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SORTIR DES TENEBRES CHAPITRE 17 : NE REVIENS PAS. I won’t pretend That I intend to stop living. I won’t pretend I’m good at forgiving But I can’t hate you Oh I have tried. I still really really love you Love is stronger than pride. (Sade, « Stronger than pride. ») Un juron étouffé sortit Harry de son précieux sommeil réparateur. Il murmura un très élégant « merde » contre l’oreiller avant de se retourner et d’allumer la lumière d’un geste de la main. « J’ai horreur quand tu fais de la magie sans baguette, ça me fait flipper, » lança Justin Finch Fletchley en boutonnant nerveusement sa chemise. Harry poussa un soupir agacé et il se hissa sur ses coudes pour mieux observer le jeune homme. « On peut savoir quelle est l’urgence ? Demanda Harry d’un air détaché. Il est trois heures du matin. - L’urgence, Harry, c’est que tu as recommencé, siffla Justin en enfilant rageusement son jean. C’est la deuxième fois depuis qu’on sort ensemble, c’est inadmissible ! » Harry haussa les épaules, ignorant de quoi Justin voulait parler, mais plutôt ravi à l’idée qu’il veuille mettre un terme à leur relation…Si on pouvait parler de relation dans la mesure où, ils se voyaient surtout pour passer le temps ensemble depuis deux mois. Il n’y avait aucune complicité entre eux, parce que Harry ne le souhaitait pas. Il s’assit au bord du lit, le drap blanc recouvrant sa nudité, puis il passa lentement sa main dans ses cheveux. Décidément, Justin aimait les tragédies et, quand il n’y en avait pas, il était très fort pour en improviser. C’est ainsi qu’il était parvenu à faire un scandale chez Ron et Hermione pour une histoire de regard trop insistant de la part de Ron. Au final, les deux meilleurs amis de Harry s’étaient disputés parce que Ron avait sèchement remis Justin à sa place et que Hermione lui avait ordonné de se comporter correctement devant les invités. Depuis, Ron saluait Justin du bout des lèvres et il le surnommait très peu affectueusement « Rita Skeeter. » Hermione, quant à elle, ne voulait plus voir Justin chez elle mais elle restait polie et civilisée en sa présence. « Qu’est ce qui est inadmissible, Justin ? Questionna Harry avec une mine agacée. J’ai pris toutes les couvertures ? - Tu n’es pas drôle ! Bon sang, Harry, tu as encore murmuré le nom de Draco Malfoy dans ton sommeil ! Comment tu veux que je supporte ça ?! Mon copain est encore amoureux de son ex ! - Je me fous royalement de Malfoy, soupira Harry. Ça fait plus de trois ans que je ne l’ai pas vu, tu crois vraiment que je pense encore à lui ? - Alors pourquoi tu l’appelles quand tu dors ?! Ne te fous pas de moi, Harry, je mérite mieux que ça. Je ne suis pas là pour remplacer Malfoy. Je ne suis pas lui et, tu sais quoi ? J’en suis foutrement fier, parce que ce mec est un sale con. - Je ne te contredirai pas sur ce point, lança Harry en faisant apparaître un verre d’eau qu’il but d’une traite. Draco Malfoy est effectivement un sale con. Ecoute, je n’étais pas en train de rêver de lui. Je ne sais pas, peut être que tu as mal entendu. - Vas-y, prends moi en photo et placarde moi dans ton musée des imbéciles aussi ! Tonna Justin en cherchant fébrilement la plaque de chocolat qu’il laissait toujours sur la table de nuit en cas de fringale nocturne. Et merde, Harry ! On pourrait être heureux tous les deux si tu te lâchais au lieu d’être toujours fermé comme une huître. Tu veux que je te dise ? » Non, pensa Harry. Je veux que tu te taises et que tu me laisses dormir. J’ai un match important après demain soir et tu ne m’aides pas à me relaxer en me parlant de l’autre siphonné. « Explique moi, dit-il tout haut. - Tu perds ton temps à te lancer dans des relations sans lendemains parce que Draco Malfoy t’as salement abîmé, alors que lui, il s’en fout. Tu n’as pas marqué sa vie autrement que pour le pousser dans les bras d’un mec bien. - De quoi tu parles ? Demanda Harry soudain très intrigué. - Ton cher et tendre Héritier va épouser Declan Payton la semaine prochaine. Ça a fait la une de Sorcière Hebdo. Si tu le lisais au lieu de te moquer de moi parce que je l’achète toutes les semaines, tu serais au courant. Alors, qu’est ce que ça fait de savoir que le mec sur lequel on bloque est amoureux d’un autre ; tellement amoureux qu’il va l’épouser ? - Ça ne me fait ni chaud ni froid, rétorqua Harry en observant sa coupe du meilleur joueur de l’année qui traînait sur une chaise. Je suis navré Justin. Je suis sûr que tu voulais me faire mal, mais ce n’est pas avec Malfoy que tu vas toucher la corde sensible. - Oh vraiment ? Interrogea Justin en venant s’asseoir à côté de Harry pour souffler dans son cou. Savoir qu’un mec torride comme Declan Payton pose les mains sur le corps nu de Draco, ça ne te dérange pas ? Il embrasse son cou. Il caresse ses cheveux. Il s’empale sur lui. Imagine les, Harry. Peux tu entendre les gémissements de Draco ? Je suis sûr que tu ne les as pas oubliés. - C’est là que tu te trompes. Ecoute, Justin, je trouve très touchante ta façon de vouloir me blesser parce que ta fierté en a pris un coup, ou alors est-ce parce que tu veux me faire réagir. Toujours est-il que je n’ai pas de temps à perdre en bavardages inutiles, et parler de Malfoy, pour moi, c’est une pure perte de temps. Declan Payton peut aussi bien le baiser jusqu’à l’encastrer dans le matelas, je m’en fous. - Ok, je te laisse, Harry, lança Justin en se levant pour quitter la pièce. Je te laisse avec ton obsession pour cette pourriture, et avec ta vulgarité digne de Zabini. Je sais que tu trouveras quelqu’un pour me remplacer dans la journée, parce que tu es le héros, Harry Potter, la star du Quidditch, et que tu es vraiment bien foutu, mais sache que pendant que tu coucheras avec le suivant, je serai chez moi, j’aurai de la peine pour toi, puisque tu es et que tu resteras toujours pathétiquement seul. » Harry haussa les épaules et il se recoucha avant même que Justin ait quitté l’appartement. Mais il ne parvint pas à trouver le sommeil. Comment aurait-il pu dormir après les idioties que son compagnon avait débitées ? Il s’était rarement autorisé à penser à Draco pendant ces trois ans, mais cette nuit, le blond semblait décidé à polluer son esprit. Harry se retourna et il enfouit sa tête dans son oreiller mais rien n’y faisait. Il voyait derrière l’écran de ses paupières closes, le visage attirant de Draco lorsqu’il faisait l’amour. Il entendait les sons adorables qu’il produisait, entre le souffle et le gémissement. « Ta gueule Malfoy. » Implora Harry en maudissant Justin d’avoir mis ce sujet sur le tapis. Il avait adoré ces sons à la seconde où il les avait entendus. Ils étaient tellement loin de l’habituel ton cassant de Draco. Ils auraient pu être une définition auditive de la sensualité. Le corps et le visage de Draco en auraient été la définition visuelle, Harry devait bien lui reconnaître ça. Declan Payton se rendait-il compte de cette élégance dans les mouvements de Draco ? Ecoutait-il ces sons avec la même inspiration que s’il écoutait une musique sensationnelle ? Voyait-il au-delà de son apparence, son extraordinaire intelligence, son sens de l’humour bien particulier et sa douleur ? Harry se retourna à nouveau et il fixa le plafond. Il se concentra sur les innombrables côtés négatifs de Draco, en commençant par sa manière écoeurante d’avoir fui trois ans plus tôt, sans même avoir eu le courage de parler à Harry en face à face. Il pensa ensuite à son snobisme, à la manière dont il abordait les gens avec hauteur et suffisance. Mais presque aussitôt, il songea à ces qualités qu’il cachait si bien pour se protéger…Ou tout simplement parce qu’il n’avait pas envie d’en faire profiter tout le monde. Son rire cristallin résonna longtemps dans les oreilles de Harry alors que la vision de son sourire semblait illuminer la chambre entière. Ce sourire en coin, un brin moqueur, qui était devenu sa marque de fabrication ou ce sourire franc, qui adoucissait considérablement les traits de son visage, jusqu’à le rendre presque angélique…Presque. Harry se leva en soupirant, il enfila un jean et il fit chauffer du thé au citron. Il ne voulait plus y penser. Il ne voulait pas savoir ce que devenait Draco. Pourtant, il était au courant. Lorsqu’il avait invité Blaise au restaurant deux ans plus tôt, avec Hermione, Ginny, Neville et Sirius pour fêter son entrée dans l’équipe vedette des Canons de Chudley ainsi que celle de Ron, la conversation avait tourné autour de ce qu’ils allaient tous faire maintenant qu’ils avaient réussi leurs ASPIC. Blaise et Hermione avaient annoncé qu’ils souhaitaient étudier ensemble la politique tout comme le droit sorcier afin de combattre la corruption au Ministère. Ron et Harry avaient plaisanté un peu sur le sujet et c’est Ginny qui avait mis les pieds dans le plat en questionnant Blaise au sujet de Draco. L’ancien Serpentard avait eu la décence de ne pas agir comme s’il était gêné face à Harry et il avait répondu que Draco était inscrit en psychomagie dans la même école qu’eux. Puis il avait habilement changé de sujet. Blaise était passé champion dans l’art de changer habilement de sujet…Et de faire bonne figure. Jamais il ne parlait de sa famille décimée lors de la guerre ou du professeur Lupin. Il se montrait toujours de bonne humeur, même lorsqu’une ombre passait sur son visage ou que ses yeux étaient cernés de noir. Harry et ses amis tentaient parfois de l’aider à s’ouvrir, mais Blaise se contentait de leur répondre que le passé était derrière lui et qu’il n’avait aucune envie de déterrer ses morts. Impuissants face à Blaise, ils ne pouvaient qu’espérer que le jeune homme se confiait à Draco ou à Charisma. Harry souffla sur son thé et il en but une gorgée, laissant le chaud liquide brûler sa tension interne. Il avait tout ce dont il rêvait : un parrain qu’il aimait, des amis formidables, un grand appartement à lui, une brillante carrière en tant qu’attrapeur vedette dans les Canons de Chudley ainsi que dans l’équipe d’Angleterre pour laquelle il devait jouer deux jours plus tard devant un public de fans en délire. Pourtant, ses plus belles réussites avaient souvent un goût amer. Il refusait de chercher pourquoi. Il le savait très bien. Comme l’avait dit Justin, il était seul. Il était entouré des hommes les plus séduisants possibles et il n’hésitait pas à en profiter. Il était lui-même considéré comme un des vingt joueurs les plus sexy de la planète Quidditch. Il lui arrivait souvent de poser pour des affiches publicitaires, de défiler pour de grands couturiers sorciers, de donner des interviews pour les journaux les plus prestigieux, et les sorciers élevés dans le monde Moldu aimaient l’appeler « le David Beckham du Quidditch. » Harry ne se formalisait pas. Cette sur médiatisation ne le dérangeait pas vraiment, parce qu’elle se rapportait uniquement à ses talents au Quidditch, et pas à sa vie de héros national. Ron faisait également partie de ces joueurs dont l’image se vendait bien, et il adorait ça. C’était ce qu’il avait toujours voulu, et il appréciait chaque seconde qu’il passait en vol ou sur le sol à se prendre pour un top model. Il en avait la carrure, et l’amour d’Hermione le transportait, le rendait plus sûr de lui, donc plus séduisant. Il avait souvent exhibé son tatouage, un dragon coloré, en posant avec des chemises ouvertes, mais personne à part Hermione, Blaise et Harry ne savait que c’était lorsqu’il jouait au Quidditch qu’il se sentait le plus proche de son défunt frère Charlie, qu’il avait choisi de représenter par un dragon aux yeux bleus intenses apposé sur son cœur. Il ne s’était jamais vraiment remis d’avoir perdu Charlie et tout ce qu’il faisait était un hommage à ce frère qu’il aimait tant, qui fut en son temps un attrapeur vedette à Poudlard. Harry le comprenait car l’image de Remus, de son doux sourire, le hantait constamment. Il avait créé la fondation Lupin, qui finançait les recherches sur la lycanthropie, en particulier sur l’amélioration de la potion Tue Loup, qui rendait moins douloureux les effets de la transformation à chaque pleine lune. Sirius était un des plus fidèles donateurs et, même s’il ne parlait jamais de Remus, Harry savait que son parrain souffrait encore de la mort de son meilleur ami, à tel point qu’il ne parvenait plus à changer d'apparence. Son statut d’Animagus était trop lié à son adolescence, à Remus. Inconsciemment, il avait bloqué ses transformations et, malgré ses efforts pour retrouver ce don, il n’y arrivait pas. Cela avait aussi certainement un rapport avec le décès de Minerva Mc Gonagall, que Sirius avait toujours grandement appréciée. Le fait d’avoir été nommé professeur de Métamorphose à sa place avait choqué l’Animagus bien plus qu’il ne voulait l’admettre et, comme il était incapable de retrouver sa forme canine, Albus Dumbledore lui avait rendu sa place d’enseignant de Défense Contre les Forces du Mal. Mais tout était différent sans Remus. Severus essayait de lui faire accepter ces morts injustes, mais lui-même ne croyait pas à ses propres discours. La guerre était idiote, révoltante, et rien de bon n’avait émergé de la victoire puisque rien n’avait changé. Le Ministère était plus corrompu que jamais et parfois, Severus se surprenait à penser que la mort d’Arthur Weasley n’était pas une si mauvaise chose car le père de famille aurait détesté travailler parmi des gens prêts à tout par appât du gain. Le professeur de Potions restait égal à lui-même, constant. Sa relation avec Sirius était parfois amicale, souvent conflictuelle, mais il n’aurait cédé sa place auprès du dernier descendant des Black pour rien au monde. Il aimait le voir évoluer dans l’école, sourire aux élèves et rire aux éclats. Il avait mal lorsque Sirius se montrait conscient de son problème de transformation ou qu’il semblait songeur, loin de tout et de tout le monde, en sécurité dans ses souvenirs. Si Harry détestait toujours autant Severus Rogue, il reconnaissait néanmoins son rôle majeur dans l’équilibre de Sirius. Les deux hommes ne se comportaient pas comme les meilleurs amis du monde, loin de là, et Severus avait toujours tendance à rembarrer sèchement Harry, ce qui lui valait de nombreuses disputes avec Sirius. Cependant, Severus était un élément stable dans la vie de Sirius ; il était resté le même à cela près qu’il ne cherchait plus systématiquement le conflit avec l’Animagus et qu’il leur arrivait parfois de connaître de grands moments de complicité. Harry était toujours choqué d’avoir, un jour, vu les deux hommes partir dans un grand éclat de rire suite à une phrase anodine qu’il avait prononcée. Elle avait certainement rappelé à Sirius et Severus un évènement particulièrement drôle, et ils avaient donné libre cours à leur hilarité. Autant dire que, même après quelques mois, Harry était toujours sous le choc d’avoir vu Severus Rogue rire ! A présent il en était sûr et certain : il avait absolument tout vu et plus rien ne pourrait le surprendre…Pas même l’annonce du prochain mariage de Draco avec un des meilleurs joueurs de Quidditch après Harry. « Ça ne m’étonne pas de toi, Malfoy, marmonna Harry en se levant sans lâcher sa tasse de thé fumante. Tu as toujours aimé te servir des autres pour te mettre en avant. Tu t’es surpassé en choisissant un mec aussi populaire que Declan Payton. » Il poussa un soupir exaspéré et il secoua la tête pour tenter d’en chasser Draco. Il ouvrit la porte vitrée de la grande terrasse fleurie de son loft et il avança pieds nus afin de venir s’accouder à la rambarde blanche. L’air frais de cette fin du mois d’octobre lui fouetta le visage ainsi que le corps et il but une gorgée de thé brûlant pour se réchauffer un peu. La rue était sombre et silencieuse, uniquement rythmée par le son des feuilles mortes poussées par le souffle léger du vent. Harry réalisa que Draco avait fêté, à peine une semaine plus tôt, ses vingt ans. Il s’autorisa un sourire amer en levant les yeux vers la lune. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas pensé à Draco et il en voulait à Justin d’avoir tout fait remonter à la surface. Peut être que Harry murmurait parfois le prénom de Draco dans son sommeil, mais pour être honnête, il ne rêvait jamais de lui et il ne se rendait pas compte qu’il lui arrivait de l’appeler. Bien entendu, son comportement méfiant envers les hommes était étroitement lié à la gifle qu’il avait reçue avec Draco, mais il ne se disait jamais : « tiens, je ne vais pas m’attacher à lui parce que Draco m’a fait trop mal pour que j’aie envie de retenter un jour de faire confiance à quelqu’un d’autre. » Il se contentait juste de ne plus se dévoiler et de rester le plus détaché possible. Il ne le vivait pas mal, même s’il se sentait très seul par moments. Il prenait son temps pour guérir de sa blessure. Après tout, il n’avait que vingt ans et il n’avait pas besoin de trouver le grand amour dans l’année. Si parfois, il se sentait vieux d’avoir vu et vécu autant de drames, il gardait en tête qu’il était jeune et que c’était une erreur de vouloir aller trop vite. L’année qui avait suivie le départ de Draco, Harry l’avait attendu malgré lui. Il y avait eu tant de choses inachevées entre eux et Harry avait tant à lui dire…Mais Draco n’avait pas donné de nouvelles, et il n’était pas réapparu. Alors tout l’amour que Harry avait pu éprouver pour lui s’était transformé en mépris, en colère si envahissante qu’à chaque fois qu’il avait entendu le prénom de Draco, il s’était senti gagné par la hargne la plus totale. Il n’avait toujours pas accepté la manière dont Draco s’était enfui comme un voleur et maintes fois, lors de la première année, Harry avait imaginé des dialogues au cours desquels Draco s’excusait alors que Harry lui disait enfin ce qu’il pensait de sa lâcheté. Car c’était surtout cela qui empêchait Harry de considérer Draco comme une ancienne relation. Il n’avait pas pu dire ce qu’il voulait, il n’avait pas pu jeter au visage de Draco le mépris qu’il éprouvait suite à son départ. Il ne supportait pas d’avoir été quitté d’une manière aussi impersonnelle, à l’aide d’une simple lettre. Il aurait voulu une discussion franche, les yeux dans les yeux. Mais il n’avait jamais pu avoir cette discussion et cela lui restait encore en travers de la gorge trois ans après. Cette nuit, avec l’évocation du mariage de Draco et de Declan, des souvenirs plus agréables du blond étaient remontés à la surface, ce qui surprenait Harry autant que cela le révoltait. Il ne comprenait pas comment, après ce que Draco avait fait, il pouvait encore lui trouver la moindre qualité. Il but une dernière gorgée de thé avant de retourner s’allonger dans son lit bien chaud et, alors qu’il songeait qu’il ne dormirait pas cette nuit, ses yeux se fermèrent. Il plongea lentement dans une douce torpeur, trouvant enfin le sommeil tant attendu. Il fut réveillé quelques heures plus tard par la lumière du soleil sur son visage. Il se retourna péniblement avec l’impression que sa tête baignait dans du coton. Il poussa un juron en voyant que la matinée touchait à sa fin et qu’il ne s’était pas présenté à son entraînement de Quidditch. Il sauta du lit en marmonnant quelque chose à propos de son entraîneur et de sa manie de caser tous les entraînements aux aurores ou tard dans la soirée. Il prépara le café avec des mouvements lents, cherchant sans arrêt quels gestes effectuer ensuite, dans le bon ordre, afin d’économiser le peu d’énergie qu’il avait et de regagner son siège le plus vite possible. Il alluma la radio magique et il grimaça en entendant la dernière chanson des Bizzar’Sisters. Pour une fois, c’était un air doux et langoureux, aux paroles dégoulinantes d’amour. Tout ce que Harry n’avait pas envie de supporter aujourd’hui. Il avala distraitement quelques toasts et il alla ensuite stagner sous la douche dans l’espoir de sortir de cet état semi comateux. Il enfila un costume haute couture noir finement rayé de blanc qui, selon Hermione, aurait dû être fourni avec un extincteur tellement il allait bien à Harry. Il se rendit enfin dans un salon de thé sur le Chemin de Traverse, où Ron l’attendait impatiemment, élégamment vêtu d’un costume gris sombre. Un très célèbre journaliste et ami, Colin Crivey, devait les rejoindre un peu plus tard afin de les interviewer sur la façon dont l’équipe d’Angleterre appréhendait son prochain match contre l’équipe d’Australie. « Colin n’est pas arrivé ? Demanda Harry en faisant signe au serveur de lui apporter un café. - Non, mais je suis content que toi, tu sois arrivé…Une demie heure que je poireaute ! Tonna Ron sans grande conviction. - Désolé, je me suis loupé ce matin. - Tu as une sale tête. - Merci, c’est gentil. J’ai eu du mal à dormir cette nuit. - Tu iras dire ça à Olivier, plaisanta Ron en buvant une gorgée de jus de goyave. J’ai cru qu’il allait faire une syncope lorsqu’il a compris que tu ne viendrais pas à l’entraînement. Si seulement Colin avait été dans le coin avec son appareil photo. Comment ça se fait que tu sois aussi crevé ? Justin t’a tenu éveillé toute la nuit pour te lire les derniers ragots en date dans Sorcière Hebdo ? Avec qui sort Dumbledore cette semaine ? La chanteuse des Witch’n’famous ? » - Je croyais qu’elle sortait avec Lockhart, rétorqua Harry avec un sourire amusé. Pour être honnête, Justin m’a effectivement gonflé avec un ragot de Sorcière Hebdo…Et puis il m’a plaqué. » Ron observa son ami quelques secondes, sans pouvoir déceler la moindre émotion sur son visage. Il se concentra pour ne pas arborer un air triomphant, cela aurait probablement été mal venu de sa part. Au lieu de cela, il secoua lentement la tête en soupirant. « Je suis navré que les choses n’aient pas marché avec lui. Il ne sait pas ce qu’il perd en te quittant. - Tu es très fort pour masquer ta joie, décréta Harry en remerciantd’un bref hochement de tête le serveur qui lui avait apporté sa boisson chaude. Je sais très bien que tu ne peux pas le supporter. - Je ne vais pas mentir, tu sais effectivement ce que je pense de Justin. Il a beaucoup changé depuis la dernière bataille, on dirait qu’il veut systématiquement provoquer des conflits et c’est usant. - Beaucoup sont ceux qui ont changé après les affrontements, remarqua Harry pour justifier le comportement parfois irritant de Justin. Regarde Hermione, elle est beaucoup plus détendue, elle relativise plus… - On voit que tu ne vis pas avec elle, rétorqua Ron avant de croquer dans un biscuit à la cannelle. Je ne l’ai pas trouvée très détendue tout à l’heure, lorsqu’elle m’a menacé de me mettre son pied au cul si je ne rangeais pas mes affaires de Quidditch. - Tu marques un point. J’avais presque omis qu’il y a semaine, elle m’a dit d’arrêter de jouer les durs et que ce n’étaient pas mes trois poils au cul qui allaient faire de moi un ours. - Je vais tuer Blaise…Il a fait de ma copine son double féminin, et pendant ce temps, il se tape Miss Elégance ! » Harry esquissa un léger sourire. Il n’avait pas souvent côtoyé Charisma Malfoy, mais leurs brèves rencontres l’avaient marqué. La jeune femme était effectivement d’une élégance troublante. Cela ne venait pas des vêtements de grande qualité qu’elle portait mais plutôt de sa façon de se tenir, de se mouvoir. Elle correspondait parfaitement à ce que Ron appelait sur le ton de la plaisanterie « la Malfoy Touch. » Elle avait le même port altier, la même grâce, la même froideur apparente, le même nez pointu que Draco, mais elle ne lui ressemblait pas assez pour totalement déranger Harry. Le visage de son cousin était fin alors que celui de Charisma était plutôt rond. Si Draco avait les yeux gris des Black et les cheveux d’une blondeur telle qu’ils en étaient presque blancs, Charisma avait les yeux bleus des Malfoy et de longs cheveux dorés qui retombaient en vagues gracieuses sur ses reins. « Tu viendras à leurs fiançailles ? Interrogea Ron, sortant ainsi son ami de ses songes. - Je ne sais pas, avoua Harry en observant le va et vient des sorciers dans la rue. Je ne connais pas beaucoup Charisma, et puis… - Tu n’as pas spécialement envie de voir la famille de la fiancée, termina Ron en faisant signe au serveur de lui apporter un beignet. - Tu ne manges jamais chez toi ou quoi ? Interrogea Harry en voyant son ami se jeter sur la pâtisserie comme un désespéré. - Merde Ron, on dirait que tu n’as jamais vu un beignet de ta vie, fit remarquer Colin en s’installant à leur table. Faut-il que je titre mon article « entretien avec un boulimique ? » - Hm, t’es bien un journaliste toi, rétorqua Ron la bouche pleine. Tu débarques d’on ne sait où. On ne sait pas comment tu es entré, on ne t’as pas vu, mais tu es bien là… - Excuse moi, Ron, je pensais que tu étais sorcier pourtant, remarqua Colin avec un sourire amusé. On appelle ça « transplaner » dans le monde magique.» Harry éclata de rire…La journée n’allait finalement pas être si mauvaise. L’interview fut plutôt réussie. Colin avait considérablement mûri et il riait à présent de bon cœur lorsque Ron évoquait les années à Poudlard, lorsque Colin se comportait en véritable « Pottermaniac. » Il avait toujours son précieux appareil photo avec lui, mais il ne mitraillait plus ses sujets, au contraire. Il prenait le temps de réaliser les photos les plus justes possible pour illustrer ses articles. Il prit congé de Ron et Harry en leur promettant de venir les voir jouer contre l’Australie. Il ajouta qu’il prendrait la plus belle photo de Declan Payton, en larmes, lorsque Harry lui aura ravi le Vif d’Or. Les deux joueurs de Quidditch se rendirent ensuite dans une boutique de sport pour une séance de dédicaces où était présente toute l’équipe d’Angleterre. Olivier Dubois accueillit Harry avec un geste du doigt sur son cou qui signifiait « je vais t’égorger. » Le Survivant répondit par un sourire radieux, nullement impressionné par son capitaine et ses tentatives d’intimidation. Les joueurs passèrent plusieurs heures à signer des autographes, et Harry ne fut pas mécontent de sortir de la boutique car la chaleur générée par la foule avait fini par l’assommer. Il mit les mains dans les poches de son pantalon et il marcha en regardant les passants d’un air distrait, offrant son visage à la caresse du vent frais. « J’ai cru que de la fumée allait sortir des narines d’Olivier tellement il était énervé par notre retard, plaisanta Ron en s’arrêtant pour signer un autographe à une adolescente qui le fixait avec béatitude. - C’était plutôt amusant, confessa Harry. Je le suspecte de se bourrer de tranquillisants pour ne pas nous sauter à la gorge. - Il se dope surtout à la victoire, et c’est parce qu’avec toi, il est sûr de gagner qu’il ne nous a pas encore trucidés. Vivement demain soir. On va leur faire manger leurs balais. » Harry acquiesça sans grande conviction. Son attention venait d’être attirée par Blaise qui arrivait en courant, traînant littéralement Charisma par la main. Perchée sur de hauts talons, la jeune femme trébuchait presque à chaque enjambée, mais cela ne l’empêchait pas de scanner toute la rue avec une mine catastrophée sans se soucier de son équilibre précaire. Dès qu’il les vit, Ron se mit également à regarder frénétiquement autour de lui. « Vous l’avez encore paumé ? Demanda-t-il lorsque le couple arriva à sa hauteur. - Paumé quoi ? Interrogea Harry en saluant Charisma d’un hochement de tête. - Cet infâme chiard, répondit Blaise à bout de souffle. Putain, ce n’est pas plus haut de trois bites à genoux et ça se prend déjà pour un aventurier ! Draco va m’éplucher les couilles à vif si je ne le retrouve pas. - Vous remarquerez que ce n’est pas pour son élégance que je l’épouse, » lança Charisma en montrant Blaise du doigt alors que Ron et Harry s’esclaffaient bruyamment. « Le voilà ce petit c…Ce petit turbulent ! » Le cœur de Harry fit un bond dans sa poitrine. Il ne voulait pas tourner la tête en direction de l’endroit indiqué par Charisma. Il ne voulait pas voir à quoi ressemblait l’enfant de Cho Chang et de Draco Malfoy. Ses yeux se rivèrent néanmoins à la vitrine de la pâtisserie devant laquelle Kieran se tenait presque en transe. Harry n’avait aucune envie de se trouver en sa présence et pourtant il s’approcha de lui - suivant ainsi ses amis qui sprintaient vers le petit fugueur – comme s’il était mû par une force magnétique qui l’attirait contre son gré. Il se sentait écoeuré et fasciné à la fois, refusant de voir mais observant quand même le moindre détail, comme ces gens épouvantés par un accident, qui ne peuvent pourtant pas détacher leurs regards. Et Kieran était un accident percutant dans la vie de Harry. Il se tenait devant Harry, du haut de ses trois ans et demie, le nez collé à la devanture de la pâtisserie, les deux mains plaquées sur la vitrine. Ses cheveux noirs semblaient briller sous le soleil d’octobre et quelques mèches retombaient devant ses yeux en amande. Il ressemblait beaucoup à Cho, mais on devinait la finesse des traits de Draco cachée sous les rondeurs de l’enfance, et l’expression de défi qu’il affichait sur son visage venait incontestablement de Draco. Malgré lui, Harry fit un pas en avant, et les yeux marron de Kieran rencontrèrent les siens. Son cœur explosa dans sa poitrine, englué dans des sentiments totalement contradictoires à l’encontre de Kieran. Il attirait et repoussait Harry tout à la fois. Le Survivant l’aimait car c’était un enfant, mais il le détestait avec force car c’était le rejeton de Draco. Il ne savait que faire, il ignorait quoi dire à ce garçon qu’il fixait d’un air dur sans s’en rendre compte. Il avait chaud. Il avait froid. Un étau comprimait sa cage thoracique. Il haïssait ce gosse autant qu’il haïssait son père, exactement comme Rogue l’avait haï parce qu’il était le fils de James Potter. Et pourtant, il restait planté là, à observer le moindre de ses gestes, exactement comme l’avait fait Rogue, même si, selon Harry, la rancœur de Rogue était injustifiée. Kieran tenta un sourire forcé et, comme Harry ne lui renvoya qu’une mine écoeurée, il reporta son attention sur Blaise. « J’en veux, dit-il en pointant du doigt un gâteau au chocolat orné de souris dansantes en sucre. - Et moi je veux que tu arrêtes de te sauver sans prévenir, à la moindre occasion, rétorqua Blaise d’un air maussade. Comme quoi, on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie. - J’en veux, » insista Kieran en tapant du pied. La ressemblance avec Draco était tellement frappante à présent que Harry eut envie de rire malgré son état proche de la crise de nerfs. Un sourire amusé se dessina sur son visage pendant que Kieran répétait inlassablement « j’en veux » et que Blaise invoquait tous les saints et leurs stagiaires pour rester calme. Ron semblait à deux doigts de courir se faire faire une vasectomie et Charisma avait l’air de trouver tout cela assez drôle. L’arrivée de Draco rendit la situation moins cocasse pour Harry. Son sourire s’effaça progressivement pour laisser place à une grimace crispée lorsque Draco accourut vers eux, accompagné d’un séduisant homme Noir aux cheveux courts qui n’était autre que Declan Payton. « Tenez, voilà le couple de l’année, marmonna Harry. - Quoi ? » Demanda Ron sans quitter Kieran des yeux. Harry haussa les épaules et il tenta de reporter son attention sur Kieran afin d’éviter le regard de Draco. Il se sentait mal, un peu nauséeux et surtout, envahi par la colère. Colère contre Draco de l’avoir lâchement quitté et de trouver l’amour dans les bras de Declan Payton. Colère contre lui-même parce son cœur battait la chamade, que son cerveau semblait plongé dans la brume et qu’il ne pouvait s’empêcher de détailler Draco de la tête aux pieds. Si cela était possible, il était encore plus attirant que dans les souvenirs de Harry, les larges cicatrices sanguinolentes ayant laissé place à des fines marques blanches qui donnaient à son visage une expression encore plus froide, presque fascinante. Il portait une seyante robe de sorcier noire ouverte sur un jean qui mettait en valeur ses longues cuisses affûtées. Harry le détestait de paraître aussi sûr de lui et il espérait que personne ne remarquerait l’ouragan qui sévissait en lui à la simple vue de Draco Malfoy. « Tu ne dois pas partir sans dire aux adultes où tu vas, tonna Declan à l’encontre de Kieran qui regardait son père avec la même crainte que celle de Draco face à Lucius quelques années auparavant, ce qui déstabilisa totalement Harry. - J’en veux, insista Kieran en montrant la vitrine du doigt. - Certainement pas, répliqua sèchement Draco. Tu restes ici et surtout, tu ne bouges pas. » Kieran tapa du pied sur le sol une fois de plus, mais il s’abstint de tout commentaire. Harry leva la tête et il se noya dans les yeux gris de Draco, rivés sur lui. Le temps s’arrêta et plus personne ne dit un mot, dans l’expectative des retrouvailles entre Harry et Draco. Le blond semblait surpris, et Harry retint un sourire triomphant. Il avait gagné quelques centimètres et à présent, il était de la même taille que Draco, ce qui avait l’air de décontenancer ce dernier. Il s’était peut être attendu à retrouver Harry tel qu’il l’avait laissé, mais tout avait changé, même la différence de taille entre eux. « Bonjour Harry, » déclara Draco en avançant la main vers lui, une lueur indéfinissable au fond des yeux. Harry le fusilla du regard et il prit tout son temps pour prendre la main tendue et la serrer aussi fort que possible, en espérant lui broyer au passage quelques phalanges. « Salut Malfoy, lança froidement Harry. - Tu as l’air en forme. - Je le suis, en effet, répondit Harry en se demandant comment sa voix pouvait paraître si posée alors qu’il brûlait intérieurement. Alors Declan, es-tu prêt pour le match ? - Plus que jamais. Et toi ? - Il y a des chances pour que le Vif d’Or dans ma main soit la dernière chose que tu voies avant de te mettre à pleurer. » Declan éclata de rire, bientôt suivi par les autres. Seul Kieran ne comprenait pas la conversation et il s’interrogeait sur les motivations de ce grand bonhomme aux cheveux noirs. Pourquoi voulait-il faire pleurer son copain Declan ? « Declan est gentil, affirma-t-il soudain. - Arrgh, il fout en l’air ma réputation de tueur ! Gémit Declan. - Pas besoin de lui pour ça, je vais laminer ta réputation demain, promit Harry avec un sourire éclatant malgré son envie de frapper Draco. Si vous voulez bien m’excuser, j’ai à faire. » Il serra les mains de ses amis et il manqua s’étouffer de stupeur lorsque Draco emprisonna ses doigts plus longtemps que de raison. Il y avait de la douceur mêlée à de la tristesse dans ses yeux, et Harry se demanda quand il avait cessé de porter ce masque d’indifférence qui, à bien y réfléchir, était moins déstabilisant. Il écrasa les doigts de Draco et ne les lâcha que lorsque le blond retint sa respiration pour ne pas vocaliser sa douleur. C’était un coup bas indigne de lui, mais Harry avait besoin de lui faire mal d’une manière ou d’une autre, juste pour être à égalité avec lui. Il pouvait sentir son regard le suivre et brûler sa nuque alors qu’il tournait au coin de la rue. *********************************************** Le soir du match, les choses dégénérèrent entre Harry et Declan. Harry avait passé la journée à tenter par tous les moyens possibles d’éviter de penser à sa rencontre avec la joyeuse famille Malfoy-Payton, et cela avait plutôt bien fonctionné dans l’ensemble. Mais dès qu’il fut sur le terrain de Quidditch et qu’il vit Declan survoler la foule à la recherche d’une tête blonde bien connue, Harry perdit pied. Il s’en voulait de ressentir autant d’émotions contradictoires et incontrôlables à propos de Draco. Il aurait souhaité être indifférent, mais la simple vision de ses cheveux blonds se démarquant dans la foule le rendait fou de rage. Peut être sa colère était-elle due au tee-shirt de l’équipe d’Australie que Draco arborait fièrement, comme il avait exhibé son stupide badge « Potter stinks » quelques années auparavant. Peut-être Harry était-il simplement contrarié parce qu’après trois années passées sans lui, il était jaloux de voir que Draco portait le numéro du maillot de Declan Payton et pas le sien. Harry et Declan aimaient se chambrer lors des matchs, et ils ne dérogèrent pas à la règle ce soir là. La différence tenait au fait que cette fois Harry était sérieux et qu’il pensait chaque mot qu’il prononçait, contrairement à Declan. Au cours de la partie, Ron dû intervenir auprès de Harry pour qu’il commence à chercher le Vif d’Or au lieu de jouer à celui qui lancerait la plus grosse méchanceté. Alors Harry fit ce pour quoi il était grassement payé. Il attrapa le Vif d’Or et, quand il vit Draco applaudir, il se sentit singulièrement satisfait. Il était en train de rentrer dans les vestiaires en se disant qu’il devait se ressaisir car il n’aimait pas son propre comportement - c’était comme si un étranger avait pris possession de ses réactions - lorsqu’il entendit Declan s’entretenir avec un journaliste. « Vous savez, disait-il avec un sourire resplendissant, j’aurais pu battre Potter sans problème si je n’avais pas été aussi malade. - Quelle est cette maladie ? Questionna Harry en s’approchant d’un pas rapide. La maladie des mecs qui ne seraient pas foutus de toucher un arbre même s’ils étaient en plein milieu d’une forêt ? » Declan éclata d’un rire sonore en prenant Harry par l’épaule. « Elle est pas mal celle là, avoua-t-il. Cependant, il faut reconnaître que je suis un bien meilleur joueur que toi, même si je n’ai pas gagné ce soir. Toi, tu as surtout de la chance. » Harry avait l’impression d’être un spectateur de ses propres mouvements. Il sentit les vannes céder suite à cette remarque anodine, parce que lui, il ne se considérait pas comme chanceux, bien au contraire. Il fut incapable de se raisonner et lorsqu’il poussa Declan, il était déjà trop tard, il le savait. Son poing s’abattit violemment sur la mâchoire de l’australien qui fit un pas en arrière avant d’étouffer un juron. Le journaliste tenta de s’interposer mais il ne faisait pas le poids face à un Potter et un Payton enragés. Alors il courut chercher de l’aide. Bientôt, un attroupement entoura les deux hommes qui se battaient sans trop savoir pourquoi. Harry cognait avec force, comme si sa vie en dépendait et plus il frappait, plus il se sentait libéré d’un poids. Malheureusement pour lui, Declan n’était pas en reste et il lui décrocha quelques puissants uppercuts. Le goût métallique du sang envahit la bouche de Harry qui s’essuya d’un revers de manche. Au moment où il allait rétorquer par un magistral coup de tête, quelqu’un le ceintura. C’était Olivier Dubois. « Lâche le, Dubois ! S’écria Declan. Laisse le prendre sa raclée ! - Declan arrête ! Ordonna Draco en le tenant par le bras. - J’arrêterai quand je lui aurai fait bouffer son râtelier à ce connard ! - Va te faire foutre, Payton ! S’exclama Harry en se débattant. - Vous êtes ridicules, » siffla Draco en tirant Declan en arrière. Ron mit tout le monde d’accord en stupéfixant Harry et Declan. Il fit transplaner Harry chez lui pendant que Draco accomplissait la même chose avec Declan. Dès que Ron le libéra du sortilège, Harry se laissa choir sur son canapé, jambes écartées, les coudes en appui sur les genoux, la tête entre les mains. Il avait l’impression d’avaler du sang à chaque déglutition, son œil était anormalement fermé et ses doigts lui faisaient très mal. Il avait surtout terriblement honte de son comportement mais il n’avait pas pu s’en empêcher. L’étranger en lui avait pris le dessus ; le Harry adolescent avait étouffé l'adulte en lui. « Tu veux une pommade pour ton œil ? » Demanda Ron en prenant le chemin de la salle de bains. Harry acquiesça en grognant. Il savait que cette pommade, même si elle était d’une efficacité redoutable, était aussi très douloureuse. Ron la lui appliqua sans ménagement, mais sans poser de questions, ce qui soulagea Harry. Il n’avait aucune envie de s’expliquer. D’ailleurs, il ne s’expliquait pas à lui-même comment les choses en étaient arrivées là. Il serra les poings, attendit que la brûlure causée par la pommade cesse et au bout de quelques minutes, il parvint enfin à ouvrir totalement son œil. « Merci de ne rien me demander, lança-t-il en ôtant son tee-shirt. - De rien, rétorqua Ron avec un sourire amusé. De toutes façons, dès que Hermione saura ce qui est arrivé, elle va vouloir comprendre…Je me contenterai d’écouter tes réponses à ses questions. » Harry émit un léger rire en regardant son ami partir, puis il se jeta sous le jet apaisant d’une douche chaude. Il avait l’impression de sentir la sueur mêlée au sang, et que jamais cette désagréable odeur ne partirait. Tous ses muscles étaient tendus, son cœur cognait bien trop fort dans sa poitrine et sa tête semblait sur le point d’imploser. Qu’allait-il bien pouvoir dire à Hermione ? Et à Blaise ? Et aux media ? Ils allaient forcément vouloir des explications mais comment leur expliquer qu’il n’avait aucune idée de ce qui était arrivé ? Tout ce qu’il s’avait - et il se l’avouait avec une colère sourde au fond du cœur - c’était que quelque part en lui, sournoisement tapi, il y avait toujours un relent d'amour pour Draco. Cela le rendait malade de rage, parce que Draco ne méritait au mieux que son indifférence, au pire que sa haine. Il sortit de la douche et, au moment où il se séchait les cheveux à l’aide d’une serviette, on sonna frénétiquement à la porte d’entrée. Harry poussa un juron entre ses dents et il enfila un pantalon de jogging noir sur ses jambes encore mouillées. Il ouvrit la porte à la volée et les mots moururent dans sa gorge dès qu’il vit Draco, extraordinairement arrogant face à lui. Il se tenait droit, comme s’il était un chef d’état en visite officielle. Au passage, il avait eu la bonne idée d’ôter son tee-shirt de supporter de Declan Payton et Harry l’en remercia mentalement car il n’était pas d’humeur à casser la figure de qui que ce fut d’autre ce soir. Draco semblait trop sûr de lui, mais Harry perçut son malaise dans sa façon de secouer sèchement la tête afin de faire retomber une mèche blonde devant ses fines cicatrices. « Qu’est ce que tu fous là, Malfoy ? Demanda-t-il néanmoins, bien décidé à ne plus jamais laisser Draco entrer dans sa vie pour y semer la confusion. - Un ami ne peut pas passer dire bonjour à un autre ami ? Interrogea Draco en retour avec son éternel sourire goguenard. - C’est ce que font les amis, oui…Alors pourquoi toi, Malfoy, tu es là ? » Si l’insinuation de Harry lui fit mal, Draco ne laissa aucune émotion transparaître. Il se contenta de laisser errer son regard sur le torse nu de Harry, pour finalement s’arrêter sur l’épaisse cicatrice qui courait le long de son bras. « Nous avons tous nos blessures de guerre, constata Harry d’une voix neutre. Tes chirurgiens ont fait du bon travail avec les tiennes. Et maintenant, trêve de politesses, qu’est ce que tu veux ? - Savoir pourquoi tu as agressé Declan de la sorte. - On va dire que j’ai pété un câble sans raisons particulières, ça te va ? A présent, retourne auprès de ton fiancé et fais moi l’immense faveur de rester loin de moi. - Mon…Fiancé ? » Draco passa de la stupeur à l’amusement en quelques secondes et, avant que Harry ait eu le temps de comprendre ce qui arrivait, le blond éclatait de son rire si agréable et donc, si crispant pour Harry. « Je ne t’imaginais pas lisant les ragots de Sorcière Hebdo, reprit Draco en entrant dans le salon comme si les lieux lui appartenaient. Pour ta gouverne, Declan et moi ne sommes pas fiancés, loin de là. Tout d’abord, Declan est hétérosexuel…Une sacrée entrave à notre idylle, tu ne trouves pas ? » Harry haussa les épaules comme si cela lui importait peu mais en réalité, il se maudissait d’avoir été aussi crédule. « Cela dit, j’ai pour habitude d’obtenir tout ce que je veux, alors si je ne suis pas avec Declan, c’est surtout parce que je n’en ai pas envie. - Tu es difficile. - Il est extrêmement séduisant, c’est vrai, mais ce n’est pas lui qui m’intéresse…Ce serait plutôt toi. » En disant ces mots, il s’était dangereusement rapproché de Harry, une lueur de désir dansant dans ses prunelles grises. Ses doigts frôlèrent son épaule et descendirent jusqu’à son poignet qu’ils emprisonnèrent tendrement. Il tira doucement Harry vers lui mais ce dernier se dégagea brusquement de cette étreinte. « Tu m’avais à ton entière disposition, Draco, siffla-t-il en saisissant un tee-shirt pour l’enfiler le plus rapidement possible. Tu as choisi de me tenir à l’écart et il est trop tard pour revenir en ayant l’incroyable prétention de croire que je vais retomber dans le panneau, comme si j’avais passé trois ans à t’attendre ! - Je sais que tu ne m’as pas attendu, rétorqua sèchement Draco. J’ai mis le nez une fois ou deux dans Sorcière Hebdo moi aussi, ton tableau de chasse semble impressionnant. Sache que de mon côté, je n’ai pas pu t’oublier, je ne suis sorti avec personne. - Pour mon tableau de chasse, il ne faut pas croire tout ce que les journaux racontent. Quant à ton désert affectif, je m’en fous royalement. Tes propos n’ont plus aucune valeur à mes yeux, j’ai tiré un trait sur toi et sur ton départ digne des plus grands minables. - Mais putain Harry, j’essaie de te dire que je n’ai pas cessé de penser à toi pendant tout ce temps ! Laisse moi au moins une chance ! » Il passa nerveusement la main dans ses cheveux avant de fixer Harry avec une telle intensité qu’il semblait chercher à sonder son âme. Le sang de Harry ne fit qu’un tour. Il n’arrivait pas à croire que Draco pouvait se permettre d’arriver en terrain conquis sans même prendre la peine de s’excuser. Et le battement sourd de son cœur l’énervait au plus haut point. « Tu m’as laissé une chance de te retenir lorsque tu as voulu partir ? Demanda-t-il en faisant un effort colossal pour ne pas sauter à la gorge de Draco. - Je devais partir. Près de toi, j’aurais cédé à la facilité et je t’aurais laissé tout gérer. Je n’arrivais pas à sortir la tête hors de l’eau, entre mon amnésie, Kieran, la guerre et Blaise qui avait besoin de mon aide. Je pensais que tu comprendrais, que tu accepterais de me laisser du temps. - C’est toi qui ne comprends pas, Draco, répliqua Harry en soupirant. J’étais prêt à patienter aussi longtemps qu’il le fallait pour que tu mettes de l’ordre dans ta vie, et je connais les motivations qui t’ont fait partir. Ce que je n’accepte pas, ce que je ne pardonne pas, c’est la façon dont tu t'es sauvé. Je méritais mieux qu’une simple lettre. Je méritais une explication en face à face bon sang ! La dernière fois qu’on s’est vus, tu savais déjà que tu ne reviendrais pas à Poudlard, mais tu as préféré attendre pour écrire ta saloperie de lettre, je ne peux pas oublier ça. Sincèrement, je regrette chaque seconde que j’ai passé à te prendre pour quelqu’un de bien. - Je regrette aussi que tu te soies trompé à ce point. Je suis vraiment désolé d’avoir manqué de courage en te quittant de cette manière. - C’est trop facile de prendre tous les torts à ta charge, de simplement acquiescer pour me faire plaisir, de sortir un « je suis désolé » régurgité un million de fois par jour par des gens comme toi, qui n’en pensent pas un mot. Tu imaginais réellement que j’allais retomber dans tes bras ? - A dire vrai, oui, je le pensais. Après tout, ta crise de jalousie avec Declan signifie bien que tu n’en as pas fini avec tes sentiments pour moi. Il y a quelque chose de fort entre nous, Harry, tu ne peux pas le nier. C’est quelque chose qui nous dépasse totalement. Malgré le fait que je n’ai aucun souvenir de nous avant mon retour du Manoir, je n’ai jamais pu oublier le peu que je savais, je n’ai jamais pu tirer un trait sur ce que tu m’as fait ressentir, à tel point que je n’ai pas vécu pleinement durant ces trois ans. Je me suis contenté de m’accrocher à ce bracelet magique que tu m’avais offert. » Harry observa longuement Draco. Il était un peu haletant, comme s’il venait de sprinter, et Harry se demanda si cela venait du fait que Draco en disait plus qu’à l’accoutumée. Il avait d’ailleurs du mal à concevoir que c’était bien Draco Malfoy qui s’ouvrait ainsi à lui. Il avait surtout des difficultés à accepter ces déclarations qui, selon lui, étaient beaucoup trop tardives. Pourtant, il savait exactement de quoi parlait Draco. Il le vivait de l’intérieur. Il poussa un long soupir résigné et son regard rencontra les prunelles grises dans lesquelles il s’était si souvent volontairement perdu. Même si Draco avait l’air sincère ; même si ses yeux ne mentaient pas, Harry se méfiait de lui comme de la peste. « Ok, articula-t-il lentement en sortant un récipient du placard. Tu vas connaître toute l’histoire. - Une Pensine ? - Cadeau de Dumbledore. » Harry mit tous ses souvenirs concernant Draco dans la Pensine. Il n’en oublia aucun, de leur première rencontre à l’instant maudit où Lucius avait enlevé Draco. « Tout ce que tu veux savoir se trouve là dedans, déclara ensuite Harry en désignant la Pensine avec sa baguette magique. Tu ne m’en voudras pas de ne pas faire le voyage avec toi…Je connais l’histoire, elle termine mal. » Draco ouvrit la bouche pour lancer une remarque cinglante mais il la referma aussitôt. Harry émit un rictus satisfait en se servant une vodka tonique. Il s’installa confortablement dans son canapé et il attendit patiemment que Draco termine sa visite au pays des souvenirs. Il lui fallut des heures pour tout redécouvrir et Harry décida de vaquer à ses occupations. Il se rendit chez Olivier qui lui hurla dessus avant de lui expliquer que Declan et lui avaient écopé de cinq matchs de suspension pour en être venus aux mains. Il alla ensuite chez Ron et Hermione. Cette dernière le sermonna comme elle seule savait si bien le faire, une cigarette à la main, sous les hochements de tête approbateurs de Vincent Crabbe qui mangeait chez eux – ou plutôt, qui pillait tout ce qui pouvait être comestible chez eux. Lorsque Harry leur expliqua que Draco se repassait le film de leur histoire, Ron lui conseilla à juste titre de prévenir Blaise et Charisma qui gardaient Kieran pour la soirée. « Ils vont devoir s’en occuper demain aussi au train où vont les choses, » lâcha-t-il d’un air pince sans rire. A l’annonce de l’absence prolongée de Draco, Blaise protesta pour la forme. En réalité, il adorait garder Kieran avec lui. Il comptait sur l’enfant pour donner à Charisma l’envie d’être mère, plan qui pour le moment, ne fonctionnait pas du tout étant donné que la jeune femme refusait catégoriquement qu’on « squatte » son utérus. Harry avait envie de discuter avec Sirius mais, vue l’heure tardive, il préféra remettre cette conversation au lendemain. Il rentra chez lui et il se coucha sur le canapé du salon. Alors qu’il remontait la couverture sur ses épaules, il pensa au comique de la situation et il s’autorisa un rire nerveux. Son ex copain était chez lui, assis à la table du salon, la tête dans un bol…L’image était risible. Plus risible encore était Harry qui dormait à deux mètres de lui, incapable de se coucher dans sa chambre, respirant à pleins poumons l’odeur agréable de Draco, savant mélange d’eau de toilette, de tabac, du cuir de sa veste trois quart et de quelque chose de particulier, d’envoûtant…Sa peau. Le lendemain, il eut le temps de prendre une douche, un petit déjeuner, de lire le journal – son altercation avec Declan faisait la Une. Draco n’avait pas bougé et Harry se demanda s’il ne s’était pas tout simplement endormi. L’après midi était déjà bien entamée lorsque l’ancien préfet des Serpentards releva lentement la tête. Ses yeux étaient cernés, son visage reflétait un trouble immense, mais ce qui inquiéta vraiment Harry fut la difficulté avec laquelle Draco se releva. Il était clair qu’il avait très mal au dos, même s’il ne s’en plaignait pas. Il déglutit avec difficulté et Harry lui tendit un verre d’eau qu’il but d’une traite. « Je comprends mieux le lien qui nous unit, déclara enfin Draco d’une voix rauque. Tout ce que nous avons traversé…Tu ne peux pas tirer un trait aussi facilement. - Ça n’a pas été facile, il m’a fallu plus d’un an, » ironisa Harry, hypnotisé par la manière dont Draco avançait vers lui, comme au ralenti. Il ne s’arrêta que lorsque leurs corps se touchèrent presque, trop loin pour que Harry puisse sentir sa peau contre la sienne, mais assez près pour que sa chaleur se diffuse dans tout le corps de Harry qui réprima difficilement un frisson. Son cœur s’affolait encore, l’infâme traître. Draco était le seul capable de semer une telle confusion dans les émotions du Survivant, et il semblait prêt à user de ce don pour arriver à ses fins. Harry se sentait comme l’animal pris dans les phares d’une voiture…Terrorisé et fasciné à la fois, immobile, tant pis si cela devait lui être fatal. Le souffle de Draco caressa sa joue alors que ses mains se posaient délicatement sur les hanches de Harry. « Rien n’est fini entre nous, Harry, » murmura Draco avant d'effleurer la joue de Harry avec ses lèvres. Il traça un sillon de baisers légers le long de sa joue et, lorsqu’il arriva au coin de la bouche de Harry, la pression de ses lèvres s’accentua. Il resta là, sans rien faire d’autre, attendant un signe du brun. Ses mains remontèrent dans son dos et elles pressèrent doucement, pour l’amener à effacer les quelques centimètres qui les séparaient. Harry était troublé au-delà des mots, déstabilisé de ressentir aussi violemment le manque de Draco alors que ce dernier était contre lui, dans l’expectative d’un geste de Harry. Le Survivant saisit la tête de Draco entre ses mains et il écrasa ses lèvres contre les siennes. Harry s’en voulait de désirer aussi puissamment celui qui l’avait fait souffrir au point de se perdre dans les bras d’hommes qui ne comptaient pas pour lui. Il entrouvrit la bouche et sa langue se mêla à celle de Draco. Rien n’avait changé. Draco exerçait toujours le même pouvoir sur lui, et réciproquement. Cette constatation fit redescendre Harry sur terre et il recula en susurrant : « Tu te trompes Draco. Tout a été fini au moment où tu as envoyé cette lettre. Je ne t’ai pas montré notre histoire pour te rendre la mémoire et ainsi, reconstruire quelque chose de solide entre nous. Je te l’ai montrée pour que tu te souviennes bien de ce que tu as gâché avec ta lâcheté. Va t’en. » Il ne pouvait contrôler le tremblement rageur dans sa voix, c’était au dessus de ses forces à lui, qu’on considérait comme le plus grand sorcier de sa génération. Il était hors de question qu’il retombe dans une relation aussi destructrice même si, paradoxalement, elle avait été magnifiquement belle. Il vit le visage de Draco pâlir, et en une seconde, il redevint glacial. « Je ne suis pas responsable de tout, siffla-t-il en allumant une cigarette sous le regard courroucé de Harry. Putain, j’aurais voulu t’y voir, avec une mémoire pleine de trous et un gamin sur les bras ! - J’y étais, Draco ! Contra Harry en éteignant la cigarette d’un claquement de doigts. On était censé partager les expériences ensemble ! Ton amnésie, c’était aussi la mienne. Ton gamin, il était aussi sur mes bras ! - Oh je t’en prie arrête ! Tu parles de relation fusionnelle là. C’est malsain ! Tu réagis vraiment comme un gosse ! - Alors ça c’est la meilleure ! Dis moi, Draco, lequel de nous deux est en train de courir après son amour d’adolescent ? Tu crois que le fait d’être père fait de toi un adulte ? Tu te fourres le doigts dans l’œil jusqu’au coude là. En particulier quand on voit à quel point Blaise est ce qui se rapproche le plus d’une image paternelle pour ton fils. Alors oublie le couplet de l’homme mûr et responsable, ça ne te va pas. Toi tu joues au papa…Si ce n’est pas un jeu de gamin ça…A présent dégage, j’en ai assez entendu. - Tu ne sais rien de ma relation avec mon fils, alors ne parle pas sans savoir ! Eructa Draco, poings serrés, dardant sur Harry un regard furibond. Mais tu as raison sur un point : toi et moi, c’est une erreur colossale. Merci de m’en avoir fait prendre conscience. - Si je peux aider, ironisa Harry en ouvrant la porte pour inciter Draco à sortir. - Tu regretteras de m’avoir balancé comme ça. - C’est toi qui m’as balancé, avec une lettre à la con, tu te souviens ? » Sans attendre la réponse, il referma la porte avec, au fond de lui, une immense sensation de manque doublée d’une sensation de gâchis. Mais faire sortir Draco de son appartement et de sa vie était la seule décision possible pour lui, parce qu’il avait trop donné au blond et qu’il ne se sentait plus capable du moindre effort pour le moment. Il lui semblait que sa confiance en Draco était irrémédiablement détruite. Il retourna dans le salon, se servit un verre de crème de whisky et s’installa sur le canapé, le regard fixé sur le vide. Il passa plus d’une heure ainsi, prostré, sans vraiment réaliser ce que lui arrivait. Il ne toucha pas à son verre, il se contentait juste de s’y accrocher comme si, sans lui, son corps risquait de se disloquer. La pénombre de cette cauchemardesque fin de journée avait déjà envahi l’appartement lorsque Harry sortit de son état comateux, encouragé en ce sens par un hibou qui lui picorait douloureusement la main. Harry prit le message qu’il transportait puis il lui caressa distraitement la tête. Le mot provenait de Sirius, et il était on ne peut plus concis. Si tu as envie d’en parler, tu sais où me trouver. Disait-il. Harry esquissa un sourire triste. Il était ironique que la personne la plus importante pour lui, Sirius, ait été ramenée par deux personnes qu’il n’avait plus envie de voir, à savoir Draco Malfoy et Severus Rogue… Il prit cependant le risque de croiser Rogue en se rendant à Poudlard. En théorie, il ne devait pas tomber sur lui puisque Sirius, en tant que responsable de la Maison rouge et or, avait remplacé la défunte Minerva Mc Gonagall dans ses appartements de la Tour Gryffondor. Harry transplana jusqu’aux grilles de l’école, puis il marcha d’un pas pressé, les mains dans les poches, jusqu’aux vieux bâtiments. L’air était empli de la douce odeur des feuilles mortes après la pluie, c’était assez difficile à supporter pour Harry qui se remémorait avec un pincement au cœur tous les mois d’octobre passés à Poudlard. A cette époque, Minerva Mc Gonagall, Remus Lupin et bien d’autres respiraient encore alors qu’aujourd’hui, leur présence manquait cruellement à tous ceux qui les avaient aimé. Même avec les yeux ouverts et la conscience de leur mort, Harry pouvait les voir déambuler dans le grand Hall, Remus Lupin avec son visage doux, ses vêtements élimés, Minerva Mc Gonagall avec son air guindé, sévère mais toujours juste. Harry se demanda comment Sirius pouvait vivre en ces lieux sans être hanté par ses fantômes. Il grimpa quatre à quatre les marches de la Tour, faisant taire Peeves d’un simple sortilège de silence. Il frappa ensuite à la porte de Sirius qui lui ouvrit avec une brosse à dents dans la bouche. Il fit signe à Harry d’entrer et il se dirigea dans la salle de bains. Il revint rapidement, vêtu d’un pantalon noir sur lequel flottaient les pans de sa chemise blanche. « Tu as un rendez vous ? Demanda Harry en s’asseyant sur le canapé en cuir noir. - Dans deux heures, ça nous laisse du temps, répondit Sirius en rejetant sa longue chevelure noire en arrière. Tu veux parler de l’incident avec Declan Payton ? - Non, ça n’a aucune importance…Et puis ça nous mènerait immanquablement à parler de Draco, ce qui te mettrait dans une position inconfortable. » Sirius observa Harry sans dire un mot, puis il servit un whisky Pur Feu à son filleul avant d’enfin s’asseoir en face de lui, son propre verre à la main. « Ma position a toujours été claire, Harry. Je suis de ton côté, quoi qu’il arrive. Je comprends que tu n’aies pas envie de parler de tout ça avec moi, sachant que je suis aussi proche de Draco. Mais je peux t’assurer que jamais ton nom n’a été prononcé dans nos conversations. - Je m’en doutais, admit Harry en buvant une gorgée. - Ça a été dur de le revoir ? - Plus que je l’avais imaginé, oui. Alors, tu sors encore avec Apollonia ce soir ? » Interrogea Harry pour couper court. Il n’avait besoin de rien d’autre que de la présence de son parrain pour se sentir mieux. Les mots avaient toujours été superflus entre eux. Sirius acquiesça silencieusement. « Depuis combien de temps êtes vous ensemble, trois mois ? - Cinq mois, rectifia Sirius. On s’entend bien, c’est une femme très intelligente. - Elle a de qui tenir, » souffla Harry pour lui-même. Apollonia Mc Gonagall était la nièce de l’ancien professeur de Métamorphose et, si elle était physiquement très différente de sa tante de par ses formes généreuses ainsi que son air jovial, elles avaient la même intelligence mêlant l’intuition et les connaissances livresques. Mais ce qui plaisait le plus à Harry chez Apollonia, c’était le simple fait qu’elle ne soit pas Severus Rogue. Voyant à quel point le professeur de Potions avait été amoureux de Sirius, Harry avait craint que son parrain commette l’irréparable en se laissant séduire. Cette peur avait beau être égoïste, Harry ne parvenait pas à passer outre. Il détestait l’idée même que Sirius et Severus puissent avoir une relation amicale, aussi étrange et bancale qu’elle fut. « Tu penses que c’est le genre de femme que tu pourrais épouser ? » Questionna Harry. Un rictus amusé apparut sur les lèvres ourlées de Sirius, comme s’il avait lu dans les pensées de son filleul. « Je n’ai jamais dit que je voulais me marier. Et Severus ne m’a jamais demandé de l’épouser si ça peut te rassurer. En parlant de lui, il faut que j’aille le voir pour lui piquer des fringues. Apollonia adore le tee-shirt que j’ai offert à Severus pour Noël…Tu sais, celui avec le puma sur le côté. - Tu l’as acheté pour Rogue ou pour toi ce tee-shirt ? Tu n’arrêtes pas de le lui piquer. - Ce cadeau était pour lui, mais il ne le met jamais, » grogna Sirius en ignorant que si Severus ne portait jamais ledit vêtement, c’était parce qu’il ne voulait pas abîmer ce cadeau si précieux qui provenait de Sirius Black. « Je ne t’accompagne pas chez Rogue, déclara Harry avec une moue écoeurée. Je dois y aller de toutes façons, j’ai rendez vous avec Hermione, Ron et Vincent pour régler quelques détails concernant les fiançailles de Blaise et Charisma. - C’est le mois prochain si je ne m’abuse. - Oui, fin novembre. On peut oublier le banquet en plein air, plaisanta Harry. - Je suis content que tu viennes, même si la fête a lieu chez Draco. » Sirius s’arrêta net en voyant le regard étonné de Harry. « J’en conclus que tu ignorais ce dernier élément d’information. - Oui, je suppose que c’est de ça dont Herm’ et Ron voulaient m’entretenir. Je ne vais pas fuir Draco comme un gamin, je peux très bien passer une soirée chez lui sans lui démonter les chicots…Pour Blaise. - Quelle abnégation, taquina Sirius. - Toi aussi tu as remarqué ? Je suis un vrai saint. On devrait donner mon nom à un orphelinat rien que pour ça. » Sirius éclata de son rire tonitruant qui réchauffa instantanément le cœur de Harry. Le jeune homme quitta les appartements de son parrain avec l’esprit plus léger pendant que Sirius descendait dans les cachots. Il surprit deux élèves de Serpentard qui flirtaient dans les couloirs et cela le fit sourire, surtout quand il vit la terreur dans leurs yeux à l’idée qu’il puisse en référer au professeur Rogue. Il les laissa partir avec un avertissement oral, il n’avait pas envie de punir les élèves ce soir. Dès qu’il frappa à la porte, la voix grave de Severus lui ordonna d’entrer. Il pénétra dans le grand salon plongé dans la pénombre. Seule une bougie était allumée et fournissait à la pièce un pâle éclairage. Severus était allongé tout habillé sur le canapé, le visage caché par son avant bras. Sirius avança de quelques pas pour s’asseoir sur la table basse proche du canapé. « Ça ne va pas ? Demanda-t-il en faisant apparaître un verre d’eau qu'il tendit à Severus. - Migraine, lâcha Severus en serrant les dents. - Encore ? Il faut vraiment que tu ailles voir Pomfrey. Il te reste de la potion contre les maux de tête ? - Si j’en avais, Black, je n’aurais plus la migraine, susurra Severus, incapable de contenir sa mauvaise humeur. Pomfrey est aussi en rupture de stock. Je reviens de ma salle de potions où j’ai tenté d’en préparer une, mais je n’arrive pas à me concentrer. Ça ira mieux demain. Que puis-je faire pour toi, Sirius ? Tu veux encore m’emprunter ton tee-shirt pour un rendez vous galant avec Apollonia Mc Gonagall ? - Apollonia est une vraie perle, ne prends pas ce ton méprisant lorsque tu parles d’elle ! - Tu devrais déjà être content que j’aie cessé de l’appeler ‘l’hippopotame.’ - Pauvre minable, siffla Sirius. J’espère que ton cerveau va imploser. » Il se leva d’un bond et sortit en claquant la porte aussi fortement que possible, juste pour que le bruit résonne des heures durant dans la tête du professeur de potions. Ce dernier prit appuis sur les accoudoirs du canapé pour se hisser et il s’élança derrière Sirius malgré le battement douloureux qui lui déchirait les tempes à chaque pulsation cardiaque. Il s’en voulait d’être aussi désagréable et insultant avec Apollonia, car il appréciait ses qualités. Il ne pouvait cependant pas lui pardonner le fait qu’elle soit la première relation sérieuse de Sirius. Il sentait que l’Animagus lui échappait inexorablement et cela lui faisait mal, bien plus mal qu’une migraine, même s’il n’avait jamais rien attendu de la part de Sirius. Il parvint à le rattraper au moment où il s’élançait dans l’escalier. Il enroula ses longs doigts autour du poignet du Gryffondor pour l’immobiliser et le simple contact de sa peau sur l’étoffe qui recouvrait le bras de Sirius le mit au supplice. Il préféra le lâcher, au risque de le voir repartir. Pourtant Sirius ne bougea pas. Il se contenta de toiser Severus d’un œil assassin. « Je n’aurais pas dû injurier ta copine, admit Severus d’une voix morne. Viens, je vais te donner le tee-shirt et j’espère sincèrement que vous passerez une bonne soirée tous les deux. » Sirius hocha la tête, peu convaincu, mais il suivit tout de même Severus dans ses appartements. Une fois le vêtement en mains, Sirius aurait pu partir…Il l’aurait fait si sa conscience ne lui avait pas hurlé de rester pour s’assurer que tout allait bien pour Severus. Le maître des potions se tenait difficilement debout devant lui. Il prenait appuis sur la table du salon pour ne pas tomber, ses yeux étaient plissés parce que, même avec une unique bougie pour éclairage, la luminosité de la pièce était trop importante pour lui et cela entretenait sa migraine. Sirius soupira. Il ne pouvait pas s’en aller et laisser Severus dans cet état, cela ne lui ressemblait pas. Alors il passa un bras autour de la taille de Severus et il l’accompagna dans la chambre. « Tais toi si tu ne veux pas que je te hurle dans le cerveau, Servilo, » maugréa Sirius en entendant les protestations de son collègue. Il l’aida ensuite à ôter sa robe de sorcier et sa chemise, puis, aussi délicatement que possible, il l’allongea sur le lit, dans l’obscurité totale. « Ne bouge pas d’ici, je vais te préparer une potion contre les migraines, » annonça Sirius en refermant la porte de la chambre. Il passa par la volière d’où il envoya un message à l’attention d’Apollonia, dans lequel il s’excusait de devoir remettre à la semaine suivante leur rendez vous. Cela l’ennuyait beaucoup de tout annuler à la dernière minute mais il ne pouvait pas faire autrement. Lire la douleur sur le visage habituellement impassible de Severus lui faisait mal. Il se rendit ensuite dans la salle de potions où il concocta une mixture rosâtre terriblement malodorante. L’idée de boire le mélange le révulsait au plus haut point, et il fut content de ne pas avoir de maux de tête en ce moment. Severus était un des seuls au monde à préparer une potion contre les migraines à l’odeur agréable et à l’efficacité instantanée. « Tant pis pour toi, Severus, tu vas boire cette horreur et la prochaine fois, tu partageras peut être tes secrets de fabrication avec moi, » murmura Sirius en retournant dans les cachots. Severus ne dormait pas, la douleur l’en empêchait. Sirius alluma une bougie et il lui tendit la fiole d’un air écoeuré. Il se dégageait du mélange un fort relent de pomme de terre avariée qui souleva le cœur de Severus. « Navré, lança Sirius en croisant les bras sur son torse, je n’ai pas ton génie pour les potions. » Severus se redressa avec difficulté, puis il but le contenu de la fiole en une seule fois. Son visage se tordit en une grimace presque comique, et il dû respirer profondément, la paume de la main collée sur le front, pour ne pas vomir. « Tu as fait de l’excellent travail, dit-il enfin en serrant les dents. Mais fais moi quand même penser à te donner la liste de mes ingrédients secrets, je ne boirai pas deux fois une telle ignominie. - La prochaine fois, Servilus, je te laisse te débrouiller tout seul. - En bon crétin de chez Gryffondor, tu ne pourras pas t’empêcher d’aider ton prochain…Même s’il s’agit de moi. - Fais moi plaisir et ferme la, ordonna Sirius d’un ton sec. Tu es tellement plus intéressant quand tu la mets en veilleuse. - Je vais prendre ça comme un compliment. - Tu ne devrais pas, non. » Malgré l’hostilité entre eux, Sirius fit signe à Severus de lui laisser une place dans le lit et il s’allongea face à lui, le bras gauche soutenant sa tête, la main droite caressant le front du professeur Rogue. « Ne prends pas ce geste pour de la drague, prévint Sirius. - Si je prenais ce geste pour de la drague, je serais bien désespéré, parce qu’il n’est en rien agréable, » aboya Severus en le regrettant immédiatement car le haussement de sa propre voix constituait une violente agression pour son crâne encore douloureux. « Alors si cela n’a rien d’agréable, je vais peut être continuer. Ça va à l’encontre de ma mentalité de crétin de chez Gryffondor mais c’est tellement drôle. » Une ébauche de sourire se dessina sur les lèvres de Severus qui ferma les yeux, se laissant emporter par le bien être que lui procurait la caresse de l’homme qu’il aimerait jusqu’à la fin. Il ne savait pas pourquoi Sirius faisait cela. Sirius ne le savait sûrement pas lui-même, mais ce geste était le plus doux, le plus affectueux que Severus ait connu depuis son enfance. Il ne s’était jamais autorisé à se rendre compte à quel point la caresse d’autrui lui avait manqué. Cette nuit là, lorsque la bougie s’éteignit, Severus Rogue - le professeur le plus sévère de Poudlard, l’homme le plus froid que Sirius ait jamais connu – pleura en silence sur tout ce qui était bon et dont il manquait cruellement. Et pourtant, il était prêt à revivre chaque seconde de sa vie pour en arriver à ce moment unique, ce moment où Sirius effleurait son front de ses longs doigts. Si Sirius se rendit compte de l'instant d’égarement de son singulier ami, il eut la délicatesse de ne pas le faire remarquer. ********************************************************** Le soir des fiançailles arriva beaucoup trop vite pour Harry. Il n’était pas prêt à revoir Draco. En un mois, il n’était pas parvenu à se blinder totalement, à entièrement verrouiller son cœur, à ne plus se sentir agacé dès que le nom de Draco Malfoy était prononcé. Il avait toujours cet affreux doute lorsqu’il essayait de se dire qu’il avait bien fait de rejeter Draco aussi durement et ce doute finissait par l’obséder jusqu’à le rendre agressif, en particulier quand il jouait au Quidditch. Il avait revu Draco une seule fois en un mois, la semaine suivant leur altercation. Harry et Hermione entraient dans une boutique de lingerie fine afin de trouver un cadeau de fiançailles pour Blaise et Charisma (Blaise avait fait une liste de cadeaux des plus étranges.) « Je n’ai aucune envie de leur offrir ce genre de truc, marmonna Harry en voyant une nuisette à dentelle rose. C’est dingue, je ne veux pas savoir ce que Charisma portera quand ils vont faire l’amour. - Oh ça va Harry, contra Hermione en s’approchant d’une guêpière en cuir de dragon. Tu n’es pas obligé d’imaginer Charisma qui tirlipote le zigouigoui de Blaise non plus ! - Qui quoi ?? Demanda Harry en éclatant de rire. - Oui, bon, tu as compris l’idée générale…Oh merdasse ! Harry ne te retourne pas. » Alors Harry s’était retourné, comme on peut le faire presque immanquablement dans ces circonstances. Draco entrait dans la boutique, accompagné de son précieux ami Declan Payton qui tenait dans la main la fameuse liste de Blaise. L’australien salua Harry et Hermione d’un signe de la tête, comme si jamais il ne s’était battu avec le Survivant. Lorsque les yeux de Harry s’arrêtèrent enfin sur Draco, ce dernier le fusillait du regard. Il articula malgré tout un « bonjour Potter, bonjour Granger » d’une voix monocorde, puis il se détourna pour observer un boxer en côte de maille avec un froid détachement. Le Survivant et son amie décidèrent d'acheter autre chose que de la lingerie fine pour les futurs époux Zabini étant donné que les parents de Charisma risquaient de peu apprécier la plaisanterie. Ils sortirent sans un regard en arrière et ils décidèrent de manger une glace avant de se remettre à la recherche du cadeau parfait. Même si la glace était délicieuse, Harry gardait un goût amer dans la bouche. C’était pourtant ce qu'il avait voulu : que Draco le laisse tranquille. Cependant, son attitude l’avait blessé et il détestait le fait d'être encore atteint aussi facilement. Il n'aimait pas non plus passer de "Harry" à "Potter" dans l'esprit de Draco. En résumé, il avait du mal à savoir ce qu'il voulait réellement, son indécision lui portait sur les nerfs, et il en était toujours à ce stade le soir des fiançailles de Blaise et de Charisma au moment où Hermione sonnait à la porte de l'immense Manoir Malfoy. "Plus prétentieuse comme baraque, tu meurs," railla Ron. La remarque fit sourire Harry. La maison était effectivement imposante, entourée du gazon et des jardins les mieux entretenus possible. Il ne s'agissait pas de la demeure familiale des Malfoy car Draco en avait fait don au Ministère pour qu'il le transforme en orphelinat (et pour s'attirer les faveurs du Ministre, Harry n'était pas dupe) mais la ressemblance était frappante. Harry s'attendait à voir un elfe de maison leur ouvrir la lourde porte en chêne, aussi resta-t-il interdit lorsque Draco leur fit face, un sourire de circonstance placardé sur son visage à moitié caché par ses cheveux blonds. Lorsqu'il salua mentalement l'élégance de Draco, à qui le costume noir seyait parfaitement, Harry eut envie de se gifler, ou de s'auto proclamer roi des crétins, au choix. Il eut également un pincement au coeur en réalisant que le blond ne portait plus le bracelet révélateur d'émotions. "Granger, Weasley, bonsoir, articula Draco avec emphase. Entrez." Il les précéda dans un grand hall dont la simplicité tranchait en tous points avec la sophistication de la façade de l'immense bâtisse. Assis sur un tabouret, veillant sur une impressionnante pile de manteaux, se tenait un vieil elfe au sourire édenté. Draco fit signe au trio de déposer leurs affaires auprès de l'elfe et, le temps que Harry se retourne, il avait disparu. "Merci, Harry Potter Monsieur, déclara l'elfe d'un air exalté lorsque Harry lui tendit son pardessus. - Ça m'étonnait aussi de ne pas voir d'esclaves chez Malfoy, marmonna le Survivant. - C'est une blague Harry ?" Interrogea Hermione, stupéfaite, alors que Ron faisait de grands gestes désespérés en direction de Harry. "Tu ne sais pas que Draco est l'un des plus fervents membres de la S.A.L.E. ! Tous les elfes qui travaillent chez lui sont payés. Je crois que je m'avance à peine en disant qu'il a plus de respect pour les elfes que pour les hommes...À ce propos, tu ne t'es toujours pas inscrit à la S.A.L.E. - J'ai encore dû oublier de le faire, mentit Harry. N'empêche qu'il est extrêmement impoli de la part de Malfoy de ne pas m'avoir salué ce soir. C'est lui l'hôte, merde ! - Mais tu avais dit que tu ne viendrais qu'à la condition qu'il ne t'adresse pas la parole, soupira Ron. - Tu n'as pas été lui répéter ça quand même ?! Questionna Harry en haussant le ton. Je vais passer pour quoi moi ? Le gamin de service ! - Je ne lui ai rien dit, assura Ron. Mais j'en ai parlé à Blaise. Il voulait tellement que cette soirée se passe bien qu'il a dû briefer Draco." Harry fit une grimace de désapprobation mais il n'exprima pas sa colère. Il se contenta de suivre ses amis dans la salle de bal, décorée pour l'occasion de centaines de bougies et de petits coeurs ailés roses qui virevoltaient autour des convives à la manière de papillons gracieux. Connaissant les goûts de Blaise et de Draco, il était certain que la partie décoration de la fête avait été prise en charge par Charisma. Les tables du banquet étaient disposées en U, laissant place à une piste de danse au centre. Les elfes s'affairaient pour servir du champagne aux invités pendant qu'un orchestre jouait une musique douce en fond sonore. La fête promettait d'être réussie, si Harry parvenait à éviter Severus Rogue qui, pour le moment, semblait aussi à l'aise qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Plus loin, Sirius, Apollonia et Draco riaient alors que Kieran tentait d'attraper les coeurs volants. "J'ignorais qu'on allait devoir se coltiner la marmaille, grommela Harry. - Voyons, ce n'est qu'un gosse, il ne t'a rien fait, sermonna Hermione. Il n'est pas responsable du comportement de Draco. - C'est vrai, reconnut Harry, il est déjà génétiquement assez malchanceux, n'en rajoutons pas. Mais il n'est pas censé dormir à cette heure là ? - Si, admit Ron en regardant Blaise et Charisma approcher, et je doute que Draco le laisse veiller toute la nuit. Ne t'en fais pas, il ne restera pas longtemps. C'est moi ou Blaise a l'air tendu ?" Ron ne se trompait pas, Blaise était effectivement au supplice depuis plus de deux heures, et cela faisait beaucoup rire sa fiancée. Tous deux accueillirent chaleureusement le trio même si Blaise semblait peser chaque mot avec précaution. "C'est quoi l'embrouille ? Demanda Ron lorsque Blaise l'appela par son prénom plutôt que "petite bite" comme il avait l'habitude de le faire. - Un homme n'a pas le droit de surveiller son vocabulaire le jour de ses fiançailles ? Rétorqua Blaise avec un large sourire. Par la barbe de mes c...De Merlin, je fais ce que je veux. - La vérité, déclara Charisma en pleurant de rire, c'est que Blaise ne peut pas dire la moindre vulgarité pendant vingt quatre heures. Severus Rogue en a eu marre de l'entendre jurer comme un charretier. Il lui a balancé un sortilège de son cru et si Blaise dit le moindre gros mot, il se fait pincer le cul. Apparemment c'est douloureux, n'est ce pas Nounours ? - Déjection canine ! S'exclama Blaise alors que les autres riaient à gorge déployée. Votre manque de solidarité me ruine les parties génitales ! Harry, toi qui es le sorcier le plus puissant du monde et de sa périphérie, tu n'as pas un contre sort ? J'ai le c...Le postérieur en feu moi ! - Désolé, j'ignorais même qu'un tel sortilège existait. Je trouve ça plutôt drôle pour être honnête. - Je n'arrive pas à croire que vous vous payez ma tête pendant que je subis un grave traumatisme ! Vous êtes une bande de sadiques de la pire espèce. - Et nous sommes fiers de l'être, rétorqua Hermione. Fais péter le champagne au lieu de te lamenter, Nounours. - Vous croyez que Rogue pourrait jeter le même sort à ma copine ?" Interrogea Ron avant que Hermione lui donne un coup de coude dans les côtes. Harry se mêla à la foule, en faisant tout son possible pour ne jamais avoir Draco dans son champ de vision, ce qui était chose aisée étant donné que les convives étaient relativement nombreux. Il rejoignit Sirius lorsque ce dernier fut seul et ils burent quelques verres ensemble en commentant les derniers résultats de Quidditch. Sirius désigna ensuite le couple qui jouait avec Kieran et il lui expliqua qu'il s'agissait des parents de Cho. Ils s'étaient toujours battus contre Voldemort et ils restaient très marqués par les circonstances de la mort de leur fille. Ils tentaient de réparer sa trahison à leur manière, en s'investissant dans l'éducation de leur petit fils. Ils étaient devenus assez proches de Draco au fil des mois et Harry se surprit à penser qu'il était bénéfique pour l'héritier des Malfoy d'avoir l'exemple d'un couple uni et solide sous les yeux. Il aurait volontiers passé toute la soirée aux côtés de Sirius si Severus Rogue ne s'était pas joint à eux, toisant Harry avec tout le mépris dont il était capable. Harry lui renvoya un regard haineux avant de retourner auprès de Blaise, lequel s'était lancé dans un concours de tequila frappée avec Hermione et Vincent Crabbe. "Entre dans la compétition avec nous, l'invita Vincent. Les anciens de Poudlard contre les loqueteux de Durmstrang ! - Vous allez être totalement bourrés avant de passer à table, prévint Harry. - Wow, tu as le troisième oeil façon Trelawney toi maintenant ? Railla Hermione en resservant les garçons. A cela près que tes prédictions risquent bien de s'avérer exactes. - A n'en point douter, très chère. A n'en point douter, lança Blaise avec un sourire rayonnant. La nourriture épongera ce qu'on a cuvé de toute façon. Faut bien que je boive pour anesthésier la douleur physique et morale liée aux pincements quand je m'égare verbalement...Parce que dans l'idée, c'est comme si ce bon vieux Rogue me pinçait le cul lui même ! Ah sa mère !!!" Hurla-t-il lorsque le sortilège se mit en marche. "L'alcool va surtout t'aider à oublier de faire attention à ce que tu dis, expliqua Harry en s'esclaffant. Vous avez vu Ron ? - Il est aux chiottes...Aïe !!! - A ce propos, où sont les toilettes ? Demanda Harry. - Premier étage, deuxième porte à droite," répondit Blaise avec un rictus sardonique. Harry haussa les épaules et il se dirigea dans l'escalier, appréciant le calme relatif qui y régnait. Il se demandait combien de temps il allait devoir rester dans le Manoir Malfoy avant de partir sans paraître impoli envers Blaise et Charisma. Lorsqu'il arriva devant la porte ouverte, il comprit l'amusement de Blaise. Il n'était pas devant les toilettes mais devant la chambre de Kieran, dans laquelle Draco bataillait pour coucher son fils. "Je veux la fête ! Cria Kieran. - Ça suffit La Crevette ! Il est temps de dormir alors tu te tais et tu obéis ! Ordonna sèchement Draco. - Méchant, je veux la fête ! - Pousse le bouchon encore plus loin et je vais vraiment devenir méchant, siffla Draco. - Je veux une histoire ! - D'accord." Céda Draco en fouillant dans la bibliothèque et en sortant un livre qu'il tendit à l'elfe. "Alf va te raconter l'histoire du petit sorcier et du chat tigré. - Toi tu racontes, commanda Kieran en repoussant ses couvertures. - Je n'ai pas que &cc |