quand il en aura envie. » Hermione lui lança un regard agacé mais, lorsqu’il l’embrassa tendrement, elle changea du tout au tout, lui rendant avec fougue son baiser. Harry sourit mais son sourire se figea lorsque Draco apparut, époustouflant dans sa tenue de Quidditch, son Eclair de Feu à la main, accompagné de sa troupe de fans. Il se posta devant la table des Serdaigle, contre lesquels il devrait jouer une heure plus tard et il insulta copieusement leur nouvel attrapeur, Cho Chang préférant réviser ses Aspic plutôt que de défendre les couleurs de sa Maison. Il prit ensuite place à la table des Serpentards où son hibou Grand Duc lui apporta les friandises quotidiennes provenant du Manoir Malfoy. Comme d’habitude, Crabbe et Goyle leur firent honneur pendant que Draco semblait discuter Quidditch avec Blaise et Pansy. Harry l’observait comme si jamais plus il ne le verrait ; il se noyait dans l’image de celui qu’il aimait jusqu’à la déraison. Draco tourna lentement les yeux vers lui et il lui fit un signe de tête, comme on dirait bonjour à une vague connaissance. Harry sentit monter en lui un désir de plaquer Draco contre un mur et de l’embrasser, de se faire pardonner, de s’enfuir avec lui. Le professeur Rogue, qui avait revêtu l’écharpe aux couleurs de sa Maison à l’occasion du match, vint chercher Draco et tous deux eurent une conversation animée, à l’écart des autres. La jalousie consuma instantanément Harry qui se leva pour les rejoindre. Le voyant arriver, Draco dit une phrase à toute vitesse et il se tu, attendant que le brun les ait rejoint. « Bonjour, déclara Harry d’un ton faussement enjoué, j’espère que je ne dérange pas. - Vous êtes pitoyable, Potter, susurra le professeur Rogue en le toisant. Pourquoi n’urineriez vous pas autour de Draco histoire de bien marquer votre territoire ? - C’est une idée, effectivement, rétorqua Harry en le fixant avec hargne. - Si vous voulez bien nous excuser, Professeur, » lança Draco en prenant Harry par le bras et en le tirant hors de la Grande Salle. Comme le jour de son départ pour les vacances de Noël, Draco fit apparaître une salle dans laquelle il poussa Harry. « A quoi tu joues ? » Demanda-t-il en fixant intensément Harry de son troublant regard gris. Harry ne voulait pas parler. Il voulait juste sentir Draco contre lui. Il s’approcha, jusqu’à bloquer le Préfet des Serpentard contre le mur et il frôla ses lèvres avec un doigt avant de l’embrasser avec passion en le tenant étroitement serré par la taille. Draco répondit lascivement à son baiser en faisant entrer sa langue dans la bouche de Harry, afin de caresser la sienne sans retenue. Lorsque enfin leurs lèvres se séparèrent, Harry enfouit son visage dans le cou de son aimé. « Je t’aime, murmura-t-il. Je suis tellement désolé. J’ai tellement honte. » Draco prit son visage entre ses mains et il plongea ses yeux gris dans ceux de Harry. « De quoi es tu désolé ? De ne pas m’avoir réveillé hier soir quand tu es venu me rejoindre ? Harry, parle moi. - Je veux que tu saches que jamais je ne pourrais consciemment te blesser. - Je le sais. Je suis là si tu as besoin de moi. » Souffla Draco contre ses lèvres. Harry l’embrassa à nouveau puis il serra ce corps tant aimé contre le sien avant de le libérer pour qu’il puisse aller disputer son match. Draco récupéra son Eclair de Feu et il se rendit sur le terrain, des questions et des incertitudes fourmillant dans son esprit. Le match fut expéditif dans la mesure où le remplaçant de Cho Chang n’avait pas vraiment d’expérience du stress de la compétition. Il suffit d’une remarque cinglante de Draco pour que Barnett perde contenance et se fasse ravir le Vif d’Or sous son nez. Draco fut porté en héro par ses coéquipiers et Harry prit lentement le chemin du château, le cœur lourd. Il entendit soudain qu’on l’appelait et il se retourna vivement pour voir Draco qui courrait vers lui. Sans un mot, Draco prit sa main et il entrelaça leurs doigts. Harry sentit une forme familière s’agiter contre leurs paumes. Draco effleura ses lèvres et il referma la main de Harry sur le Vif d’Or. « Je serai tous les soirs de la semaine dans la Salle sur Demande, chuchota-t-il à l’oreille de Harry. Tu es libre de me rejoindre ou non. » Il embrassa une dernière fois Harry et il repartit d’où il était venu, sans se retourner. Harry poussa un long soupir. S’il voulait garder Draco, il devait agir comme si rien n’était jamais arrivé à Pré au Lard. Tous les soirs de la semaine, il vint se coucher aux cotés de son ange et il s’endormait avec lui, savourant au petit matin sa chance de se réveiller contre lui et se demandant combien de temps il pourrait faire illusion. Il lui semblait qu’il vivait dans un brouillard constant, trop troublé et écoeuré pour réussir à parler. Il n’arrivait pas à toucher son Prince de Glace, le poids de la culpabilité était trop lourd à porter pour lui. Draco ne s’en offusquait pas et son étonnante patience rendait les choses encore plus difficiles pour Harry, même s’il parvenait à faire bonne figure, même s’il se battait tous les jours pour avoir l’air décontracté alors que son désir de vengeance grandissait inexorablement. O O Le mardi suivant, Harry déambulait dans les couloirs, peu désireux de se rendre au cours de Potions, lorsqu’il sentit une main l’agripper. Il se retourna mais aucun élève ne semblait s’intéresser à lui. Il avança à nouveau mais cette fois, il reçu un coup dans le bras. Il scrutait ses congénères lorsqu’il entendit une voix familière l’interpeller. « Putain Hermione, tu m’as piqué ma cape d’invisibilité ?! S’exclama-t-il. - Chut, murmura-t-elle d’un ton exaspéré. Ne nous fais pas remarquer, Harry, et rejoins moi dans la Salle sur Demande, tout de suite ! - Mais on a cours de Potions, Herm’ ! - On s’en fout des potions, répliqua Hermione. Rejoins moi tout de suite dans cette Salle avant que je m’énerve et que je te casse les deux bras. » - Il faut que tu arrêtes de traîner avec Blaise, » plaisanta Harry en empruntant le chemin de la Salle sur Demande. Une fois à l’intérieur, Harry observa la Salle. Elle ne contenait rien d’autre qu’une table et deux chaises. Il haussa les épaules et il posa ses livres sur la table, curieux de savoir ce qui valait à Hermione, pourtant si sérieuse, de manquer un cours. « Alors, qu’y a-t-il de si urgent, Herm’ ? Demanda Harry. Enlève cette cape, je ne sais pas où regarder ! » Hermione retira la cape et Harry la fixa avec stupeur. « Oh putain, » lança-t-il d’une voix éteinte en voyant son amie maigre, fatiguée, les cheveux courts, une multitude de cicatrices barrant ses bras nus sous son tee-shirt. Il avait compris avant même que ses yeux ne se posent sur le Retourneur de Temps qu’elle portait autour du cou. Il prit appuis sur le mur derrière lui pendant que son amie s’installait sur la chaise en déposant une Pensine sur la table. Elle scruta longuement le visage de Harry et ses yeux s’emplirent de larmes. « Oh par Merlin Harry, comme il est bon de te revoir en bonne santé, murmura-t-elle plus pour elle-même que pour le jeune homme. - Que se passe-t-il Herm’ ? Interrogea Harry en s’installant en face de son amie et en lui prenant la main. Tu sembles épuisée. - Ce n’est pas l’important. Ecoute, j’ai pris des risques énormes pour venir te voir. J’ai volé un Retourneur de temps au Ministère de la Magie et je dois rentrer avant qu’ils s’en aperçoivent. Dumbledore m’a prêté sa Pensine car je préfère que tu voies certaines choses par toi-même, et je t’ai effectivement piqué ta cape d’invisibilité. Pour ce que tu t’en sers de toutes façons. Quel jour sommes nous ? - Mardi. » Hermione poussa un long soupir agacé et Harry constata avec effarement qu’elle sentait la cigarette. Elle. Mademoiselle « un esprit sain dans un corps sain. » « Mardi COMBIEN ? Questionna-t-elle en gigotant sur sa chaise. - Le 14 mars, pourquoi ? - Génial, on va pouvoir faire quelque chose alors. J’avais très peur de n’être pas assez retournée en arrière. Ecoute moi bien, Harry, samedi 25 mars, tout va changer, et pour le pire. Il faut à tout prix que tu te contrôles et que tu ne laisses pas tes émotions prendre le dessus ce jour là. C’est important Harry. Il s’agit de sauver des vies, en particulier la tienne. - La mienne ? Et qui d’autre ? Demanda Harry dont le sang s’était glacé. Herm’, expliques toi mieux. - Ok, soupira-t-elle en sortant son paquet de cigarettes de sa poche de jean. Voilà le topo. J’ai dix neuf ans aujourd’hui. Je sais, j’ai l’air plus vieille…c’est l’inquiétude. D’où je viens, ma vie se résume à pousser la chaise roulante de mon fiancé, Ron, et d’essayer de te redonner goût à la vie. Mais hier, les médecins m’ont dit que tu ne passerais pas la semaine. Alors je suis là pour changer le cours des choses et t’aider à faire le bon choix. Tu es toujours avec Draco ? - Oui, répondit Harry, de plus en plus intrigué. - Donc l’histoire se répète. Je suppose que vous vous êtes mis ensemble officiellement en décembre et que dès que vos lèvres se sont touchées, vous vous êtes sautés dessus et vous avez fait ça comme des lapins, partout dans le château. - Heu…non, affirma Harry en rougissant. Nous faisons l’amour depuis janvier, et on ne fait pas ça n’importe où. - Oh ? Alors ça, c’est vraiment étrange. Certaines choses auraient donc changé pendant que l’histoire se réécrivait. Pourquoi n’avez-vous pas couché ensemble avant ? - Parce que Draco disait que quelque chose le retenait et qu’il ne parvenait pas à se donner complètement. - D’accord. Et toi, tu en avais envie ? - Je ne pensais qu’à ça, à tel point que j’avais l’impression d’être devenu un vrai obsédé. J’en rêvais même la nuit. - Voilà comment je vois les choses, lança Hermione en écrasant sa cigarette. Vous avez gardé une trace inconsciente de ce qui est arrivé dans mon monde et cela a modifié vos comportements. A mon avis, ton corps se souvenait de ce que ton esprit avait oublié et c’est pour cela que tu voulais tant Draco. Lui, c’était l’inverse. D’où sa hantise de se donner totalement à toi…quand on voit où votre amour vous a mené, on le comprend. - Ce qui signifie ? Demanda Harry en passant une main tremblante dans ses cheveux. - Que s’est il passé avec Lucius Malfoy, Harry ? Comment en es tu arrivé à le détester plus que Voldemort ? Vois tu, ton comportement avait changé avant le 25 mars. Tu étais toujours en adoration devant Draco mais en même temps, tu étais distant et renfermé… - Viens en aux faits, Hermione. Je croyais que tu n’avais pas beaucoup de temps ! - Très bien. Tu as tué Lucius Malfoy lors d’une sortie à Pré au Lard le 25 mars et tout a été chamboulé. Je pense que tu dois le voir pour le croire. » Harry attendit, le cœur battant, terrifié à l’idée d’avoir pris une vie, même si elle ne valait rien. Il s’en savait capable car sa haine pour le père de Draco était sans limite. Hermione mit sa baguette sur sa tempe et elle déposa un mince filet argenté dans la Pensine. « Regarde, Harry, mais n’oublie pas que tout peut changer. » Harry se leva, étonné que ses jambes acceptent encore de le porter, et il se pencha sur le récipient. Aussitôt, le monde se mit à tourner autour de lui. Il se retrouva à Pré au Lard, parlant et plaisantant avec Draco, Ron, Hermione, Blaise, Crabbe, Goyle. Le soleil perçait à travers les nuages et, pour l’occasion, presque tous les élèves flânaient dans la rue en parlant fort. Un peu plus loin, il aperçut Pansy Parkinson qui sortait d’une boutique avec Milicent Bullstrode tandis que Seamus Finnigan et un élève de cinquième année de Gryffondor regardaient la vitrine d’un magasin de Quidditch. C’était la première fois que Harry se voyait avec Draco et l’image qu’ils renvoyaient était hautement sensuelle. Ils se complétaient à merveille physiquement. Avec Draco à ses cotés, sa main dans la sienne, Harry se trouvait beau. Hermione et Ron lui avaient déjà dit que Draco et lui formaient un couple esthétiquement parfait, mais Harry ne les avait jamais vraiment écoutés. « Tu sais Crabbe, déclara Draco en lui faisant un sourire goguenard, tu vas finir par tous nous endormir si tu ne trouves pas de sujet plus intéressant que les chocogrenouilles pour nous distraire. - Quoi ? C’est bon les chocogrenouilles, intervint Ron. - Mais oui Weaslaid, c’est passionnant, parle moi encore, ironisa Draco alors que Harry le prenait par la taille pour le serrer contre lui et, par la même occasion, le faire taire. - Qu’est ce que…, » commença Blaise mais les mots moururent dans sa bouche au moment où une vingtaine de Mangemorts apparaissaient devant eux. Tous les élèves sortirent leurs baguettes et Harry amorça aussi un mouvement de préhension lorsqu’il se rappela qu’il n’était qu’un spectateur. C’est à se moment que Voldemort et Lucius Malfoy firent leur entrée en scène. Harry se rendit compte qu’il fixait le père de Draco avec hargne et qu’il en avait totalement oublié Voldemort. Il se tourna vers lui-même, le Harry de trois ans son aîné, et il vit dans ses yeux une violence, une haine dont il ne se serait jamais cru capable. Tout se passa à la vitesse de l’éclair. Harry toisait Lucius Malfoy, seul ce Mangemort semblait compter pour lui et tout son corps se tendit. Draco le questionna du regard mais Harry était trop absorbé par Lucius pour penser que son comportement était irrationnel aux yeux des autres. Quelques élèves furent désarmés, d’autres blessés et, au moment où le Harry de la Pensine fit volte face pour évaluer les dégâts, le vrai Harry vit Lucius faire un signe de tête à Voldemort avant d’empoigner Draco et de l’attirer à lui. Harry étouffa un cri avec sa main. Etre spectateur de ce genre de scène ne lui plaisait pas du tout, en particulier lorsqu’il appréhendait la suite. « Espèce de petit traître, siffla Lucius, tu vas recevoir le châtiment que tu mérites. - Père, pour être un traître, il aurait fallu que j’adhère un jour à votre cause, ce qui n’est pas le cas, » corrigea Draco avec un sourire mauvais. Harry se sentait impuissant et il vit l’inquiétude se mêler à la haine dans ses propres yeux. Lucius tenait Draco en respect avec sa baguette et Harry savait que Draco aurait pu le chasser d’un geste de la main, mais il était encore trop tétanisé par la seule présence de son père pour pouvoir oser bouger. Lucius fit tourner sa baguette, puis il ouvrit la bouche et Harry secoua la tête en comprenant ce qui allait arriver. Le Harry de la Pensine tendit sa baguette vers Lucius et un éclair vert en jaillit alors qu’il criait avec toute la force de sa haine : « Avada Kedavra ! » Draco poussa un cri en essayant de retenir le corps de son père alors que celui-ci touchait le sol. Le Préfet des Serpentard s’agenouilla et il posa sa tête sur le torse de Lucius, comme pour écouter son cœur. Blaise voulut aller le consoler mais Hermione le retint. Le vrai Harry sentit qu’un élément important avait été négligé et il se tourna vers Voldemort qui assistait aux évènements sans bouger, avec un demi sourire satisfait. Harry fit le lien à la vitesse de l’éclair : Voldemort s’était servi de lui ! Il avait sacrifié son Mangemort favori afin que Harry et Draco se séparent. Il avait voulu affaiblir Harry, le rendre plus vulnérable et le faire craquer nerveusement…et il avait réussi. Harry avait fait exactement ce que Voldemort attendait de lui en tuant Lucius Malfoy. Draco resta agenouillé devant son père, une douleur déchirante sur visage. Le vrai Harry s’approcha de lui. « Je suis tellement désolé mon cœur, murmura-t-il. - Pourquoi ? Demanda Draco en regardant le Harry de la Pensine avec une immense déception. Tu m’avais promis que tu ne chercherais pas à lui nuire ! Pourquoi ?! - Draco je…je suis désolé. Je ne voulais pas, répondit Harry. - Oh si tu le voulais, je l’ai vu dans tes yeux ! » Cracha Draco en arrachant le bracelet que Harry lui avait offert et en le jetant au loin. A partir de ce moment, le temps sembla se figer. Draco prit la main de son père et il récupéra sa bague marquée du sceau des Malfoy. Il déposa un baiser sur son front et une larme roula sur sa joue alors qu’il se relevait avec une lenteur qui trahissait sa difficulté à supporter ce qui venait d’arriver. Il ôta la bague que Harry lui avait passé au doigt le jour de la Saint Valentin et il passa celle de son père sur son doigt nu. Il resta un instant debout, perdu dans la contemplation du corps inerte de son père, le poing fermé avec à l’intérieur, la bague de Harry. Un silence assourdissant régnait dans le village. Plus personne n’osait parler, plus personne n’osait même respirer alors que le Prince de Glace ouvrait doucement la main. La bague de Harry glissa le long de ses doigts pour venir mourir sur le sol dans un tintement presque joyeux. « Draco, commença le Harry de la Pensine sans pouvoir en dire plus. - Tais toi ! Ne dis même pas un seul mot, Harry Potter ! » Ordonna Draco en se postant face à lui et en tendant sa baguette en direction de son cou. Harry ne bougea pas, laissant Draco le menacer. Il était clairement en train d’attendre la sentence du blond. « Je veux que tu saches qu’à partir d’aujourd’hui, ton pire ennemi n’est pas le Seigneur des Ténèbres, Harry, mais son Héritier, » susurra Draco en serrant les dents. Harry eut un hoquet en s’apercevant que cet instant était la réplique exacte d’un de ses rêves. « Viens mon enfant, nous reviendrons venger ton père plus tard, déclara Voldemort. Macnair, Crabbe, emportez le corps de Lucius. Il est hors de question que je laisse mon ami dans la rue. Nous lui donnerons une sépulture digne de ce nom. Viens à présent Draco. » Draco hocha la tête et, après un dernier regard haineux en direction de Harry, il suivit le Lord Noir qui le prit par les épaules. Ce dernier se retourna et il lança une œillade triomphante à Harry, pour lui faire comprendre qu’il avait gagné. « Draco, attends ! Cria Blaise en le rejoignant. - Me suivras tu Blaise ? Demanda Draco en essuyant une larme. - Tu sais bien que non, mon choix était fait depuis longtemps. Je veux juste te dire au revoir, tu restes mon meilleur ami. - J’aurai toujours le plus grand respect pour toi, » murmura Draco en l’étreignant. Le vrai Harry poussa un grognement révolté. Personne n’avait tenté de retenir Draco, pas plus que Crabbe et Goyle qui le suivirent. Harry sentit qu’on le tirait en arrière et le monde tourbillonna avant de se stabiliser. Il se retrouva devant Hermione qui avait allumé une nouvelle cigarette. « Je pense que tu en as assez vu pour comprendre que tu dois absolument te retenir de tuer Lucius Malfoy, dit elle en tirant sur sa cigarette d’un air hagard. - Alors Draco a vraiment suivi Voldemort ? - Je ne sais pas lequel a suivi l’autre mais un seul a survécu lors de la dernière bataille, et ce n’est pas Voldemort. - Tu sais, j’ai rêvé du moment où Draco me menaçait de sa baguette. - C’était plus un souvenir qu’un rêve, à mon humble avis. » Harry s’assit brusquement et il prit sa tête entre ses mains. Draco ne pouvait pas être passé du côté des forces du Mal. « Mais il avait fait son choix, il ne voulait pas de génocide, plaida Harry. - Oui, mais il t’aimait. Il avait toute confiance en toi et il s’est senti trahi. C’est par amour qu’il est devenu le Mal Absolu…aussi tordu que ça puisse paraître…mais Draco a toujours été monté à l’envers de toutes façons. - Raconte-moi, Herm’, explique moi comment il a pu devenir le Mal Absolu, demanda Harry alors que tout son être refusait de l’entendre. - Certaines choses ne doivent pas être racontées alors ne me pose pas trop de questions. En fait, Draco est devenu très écouté et très apprécié par les sorciers. Il a utilisé tout son savoir psychomagique pour attirer les foules. Quand Voldemort prônait le génocide et la torture, Draco prétendait vouloir la liberté d’action en demandant au Ministère d’autoriser la pratique de la Magie Noire. Il a montré les bons cotés de cette pratique et beaucoup de sorciers au sang mêlé et issus de familles Moldues l’ont suivi. Alors, au cours de la dernière bataille, il t’a aidé à te débarrasser de Voldemort et il a ensuite été le seul maître à bord. Les Mangemorts se sont mis à son service. Voldemort a fait une erreur colossale car Draco a été élevé pour n’être fidèle qu’à ses ambitions. Tu as vu dans sa Pensine qu’il avait même été entraîné pour voir sa propre mère souffrir sous ses yeux alors tu parles s’il s’en fichait de Voldemort ! - Hermione, il y a un tas de trucs que je ne comprends pas. Tu viens ici pour m’annoncer que je suis un meurtrier et que l’homme de ma vie va se transformer en Mal Absolu d’ici onze jours ! S’il te plait soie un peu plus claire dans tes explications ! - Je ne peux pas, Harry. Sache qu’il a beaucoup de sang sur les mains, qu’il ait tué directement ou indirectement. Mais il a fait des choses étranges : par exemple, il a tué Colin Crivey, mais il a pris Seamus dans son équipe, lui faisant faire tout son sale boulot avant de l’achever. Il a éliminé les Dursleys aussi. - Seamus à la solde de Draco ! Les Dursleys morts ! - Oui, il a enfermé les parents dans le placard sous l’escalier, il a lancé un sortilège de silence et il les a laissé mourir. Quand à Dudley, il l’a épargné mais ce gros incapable n’a rien trouvé de mieux à faire que de se jeter à ses pieds pour le supplier de l’emmener avec lui. Draco l’a déposé dans un hôpital psychiatrique où il se trouve toujours. Ah oui, il a aussi tué Peter Pettigrew. - On dirait qu’il a assouvi mes désirs de vengeance, c’est troublant. Qui l’a suivi ? Qui nous est resté fidèle ? A-t-on trouvé l’espion ? Et pourquoi suis-je en train de mourir ? C’est lui qui m’a fait ça ? - Reste calme avec les questions Potter, déclara Hermione en souriant. Beaucoup de monde l’a suivi, je ne peux pas te dire tous les noms mais il y a Crabbe et Goyle, forcément ils ont été élevés pour le servir, Nott, Milicent Bullstrode, Montague, Percy Weasley, Padma et Parvati Patil et bien d’autres encore. Goyle est mort en voulant protéger Draco. Quant à l’espion, on ne l’a jamais retrouvé. Une fois Draco hors de l’école, nous n’avions plus la possibilité de confondre l’espion. Quant à ton agonie, elle est liée à Draco, mais ce n’est pas lui qui t’as blessé. Comment dire ça ? Il y a eu une guerre, Harry. Une guerre sans merci entre vous deux. C’était le rapport de force constant et beaucoup de monde a perdu la vie dans cette folie. Vous étiez de force égale en terme de magie et vous ne pouviez pas vous éliminer mutuellement. Et puis, honnêtement, tu te sentais responsable de sa folie meurtrière et tu n’arrivais pas à l’attaquer de front. Heureusement que lui non plus. Vous vous menaciez systématiquement mais jamais vous ne vous blessiez mortellement. Il fallait que l’un de vous deux abandonne pour que l’autre gagne. - Alors c’est moi qui ai abandonné ? Demanda Harry, le cœur au bord des lèvres. - Non, c’est Draco. - Je ne peux pas le croire, il est bien plus borné que moi. Et puis tu as dit qu’il avait survécu. - J’ai dit qu’il avait survécu à la dernière bataille avec Voldemort, Harry. Il faut croire que ton désir de vivre était bien plus grand que le sien. Regarde. » Le corps tremblant, Harry plongea la tête dans la Pensine, mais il ne se leva pas. Il en aurait été incapable. Il avait ce rêve monstrueux en tête, celui dans lequel il avait vu la mort de Draco. Il se retrouva dans une ville quasiment désertée où un affrontement sanglant avait eu lieu. Il vit Draco en face de lui, majestueux et dangereux, tout de noir vêtu, dans son jean, son tee shirt et sa longue veste en cuir. Draco jeta un regard circulaire tout en maintenant Harry à distance, en le menaçant de sa baguette. « Fais ce que tu dois, Draco, murmura Harry. Je ne pourrai pas te tuer. - Moi non plus Harry. Je t’aime toujours, murmura-t-il. Pourquoi a-t-il fallu que tu tues mon père ? - Je voulais juste te protéger, j’avais peur qu’il ne te blesse. Rends toi Draco, tu passeras ta vie en prison mais je ne t’abandonnerai pas. - Tu sais que je ne me rendrai pas, mais tout cela est allé bien trop loin. Il y a eu bien trop de morts par ma faute, je n’ai pas su m’arrêter. Lorsque j’ai commis mon premier meurtre, j’ai perdu mon âme, Harry. Je me suis retrouvé prisonnier de mes actes. Je ne vois qu’un seul moyen d’être enfin libre. - Non, Draco je t’en prie. » Draco évalua la distance qui les séparait de Blaise, Ron, Hermione et Rogue, puis il haussa la voix afin qu’ils l’entendent. « Je vais te tuer maintenant Potter, cria-t-il. - Draco ne fais pas ça, implora Harry en sentant les larmes lui monter aux yeux alors que les autres s’approchaient, leurs baguettes brandies à bout de bras. - Avada…Lança Draco assez fort pour bien être entendu. - Le dos, hurla Blaise, visez le dos ! » Aussitôt, Draco reçut quatre jets de lumière dans le dos et il retomba trois mètres plus loin, les bras en croix, un mince filet de sang s’échappant de ses lèvres. « Non ! S’exclama Harry en accourant vers Draco. Ne voyez vous pas que c’est un suicide ! - Oh Merlin non ! S’écria Blaise en s’agenouillant près du blond. - Bien joué Blaise, prononça Draco, tu as toujours été un fin stratège. Vous m’avez cassé le dos, je ne peux plus bouger les bras et les jambes. » Harry se pencha sur lui et il caressa ses cheveux. « Les Aurors vont arriver Draco. Ils te conduiront à Sainte Mangouste. Tout se passera bien. - Tu sais que non. Où étais tu ces deux dernières années, Harry ? Demanda faiblement Draco. Je n’ai pas encore 19 ans et je suis un assassin, l’un des pires. J’ai poussé un nombre incalculable de gens au meurtre. Ça ne se passera pas bien, je vais être enfermé pour toujours, sans plus pouvoir bouger. Je t’en prie, si tu m’aimes encore, achève moi. - Je ne peux pas, c’est hors de question ! » S’écria Harry en se relevant pour aller voir Hermione qui avait les bras en sang. Le vrai Harry resta aux cotés de Draco en sachant que le rêve qu’il avait fait allait se transformer en cauchemar éveillé d’ici peu. « Blaise, s’il te plait, fais le, implora Draco. Ne me laisse pas comme ça. » Blaise éclata en sanglots et il posa ses lèvres sur celles de son ami. « Je t’aime Draco, chuchota-t-il en se relevant. Avada Kedavra ! » Le Harry de la Pensine poussa un cri et il se précipita pour trouver Draco inerte, ses magnifiques yeux gris grand ouverts. Plus un souffle de vie n’habitait son corps. Il lui ferma les yeux d’une main tremblante et il le prit contre lui alors que Blaise s’effondrait dans les bras du professeur Rogue. Harry restait sourd aux paroles de Ron, qui lui disait que c’était fini. Tout ce qu’il savait, c’était que plus jamais il ne pourrait sourire, ni même supporter la vie sans Draco. Ils avaient tous les deux laissé les choses leur échapper et ils avaient tous les deux perdu à leur propre jeu de guerre. Ron entraîna Harry plus loin et il le serra dans ses bras, resserrant son étreinte lorsque Harry se mit à pousser des cris de désespoir. Le vrai Harry les accompagna, refusant l’idée que son ange puisse tourner aussi mal et finir de cette manière. Il jeta un coup d’œil dans la direction de Blaise et il vit un homme porter le corps inerte de Draco dans ses bras. Un homme de dos. Grand. Très maigre. A la longue et brillante chevelure noire. Le vrai Harry s’élança vers lui mais il se sentit à nouveau tiré en arrière. Le monde tourna autour de lui et il ouvrit les yeux sur Hermione. « Tu en as assez vu, dit elle. - Qui était ce, Herm’ ? - Tu le sauras assez tôt. - Mon Dieu, j’ai rêvé de la mort de Draco. C’est monstrueux, je ne peux pas accepter cette fatalité. - Tadam ! C’est pour ça que je suis là, Harry, rappela Hermione. Je suis venue te mettre en garde contre Voldemort. Il veut vous piéger, Draco et toi. Il a réussi dans mon monde et je voudrais que l’histoire se réécrive différemment cette fois. D’où je viens, on dit que Draco avait choisi un Héritier… - Oh putain non ! Pas encore ! - Si. Mais nous ignorons qui il est. Les partisans de Draco sont encore très nombreux et ils cherchent cet Héritier. Il paraît que Draco l’aurait caché et qu’il ressortirait le moment venu. L’histoire se répète mais tu ne veux plus en faire partie. Tu as jeté l’éponge le jour de la mort de Draco et tu t’es laissé dépérir. Tu meurs car tu ne veux plus te battre…et je te comprends, même si je refuse l’idée que tu partes. Tu l’aimais à la folie et lui aussi il t’aimait. - Je ne peux pas supporter ça, Hermione. C’est mon ange, j’ai besoin de lui. Je t’assure que je ne tendrai même pas ma baguette vers Lucius Malfoy samedi prochain. On pourrait tout simplement annuler la sortie. - Non, tu sais ce qui va arriver donc tu pourras mieux te préparer à changer le cours des choses. Mais, Harry, il faut que tu parles à Draco de son père. J’ignore ce qui s’est passé mais il s’est passé quelque chose. Parle lui. - Je ne veux pas le perdre et je sais qu’il va me tuer. - Vu comme c’est parti, tu le perdras de toutes façons alors fais ce qui est bon pour vous, conseilla Hermione. Et puis, on ne peut pas prévoir les réactions d’une personne. Ne sous estimes pas non plus l’importance que Draco a pour Voldemort. Je doute qu’il laisse Lucius faire du mal à son Héritier. A présent, tu as toutes les cartes en main, Harry. A toi de changer le cours des choses. - Qu’est il arrivé à Blaise ? - Il a été considéré comme un héro qui a débarrassé le monde du Prince Noir. Il ne s’est jamais remis de son geste et il s’est suicidé. - Ce n’est pas possible ! - Si, Harry. Nous n’avons jamais remarqué à quel point il aimait Draco, bien plus qu’un simple ami et sa mort l’a laissé complètement désespéré. - Blaise, amoureux de Draco. Je n’en reviens pas, lança Harry d’une voix tremblante. Je ne m’en doutais pas du tout. Ça a dû être terrible pour lui d’avoir achevé Draco. - En particulier lorsque le médicomage qui a pratiqué l’autopsie sur Draco nous a révélé qu’il n’avait pas le dos cassé. Il n’avait rien. Il a prétendu le contraire car il n’avait pas la force d’en finir lui-même, expliqua Hermione avec les larmes aux yeux. Tout cela n’est qu’un horrible gâchis. Ne laisse pas Lucius Malfoy ruiner tous vos espoirs et bats-toi, protège-toi et protège Draco. Je dois partir mais si tu as besoin de parler, surtout adresse-toi à moi…enfin, je veux dire, moi quand j’avais seize ans ! - Merci pour tout Hermione. Je vais tout tenter pour éviter ce massacre, crois moi. Je vais parler à Draco et ensemble, nous ferons face. Prends soin de toi. - Toi aussi. N’oublies pas que tu n’es pas obligé de porter tout seul la misère du monde, répondit-elle en le prenant dans ses bras. C’était bon de te revoir comme tu étais avant. » Elle passa la cape d’invisibilité et elle se saisit de la Pensine. « Qui était l’homme aux cheveux longs, Herm’ ? Questionna encore Harry. - Personne, rétorqua la voix d’Hermione. Ne t’inquiète pas pour ça. Au revoir ! » Harry l’entendit actionner le Retourneur de Temps et il se retrouva seul, totalement sous le choc de ces nouvelles révélations. Il prit la direction des cachots en essayant de mémoriser toutes les informations données par Hermione. Tout avait plus de sens à présent. Ses cauchemars, la retenue de Draco, cette impression persistante qu’ils formaient un couple maudit. Je vais me battre, pensa-t-il en entrant dans le cours de potions. Je vais me battre et je vais gagner. « Regardez qui vient nous honorer de sa présence, susurra le professeur Rogue. Notre star nationale. Plus d’une heure de retard et pas un mot d’excuse, cela vaut bien 30 points de moins pour Gryffondor, qu’en pensez vous…hum…au hasard…Draco, par exemple ? - Je pense que j’ajouterais une retenue en plus, répondit Draco en toisant Harry avec son regard hautain. - Potter, 30 points de moins pour Gryffondor et une semaine de retenue avec moi, cracha Rogue en lui faisant signe de s’asseoir. - Où étais tu, Harry ? Demanda Hermione. Nous étions morts d’inquiétude. - Avec toi, lança Harry. - Pardon ? - J’étais avec toi, répéta Harry. Je t’expliquerai demain. » Jusqu’à la fin du cours, Harry ne pu s’empêcher de contempler la silhouette parfaite de Draco et une furieuse envie de hurler lui chatouillait les cordes vocales. Il surveillait également le comportement de Blaise, cherchant un détail qui aurait pu trahir la nature de ses sentiments pour Draco, mais le Serpentard semblait simplement amical. Draco, lui, avait l’air furieux et lorsqu’il se retournait, c’était pour gratifier Harry de ses sourires suffisants ou de ses regards de pur dédain. En sortant de la Salle de Potions, Harry attrapa Draco par le bras et il l’attira contre lui. « On peut savoir pourquoi mon Dragon crache du feu aujourd’hui ? Murmura Harry contre sa joue. - Parce que tu n’es qu’un sale connard et que j’en ai assez que tu passes ton temps à t’excuser pour je ne sais quoi en me serrant si fort que j’entends mes os craquer et que la minute d’après, tu me rejettes en prétendant que tout va bien alors que je vois clairement que quelque chose ne va pas et que ça a un rapport avec moi en plus ! - Ok, j’ai mal agis, admit Harry en resserrant son étreinte autour de la taille de Draco tout en se demandant comment le blond avait pu débiter une telle phrase sans s’étouffer. Je mérite ma semaine de retenue avec l’autre huileux du bulbe capillaire. On va parler d’accord ? Ce soir, dans la Salle sur Demande ? - Tu vas me dire ce qui te tracasse, c’est sûr ? Interrogea Draco avec une adorable mine boudeuse. - Oui mon cœur, rétorqua Harry en fixant les lèvres pulpeuses de son aimé et en essayant de chasser de son esprit l’image du sang qui coulait de sa bouche alors qu’il était étendu sur le sol. A 21h ce soir, ça te va ? - 22h, j’ai des trucs à faire avant. » Harry lui fit un sourire ravageur et il captura les lèvres de Draco. Avec douceur, il frôla sa bouche avant de faire entrer sa langue dans l’antre de la tentation de Draco. Aussitôt, la langue du blond répondit ardemment à ce baiser et elle dansa en harmonie avec celle de Harry. Quelques élèves les dépassèrent en chantonnant la marche nuptiale et Harry sentit Draco sourire contre ses lèvres. « Monsieur Malfoy, entre deux effusions je voudrais vous voir dans mon bureau, déclara le professeur Dumbledore en lui tapant sur l’épaule. - Ok, je viendrai à ce moment là alors, répondit Draco avec un aplomb et une insolence qui firent sursauter Harry. - Je souhaiterais vous parler immédiatement, insista le Proviseur. Cela concerne justement ce genre d’attitude dans un établissement scolaire qui se trouve sous ma responsabilité. - Professeur, il n’était pas seul, intervint Harry, nous… - Laisse tomber, coupa Draco avec un sourire sardonique, tu sais bien que jamais Saint Potter ne se fera réprimander par le proviseur. Je vous suis professeur, et j’avoue admirer votre grande impartialité. » Dumbledore ne dit pas un mot, se contentant de montrer le chemin à Draco et en se promettant qu’une leçon de politesse lui serait donnée dans son bureau, dû-t-il y passer des heures. Harry se rendit au sommet de la Tour d’Astronomie, là où tout avait commencé entre Draco et lui et il donna libre cours à son angoisse et à sa tristesse. Avoir vu l’homme qu’il aimait mourir sous ses yeux, même si l’histoire ne se répèterait pas, était un traumatisme réel et Harry donnait enfin un sens aux évènements de la journée. Ce soir, il allait perdre Draco mais il se devait de le faire afin de le protéger. Des larmes de frustration roulèrent sur ses joues. Pourquoi le monde entier se liguait-il contre eux ? Pourquoi ne pouvaient-ils vivre comme les adolescents de leurs âges ? Si seulement Sirius était là pour alléger un peu son fardeau. Il sentit une main se poser sur son épaule et il se retourna vivement. Blaise lui fit un sourire triste et Harry tenta d’essuyer ses larmes. « Tu n’as pas l’air bien, Harry. Ne me dis pas que ce sont ces conneries de Rogue qui te trouent le cerveau ? - Non, je ne le dis pas. Blaise, puis je te parler franchement ? - Toujours petit Saint, toujours. - Depuis quand es tu amoureux de Draco ? » Blaise le fixa intensément, médusé. Ses yeux s’agrandirent et se rétrécirent plusieurs fois de suite. « Comment as-tu su ? Demanda Blaise en regardant au loin. - Depuis quand ? - Depuis notre entrée à Poudlard je crois. Il m’a toujours fasciné. Mais c’est mon meilleur ami, Harry. - Ne t’en fais pas, je ne lui dirai rien si c’est ce que tu crains. - Que tu lui dises ou non, je m’en fous royalement. Je ne vais pas me bouffer les couilles pour ça, crois moi. Ecoutes, Harry, je ne veux pas que tu imagines que j’attends quoi que ce soit de la part de Draco. Je ne pense jamais à lui sur un plan sexuel, je te le jure. Quand je me masturbe…quoi…oh, ok, je passe ma vie à parler de cul et tu pensais peut être que je ne jouais jamais avec mon superbe robinet d’amour ? Bref, je ne pense jamais à lui quand je me masturbe, je t’assure. Je ne ferai jamais rien pour me mettre entre vous car vous êtes faits l’un pour l’autre. Même quand vous vous insultiez copieusement, je le savais. - Blaise, je suis désolé si le fait que je soie avec Draco te blesse. Ne penses-tu pas que tu devrais le lui dire afin qu’il ait toutes les cartes en main…L’idée qu’il me plaque pour toi ne me fait pas danser de joie mais il a quand même le droit de choisir, constata Harry. - C’est là que tu te trompes, Harry. Je l’aime, oui. Mais c’est un amour qui est destiné à rester secret. Je ne souffre pas de vous voir ensemble, au contraire, je suis heureux pour vous, vraiment. Un seul de ses sourires peut illuminer ma journée et c’est tout ce que je demande. Je suis avant tout son ami et je ne me suis jamais considéré autrement. Je n’ai même jamais envisagé l’éventualité que nous puissions être ensemble, vois tu. Alors non, il n’a aucun choix à faire parce que je ne suis pas sur les rangs. Ne me prends pas en pitié sinon je te massacre à coups de tatane dans le patapouf. Comprends que je n’attends vraiment rien de lui, à part de l’amitié. Je ne me fais aucune illusion en ce qui le concerne et je n’ai aucun espoir…et ça me va. - Je t’admire de réagir ainsi. - Je m’admire aussi, plaisanta Blaise. Et puis voyons le bon coté des choses : si jamais je foire mes ASPIC, je pourrai toujours me tourner vers la prêtrise. » Harry sourit. Pour la première fois depuis une semaine, il se sentait en confiance et plein d’espoir. Blaise n’était pas un rival mais un ami, et pas seulement l’ami de Draco. O O « Voici ce que vous m’aviez demandé jeune Malfoy, déclara le Baron Sanglant en déposant une mèche de cheveux, une fiole de sang et un bout d’étoffe sur la table dans les appartements du professeur Rogue. - Monsieur, en acceptant de passer sous l’arche afin d’entrer en contact avec Sirius Black, vous faites de moi votre obligé. Sachez que je saurai me souvenir de votre aide si précieuse, répondit Draco en s’inclinant. - Je n’en doute pas mon jeune ami. J’ai toujours porté le jeune Black en grande estime. Il était espiègle et intelligent. Je n’ai jamais compris pourquoi il n’a pas été à Serpentard. Quoi qu’il en soit, il vous transmet ses hommages et il vous remercie de vouloir le ramener dans le monde des vivants. - Vous avez parlé avec lui ? Interrogea Rogue d’une voix calme mais tremblante. - Bien entendu. Il a des doutes sur vos motivations Severus mais il a confiance en moi, rétorqua le Baron en traversant le mur. A bientôt jeunes gens. » Restés seuls, Draco et le professeur Rogue se fixèrent un long moment, pleins d’anxiété et d’excitation. Draco alluma une cigarette que le professeur lui arracha des mains pour en inspirer une grande bouffée et s’étouffer. « Je crois qu’on y est à présent, murmura Draco en faisant rouler la cigarette entre ses doigts tout en observant le bout incandescent. Il est temps de faire revenir Médor à la maison. Ça va aller Severus ? - Oui…je pense. Ajoute le sang et les cheveux dans le chaudron pendant que je fais brûler l’étoffe. » Ce faisant, ils entonnèrent un cantique et ils ne s’arrêtèrent plus jusqu’au moment où une explosion se produisit, une demie heure plus tard. Draco eut à peine le temps de se protéger avant que le chaudron ne fuse dans sa direction. Severus fut brûlé à la main mais il ne s’en soucia pa car, au milieu de la mixture étalée sur le sol, gisait le corps nu de Sirius Black. Draco et Rogue s’avancèrent prudemment, le cœur battant, la gorge nouée. Ils se penchèrent sur la silhouette décharnée du dernier descendant des Black et Draco murmura : « Bingo ! - Sans vouloir t’affoler, il ne bouge pas d’un pouce » remarqua Rogue en prenant le pouls de celui qu’il aimait depuis plus de la moitié de sa vie. « Il est vivant. - Il est dans le comas, c’est évident, constata Draco en haussant les épaules. Portez le dans votre lit et le guerrier se r&eacut |