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au 20 Nov 08 :
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contenant 3547 chapitres
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Sortir Des Ténèbres
Par BlackNemesis
Harry Potter  -  Romance/Angoisse
17 chapitres - Complète - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 16     Les chapitres     13 Reviews    
Après la pluie

SORTIR DES TENEBRES

 

                        oooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

 

CHAPITRE 16 : APRES LA PLUIE.

 

We used to take turns to cover up the pain
Deep below it burns and the feeling still remains
You’re gonna find someone new
I really hope you do
Cause I love you.
The sun will come on through, It’s gonna shine for you
Cause I adore you.
(Eskobar feat. Heather Nova, « Someone New. »)

 

oooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

 

 Il entendait des voix, ou plutôt des murmures hésitants près de lui. Il tenta d’ouvrir les yeux, mais ils restèrent clos, comme pour se protéger de ce qu’ils risquaient de voir. Il se sentait nauséeux, épuisé, et son bras le faisait atrocement souffrir. Il grimaça de douleur et il prit conscience que la chambre était soudain devenue silencieuse.

 

« Il se réveille, » dit une voix masculine.

 

Il connaissait ce timbre, grave, doux, inquiet…

 

Sirius.

 

Harry remercia Merlin que son parrain soit sain et sauf.

 

« J’ai eu tellement peur. »

 

Une femme…

 

Hermione.

 

Harry tenta de parler mais sa bouche était sèche, alors il se contenta de gémir en se forçant à ouvrir les yeux. Il sentait une odeur de cigarette qu’il jugea rassurante, parce que le fumeur de service n’était autre que Draco. Dès que ses paupières s’animèrent, il fut aveuglé par la lueur blanchâtre de l’éclairage artificiel de la chambre. Il mit du temps à s’habituer à cette luminosité mais, l’important pour lui fut de voir enfin ses amis, près de lui. Il tâtonna sur la table de chevet, à la recherche de ses lunettes, et dès qu’il les eut trouvées, il les mit afin de voir plus clairement son entourage. Hermione était debout à côté de lui, les yeux rougis, et Ron, derrière elle, enlaçait sa taille avec amour. Le regard du rouquin était plus dur qu’à l’accoutumée, plus triste aussi, et Harry sentit sa gorge se nouer. Il craignait de demander qui, autour d’eux, n’avait pas survécu à la guerre…La guerre était-elle finie, d’ailleurs ?

 

Sirius se tenait de l’autre côté du lit, un bras en écharpe, le visage couvert d’ecchymoses. Ses yeux étaient froids, mais son sourire se fit chaleureux lorsqu’il ébouriffa affectueusement les cheveux de son filleul. Plus loin dans la chambre, le professeur Dumbledore parlait avec une infirmière. Jamais Harry n’avait vu le directeur de Poudlard aussi agité alors qu’il pointait du doigt l’extérieur de la chambre en baissant sa voix d’un ton.

 

« Harry, comment te sens-tu ? » Demanda Sirius en s’installant sur une chaise.

 

Il semblait autant en colère que Dumbledore, et cela commença à faire peur à Harry. Le Survivant tenta de se lever mais ses jambes refusèrent de le porter. Il  retomba lourdement dans son lit, étouffant un cri de douleur en serrant les lèvres.

 

« Je vais bien, répondit-il en grimaçant. C’est juste mon bras qui me fait souffrir. Content de voir que vous êtes en forme. Combien de temps suis-je resté inconscient ?

 

- Cinq jours. Les médicomages ont dit que ton combat t’avait affaibli, mais que c’était surtout la perte de sang en tant que licorne qui t’avait exténué, expliqua Hermione avec des larmes dans la voix. La guerre est finie, nous avons gagné. »

 

C’était terminé. Harry avait du mal à le croire. En fait, il n’y croyait pas…Pas encore. Il avait tout de même vécu six ans avec l’ombre de Voldemort planant sur lui et il lui faudrait du temps pour s’habituer au fait qu’il n’était plus menacé. Doucement, Hermione se pencha pour embrasser le front de Harry qui manqua de s’étouffer tant ce geste était inattendu de la part de son amie. C’est là qu’il sentit la cigarette.

 

« Mais Mione, c’est toi qui fumes ? Interrogea Harry. Et Draco ?

 

- Ok, j’ai fumé une ou deux cigarettes, pour me calmer les nerfs. Quant à Draco, il est vivant. Ne t’inquiètes pas, conseilla Hermione en tentant un sourire peu convaincant.

 

- Alors qui ? Questionna Harry en refoulant les larmes qui lui montaient aux yeux tellement il avait peur d’entendre les noms. Qui est mort ? »

 

Ron resserra son étreinte autour d’Hermione. La jeune femme caressa alors son bras couvert de bleus et de griffures.

 

« Mon père, répondit Ron d’un air sombre. Et Charlie aussi. Fred est porté disparu pour l’instant, mais il n’était pas avec nous à Pré Au Lard. Il se trouvait avec Rogue à Londres. Angelina n’a pas survécu à ses blessures, tout comme Goyle. Pansy Parkinson était déjà morte quand on l’a conduite à l’hôpital. Hannah Abbott, et Mondingus Fletcher sont morts aussi. »

 

Harry ferma les yeux.

 

C’était un cauchemar.

 

Ron venait à peine de commencer l’énumération et déjà, pour Harry, ces morts étaient insupportables. Il ouvrit les paupières et il fixa Ron pendant quelques instants. Cet ami qui n’avait jamais failli, qui avait toujours été là pour soutenir Harry dans ses combats, qui réconfortait Hermione qui venait d’éclater en sanglots…Cet ami, Harry se rendit compte qu’il l’avait toujours sous estimé. Il n’avait jamais vraiment réalisé que Ron recelait en lui cette force incroyable qui lui permettait de sembler inébranlable quand Hermione s’effondrait, alors que Harry avait toujours pensé qu’elle était le roc dans le couple. Harry voyait soudain le héros discret, indispensable, qu’était Ronald Weasley. Bien entendu, Hermione était solide, mais pour le moment, elle avait besoin d’extérioriser sa peine et Ron avait la force de mettre sa tragédie personnelle de côté pour l’épauler. C’était ce que voulait Harry, une relation où chacun, à un moment donné, pouvait mettre sa tête sur l’épaule de l’autre et souffler un peu…C’était ce qu’il avait touché du doigt avec Draco.

 

« Ron, je suis vraiment désolé pour ton père et tes frères. Qui d’autre n’a pas survécu ? Demanda Harry en s’en voulant de sembler un peu abrupte.

 

- Maugrey Fol Œil, le professeur Bibine, Minerva Mc Gonagall, Matt O’Bannon, deux élèves de Serdaigle dont j’ai oublié les noms, lista Sirius en fixant le mur. Pour les autres, on ne sait pas trop.

 

- Harry, intervint Dumbledore qui s’était assombri à l’évocation du professeur Mc Gonagall, je ne connais pas de manière douce pour t’annoncer cela alors je vais aller droit au but. Remus Lupin a été tué dans la bataille. »

 

Harry ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit. C’était comme si une tornade ravageait ses entrailles, volant tout l’air de ses poumons. Il avait envie de crier, de pleurer, et la mine renfrognée de Sirius lui disait à quel point l’Animagus souffrait d’avoir perdu son seul ami. Pour la deuxième fois depuis le retour de son parrain, Harry fit ce qu’il avait envie, sans se cacher derrière sa pudeur, et il prit la main de Sirius, lequel releva la tête et plongea ses orbes gris foncés où se mêlaient la douleur et la rage. Il parvint à esquisser un petit sourire et il serra les doigts de son filleul entre les siens.

 

Il planait dans la pièce une lourde ambiance de non-dits, et Harry ne savait pas comment demander des précisions sur l’état de Draco sans passer pour un égoïste. Il était vraiment dévasté par l’annonce de la mort de Remus qu’il considérait comme un exemple à suivre, un modèle de gentillesse, d’intelligence et de compétence, mais il avait besoin d’entendre toutes les mauvaises nouvelles en une seule fois, et il savait qu’on lui cachait des choses au sujet de Draco.

 

Il sentit une larme couler sur sa joue, et il l’essuya d’un revers de la main. Il ne voulait pas pleurer devant témoins, il préférait le faire une fois seul…Enfouir sa tête dans l’oreiller et crier le nom de Remus, lui demander pardon, ainsi qu’à Arthur Weasley et aux autres, d’avoir été incapable de les protéger.

 

« Du côté des Mangemorts, qui a été tué ? Interrogea Harry.

 

- Un paquet de merdes, annonça Ron, mais pas assez à mon goût. Lucius et Narcissa Malfoy, Bellatrix Lestrange, Theodore Nott, Walden Mc Nair…Cho Chang. Millicent Bullstrode est en prison, comme Rodolphus Lestrange et…

 

- Attends une seconde Ron, ordonna Harry en se redressant. Cho est morte ? Ça veut dire que le bébé…?

 

- Non, dit Hermione en le regardant comme si c’était lui le père du bébé. Elle était dans un état critique quand Blaise l’a trouvée. Le Ministre, qui fourre son nez partout, a ordonné aux médicomages de ne pas se préoccuper de Cho et de sauver l’enfant. C’est un garçon. Il est dans le département obstétrique, en couveuse puisqu’il est prématuré de deux mois. 

 

- Ok, lança Harry sans vraiment réaliser. Et quel est le prénom du bébé alors ? »

 

Sirius toussota pour marquer sa gêne, et il leva les yeux vers le professeur Dumbledore. Ron et Hermione l’imitèrent aussitôt. Harry soupira, excédé par cette habitude que tout le monde avait de s’en remettre à Dumbledore, comme si le vieil homme pouvait tout expliquer, et rendre le réel moins cruel.  Le directeur expira longuement, voyant qu’on attendait qu’il prenne la parole. Pour la première fois, Harry se rendit compte que Dumbledore n’était pas heureux d’être toujours celui sur lequel on comptait.

 

« Harry et moi allons donc avoir une conversation seul à seul, déclara le directeur en attendant que les autres soient sortis avant de reporter son attention sur Harry.

 

- Qu’est-il arrivé à Draco ? Demanda Harry avec insistance.

 

- Il n’est pas en danger, sois rassuré. Lorsque les médicomages l’ont pris en charge pour le soigner, Vincent Crabbe leur a expliqué dans quel but Draco s’était auto infligé des blessures aussi graves. Le sujet des partages de pouvoirs entre Voldemort et Draco a été abordé. A présent, le Ministère a peur de Draco. Le Ministre a exigé qu’il soit plongé dans un coma artificiel et sanglé jusqu’à ton réveil…Pour que tu puisses le tuer si Voldemort possède son corps. Vincent Crabbe lui a garanti qu’il avait protégé Draco contre cette éventualité, mais le Ministre n’a rien voulu savoir. Je me bats depuis cinq jours pour que ces mesures contre Draco soient levées, mais il reste sourd à mes protestations. C’est pour cela que l’enfant de Draco n’a pas de nom, parce que Draco n’est pas conscient.

 

- Mais c’est ignoble de lui avoir fait ça ! Protesta Harry en serrant les dents. Comment peuvent-ils s’en prendre ainsi à lui, après ce…Ce qu’il a fait pour nous. Il s’est littéralement sacrifié ! Pourquoi a-t-il fait ça ?

 

- Tu sais, Harry, le pouvoir de l’amour est immense, et c’est ce que Voldemort n’a jamais compris. Par deux fois il a été vaincu par ce pouvoir. La première fois, tes parents t’ont rendu plus fort par la force de leur amour. Et il y a cinq jours, c’est Draco qui t’a soutenu.

 

- Etes vous en train de me dire que Draco a fait ça par amour ? Demanda Harry sans se rendre compte que deux larmes glissaient sur ses joues.

 

- Harry, Voldemort a pu lui voler ses souvenirs, mais il ne pourra jamais effacer ce que Draco ressent…Et il t’aime.

 

- ça ne vous choque pas ? Je veux dire, nous sommes deux hommes…Je…Nous n’en avons jamais parlé.

 

- Rien ne me choquera jamais quand il s’agit d’amour. J’ai été choqué par la relation de Draco avec Cho, et par le fait qu’elle soit tombée enceinte alors qu’ils ne s’aimaient pas. Tu sais, la prophétie concernant Draco était vraie. Il s’est avéré un allié précieux dans cette guerre. Il t’a permis de prendre confiance en ta magie, et c’est ce qui a tué Voldemort. Quand j’ai demandé à Draco pourquoi il avait voulu mourir sur le champ de bataille, il m’a sourit et il m’a dit qu’il n’avait rien d’un héros altruiste prêt à mourir pour la cause qu’il défend. Il savait juste qu’il avait confiance en toi et qu’il t’aimait au point de ne pas vouloir que Voldemort te nuise.

 

- Mais…Professeur, vous avez dit qu’il était plongé dans un coma artificiel. Comment a-t-il pu vous parler ?

 

- Il s’est réveillé la nuit de son admission ici et nous avons pu nous expliquer un peu, malgré son état quelque peu léthargique, avant que les médicomages informent le Ministre et que ce dernier ordonne qu’on empêche Draco de nuire. J’ai vraiment fait mon possible pour que ça n’arrive pas, assura Dumbledore avec une lueur de colère mêlée à de la tristesse au fond des yeux.

 

- Vous voulez dire qu’il était conscient qu’on allait le mettre dans le coma ? Interrogea Harry avec un sentiment de haine tel qu’il avait envie de frapper le Ministre.

 

- Oui, admit Dumbledore. Il était douloureusement conscient de ce qui lui arrivait. Il s’est réveillé attaché à son lit, pour ne pas qu’il puisse faire de magie sans baguette, alors il a très vite compris ce qui se passait. Harry, ai-je eu tort de ne pas interférer dans vos affaires cette année ? Pense tu que j’aurais pu vous aider si j’avais été plus présent ?

 

- Non, Monsieur. Votre façon de vous tenir en retrait m’a permis d’apprendre à réfléchir plus posément, sans trop me précipiter. D’une certaine manière, vous m’avez aidé à grandir en me laissant faire mes propres erreurs, même si vous étiez toujours là pour me protéger. Monsieur, de quoi Draco souffre-t-il exactement ?

 

- Ses blessures internes sont en train de guérir. Il ne gardera qu’une vilaine cicatrice à l’abdomen, mais aucun dégât permanent n’a été causé. Par contre, les médicomages n’ont rien pu faire pour son visage. C’est la marque de Voldemort, et comme tu ne le sais que trop bien, on ne peut pas s’en débarrasser.

 

- Lui qui a été élevé dans l’idée que la perfection physique était plus importante que tout le reste, il doit être totalement dévasté, murmura Harry avec un pincement au cœur.

 

- Tu seras là pour lui, même s’il lui faudra du temps pour accepter son visage et son amnésie. 

 

- Il n’est pas au courant ?

 

- Non, il ressentait la brûlure des pommades appliquées par les médicomages, mais, étant sanglé, il n’a pas pu toucher son visage. Je…Je n’ai pas pu me résigner à lui annoncer cela alors qu’il était à demi conscient, inquiet pour ce qui allait lui arriver. Je n’ai pas voulu le blesser encore plus.

 

- Vous avez bien fait, assura Harry. Voldemort savait exactement ce qu’il faisait en le défigurant. Ses parents l’ont persuadé qu’il n’était qu’une coquille vide, sans rien à l’intérieur et je crois qu’il est intimement convaincu que sans son apparence, il n’est rien, qu’il n’y a rien d’intéressant en lui. Je pense que Voldemort savait tout cela, et qu’il  l’a défiguré dans le but qu’il en arrive à se suicider, au cas où il aurait survécu à ses blessures. Où est-il ? Pensez vous qu’on peut le faire réveiller tout de suite ?

 

- Il est dans une chambre séparée. Sa tante Andromeda est à son chevet. »

 

Harry avait déjà entendu ce prénom, mais il ne parvenait pas à savoir où. Il tenta de se remémorer l’arbre généalogique des Black.

 

« C’est la sœur de Narcissa Malfoy et de Bellatrix Lestrange, précisa Dumbledore comme s’il avait lu dans les pensées du Survivant.

 

- La mère de Tonks, je la situe à présent.

 

- Oui. Elle est la tutrice légale de Draco maintenant. C’est une femme formidable, qui s’est battue avec acharnement il y a cinq jours. Elle était très émue de se trouver face à Draco, même s’il est endormi. Te rends tu compte que ça fait 16 ans qu’elle espère voir son neveu et qu’elle s’inquiète pour lui, sachant de quoi Narcissa était capable ? »

 

Harry hocha la tête, pour faire bonne mesure, mais il n’avait pas envie de parler du ressenti d’Andromeda Tonks. Tout ce qu’il voulait, c’était voir Draco…Et l’enfant…Les seules personnes qu’il pourrait effectivement voir entre toutes celles qu’il désirait réellement approcher. Il avait envie de parler avec Remus, de sentir son regard qui le rendait plus fort ; il voulait continuer à savoir Pansy et Angelina dans son entourage. Il s’en voulait d’avoir pensé qu’il avait tout le temps de mieux les connaître. Il avait envisagé l’idée de sa propre mort. Pas celle des autres. Surtout pas celle de Remus.

 

Il se leva difficilement. Ses jambes le portaient à peine et son bras le tiraillait atrocement. Le professeur Dumbledore posa un déambulateur devant Harry qui fit la grimace.

 

« J’ai toujours pensé que les déambulateurs allaient de paire avec l’incontinence, les fausses dents et tout le tremblement, remarqua Harry en changeant l’appareil en une simple béquille.

 

- Voici une représentation bien réductrice de la vieillesse, Harry, » lança Dumbledore alors qu’il ouvrait la porte de la chambre.

 

Sirius les attendait dans le couloir, seul, l’air déprimé. Il leur fit quand même un sourire mais ses yeux restèrent distants, hantés.

 

« Où sont Hermione et Ron ? Demanda Harry.

 

- Comme souvent, ils stagnent dans l’unité pédiatrique pour regarder pendant des heures le « bébé Malfoy » comme l’appellent ces enfoirés de médicomages. Je crois que ce bébé donne des idées à tes amis. Il va falloir les calmer à grands coups de sceaux d’eau glacée. Tu veux voir le nourrisson, Harry ? 

 

- Tu l’as vu ?

 

- Non, répondit Sirius. J’estime que Draco devait être présenté à son enfant avant les autres, mais Molly pense qu’il faut bichonner ce bébé. Depuis qu’elle a perdu son mari, Charlie et, probablement Fred, elle est devenue hyper protectrice, pire qu’avant, c’est dire. Ginny, la pauvre gamine, est en train de devenir folle. Alors pour le gosse de Draco, je crois que Ron et Hermione surveillent que Molly ne se sauve pas avec, vu qu’elle raffole des gamins.

 

- Sirius ! S’exclama Dumbledore, un sourire indulgent au fond des yeux.

 

- Il a raison, intervint Harry. Draco aurait dû être le premier à avoir un contact avec son fils. Attendez que je lui parle à ce Ministre !

 

- Laisse moi lui expliquer que tu es prêt à voir Draco afin qu’il donne l’ordre aux médicomages de le libérer, suggéra Dumbledore en tournant les talons. Tu pourras t’énerver plus tard. »

 

Harry lui fit un sourire crispé, puis il suivit tant bien que mal Sirius le long d’un couloir obstrué par les brancards sur lesquels les sorciers luttaient contre les sortilèges qui les avaient blessés. Il ne savait pas dans quel hôpital ils se trouvaient, mais ce n’était pas Sainte Mangouste. Etrangement, Harry mesurait l’ampleur de la guerre en voyant ces corridors surpeuplés. Sur le champ de bataille il n’avait pas eu le temps de comprendre ce qui arrivait. Il avait dû agir toujours plus vite, et tout semblait presque irréel. Ici, dans cet hôpital, la douleur et la mort le plongeaient dans cette réalité trop cruelle. Maintenant qu’il voyait l’étendue des dégâts, il se sentait mal. Pas parce que ces sorciers blessés lui faisaient de la peine, mais parce qu’il se demandait en voyant chaque visage encore vivant pourquoi ce n’était Remus Lupin à sa place. Il se l’avouait difficilement mais il aurait sacrifié n’importe lequel de ces sorciers pour rendre la vie au Maraudeur et aux proches de Ron.

 

Harry détourna le regard et il reporta son attention sur Sirius, dont les épaules voûtées ne lui rappelaient que trop les pertes et les drames qu’il avait connus. Même s’il restait froid, à la manière de Draco, Sirius était anéanti et Harry s’en rendait douloureusement compte. Lorsque son parrain s’arrêta devant une porte gardée par deux gigantesques Aurors, Harry ferma les yeux pour rassembler tout son calme.

 

« C’est quoi ça ? Demanda-t-il enfin en montrant les Aurors du doigt.

 

- Tu t’en doutes sûrement, répondit Sirius en passant entre les deux molosses. Ils sont là pour empêcher un adolescent comateux de 16 ans de dévaster le monde. Je comprends que le Ministre ait peur, mais à ce point là, ça devient ridicule. »

 

Harry se contenta de renifler d’un air méprisant alors qu’il entrait dans la chambre. Son cœur s’arrêta net lorsqu’il vit le corps de Draco allongé sur le lit. Il était si pâle qu’il semblait sans vie et cette idée fit courir un frisson désagréable le long de sa nuque. Harry voyait Tonks et sa mère, toutes deux assises au chevet de Draco, mais il ne parvenait pas à les inclure dans la scène. Pour lui, il n’y avait que Draco, scandaleusement attaché, un pansement à la blancheur immaculée recouvrant la moitié de son visage, de la joue jusqu’au cou, et lui, le cœur au bord des lèvres. Rapidement, la tante et la cousine du blond vinrent saluer Harry avant de s’effacer pour rejoindre Sirius qui restait posté dans un coin de la chambre.

 

Harry s’installa sur une chaise et il respira profondément, terrifié à l’idée de toucher le côté abîmé du visage de Draco. Il avança une main tremblante et il caressa la joue droite de son aimé, la partie que Voldemort n’avait pas défigurée. Il posa ensuite sa main sur celle de Draco, un nœud étrange se formant dans son estomac.

 

Quelque chose n’était pas en place et Harry ne parvenait pas à identifier de quoi il s’agissait.

 

Il se tourna vers Sirius et, lorsque leurs regards se croisèrent, il sentit une prodigieuse nausée monter en lui en même temps que la compréhension.

 

« Sirius, implora-t-il presque, dis moi que Blaise n’est pas mort. Il devrait être là…

 

- Ne t’emballes pas, coupa Sirius d’un air morose. Il est vivant mais il ne va pas bien. Il a fait une grosse bêtise en voulant aller tuer seul Bellatrix. Elle a failli le réduire en miettes et c’est en le sauvant que Remus est mort. Je suis arrivé trop tard pour lui apporter du renfort. Du coup, Blaise s’en est énormément voulu, puis il a commencé à réaliser que sa famille avait été décimée par Voldemort et qu’il était désormais seul. Il est tombé dans une sorte de dépression, alors les médicomages ont préféré l’hospitaliser dans l’aile psychomagique.

 

- Tu as été lui donner des nouvelles de Draco ?

 

- Non, mais je crois que Severus s’en est chargé parce que je l’ai vu plusieurs fois entrer dans son service. »

 

Harry hocha lentement la tête. Il comprenait pourquoi Sirius ne souhaitait pas se trouver en présence de Blaise aussi tôt après la mort de Remus, mais il ne pouvait nier que cela le décevait un peu. Blaise avait fait ce que Harry ou Sirius auraient fait à sa place, à n’en point douter, et le Survivant trouvait triste qu’on puisse lui en vouloir. Il devait cependant admettre que s’il s’était agi de quelqu’un d’autre que Blaise, Harry lui en aurait voulu à mort.

 

Un silence pesant tomba, uniquement brisé par l’arrivée du professeur Dumbledore et d’un médicomage si grand qu’il dû se baisser pour passer la porte. Une bouffée de rage envahit chaque parcelle du corps de Harry alors que l’homme s’approchait du lit de Draco, sans avoir l’air d’éprouver le moindre regret pour avoir cédé à la peur exagérée qu’avait suscité le blond. Harry serra les dents. Il ne pouvait pas supporter que Remus Lupin, Gregory Goyle, Angelina Johnson et trois membres de la famille Weasely aient perdu la vie pour protéger celle de gens à l’esprit aussi étriqué que ce médicomage. Il ne voulait pas s’être battu pour cet homme ou pour le nouveau Ministre de la magie. Il avait besoin de savoir que tout ce qu’ils avaient fait lors de l’affrontement final avait un sens, un but louable, mais pour le moment, il ne voyait rien de positif. Juste la désolation et l’incompréhension.

 

Sans s’attarder sur les présentations, le docteur Willyspoon se plaça debout devant le lit de Draco et, avec un peu d’appréhension dans la voix, il entonna la formule magique servant à sortir le blond de son coma. Très rapidement, les paupières de Draco se mirent à papillonner et sa respiration se fit précipitée, comme s’il venait de sprinter. Harry caressa doucement ses cheveux afin de calmer son angoisse et, quelques dizaines de secondes plus tard, Draco parvint enfin à ouvrir totalement les yeux. Il semblait pleinement désorienté, et le professeur Dumbledore vint à son aide en lui rappelant que la guerre était finie. Lentement, Draco retrouva son énergie et sa première action fut de foudroyer le médicomage du regard.

 

« Et les liens, vous croyez qu’ils vont s’enlever tous seuls ? Demanda sèchement Harry au médicomage.

 

- Nous ne savons pas encore s’il est possédé ou non, répondit Willyspoon comme s’il parlait à un enfant de 5 ans.

 

- Faites comme si je n’étais pas là surtout, siffla Draco en luttant pour libérer ses poignets. Je vous signale que j’ai très mal au niveau de l’abdomen et que ma joue me brûle atrocement. Vous auriez pu me soigner mieux que ça. Et d’abord, quel genre de médicomage êtes vous pour enchaîner les gens de la sorte ? Je peux vous assurer que je n’en resterai pas là, vous aurez des problèmes. On ne traite pas un Malfoy ainsi sans en subir les conséquences…

 

- Je vous rassure tout de suite, coupa Sirius avec un sourire goguenard, c’est bien Draco Malfoy. Aucun doute, il est de retour. »

 

Harry et Dumbledore s’autorisèrent un sourire alors que le médicomage fit disparaître les liens. La réaction première de Draco fut de se frotter les yeux.

 

« Qu’est ce que j’ai ? » Interrogea-t-il dès que sa peau entra en contact avec le pansement.

 

Harry tenta de trouver les mots justes, mais rien ne vint. Il se tourna vers Sirius qui semblait aussi chercher la phrase adéquate pour rendre la réalité moins difficile qu’elle ne l’était. Dumbledore se racla la gorge mais il ne produisit aucun autre son. Draco soupira pour marquer son impatience, puis il s’assit lentement, difficilement, en refusant l’aide que lui proposait Harry.

 

« Je vous demande ce qui m’arrive et j’aimerais une réponse claire avant le réveillon, siffla Draco entre ses dents.

 

- Tu as deux griffures assez conséquentes sur la partie gauche de ton visage, expliqua enfin Andromeda Tonks.

 

- C’est gentil de répondre, mais qui êtes vous ? Questionna Draco en portant à nouveau la main sur son pansement.

 

- C’est ta tante Andromeda, ma cousine, répondit Sirius.

 

- Ok, c’est donc vous la fameuse traîtresse infâme, infidèle aux sangs purs et j’en passe ? On peut dire que dans ma famille, votre nom n’était jamais prononcé sans une multitude de qualificatifs pleins d’imagination. Ça va Harry ? Tu as l’air de souffrir. »

 

Harry hocha la tête en guise de réponse, sidéré par la réaction de Draco. Bien entendu qu’il souffrait, mais il appréhendait tant le moment où Draco se mettrait à paniquer qu’il ne pensait plus à sa propre douleur. Dumbledore prit alors la parole sur un ton calme, même s’il paraissait intrigué.

 

« Draco, excuse moi d’insister, mais je trouve que tu reçois la nouvelle avec beaucoup de sérénité.

 

- Vous parlez des griffures ? Je ne vois pas pourquoi j’aurais un problème avec ça dans la mesure où ça va s’arranger rapidement grâce à une potion. » Il s’arrêta net et observa les visages de ses interlocuteurs. Il devint soudain livide et sa main chercha automatiquement celle de Harry. « Ça va s’arranger, n’est ce pas ?

 

- J’ai bien peur que non, Draco, avoua Dumbledore avec une mine attristée.   

 

- Ecoutez, lança sèchement le médicomage, vous avez été touché par le Seigneur des Ténèbres, on ne peut pas réparer ce qu’il a abîmé. Mais voyez le bon côté des choses : mieux vaut être simplement défiguré que mort. Et puis vous devez penser à votre fils avant de… »

 

Harry le fit taire d’un geste sec de la main. Sirius sembla s’amuser de voir les lèvres du docteur Willyspoon bouger sans qu’aucun son ne sorte de sa bouche.

 

« Je vois que tu as retrouvé ta puissance magique, Harry, dit-il en haussant les sourcils.

 

- Sortez tous, coupa alors Draco en se frottant le front avec lassitude.

 

- Draco, nous…Commença Tonks.

 

- Je vous demande de me laisser seul, ordonna Draco en fermant les yeux pour se calmer les nerfs. Accordez moi un peu de temps, s’il vous plait. Je vous verrai tous plus tard, d’accord ? 

 

- Je veux bien mais…

 

- Quoi, Harry ? S’exclama fébrilement Draco. C’est trop demander que de vouloir être seul ?

 

- Pas du tout, répondit Harry en se penchant pour embrasser doucement son front, mais je ne peux pas sortir si tu continues de me broyer la main. »

 

Draco se rendit alors compte qu’il emprisonnait la main de Harry dans la sienne et qu’il sentait sa chaleur réconfortante irradier tout son corps. Il lui semblait que Harry avait encore développé sa puissance magique depuis les affrontements. Il fit lentement diminuer la pression de ses doigts autour de ceux de Harry, puis il le lâcha en marmonnant de vagues excuses. Harry embrassa la paume de sa main avant d’avancer péniblement vers la sortie, suivi par les Tonks, Sirius, Willyspoon et Dumbledore qui fermait la marche. Draco leur fut reconnaissant de ne pas avoir essayé de le réconforter, de ne pas avoir régurgité des phrases toutes faites et, par là même, insulté son intelligence.

 

Il avait entendu les propos du médicomage. Il savait qu’il avait un fils né prématurément, mais pour être honnête avec lui-même, il ne parvenait pas à définir ce qu’il ressentait face à cette nouvelle. C’était presque de l’indifférence…Presque.

 

Il éprouvait par contre une peur panique à l’idée de demander comment allaient Blaise et Pansy. Il avait vu Gregory Goyle mourir sur le champ de bataille, Vincent Crabbe était venu le voir lorsqu’il avait repris conscience à l’hôpital, mais il ignorait ce qui était arrivé à ses autres amis. Il savait que s’ils allaient bien, ils auraient été à son chevet pour son réveil, et la pensée même de les perdre lui était insoutenable, bien plus douloureuse que la perspective d’être défiguré à vie.

 

Pourtant, il craignait de se voir dans la glace. Il était terrorisé par ce qu’il risquait de découvrir derrière ce pansement. La respiration lente et saccadée, son pouls battant plus vite que la normale, il prit le verre qui trônait sur la table de chevet et, d’un  geste tremblant d’appréhension, il le transforma en miroir qu’il tint devant son visage. Son rythme cardiaque accéléra alors qu’il voyait les deux larges griffures qui occupaient la partie gauche de son front. Il remercia mentalement Voldemort d’avoir omis de mutiler son œil au passage.

 

Au moins ça de sauvé, pensa-t-il en passant son doigt sur les blessures rugueuses et rouges de son front. En entendant le mot « griffures » Draco avait imaginé quelque chose de moins large que ce qu’il avait au dessus du sourcil. Il songeait déjà à se laisser pousser les cheveux pour masquer le problème.

 

Il était inutile de repousser l’échéance. La peau de sa joue n’allait pas redevenir miraculeusement lisse et claire. Il fit un sourire amer en songeant à l’ironie de la situation. Après tout, dans sa famille l’apparence valait de l’or et Draco avait dans l’idée qu’il ressemblait surtout à un monstre à présent. Il ferma les yeux et, lentement, il arracha le pansement. Il avait l’impression que cette opération lui prenait des heures mais il avait besoin de temps pour se préparer à ce qu’il risquait de découvrir.

 

Enfin, il laissa tomber la compresse sur le sol et il s’assit en tailleur sur le lit en ignorant sciemment la douleur lancinante au niveau de son dos. Lorsqu’il leva la tête pour regarder son reflet, l’air se bloqua dans ses poumons et sa bouche s’entrouvrit comme pour laisser échapper une exclamation qui, finalement, ne fut jamais vocalisée. Les griffures étaient larges et hideuses. Il réalisa qu’il allait devoir passer sa vie à regarder ce visage abîmé dans la glace et cela lui donna la nausée. Il parvint à calmer les spasmes de son estomac en respirant profondément et en se disant que ce qui lui arrivait n’était pas aussi terrible que ça. Après tout, il n’en était pas au stade où il ressemblait à Maugrey Fol Œil, ce qui était plutôt bon signe.

 

Mais dès qu’il observa à nouveau son reflet dans le miroir, il fut encore empli de dégoût envers lui-même. Ce n’était pas seulement un dégoût envers son apparence. C’était une impression générale qui lui comprimait le torse et le poussait à se mépriser. Il s’était toujours senti laid à l’intérieur, et il lui semblait que ces cicatrices ne seraient finalement qu’un témoignage physique de ce qu’il avait en lui. Toute sa vie, il avait cherché la perfection. Etre le fils parfait, quitte à se mettre en danger pour cela. Etre la parfaite beauté froide, quitte à utiliser pour cela une magie illégale qui lui minait le dos. Aujourd’hui, il portait son imperfection sur son visage. Ce n’était peut être qu’un juste retour des choses.

 

Il darda un regard noir dans le miroir et il sentit des larmes d’amertume se former dans ses yeux mais il ne pleura pas. Il avait beau se dire que cela n’avait pas grande importance, il ne parvenait pas à s’en convaincre. Il ne pouvait pas s’imaginer marchant dans la rue avec ce visage abîmé, lui qui avait toujours mis un point d’honneur à se montrer sous son meilleur jour.

 

Il posa doucement le miroir sur la table de chevet, puis il se leva en essayant de rester aussi digne que possible. Il ne voulait plus jamais se regarder dans une glace. Il ne voulait pas s’apitoyer sur son sort, même si, spontanément, il aurait préféré se rouler en boule sous les couvertures et ne plus jamais sortir au grand jour.

 

Ginny Weasley frappa et entra dans sa chambre. Il força un sourire serein et elle lui rendit la politesse malgré ses yeux rougis par les larmes qu’elle avait versées. Des larmes de soulagement, parce que Fred avait été retrouvé sain et sauf par Serverus Rogue quelques minutes auparavant.

 

Draco se retint de lui demander si elle était venue voir le monstre mais son visage sembla parler pour lui car Ginny prit soudain sa main en lui lançant un regard noir.

 

« Ne me fais pas le coup de me dire que j’ai pitié de toi Malfoy, parce que je risque de très mal le prendre, lança-t-elle en serrant plus fort la main du blond. Et puis franchement, tu n’es pas aussi horrible que tu le crois. Tu restes le mec sexy qui marche comme si le monde lui appartenait. Crois moi, j’ai du goût en matière de mecs.

 

- S’il te plait Weaslaide ! Tu sors avec Londubat pour l’amour de Merlin ! Même avec mes balafres sur la gueule, je suis plus élégant que lui.

 

- Si ça t’amuse de le croire, rétorqua Ginny en lui donnant un petit coup sur l’épaule.

 

- Je ne le crois pas, non, admit Draco en soupirant.

 

- Ecoute moi bien Malfoy, ordonna Ginny en prenant son visage entre ses petites mains fines, ce ne sont pas deux cicatrices qui vont faire de toi une mocheté. Tu as cette élégance naturelle et cela, personne ne pourra te l’enlever. Et puis ces marques ne sont pas n’importe quelles marques. Elles sont belles et elles t’embellissent, parce qu’elles témoignent du fait que tu as fait un choix en refusant d’être l’Héritier du Seigneur des Ténèbres et que tu t’es battu avec acharnement pour le détruire. Bien entendu, la cicatrice de Harry est un peu plus design que les tiennes, mais dans l’esprit des gens, ce sont les mêmes et je pense que personne ne te regardera jamais avec pitié ou dédain. Au contraire, tu suscites l’admiration...À condition que tu fermes la bouche, bien entendu.

 

- Je sais, c’est mon côté « sois beau et tais toi. » Tu sais de quoi je parle, tu vis ça de l’intérieur également. En attendant, je n’ai pas l’impression que le Ministre et certains médicomages partagent ton opinion sur l’admiration que j’engendre, ma grande.

 

- Eux, ce sont des exceptions, des grosses têtes de bites monoburnales. »

 

Draco ne pu retenir un sourire amusé qui eut pour effet de tirer sur ses blessures à la joue et de le faire grimacer de douleur.

 

« C’est Blaise qui t’as appris cette expression ? Interrogea-t-il.

 

- Non, c’est Hermione, mais il y a fort à parier qu’elle la tient de Blaise, répondit Ginny en poussant Draco hors de la chambre. Viens, Blaise a besoin de toi.

 

- Comment va-t-il ?

 

- Je te raconterai tout ce que tu as loupé en chemin, » promit Ginny.

 

A cet instant, Draco réalisa que la jolie rouquine avait une fraîcheur qui n’était pas sans lui rappeler Pansy Parkinson. Il maudit intérieurement Poudlard et sa compétition entre Maisons, parce que c’était, selon lui, la raison pour laquelle Gryffondors et Serpentards se connaissaient si mal alors qu’ils avaient certainement beaucoup en commun. Il avait sans doute oublié que même s’il n’y avait pas eu de compétition, il avait été conditionné pour haïr les Weasley.

 

O

O

 

Severus Rogue avançait d’un pas rapide dans le cimetière. La pleine lune éclairait les tombes fraîchement fleuries, les rendant moins inquiétantes. Il soupira en voyant qu’une grande majorité des stèles étaient récentes, des témoignages de marbre de la folie meurtrière et mégalomaniaque d’un seul homme trop charismatique pour avoir été ignoré. Il n’arrivait toujours pas à comprendre comment autant de Mangemorts avaient pu adhérer aux délires du Seigneur des Ténèbres. Bien entendu, lui aussi y avait cru, à un moment donné, mais certains avaient voué leurs vies entières à cet assassin.

 

Severus avait compris son erreur et il s’était attelé à la réparer pendant des années. Lors des derniers affrontements, il était à la tête d’une armée de l’Ordre du Phoenix qui était parvenue à protéger Londres des attaques des Mangemorts, et ce, malgré son infériorité numérique. Partout dans le monde, des armées de sorciers s’étaient entretuées, et si les membres de l’Ordre avaient vaincu les forces du mal, tout n’était pas fini pour autant. Les Aurors allaient devoir passer des mois à traquer les derniers Mangemorts.

 

Severus avait passé trois jours sur le champ de bataille avant d’être blessé. Il avait été rapidement remis sur pieds mais Dumbledore n’avait pas voulu qu’il retourne se battre. Il avait préféré le voir à l’hôpital pour recevoir les familles des élèves atteints par la guerre et à Poudlard pour assurer les cours, veiller sur les adolescents, étant donné que l’école était encore l’endroit le plus sûr pour eux. Severus savait que le Directeur, même s’il n’en avait rien dit, souhaitait qu’il aide Sirius à surmonter la mort de Remus Lupin.

 

Il avait tenté d’être seul avec l’Animagus mais à chaque fois, ce dernier était entouré d’élèves ou tout simplement introuvable. Le professeur de potions ne savait pas quoi lui dire mais il avait besoin d’être présent pour lui. Jamais il ne pourrait lui avouer que lors des affrontements, à chaque minute, Severus avait pensé à lui. Il s’était battu pour avoir la chance de vivre encore et voir Sirius sourire. Il s’était battu pour Sirius, pour assurer sa sécurité future, même s’il ignorait comment se portait le dernier des Black. Il n’avait pas imaginé que des deux derniers Maraudeurs, c’était Remus qui partirait en premier. Après coup, il se trouvait idiot d’avoir pensé que, sous prétexte qu’il était un loup garou, Remus était plus fort.

 

Le professeur Rogue soupira dans la fraîcheur de la nuit. Il avait appris à respecter et à aimer Remus. Souvent, il s’était surpris à regretter de ne pas avoir été amoureux de lui plutôt que de Sirius. Car Sirius était un homme complexe, totalement enfermé dans son passé douloureux alors que Remus n’était que bonté et compréhension. Sans lui, jamais Severus ne serait parvenu à esquisser le moindre sourire devant les élèves, parce qu’il avait toujours pensé que s’autoriser à sourire devant eux, c’était perdre son autorité. Quelque part, de par leur complexité, Sirius et Severus se ressemblaient trop.

 

Malgré tout, Severus le cherchait dans ce cimetière, sachant qu’il le trouverait certainement devant la tombe de Remus.

 

Lorsqu’il le vit, il marqua un temps d’arrêt. Comment pouvait-il systématiquement avoir le souffle coupé devant Sirius ? L’Animagus était pourtant trop maigre et de gros cernes noirs soulignaient son incroyable regard gris foncé. Il n’avait pas dû dormir beaucoup depuis la mort de Remus. Il avait cependant cette magnifique aura, cette présence, ce magnétisme qui faisaient systématiquement battre plus vite le cœur de Severus.

 

Il se rapprocha lentement, sans bruit et il observa un instant le seul être qu’il ait aimé jusqu’à la déraison. Sirius était assis, ses longues jambes tendues devant lui, croisées au niveau des chevilles, une main en arrière pour prendre appuis sur le sol alors qu’il tenait une bouteille de Whisky Pur Feu dans l’autre.

 

« Qu’est ce que tu fais ici Rogue ? Demanda Sirius sans lever la tête.

 

- Comment sais-tu…

 

- J’ai reconnu ton eau de toilette, » répondit Sirius sans attendre la fin de la phrase.

 

Il porta la bouteille à sa bouche et il but deux longues gorgées, grimaçant un peu après coup. Severus vint se poster près de lui. Il remarqua alors les lèvres pincées de Sirius, ses yeux rougis et ses cils encore mouillés. Avec douceur, comme s’il ne voulait pas l’effrayer, Severus s’agenouilla à côté de lui, la gorge serrée par l’émotion d’être auprès de Sirius et par la douleur d’être sur la tombe de la personne la plus gentille que Severus ait connue.

 

« Je suis vraiment désolé pour ce qui est arrivé à Remus, » dit-il en replaçant une mèche de cheveux derrière l’oreille de Sirius.

 

Si l’animagus fut surpris par ce geste affectueux, si peu caractéristique de Severus, il n’en laissa rien paraître et il se contenta de boire une nouvelle gorgée de Whisky.

 

« Ça n’aurait pas dû être lui, murmura-t-il en buvant encore. Il n’aurait pas dû intervenir pour aider Zabini. Il aurait dû me laisser faire.

 

- C’est toi qui serais dans cette tombe aujourd’hui s’il t’avait laissé faire, remarqua Severus en prenant la bouteille des mains de Sirius. Je crois que tu as assez bu pour aujourd’hui.

 

- J’ai encore soif.

 

- Tu peux étancher ta soif autant que tu veux, mais ça ne fera pas revenir Remus. Allez viens Sirius, je te ramène à Poudlard. Tu es complètement saoul. »

 

Sirius secoua la tête pour marquer son refus de suivre Severus. Le professeur de Potions trouva alors le courage d’avancer une main pour caresser la joue de Sirius. Le savoir ivre devait certainement contribuer à lever les inhibitions de Severus. Ses doigts effleurèrent la peau brûlante de l’Animagus avant de venir accrocher sa nuque. Severus frissonna en sentant les longs cheveux de Sirius frôler sa main. Lentement, il rapprocha Sirius de lui pour enfin le prendre dans ses bras. Ce dernier ne lutta pas, au contraire. Il s’accrocha au col de la robe de Severus et il soupira longuement. Ce soupir contenait tout son désespoir, toute sa révolte, alors Severus l’entoura de ses bras et il le serra pour lui faire comprendre qu’il n’était pas seul.

 

Il s’en voulait de se sentir aussi heureux d’avoir contre lui un homme avec lequel il n’avait jamais osé espérer quoi que ce soit d’autre que de l’animosité. Il avait l’impression de profiter de la tristesse et de l’ivresse de l’Animagus, mais c’était si bon de le tenir étroitement, de sentir son souffle dans son cou…Et un baiser.

 

Un baiser !

 

Sirius venait de poser ses lèvres contre la peau de Severus et il l’embrassait passionnément. C’était comme si une onde de chaleur intense lui traversait tout le corps ; jamais il ne s’était senti aussi vivant, aussi vibrant alors que les lèvres chaudes traçaient un sillon de désir de son cou jusqu’à ses mâchoires. Heureusement pour eux deux, Severus parvenait à garder son calme et à penser presque correctement. Il savait que Sirius regretterait s’il arrivait quelque chose entre eux, parce qu’il était ivre. Il avait simplement besoin de réconfort mais il ne savait pas comment le demander. Et puis Severus avait attendu si longtemps sans vraiment espérer…Il n’était pas prêt à se lancer dans un enfer émotionnel à cause d’une nuit de dérive.

 

Sans oublier le fait qu’ils se trouvaient sur la tombe de Remus Lupin. C’était macabre.

 

Sans aucune brutalité, il repoussa Sirius.

 

« Je sais que tu en meurs d’envie, susurra l’Animagus.

 

- Dans tes rêves, Black. » 

 

Il ne le lâcha pas pour autant et il les fit transplaner jusqu’au portail de Poudlard. Un carrosse les conduisit devant la porte d’entrée et, discrètement, Severus conduisit Sirius dans ses appartements en le tenant par la taille pour l’empêcher de s’écrouler peu élégamment sur le sol. Les élèves n’avaient pas besoin de voir leur professeur tituber et articuler difficilement à cause de tout l’alcool qu’il avait ingéré. Ils vénéraient presque Sirius, c’était ce que provoquait l’Animagus sur son passage. Severus n’avait pas pu y échapper non plus, mais il ne voulait pas que les élèves perdent tout le respect qu’ils avaient pour Sirius, car il était un bon professeur, même s’il était un peu trop familier avec les jeunes au goût de Severus. Malgré tout, ses méthodes s’avéraient efficaces.

 

Il fit entrer Sirius dans ses appartements et il l’aida à ôter sa robe.

 

« C’est drôlement coquet chez toi, remarqua Sirius avec un sourire moqueur alors que son collègue l’asseyait sur le lit.

 

- C’est chez toi, maudit poivrot, rétorqua Severus en s’agenouillant devant lui pour lui enlever ses chaussures.

 

- Je ne suis pas un alcoolique, » protesta Sirius avec un regard soudain si empli de souffrance qu’il brisa le cœur de Severus. Il se releva et allongea Sirius sur le lit. Sans oser regarder, il se débarrassa du pantalon de l’ancien Gryffondor et il le couvrit avec un drap. Sirius entoura son poignet des ses longs doigts fins et il tira Severus plus près de lui, jusqu’à ce que le Directeur des Serpentards se retrouve presque couché sur lui, prenant appuis de ses deux mains au dessus de la tête de Sirius. Le Serpentard pouvait sentir son souffle alcoolisé et chaud contre ses lèvres et il dû faire appel à toute sa force mentale pour ne pas ravir cette bouche tant aimée. « Toi qui trempes dans tout un tas de magies illicites, tu ne pourrais pas le faire revenir ? Demanda soudain Sirius.

 

- Si je le pouvais, je le ferais, répondit Severus en caressant le front de l’héritier des Black. Mais c’est impossible. Tu dois dormir à présent.

 

- Reste avec moi. »

 

Severus était persuadé qu’il ne se passerait rien ce soir, mais il était également certain que rester était une erreur pour lui. Il allait traverser une nuit en enfer, à savoir l’homme qu’il aimait à côté de lui sans pouvoir le toucher, à savoir que s’il lui avait demandé de rester, c’était pour prendre la place de son ami disparu. Mais il ne pouvait pas refuser, alors il ôta sa robe et il s’allongea, ouvrant les bras pour que Sirius vienne se placer contre lui. C’était la première fois de sa vie que Severus ouvrait les bras à quelqu’un. Habituellement, c’étaient les autres qui le faisaient et qui se trouvaient devant un mur.

 

Le lendemain, Sirius ouvrit les yeux alors que son réveil chantait à tue tête une chanson des Magical Farmers. Un sévère mal de tête lui taraudait les tempes et il bougea aussi lentement que possible. Il fit un bond en arrière lorsqu’il découvrit Severus Rogue assis au bord du lit, les cheveux en bataille.

 

« Mais qu’est ce que tu fous là Servilo ?! S’exclama Sirius avec l’impression qu’un marteau piqueur avait élu domicile dans sa boite crânienne. Tu as profité de moi alors que je ne suis pas homosexuel !

 

- Arrête de crier crétin, je ne t’aurais même pas touché avec des gants chirurgicaux et pourtant tu n’étais pas contre. Bois ça, c’est bon pour ce que tu as. »

 

Il lui tendit un verre et, à sa grande surprise, Sirius obéit sans broncher. Bientôt, le brouillard autour de lui se dissipa. L’Animagus passa un jean sur ses jambes nues, puis il lui offrit une tasse de thé et tous deux s’installèrent sur le canapé. Severus n’osait dire à Sirius qu’il était troublé par sa tenue et qu’il préférait qu’il mette un tee shirt. L’image de Sirius uniquement vêtu d’un jean était trop sexy, trop excitante pour le professeur de potions qui ignorait son propre pouvoir de séduction, en pantalon et pull droit noirs.

 

« Severus, reprit calmement Sirius, je ne sais pas ce que tu attends de moi mais je pense que nous devons parler franchement. Il y a tant de choses que j’aurais dû dire à Remus... Je sais que tu as envie de moi, mais je n’arrive pas à définir de qui j’ai envie : d’un homme ou d’une femme. J’ai passé tellement de temps enfermé, sans aucun contact physique, que je ne veux pas me tromper et te blesser au passage. Je ne sais plus comment agir, ni comment fonctionne une relation. Seul Remus me connaissait assez pour m’aborder correctement…Et puis, je ne suis pas amoureux de toi. On en est encore au stade où on se dispute tout le temps, comment pourrai-je envisager autre chose que la guerre avec toi ? Alors je te le demande encore, qu’est ce que tu attends de moi, Severus ? »

 

Le professeur de potions but une gorgée de thé avec une lenteur calculée. Il plongea ensuite son regard noir où rien ne se révélait dans le regard troublé de Sirius.

 

« Je te trouve d’une extraordinaire prétention, lança enfin Severus d’une voix grave qui fit frissonner Sirius malgré lui. Tu dois être vraiment très sûr de ton charme pour te permettre de croire que j’ai envie de toi. A dire vrai, ce n’est pas ce qui m’intéresse de prime abord. J’attends simplement de toi que tu mettes de l’eau dans ton vin, comme je suis prêt à en mettre dans le mien. Je suis fatigué de nos disputes incessantes et je voudrais juste pouvoir te connaître mieux. C’est tout ce que je veux. Pas de promesses d’amour éternel, pas de balades au clair de lune. Je n’ai pas la prétention de remplacer Remus ou cet imbécile de James Potter, mais j’aimerais que nous puissions essayer de nous entendre. Et qui sait ? Avec un peu de chance tu tomberas fou amoureux de moi. »

 

Sirius ouvrit la bouche mais Severus l’arrêta d’un geste sec de la main.

 

« Je ne veux pas que tu me donnes une quelconque réponse, Sirius. Et je ne veux plus que nous parlions de cela à l’avenir. Je verrai bien dans ton comportement quelle a été ta décision. »

 

Il se leva, posa sa tasse sur la table basse et, dans un élan d’audace, il prit le visage de Sirius entre ses mains et il embrassa ses lèvres pendant quelques secondes. Le Maraudeur le laissa faire, puis il le regarda sortir de chez lui d’un air médusé.

 

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Dans l’après midi, Ron passa voir Harry pour lui annoncer qu’ils étaient tous attendus à Poudlard en début de soirée. Il était important que la vie continue et qu’ils poursuivent leur formation de sorciers dans de bonnes conditions. Harry était tout à fait d’accord avec le principe car c’était encore à Poudlard qu’ils pourraient tous se reconstruire plus facilement, laisser le côté leur statut de héros de guerre pour retrouver leur adolescence.

 

Seul avec Harry, Ron pu laisser libre cours à sa tristesse d’avoir perdu son père et son frère. Il ne pleura pas cependant, mais plusieurs fois, ses yeux se mouillèrent. Harry lui fit part de ses craintes pour le futur et de sa difficulté à intégrer tous ces deuils. Ron lui redonna confiance en lui rappelant que personne ne réalisait vraiment que plusieurs sorciers de leur entourage ne rentreraient jamais chez eux. C’était la première fois que Harry et son meilleur ami parlaient à cœur ouvert de ce qui les tracassait et il se rendit compte que le fait de communiquer avec Ron l’aidait à se sentir mieux, comme libéré d’un poids.

 

Lorsque la conversation s’essouffla, Harry fit un sourire amusé à Ron.

 

« Où est ta moitié ? Demanda-t-il.

 

- Elle est restée un peu avec Blaise. Il ne va pas bien du tout. Il ne refait pas surface et son sentiment de culpabilité face à la mort de Lupin n’arrange rien.

 

- Il faut qu’il comprenne que nous aurions tous fait la même chose à sa place. Il n’a rien fait de mal, c’est cette salope de Bellatrix qui a tué Remus. Tu as des nouvelles de Draco ?

 

- Ginny l’a vu hier. Il était plutôt en forme mais quand elle y est retournée ce matin, il l’a un peu envoyée sur les roses. D’après ce qu’elle a dit, c’est difficile pour lui de se montrer en public, ce que je comprends parfaitement. Et puis il vit très mal la perte de Goyle et de Parkinson.

 

- Il a vu son fils ? » Interrogea Harry en se redressant sur son lit, soulagé de ne plus souffrir du bras et de la jambe grâce aux potions qu’on lui avait fait boire.

 

« Oui, il doit encore être auprès de lui d’ailleurs. Il ne lui a pas trouvé de prénom alors il fait comme moi, il l’appelle La Crevette parce qu’il est tout petit et tout rose. Va le voir, Harry. Après tout, ce gamin est ton beau fils, remarqua Ron avec un sourire amusé. Sérieusement, parmi tous ces morts, tous ces blessés, ce gosse est la preuve que la vie reprend toujours le dessus et qu’elle vaut la peine qu’on se batte. Il faut expliquer ça à Draco, parce qu’il n’a pas l’air de réaliser que cet enfant est le sien et qu’il représente l’espoir. Il a plutôt l’air de le considérer comme un boulet. »

 

Harry hocha la tête et, après avoir été prendre des nouvelles de Blaise, il se rendit dans l’aile pédiatrique de l’hôpital. Une sorcière l’informa que Draco était sorti fumer une cigarette, alors il suivit le long dédale de couloirs obstrués, jusqu’à la grande porte d’entrée. Il la passa et se retrouva dans une grande cour bordée de pins. Draco était là, le dos appuyé contre le mur blanc, jouant distraitement avec sa cigarette, sa mèche de cheveux lui tombant dans les yeux pour masquer la partie abîmée de son front. Il leva les yeux et salua Harry d’un bref signe de tête. Le Survivant eut le souffle coupé. Même à moitié défiguré, Draco gardait toute sa prestance ; il avait perdu de sa beauté froide pour gagner un charme moins glacial, plus racé. Il s’approcha et, presque automatiquement, Draco tourna la tête sur le côté pour cacher la partie mutilée de son visage. Il tira longuement sur sa cigarette afin de se donner une contenance.

 

Harry soupira. Il s’était attendu à ce genre de comportement à la seconde où il avait compris que rien ne ferait partir les cicatrices de Draco. Lui-même était affublé des empreintes de Voldemort avec cet éclair sur le front ainsi que cette impressionnante coupure qui courait le long de son bras et qui le faisait encore souffrir s’il ne prenait pas de potions. Il prit le menton de Draco entre son pouce et son index, forçant doucement le blond à lui faire face.

 

« N’essaie pas de dissimuler tes marques, murmura Harry, ça ne les rend que plus visibles. Sache qu’elles n’enlèvent rien à ton charme, Draco.

 

- Tu te fous de moi ? » Demanda Draco en poussant Harry jusqu’à le coller dos au mur. Il jeta alors sa cigarette d’un geste détaché et il plaqua ses deux mains de chaque côté de la tête du brun. Le corps de Draco frôla dangereusement le sien, provoquant une onde de chaleur sensuelle dans le creux de ses reins. Les lèvres à quelques centimètres de celles de Harry, son souffle empreint de tabac caressant sa peau à la manière d’une agréable brise, Draco prit à nouveau la parole. « Ne me dis pas que ces marques ne t’écoeurent pas, Harry, parce que je n’y croirai pas. Tu me laisserais t’embrasser avec ça sur le visage ? »

 

Les bras de Harry s’enroulèrent autour de la taille de Draco afin de le presser contre lui. Sa bouche se posa délicatement sur les lèvres de Draco et, contre celles-ci, Harry chuchota :

 

« Plutôt deux fois qu’une, Draco. »

 

 Il déposa un baiser sur les lèvres de Draco et ce dernier baissa un peu la tête pour mieux sentir la pression de la bouche brûlante contre la sienne. Harry ferma les yeux, transporté par la saveur unique des baisers de Draco. Ses mains remontèrent lentement le long du torse du blond pour finir autour de sa nuque. Avec précaution, son pouce s’aventura sur la peau abîmée du cou. Il perçut le léger tremblement du corps pressé contre le sien, et il embrassa la commissure de ses lèvres avant d’entrouvrir la bouche, attendant que Draco fasse de même. Sans attendre, Draco imita Harry et il glissa délicatement sa langue entre les lèvres désireuses du Survivant, jouant un peu à passer sur ses dents avant d’aller taquiner son palais. Harry ne bougea pas, laissant Draco explorer la chaleur de sa bouche à son rythme, les mains toujours plaquées contre le mur, de chaque côté de la tête de Harry.

 

La langue de Draco vint alors caresser la lèvre inférieure du brun qui se permit un léger gémissement de bien être avant de souffler contre la peau de Draco :

 

« Prends moi dans tes bras. »

 

En un clin d’œil, les mains de Draco descendirent serrer la taille de Harry qui s’accrocha passionnément à son cou, les doigts enfouis dans les cheveux blonds. Leurs lèvres se scellèrent et leurs langues entamèrent enfin leur longue danse langoureuse. Harry sentait le désir qu’éprouvait Draco, mêlé au trouble de savoir que sa joue rugueuse touchait celle, lisse et douce de son compagnon. Harry ne voulait pas se détacher de Draco. Il ne voulait pas écouter sa raison. Il suivit alors son instinct et il laissa ses lèvres errer délicatement sur la peau abîmée, déposant de doux baisers du cou jusqu’au front de Draco qui ferma les yeux, submergé par l’émotion.

 

« Je ne veux pas être laid, murmura-t-il en luttant contre les larmes.

 

- Tu ne seras jamais laid, » répondit Harry en embrassant à nouveau ses lèvres.

 

Cette fois ci, le baiser était plus intense, plus fort, comme s’il y avait urgence. Rien ne pouvait les séparer…Rien à part cette voix stressante, irritante, crispante.

 

« Messieurs, un peu de tenue ou je me verrai dans l’obligation de rafraîchir vos ardeurs en vous faisant apparaître au Pôle Nord, susurra le professeur Rogue en faisant tourner sa baguette magique entre ses doigts.

 

- Tu permets ? Demanda sèchement Sirius en attrapant la baguette de Severus au passage. Mon filleul vient de débarrasser le monde de Lord Voldemort, rien que ça. Alors s’il veut lécher le visage de son copain jusqu’à l’épuisement, j’estime qu’il est en droit de le faire.

 

- Une telle remarque ne m’étonne pas…Venant d’un chien, siffla Rogue en haussant les épaules.

 

- Tu es un frustré de la vie, Severus, lança Sirius en soupirant. Bon, les enfants, nous sommes venus rameuter la horde d’étudiants de Poudlard alors on se voit plus tard. »

 

Harry et Draco hochèrent la tête, tous deux se demandant quand Sirius et Severus en finiraient avec leurs querelles d’adolescents. Harry observa longuement la silhouette de son parrain alors que celui-ci s’éloignait et il se demanda s’il était égoïste d’espérer que jamais Sirius ne s’intéresse au professeur Rogue. Un regard dans la direction de Draco lui fit comprendre que le Serpentard pensait tout autrement. Se refusant d’imaginer Sirius dans les bras de Rogue, Harry préféra proposer à Draco d’aller voir son fils.

 

« Dans une minute, répondit Draco en allumant une cigarette tout en scrutant les nuages noirs qui apparaissaient à l’horizon. Dumbledore m’a raconté ce que tu avais fait pour moi. Je te remercie.

 

- C’est plutôt à moi de te remercier de m’avoir prêté main forte, » affirma Harry en prenant la main de Draco, qui ne se fit pas prier pour entremêler leurs doigts.  « Ce que tu as fait sur le champ de bataille, Draco, c’était de la folie, même si ça a payé à la fin.

 

- Je ne suis pas sûr d’avoir joué un rôle déterminant. J’ai vu ce que tu faisais ; comment tu utilisais uniquement la magie sans baguette, comme dans un concours de celui qui lancerait le sortilège le plus spectaculaire, pour que Voldemort oublie d’utiliser sa baguette au moment de prononcer l’Avada Kedavra. C’était très ingénieux de ta part, tout comme l’idée d’utiliser ta forme animale pour me sauver la vie. Quand Dumbledore m’a dit que vous vous étiez servi du sang de licorne pour me redonner des forces, j’ai complètement paniqué à l’idée d’être maudit.

 

- Tu n’as pas à t’inquiéter, lorsque je suis sous ma forme d’animagus, je reste un homme avec ses travers, ses défauts. Je n’ai donc pas la pureté d’une licorne, même lorsque j’en suis une. Et puis, la différence entre les animaux et nous, c’est l’intentionnalité. Une licorne ne peut pas vouloir donner son sang pour sauver quelqu’un, elle ne va pas jusqu’à là dans le raisonnement. J’avais décidé de partager ce sang avec toi en sachant qu’il pourrait t’aider. A ce moment là, Ron et Blaise étaient des prolongements de moi-même ; ils étaient les bras qu’il me manquaient pour aller jusqu’au bout de mon idée. Tu n’as pas pris le sang. Il n’y a vraiment aucune chance que tu soies maudit.

 

- Oui, c’est ce que m’a expliqué Dumbledore, reconnut Draco en portant sa cigarette à ses lèvres. En tout cas, je ne suis pas mécontent que toute cette histoire avec Voldemort soit terminée. Nous avons à gérer les pertes causées par cette guerre, mais au moins, la menace ne pèse plus sur nous.

 

- C’est vrai qu’on va pouvoir respirer, admit Harry en caressant avec son pouce le dos de la main de Draco. En attendant, je te présente mes condoléances pour tes parents.

 

- Merci, c’est gentil, surtout quand on pense que tu ne pouvais pas les encadrer…Qui pouvait les encadrer de toutes façons ? Etrangement, ils ne me manquent pas du tout. J’ai des regrets, mais pas de peine quand je pense à eux.

 

- C’étaient tes parents, Draco. Tu dois forcément être triste.

 

- Je sais que ça peut te paraître choquant, mais j’ai vraiment mal d’avoir perdu Pansy et Gregory. Par contre, pour mes parents, même si je les aimais, je m’y attendais tellement que ça ne me fait pas souffrir plus que ça. Ça viendra peut être plus tard, je ne sais pas trop. J’ai des difficultés à intégrer tout ce qui est arrivé. La seule chose que j’ai pleinement réalisée, c’est la mort de Pansy et de Gregory. Pour le reste, mes parents, ma gueule déchirée, le fait d’avoir tué Théodore Nott qui était pourtant un ami…Je ne m’en rends pas totalement compte.

 

- Je comprends. J’ai moi aussi du mal à intégrer certaines choses, comme la mort de Remus et celle du professeur Mac Gonagall.

 

- Je crois que seul Blaise a complètement réalisé ce qui est arrivé, lança Draco en serrant la main de Harry. C’est pour cela qu’il est aussi mal.

 

- Je n’ai pas pu le voir mais les infirmières m’ont dit qu’il était toujours très déprimé.

 

- C’est vrai. Il a même arrêté de communiquer avec ses testicules, ça en dit long sur son état. »

 

Harry s’autorisa un léger sourire que Draco lui renvoya avant de jeter sa cigarette. Sans lâcher sa main, il conduisit Harry dans les couloirs bondés, jusqu’à la maternité, ignorant les regards insistants que certains leur lançaient. Ce n’est qu’une fois dans la grande salle où quelques bébés dormaient dans des couveuses en forme d’œufs que Draco lâcha Harry et qu’il se tint droit comme la justice, les bras croisés sur son torse. D’un bref mouvement du menton, il montra la couveuse en face d’eux.

 

« C’est lui. » Dit il simplement en regardant le bébé qui ouvrait sur le monde ses yeux à la couleur encore indéterminée.

 

Harry s’approcha lentement, curieux. Malgré une constitution plutôt fragile, le bébé était d’une grande beauté avec ses cheveux bruns, ses yeux légèrement bridés, sa peau un peu rose, sa ressemblance incontestable avec Draco au niveau de la forme du visage et des lèvres. Harry hésitait entre s’extasier devant ce petit être qui représentait le renouveau après la guerre et se sentir nauséeux à l’idée que cet enfant était celui que Cho avait porté.

 

Ce qui signifiait, évidemment, que Draco avait fait l’amour avec Cho. Jusqu’à présent, Harry l’avait su mais il avait refusé d’y penser.

 

Le corps de Draco dans le corps de Cho.

 

Cette vision était un supplice pour Harry, une douleur physique qui le traversait de part en part, et ce bébé le mettait devant l’évidence. Il le trouvait pourtant adorable avec ses deux petits poings fermés et son réflexe de succion alors qu’il se rendormait paisiblement. Il se tourna vers Draco et eut un mouvement de recul en voyant son air glacial alors qu’il observait son fils.

 

« Ton enfant est très beau, déclara Harry en se rapprochant de Draco.

 

- Je ne sais pas, rétorqua Draco en haussant les épaules. Tout ce que je vois, c’est un têtard qui ressemble à Cho.

 

- Pour les cheveux et les yeux, peut être, mais il te ressemble beaucoup pour le reste. A toi et à ta mère.

 

- Ce n’est pas plus mal. A défaut d’être une bonne mère, c’était une très belle femme.

 

- Tu as décidé d’un prénom pour lui ? Demanda Harry en évitant soigneusement de parler de Narcissa Malfoy.  

 

- Non. Je…A dire vrai, je ne réalise pas que c’est moi le père de ce bébé, alors je ne cherche pas vraiment. J’ai tendance à l’appeler comme le fait Ron, à savoir La Crevette. »

 

Harry plongea ses yeux si verts dans ceux de Draco, cherchant des réponses à la multitude de questions qu’il se posait après ces déclarations. Draco, pourtant mal à l’aise, ne détourna pas le regard. Sachant que Draco en avait déjà beaucoup dit concernant son ressenti lorsqu’ils étaient dehors, Harry préféra l’aider à se livrer un peu plus d’une manière douce. Il se posta derrière lui, entoura sa taille de ses bras et il posa son menton sur son épaule, soufflant légèrement dans son cou, soulagé de constater le trouble naissant chez le blond. Sans être en face à face, l’explication serait moins difficile pour Draco, Harry en était certain.

 

« Peut être que le fait de ne pas lui donner de prénom t’évite de rentrer dans ton rôle de père. Je pense que tu gardes tes distances avec ce bébé pour ne pas l’investir affectivement, constata Harry d’une voix grave et douce alors que ses mains caressaient tendrement le ventre de Draco. Tu es terrifié, n’est ce pas ?

 

- Tu délires, Potter.

 

- Je ne crois pas. Tu ne te sens pas prêt mais c’est tout à fait normal. J’imagine qu’à ta place, j’aurais du mal à me dire « ce bébé est le mien. » En réalité, j’ai du mal à admettre qu’il est de toi.

 

- Je sais bien que tu aimerais être le père de mon enfant, Harry, mais je t’informe que deux hommes ensemble ne peuvent pas avoir de bébé. On aura toujours besoin des femmes pour ça.

 

-Jolie pirouette sarcastique pour changer de sujet, lança Harry en embrassant le cou de Draco.

 

- Que veux tu que je te dise ? Questionna Draco en s’appuyant contre le torse chaud de Harry et en contemplant le bébé. Que je n’arrive pas à concevoir que ce gosse soit le mien ? Et bien c’est vrai. Je ne parviens pas à intégrer le fait qu’une fois sorti de cet hôpital, j’emporterai cet enfant avec moi et que je devrai m’en occuper jusqu’à ce qu’il ait l’amabilité de se trouver un boulot et de dégager de mon espace. Je suis à peine capable de m’occuper de moi-même alors d’un bébé…Je suis trop jeune pour ça.  Je n’ai même pas réussi à le prendre dans mes bras et à lui donner le biberon.

 

- Tu as peur de lui faire mal ?

 

- Non. C’est juste du rejet. Je ne veux pas de ce gamin, je n’en ai jamais voulu. Ne pas le toucher, ne pas le nommer me permet de nier son existence.

 

- Il est pourtant là et il n’a rien demandé.

 

- Oui, je sais. Ne me sors pas le même speech que Ginny Weasley, ça a déjà été assez désagréable de l’entendre une fois.

 

- Qu’a-t-elle bien pu te raconter ? Interrogea Harry en souriant parce qu’il connaissait le franc parler de Ginny.

 

- En gros, pour jouir, j’ai répondu présent, alors je n’ai qu’à assumer les conséquences de mon coït avec Cho. Et si j’en suis incapable, personne ne me force à élever…La Crevette. Il me suffit de le faire adopter par des gens qui, eux, sauront le rendre heureux.

 

- Elle n’a pas tout à fait tort mais avant de faire quelque chose d’irréparable, tu dois t’accorder le temps de la réflexion et te donner une chance en tant que père. Pour avoir été élevé par des gens qui n’avaient aucune envie de me savoir chez eux, je sais à quel point on peut souffrir et rêver de se faire adopter par un couple qui nous aimerait vraiment, mais Draco, je sais que tu es capable de t’occuper de cet enfant. Il te faudra du temps mais tu parviendras à être un bon père.

 

- Comment, Harry ? Comment être un bon père lorsque je n’ai jamais eu d’enfants dans mon entourage ? A part Eleanor, la petite sœur de Blaise, je n’ai jamais été en contact avec des gamins. Je ne sais pas comment ça fonctionne et je n’ai même pas envie de le savoir, avoua Draco sans quitter le bébé des yeux. Comment puis-je me comporter en père quand je ne sais même pas ce que cela représente ? Je doute de pouvoir être père vu l’exemple lamentable que j’ai eu sous les yeux avec le mien. »

 

Harry suivit le regard de Draco et il resserra son étreinte autour de sa taille pour lui transmettre un peu de sa force et de sa volonté.

 

« Ce que je vais dire va m’arracher la gueule, lança-t-il enfin, mais je crois que tu as besoin de l’entendre. L’éducation que t’as donnée ton père n’était pas celle qu’il voulait pour toi. Il s’est conformé aux attentes de Voldemort, plus par crainte de ce qui aurait pu vous arriver à ta mère et à toi, à lui aussi, plutôt que par fidélité envers son Maître mégalomane. Mais, Draco, au moment où tu as été en danger, il a fait barrière de son corps pour te protéger sans penser à lui, exactement comme l’a fait mon père pour moi. C’est ça être un père. C’est ce que tu feras en cas de besoin pour…Heu…La Crevette. Et puis, tu n’es pas tout seul. Nous sommes tous là pour te donner un coup de main. »

 

Draco observa longuement le bébé avant de soupirer et de baisser la tête, fermant les yeux au contact des lèvres réconfortantes de Harry contre sa nuque. Il sentit les larmes lui brûler les yeux et respira profondément pour ne pas pleurer.

 

« J’ai menti, murmura-t-il enfin.

 

- A quel propos ?

 

- Mes parents. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils meurent tous les deux, surtout pas comme ça. Devenir père au moment où je perds le mien, c’est trop dur.

 

- Je comprends, » affirma Harry en faisant pivoter Draco contre lui. Il prit son visage en coupe et, tendrement, il embrassa ses lèvres. Il sentit Draco presser son corps contre le sien alors que des larmes se glissaient entre eux. Draco embrassa Harry plus durement, refusant de décoller son visage, refusant de dévoiler sa faiblesse. Harry le prit par la nuque et lentement, il exerça une douce pression, invitant Draco à poser sa tête sur son épaule. Le blond préféra se détourner et sécher ses yeux d’un revers de la main en grimaçant de douleur à cause des larmes salées qui brûlaient les plaies de sa joue.

 

« Tu es vraiment quelqu’un de bien, Harry Potter, » déclara-t-il en regardant dehors.

 

Harry allait rétorquer lorsqu’une infirmière arriva pour donner le biberon au bébé. Elle proposa à Draco de le faire mais il recula vivement, comme si elle lui avait demandé de s’immoler par le feu. Elle s’adressa alors à Harry qui chercha Draco du regard. Ce dernier haussa les épaules, comme pour dire « fais comme tu veux. » Harry n’eut pas le courage de refuser, parce qu’il ne pouvait pas, il ne savait pas rejeter un enfant. Il avait lui-même trop souffert de l’indifférence et du rejet. Alors, même si ce bébé était aussi celui de Cho, Harry tendit les bras et sentit alors la chaleur de ce petit corps contre lui. C’était terrifiant et fascinant. Harry fut pris d’une vague d’attraction/répulsion qu’il contrôla tant bien que mal et il se concentra pour ne pas faire tomber le nourrisson.

 

Il lui donna son biberon avec des gestes d’abord incertains, puis plus sûrs et, lorsqu’il eut terminé, il rendit La Crevette à l’infirmière. Il leva alors la tête et il constata que Draco n’était plus là. Il interrogea l’infirmière du regard et cette dernière lui fit le geste de la cigarette qu’on porte à la bouche. Harry décida alors d’aller voir les Weasley.

 

 Il retourna à la maternité avant de partir pour Poudlard. Draco était assis sur une chaise, le visage fermé.

 

« Je suis venu te dire au revoir, lança alors Harry. Je suppose que tu vas rester encore un peu ici pour veiller sur Blaise et sur...La Cre…Ton bébé à qui tu dois impérativement trouver un nom. »

 

Draco fit un sourire contrit et il hocha la tête. Harry tendit la main et Draco la prit avant de se lever.

 

« Tu sais quand tu reviendras à Poudlard ? Demanda Harry.

 

- Seulement lorsque Blaise ira mieux. Je ne peux pas le laisser ici tout seul.

 

- Je sais. Je voudrais que tu reprennes ceci, » déclara Harry en mettant dans sa main le bracelet révélateur d’émotions qu’il avait offert à Draco pour Noël.  

 

Draco lui lança un regard interrogateur et Harry lui expliqua alors la provenance du bracelet. Il le fixa ensuite au poignet de Draco. Ce dernier l’empoigna fermement par les épaules et il écrasa ses lèvres contre celles du brun, glissant sans attendre sa langue dans sa bouche. Ils s’embrassèrent longuement, jusqu’à ce qu’un des bébés se mette à pleurer.

 

« On se revoit bientôt alors, dit Harry en gardant aussi longtemps que possible la main de Draco dans la sienne. Tu m’écriras ? »

 

Draco hocha lentement la tête et il baissa les yeux. Harry sortit alors de la maternité, le cœur battant la chamade.

 

Il avait senti la main de Draco trembler dans la sienne.

 

O

O

 

Les deux premières semaines à Poudlard furent difficiles. Les élèves qui ne s’étaient pas battus avaient organisé des cérémonies en hommage aux disparus et plusieurs fois, Harry avait craqué, se réfugiant dans la Salle sur Demande pour cacher aux autres la détresse qu’il ressentait d’avoir perdu des êtres chers. Le reste du temps, il restait avec Hermione et Ron, les écoutant distraitement parler de tout et de rien. Il ne cessait de se demander pourquoi Draco n’avait pas répondu au hibou qu’il lui avait envoyé au début de la semaine précédente. Il passait son temps dans un brouillard désagréable, hanté par les morts et les vivants. Même Sirius avait du mal à lui changer les idées.

 

Il était dans la Grande Salle, finissant son gratin de potiron, lorsqu’un hibou Grand Duc qu’il connaissait trop bien se posa près de lui en tendant majestueusement sa patte. Harry prit le parchemin et immédiatement, le hibou s’envola.

 

« Il est vraiment aussi snobinard que son maître, plaisanta Ron. Alors, que dit Angelus ?

 

- Arrête de l’appeler ainsi, tu sais qu’il déteste ça, répondit Harry.

 

- Et c’est pour ça que je l’appelle ainsi, rappela Ron en attrapant une banane qu’il engouffra en trois bouchées.

 

- Ron, laisse Harry lire sa lettre ! » Ordonna Hermione.

 

Harry mima un coup de fouet pour faire comprendre à Ron que le maître, c’était Hermione et le rouquin manqua de s’étouffer en riant. Avec appréhension, Harry ouvrit la lettre en anticipant le contenu.

 

Harry,

Tout d’abord, pour répondre à ta question, Blaise va déjà beaucoup mieux. Il est sorti prendre l’air plusieurs fois et il parvient à extérioriser la culpabilité qu’il ressent face à la mort du professeur Lupin. Il a même eu une conversation passionnante hier avec Ava et Rada, ses précieuses testicules. Personnellement, je n’étais pas là pour voir ça, mais aux dires de Blaise, tout s’est bien passé.

Ma tante Andromeda a accepté de signer les documents concernant mon émancipation. Je n’ai donc plus à dépendre d’un adulte, c’est mieux ainsi.

Quant à mon retour à Poudlard, il ne se fera pas. Blaise et moi sommes attendus dans deux semaines à Durmstang où nous sommes inscrits. Nous finirons notre année scolaire là bas et il y a de fortes chances pour que nous y  fassions également notre dernière année.

Blaise est très inquiet à l’idée qu’un élève de Poudlard puisse lui reprocher la mort du professeur Lupin. Quant à moi, je n’ai jamais aimé Poudlard. J’ai toujours souhaité  étudier à Durmstang, mais ma mère voulait me savoir à portée de cravache.

Je sais que j’ai l’air de fuir, et ce n’est pas faux. Comment faire face à ceux qui m’ont vu avec un visage intact ? Comment rester dans cette école où je ne me suis jamais senti à l’aise ?

Et puis, j’ai besoin d’être loin de toi. A cause de ce bébé dont je dois m’occuper. A cause de mon visage lacéré. A cause de cette amnésie qui me rend fou. J’ai trop de choses à gérer et je n’arriverai pas à me libérer totalement dans une relation amoureuse. Cela n’a rien à voir avec ce que je ressens pour toi.

Je t’ai dit que je t’aimais avant les affrontements, et cela n’a pas changé. Mais je ne peux pas continuer ainsi. Il faut que je prenne les choses en main, que je retrouve le contrôle de tout ce qui m’a échappé récemment et avec toi, c’est impossible. Je sais que tu vas m’en vouloir et tu auras raison, mais reconnais que je ne serai qu’un boulet pour toi. Tu n’as pas à supporter mon gamin, tu n’as pas à payer pour mes erreurs.

Je te souhaite de trouver quelqu’un de plus stable que moi, qui saura t’aimer sans penser à lui d’abord.

D.A. Malfoy.

 

Harry reposa lentement le parchemin sur la table, le cœur battant à tout rompre, le souffle coupé comme s’il venait de recevoir un coup de poing, et il fit craquer ses doigts. Il prit tout son temps pour boire un verre d’eau et il regarda enfin Ron et Hermione qui l’observaient sans dire un mot. Il semblait étonnamment calme, comme s’il avait toujours su que les choses finiraient ainsi. Comme s’il connaissait si bien Draco qu’il avait anticipé sa réaction. Comme si Draco n’aurait pas pu réagir autrement. Harry le savait depuis le moment où il lui avait dit au revoir à la maternité.
Il avait senti ses mains trembler. Il avait senti l’adieu dans son baiser.

 

« Harry… » Commença Hermione d’un air inquiet.

 

Le Survivant lui tendit la lettre et il se mit à manger machinalement des carrés de chocolat alors que ses amis lisaient la prose de Draco. Lorsqu’elle eut terminé, Hermione leva la tête d’un air décontenancé.

 

« Oh, Harry, je suis navrée. Il faut lui laisser un peu de temps… 

 

- Ce n’est rien, Herm’, coupa Harry en lui faisant un mince sourire. Il ne reviendra pas. Je le savais. Peut être devrais-je agir pour lui faire changer d’avis, mais j’en ai assez fait jusqu’à maintenant. J’en ai même trop fait pour lui. Alors qu’il aille jouer les pères de l’année, si ça l’amuse. Ce n’est pas mon problème. Qu’il se cache derrière son amnésie et ses cicatrices parce qu’il a peur de vivre pleinement, je m’en fous. Ne me regarde pas comme ça, Ron. Ce n’est pas grave. Tout le monde peut se tromper. Il s’avère finalement que mon Prince Charmant n’était en réalité qu’un simple crapaud. »

 

 Il se leva tranquillement et, sans se presser, il rejoignit son dortoir où il ôta ses lunettes et s’allongea, son visage recouvert par son avant bras. Quelques minutes plus tard, Ron le rejoignit sans dire un mot et Harry ne releva pas la tête, restant caché derrière son bras. Il fallut attendre l’arrivée de Hermione pour que le lourd silence soit brisé.

 

« Harry, dit-elle d’une voix inquiète. Tu ne devrais pas t’enfermer dans le mutisme. Si tu veux en parler, nous sommes là.

 

- C’est gentil, mais je n’ai aucune envie de perdre mon temps à penser à Draco. Je n’ai même pas envie de prononcer son nom. Ne t’en fais pas, Herm’, je ne vais pas sombrer dans la dépression pour ce mec. Je veux juste passer à autre chose, trouver quelqu’un de mieux que lui, comme ce sale lâche me l’a si brillamment conseillé.

 

- Tu es conscient que tu ne vas pas pouvoir oublier Draco aussi facilement.

 

- Et ce n’est pas en parlant de lui sans arrêt que je vais pouvoir l’oublier, siffla Harry en soupirant.

 

- Ecoute, je sais à quel point il compte pour toi, je voudrais que tu puisses te confier à…

 

- Hermione, intervint Ron en la prenant contre lui, je pense que Harry a besoin de temps pour digérer la nouvelle. Il nous fera signe plus tard s’il a besoin de nous. »

 

Hermione haussa les épaules, un peu dépitée de ne pouvoir aider son ami, puis elle se rendit en cours de potions sans même demander à Ron ou à Harry de la suivre. Une fois seul avec Ron, Harry se releva enfin, scrutant le visage de son ami afin de savoir ce qu’il pensait. Le roux ne laissait rien transparaître et cela étonna un peu Harry.

 

« Merci d’être intervenu, déclara Harry avec un soupçon de gêne dans la voix.

 

- C’est normal. Si nous laissions Rogue à ses potions en tous genres et que nous allions jouer au Quidditch pour nous changer les idées ? »

 

Harry acquiesça vivement et, comme s’il avançait dans le brouillard, il se rendit sur le terrain de sport.

 

Ce brouillard ne le quitta pas pendant des mois. Il traversait les journées dans une impression de flou désagréable, et lorsque cette sensation se dissipait un peu, il ne ressentait plus que de la rage. Il parlait avec ses amis comme si rien n’était jamais arrivé mais dès que le prénom de Draco était mentionné, il grimaçait à la manière de Ron quand on prononçait « Voldemort. »

 

Les heures semblaient durer des vies au cours desquelles il repassait sans cesse sa dernière conversation avec Draco. Il imaginait ce qu’il aurait pu dire pour lui donner envie de rester, ou au contraire, pour lui faire mal. Il se voyait, snobant impérialement Draco. Il voyait la douleur dans le regard du blond et il cela apaisait la sienne. Plusieurs fois, il s’était même visualisé en train de l’appeler « le balafré » juste pour rire, comme Draco le faisait si bien en son temps. Mais aucun de ses scénarii, qu’ils soient axés sur Draco nu, suppliant un Harry intraitable, ou qu’ils soient centrés sur les pires calamités qui pouvaient s’abattre sur Draco, aucun d’eux ne parvenait à faire cesser cet amour qui comprimait le cœur du Survivant.

 

Rien ne pouvait effacer ces souvenirs tendres et passionnés qui s’imposaient à la mémoire de Harry au moment où il s’y attendait le moins. Il n’avait pas l’impression d’avoir perdu une partie de lui-même, il se savait complet, avec ou sans Draco. Il ressentait juste l’absence du blond dans chaque recoin de l’école, il avait la sensation de sentir son eau de toilette dans chaque salle de cours. Cela lui donnait envie de hurler, d’aller jusqu’à Durmstang pour insulter et frapper Draco. Il y avait pourtant une chose dont Harry était satisfait : jamais il ne versa une larme pour Draco Malfoy, même si ce n’était pas l’envie qui lui manquait.

 

Pourtant, Harry donnait le change…Aux autres et à lui-même. Il s’était endurci, même si en apparence, il était plus jovial qu’avant. Un millier de sourires offert à la face du monde contre l’accord tacite que personne ne viendrait jamais le questionner à propos de Draco. Ron l’avait compris et il ne l’interrogeait jamais directement. Il laissait Harry aller au gré de ce qu’il avait envie de partager avec son meilleur ami. Hermione tentait toujours de l’amener à admettre qu’il avait mal, et elle se heurtait systématiquement à un mur. Mais Hermione était du genre têtu.

 

Harry aussi. Plus elle cherchait à l’aider, plus il lui disait que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

Harry s’était pris de sympathie pour Vincent Crabbe, bien esseulé depuis le départ de ses amis. L’adolescent ne parlait pas beaucoup, mais Harry savait qu’il appréciait la compagnie du trio infernal. Plusieurs fois, Vincent avait mentionné le départ de Draco et Blaise, mais Harry avait fait la sourde oreille. Il était un peu déçu que Blaise n’ait jamais répondu à sa lettre et à celle d’Hermione.

 

Les grandes vacances se passèrent au Terrier, où petit à petit, les éclats de rire revinrent.

 

Ce n’est qu’un mois après la rentrée en septième année que Harry vit Ron et Hermione allongés dans l’herbe, absorbés dans la lecture d’un parchemin qui les faisait sourire. Lorsqu’ils le virent, ils se redressèrent et Ron lui avoua qu’il s’agissait d’une lettre de Blaise, et que ce dernier lui écrirait dans la semaine, sans mentionner le nom de Draco puisque Harry ne voulait plus en entendre parler. Le Survivant se contenta