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au 04 Déc 08 :
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Sortir Des Ténèbres
Par BlackNemesis
Harry Potter  -  Romance/Angoisse
17 chapitres - Complète - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 14     Les chapitres     13 Reviews    
Et maintenant ?

SORTIR DES TENEBRES

 


 

CHAPITRE QUATORZE : ET MAINTENANT ?

 

I don’t believe in the existence of angels
But looking at you I wonder if that’s true
 But if I did I would summon them together
And ask them to watch over you
To each burn a candle for you
To make bright and clear your path
And to walk, like Christ, in grace and love
And guide you into my arms
Into my arms, O Lord.
(Nick Cave and the Bad Seeds, « Into my arms »)

 

O

 

Harry tomba à genoux et il lui sembla que le soleil ne se lèverait plus tant qu’il n’aurait pas retrouvé Draco. Il resta quelques minutes, sourd et muet, inconscient du tumulte qui régnait autour de lui. Hermione le secouait doucement mais il ne réagissait pas. La seule chose que son esprit enregistrait était l’enlèvement de Draco. Pourquoi n’avait-il pas réagi quand son père s’était saisi de lui ? Pourquoi fallait-il qu’il craigne toujours autant cet homme qui ne méritait pas d’avoir un fils comme lui ?

 

Il reprit lentement conscience de son entourage au moment où Gregory Goyle tomba à genoux à ses côtés, l’air totalement perdu. Pour la première fois, Harry éprouva de la peine pour le molosse. Il se releva avec difficultés. Il avait l’impression qu’il portait toute la douleur du monde en lui. Il ôta ses lunettes et il se frotta les yeux pour se donner le temps de reprendre une contenance devant ses amis.

 

« Harry, insista Hermione. Il faut qu’on retourne à Poudlard.

 

- Laisse le, Hermione, » intervint Sirius en posant une main rassurante sur l’épaule de son filleul.

 

Harry remit ses lunettes et il lança sur la foule un regard absent. Il avait envie de se jeter dans les bras de Sirius et de pleurer toutes les larmes de son corps en hurlant sa rage. Au lieu de cela, il serra les dents et il fit un sourire triste à Blaise qui tentait de consoler Pansy.

 

« Tu as raison, Herm’, dit-il d’un air résolu. Retournons à Poudlard.

 

- Tu me rassures, je craignais que tu veuilles suivre Voldemort pour sauver Draco, répondit Hermione.

 

- C’est exactement ce que je compte faire, prononça Harry. Mais avant, il faut que Dumbledore me fasse un portoloin, je ne sais pas où habite Draco. Et je te défends de vouloir m’arrêter, Herm’. »

 

Hermione préféra attendre d’être en présence de Dumbledore pour négocier plus avant. Voyant le regard décidé de Ron, elle retint un soupir, sachant exactement ce qu’il allait faire. Il allait suivre Harry, comme l’année précédente. Hermione frissonna en repensant au corps de Sirius traversant l’Arche. Comment pouvait-elle empêcher Harry et Ron de partir à la recherche de Draco sans mentionner cet épisode douloureux, provocant à coup sûr la colère des deux garçons ? Elle prit Ron par la main et elle suivit Harry, qui marchait devant eux d’un pas nerveux.

 

Une fois arrivés à Poudlard, la nouvelle de l’enlèvement de Draco se répandit comme une traînée de poudre à cause de Terry Boot qui avait assisté à la scène de loin, et de nombreux élèves de deuxième année se précipitèrent à la rencontre de Sirius, le plus abordable des professeurs, pour lui demander les détails de l’histoire. Pour la première fois, Sirius les ignora et il laissa Remus Lupin leur répondre. Harry avait des envies de meurtre en voyant ces gamins venir chercher le ragot mais il parvint à contenir sa rage. Draco avait besoin de lui et c’était tout ce qui comptait pour l’instant. Même Severus Rogue préféra rester silencieux devant le visage fermé et les yeux assassins du Survivant. Il se contenta de le toiser avec hauteur quand ils pénétrèrent dans le bureau du Directeur.

 

Dumbledore les accueillit avec un triste sourire, visiblement déjà au courant de la situation. Harry se laissa lourdement tomber dans un fauteuil et Hermione prit place sur l’accoudoir, comme si elle voulait être le plus près possible de lui au cas où il déciderait de s’enfuir. Blaise s’affala dans le deuxième fauteuil et Ron resta debout derrière lui. Quant à Sirius, il s’assit avec une désinvolture juvénile sur le coin du bureau du Directeur. Rogue se tenait à la droite du Directeur, les bras croisés, le regard rivé sur Harry, contenant à peine ses reproches silencieux. Dobby entra à son tour, un grand plateau de biscuits dans les mains.

 

Harry et Sirius se tournèrent en même temps vers le Directeur et ce fut le jeune homme qui prit la parole en premier, mettant en mots le fond de la pensée de son parrain.

 

« Vous croyez vraiment que c’est le moment de se taper le thé et les petits gâteaux ? Draco a été enlevé…Et pas par n’importe quel pignouf ! Par Voldemort, rien que ça !

 

- Je le sais bien, Harry, déclara Dumbledore d’une voix étrangement fatiguée. Mais je te demande de ne pas agir de manière inconsidérée. Laisse nous trouver une solution à ce problème sans te mettre en danger.

 

- Pour l’instant, Draco est en danger, insista Harry, et je crois qu’on devrait aller le sauver avant que Voldemort lui fasse je ne sais quoi qui me donne envie de vomir rien que d’y penser !

 

- Ne soyez pas aussi immature, Potter, susurra le professeur Rogue. Toute action entreprise sans avoir été mûrement réfléchie pourrait se retourner contre Draco. Vous est-il si difficile d’utiliser la partie pensante de votre cerveau ?

 

- Ne parle pas de cette manière à mon filleul, Servilo ! Tonna Sirius. Il veut aider Draco et je le suivrai dans sa démarche, que ça te plaise ou non. Viens Harry, allons botter le cul des Mangemorts.

 

- Je vous suis, lança Ron en regardant Blaise qui ne bougeait pas de son fauteuil.

 

- Réfléchissez, Potter, déclara Rogue d’une voix trop calme pour être amicale. Rappelez vous de ce qui est arrivé la dernière fois que vous avez agi sans vous servir de vos neurones pour aller sauver quelqu’un. Nous…Vous avez perdu Sirius, et si Draco n’avait pas été à l’écoute de cet affreux chat, Black serait toujours derrière l’Arche, faisant la conversation avec les morts. Nous voulons tous aider Draco mais avant tout, il faut mettre au point un plan. 

 

- Ainsi, vous vous faites le porte-parole de la raison, professeur Rogue ? Demanda Harry d’un air agressif, même si les mots du professeur l’avaient fait pâlir. Vous êtes amoureux de Sirius depuis toujours et pourtant, vous n’avez pas levé le petit doigt pour le protéger quand il a été injustement accusé de meurtre ou quand il est passé sous l’Arcade…Vous vous attendez vraiment à ce que je suive les conseils d’un lâche affectif ? J’aime Draco et je l’assume pleinement. Je veux qu’il soit en sécurité, point. »

 

C’est en voyant Ron, les yeux exorbités, que Harry comprit son erreur. Hermione avait la main sur la bouche, stupéfaite, alors que Blaise avait adopté la même position pour masquer son sourire amusé. Dumbledore n’avait même pas l’air surpris. Rogue fixait Harry avec détachement, comme si le Gryffondor était complètement fou et que cela n’était pas nouveau. Il avait pourtant les mâchoires beaucoup trop serrées pour quelqu’un de détaché. Quant au principal intéressé, il ne quittait pas son filleul du regard, cherchant un signe montrant que Harry était en plein délire. Le Survivant se sentit rougir jusqu’à la racine des cheveux et il détourna les yeux pour se concentrer sur Dobby…Dobby !

 

Il se leva d’un bond et attrapa l’elfe par le bras.

 

« Dobby, toi tu connais le Manoir Malfoy ! Tu sais comment et où trouver Draco ! »

 

L’elfe couina un peu, trop terrorisé par l’évocation de la demeure maudite. Dumbledore toussota et les regards se tournèrent vers lui, à part celui de Sirius qui scrutait Severus d’un air incrédule. Le professeur de Potion répondit par une œillade noire en direction de l’Animagus.

 

« Harry, c’est pour cela que j’ai fait venir Dobby justement, expliqua le Directeur. Il sait probablement où se trouve Draco. Quant à toi, Harry, tu es lié à Draco par le sang échangé entre Voldemort et lui lors de la cérémonie de partage des pouvoirs. Peux tu faire le vide pour essayer de le visualiser ? »

 

Harry hocha la tête, se giflant mentalement de ne pas y avoir pensé plus tôt. C’était pourtant évident. Il commençait à croire qu’Hermione avait raison quand elle lui disait qu’il agissait toujours trop vite, sans envisager toutes les possibilités. Le souvenir de Sirius passant à travers l’Arcade était encore vivace dans son esprit. Il ressentait toujours une grande culpabilité à ce sujet, même si Sirius lui avait affirmé qu’il n’avait rien fait d’autre que de vouloir lui porter secours et que c’était louable.

 

Il ferma les yeux et il se concentra, tentant d’entrer en contact avec Draco. Il lui semblait qu’il se heurtait à un mur. Il avait entrevu ce qui était certainement la façade du Manoir mais ensuite, c’était le trou noir. Il commençait à perdre patience et l’urgence de la situation tombait sur lui comme un coup de fouet, violent, provocant une souffrance immense.

 

« Je n’y arrive pas, soupira Harry en cherchant le regard bienveillant de Sirius. J’essaye mais rien ne se produit. »

 

Dobby poussa un nouveau petit couinement terrorisé et Blaise se tourna vers lui, les nerfs vrillés.

 

« Si tu sais quelque chose, dis le, tête de bite ! S’écria-t-il en se levant pour se retrouver aussitôt assis sous la pression des mains de Ron.

 

- Monsieur Zabini ! Tonna Rogue. Je vous saurais gré de modérer vos ardeurs lorsque vous parlez.

 

- Il sait quelque chose, ça se voit !

 

- Dis nous ce que tu sais, Dobby, demanda le professeur Dumbledore d’une voix douce et un peu amusée.

 

- Draco Malfoy Monsieur est puni ? Interrogea l’elfe en plongeant ses grands yeux terrorisés dans ceux de Harry.

 

- Oui, répondit Hermione. On peut dire qu’il est puni. »

 

Harry poussa un grognement agacé, trop impatient d’agir. Hermione lui fit un chaleureux sourire.

 

« Harry, je sais que tu es mort d’inquiétude, dit Hermione. Mais Draco est trop important aux yeux de Voldemort pour qu’il lui fasse du mal.

 

- Oui, mais détruire Harry est peut être plus important pour lui que maintenir Draco en vie, remarqua Ron.

 

- N’importe quoi, soupira Blaise. Draco compte plus pour Vo…le Seigneur des Ténèbres. Il est l’arme idéale contre Harry, surtout depuis qu’ils sont ensemble, et Vo…le Seigneur des Ténèbres ne peut pas blesser Draco. Où étiez vous quand Hermione et moi vous avons expliqué cette histoire de partage des pouvoirs ?!

 

- Comme toujours, rétorqua Ron, on ne vous écoutait pas.

 

- Blaise, mets lui ta couille droite dans la bouche et étouffe le avec, lança Hermione sous le regard médusé de l’assemblée – elle passait définitivement trop de temps avec Blaise. Je répète donc puisque vous ne jugez pas nécessaire de nous écouter : comme Draco et Voldemort ont échangé leurs pouvoirs, ils sont intimement liés l’un à l’autre, d’où la possibilité de communication télépathique entre eux. Hors, Draco, au lieu de se fermer comme Voldemort le voulait, s’est ouvert et il a assumé son ressenti. Cela affaiblit Voldemort puisque lui aussi, va ressentir les choses au lieu de les prendre avec froideur. Avec la question des émotions pures, c’est Draco qui domine le couple. Pour le reste, Voldemort est bien plus puissant, plus meurtrier, mais il ne peut rien contre Draco. Draco est plus fin dans ses choix et Voldemort ne peut pas lui faire de mal, car cela reviendrait se blesser soi-même. D’un autre coté, le penchant sadique de Draco va jouer contre lui si Voldemort adopte également cette attitude. N’importe qui peut blesser Draco ou Voldemort, mais ils ne peuvent pas le faire mutuellement. Si Draco jetait un sortilège impardonnable à Voldemort, il le ressentirait aussi et il en subirait les méfaits. Pareil si Voldemort voulait meurtrir Draco.

 

- J’ajoute que si Draco se faisait du mal à lui-même, le Seigneur des Ténèbres serait aussi souffrant, précisa Blaise. Mais si je tuais Draco, Le Seigneur des Ténèbres continuerait à danser la gigue la bite au vent sans s’inquiéter. Comme Draco et l’autre fou ont l’instinct de survie, ils ne s’affronteront pas. Voldemort n’a pas envie de souffrir, il n’est pas masochiste. Même si seul Harry peut le tuer, il ne va pas risquer d’éliminer Draco sans savoir quelles en seraient les conséquences pour lui. Ils fonctionnent en circuit fermé si vous voulez, se protégeant l’un l’autre, mais si quelqu’un venait à briser leur lien, cela ne serait pas nocif pour celui qui survivrait.

 

- D’accord, nous savons que Voldemort ne fera rien à Draco, remarqua Sirius en évitant soigneusement de regarder Rogue. Draco est sa plus grande force, comme sa plus grande faiblesse, exactement comme pour Harry. Draco reste quand même l’Héritier et, surtout, une arme contre Harry. C’est certainement dans cette optique que Voldemort l’a enlevé. A présent, laissons Dobby nous dire ce qu’il sait sur l’impossibilité d’Harry à entrer en contact avec lui. »

 

L’elfe poussa un petit soupir et il bomba le torse pour se donner de l’importance et, surtout, du courage.

 

« Dobby veut aider Draco Malfoy Monsieur. Il existe dans le Manoir du Maître Lucius Malfoy un cachot conçu spécialement pour Draco Malfoy. »

 

Harry remua sur son fauteuil, en proie à une forte envie de tuer le père de Draco, et sa mère avec.

 

« Dans ce cachot, tout le monde peut faire de la magie à part Draco Malfoy. C’est pour cela que Harry Potter Monsieur ne peut pas entrer en télépathie avec lui. Il est privé de ses pouvoirs, ainsi les Maîtres peuvent le punir et le laisser moisir dans le cachot, gémit Dobby alors que ses grands yeux noirs se mouillaient. Dobby a trop souvent vu Draco Malfoy Monsieur prisonnier du cachot. Mais Dobby sait où il se trouve et Dobby peut aller le voir. Les anciens maîtres de Dobby avaient tellement d’elfes de maison qu’ils ne connaissaient pas la moitié d’entre eux. Dobby peut y arriver ! »

 

L’elfe semblait à présent pris d’une euphorie presque démente alors que ses mains battaient la cadence d’une musique imaginaire.

 

« Dobby, c’est une mission dangereuse, es-tu sûr de vouloir y aller ? Demanda Dumbledore.

 

- Oui, Dobby va rapporter des nouvelles du mari d’Harry Potter Monsieur ! »

 

Harry ne pu retenir un sourire empreint de lassitude et l’elfe disparut dans un « pop » sonore pour réapparaître dans un cachot glacial et humide, dans les sous sols du Manoir Malfoy.

 

Draco était assis à même le sol, tremblant de froid mais en bonne santé. Son père l’avait jeté là dès leur arrivée par Portoloin et Voldemort venait de le quitter. Il lui avait juste dit qu’il était très déçu et il s’était presque excusé de devoir laisser Draco dans cet endroit sordide. En bon petit automate, Draco lui avait assuré qu’il comprenait et qu’il méritait le châtiment qui lui serait donné. Il savait au fond de lui qu’il ne le tuerait pas, il ne le pouvait pas…Pas encore. Il n’était pas dupe et il n’ignorait pas que Voldemort avait besoin de lui pour affaiblir Harry. Il avait cessé d’être l’Héritier vénéré au moment où il avait choisi son camp.

 

Draco sursauta quand Dobby fit son apparition et il le fixa d’un air incrédule.

 

« Il faut que tu partes, dit-il avec assurance, ils ne me feront rien mais toi, s’ils t’attrapent, ils te tueront.

 

- Dobby veut être sûr que Draco Malfoy Monsieur va bien. Harry Potter Monsieur est très inquiet pour son mari. »

 

Draco fit un sourire en coin et il prit Dobby par les épaules.

 

« Retourne voir Dumbledore et prend un parchemin et un crayon. J’ai un message à faire passer. »

 

Dobby disparut quelques secondes à peine et il tendit joyeusement les affaires que Draco avait demandées. Le blond Serpentard émit un petit rire en imaginant la tête de ses amis et de Rogue en voyant Dobby revenir pour prendre du papier et de quoi écrire. Il jeta un coup d’œil à son poignet et, avec regret, il ôta le bracelet que Harry lui avait offert. Il le mit alors dans la main de l’elfe.

 

« Apporte ça à Harry Potter, dis lui que je vais bien, » ordonna Draco en refermant les petits doigts de Dobby autour du bracelet dont la maille était forte, épaisse, incassable.

 

Il écrivit ensuite soigneusement sa lettre, espérant qu’il trouverait les mots pour empêcher Harry de faire une chose qu’il regretterait.

 

Harry, écrivit-il.

Je veux que tu saches que je vais bien et que rien ne m’a été fait. Le bracelet te montre que j’ai confiance et que je sais que Voldemort ne me blessera pas.
Ne fais surtout rien pour venir me chercher car je serai de retour à Poudlard demain soir au plus tard selon mon père. Il a ajouté que  mon retour prendrait éventuellement plus de temps si l’espion faisait mal son travail. Je ne sais pas qui est cet espion mais, Harry, prends garde à toi.
Je sens que la bataille finale est pour bientôt alors surtout, entraîne toi plus encore.
Je ne veux pas que tu perdes ton temps à te reprocher ma disparition, puisque je serai bientôt avec toi. Peu importe comment je serai à mon retour, ne te laisse pas influencer et concentre toi sur ta mission.

Je t’aime et je voudrais que tu saches à quel point je m’en veux d’avoir été aussi pudique dans mes sentiments. J’aurais dû te le dire bien plus tôt mais je n’y arrivais pas. Si nous survivons à la guerre, je passerai mes journées à te le dire, encore et encore, jusqu’à ce que tu me supplies de me taire.
Je t’aime petit Gryffondor merdique.

D.A.

 

Draco tendit le bout de parchemin à Dobby et il serra la main de l’elfe.

 

« Sauve toi maintenant. Ils vont bientôt revenir, prévint Draco. Je te remercie Dobby. »

 

Dobby sembla vouloir dire quelque chose mais ses lèvres restèrent scellées alors que ses yeux s’emplirent de grosses larmes. Il disparut et Draco se retrouva à nouveau dans le silence pesant du cachot. Il ramena ses jambes sur son torse et il posa son menton sur ses genoux. Combien de fois avait-il été jeté blessé, presque brisé, dans cet endroit lugubre ? Combien de semaines avait-il passé à observer les rats qui couraient le long des murs, et à s’empêcher de dormir justement à cause de ces rats ?

 

Il s’était si souvent senti abandonné, obligé de subir une éducation qu’il trouvait justifiée à l’époque. Il avait rêvé de quelqu’un qui prenne soin de lui, même s’il était persuadé de ne pas mériter d’amour. Il était le mauvais fils, celui qui passait son temps à décevoir ses parents.

 

Aujourd’hui les choses étaient différentes. Il était plus fort et il n’était pas seul. Chaque minute, chaque seconde, Harry était avec lui en pensée. Draco pouvait sentir son corps contre le sien et cela servait amplement à le réchauffer. Il savait qu’à Poudlard, quelqu’un de magnifique était amoureux de lui et que rien de ce que pourrait faire Voldemort n’allait changer cet état de choses. Il réprima un frisson. Il espérait qu’Harry l’aimerait encore après avoir appris ce que Draco n’avait pas encore eu le temps de lui avouer. Draco sourit à personne et il ferma les yeux. Harry n’était pas du genre à vous détester pour une chose que vous ne contrôlez pas, même si vous auriez dû la contrôler à un moment donné.

 

Il ne savait pas combien de temps il avait passé à grelotter, avec le seul souvenir de son corps dans celui d’Harry pour le réchauffer quand la porte s’ouvrit en claquant. Draco se retint de sursauter et il leva lentement son regard vers Voldemort, Narcissa et Lucius.

 

« Où est passée ta bonne éducation ? Demanda Lucius d’une voix sèche. Lève toi pour accueillir le Seigneur des Ténèbres ! »

 

Draco se contenta de toiser son père avec hargne, un sourire sarcastique sur le coin des lèvres. Lucius n’attendit pas pour pointer sa baguette vers lui et le projeter contre le mur opposé. Draco retomba lourdement et il dû se tenir au mur pour se mettre debout, mais son sourire n’avait pas quitté ses lèvres.

 

« C’est amusant, père. Aucun de mes critères ne correspond à ce que tu appelles la bonne éducation. Se polynectariser pour coucher avec un adolescent n’est pas, à proprement parler, une preuve de bonne éducation.

 

- Tais toi ! Tu me déçois beaucoup Draco. Nous t’avons appris à devenir quelqu’un de puissant et tu as choisi de suivre Potter, c’est lamentable.

 

- Pas plus lamentable que de baiser mon copain, père. »

 

Le deuxième sortilège laissa Draco sans souffle pendant quelques instants. Il prenait une grande goulée d’air lorsqu’il entendit la voix de Voldemort.

 

« Il suffit, Lucius ! N’oublie pas que ce jeune homme n’est plus ton fils ! Il est MON projet. Laisse moi lui parler et tais toi ! »

 

Le Seigneur des Ténèbres s’approcha alors de Draco, qui tentait de se relever. Il saisit une poignée de cheveux blonds et il tira la tête du Serpentard en arrière pour le forcer à le regarder. Draco plongea ses prunelles grises dans celles, effrayantes, du Lord Voldemort. Il sentit la main du mage noir se resserrer autour de sa gorge, ses longs ongles se plantant dans sa chair délicate.

 

« Tu m’as beaucoup déçu, Héritier, » susurra Voldemort en serrant plus fort. « Peut-être devrais-je te tuer et pendre ton corps démembré aux grilles de Poudlard, pour faire plaisir à Harry Potter. »

 

Il chercha de la peur dans les yeux du jeune homme mais il n’y trouva que de l’arrogance. Draco lisait en lui comme dans un livre ouvert et il savait qu’il n’en ferait rien. Voldemort fit alors un sourire carnassier et il relâcha Draco.

 

« Tu as raison, je ne te  ferai rien pour le moment. Mais tu vas devoir te racheter si tu veux rester en vie, et accepter ta punition. Ne crains rien, tout sera bientôt terminé et tu pourras retourner auprès de Potter pour l’éliminer. En attendant, tu comprends que tu as dépassé les bornes, n’est ce pas ? »

 

Draco hocha la tête sans conviction.

 

« Tu comprends donc que nous devons te corriger pour cela ?

 

Draco hocha à nouveau la tête.

 

« Narcissa, punis le mais ne laisses pas te traces. Je déteste que mon joyau de pureté soit abîmé, lança Voldemort en caressant la joue de Draco. Ne t’en fais pas jeune Dragon, ça ne sera pas long et tu pourras ensuite dormir dans ta chambre. »

 

Le Seigneur des Ténèbres sortit alors du cachot, suivi de près par Lucius, alors que Narcissa regardait son fils avec la même excitation que si elle découvrait son cadeau de Noël. Draco se releva et recula d’un pas mais sa mère fondit sur lui comme une panthère. Elle le plaqua au sol, lui tordit le bras dans le dos et ce n’est que lorsqu’elle entendit le craquement inquiétant de son épaule, accompagné par un faible gémissement, qu’elle lâcha prise. Elle caressa les cheveux de Draco sans la moindre douceur, l’immobilisant en enfonçant son genou dans le dos de Draco et elle murmura dans son oreille.

 

« Il ne fallait pas désobéir, petit Dragon. Nous t’aimons et nous voulons ce qu’il y a de meilleur pour toi.

 

- Je crois plutôt que vous êtes complètement folle, mère, » cracha Draco.

 

Narcissa appuya sur l’épaule démise de son fils qui retint un hurlement de douleur. Elle saisit alors sa baguette et elle le soumit au sortilège du Doloris. Lucius entra et il lui ordonna de sortir, ce qu’elle fit avec une docilité que Draco ne lui connaissait pas. Il cligna des yeux en essayant de rester conscient pour pouvoir darder sur Lucius un regard haineux.

 

« Pourquoi veux tu toujours provoquer, Draco ? Demanda Lucius d’un air las en l’aidant à s’asseoir contre le mur. Tu devrais te taire et elle se calmerait toute seule. Pourquoi en rajouter ?

 

- Je vous rappelle que votre femme est complètement déconnectée de la réalité, et depuis longtemps, cracha Draco en articulant difficilement. Que je me taise ou que je parle, c’est la même chose, alors autant parler, comme ça on est deux à prendre du plaisir.

 

- Arrête de faire le malin, fils.

 

- Je ne suis pas votre fils. Je ne vous pardonnerai jamais ce que vous avez fait à Harry.

 

- Ecoute moi, Harry Potter n’est pas là en ce moment, mais toi, si. C’est toi qui risques les pires ennuis si tu continues à agir ainsi. Qu’est ce que tu avais dans la tête ?! Ramener Sirius Black ! Quelle erreur ! Je ne veux pas qu’il t’arrive malheur, Draco, alors s’il te plait, fais ce qu’on te dit. Quant à Potter, sache que je ne voulais pas faire ça, on me l’a ordonné.

 

- C’est trop facile, Lucius, déclara Draco en essayant d’ignorer la douleur persistant dans son épaule. Vous jouez les parfaits Mangemorts et, dès que votre Maître a le dos tourné, vous essayez de devenir un bon père. Les choses ne sont pas aussi simples ; je ne suis pas aussi naïf. Vous refusez de faire un choix qui vous mettrait en danger, soit. Vous refusez de perdre votre fils unique, soit. Mais ne me demandez pas d’agir comme vous. Je suis trop entier pour faire ce dont je n’ai pas envie. Vous voulez rester dans les bonnes grâces de Voldemort pour rester en vie, très bien. Mais n’oubliez pas que Voldemort ne gagnera pas cette guerre et que vous aurez à subir l’humiliation d’avoir été tenu en échec par un Survivant de seize ans.

 

- Je sais tout ça, Draco. Je n’ai pas le choix, j’ai suivi le Seigneur des Ténèbres depuis le début et je ne peux pas changer maintenant.

 

- Je n’ai aucun respect pour vous. Et dire qu’avant, vous étiez mon héros, un roc incassable à mes yeux alors qu’en réalité, vous avez peur. Votre haine des Moldus vous perdra, père. J’espère qu’Hermione Granger sera celle qui vous arrêtera sur le champ de bataille. C’est dur n’est ce pas ? C’est dur d’avoir un fils qui, au final, a épousé la cause des Weasley. »

 

Lucius poussa un grognement désapprobateur mais il ne dit rien. Draco ne le comprenait pas mais bientôt, tout cela n’aurait plus d’importance. Dès le lendemain, son fils retournerait dans le droit chemin. Dès le lendemain, Draco serait à nouveau l’Héritier.

 

O

O

 

Harry était assis, seul dans la salle commune des Gryffondor. Il était une heure du matin et il ne parvenait pas à dormir. Il fit une énième relecture de la lettre que Draco lui avait fait parvenir et il sentit son cœur cogner plus fort dans sa poitrine, comme à chaque fois qu’il posait les yeux sur ce parchemin. Ses bras souffraient du vide causé par l’absence de Draco et tout son être semblait le réclamer à corps et à cris. Le bracelet, qu’il avait passé à son propre poignet, lui semblait trop lourd à porter. Il ne regrettait pas d’avoir toujours dit à Draco ce qu’il éprouvait pour lui car il ne se serait jamais pardonné de le savoir dans un cachot glacial, ignorant qu’il représentait tout pour Harry. Quoi qu’il en soit, il ne supportait pas de le savoir prisonnier de Voldemort, même s’il ne risquait rien de grave selon ses amis. Harry n’était pas le genre de personne à rester assise et à attendre que les choses de décantent d’elles-mêmes. Harry était un fonceur et il avait besoin d’agir, même si l’épisode avec Sirius et l’Arcade lui avait largement fait perdre confiance en son instinct.

 

Depuis ce jour, au Département des Mystères, Harry était plus frileux quand il s’agissait d’agir. Il avait l’impression de subir les évènements depuis ce début d’année plutôt que d’aller contre eux. Certes, il s’entraînait durement pour affronter Voldemort, mais pour le reste, ses émotions prenaient le dessus et il n’osait pas trop bouger, de peur de provoquer une catastrophe aussi terrible que celle arrivée à Sirius. Pourtant, comme le lui avait dit Blaise, c’était Bellatrix qui avait envoyé Sirius à travers l’Arcade, mais Harry ne pouvait s’empêcher de se sentir coupable.

 

L’image de Draco, le corps en lévitation, en sang s’imposa à sa mémoire. Il revoyait clairement la neige immaculée se teinter lentement de rouge alors que la cérémonie de partage des pouvoirs avait commencée. Il glissa la lettre dans sa poche et il décida d’aller prendre l’air pour chasser ce souvenir atroce de ses pensées.

 

Il mit la veste en cuir que Draco lui avait offerte et il se mit à arpenter les couloirs de l’école, à la recherche d’une idée pour ramener l’homme de sa vie plus rapidement près de lui. Il crut entendre un bruit de pas et il se retourna vivement. Personne ne le suivait.

 

Il passa son chemin en restant tout de même attentif aux sons environnants. Il ne savait pas où il allait, mais chaque recoin du château lui rappelait Draco. Il avait foulé de sa démarche gracieuse, chaque dalle de ces couloirs et aujourd’hui, il avait été arraché à ceux qui l’aimaient vraiment. Harry soupira et il tourna sur la droite, sachant où ses pas le menaient.

 

A la Tour d’Astronomie.

 

A l’endroit où tout avait commencé entre eux.

 

Harry montait lentement les escaliers lorsqu’il se sentit plaqué face contre le mur. Un sortilège lui lia les mains dans le dos et il fut retourné pour se trouver devant...Rien. Il cligna des yeux, cherchant à scruter l’obscurité puis il soupira.

 

« Enlevez votre cape d’invisibilité, » ordonna-t-il en se maudissant de s’être laissé avoir aussi facilement.

 

Une forme noire, encapuchonnée se révéla alors.

 

« Harry, Harry, déclara une voix qu’il connaissait trop bien, toujours à jouer aux petits chefs à ce que je vois. 

 

- Et toi, Cho, tu n’es pas en train de chialer dans un coin ? Etrange, rétorqua-t-il en la fusillant du regard alors qu’elle faisait descendre sa capuche.

 

- Au cas où tu n’aurais pas remarqué, tu n’es pas en position de l’ouvrir. Nous tenons ton petit chéri et il a besoin de ton aide pour rester en vie alors tu te tais et tu me laisses faire mon boulot tranquille.

 

- Tu as bien caché ton jeu. Personne ne s’attendait à ce que l’espion de Voldemort soit une pleureuse professionnelle, une morveuse plus précisément.

 

- Tais toi ! Hurla Cho en le giflant avec une telle force que sa tête cogna contre le mur. Tu la fermes et tu me laisses faire ce que j’ai à faire. Tu m’as piqué Draco, mais je te dis tout de suite que bientôt, c’est moi qui serai avec lui.

 

- Et c’est Voldemort qui célèbrera la cérémonie de mariage ? » Ironisa Harry en esquivant un deuxième coup.

 

Cho le toisa longuement, un sourire indéfinissable au bord des lèvres. Elle s’avança ensuite et Harry chargea. Elle recula vivement et elle pointa sa baguette sur le front d’Harry.

 

« A ta place, j’éviterais, susurra-t-elle en ouvrant les pans de sa robe, révélant un ventre déjà bien arrondi. Tu ne voudrais pas qu’il arrive malheur à l’enfant de ton chéri ?

 

- Je ne te crois pas. » Mentit Harry en recoupant les informations dont il disposait à toute vitesse.

 

Dumbledore avait voulu parler du comportement sexuel de Draco la dernière fois. Juste après cette conversation, Draco avait voulu s’expliquer avec Harry…D’une chose qui n’allait pas lui plaire. Et en effet, l’idée que Draco ait mis Cho Chang enceinte n’était pas des plus agréable, mais Harry s’en moquait. Seul le retour de Draco comptait pour lui. Cho avait aussi arrêté le Quidditch, et Hermione plus âgée lui avait dit que Draco avait choisi un Héritier. Hors il ne l’avait pas choisi, il l’avait tout simplement eu.

 

Harry ferma les yeux. Chaque fois qu’il pensait avoir connu le pire, quelque chose d’encore plus grave arrivait. Lorsqu’il sentit le souffle de Cho contre sa joue, il ouvrit les paupières.

 

« Cet enfant aurait pu être le tien si tu l’avais voulu, susurra-t-elle d’une voix qu’elle voulait sensuelle.

 

- Merci mais non merci. Je suis content que ce truc ne soit pas mon gosse. Visiblement, ça fait un moment que tu sers la cause de Voldemort. Tu as essayé de me séduire à cause de ça l’année dernière ?

 

- Bien entendu. Pourquoi aurai-je voulu de toi, après quelqu’un d’aussi bien que Cédric Diggory ?

 

- Aie, ça fait mal, plaisanta Harry. Et pourquoi Draco ?

 

- Pour t’embêter, mais ça n’a pas marché. Et au moment où je tombe amoureuse de lui, tu me le voles ! Je te déteste, Harry Potter !

 

- ça me brise le cœur. Bon, si on arrêtait les politesses et que tu me disais exactement ce que tu me veux ?

 

- Une mèche de cheveux, du sang et ta chute. »

 

Harry n’eut pas le loisir de demander pourquoi car Cho lui donna un coup de poing dans le nez. Elle récolta le sang sur un mouchoir blanc et elle lui coupa une mèche de cheveux dans la foulée.

 

« Draco est à moi, le Maître me l’a promis, lança Cho avec fierté.

 

- Ce que tu es idiote, Draco appartient à Voldemort, c’est son Héritier. Tu n’es rien. Il prendra ton bébé et il te tuera. »

 

Cho secoua la tête et elle fit demi-tour, redescendant rapidement l’escalier. Harry savait qu’il ne la reverrait plus à l’école. Il resta un instant, le dos appuyé contre le mur, cherchant sa respiration. Draco avait mis Cho Chang enceinte, Voldemort avait de quoi faire une cérémonie de magie noire contre Harry, Harry s’était laissé avoir comme un débutant…Décidément, les choses ne pouvaient pas être pires. Il se redressa et il déambula précautionneusement dans les couloirs, jusqu’aux appartements de Sirius. Il s’en voulait d’avoir dévoilé le secret de Rogue car depuis, Sirius avait paru particulièrement soucieux. Harry donna de grands coups de pieds dans la porte. Son parrain lui ouvrit, vêtu d’un simple jean, torse nu. Harry, malgré sa position inconfortable, ne pu s’empêcher de se sentir triste à la vue de ce corps squelettique.

 

« Harry ? Qu’est-il arrivé ? Interrogea Sirius en ôtant les liens de son filleul et en attrapant une serviette pour essuyer son visage ensanglanté.

 

- Je sais qui est l’espion, grommela Harry. C’est Cho Chang. Nous devons aller voir Dumbledore. »

 

Sans attendre son parrain, Harry se précipita dans le bureau du Directeur qui ne dormait pas. Le jeune homme l’accusa de lui avoir caché une information capitale à propos de Draco et Dumbledore ne s’excusa pas, rappelant à Harry que c’était à Draco de lui annoncer la nouvelle. Harry se rendit ensuite chez les Serpentard pour demander à Blaise s’il était au courant.

 

« Draco a mis enceinte la Chang ? Alors ça c’est hallucinant ! Qui aurait cru que les testicules du monsieur recelaient des trésors de reproduction !

 

- Blaise, ce n’est pas le moment, lança Pansy qui participait à la conversation. Je n’arrive pas à croire que ce con n’ait pas fait attention et qu’il ait mis enceinte cette roulure ! Vois tu, Harry, si je n’ai rien fait pour vous séparer Draco et toi, c’était parce que je savais que vous étiez faits l’un pour l’autre. Vous êtes si mignons ensemble. Mais elle…Cette chiennasse ! Si on se croise sur le champ de bataille, laissez la moi ! »

 

Pour la première fois depuis l’enlèvement de Draco, Harry, Blaise et Sirius sourirent.

 

« Pour en revenir à Draco, il ne m’avait rien dit, expliqua Blaise. Il a reçu un hibou de son père. Cela l’avait fait violemment pâlir et quand je lui ai demandé pourquoi il semblait si mal, il m’a juste répondu qu’il devait en parler avec toi avant. Il ne comptait pas te cacher cette information. Après tout, c’est toi le beau père du gosse.

 

- C’est mal si j’ai envie d’éliminer Cho et d’élever l’enfant avec Draco ? Interrogea Harry avec un sourire triste.

 

- C’est normal, répondit Sirius. Au moins, l’idée que Draco ait un enfant ne te choque pas trop.

 

- Si, énormément, mais il n’y a rien que l’on puisse faire contre ça alors autant l’accepter, soupira Harry en se levant. »

 

Ses amis le regardèrent partir sans le suivre, sachant qu’il avait besoin de temps pour digérer la nouvelle. Il monta sur la Tour d’Astronomie et il passa la nuit à réfléchir, assis contre le muret, les pans de sa veste bien refermés pour lui tenir chaud, essayant de faire le point sur les évènements de la journée. Sa relation avec Draco n’avait jamais été simple et Harry s’y était habitué. Il savait que les choses ne seraient jamais limpides et claires, qu’ils auraient toujours des obstacles à surmonter, mais cette nuit, Harry était prêt à tout supporter à la condition de revoir Draco sain et sauf, d’avoir le privilège de pouvoir le tenir encore dans ses bras. Ce n’est qu’au petit matin qu’il se décida à retourner dans les dortoirs, épuisé, frigorifié et terrifié à l’idée d’un futur tellement incertain, entre la guerre et la famille Malfoy qui allait certainement exiger que Draco épouse Cho…A moins que Voldemort ne l’élimine, comme Harry le pensait. Après tout, un mandat d’arrêt allait être délivré contre elle et il doutait que le Seigneur des Ténèbres laisse son Héritier épouser une fugitive. Il n’avait pas vu la grossesse de Cho, personne ne l’avait remarquée. Elle avait manqué la plupart de ses cours et personne ne s’en était inquiété. La vérité, c’était que tout le monde, à part ses copines de Serdaigle, se moquait royalement de Cho Chang.

 

Au moment où Harry atteignait son dortoir, Sirius sortait de la salle commune des Serpentard, avec lesquels il avait passé le reste de la nuit à discuter. Il se heurta à Severus Rogue dans le couloir qui le menait à ses appartements et il ne dû son salut qu’aux bras du professeur de potions qui l’empêchèrent de tomber. Severus le retint un peu plus longtemps que nécessaire avant de le lâcher. Sirius toussota nerveusement et il balbutia un vague « merci » avant de poursuivre sa route. Severus l’attrapa par le bras et il le retourna face à lui.

 

« Pour ce que Potter a dit dans le bureau de Dumbledore hier soir, c’était une erreur. Il n’aurait jamais dû…

 

- J’ai compris, Severus, rétorqua sèchement Sirius. D’abord tu m’embrasses pour me punir de t’avoir dit tes quatre vérités, et ensuite tu manipules Harry pour qu’il raconte n’importe quoi.  Tu es lamentable. »

 

Severus scruta longuement le visage émacié, tant aimé, puis il secoua la tête.

 

« Que les choses soient bien claires, Sirius, déclara-t-il en plaquant l’animagus contre le mur. Je me moque de ce que tu penses, de ce que tu imagines, de ce que tu crois. Tout ce qui m’importe, c’est que Draco Malfoy revienne en un seul morceau, le plus vite possible.

 

- A ton avis, il est en danger ? Demanda Sirius en se radoucissant.

 

- C’est ironique, lança Severus, il est en danger si Voldemort laisse ses parents seuls avec lui. Je sais de quoi ils sont capables. J’ai souvent vu son corps recouvert de blessures qu’un enfant de son âge ne devrait pas connaître…personne ne devrait connaître de telles punitions. Ceci étant dit, Sirius, je n’ai que faire de ta paranoïa. Je comprends que tu soies peu familiarisé avec les relations sociales et affectives, mais c’est ton problème, pas le mien.

 

- Qu’est ce que ça veut dire ? Interrogea Sirius alors que Severus s’éloignait déjà.

 

- Que je ne t’ai pas embrassé par vengeance, » répondit Severus sans se retourner.

 

Sirius le regarda s’éloigner avant de se réfugier chez lui. Il ne comprenait pas la signification de tout cela. Il ne savait pas quoi penser, il était totalement perdu. Severus avait raison : le jeune Sirius, élève le plus populaire de Poudlard à son époque, était devenu un adulte terrorisé par les relations sociales et affectives. Il ferma les yeux, laissant l’air emplir lentement ses poumons et il fit une prière silencieuse pour Draco. Il était étrange comme il se sentait proche de ce garçon. Cela venait certainement de tous les traits de caractère qu’ils avaient en commun.

 

Alors que Sirius fermait les yeux, Draco ouvrait les siens. Il fut d’abord aveuglé par la lumière qui se diffusait par la baie vitrée de sa chambre. Il fit une grimace de douleur en bougeant son épaule. Son poignet, légèrement bandé, lui donnait envie de hurler. Après sa conversation avec son père, sa mère était revenue à la charge. Draco la suspectait de lui avoir cassé le poignet et peut être aussi un ou deux doigts. Ses parents l’avaient ramené dans ses appartements au milieu de la nuit et il devait avouer qu’il en était soulagé. Pas qu’il ait particulièrement eu envie de dormir, ni de rester dans ce Manoir, mais il était au chaud et c’était tout ce qui comptait. Il avait entendu Voldemort parler d’une potion bientôt prête et il avait espéré qu’il s’agissait d’un remède pour rafistoler ses membres endoloris, mais quand Lucius Malfoy entra dans la chambre en posant sur la table de nuit une photo de Harry Potter, prise dans la Gazette du Sorcier, Draco comprit qu’on ne ferait rien pour soigner ses blessures. Un horrible doute envahit son esprit et il frémit, parce qu’il avait compris. Il savait ce qu’on allait lui faire. Il toisa longuement son père, son regard n’exprimant rien d’autre que du dégoût.

 

« Ne me regarde pas de cette manière, ordonna Lucius, et va te laver afin qu’on puisse commencer.

 

- Ne faites pas ça, père, lança Draco en se levant avec difficulté. Tout mais pas ça.

 

- Nous estimons qu’il est temps que tu te souviennes à quel camp tu appartiens et c’est la meilleure solution pour y parvenir. A présent va te laver, nous n’avons pas toute la journée ! »

 

Le jeune homme se redressa autant qu’il le pu, il leva fièrement le menton et il passa devant son père en serrant les dents, refusant de laisser la douleur et la peur se lire sur son visage. Il dû demander l’aide d’un elfe de maison pour s’essuyer et s’habiller, humiliation suprême pour lui.

 

Il revint ensuite dans la chambre, où Lucius et Voldemort l’attendaient patiemment. Le Seigneur des Ténèbres lui fit signe de s’asseoir en tailleur sur le lit et Draco s’exécuta, la gorge nouée. Il se remémora le goût des lèvres de Harry sur les siennes, la douceur de ses gestes quand il entrait en lui en essayant de ne pas lui faire mal, sa voix grave et sensuelle quand il lui disait « je t’aime. »

 

Voldemort dessina plusieurs symboles sur le front de l’Héritier qui acceptait la fatalité avec une résignation désespérée. Dans un effort pour retrouver sa combativité, il fit non de la tête et Voldemort lui saisit le menton avec force, plantant ses ongles dans la chair fine pour lui l’empêcher de bouger alors qu’il terminait son dessin.

 

Draco revit le moment où Harry avait fait battre son cœur pour la première fois, cet instant magique au cours duquel Draco avait compris qu’il était amoureux du Survivant. Il pouvait encore sentir la main de Harry contre la sienne alors que le Vif d’Or offert par le Gryffondor chatouillait la paume de l’Héritier.

 

Son père secouait vivement une fiole contenant la potion maudite et Voldemort chantait une incantation.

 

Draco ferma les yeux, rejouant dans sa tête une conversation interminable qu’il avait eue avec Harry, une conversation intéressante, qui les avait laissés vidés et heureux, plus soudés que jamais. Un sourire se dessina sur les lèvres de Draco alors qu’un autre débat lui venait à l’esprit, au cours duquel Harry avait défendu Hagrid de toutes ses forces alors que Draco se moquait de sa façon d’enseigner. Harry était ainsi, entier et prêt à fermer les yeux sur les défauts de ses amis.

 

Une main serrée sur sa gorge le ramena à la réalité. Il plongea son regard gris dans celui du Harry de la photo et il lui sembla que le Survivant avait les larmes aux yeux. On le força à boire un liquide âcre et nauséabond, le sortilège fut prononcé et Draco pensa à Harry jusqu’à la dernière seconde, jusqu’au moment où il s’effondra, inconscient.

 

Au même moment, dans la Grande Salle de Poudlard où il prenait son petit déjeuner, Harry Potter poussa un hurlement déchirant, sans savoir quelle en était la cause, sans savoir que Lord Voldemort regardait son Héritier, un sourire satisfait sur le visage.

 

« Parle lui quand il se réveillera, puis renvoie le à Poudlard, ordonna Voldemort à Lucius qui hocha la tête. J’aurai à nouveau confiance en lui quand il me prouvera sa loyauté sur le champ de bataille. Dans le cas contraire, il sera le premier à mourir, et ce sera très douloureux, j’y veillerai.

 

- Pourquoi ne pas le garder avec nous pour qu’il accomplisse son devoir sous notre surveillance ? Demanda Lucius.

 

- Parce qu’il sera bien plus efficace et destructeur à Poudlard. J’aimerais voir la déception de Harry Potter quand il comprendra. Nous n’attendrons pas qu’il se remette de ses émotions avant d’attaquer. C’est pour très bientôt. En attendant, enlève lui cette bague, elle ne sert à rien,» lança Voldemort en montrant du doigt l’anneau offert par Harry.

 

Lucius hocha à nouveau la tête. Tout échappait à son contrôle et il commençait à craindre le pire. Son enfant allait devenir père et il avait la vie devant lui. Voldemort ne voyait en lui que l’arme contre Potter, mais Lucius voyait un jeune homme prometteur, qui pourrait assurer la survie du nom des Malfoy, encore fallait-il qu’il survive lui-même.

 

Une éternité sembla s’écouler avant que Draco ne sorte de son sommeil forcé. La première chose qu’il enregistra fut la souffrance qui martelait son bras droit, de l’épaule aux doigts et le goût amer qui envahissait sa bouche. Il eut ensuite conscience de la présence de son père, assis sur une chaise à côté de son lit. L’inquiétude se lisait sur son visage. Draco cligna des yeux, cherchant à se remémorer les raisons de sa présence chez ses parents, dans sa chambre, blessé, alors que ses souvenirs s’arrêtaient vaguement à Poudlard. Il constata qu’on lui avait soigneusement bandé le poignet, le majeur et l’annulaire. Son épaule était terriblement douloureuse, une migraine lui martelait les tempes. Il retint un gémissement. Il ne se souvenait de rien, il lui semblait que son esprit n’était qu’un trou noir. Il se tourna vers son père, touché par son inquiétude et, sans trop comprendre pourquoi, agacé par sa présence.

 

« Que s’est-il passé, père ? » Demanda-t-il à Lucius en essayant de se redresser.

 

Lucius bondit de sa chaise et il se pencha sur son fils, caressant maladroitement son front.

 

« Merlin merci, tu vas bien, soupira Lucius. Tu ne te rappelles pas de ce qui est arrivé lors du match de Quidditch contre Gryffondor ? Ta mère a paniqué et elle t’a ramené à la maison mais nous allons devoir te renvoyer à Poudlard pour que tu puisses être soigné correctement. Ton poignet doit te faire terriblement souffrir.

 

- C’est supportable, mentit Draco en luttant contre son envie de hurler. Je comprends qu’on ne puisse pas faire venir de personne extérieure au Manoir…Avec tous vos « invités » recherchés par les Aurors...Je ne parviens pas me remémorer ce match, père.

 

- Tu t’es fait agresser, comme toujours, par ce monstre au sang mêlé. Il fait toujours ça, tu le sais bien. Il profite de son statut de petit protégé de Dumbledore, mais cette fois, il n’échappera pas au renvoi.

 

- Père, interrogea Draco, de qui parlez vous ?

 

- De Harry Potter, bien sûr ! Tu ne l’as tout de même pas oublié, ce petit tortionnaire ?

 

- Qui ? »

 

O

O

 

Il était dix heures du matin et Harry fulminait dans son coin. Il ne pouvait pas rester sans rien faire, il devait agir. A dix heures et demie, il avait réuni dans la bibliothèque Sirius, Severus, Ron, Hermione, Blaise, Pansy, Crabbe et Goyle pour leur faire part de sa décision de prendre un portoloin pour aller rechercher Draco. Décision très mal accueillie par Hermione, Severus et Goyle, étrangement lucide ce jour là. Quant aux autres, ils restaient stoïques.

 

« Je pense que cela mettrait Draco en danger, lança Gregory Goyle en tapant du poing sur la table, sous le regard courroucé de Mme Pince.

 

- Et moi je dis qu’il faut bouger, comme le pense Harry, insista Ron. Harry dit avoir senti la connexion avec Draco tôt dans la matinée et là, plus rien du tout. C’est mauvais signe, il a raison. N’épiloguons pas trois heures et votons : qui suit Harry et qui s’en fout ?

 

- La question n’est pas de s’en foutre ou non, s’énerva Hermione. Je ne me fous pas de Draco et je veux qu’il revienne sain et sauf, mais il ne faut pas agir précipitamment.

 

- Ce que mademoiselle Granger veut dire à grand renfort de diplomatie, c’est que nous nous souvenons tous du fiasco engendré par monsieur Potter l’année dernière, au département des Mystères, siffla Severus Rogue avec un sourire mielleux à l’attention de Harry.

 

- Harry, laisse tomber le blabla, tonna Sirius en fusillant Rogue du regard. Je te suis. Laisse moi quelques heures pour préparer un portoloin. Blaise, où habite Draco exactement ?

 

- Avec tout le respect que je vous dois, Professeur Black, je pense que c’est une erreur. Je me réserve donc le droit de ne pas vous répondre. Draco Malfoy est mon meilleur ami, il est même la personne la plus chère à mes yeux, au même plan que ma famille, et je veux qu’il revienne. Mais agir sans filets est trop dangereux, pour nous comme pour lui. Et puis, il nous a demandé de ne rien faire.

 

- Je vous dirai où vit Draco, intervint Crabbe en rougissant alors que le professeur Rogue secouait lentement la tête.

 

- Ok, dit Harry. Ron, Sirius, Vincent et moi, nous partirons dès que Sirius aura fait le Portoloin. »

 

L’Animagus hocha la tête et il se leva sans perdre de temps, alors que le ton montait entre ses élèves. Il se rendit dans la cuisine afin de piller toute la nourriture qu’il pourrait, comme à son habitude. Il avait repris trois kilos depuis son retour et il comptait engraisser jusqu’à devoir rouler tant il haïssait son corps trop maigre. Dobby lui offrit une tarte au citron avec une excitation telle que Sirius dû se retenir d’éclater de rire.

 

« Tu sais que tu fais une grosse erreur, Black, » lança une voix grave et profonde derrière lui.

 

Sirius soupira et il ne se retourna pas. C’était inutile, il savait pertinemment à qui appartenait cette voix. Depuis son retour, Severus Rogue n’avait cessé de se trouver partout où était Sirius, l’inondant de remarques acerbes ou sarcastiques, selon son humeur du moment. Si Sirius n’était pas en reste question répliques cinglantes, il commençait à fatiguer de devoir toujours se battre avec Severus. Combien de fois devrait-il encore lui expliquer que la blague qu’il lui avait faite lorsqu’il était adolescent n’avait pas pour but de tuer  Severus et qu’il avait réalisé à quel point il était allé trop loin ? Il semblait à Sirius qu’il avait fait un saut dans le temps et qu’il était à nouveau élève à Poudlard, le Serpentard toujours sur ses talons pour lui attirer des ennuis. La seule différence avec cette époque résidait dans le fait que son meilleur ami était mort, que lui-même était comme affectivement mort et que son visage était celui d’un squelette.

 

« Servilus, que puis-je faire pour que tu me lâches ? Demanda Sirius d’une voix dure.

 

- Empêcher l’abruti qui te sert de filleul d’aller se jeter tout droit dans la gueule du loup serait un début, rétorqua Severus d’un air totalement écoeuré.

 

- Fous lui la paix, Severus. Je te préviens, si tu continues à le traiter comme tu le fais, je vais finir par t’en mettre une, sans baguette, juste mon poing dans les dents.

 

- A la manière d’un vulgaire Moldu, très classe et très prévisible de ta part, ricana Severus en s’installant à côté de Sirius pour prendre un part de tarte.

 

- Ecoute, Sev’, tu le détestes à cause de son père, mais rappelle toi que James a empêché que me blague idiote ne tourne à la catastrophe. Je comprends que tu m’en veuilles toujours et que tu me haïsses, c’est presque normal, mais Harry…Il ne t’a rien fait. Ce gamin a assez souffert comme ça alors arrête d’en rajouter.

 

- C’est un petit prétentieux qui joue les stars et qui se prend pour le centre du monde, n’hésitant pas à bafouer toutes les règles…Ne t’attends pas à ce que je le plaigne, Sirius, siffla Severus.

 

- Là, ce n’est pas Harry que tu décris, c’est moi à son âge. Harry est humble, il a horreur de ce vedettariat qu’on lui impose, et s’il se permet quelques largeurs par rapport aux règlements, c’est toujours pour aider les autres. C’est là son seul défaut, être trop altruiste, et si tu veux mon avis, c’est le défaut le plus noble qui existe. Il est fou amoureux, Severus, tu ne peux pas lui demander de rester assis quand son copain est entre les mains de Voldemort. Je ne te demande pas de comprendre, tu n’as sans doute jamais aimé à ce point, moi non plus d’ailleurs, mais je suis prêt à l’aider dans sa démarche. »

 

Severus scruta intensément le visage de Sirius, s’abreuvant de chaque détail, de la forme pulpeuse de ses lèvres au gris foncé de ses yeux. Il avait envie de l’embrasser, de l’étreindre et de lui dire que si, il avait déjà aimé, qu’il aimait depuis plus de la moitié de sa vie et qu’il était prêt à mourir pour son amour. Il avait envie de s’excuser de l’avoir aimé sans l’avoir jamais soutenu, et, plus que tout, il avait envie de retrouver la chaleur de ses bras, de son corps pressé contre le sien. Sirius lui avait laissé toucher son rêve du doigt et à présent, Severus se sentait en état de manque ; c’était physique, douloureux. Il avait besoin de plus.

 

« Allez Severus, tu peux bien essayer de te mettre à la place d’Harry, non ? Demanda Sirius avec un petit sourire qui fit chavirer Severus.

 

- Je me mets à la place de Draco, répondit-il très sérieusement. A sa place, je voudrais rester en vie. »

 

Il repoussa son morceau de tarte sans y avoir touché et il se leva. Sirius l’attrapa par le bras avec une force qui contrastait avec sa maigreur, et il força Severus à se rasseoir.

 

« Je suis sérieux quand je te dis de laisser Harry tranquille, » articula-t-il lentement d’une voix basse et menaçante.

 

Severus l’observa longuement et il se mit à rire. Cette guerre entre Sirius et lui avait trop durée et, s’il avait été capable de devenir ami avec Remus Lupin, pourquoi n’arrivait-il pas à être civilisé face au bel Animagus ? Cela était ridicule. Il passait son temps à fuir celui dont il voulait devenir proche. Son rire s’accentua lorsqu’il vit l’air totalement étonné de Sirius.

 

Dire que Sirius était étonné relevait de l’euphémisme. Le monde du professeur de Défense contre les Forces du Mal s’écroulait. Pour lui, il n’y avait qu’une constante : Severus Rogue ne souriait jamais sincèrement, alors rire ! Sirius dû pourtant admettre que c’était un rire agréable, grave et profond, qui révélait la dentition parfaite de son collègue et deux petites fossettes dans les joues. Sirius remarqua alors pour la première fois que Severus n’était pas l’être sombre et triste qu’il imaginait mais un bel homme, même s’il ne correspondait pas exactement aux canons habituels de la beauté. Le sourire du professeur de Potions était éblouissant et il réchauffa le cœur de l’Animagus.

 

Severus se calma assez rapidement, peu habitué aux effusions de ce genre, et il constata avec ravissement que Sirius le regardait avec un sourire amusé, presque tendre. Il plongea son regard noir, brillant dans le gris éclairci des yeux de Sirius, et il prit le poignet d’une maigreur inquiétante dans sa main chaude.

 

« Concluons un arrangement, veux tu ? Proposa Severus. Empêche ton filleul de faire quoi que ce soit avant que j’aie pu parler avec Lucius Malfoy. Après tout, je suis le professeur de Draco, le directeur de la maison Serpentard, et il est normal que je demande de ses nouvelles.

 

- Tu ferais ça ? Merci.

 

- Je fais ça pour Draco. »

 

Sirius hocha la tête et il se libéra de l’étreinte de son vis-à-vis pour pouvoir attaquer sa tarte. Severus et lui mangèrent dans un silence qui, étrangement, ne les mit pas mal à l’aise.

 

Plus tard, en fin de matinée, Sirius expliqua à Harry le plan de Severus et le jeune homme se résigna à attendre. Il se rendit dans la salle commune des Gryffondor où il fit plusieurs parties d’échec avec Dean, pendant que Ron et Hermione s’enlaçaient et s’embrassaient juste à côté, ignorant les remarques amusées de Dean. Il se rendit ensuite dans la Grande Salle pour déjeuner mais un poids à l’estomac lui coupait l’appétit. Il était en train de jouer distraitement avec ses petits pois, en se demandant pourquoi Rogue, Dumbledore et Sirius étaient absents, lorsque son parrain vint le chercher. Il ne posa aucune question et il se leva, l’air tendu.

 

Sirius mit sa main sur la nuque de son filleul pour le guider dans les couloirs et Harry se sentit rassuré par la chaleur de cet homme qui devenait, au fil des jours, le père qui lui avait tant manqué. C’est au moment où ils arrivèrent devant la porte de l’infirmerie que Sirius brisa le silence, prenant Harry par les épaules pour l’amener à lui faire face.

 

« Draco est là, dit-il d’une voix calme qui apaisa le tumulte intérieur de son filleul. C’est Rogue qui l’a ramené.

 

- Vous…Vous êtes sûrs que c’est lui ? C’est peut être un Mangemort qui a pris du Polynectar.

 

- Non, Harry, les effets du Polynectar durent une heure et cela fait plus d’une heure qu’il est là. Nous voulions justement être sûrs avant de venir te chercher. Il n’a pas dit grand-chose, il est un peu fatigué. Selon lui, son père et Voldemort ne lui ont rien fait, mais sois doux si tu veux te jeter sur lui, car il a quelques os cassés, expliqua Sirius. Ne t’en fais pas, Madame Pomfresh lui a donné une potion pour cela mais il lui faudra trois ou quatre heures pour ressouder les os. Tu es prêt ? »

 

Harry hocha frénétiquement la tête. Bien sûr qu’il était prêt, quelle question !

 

« Avant que tu n’entres, il faut que tu soies conscient…

 

- Tout ce que tu veux, mais plus tard, » s’écria Harry en le poussant pour pénétrer dans l’infirmerie en courant. Son cœur cessa de battre lorsqu’il aperçut cette chevelure unique, la chevelure de son autre. Draco était assis contre les oreillers, les professeurs Rogue et Dumbledore à ses côtés, Blaise debout au pied du lit. Lorsqu’il vit Harry se précipiter, Blaise lâcha un juron sous le regard agacé de Rogue. Harry n’entendait plus Sirius, ni Blaise, seul l’ange blond comptait. Il parvint à se contenir en arrivant devant lui, intrigué par son regard interrogateur, puis il se pencha pour l’étreindre en prenant garde de ne pas blesser son épaule bandée.

 

« J’ai eu tellement peur, Draco, » murmura-t-il à son oreille.

 

Draco recula et il le fixa comme s’il venait de s’échapper de Sainte Mangouste. Il tourna la tête vers les professeurs, l’air totalement catastrophé. C’est à ce moment que le reste de leur bande d’amis entra en discutant joyeusement.

 

« Quelqu’un peut me dire qui est ce mec ? Interrogea Draco alors que le sang de Harry se glaçait dans ses veines.

 

- C’est quoi ce délire ? Demanda Ron. Ce n’est pas drôle Malfoy.

 

- Oh par la barbe de mes burnes, lança Blaise en se tournant vers Harry. C’est ce que je voulais te dire. Il semblerait que Draco ait oublié tout ce qui se rapporte à toi. Nous pensons qu’il a été soumis à un Oblivio Partiel, c’est un sortilège très rare et, malheureusement, irréversible.

 

- Pourriez vous éviter de parler comme si je n’étais pas là ? » Lâcha Draco en fixant toujours Harry.

 

C’était l’impression la plus étrange qu’il n’ait jamais connue. Ce garçon brun était totalement anonyme, il en était certain, mais il ressentait pourtant un pincement au cœur lorsqu’il le regardait. Et il ne pouvait nier qu’il était d’une grande beauté avec ses cheveux noirs et ses yeux verts.

 

« Draco, tu ne reconnais pas Harry Potter ? Tu as de la chance, siffla le professeur Rogue en retenant un juron lorsque le coude de Sirius se planta dans ses côtes.

 

- Potter ?! C’est Potter ? S’écria Draco visiblement terrorisé. C’est lui qui m’a fait ça ! Père m’a dit qu’il allait être renvoyé pour avoir voulu me tuer et il est encore là ? Alors c’est vrai, Professeur Dumbledore, vous accordez systématiquement votre clémence à ce Larry Potter ?

 

- C’est Harry, corrigea Hermione.

 

- C’est pareil, Sang de Bourbe.

 

- Il suffit jeune Malfoy, intervint Dumbledore. Je vous rappelle que vous êtes entré dans cette école alors que vous n’aviez pas onze ans, hors c’est l’âge requis pour être intégré dans ces murs. Avant de dire que j’accorde mes faveurs aux autres, n’oubliez pas toutes celles qui vous ont été faites. Que vous ont dit vos parents sur Harry ?

 

- Qu’est ce que ça peut faire ? Explosa Harry. Il m’a oublié, c’est formidable ! Voldemort peut sabrer le champagne, son putain d’Héritier est de retour et moi, je n’ai plus rien !

 

- Harry ce n’est pas aussi grave que ça peut en avoir l’air, tenta Blaise.

 

- Vraiment ? Tu te fous de moi Blaise ? Il a fait un gosse à l’espion de Voldemort et il m’a oublié ! Ça pourrait être pire à ton avis ? Oh et puis merde, je n’ai pas à rester là, à le regarder me toiser comme si je divaguais. Passe mon bonjour à ton père, Draco. Et longue vie à ton mariage avec l’autre salope pleureuse ! »

 

Sourd aux cris de protestations, il sortit de l’infirmerie en essayant de ne pas courir. Il tenait quand même à garder sa dignité, parce qu’à l’instant présent, il lui semblait que c’était tout ce qui lui restait. Pour le reste, il avait perdu tout espoir. Voldemort venait de prendre l’ascendant dans la guerre psychologique, Harry se sentait brisé, révolté. Il entra dans la Salle sur Demande et il poussa un long soupir, luttant contre les larmes de rage qui mouillaient ses yeux. La Salle n’était plus le luxueux loft dans lequel Harry et Draco s’étaient aimés à la folie, ce n’était plus qu’une salle vide, à part une table et quatre chaises. Harry se laissa tomber sur la chaise et un parchemin sur la table retint son attention. Il le prit et le lut avec un manque d’intérêt flagrant.

 

Harry,

Tu es parvenu à changer les choses, je te remercie. Ron va bien, toi aussi.

Hermione.

 

Harry soupira en sentant l’odeur de la cigarette froide sur le papier.

 

« Tu parles si c’est réussi, marmonna-t-il, on évite une catastrophe et on en obtient une autre, on ne gagne pas tant que ça au change. »

 

Au fond, il savait que tout valait mieux que ce qu’il avait vu dans la Pensine d’Hermione, mais il n’était pas prêt à l’admettre, il avait trop mal. Il ne pouvait croire que Draco l’avait oublié, qu’il ne se souvenait plus de leur histoire en commun. Il prit sa tête entre ses mains, pour la relever quelques minutes plus tard en entendant du bruit. Hermione prit place en face de lui et elle l’observa avec une gentillesse qui lui donna envie de pleurer. Elle approcha lentement sa main pour caresser celle d’Harry et une émotion intense serra la gorge du Survivant. Les marques d’affections entre ses amis et lui étaient rares. Ils se contentaient de se soutenir, d’être toujours là les uns pour les autres mais, contrairement à Blaise qui était une personne très tactile, ils ne se touchaient pas souvent pour se réconforter.

 

« Harry, lança Hermione. Je sais que tu es très déçu, et en colère, mais ce n’est pas de la faute de Draco. Il ne pouvait rien faire contre cela. Je pense que s’il avait eu le choix, pour rien au monde il ne t’aurait oublié.

 

- Je sais, j’ai réagi impulsivement mais tout cela fait trop d’un coup. Son rejeton avec la morue et maintenant ça. Il m’a oublié, Hermione. Six ans effacés d’un coup de baguette magique…Et Chang est complice ! Nous ne l’avons pas vue venir.

 

- C’est le moins qu’on puisse dire. Je n’avais même pas vu qu’elle était enceinte alors que ça doit faire six mois.

 

- Et Draco, il a dû être surpris de ma réaction, reprit Harry qui ne voulait plus parler de Cho.

 

- C’est le moins qu’on puisse dire. Il est complètement déstabilisé. Imagine, son esprit a perdu six années de son histoire. C’est dur pour toi d’être oublié, mais crois moi, c’est très dur pour lui d’avoir oublié. On a laissé Blaise seul avec lui, c’est le seul en qui il ait confiance. Il va lui raconter un peu l’histoire de sa relation avec toi. Tu sais, Harry, ils ont pu effacer sa mémoire, mais ils ne peuvent pas lui voler ce qu’il ressent. Alors s’il t’aimait avant son enlèvement, il t’aime aussi aujourd’hui, même si c’est quelque chose de terrifiant pour lui. Donne lui du temps.

 

- Du temps on n’en a pas, Herm’ ! Si Voldemort a fait ça, c’est pour me rendre fou, juste avant d’attaquer. Que dois-je faire ? Tenir la main de Draco et l’aider à supporter son oubli, ou m’entraîner pendant les derniers jours avant la bataille ? Je ne peux pas me partager en deux…Je comptais tellement sur sa présence à mes côtés.

 

- Il est toujours de notre côté, Harry. C’était mal le connaître de la part de son père. Imaginer une seconde qu’il aurait pu choisir son camp par amour est assez naïf. Draco ne laisse pas ses sentiments influencer ses choix, alors le fait de t’oublier ne fera pas de lui l’Héritier retrouvé. Si tu veux mon avis, tu devrais le laisser une heure ou deux, le temps d’aller t’entraîner et que lui, puisse digérer tout ça, puis il faudra bien que tu lui parles, pour lui montrer que le mec avec qui il sortait n’était pas un fou furieux, ajouta Hermione en souriant.

 

- Et puis, je dois vérifier ce que Blaise a raconté. Avec lui, ça a dû tourner au porno intégral. D’ailleurs, je trouve que tu as ajouté des expressions très…Comment dire…’Colorées’, à ton vocabulaire, Hermione.

 

- C’est la vraie Hermione qui sort au grand jour ! Plaisanta Hermione. Quant à Blaise, tu sais bien que ce n’est pas un obsédé, il est juste très brillant, incroyablement intelligent – et paresseux si on se réfère à ses notes – mais il est aussi très brut de décoffrage. Je l’adore. Tu sais qu’à un moment, au début, je pensais que c’était lui l’espion ? Ron m’a soutenu le contraire et j’ai écouté mon chéri, pour une fois. »

 

Harry ne pu se retenir de rire. Le « pour une fois » était tellement justifié ! Hermione écoutait rarement les autres quand elle avait une idée en tête. Elle éclata de rire aussi, relâchant la pression de ces dernières 24 heures et Harry finit par aller s’entraîner. Le retour de Sirius avait joué un rôle primordial sur le moral du Survivant et il était étonnant de voir à quel point il avait progressé depuis que son parrain était à ses côtés. Aujourd’hui, Sirius et Severus étaient assis contre le mur alors que Remus prenait Harry en charge. Le professeur de Défense contre les Forces du Mal fit un sourire crispé à Harry et le Gryffondor lut les reproches dans les yeux du Loup Garou. Harry se mordit la lèvre inférieure. Il savait bien qu’il avait été stupide de révéler les sentiments de Rogue à son parrain mais il se demandait combien de temps cela allait prendre avant que tout le monde oublie cette histoire, en particulier Sirius. Harry priait pour que ses révélations ne donnent pas des idées à l’Animagus, car il aurait certainement tout le mal du monde à supporter de savoir Sirius en couple avec le professeur de Potions qu’il haïssait tant. Remus secoua lentement la tête et Harry baissa la sienne, pour la relever quelques secondes plus tard et constater que son professeur avait retrouvé un visage amical.

 

Depuis le retour de Sirius, Harry était plus concentré, plus fort, sa magie était plus pure, dénuée de tout ressenti négatif lorsqu’il la pratiquait. Il parvenait à la contrôler parfaitement, et chaque entraînement lui apprenait de nouveaux sortilèges qu’il maîtrisait rapidement, sans avoir besoin de les pratiquer à outrance. Il se transformait à volonté en Licorne, aussi longtemps qu’il le souhaitait depuis que Draco et Sirius lui avaient expliqué que l’animal qui leur était attribué correspondait au caractère de son propriétaire. Harry s’était alors identifié totalement à la Licorne ; au lieu de vouloir en être une, il voulait être lui-même, ce qui rendait facile chacune de ses transformations. Même le regard assassin de Rogue ne parvenait plus à lui faire perdre contenance. Le puissant sorcier qui sommeillait en Harry s’était révélé et il lui manquait peu pour devenir l’un des plus grands…Il lui manquait du temps.

 

Lorsque Remus le laissa pratiquer seul pour aller arrêter une énième dispute entre Sirius et Severus, Harry ne résista pas. Il se tourna vers Rogue et, de sa voix la plus innocente, il remarqua :

 

« C’est drôle, vous vous battez avec la même ferveur que Draco et moi à une époque. »

 

Le professeur de Potions l’ignora complètement alors que Sirius lançait à son filleul un regard indéfinissable, le rouge aux joues. Harry se mordit la lèvre, se rappelant qu’il aurait mieux fait d’éviter ce genre de sous-entendus vaseux. Il préféra écourter la séance et il se rendit à l’infirmerie. Il vit alors Colin Crivey entrer, un gros livre dans la main. Intrigué, Harry le suivit sans faire de bruit et il resta derrière la porte entrouverte pour mieux écouter et voir ce que Colin était venu faire là. A sa grande stupeur, Colin s’arrêta devant le lit de Draco.

 

Draco observa longuement le Gryffondor qui se tenait à côté de lui. Il ne le supportait pas, mais il ne parvenait pas à se souvenir des raisons pour lesquelles Colin Crivey lui était aussi antipathique. Il attendit patiemment que le garçon ouvre la bouche, bien résolu à ne pas l’aider à briser le silence. Il était fatigué, effrayé par ce qui lui arrivait, et il n’avait pas besoin qu’on l’importune avec des futilités, comme le faisait actuellement l’ami Crivey.

 

« Je…Je suis venu te voir, déclara Colin avec embarras.

 

- J’avais remarqué, oui, répondit froidement Draco.

 

- En fait, dit le plus jeune en tendant le gros livre à Draco, je suis venu t’apporter ça. Tout le monde raconte que tu as perdu la mémoire et que tu as oublié Harry. Alors je suis venu pour t’offrir cet album photos. »

 

Draco l’ouvrit à la première page en grimaçant de douleur car ses membres n’étaient toujours pas totalement guéris. Là, il vit une photo magique de lui et ce Potter. Ils semblaient très proches, comme l’avait longuement souligné Blaise. Draco soulevait du sol par derrière, sous la neige, un beau brun aux yeux verts, hilare. Le sourire tendre qu’il faisait en regardant ce brun voulait tout dire pour Draco. La deuxième photo montrait Draco dans les gradins, Potter ayant arrêté son balai à sa hauteur pour l’embrasser avant de reprendre son entraînement.

 

« Pourquoi as-tu fait ces photos ? demanda Draco en refermant l’album, bien trop troublé par ce qu’il voyait.

 

- Tu sais, je t’ai causé des ennuis lorsque j’ai surpris le professeur Rogue en train de te sauter dessus. J’aurais dû me manifester pour qu’il arrête mais, tu avais raison, j’étais trop jaloux de l’intérêt qu’Harry te portait et j’ai voulu vous faire rompre. Je ne suis pas comme ça en réalité, je ne comprends pas ce qui m’a pris, et ta vengeance était justifiée, même si on se fout encore de ma gueule à cause de ça. J’ai fait cet album pour vous montrer à quel point j’étais désolé de ce que j’avais fait. Je voulais illustrer votre amour par ces photos et vous offrir ça à la fin de l’année, mais je pense que c’est aujourd’hui que tu en as besoin. J’imagine ce que je ressentirais si on me disait que j’avais une relation intense avec quelqu’un et qu’aucun souvenir ne me revenait en mémoire. Je serais anéanti. C’est pour cela que je te montre un peu certains moments passés avec Harry. Sincèrement, Harry ne m’a pas adressé la parole depuis le jour où j’ai perdu la tête, et je le comprends. Alors ces photos ne sont pas celles de quelqu’un qui sait tout sur vous, mais plutôt l’œil du photographe qui voit ce qu’il y avait de beau, de sensuel, d’enviable dans le couple que tu formais avec Harry. Regarde cette photo, par exemple, dit-il en ouvrant l’album, elle montre bien votre complicité. »

 

Draco s’attarda un moment sur l’image de ces deux jeunes gens, installés face à face à la bibliothèque, au milieu de leurs amis. Les regards qu’ils se lançaient prouvaient qu’ils avaient envie de rire, d’une chose qu’eux seuls semblaient capables de comprendre. Draco passa inconsciemment le doigt sur l’image d’Harry et il soupira. Il reconnaissait toutes les personnes présentes sur cette photo ; toutes à part celle qui, selon Blaise et Colin, était de loin la plus importante.

 

« Je te remercie pour l’album photo, Crivey, mais tu peux le garder, déclara enfin Draco d’une voix éteinte. Je n’ai aucun souvenir des moments illustrés par tes photos et je ne m’en souviendrai jamais, peu importe à quel point j’essaye. Donne ça à Potter, lui ça lui parlera bien plus qu’à moi, car l’homme sur ces images est un inconnu pour moi.

 

- Tu en es sûr ? Harry est quelqu’un qui vaut la peine d’être connu tu sais.

 

- C’est possible. Mais on m’a volé ce que je savais de lui. A présent, je voudrais me reposer. »

 

Harry sentit son cœur se fendre. Draco abandonnait bien trop vite et en plus, il parlait à Colin sans animosité, signe qu’il devait être très déprimé. Il allait se cacher en attendant que Colin passe mais une voix grave le fit sursauter.

 

« Alors Potter, susurra le professeur Rogue, toujours en train d’écouter aux portes à ce que je vois. Ayez un peu de respect pour les autres et restez dans votre coin, voulez vous ?

 

- Ecoutez, je suis confus pour ce que j’ai dit sur Sirius et vous…

 

- Taisez vous ! Je ne veux plus entendre prononcer le nom de votre parrain, est ce clair ? Je ne sais pas ce que vous imaginez, mais je n’éprouve rien d’autre qu’une profonde répulsion pour ce repris de justice…Et pour vous par la même occasion. »

 

Harry haussa les épaules et il préféra laisser le professeur cracher sa haine tout seul. Il tourna les talons pour entrer dans l’infirmerie. Draco, de nouveau seul, était assis, un livre d’Aritmancie Avancée ouvert sur ses genoux. Comme à chaque fois qu’il posait les yeux sur lui, Harry fut saisi par sa beauté, par la finesse de ses traits et la grâce qui émanait de ses gestes. Il avait été l’âme sœur de cet être aussi beau qu’intelligent, et aujourd’hui, il n’avait plus rien. Voldemort avait pris tous ceux qui comptaient pour lui : ses parents et Draco. Si ses parents étaient morts, c’était sa relation avec Draco qui n’avait pas survécue aux attaques de ce reptile. Il avança lentement en toussotant, pour éviter de faire peur à Draco. Le blond leva la tête et aussitôt, deux yeux de la couleur du ciel assombri, perdus et pourtant si fiers, se posèrent dans les siens. L’Héritier pencha la tête sur le côté, attendant clairement qu’Harry dise quelque chose. Le brun hésita un instant puis il prit la parole.

 

« Je suis venu m’excuser, je n’ai pas été très compréhensif tout à l’heure.

 

- J’ai surtout pris notre « relation » en pleine figure, remarqua Draco sans réelle animosité. Cela dit, comment pouvais tu réagir autrement ? J’ai mis enceinte la folle du lycée et, alors que tu voulais certainement qu’on ait une petite discussion à ce sujet, je trouve le moyen de recevoir un Oblivio Partiel. Je pense que j’aurais été tout sauf zen à ta place.

 

- Alors c’est vraiment ton enfant qu’elle attend ?

 

- Oui. Ça ne me comble pas de bonheur mais je dois assumer les conséquences de mes actes. J’aurais préféré mettre enceinte une fille qui n’aurait pas été le portrait psychologique craché de ma mère, si tu veux tout savoir. J’espère juste que le gosse ne sera pas aussi frappé qu’elles.

 

- Tu vas l’épouser ?

 

- Qui ? Ma mère ? Plaisanta Draco avec un sourire las. Non, je ne compte pas épouser Chang. Mon père veut que j’aie la garde de l’enfant mais il n’exige pas que je me marie. Et même s’il l’avait exigé, je n’aurais pas obéi.

 

- C’est une bonne nouvelle.

 

- Pour qui ? Demanda Draco d’un air morne. Mon enfant n’est pas encore né et j’ai d’autres choses à régler.

 

- Comme quoi ? Interrogea Harry en repoussant son désir d’enfouir ses doigts dans la chevelure de Draco.

 

- Trouver un cérémonial qui annulerait les effets de l’Oblivio Partiel.

 

- Je suis désolé Draco, mais ça n’existe pas. Crois moi, ça me tue de savoir que tu m’as oublié, que tu as oublié tout ce qui nous concerne. Je suis en colère et je voudrais pouvoir abattre Voldemort sur le champ.

 

- ça ne me rendra pas la mémoire pour autant. Tu sais ce qui me met en colère ? C’est d’être un instrument de torture contre toi. Voldemort et mon père savaient que Blaise me raconterait tout et que je le croirais, puisque j’ai toujours eu plus confiance en lui qu’en mes propres parents. Ils ont malgré tout choisi de me faire des trous dans l’esprit, juste pour te blesser. Ils m’ont utilisé, au risque de me rendre fou.

 

- C’est inadmissible, c’est vrai. Tu sais, Voldemort savait ce qu’il faisait car, en t’arrachant à moi, il a pris ce que j’avais de plus précieux au monde. »

 

Draco ne pu contrôler le rouge qui lui montait aux joues et Harry lui fit un sourire triste. Il avança la main pour toucher le visage de Draco mais il se ressaisit en chemin et il laissa son bras retomber le long de son corps. Draco baissa la tête, troublé par le garçon en face de lui. Il se savait attiré par lui, par son magnétisme presque animal, par son visage doux et tourmenté. Il avait envie d’être touché par lui, mais il était effrayé par ce qu’il ressentait. Il avait fait un enfant à une fille, dans ses souvenirs, il ne voyait que des filles, et pourtant, c’était cet homme qu’il voulait. Cet homme qui prenait certainement une place importante car sa mémoire était sérieusement endommagée. Presque tous ses souvenirs comportaient des zones d’ombre. Comme ce Colin, qu’il haïssait sans savoir pourquoi, ou Cho avec qui il était sorti sans se remémorer pourquoi. Même ses plus anciennes conversations avec Crabbe et Goyle étaient entrecoupées par des moments de vide…Merlin, il devait toujours avoir le nom de Potter à la bouche, même en première année !

 

Une main frôla sa joue et il leva les yeux. Harry le regardait intensément, un amour immense se lisant dans ses prunelles vertes. Draco fut soudain intimidé par la puissance que dégageait Harry, par la force de l’amour qu’il lui témoignait. Blaise lui avait raconté l’histoire d’Harry, le sacrifice de ses parents, sa personnalité. Selon Blaise, Harry offrait un amour absolu et magique à Draco. C’était pour cette raison qu’il se montrait aussi fort, parce qu’il donnait son amour avec la même puissance qu’il l’avait reçu de ses parents. Cela le rendait plus grand, plus impressionnant, magiquement dangereux et c’est pour briser cette grandeur que Voldemort s’était servi de Draco.

 

« Ça ne doit pas être facile pour toi, d’être partiellement amnésique, déclara Harry d’une voix douce et basse alors que sa main se posait sur celle de Draco. Qu’est ce que tu ressens à ce sujet ?

 

- J’ai l’impression que ces dernières années sont regroupées en un seul puzzle dont il manque soixante dix pourcent des pièces. Ces derniers mois semblent très lointains pour moi et c’est comme si ces trous noirs me laissaient complètement vide. Je…Est-ce que tu m’aimes ?

 

- Oui, bien entendu, murmura Harry en embrassant la paume de la main de Draco. Je t’aime plus que tout, Draco.

 

- Pourquoi tu m’aimes ?

 

- Parce que tu es l’être le plus intelligent, le plus sarcastique et le plus doux aussi. Tu es fascinant et presque inaccessible par moments, disponible, compréhensif et abordable à d’autres. On se complète toi et moi. Tu m’empêches d’agir à la légère, suivant mon instinct, et je t’empêche de toujours vouloir te venger de tout et n’importe quoi.

 

- Tu vois, soupira Draco, tu sais pourquoi tu m’aimes. Moi, je ne peux pas nier que je ressens quelque chose et cela me dépasse complètement. J’ai ces sentiments très forts en moi, je te regarde et ils surgissent, mais j’ignore pourquoi. Ça me déstabilise et ça me terrifie. Toi, si tu m’embrasses maintenant, tu te souviendras de notre premier baiser alors que, pour moi, ce baiser sera notre premier. Tu comprends ? »

 

Harry hocha la tête, incapable d’articuler deux mots à cause de la boule qui s’était formée dans sa gorge et qui lui donnait envie de pleurer. Il parvint à contenir son émotion et il tendit à Draco la lettre qu’il lui avait écrite la veille.

 

« Voici à quoi ressemblait notre relation, » dit-il simplement.

 

Draco la lut avec concentration, puis un sourire se dessina sur ses lèvres.

 

« Gryffondor merdique ? C’est tout moi, lança-t-il en rendant le parchemin à Harry. Par Merlin, tu connais mon deuxième prénom ? »

 

Harry hocha la tête une fois de plus et Draco lança un juron.

 

« J’adore ton deuxième prénom, admit Harry en se penchant un peu pour sentir le souffle de Draco contre sa joue.

 

- Tu veux bien m’embrasser ? » Questionna Draco en baissant les yeux.

 

Si Harry fut stupéfait d’entendre cette demande, il n’en montra rien. Il se contenta de poser délicatement sa main sur le cou gracile du blond, pour l’approcher un peu alors que son autre main se perdait dans ses cheveux. Draco entrouvrit les lèvres, la respiration haletante, et Harry les frôla avec douceur, prenant le temps de redécouvrir leur saveur et de laisser Draco s’habituer à lui. La main de l’Héritier se posa à plat sur le cœur d’Harry, comme pour s’assurer qu’il battait bien la chamade, et le Survivant poussa un gémissement de satisfaction alors que sa bouche se collait un peu plus à celle de Draco. Un tourbillon de sensations emporta Draco alors que sa langue pénétrait entre les lèvres purpurines de son vis-à-vis. Harry approfondit alors le baiser, laissant leurs langues de chercher et se trouver pour une danse sensuelle. Il recula lentement lorsqu’il sentit le malaise de Draco.

 

« Je suis désolé, je n’aurais pas dû t’embrasser, dit-il alors à toute vitesse.

 

- C’est moi qui te l’ais demandé, rappela Draco. Ce n’est pas que je n’ai pas aimé. C’est juste que…C’est trop fort et le fait de ne pas savoir pourquoi me rend fou.

 

- Il n’y a pas d’explication, Draco, répondit Harry en souriant. C’est toi et moi, il y a cette alchimie entre nous. Elle nous pousse à vivre chaque chose de manière intense. Ce n’est pas parce que tu te rappelleras de notre saint Valentin que ça prendra du sens. Ça n’a pas de sens pour moi non plus. C’est comme ça, c’est tout. Ne te rends pas malade pour ça, Voldemort et ton père ne méritent pas que tu leur accordes autant d’importance. Ils payeront pour ce qu’ils t’ont fait, les os cassés et la mémoire volée, je te le promets.

 

- Ils vont attaquer dans la semaine, lâcha alors Draco. Ils n’attendront pas que tu te remettes de mon amnésie. Ils doivent penser que je vais te détruire et qu’ils pourront ensuite me tuer. Mais ça ne marchera pas de cette manière.

 

- Ils ne te feront rien, tu es l’Héritier.

 

- Je pense que Voldemort s’en fout complètement. Si je suis de son côté, c’est bien, sinon, ce n’est pas grave, il m’éviscèrera, tout simplement. En tous cas, nous devons nous attendre à ce que la guerre éclate très vite.

 

- Je suis prêt. »

 

Harry se pencha alors pour déposer un léger baiser sur les lèvres de Draco puis il le laissa se reposer. Les cours reprenaient le lendemain, comme d’habitude et Draco avait besoin de reprendre des forces. Un mince sourire illuminait le visage du Survivant alors qu’il se rendait dans la tour Gryffondor. L’amour qu’il portait pour Draco était assez fort pour supporter l’oubli, et il constatait que l’amour de Draco, qui n’avait plus aucun lieu d’être, était pourtant, persistant, presque indestructible. Les choses n’étaient pas aussi catastrophiques qu’elles en avaient l’air. Quant à l’enfant de Draco, Harry préférait ne pas y penser tant que la bataille finale n’avait pas éclatée.

 

Il fut accueilli par Ron et Hermione qui s’inquiétaient de ne pas savoir où il se trouvait. Il leur expliqua alors sa conversation avec Draco et alla ensuite voir Colin pour lui demander l’album photo. Colin lui présenta ses excuses et Harry, même s’il ne lui pardonnait pas, accepta de lui serrer la main.

 

Un horrible pressentiment l’envahit alors. Toutes ces accalmies n’étaient qu’un signe avant coureur de cette bataille, le calme avant la tempête et c’est alors qu’Harry se rendit compte qu’il était dans le concret. Cet affrontement avec Voldemort n’était plus une lointaine éventualité. C’était une certitude, une question de jours, d’heures même. Il n’avait pas envie de se trouver face au Seigneur des Ténèbres, son sang se glaçait encore dans ses veines à chaque fois qu’il repensait à leurs confrontations précédentes.

 

Harry dormit très mal cette nuit là.

 

O

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Le cours de Défense contre les Forces du Mal venait de commencer lorsque Draco déboula dans la salle, enfin guéri. Sirius prit une mine pincée qui fit sourire Blaise et Remus invita Draco à s’asseoir, ce que le Prince des Serpentard fit sans broncher. Il était conscient des regards qui pesaient sur lui, les Poufsouffle qui suivaient cette option avec lui étaient intrigués par les ragots qui n’avaient cessé de circuler tout le week-end. Il les toisa avec mépris et le cours pu recommencer.

 

Malheureusement pour Draco, sa tranquillité fut de courte durée.

 

Il était en train de prendre des notes tout en plaisantant avec Blaise lorsqu’il sentit cette étrange sensation ; la sensation d’être intrus&e