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au 20 Nov 08 :
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Sortir Des Ténèbres
Par BlackNemesis
Harry Potter  -  Romance/Angoisse
17 chapitres - Complète - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 15     Les chapitres     13 Reviews    
Champ de bataille

SORTIR DES TENEBRES


 

CHAPITRE 15 : CHAMP DE BATAILLE.

 

If blood will flow when fresh and steel are one
Drying in the colour of the evening sun
Tomorrow's rain will wash the stains away
But something in our minds will always stay
Perhaps this final act was meant
To clinch a lifetime's argument
That nothing comes from violence and nothing ever could
For all those born beneath an angry star
Lest we forget how fragile we are
On and on the rain will fall
Like tears from a star like tears from a star
On and on the rain will say
How fragile we are how fragile we are
(Sting, « Fragile. »)

ooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

 

Une demie heure après le départ du professeur Rogue, Dumbledore convoqua tous les élèves dans la Grande Salle. Tout le monde savait que la guerre était imminente et beaucoup arrivèrent les mains dans les poches, portant des vêtements de tous les jours plutôt que leurs uniformes. Certains semblaient terrifiés, d’autres avaient l’air grave et, à l’inverse, quelques groupes d’élèves se montraient détendus, comme s’ils voulaient s’amuser, oublier qu’ils allaient risquer leurs vies. Harry s’installa, vêtu d’un simple jean noir et d’une chemise cintrée bleue sombre. Hermione était en jean taille basse et elle avait passé un petit haut moulant bordeaux, alors que Ron portait un pantalon gris et un pull vert offert par son amie, qui mettait en valeur sa chevelure rousse. Pour eux, il était inutile de s’embarrasser d’uniformes, puisque cette réunion n’avait rien à voir avec l’école. En les voyant, Neville ôta sa robe de sorcier, tout comme Justin Finch-Fletchley, Anna Abbot, et Blake Welsh. Harry fit un mince sourire, trop conscient de la situation pour pouvoir harmoniser son ressenti et ses actes. Il semblait relaxé, sûr de lui, mais il était terrorisé.

 

Qui ne l’aurait pas été à sa place, à quelques jours, quelques heures, de l’affrontement contre l’un des sorciers les plus puissants depuis la fondation de Poudlard ?

 

Il constata que les élèves de l’école étaient tous installés où bon leur semblait, la notion de territoire réservé aux Maisons ayant disparue avec l’anticipation d’une guerre imminente. C’était comme si les élèves voulaient se définir en tant que membres de l’école et non d’une Maison quelconque, pour se sentir plus unis, plus forts. A la table des professeurs, tous attendaient patiemment que Dumbledore commence son discours, à l’exception de Sirius, qui semblait totalement ailleurs, l’air grave, alors qu’il regardait avec insistance la place vide de Severus Rogue. Harry poussa un soupir, gêné d’avoir semé la confusion dans l’esprit de son parrain au sujet du directeur de la Maison Serpentard, puis il reporta son attention sur la salle, s’arrêtant sur un groupe de trois filles de Serdaigle, trois amies de Cho Chang, toujours manquante à l’appel. Toutes trois étaient retournées et elles riaient en regardant du côté des grandes portes.

 

Harry su quel était le sujet de leur conversation avant même de suivre leurs regards. Draco venait d’entrer, accompagné de Blaise et Pansy. Il était impeccable dans son uniforme de l’école, sa robe noire faisant ressortir la couleur incomparable de ses cheveux soigneusement coiffés, sans gel. Il se redressa en voyant les œillades insistantes des Serdaigle, levant la tête plus fièrement encore qu’à son habitude, arborant son éternel sourire en coin. Blaise n’avait gardé de l’uniforme que le pantalon noir et la chemise blanche qui en dépassait, froissée et mal boutonnée. Il avait troqué ses chaussures de cuir noir contre une paire de baskets dernier modèle, celles qui faisaient rêver Ron depuis des mois. Il avait l’air fatigué, triste, mais son regard était dur et volontaire. Quant à Pansy, elle adoptait la même tenue irréprochable que Draco, et elle essayait d’avoir l’air aussi fière, même si ses yeux reflétaient son inquiétude grandissante pour sa famille.

 

Harry leur fit signe de le rejoindre et lorsque Draco arriva à sa hauteur, il saisit son poignet pour le tirer à lui. Avant d’avoir eu le temps d’objecter, le blond était assis sur les genoux du Survivant, conscient du visage outré que le professeur Mc Gonagall tournait vers eux.

 

« Visiblement, nous sommes le genre de personnes qui se donnent en spectacle, » constata Draco sans pour autant bouger.

 

Blaise sourit et Hermione imita Harry en le faisant tomber sur ses genoux, sous les yeux amusés de Ron qui comprenait son besoin d’être proche de Blaise, et de le tenir contre elle. Le jeune homme ne se fit pas prier, il n’était pas du genre à cacher son ressenti. Il enfouit sa tête dans le cou d’Hermione et murmura à son oreille :

 

« Je les tuerai, Herm’…ils payeront tous. »

 

Hermione passa sa main dans les cheveux du Serpentard et elle lui répondit sur le même ton :

 

« Nous sommes là pour toi. »

 

Blaise se releva pour ne pas l’écraser, et il lui fit un sourire trop resplendissant pour venir du cœur.

 

« Si Ron n’était pas un mec aussi génial, je me serais déjà jeté à tes pieds depuis longtemps, bombe sexuelle en sommeil.

 

- Pas tellement en sommeil que ça, remarqua Ron en tapant amicalement sur l’épaule de Blaise. Je te jure que si tu passes une nuit avec elle, tu te retrouves sur les rotules le lendemain.

 

- Plains toi ! Intervint Draco. Tout mec digne de ce nom rêverait de se taper une Granger complètement désinhibée dans la bibliothèque, au milieu des livres de Défense contre les Forces du Mal, à deux mètres de l’autre Pince mal baisée, voire pas baisée du tout.

 

- Dis-moi, Malfoy, c’est à Granger que tu pensais quand tu as engrossé Cho Chang ? Demanda Seamus avec un sourire hargneux.

 

- Non, je pensais à ta mère et au fait qu’elle s’allonge pour deux chocogrenouilles, rétorqua Draco avec un sourire lubrique.

 

- Encore un mot, Seamus, et je t’étrangle, coupa Harry alors que le Gryffondor s’apprêtait à répondre.

 

- Ecoute notre Survivant, si tu ne veux pas te manger une soupe de phalanges made in Zabini, enchaîna Blaise en toisant Seamus.

 

- Laissez-le, si ça l’amuse, c’est dur pour Finnigan de rendre compte que contrairement à lui, certains savent manier leurs lances, » dit Draco en se servant un verre d’eau, provocant involontairement une friction contre le bas ventre gorgé de sang du brun qui dû retenir un gémissement désespéré. « Toi et moi, Harry, on ne sait vraiment pas se tenir ?

 

- Si, mais ce soir, c’est moi qui ne sais pas me tenir, répondit Harry en enlaçant la taille de Draco. Peut être que demain à la même heure…

 

- Tu seras considéré comme le héros qui a sauvé le monde, coupa Draco. »

 

Harry sentit son cœur se serrer. Où seraient-ils tous le lendemain à la même heure ? Il ne pu s’empêcher de respirer l’odeur agréable de l’eau de toilette de Draco pour l’imprimer en lui. S’imprégner de son odeur, aveugler ses yeux de son image avantageuse, s’assourdir à force d’écouter sa voix grave et traînante. Il ne voulait rien oublier concernant Draco. Il voulait graver chaque détail, même le plus insignifiant, dans sa mémoire, à défaut de se trouver lui-même au centre de la mémoire de Draco.

 

Il se tourna ensuite vers Blaise qui tenait Pansy contre lui, Ron et Hermione qui s’enlaçaient tendrement, puis il focalisa son attention sur Sirius, qui discutait posément avec Remus. La sensation de perte le sortit de ses rêveries. Draco venait de se lever pour saluer Angelina Jonhson qui semblait terrorisée. Le blond lui murmura quelques paroles réconfortantes et Harry sentit la jalousie lui lacérer le cœur. Il était simplement jaloux parce que Draco se souvenait de son histoire avec Angelina, leur apparente complicité le prouvait. Il préparait une remarque cinglante lorsque Hermione lui pinça le bras et lui fit signe de se taire. Le professeur Dumbledore s’était levé, demandant l’attention de l’assistance. Draco s’installa sur la chaise à côté de Harry et il se balança en arrière, comme le faisait souvent Sirius, à part que les sens du Survivant n’étaient pas totalement incendiés lorsque c’était son parrain qui se balançait avec nonchalance.

 

Draco lui lança un regard en coin, puis un mince sourire se dessina sur son visage.

 

« Tu as perdu la mémoire mais tu n’as pas oublié comment me chauffer, constata Harry avec un sourire amusé.

 

- C’est assez facile de te chauffer, intervint Crabbe en éclatant de rire, il suffit de mettre une perruque blonde et de se faire appeler Draco Malfoy !

 

- Subtil, Crabbe, remarqua Draco avec une moue dubitative. Très subtil. Toujours tout en finesse !

 

- Jeunes gens, votre attention s’il vous plait ! Intima le professeur Dumbledore en écartant les bras.

 

- C’est parti pour la messe, ironisa Draco sur un ton méprisant.

 

- La ferme Malfoy, ordonna Ron.

 

- Vous savez que la guerre est imminente, poursuivit Dumbledore. Vous devez vous poser des questions, craindre pour votre sécurité et je tiens à vous rassurer. Les professeurs Flitwick et Chourave vous conduiront dans un endroit sûr dès que les combats commenceront. Je constate que certains ont déjà quitté l’école… »

 

Harry parcourut l’assemblée d’un air étonné, tout comme Ron.

 

« De notre côté, il ne manque aucun élève jusqu’en cinquième année, constata Draco. A partir de la cinquième année, il nous manque la moitié des effectifs, notamment Theodore Nott et Milicent Bullstrode. Je suis déçu, je pensais qu’au moins ces deux là seraient avec nous.

 

- Vous savez qui manque dans votre Maison ? Interrogea Ron avec incrédulité.

 

- Tu crois qu’on était en retard pour quoi, au juste ? Rétorqua Draco. Je te rappelle que Pansy et moi sommes Préfets…Toi aussi d’ailleurs ! C’est à nous de savoir qui est là et qui ne l’est pas dans ces circonstances, nous ne servons pas qu’à enlever des points aux élèves qui ne suivent pas le règlement…Ou qui ont de sales têtes.

 

- Hermione et moi, nous n’avons pas compté les élèves, ni fait la liste de ceux qui sont partis servir Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.

 

- C’est ce que tu crois, lança Hermione. Il nous manque 15 élèves, de la cinquième à la septième année. Je ne pensais pas qu’on partageait nos dortoirs avec des lécheurs de boules Voldemoriennes.

 

- Bien dit ma grande ! Ils ont peut être juste eu peur et se sont sauvés, hasarda Blaise.

 

- J’en doute, répondit Draco en regardant Hermione comme s’il lui poussait une deuxième tête. Même le dernier des crétins sait qu’on est plus en sécurité à Poudlard.

 

- Alors en tant que Préfets, nous avons le droit d’enlever des points ? Questionna Ron d’un air scandalisé.

 

- Bien entendu, renchérit Draco. Tu n’as jamais ôté de points à un élève que tu ne pouvais pas encadrer ? Tu es passé à côté de ce qui fait tout le charme de notre fonction de Préfets, Weasley.

 

- Vous permettez qu’on écoute ce que dit Dumbledore ? Demanda Hermione sur un ton sans appel.

 

- Je vous rappelle que vos parents vous ont confiés à nous et que nous nous devons d’assurer votre sécurité, disait Dumbledore. Ce qui signifie que vous ne serez pas autorisés à aller vous battre, même si vous le souhaitez. »

 

Draco se leva lentement, puis il se racla la gorge et il prit la parole d’une voix claire et assurée.

 

« Dans la mesure où mes parents seront de l’autre côté, le visage caché par un masque, leur futur se résumant à mourir ou à être emprisonné, puisqu’on va gagner, je doute qu’ils se plaignent d’une négligence de votre part. Nous ne sommes plus des enfants, et je suggère que les élèves de 15 ans et plus puissent choisir s’ils veulent ou non se battre.

 

- En tout cas, rien ne m’empêchera de me joindre aux festivités, » déclara Blaise.

 

Partout dans la salle, des murmures s’élevèrent, entre ceux qui voulaient prendre part aux combats et ceux qui ne se sentaient pas assez prêts pour ça. D’un signe de la main, Dumbledore parvint à rétablir le calme.

 

« Les élèves de septième année sont les seuls qui ont légalement en droit de faire ce qu’ils veulent.

 

- Monsieur, nous ne laisserons pas Harry aller risquer sa vie tout seul, objecta Ron.

 

- Oh j’en suis conscient monsieur Weasley, et c’est pour cela que j’allais vous expliquer la manière dont vos professeurs, les Aurors et moi avons abordé le problème. Nous pensons que si nous vous interdisons de nous accompagner, vous ferez comme à votre habitude, vous trouverez un moyen de nous rejoindre. Ceci est trop dangereux dans la mesure où, dans ce cas, nous ignorerions qui est sur le champ de bataille et qui est à Poudlard. C’est pourquoi les sixièmes années seront autorisées officieusement à nous suivre, mais ils devront être encadrés par des adultes. Les professeurs Lupin et Black feront partie de ceux qui veilleront sur vous. Quant aux autres, je suis désolé mais ils devront rester à l’abri à l’école.

 

- Mais Monsieur, implora Colin Crivey, je voulais aider !

 

- Si le têtard veut aider, soupira Draco. Peut être n’est ce pas une mauvaise idée finalement ? Les cinquièmes années pourraient s’occuper des victimes.

 

- Vous pensez bien que tout cela a été prévu, déclara Dumbledore d’une voix assurée. Je veux que chaque élève de cette école soit assuré que tout est mis en œuvre pour sa protection. Maintenant que les Préfets ont fait la liste des absents, vous pouvez retourner dans vos salles communes où les Directeurs de Maisons répondront à vos questions. Comme le Professeur Rogue est occupé à préparer des potions avec Mme Pomfresh, les Préfets le remplaceront, et ils pourront bénéficier du soutien du professeur Black, dont les appartements jouxtent les cachots des Serpentard. Je vais demander aux élèves de sixième et septième années qui souhaitent participer d’une manière ou d’une autre aux combats, de rester ici, nous allons en parler. »

 

Pansy se détacha de l’étreinte de Blaise et elle se tourna vers Draco en lui décrochant un sourire un peu crispé.

 

« Je vais ramener les gnomes dans la Salle Commune, tu me feras un résumé. » Dit elle en toisant les élèves les plus jeunes qui, impressionnés par cette Préfète guerrière, se mirent rapidement en route.

 

Harry vit Seamus quitter la salle, alors que ses coéquipiers de l’équipe de quidditch ainsi que Lee Jordan restaient, affichant le même air déterminé.

 

« Ginny, retourne dans notre Salle Commune, ordonna Ron à sa sœur qui n’avait pas bougé.

 

- Oui, approuva Neville, je préfère que tu soies en sécurité, je ne supporterais pas…Je ne peux pas te perdre, Gin’.

 

- Je veux rester avec vous, insista Ginny. Je ne pourrai pas me regarder dans une glace si je sais que je n’ai rien fait pour vous aider. »

 

Harry soupira, fatigué, espérant qu’on lui demanderait à lui, de ne pas aller tuer ou être tué. Draco se leva d’un air totalement indifférent et il prit la jolie rouquine par les épaules sous le regard médusé de Ron.

 

« Essaye de ne pas la mettre enceinte, plaisanta Blaise en faisant comme s’il n’avait pas vu le majeur que Ron tendait dans sa direction.

 

- Un jour Blaise, il faudra que je t’explique comment on fait les bébés, rétorqua Draco en haussant les épaules. Tu peux regarder une fille dans les yeux, ça ne craint pas.

 

- Merci, ça va, j’ai déjà la nausée rien qu’en pensant que tu as pu mettre ta…Dans Cho Chang, intervint Harry en se frottant les yeux.

 

- Tout dans la finesse Potter, je comprends mieux pourquoi on est ensemble…Roméo et Roméo version trash, » déclara Draco en tirant Ginny à l’écart.

 

Une fois qu’ils furent loin des oreilles indiscrètes, Draco croisa les bras sur son torse et il observa longuement la dernière des Weasley. La jeune fille se mit à se balancer d’un pied sur l’autre, mal à l’aise. Dumbledore avait recommencé à parler mais Draco s’en souciait peu, sachant qu’il ferait ce qu’il voudrait le moment venu. Il scruta encore le visage fin, presque fragile de Ginny, et il lui décrocha un sourire si doux que, de stupeur, elle fit un pas en arrière.

 

« Tu veux que je te dise ? Tu es plutôt mignonne, pour une Weasley.

 

- Garde tes compliments, ce n’est pas ça qui me fera changer d’avis, répondit Ginny en levant le menton. Je veux aller me battre. Et depuis quand tu fais le gentil, toi ?

 

- Depuis que j’ai des choses pas très gentilles à te dire, Ginevra. Tu es la dernière d’une famille de quoi, dix gosses ?

 

- Sept !

 

- A trois portées près, le compte y était, dit-il en levant un sourcil. Tous tes frères vont livrer ce combat, n’est-ce pas ? Ton père aussi ?

 

- Je pense que oui, bien entendu. Même si Percy a soif de pouvoir, je le vois mal soutenir Tu Sais Qui.

 

- Oui, peu importe. Ils se battront, que ce soit avec, ou contre nous. A côté de ça, sans vouloir être insultant, j’ai vu ta mère…Et si la mienne est capable de te balancer un Avada Kedavra tout en faisant un double salto arrière, la tienne est physiquement incapable de tenir deux minutes sur un champ de bataille. Alors je suppose qu’elle va faire autre chose pour se rendre utile, peut être aider les blessés, et elle va certainement survivre. Pense à elle, Ginny. Il y a de grandes chances pour que quelques uns des tes frères soient tués, et, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, ton père risque d’y passer s’il croise la route de mon père…Et il la croisera. Ta mère aura alors besoin de toi. Le combat le plus difficile ne se livrera pas face à Voldemort, il aura lieu après la guerre, quand on comptera les morts et qu’il faudra soutenir les survivants. Je crois vraiment que tu dois te tenir loin de toute cette merde pour pouvoir ensuite aider les autres. »

 

Ginny ne pu retenir un frisson de terreur à l’idée de perdre ne serait-ce qu’un seul membre de sa famille, et ses yeux se mouillèrent. Elle n’avait jamais autant détesté Draco, parce qu’elle savait qu’il avait raison et qu’elle ne supportait pas d’être mise devant cette réalité trop dure.

 

« Tu feras attention à Neville et à mes frères ? Demanda-t-elle avec des sanglots retenus dans la voix.

 

- Je ne pourrai pas veiller sur eux, tu le sais. Allez, monte dans ta salle commune et envoie un hibou à ta famille pour lui dire que tu l’aimes…C’est ce que je ferais si j’avais une famille digne de ce nom.

 

- Draco, je te…

 

- File. » Ordonna-t-il en tournant les talons.

 

On aura tout vu, pensa Draco en rejoignant les autres. Moi, un Malfoy, donnant dans le social. Il faut que je fasse attention, si ça continue je vais devenir…sympathique. Quelle horreur !

 

Il s’installa à côté de Harry et il constata que tous les élèves restants s’étaient regroupés à la table des Gryffondors. Même le directeur et les professeurs s’étaient rapprochés et Draco lutta contre son envie de quitter cette Salle. Il se doutait qu’aucune des personnes présentes n’avait envie d’aller se faire massacrer par les Mangemorts et il commençait à se demander si, malgré son entraînement intensif, il avait le niveau pour les affronter.

 

« Je vais vous remettre une chaîne au bout de laquelle se trouve un pendentif en forme de soleil, » disait Dumbledore.

 

Blaise capta l’attention de Draco et il regarda entre ses jambes, un sourcil relevé, expliquant ainsi la forme qu’il aurait préféré pour le pendentif. Le blond dû faire tous les efforts du monde pour ne pas exploser de rire mais l’hilarité de Crabbe et de Goyle eurent raison de lui. Harry les observa sans ciller. Il savait que le groupe des Serpentards agissait comme si la situation n’était pas dramatique, comme si rien n’avait changé et que Voldemort n’était pas sur le point d’attaquer. Remus Lupin, quant à lui, les fusilla du regard dans une imitation très réussie du professeur Rogue.

 

« Il s’agit de portoloins, poursuivit Dumbledore, imperturbable. Je veux qu’au moindre problème, à la moindre blessure, vous le saisissiez. Il vous enverra directement devant l’entrée de Sainte Mangouste où vous serez pris en charge par des équipes compétentes. J’insiste sur le fait que vous ne devez en aucun cas vous mettre volontairement en situation dangereuse, car des sorciers puissants seront déjà sur le champ de bataille, ils se chargeront des Mangemorts les plus sanguinaires. Sachez également que des renforts sont arrivés à Sainte Mangouste, mais que les potions viendront forcément à manquer alors les blessures graves seront prises en charge magiquement, pour les blessures moins importantes, comme un bras cassé, vous serez soignés sans potions. Si cela vous gêne de quelque manière que ce soit, vous avez le choix de retourner dans vos dortoirs et de ne pas vous battre, personne ne vous en voudra.

 

- Cela signifie-t-il que nous aurons des cicatrices permanentes ? Demanda avec inquiétude Alicia Spinnet.

 

- Les petites coupures et autres griffures causées par la magie standard peuvent être soignées par un sortilège, » expliqua Sirius d’un air médusé, comme s’il n’arrivait pas à croire qu’une élève de septième année ne sache pas quelque chose d’aussi évident. L’idée qu’il ait été, à 17 ans, un sorcier prodigieux ne semblait pas lui effleurer l’esprit et il pensait que tout le monde, à cet âge là, était aussi doué que lui à l’époque. « Par contre, tout ce qui provient de la magie noire sera difficilement masqué, tout comme les entailles plus importantes faites par des armes quelconques. »

 

Les regards se tournèrent automatiquement vers Harry et sa fameuse cicatrice. Le Gryffondor plaqua rapidement une mèche de cheveux devant l’éclair de renommée internationale.

 

« Ils sont toujours aussi lourds ? Interrogea Draco à voix basse.

 

- Et encore, là, ils donnent dans le discret, répondit Harry d’un air morose. Sait-on où et quand aura lieu la bataille finale ?

 

- Pas encore, nous attendons des nouvelles de notre agent infiltré, lança Dumbledore.

 

- On va se faire déchiqueter, » marmonna Matt O’Bannon, un septième année de Serdaigle. Le jeune homme était réputé pour être un des casses cou de l’école, et un sorcier d’une puissance plus qu’honorable, et pourtant, à cet instant, il n’avait pas l’air sûr de lui, au contraire. Il semblait, pour ne pas dire terrorisé.

 

- Si vous n’êtes pas sûrs de savoir maîtriser vos pouvoirs, surtout ne prenez aucun risque et restez en sécurité à l’école, déclara Remus.

 

- Je ne suis pas sûr de mes pouvoirs, mais je sais que si je restais à l’abri pendant que d’autres se battent, je n’aurais aucune raison de lever la tête dans ma vie future. Ma famille s’est battue sans relâche contre les Mangemorts lors du premier règne du Seigneur des Ténèbres. Aller combattre est un devoir pour moi.

 

- Je suis d’accord avec toi, intervint Neville alors qu’une élève de Serpentard hochait la tête pour marquer son approbation. Nous n’irons pas nous battre par vengeance, mais parce que c’est comme ça que nous avons toujours pensé à la guerre. Jamais je n’ai imaginé me cacher, même si je ne blâme pas ceux qui le font. »

 

Harry écoutait la conversation avec intérêt. Il se rendait compte pour la première fois qu’il n’était pas le seul à devoir être sur le terrain lors des affrontements. Il avait toujours cru être le seul à ne pas avoir le choix, et cette certitude avait été confirmée par la prophétie le concernant. Mais ce soir, il comprenait que d’autres étaient obligés de combattre, au nom de ceux qu’ils avaient perdu lors des premiers conflits. Soudain, il ne se sentait plus seul, il était un élément important dans un groupe d’égale importance…Même si lui avait à affronter Voldemort et qu’il se demandait comment, du haut de ses 16 ans, il allait pouvoir vaincre l’un des pires mages noir de tous les temps. Etrangement, la perte de mémoire de Draco n’avait plus aucune importance à ses yeux. Seule cette guerre comptait, et la sécurité de ceux qu’il aimait. Lorsque la réunion prit fin, Hermione invita Blaise à passer la soirée dans la salle commune des Gryffondors, invitation que le Serpentard refusa poliment.

 

Harry remonta donc dans les Donjons et il resta quelque peu interdit devant le spectacle étonnant des élèves qui allaient se battre, réconfortant ceux qui allaient rester en sécurité. Il lui semblait que le monde se mettait à tourner à l’envers. Colin se pencha vers lui et il murmura, comme s’il avait lu dans ses pensées :

 

« Ça n’a rien d’étonnant. On demande souvent aux victimes, ou futures victimes, de soutenir leur entourage en prime, comme s’il fallait s’excuser d’aller risquer sa vie. Comme ces soldats moldus qui vont faire la guerre et qui doivent réconforter leurs parents, leurs amis, alors que ça devrait être l’inverse…Logiquement. Je suis vraiment déçu de ne pas pouvoir apporter ma contribution à cette guerre.

 

- Tu n’as pas le niveau pour te battre contre les Mangemorts, répondit Harry d’un air absent. Et puis, tu vas contribuer…Dire que j’ai toujours détesté ton côté paparazzi et qu’il va être très utile plus tard. Certains d’entre nous ne reviendront pas, et les photos que tu as prises seront comme un dernier témoignage d’amour aux familles des disparus. Tout cela fait trop dramatique à mon goût. Excuse moi mais voir Angela consoler Seamus alors que tout ce qui l’intéresse, c’est plonger son nez dans son décolleté, c’est trop pour moi. Si on me cherche, je serai de retour dans une heure ou deux. »

 

Il fit un signe de tête à Ron et Hermione pour leur signifier son départ, puis il sortit rapidement de la tour dans laquelle l’ambiance était on ne peut plus lourde. Il espérait trouver un peu de tranquillité au sommet de la Tour d’Astronomie, respirer un peu d’air frais, écouter le bruit de sa respiration, se concentrer sur sa magie. Il monta lentement les escaliers, conscient de chaque mouvement de ses muscles alors qu’il approchait du sommet. Il ouvrit lentement la grande porte de bois et le spectacle le laissa pantois. Draco se tenait debout, les mains dans les poches de son pantalon, la pluie ruisselant sur son visage levé, offert à ces larmes célestes. La lune rousse donnait à la scène une impression surnaturelle.

 

Draco semblait vouloir laver ses pensées en laissant l’eau couler sur lui, pénétrer entre ses lèvres, glisser le long de son cou gracile pour finir sur sa chemise entrouverte, trempée, collée à sa peau. Harry osait à peine respirer de peur de briser la sérénité ambiante, uniquement bercée par le doux battement de la pluie sur le sol. Draco respira profondément, puis il tourna la tête au ralenti vers Harry.

 

« Toi aussi tu cherches un peu de silence avant de rejoindre les furies dans ta salle Commune ? » Demanda-t-il.

 

Harry acquiesça et il rejoignit Draco sous la pluie, sentant avec délectation les gouttelettes mouiller ses cheveux et son visage. 

 

« Je suis navré pour tout à l’heure, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise en te prenant sur mes genoux, » déclara soudain Harry alors que Draco plongeait son regard un peu perdu dans celui, plus sûr, du brun. Le Draco sarcastique et détendu de la Grande Salle avait laissé place à celui, plus fragile depuis son retour. Harry avait l’impression que Draco se sentait mal en sa présence, et il le comprenait. Lui-même n’était pas très à l’aise face à celui dont il était pourtant éperdument amoureux.

 

« Tu ne m’as pas mis mal à l’aise. Je trouvais juste étrange qu’on se comporte avec autant de désinvolture devant tout le monde.

 

- Nous ne le faisons pas d’habitude. Les circonstances étaient différentes…

 

- Tu as peur pour la bataille finale ? Questionna abruptement Draco en offrant son visage aux intempéries.

 

- Peur n’est pas le mot que j’emploierais.

 

- Terrifié ?

 

- Complètement. Je ne me sens pas prêt, avoua Harry en lançant un sort d’imperméabilité sur ses lunettes trempées.

 

- Tu es pourtant prêt, affirma Draco en reportant son attention sur Harry tout en passant sa main dans ses cheveux mouillés. Tu ne t’en rends pas compte, mais depuis quelques heures, la force de ta magie est presque palpable, c’est impressionnant. Tu vas t’en sortir, tu verras.

 

- Il faudra bien. J’ai seulement 16 ans, c’est trop tôt pour mourir.

 

- L’important pour toi sera de ne surtout pas t’occuper des gens que tu connais une fois que les combats commenceront. Focalise ton attention sur Voldemort, le reste on s’en charge. Garde en mémoire que la magie sans baguette a ses limites, et que ta mission s’arrête avec la mort du Seigneur des Ténèbres. Ne cherche pas à protéger tout le monde, contente toi de faire ce qu’on exige de toi et rentre à Sainte Mangouste. Les adultes s’entretueront ensuite, c’est leur problème, c’est leur guerre.

 

- Et toi, Draco, es-tu prêt ?

 

- Non, je…Je n’ai aucune envie d’aller me battre, ni de me faire massacrer. Je ne veux tuer personne, et pourtant, il va falloir le faire, parce que les Mangemorts ne feront pas de prisonniers, à part toi, peut-être. Ce qui m’ennuie le plus, c’est d’être, en quelque sorte, responsable de ce qui va arriver à Crabbe et Goyle. Ils ont défié leurs familles pour me suivre, et si leurs parents leur mettent la main dessus, ils vont le leur faire payer très cher.

 

- Remettons les choses à leur place, tu n’es responsable de rien, rectifia Harry en fixant intensément Draco. Le seul coupable ici, c’est Voldemort et sa folie meurtrière. »

 

Draco hocha lentement la tête, puis il reporta son attention sur la lune en soupirant. Il sortit son paquet de cigarettes de sa poche, lança un sortilège d’imperméabilité d’un geste de la main, puis il en alluma une, humant avec bonheur son odeur particulière. Il fuma la moitié de sa cigarette en silence, cherchant ses mots, sous le regard interrogateur d’Harry.

 

« Je voudrais que tu me promettes une chose, dit-il enfin en expirant la fumée et en jetant sa cigarette. Je voudrais que tu ne cherches pas à savoir ce que je fais, ni où je me trouve lors des affrontements. Je ne veux pas que tu t’inquiètes et que ça te perturbe. C’est vraiment important.

 

- D’accord, mais je veux que toi, tu me promettes de ne pas te mettre en danger. »

 

Draco l’observa longuement, les mains dans les poches. Harry lui fit un sourire gêné et il s’approcha un peu, en prenant soin que leurs corps ne se touchent pas.

 

« A quoi penses-tu ? Demanda-t-il.

 

- Je pense que j’ai vraiment bon goût, murmura Draco en rougissant de manière significative. Tu es…Tu es très agréable à regarder. »

 

Harry fit un sourire qui illumina son visage, puis il leva la tête et avança en douceur. Hypnotisé, Draco entrouvrit les lèvres lorsque la bouche de Harry les frôla et il émit un léger soupir. Harry prit sa lèvre inférieure entre les siennes et il la mordilla tendrement avant d’effleurer à nouveau la bouche de Draco, alors que ses doigts descendaient le long des bras du blond pour venir prendre ses mains et les guider autour de sa taille. Harry respira profondément contre les lèvres de Draco et son souffle chaud, encore empreint de cigarette, contre sa peau glacée par la pluie, le fit frissonner. Ses mains vinrent encercler sa nuque et il resta un instant figé, appréciant le contact de Draco contre lui, se moquant royalement de leurs vêtements détrempés.

 

« Je t’aime, chuchota-t-il contre la peau du blond.

 

- Je…, répondit Draco.

 

- Je sais, tu me le dis tout le temps, » plaisanta Harry à voix basse avant d’appuyer ses lèvres contre celles de Draco, attendant patiemment qu’il ouvre un peu la bouche pour goûter pleinement sa saveur singulière. Dès que leurs langues se frôlèrent, leurs corps se collèrent l’un à l’autre, attisés par le désir d’être en contact.

 

Harry savoura le délicieux mélange de la pluie et de la peau de Draco, traçant avec sa langue un sillon ardent le long de son cou, pour remonter ensuite à son oreille qu’il mordilla affectueusement. Il déposa ensuite un long baiser appuyé sur sa jugulaire, sentant le pouls battre contre sa peau. Leurs lèvres se scellèrent à nouveau pour un baiser long et passionné. Lorsque enfin ils se séparèrent, le souffle court, Harry conduisit Draco à l’abri dans les escaliers. Les yeux du Serpentard trahissaient son émoi et le cœur de Harry s’affola. Il prit sa main et la porta à ses lèvres pour en embrasser la paume, puis il remonta sur son poignet.

 

« Nous devrions rentrer avant d’aller trop loin, » dit-il en se redressant.

 

Draco se contenta de hocher la tête, trop conscient que s’il parlait, sa voix serait rendue rauque par son envie de Harry. Il se pencha pour donner un baiser au brun, puis il descendit les escaliers, un poids au niveau de l’estomac.

 

Il rejoignit la Salle Commune des Serpentards où Sirius et Remus buvaient un verre de whisky pur feu en discutant à voix basse. Aucun élève ne traînait dans la salle, contrairement à l’habitude. Visiblement, les professeurs avaient envoyé tout le monde dormir. 

 

« Bravo, lança Draco en reprenant une attitude désinvolte. On envoie les élèves au lit et on se pochetrone en toute quiétude.

 

- Tais toi petit con, et prends un verre, rétorqua Sirius en souriant. Puisque bientôt, nous allons nous battre ensemble, oublions la relation prof – élève, tutoies nous,  et buvons un coup.

 

- C’est sa solution à tout, expliqua Rémus en riant doucement. Blaise est dans les appartements de Sirius, si tu le cherches.

 

- Je m’en doutais. Il doit dormir. Il s’est toujours réfugié dans le sommeil quand les choses n’allaient pas. J’irai le voir dans cinq minutes, » dit Draco en ôtant ses vêtements mouillés sur le chemin des dortoirs. Tout le monde était éveillé et parlait de l’éventualité d’une guerre longue. Draco soupira et il passa rapidement un pantalon et un pull noirs. Il retrouva ensuite les deux professeurs et il se servit un verre, trinquant avec eux. Il alluma une cigarette et la fit rouler distraitement entre ses doigts.

 

« Ce n’est pas bien de fumer, lâcha Sirius en prenant la cigarette que Draco lui tendait.

 

- Ce n’est pas bien non plus de pisser contre les arbres, mais ça ne t’empêche pas de te transformer en chien, constata Draco avec un sourire goguenard.

 

- Continue comme ça et tu vas prendre mon pied aux fesses.

 

- Tant que ce n’est que ton pied, » lança Draco avec un sourire lubrique.

 

Sirius resta bouche bée, choqué alors que Remus éclatait d’un rire franc qui étonna Draco.

 

« Tu ne penses donc qu’à ça ?! Questionna Sirius en retenant difficilement son sourire.

 

- J’aurais du mal à y penser, je n’ai aucun souvenir d’un rapport homosexuel. Je crois que c’est Blaise qui a déteint sur moi. Si dans quelques heures, je me mets à parler avec mes testicules, surtout, désenvoûtez moi ! Soyons sérieux un instant. Avez-vous des nouvelles de Severus Rogue ?

 

- Aucune, répondit Remus d’un air soudain inquiet. J’espère que tout va bien pour lui.

 

- Ne t’en fais pas, il doit être tranquillement en train de lécher les bottes de Lucius Malfoy, comme il l’a toujours fait très consciencieusement, maugréa Sirius.

 

- Un peu de tact, Sirius, ordonna Remus en lui montrant Draco du menton.

 

- Ce n’est rien, affirma Draco. Sirius a le droit d’être jaloux.

 

- Jaloux ?! Mais tu vas arrêter d’insinuer ce genre de conneries ! Je n’éprouve rien pour Severus, c’est clair ? Et lui, il n’éprouve rien pour moi…N’est ce pas ?

 

- Il t’aime tellement qu’il est prêt à se damner pour toi…Et je me demande pourquoi, articula lentement Remus en ignorant volontairement le regard assassin de Draco. Je me moque qu’on soit censés se taire. Il est en train de risquer sa vie pour nous informer et tu dois savoir à quel point il t’aime.

 

- Vous croyez qu’il veut…Avec moi ? Demanda Sirius d’un air ahuri.

 

- Dans la mesure où il brûle d’amour et de désir pour toi depuis plus de vingt ans, je pense qu’il ne s’opposerait pas à ce que vous vous fassiez un petit bisou ou deux, ironisa Draco en levant les yeux au ciel. Ecoute Sirius, je comprends que tu aies vécu sans affection, sans contact physique pendant des années et que ça t’ait marqué. Tu ignores jusqu’à ton orientation sexuelle. Mais dis toi que Severus a passé bien plus de temps que toi en prison, enfermé à l’intérieur de lui-même. Il n’a aimé que toi et je ne sais même pas s’il a déjà fait l’amour une seule fois dans sa vie. Il a 37 ans, il est plutôt bel homme, et il ne voit que toi. Alors dis toi qu’il est aussi effrayé que toi par cette situation, et qu’il ne doit certainement pas se dire « je veux mettre Sirius Black dans mon lit. »

 

- Il a raison, intervint Remus. Il faut éviter de croire que Severus réfléchit avec son sexe. Il a certainement envie de toi, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse. Il doit même crever de peur à ce niveau là. Je t’assure que tu devrais essayer de le connaître, il est amusant, et tendre, mais il pense que ce sont des faiblesses.

 

- Nous ne te disons pas de te jeter sur lui et de lui proposer un rendez vous galant alors que tu n’en as pas envie,  expliqua Draco. Nous te demandons juste d’arrêter de penser à Severus comme à quelqu’un de profondément mauvais.

 

- Mais pourtant, il m’a vraiment montré à quel point il me détestait. Il a quand même voulu me refiler aux Détraqueurs !

 

- Ok. C’est fou comme tu es intelligent et clairvoyant, sauf quand il s’agit de toi et du regard que portent les autres sur toi, constata Remus. Il t’aimait, il t’admirait, et toi, tu lui as fait cette blague idiote, qui a mis sa vie en danger. Pour lui, c’est comme si tu avais voulu l’assassiner.

 

- Il a donc voulu te faire mal comme il a eu mal au moment où il a compris ce que tu avais fait, conclut Draco. Imagine Sirius. La personne que tu adules te montre qu’elle te méprise au point de te mettre en danger, juste pour rire de toi. Sa blessure ne s’est jamais refermée. Il t’en veut encore et vouloir te livrer aux Détraqueurs, c’était un moyen de se protéger de toi. Et puis c’était un juste retour des choses, tu as bien voulu qu’il serve de snack de minuit à un loup garou !

 

- Je voulais juste lui faire peur, se défendit Sirius. Est-on vraiment obligés de parler de ça maintenant ? J’aimerais autant aborder le sujet avec Severus.

 

- Il va falloir lui envoyer un hibou pour qu’il arrive toutes affaires cessantes, lança Draco en haussant un sourcil. Ça va être dur de lui faire lâcher les bottes de mon père. » Il se leva, fit mine de faire la révérence. « Et pour information, mon père a bien des défauts, mais il tient Severus en très haute estime. »

 

Il fit mine de ne pas entendre la remarque cinglante de Sirius et il sortit de la salle commune en espérant que tout irait bien pour le professeur Rogue. Il se posta devant le tableau à l’entrée des appartements de Sirius puis, en un éclair, il se ravisa et se mit à courir dans le dédale de couloirs. Il gravit les escaliers quatre à quatre, avec peine. Une fois devant le tableau, il s’appuya contre le mur, hors d’haleine et il fulmina contre la cigarette, car il savait qu’il était essoufflé à l’effort depuis qu’il fumait. Il prit son paquet, le jeta sur le sol, le piétina furieusement, et il prononça le mot de passe d’une voix éreintée.

 

« Oh merde, » lâcha-t-il en entrant.

 

Il semblait que les Gryffondors avaient choisi de faire une grande fête, à laquelle participait Hagrid. Le professeur Mac Gonagall se contentait de les surveiller en buvant un thé.

 

Crétins de Gryffondors, pesta intérieurement Draco alors que Ron le prenait par les épaules pour lui servir une bierraubeurre. Ils ne pourraient pas se conduire plus correctement et dormir comme les bons nounours qu’ils sont ?

 

Il refusa poliment le verre que Ron lui tendait et il scanna la salle avant de se diriger vers les dortoirs. Il trouvait étrange cette connaissance instinctive qu’il avait du Survivant, sans pouvoir pourtant rattacher ses pressentiments à des évènements précis. Comme il s’y attendait, un seul lit semblait occupé, ses rideaux tirés. Harry avait certainement dû chercher un peu de calme pour mieux se préparer pour la suite. Draco ouvrit délicatement les rideaux et il trouva Harry allongé sur le dos, les paupières closes, ses lunettes négligemment posées sur la table de nuit. Draco se demanda s’il s’était toujours senti aussi émerveillé face au visage jeune et pourtant marqué par l’expérience du beau brun.

 

Humant dans l’air un parfum qu’il connaissait trop bien et qu’il aimait au-delà des mots, Harry ouvrit les yeux, plongeant ses orbes verts profonds dans le gris troublé de ceux de Draco. Il voulut parler mais le blond l’arrêta d’un signe de la main.

 

« Je n’ai pas l’habitude de dire ce genre de choses, commença Draco en toisant Harry d’un air presque froid. Mais je veux que tu le saches, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. Je…Merde…Je t’aime, Harry. »

 

Il baissa immédiatement les yeux alors que ses joues rougissaient. Le cœur de Harry fit un bond dans sa poitrine, pour remonter jusqu’à sa gorge. Il avait l’impression que tout son corps tremblait et il mourrait d’envie de se mettre à sauter partout en hurlant de joie. Au lieu de cela, il prit le poignet de Draco et il le tira doucement vers lui, jusqu’à ce qu’ils soient couchés face à face. Il passa une main apaisante dans les cheveux soyeux de son Serpentard et il embrassa son front.

 

« Ça n’a rien de dramatique, murmura-t-il contre la peau de Draco. Je t’aime aussi, et je sais pertinemment que tu ne dis jamais ces mots qui sont pourtant tellement doux à entendre. Tu veux bien me les redire en me regardant autrement que si tu voulais me tuer ? »

 

Draco émit un petit rire étouffé, puis il plongea ses prunelles grises scintillant d’une émotion intense et, la gorge nouée, il répéta dans un souffle :

 

« Je t’aime, Harry. Je ne sais ni pourquoi, ni comment, mais je le ressens au plus profond de moi. »

 

Harry sentit les larmes monter, mais il les retint, préférant serrer Draco contre lui, s’imprégner de l’empreinte de son corps contre le sien, inhaler l’odeur agréable de ses cheveux et s’endormir en se disant qu’il tenait dans ses bras tout ce que le monde avait créé de plus beau.

 

Il se réveilla deux heures plus tard, une étrange sensation de vide au creux des bras. Draco était parti et Harry sourit dans la pénombre.

 

« Il m’aime, dit-il à l’obscurité.

 

- Tu n’avais pas encore remarqué ? » Demanda la voix amusée de Ron.

 

Harry fut si surpris d’entendre son ami lui répondre qu’il éclata de rire. Tous deux se levèrent pour faire une partie d’échecs pendant que Hermione, qui était au lit avec Ron, lisait un livre moldu. A peine avaient-ils mis les pions en place, que le professeur Mac Gonagall faisait irruption dans le dortoir.

 

« Préparez vous, ordonna-t-elle d’une voix qui trahissait son stress. Le professeur Rogue nous a envoyé un hibou. Pré au Lard sera attaqué dans une heure. »

 

Les trois amis se regardèrent, effarés, conscients qu’ils ne pouvaient plus reculer.

 

Aujourd’hui, Harry serait vainqueur…Ou ne serait plus.

 

Il passa un pantalon, un tee-shirt et une robe noire à la hâte, puis il saisit sa baguette et il s’élança dans les couloirs pour rejoindre le groupe d’élèves et de professeurs qui s’amassait dans le Grand Hall. Le cœur au bord des lèvres, il trouva Sirius et Remus et, pris d’une soudaine envie de leur faire comprendre ce qu’ils représentaient pour lui, il étreignit Remus qui le serra fort. Il se tourna ensuite vers Sirius et il se cala dans ses bras protecteurs. Son parrain caressa ses cheveux et il se pencha vers lui.

 

« Je veux que tu soies prudent, Harry, pas d’héroïsme inconsidéré, conseilla Sirius. Fais très attention, d’accord ? 

 

- Toi aussi, répondit Harry. N’oublie pas que c’est à moi de tuer Voldemort, ne te mets pas en danger en essayant de m’alléger la tâche. »

 

Sirius hocha la tête et il lâcha Harry qui resta un instant muet, la gorge nouée par la peur. Draco arriva quelques minutes plus tard. Sa tenue vestimentaire, composée d’un pantalon, d’une chemise et d’une longue veste en cuir noirs, lui donnait un air à la fois torride et dangereux. Il avait l’air parfaitement calme mais la façon dont il serrait convulsivement sa baguette dans sa main trahissait sa nervosité. A côté de lui, Blaise se tenait prêt, le visage fermé, son désir de vengeance transpirant par chaque pore de sa peau.

 

Le professeur Dumbledore leur fit signe de le suivre, et tous se dirigèrent vers le Village de Pré au Lard. Ils eurent à peine le temps de faire évacuer la moitié des habitants inaptes à se battre.

 

Au loin, sur la colline avoisinante, les formes encapuchonnées des Mangemorts se dessinaient à la lueur de l’aube. D’autres formes s’approchaient, traversant la plaine pour rejoindre le pied de la colline. Il s’agissait certainement des membres de l’Ordre du Phénix et Harry fut étonné de voir à quel point ils étaient nombreux.

 

« Allons-y. » Lança Dumbledore en ouvrant la marche vers la prairie.

 

La pluie tombait toujours, et la boue risquait de les faire glisser à tout moment, mais le plus désagréable, était le froid. Un froid polaire.

 

« Des Détraqueurs, affirma Harry d’une voix forte. Ils ont des Détraqueurs avec eux ! Les sixièmes années, à part Draco, Hermione et moi, devraient se tenir éloignés d’eux, ils n’ont pas encore appris les Patronus. Nous devons nous débarrasser d’eux avant toute chose.

 

- Ce sera fait avec grand plaisir, » rétorqua Sirius en serrant les dents.

 

A partir de cet instant, Harry fut comme emporté dans un tourbillon qu’il ne contrôlait pas. Il avait perdu de vue Ron, Draco et Blaise. Il voyait Hermione à ses côtés, lancer un Patronus d’une telle puissance qu’il repoussa une dizaine de Détraqueurs. Il produisit, lui aussi, un gigantesque Patronus et, à quelques mètres, il repéra Draco, grâce à la licorne qui s’éleva dans le ciel, faisant fuir un bon nombre de Détraqueurs.

 

« Mais pourquoi les Détraqueurs ? Demanda Ron en projetant à quelques mètres une silhouette cagoulée. Les Mangemorts aussi y sont sensibles.

 

- Moins que nous, parce qu’ils n’ont aucune conscience et qu’ils aiment la destruction, » répondit Remus en tuant un Mangemort.

 

La pluie et la boue gênaient la progression de Harry mais il se rapprocha de Draco pour le protéger, car il savait que Voldemort voudrait l’abattre avant même de s’occuper de Harry. Le Serpentard était couvert de boue jusqu’aux genoux, et ses vêtements trempés lui collaient à la peau. Harry se dit qu’il devait être dans le même état. Il tourna frénétiquement la tête, cherchant Voldemort du regard, mais le Seigneur des Ténèbres n’était pas encore apparu.

 

Tout autour de Harry, des hommes et des femmes se lançaient des sortilèges, luttant pour leur survie. Beaucoup avaient abandonné l’idée de faire des prisonniers et les jets de lumière verte de l’Avada Kedavra illuminaient trop souvent le champ de bataille. Il avait l’impression de voir la scène au ralenti. Dans les deux camps, des corps tombaient dans la boue et ne se relevaient pas. Un nombre conséquent de Mangemorts avait laissé tomber les masques et se battait à visage découvert. Harry ne se rendait même pas compte qu’il lançait machinalement des sorts puissants pour repousser ses opposants, il avait simplement l’impression d’être le spectateur d’une scène particulièrement écoeurante.

 

Son regard rencontra celui de Draco, aux prises avec Théodore Nott. Le blond détourna lentement les yeux pour reporter son attention sur son ancien camarade de dortoir, et, sans même ciller, lui lancer un Avada Kedavra. Lorsque Théodore toucha le sol, un sourire satisfait se dessina sur le visage de celui qui, soudain, n’avait plus rien d’un ange aux yeux de Harry. A ce moment précis, le Gryffondor savait que Draco laissait s’exprimer la personnalité de Voldemort qu’il abritait depuis la cérémonie de partage des pouvoirs. A ses côtés, Blaise assouvissait sa vengeance avec une frénésie meurtrière qui inquiéta Harry. Son ami allait jusqu’à se jeter à corps perdu dans des duels avec des sorciers bien plus expérimentés que lui, mais, au grand soulagement de Harry, la haine de Blaise était plus forte. Le Survivant dû quand même lui sauver la vie plusieurs fois avant de se détourner, cherchant Sirius du regard, trouvant Lucius Malfoy sur son passage. D’un geste excédé de la main, Harry l’envoya s’étaler dans la boue quelques mètres plus loin. Il ne voulait pas être celui qui tuerait le père de Draco. S’il avait su à cet instant que Lucius venait d’ôter la vie au père de Ron, il aurait peut-être agi différemment.

 

Alors qu’un orage éclatait et que la pluie redoublait d’intensité, Harry se précipita pour aider Neville, cerné par un groupe de Mangemorts désireux de torturer le jeune Londubat. Draco le regarda s’éloigner, impressionné par le courage du Gryffondor prêt à tout risquer pour apporter son aide, puis il se tourna vers Blaise qui venait de lancer un crucio à un Serpentard de septième année.

 

« Vas-y doucement sur les impardonnables, conseilla Draco en mettant fin au sortilège d’un simple mouvement de la main. Je voudrais que tu fasses une chose pour moi, Blaise. Reste près de Harry et, une fois qu’il aura jeté l’avada kedavra à Voldemort, fais apparaître une protection autour de Harry. Crabbe fera pareil pour moi quand il sentira que le moment est venu.

 

- Ne me dis pas que tu crains une possession de Voldemort ?

 

- On ne sait jamais, fais juste ce que je te dis, s’il te plait. Je t’autorise déjà à tuer mes parents, tu peux bien protéger Harry pour moi, non ?

 

- Draco, tes parents ont tué ma famille, je ne te devrai rien quand je prendrai leurs putains de vies. Mais je vais aller protéger ton chéri, ne t’en fais pas. »

 

Draco haussa les épaules et il fut reconnaissant à Goyle de les avoir surveillés, tuant ainsi un Mangemort qui tentait de l’éliminer tandis qu’il parlait à Blaise. Il se dirigea vers la bordure de la forêt, où les affrontements semblaient plus violents, et l’apparition de Voldemort et de Bellatrix lui glaça le sang. A côté, son père était aux prises avec Kingsley Shakelbolt et il se moquait bien de l’issue du combat. Seul comptait Voldemort et la fascination mêlée de répulsion qu’il exerçait sur celui qui avait refusé d’être son Héritier. Il était tétanisé, incapable de bouger.

 

Le Seigneur des Ténèbres toisa longuement Draco, exprimant ainsi toute sa déception, puis il se tourna vers Bellatrix.

 

« Tue le, dit-il d’une voix forte. Je veux qu’il souffre, qu’il ait la mort d’un misérable Moldu. »

 

Bellatrix hocha la tête et elle fit face à Draco, qui serra sa baguette plus fort dans sa main gauche, même s’il était incapable de bouger le reste de son corps. D’un geste sec, elle lança un long couteau dans sa direction, mais Draco ne le reçut pas. Il ouvrit les yeux, ébahi d’avoir entendu la voix de son père alors qu’il s’interposait. Lucius tomba contre Draco, les yeux remplis de terreur, le couteau profondément enfoncé dans son dos. Du sang perla de sa bouche tandis qu’il essayait de parler, et Draco le coucha sur le côté. Une haine sans précédent lui comprima le cœur et il jeta le sortilège ultime à Bellatrix qui parvint à l’esquiver en transplanant. 

 

« Je reviendrai m’occuper de toi plus tard, misérable déchet, siffla Voldemort. Je veux que tu me voies tuer tous ceux qui comptent pour toi, avant que je prenne ta vie qui ne vaut rien.

 

- Faites ce que vous devez, » se contenta de répondre Draco alors que Voldemort s’éloignait.

 

Il respira lentement, reportant son attention sur Lucius.

 

« Père, murmura Draco, pourquoi avez-vous fait ça ? »

 

Lucius caressa la joue de son fils d’une main tremblante, pour lui faire comprendre qu’il avait décidé de choisir Draco plutôt que Voldemort et il montra sa poche d’un geste faible. Plus de sang sortit de sa bouche et, en quelques secondes, il s’éteignit. Draco mit la main dans la poche de son père et il en tira une bague pour homme, à l’intérieur de laquelle étaient gravés les mots « je t’aime. H » Draco soupira, et il mit la bague à son doigt, puisqu’elle était à lui, visiblement. Sûrement un cadeau de Harry.

 

Il se leva lentement, arrachant le couteau du dos de Lucius, et il essuya ses yeux mouillés d’un revers de manche. Il n’allait pas pleurer, il se l’interdisait. Pourtant, son père avait donné sa vie pour sauver la sienne. Il avait enfin, pour une fois, pris le parti de Draco et cela fit monter en lui une vague de tristesse. Même si Lucius s’était mal comporté face à son fils, Draco l’aimait. Il s’était préparé à l’éventualité de la mort de son père. Mais il n’avait jamais pensé qu’elle surgirait de cette manière, par la main de sa belle soeur.

 

Draco leva la tête, et il marcha difficilement jusqu’à la prairie, éloignant ceux qui s’approchaient de lui d’un geste sec de la main. Sa magie devenait de plus en plus puissante, se nourrissant de sa haine. Un grondement se fit entendre dans le ciel bas et sombre alors qu’il regardait l’étendue du désastre autour de lui. Des morts par centaines jonchaient le sol alors qu’il n’était là que depuis une heure. La boue le fit à nouveau trébucher et il tomba nez à nez avec le corps sans vie d’Angelina Jonhson.

 

« Non, supplia-t-il en embrassant les lèvres trempées de la jolie Gryffondor. Pas toi…Oh putain, tu respires ma belle ! »

 

Immédiatement, il appela Goyle et il le chargea de conduire Angelina à Sainte Mangouste, puis il chercha Harry du regard. Il le vit plus loin, sur sa droite…Le duel avec Voldemort avait débuté. Draco eut le souffle coupé lorsque le jeune brun envoya le Seigneur des Ténèbres voler dans les airs, pour le faire retomber lourdement au pied d’un arbre. Harry faisait preuve d’une puissance magique étonnante, et Draco ne pu s’empêcher de l’admirer. Tout son corps était tendu vers Voldemort et il utilisait principalement la magie sans baguette, pour que l’autre se batte de la même manière. C’était assez ingénieux. Harry avait clairement décidé d’habituer Voldemort à utiliser ses mains pour qu’au moment où il prononcerait le sortilège ultime, rien ne se produise, laissant ainsi au Gryffondor l’opportunité de brandir sa baguette et d’en terminer avec lui.

 

Draco dû répondre à quelques attaques, tuant sans ciller ses adversaires, et, lorsqu’il se tourna à nouveau vers Harry, il étouffa un juron. Le Survivant semblait considérablement épuisé et sa robe de sorcier était déchirée sur toute la longueur du bras, révélant une entaille longue d’une vingtaine de centimètres, d’où suintait le sang. Son visage était couvert de boue sillonnée par la pluie et par de multiples griffures sanguinolentes. A côté d’eux, Sirius aidait Blaise à se relever tandis que Ron et Hermione repoussaient les attaques des Mangemorts.

 

Draco regarda autour de lui d’un air absent. Il fallait qu’il agisse.

 

Un sourire entendu se dessina sur ses lèvres et il fit demi-tour, vers la lisière du bois, que les combattants avaient désertée pour se rapprocher du duel entre Harry et Voldemort. Pansy était restée, tirant Cho Chang par les cheveux, la couvrant de gifles et d’insultes colorées sous le regard amusé de Crabbe. A côté d’eux, Remus Lupin venait d’en finir avec Peter Pettigrew, dit Queudver. Draco et le Maraudeur se saluèrent et Remus repartit en direction de la prairie, sous les grondements du tonnerre. Le sourire de son professeur redonna du courage au blond.

 

Il prit une profonde inspiration et il héla Crabbe, lui disant qu’il était temps de penser à mettre en place la barrière de protection magique et qu’il ne devait surtout pas regarder Draco, mais plutôt ce qui se passait du côté de Harry, pour agir dès que Voldemort tomberait.

 

« Il a l’air lessivé, remarqua Crabbe, tu crois qu’il va réussir à vaincre le Seigneur des Ténèbres ?

 

- Il a encore en lui bien plus de réserves qu’il n’y paraît, je le sens. Il vaincra avec ou sans nous, mais on va l’aider un peu, » répondit Draco.

 

Il vérifia que Crabbe ne regardait pas dans sa direction, puis il s’agenouilla sur l’herbe boueuse.

 

Et merde, pensa-t-il, je dois être complètement fou pour faire ça.

 

Il posa soigneusement sa baguette sur le sol, étonné que sa main ne tremble pas. Il était glacé par la peur plus que par la pluie, et il sentit son cœur s’affoler, cogner contre sa poitrine comme s’il cherchait à s’en échapper. Il leva le couteau qui avait servi à éliminer son père et, après avoir empli ses poumons d’air une dernière fois, il le planta d’un coup sec dans son abdomen en poussant un gémissement de douleur.

 

Voldemort, qui venait de lancer un Doloris, contré par Sirius, à Harry, poussa un cri de stupeur et il tomba à genoux, la main sur son ventre qui se mit à saigner abondamment.

 

« Surprise, surprise, déclara Draco dans la tête du mage noir. La cérémonie de partages des pouvoirs a des avantages auxquels vous n’aviez pas pensé. 

 

- Tu ne crois pas si bien dire, » répondit tout haut Voldemort.

 

Harry ne bougeait plus, sidéré de voir le Seigneur des Ténèbres mettre deux doigts sur son propre front et enfoncer ses ongles profondément dans sa chair, avant de descendre jusqu’à son menton, laissant au passage de larges entailles.

 

« Mais qu’est ce qu’il fout ?! S’écria Harry.

 

- Tue le maintenant ! Ordonna Blaise. Je t’en prie, fais le ! »

 

Lentement, Voldemort se redressa, fit tomber Harry d’un geste de la main et, sans plus s’occuper du Survivant, il enfonça un doigt dans la blessure apparue sur son ventre en criant de douleur.

 

« Oh merde ! Hurla Sirius. Dégomme le ! Il est en train de tuer Draco ! »

 

Harry se tourna vers son parrain puis, soudain, il comprit.

 

Le partage des pouvoirs.

 

Draco venait de se blesser volontairement pour nuire à Voldemort.

 

« Faut que j’aille te chercher par les couilles ou tu te bouges ! Tonna Blaise. La prophétie dit que toi seul peux tuer Vol…Lui ! Mais n’importe qui peut tuer Draco et c’est ce qu’il est en train d’essayer de faire. Il l’a déjà défiguré, je crois qu’on peut s’arrêter là, Harry, s’il te plait ! »

 

Voldemort envoya Blaise s’écraser plus loin dans la boue, et Harry tendit sa baguette. Voldemort leva la main vers lui en prononçant le sortilège ultime. Harry lui fit son sourire le plus triomphant et il lança l’avada kedavra avec une haine et une puissance magique qu’il ne soupçonnait pas en lui. Blaise courut vers eux, conjura alors un sortilège de protection pour entourer Harry. Le visage du Seigneur des Ténèbres trahissait son incompréhension alors qu’il s’effondrait sur le sol humide, terrassé par un adolescent de seize ans.

 

« La magie sans baguette ne fonctionne pas pour le sortilège ultime, » déclara Harry au cadavre qui se momifiait à une vitesse prodigieuse. Toute l’eau et la graisse de son corps semblaient s’être évaporées en dix secondes, collant ainsi progressivement sa peau desséchée à son squelette. La peau brunie fut alors comme aspirée par les os, qui commencèrent à s’effriter. Harry et Sirius observaient la scène en affichant clairement leur dégoût.

 

Lorsque le Seigneur des Ténèbres ne fut plus qu’un tas de cendres, Blaise annula le sortilège de protection et il chercha frénétiquement des yeux son ami. Harry redescendit sur terre, appela Draco, peu conscient des Mangemorts qui regardaient ce qui restait de leur Maître d’un air effondré alors que les autres sorciers poussaient des cris de joie, dansant sous la pluie. Il ne vit pas la haine des Mangemorts qui se jetèrent alors à nouveau à corps perdu dans la bagarre.

 

La seule chose qui comptait pour lui était de retrouver Draco. Il ignorait la souffrance qui enveloppait chacun de ses muscles après avoir reçu plusieurs sortilèges d’une rare puissance, il ne se rendait pas compte qu’il était blessé. Remus lui indiqua où il avait vu le jeune homme pour la dernière fois et Harry se précipita, Blaise et Sirius sur ses talons. Il courut aussi vite qu’il le pu, trébuchant sur l’herbe mouillée, de plus en plus horrifié par la silhouette allongée, recouverte de boue, qui se démarquait sur le sol. Recroquevillé sur lui-même, les mains rougies plaquées sur son ventre, les paupières closes, Draco ne bougeait plus.

 

Harry se laissa tomber à côté de lui et il balaya d’un geste de la main les mèches de cheveux maculées de boue qui cachaient ses yeux fermés. Il retint son souffle en voyant les deux sillons que les ongles de Voldemort avaient tracés sur le visage de Draco. Hermione se pencha puis elle s’écria, paniquée :

 

« Harry, je ne sens pas son pouls ! 

 

- Il n’est pas mort ! Rétorqua Harry en secouant la tête. Il ne peut pas être mort ! »

 

Alors que Sirius et Crabbe les protégeaient des attaques, Harry approcha son visage des lèvres entrouvertes du blond et il perçu sa respiration, presque imperceptible, beaucoup trop lente.

 

« Tu respires mon cœur, dit-il d’une voix brisée.

 

- Il faut le conduire immédiatement à Sainte Mangouste, décréta Sirius. Tu as accompli ton devoir, Harry, et vous l’avez tous soutenu avec courage. Mais maintenant, il est temps pour vous de laisser les adultes s’occuper des Mangemorts qui ne se sont pas rendus. »

 

Harry voulait le supplier de rester avec eux, de ne pas se mettre en danger, mais les mots moururent dans sa gorge alors que son parrain repartait d’un pas décidé en direction des affrontements. A aucun moment, Harry n’avait vu son parrain flancher et il en éprouva une certaine fierté.

 

« Harry, lança Hermione d’une voix étranglée par la tristesse, Draco ne supportera pas le voyage en portoloin, il est beaucoup trop faible. Je…Je crois qu’il ne va pas survivre. Et toi, tu es vraiment dans un sale état, il faut que tu ailles à l’hôpital. Tu nous enverras un médicomage pour Draco, nous resterons avec lui.

 

- Hermione, je ne le lâche pas, tu m’entends ? Il est peut être trop faible, mais il ne mourra pas.

 

- Et pourquoi ça ? Demanda Crabbe, la gorge nouée par l’inquiétude.

 

- Parce que je le refuse ! Ce serait trop ignoble s’il venait à partir parce que, pour une fois, il a voulu faire ses propres choix ! Ce serait injuste ! Cria Harry.

 

- Rien n’est juste, » murmura Hermione en regardant le corps sans vie de Pansy Parkinson, gisant à quelques mètres d’eux. « Draco a fait ça par amour, Harry. Il a choisi de t’aider parce qu’il t’aime, autrement il n’aurait pas pu, il n’est pas du genre à se faire mal, au contraire. »

 

Soudain, la voix de Draco parvint clairement aux oreilles de Harry, évinçant celle d’Hermione. La première fois qu’ils avaient fait l’amour, le blond s’était plaint de sa forme d’Animagus, rappelant à Harry que lui, en tant que licorne, il pouvait sauver des vies, puisque le sang de licorne était réputé pour rendre leurs forces aux plus faibles. Il déposa un léger baiser sur les lèvres ensanglantées de Draco, puis il se releva, son regard vert plus déterminé que jamais.

 

« Je vais me transformer en licorne, dit-il d’un ton sans appel. Trouvez un moyen pour lui faire boire mon sang.

 

- Mais, Harry, nous allons devoir te blesser, objecta Hermione.

 

- Avec tout le respect que je te dois, car tu es ma meilleure amie, ferme ta gueule Hermione ! Gronda Harry. Pour une fois, je te demande d’agir d’abord, et de réfléchir après !

 

- Nous prendrons ton sang, je sais comment faire, » déclara Ron avant de parler à l’oreille de Blaise.

 

Sans plus attendre, Harry se changea en une licorne blanche si fascinante que ses amis mirent quelques secondes avant de commencer à bouger. Ron ramassa le couteau de Draco, et il fit une entaille à contrecoeur dans la cuisse de Harry. Un sang argenté se mit à jaillir au ralenti. Blaise posa sa bouche contre la blessure de la licorne et il aspira un peu de sang qu’il n’avala pas. Il s’agenouilla ensuite près de Draco, il le redressa un peu, et il colla ses lèvres contre celles du blond, transférant ainsi le sang de la licorne dans la bouche de son ami. Il ne pouvait pas le perdre. Il ne supportait pas cette idée, et s’appliqua à masser doucement la gorge éraflée de Draco pour l’aider à avaler. Il préleva à nouveau un peu de sang de la licorne, et il recommença à faire boire Draco, sous le regard inquiet de Ron. Hermione, quant à elle, caressait doucement le flanc de la licorne, pour rappeler à Harry qu’elle le soutenait quoi qu’il arrive, mais ses yeux restaient rivés sur la partie gauche du visage de Draco, complètement défigurée par les deux longues et larges coupures. Elle se demandait à quel point Draco allait être heureux d’avoir été sauvé, alors qu’il avait toujours tout fait pour frôler la perfection physique. Aucune potion ne pourrait effacer ces marques, causées par Voldemort, comme Harry n’avait jamais pu se débarrasser de sa cicatrice sur le front. 

 

Enfin, les paupières de Draco se mirent à papillonner et Ron ne perdit pas une minute pour soulever Draco dans ses bras et attraper le portoloin. Ils disparurent presque aussitôt.

 

Harry redevint alors lui-même, un long filet de sang rouge coulant le long de sa jambe. Il avait du mal à tenir debout, et il sentait à présent le poids des souffrances que Voldemort avait infligées à son corps. Il voulait retourner se battre, mais Hermione le saisit par la taille et le fit transplaner avec elle à Sainte Mangouste où il sombra dans l’inconscience dès son arrivée.

 

Sur le champ de bataille, Blaise serra sa baguette et, en inspirant profondément, une haine féroce sur le visage, il partit prendre part aux combats, cherchant une personne en particulier : Bellatrix Lestrange.


A suivre…

 

 

 
 
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