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TRAUMA CHAPITRE SIX : DERIVES. I’m in heaven, I’m a god. I’m everywhere I feel so hot. It’s not a habit, it’s cool, I feel alive. If you don’t have it you’re on the other side. I’m not an addict (maybe that’s a lie). It’s over now. I’m cold, alone. I’m just a person on my own. Nothing means a thing to me. No nothing means a thing to me. It’s not a habit, it’s cool, I feel alive. If you don’t have it you’re on the other side. I’m not an addict (maybe that’s a lie.) Free me, leave me. Watch me as I’m going down. Free me, see me. Look at me as I’m falling and I’m falling. (K’s Choice, « Not an addict ») Draco ne retourna pas travailler avant deux jours, trop abattu par la perte de son cahier bleu. Il passa son temps à retourner son appartement, sa cave et il refusa tout contact avec l’extérieur, jusqu’à ce qu’il se persuade que sa réaction était démesurée et qu’il se devait d’aller faire ce pour quoi il était grassement payé. Il prit une douche, croqua une bouchée dans une pomme, et il enfouit sa robe de médicomage dans un sac. Le soleil brillait à nouveau et Draco fut aveuglé lorsqu’il sortit de son immeuble. Il avait quand même passé plus de 48 heures dans la pénombre et il dû marquer un temps de pause afin de s’habituer à la luminosité. Une de ses voisines, une adolescente à l’air timide et complexé par ses énormes lunettes, lui lança un regard approbateur, qu’elle aurait voulu discret. Draco lui fit un sourire ravageur et la jeune fille se mit à rougir violemment en balbutiant un « bonjour » à peine audible, que le blond lui rendit d’une voix claire. Il démarra sa voiture, montant le son alors que la radio passait une chanson qu’il affectionnait particulièrement. Tout en massacrant l’air de « Hey Mr DJ », il se demanda d’où provenait cet intérêt qu’il provoquait chez les gens. S’ils m’entendaient chanter, ça casserait le mythe, pensa-t-il en accélérant. Dès qu’il fut à St Mungo, il enfila sa robe blanche et il prit le chemin de l’aile réservée aux sorciers ayant perdu leurs facultés de penser correctement dans l’espoir d’y trouver Neville. L’Herboriste était effectivement présent, aidant Seamus Finnigan à marcher dans la grande salle de cette unité de soins. Draco les rejoignit et il fit un sourire éclatant au jeune malade. « Dean a dû s’absenter une journée pour son travail, expliqua Neville sans regarder Draco. Il m’a demandé de veiller sur Seamus. - Rejoins moi dans la chambre de Rogue, » ordonna Draco en soupirant. Il tourna les talons, les poings serrés, déjà fatigué avant d’avoir commencé. Comment Londubat osait-il l’ignorer alors qu’ils étaient censés travailler en étroite collaboration pour trouver la potion qui ramènerait les âmes égarées ? Sirius, je te respecte vraiment beaucoup mais quelquefois, je me demande si tu as toute ta tête. Me demander de faire équipe avec ce…cette larve ? La porte de la chambre du professeur Rogue était ouverte et Draco vit avec stupeur Nymphadora Tonks assise au chevet du malade. Elle caressait ses cheveux avec douceur tout en lui parlant à voix basse. Draco n’osa pas entrer mais il sentit son cœur se serrer. Etait ce cela qu’on appelait l’amour ? Cet incroyable don de soi, cet espoir fou qui conduisait les gens à attendre la guérison improbable des élus de leurs cœurs, comme Dean Thomas ou Nymphadora Tonks ? Pouvait on réellement mettre sa vie entre parenthèses pour une chimère, sans avoir l’impression de se gâcher ? « Elle vient plusieurs fois par semaines depuis quatre ans, expliqua Neville derrière lui, le faisant sursauter au passage. - Il n’a fait aucun progrès ? - Pas l’ombre d’un progrès, soupira Neville. J’ai essayé toutes les combinaisons de plantes existantes et je n’ai rien obtenu avec lui. Ma mère reconnaît les visages à présent mais rien de plus. - Tu sais, Londubat, déclara Draco en gardant les yeux fixés sur Severus, je ne savais pas que la folie de ma tante avait conduit tes parents ici…Je veux dire, lorsque nous étions adolescents, je me souviens de la seule fois où tu as voulu m’étrangler. C’était parce que j’imitais un fou de St Mungo. Je veux que tu saches que je n’étais pas au courant pour tes parents à ce moment là. - Je le sais, Draco, répondit Neville en fixant les prunelles grises de Draco. Pansy me l’a dit. Elle parle tout le temps de toi, tu es toujours son ami le plus cher. - J’ai changé. - J’ai remarqué, mais cela n’empêche pas Pansy de t’aimer et de vouloir te voir. Tu sais, au début, j’ai cru que notre histoire ne durerait pas. Elle pensait à toi tout le temps, j’avais l’impression de vivre avec un fantôme dans ma maison. Nous étions trois dans le lit et je commençais à ne plus le supporter. J’avais peur qu’elle te cherche en moi. - J’en doute, nous n’avons rien en commun, répliqua Draco. - Je le sais, et c’est pour cela que je craignais qu’elle ne soit déçue par moi. Je la croyais amoureuse de toi mais au fil du temps, j’ai compris que c’était surtout son ami qui lui manquait. - Pourquoi me dis tu tout cela ? - Parce qu’elle souffre. Elle a conscience d’avoir manqué de tact à ton égard, mais, Draco, c’est ma femme et je ne veux plus la voir pleurer…C’est pourquoi tu vas ramener ton cul à la maison histoire qu’on se fasse une soirée sympa. Ce soir. Amène Olivier ou Harry ou qui tu veux mais amène toi. - C’est si gentiment demandé, ironisa Draco. Si nous allions travailler sur la potion miracle ? Je voudrais vraiment sortir Severus de là. - Je ne savais pas qu’il comptait tant pour toi. - La place qu’il prend dans ma vie ne te regarde pas, lança sèchement le blond. Tout ce qu’il y a à savoir, c’est qu’il a risqué gros en espionnant Voldemort et qu’il en a payé le prix. Les Aurors ont-ils attrapé les Mangemorts qui l’ont torturé si longtemps qu’il en a perdu la tête ? - oui, seul Crabbe Senior court toujours.» A l’évocation de ce nom, le corps de Draco se tendit et une sueur froide courut le long de son épine dorsale. Son visage ne montra pourtant aucun signe de trouble. « Allons travailler car je n’ai pas beaucoup de temps. Je dois encore voir certains malades avant midi. » Ils restèrent une heure ensemble, cherchant la plante qui pourrait entrer en parfaite interaction avec les ingrédients de la potion que Draco voulait tester sur le professeur Rogue, une fois qu’elle serait au point. Draco se rendit ensuite dans la chambre de Ron Weasley, avec le même entrain que s’il devait épouser un troll. Il entra sans frapper et il trouva Ron seul, en train de lire un livre sur le Quidditch. « Toujours branché culture générale à ce que je vois, Weasley, lança Draco d’un ton sec en exécutant un gracieux mouvement circulaire avec sa baguette. Tu vas mieux, tu vas pouvoir sortir. » Sur ce, il se détourna mais Ron lui attrapa le poignet en prenant garde de ne pas serrer trop fort. Draco darda un regard glacial sur le rouquin. Ron tenta de lui sourire mais le visage de Draco resta fermé. Il se contenta de lever un sourcil en signe d’interrogation. « Comment vas-tu Draco ? Demanda Ron sans lâcher son poignet. Tu as une tête de déterré. - Tu trouves toujours les compliments qu’il faut Weasley, ironisa Draco en retirant son poignet de l’étreinte de Ron. Sois gentil, ne pose pas de questions auxquelles je n’ai pas envie de répondre, parce que, Weasley, parler avec toi est un vrai supplice. - La défense par l’attaque, ça a l’air d’être devenu un mode de vie pour toi. - J’espère que c’est une plaisanterie. Vois tu, je ne comprends pas en quoi tu t’intéresses à une prostituée qui, en plus, a une sale vieille tête. - Putain Draco ! Tu fais chier avec ta fierté. J’essaie de m’excuser là, alors sois sympa, aide moi un peu. - Dans tes rêves. Et surveille ton vocabulaire. - Je ne vois pas en quoi un gros mot peut te déranger. Tu parles comme ma grand-mère ! - Comme quoi, il y a de l’espoir. La famille Weasley n’est pas composée QUE de tocards, répliqua froidement Draco. Tu veux de la vulgarité, ok, alors devine où tu peux caser tes excuses ! Mais c’est gentil d’obéir à ta femme. - Luna ne m’a rien demandé, répondit Ron en se redressant un peu. Je m’en veux pour la façon ignoble dont je t’ai traité. Je ne pensais pas toutes les conneries que je t’ai dites, pas du tout. Je voulais juste protéger mon frère et ma sœur. Franchement, les mots sont sortis sans que je les maîtrise et c’étaient des mots faits pour te blesser, pour te faire réagir. Jamais je n’aurais pensé que tu serais parti sans me répondre. Draco, je ne suis pas comme ça, je ne pense pas une seconde que tu soies une pute. J’ai de l’admiration pour toi. » Draco manqua de s’étouffer avec sa salive. Ronald Weasley admirait l’ancien préfet en chef ?! Pour Draco, cela avait tout d’un poisson d’avril… sauf qu’on était en août. « Toi, Ronald Weasley, petit Saint en second derrière Harry Potter, tu m’admires moi, Draco Malfoy ? - Bien entendu, quelle question ! Draco, tu as largement contribué à débarrasser le monde du pire sorcier qui ait existé. Tu as refusé de suivre tes parents, au risque de tout perdre. Tu as renoncé à ta fortune pour tes idéaux, c’est énorme. - Je n’ai renoncé à rien en matière de richesse, rectifia Draco. Tel que tu me vois, je suis à la tête d’un empire considérable, d’une fortune colossale, et cela parce que je suis le seul héritier des Malfoy. Cela valait bien quelques petits sacrifices. - Tu peux toujours jouer les merdeux sans cœur, je sais que tu es quelqu’un de bien dans le fond, Charlie me l’a dit. - Charlie n’est pas une référence. Il croit encore que je transforme l’eau en vin et que je suis capable de séparer la mer en deux. - Il est vrai qu’il a une légère tendance à t’idéaliser, reconnut Ron en souriant. Mais le fait est que je suis désolé de t’avoir insulté, et que je te suis infiniment reconnaissant de m’avoir sauvé la vie. Sans toi, je serais mort. » Il tendit la main à Draco qui resta un long moment à la regarder, sans aucune intention de la serrer. Au prix d’un effort surhumain, il prit la main de Ron et il lui broya les doigts. « Tu as l’air très fatigué, reprit Ron. - C’est parce que je fais toujours la fête, mentit Draco. - Ecoute, je sais qu’entre nous, ça n’a pas toujours été facile, mais tu seras toujours le bienvenu chez Luna et moi. Si tu veux la voir, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, ne te retiens pas à cause de moi. - Dis moi Weasley, tu t’es fait greffer un cerveau dans la semaine ? » Demanda Draco avec un sourire en coin. Ron ouvrit la bouche pour répliquer mais il n’eut pas le loisir de le faire car on frappa à la porte. Harry entra, vêtu d’un ensemble en jean sous sa robe de sorcier ouverte, un paquet de chocogrenouilles dans la main. Draco ne pu s’empêcher de lui trouver beaucoup de charme avec ses cheveux bruns en bataille qui faisaient élégamment ressortir le vert intense de ses yeux. Il semblait soigné et négligé en même temps et cela lui allait très bien. Il s’avança vers Ron, lui serra la main et il fit la même chose avec Draco. « Cool Draco, lança-t-il en souriant agréablement, j’espérais te trouver dans le coin histoire qu’on prenne un café ensemble. - Je vais bien, c’est gentil de le demander, déclara Ron d’un air faussement indigné. Je sors aujourd’hui. - C’est bien, je suis soulagé, répliqua Harry avec sérieux. Chocogrenouille ? » Il tendit le paquet à Draco qui fit une mine écoeurée. « Non merci, répondit-il en repoussant le paquet, je n’ai plus onze ans. - Je vois pas le rapport, dit Harry en enfournant un chocolat dans sa bouche. C’est toujours bon ces merdes. - Vocabulaire, Potter ! S’exclama Ron, la bouche pleine. Si je comprends bien, Harry, je vais devoir t’attendre jusqu’à ce que tu aies bu ton café avec docteur déconnade. - Mais je suis drôle, siffla Draco d’une voix glaciale, sauf que toi, tu ne me donnes pas envie de rire, c’est aussi simple que ça, Weaslaid. Potter, je n’ai pas souvenir que tu m’aies demandé mon avis mais, comme j’ai besoin d’un café, je vais accepter. » Harry lui fit un sourire amusé et il le prit par la manche pour le faire sortir de la chambre. Draco se laissa guider un moment, puis il se libéra. Il posa avec courtoisie sa main au creux des reins de Harry afin de le guider dans les couloirs. Aussitôt, le corps du brun s’embrasa et il eut envie de plaquer Draco contre le mur pour l’embrasser sauvagement. Au lieu de cela, il garda un visage calme, en parfait contraste avec le tumulte qui l’envahissait. Tout son corps hurlait, suppliait le blond de ne pas le toucher sous peine de combustion spontanée. Harry se félicita de n’avoir pas dormi aux côtés de Draco la dernière fois qu’ils s’étaient vus car la trace de son corps calciné dans les draps aurait été du plus mauvais effet dans le décor soigné et aseptisé de l’appartement du beau blond. Draco le fit entrer dans un grand bureau et il fit signe à Harry de s’asseoir pendant qu’il leur versait deux cafés. Il tendit la tasse à Harry et il posa la sienne. Il ôta sa robe de médicomage et Harry fut hypnotisé par la prestance et l’élégance du praticien, dont le corps était mis en valeur par un pantalon noir, une chemise blanche et une cravate. Harry se débarrassa de sa robe de sorcier et il constata avec amusement que leurs styles du jour étaient aux antipodes : autant Draco semblait sorti d’un défilé de mode de grand couturier, autant Harry semblait être le top model en photo dans les boutiques de jeans moldus. Draco poussa des papiers et il s’assit sur son bureau. Harry émit un petit rire agréable. « Sérieusement, tu as un problème avec les chaises ? Demanda-t-il en montrant le bureau du doigt. Il faut toujours que tu te poses ailleurs que sur une chaise, c’est étrange. - A dire vrai, je n’y avais jamais prêté attention, répondit Draco en haussant les épaules. Ces habits te vont très bien. - Oh merci, répliqua Harry en se cachant derrière sa tasse. Toi tu es toujours impeccable, tout te va, c’est rageant. Dis moi, comment tu vas. Je me suis inquiété pour toi, tu avais l’air tellement désemparé la dernière fois qu’on s’est vus. - Je ne suis JAMAIS désemparé, j’étais énervé tout au plus. Je vais très bien, merci. J’ai un peu dramatisé la situation. Après tout, ce cahier était envoûté. Pour un Moldu, ce n’était qu’une succession de pages blanches alors si les déménageurs l’ont gardé, je m’en fiche. Ok, passons les civilités, dit il soudain d’une voix sèche. Puisque tu travailles pour le Ministère, je voudrais bien savoir ce que vous me cachez. Pourquoi ne m’avez-vous pas dit que Crabbe Senior était en fuite ? - Oh putain de merde, murmura Harry pour lui-même. - Surveille ton vocabulaire ! Sirius aurait dû me parler de cette histoire. - Ne lui en veux pas, ce n’est pas de sa faute, ni de la mienne. Tu sais, quand Sirius a été nommé Ministre de la Magie, ses collaborateurs plus âgés et plus expérimentés ont pensé qu’il n’était qu’un jeune héro de la guerre à mettre en vitrine et à tenir loin de tout. Les médias avaient annoncé l’arrestation de Crabbe en même temps que celle de ton père mais c’était un mensonge de l’ancien Ministre de la Magie. Crabbe n’a jamais été attrapé et Sirius a mis plus d’un an avant que ses collaborateurs, en particulier le Ministre de la Justice Magique, ne lui disent tout ce qu’ils avaient tu jusque là. Le Ministre le la Justice Magique voulait que cette affaire reste secrète afin d’éviter que les médias se déchaînent et nous empêchent de retrouver Crabbe. Je voulais que tu saches tout mais c’est mon supérieur hiérarchique, il pensait te préserver en te laissant dans le flou et j’ai pensé, tout comme Sirius, que tu n’avais pas besoin de ce genre de stress. - Je suis assez grand pour savoir ce dont j’ai besoin, merci, déclara Draco en serrant les dents. Alors c’est vrai, il est libre…Mais…Pourquoi le Ministre de la Justice Magique voulait-il me préserver exactement ? Je n’ai rien à voir avec cette vieille brute. » Harry prit une profonde inspiration et il passa une main dans ses cheveux. « Il pensait qu’il était important de tenir la presse éloignée de toi. Il ne souhaitait pas que tu te fasses harceler si jamais elle était au courant de cette affaire…Et tu sais qu’ils ont les oreilles partout. - Alors comment se fait-il que Neville Londubat soit au courant ? - Pansy est Auror, Draco. Tu ne le savais pas ? - Non. Pourquoi ai-je l’impression que tu ne m’as pas tout dit ? - Probablement parce que je ne t’ai pas tout dit, répondit Harry en buvant une gorgée de café. Je veux que tu saches que les meilleurs Aurors sont mobilisés pour retrouver Crabbe et qu’on va certainement l’attraper d’ici peu. Ron et moi touchions presque au but le jour où Ron a été blessé. Draco, un hibou que Crabbe avait envoyé à son fils a été intercepté il y deux ans. Il lui disait qu’il te tenait pour personnellement responsable de l’arrestation de Vincent Crabbe et qu’il ne croyait pas en ta mort. Il veut te faire payer l’emprisonnement de Vincent, Gregory et Blaise. » Harry retint un soupir et il plongea son regard apaisant dans celui de Draco. Aucun muscle de son visage n’avait bougé mais il était devenu livide. Il ferma les yeux et il soupira. Harry était troublé par les longs cils du blond, sur lesquels il s’attendait à voir perler des larmes. Draco ouvrit lentement ses paupières et se prunelles grises se posèrent sur Harry. Il n’y avait pas une larme dans ses yeux, seulement de la haine. Harry pouvait sentir la panique envahir le corps de Draco, même s’il gardait une apparence froide. « Je suppose que vous connaissez Crabbe Senior aussi bien que moi, il est de ceux qui vous torturent en souriant. Comment avez-vous osé me laisser dans l’ignorance ? Toi, Harry, tu te souviens à quel point tu détestais que Dumbledore te cache la vérité et aujourd’hui, tu te conduis comme lui. » Il marqua un temps de pause, pressant les paumes de ses mains contre ses yeux. « Ok, reprit-il, je suis mort. - Ne dis pas ça, » implora Harry en se levant et en posant sa tasse sur le bureau. Il prit le visage de Draco entre ses mains et il caressa ses joues à l’aide de ses pouces. « Regarde moi, Draco, » murmura-t-il en s’approchant, jusqu’à ce que leurs corps se touchent, laissant sa chaleur irradier le corps du médicomage. Draco fixa alors Harry avec une lassitude qui fendit le cœur du Survivant. « Je te promets qu’il ne t’atteindra pas, tu m’entends ? Demanda Harry en pressant son front contre celui du blond. S’il le faut, je le traquerai jour et nuit, mais je ne le laisserai pas toucher un seul de tes cheveux. Bientôt il ira rejoindre son monstrueux gamin en prison et il n’en ressortira pas. - Que Merlin t’entende, Harry, soupira Draco. - Tout ira bien, assura Harry en essayant d’oublier à quel point le souffle de Draco sur ses lèvres était troublant. N’aies aucune crainte, je… - Je ne crains rien, coupa Draco en se reculant vivement, comme s’il reprenait soudainement contact avec la réalité. Ne me traite pas comme une pauvre petite chose, Harry. Je vais bien, mets toi ça dans la tête ! Je…ça n’a pas d’importance, je m’en fiche. - Qu’est ce qui n’a pas d’importance, je ne comprends pas ? - Tout ça. Crabbe, la dissimulation de la vérité…Je vais bien alors garde ton besoin de jouer les anges gardiens pour quelqu’un d’autre. - C’est si dur pour toi d’admettre que tu as peur ? Putain Draco, je ne connais que trop bien les mecs comme Crabbe ! Je les ai affrontés et j’ai vu ce dont ils étaient capables ! - Je suis assez grand pour me défendre seul ! - Je n’en doute pas, lança Harry en balayant une mèche blonde qui tombait devant les yeux de Draco. Je sais que tu es un puissant sorcier. Mais comment veux tu qu’on avance si, à chaque fois que tu me montres ce que tu ressens, tu me le fais payer ? » Draco baissa la tête, grattant avec son pouce une tâche fictive sur son pantalon. Il semblait chercher ses mots, comme s’il hésitait entre rire et pleurer ; entre attaquer et capituler. « C’est plus fort que moi, dit-il enfin d’une voix à peine audible. Je suis comme ça avec tout le monde, pas seulement avec toi. » Harry prit son menton entre son pouce et son index, afin de pouvoir le regarder dans les yeux. Draco lui fit un sourire sans joie et Harry posa délicatement ses lèvres sur les siennes. C’était juste un frôlement, à peine appuyé ; juste un frôlement pour lui dire à quel point il comptait et que Harry serait là pour lui. Un frôlement pour sentir la saveur unique de Draco, pour avoir contre lui la douceur satinée de ses lèvres. Un frôlement pour lui transmettre un peu de sa force et pour le réconforter. Puis il recula et il fit un sourire que lui seul possédait. Un sourire plein de bonté et d’innocence, en contradiction avec toutes les horreurs qu’il avait vues dans sa jeune vie. « C’est vraiment étrange ton truc d’amitié, constata Draco d’une voix presque amusée. Ecoute, Harry, ne te fais pas de soucis pour moi, d’accord ? J’ai connu pire et ce n’est pas ça qui m’empêchera de vivre. Maintenant, si tu veux bien m’excuser, j’ai encore beaucoup de travail qui m’attend. » Harry hocha la tête et il se dirigea vers la porte, accompagné par Draco. Il effleura sa joue du bout des doigts avant de retourner voir Ron. Draco ne su jamais comment il parvint à tenir jusqu’à la fin de son service. Il secouait sa baguette comme un automate devant des sorciers victimes de sortilèges et, en récupérant sa voiture, il fut soulagé de n’avoir pas causé plus de mal que de bien à ses patients. Dès qu’il arriva chez lui, il enfila un pantacourt de sport et un tee shirt assorti, puis il partit courir. Peu lui importait que le ciel se soit couvert, les nuages gris apportant avec eux la promesse d’une pluie d’été. Il se moquait des regards posés sur lui et encore plus de sa destination. Il voulait juste courir, toujours plus vite, plus loin, pour se défouler ; pour ne surtout pas penser. Il prit le chemin du parc, en bas de chez lui, et il suivit un cours d’eau sans plus réfléchir à la menace que constituait Crabbe Senior. Son seul sujet d’interrogations était la potion qu’il devait parvenir à mettre au point afin de sortir Severus Rogue de sa contemplation du plafond. Il ne savait pas exactement depuis combien de temps il courait mais, lorsque son corps cria grâce, il se décida à faire demi tour et il s’obligea à tenir la distance sur le chemin du retour, malgré la pluie fine qui se mit à tomber. Il se rendit compte qu’il s’était vraiment éloigné de chez lui et il en fut plutôt satisfait, même si chaque muscle de son corps réclamait une pause. Il rentra chez lui exténué, haletant, trempé de sueur. Il se déshabilla sur le chemin de la douche et il se jeta sous le salvateur filet d’eau chaude. Il rejeta la tête en arrière et il tenta de retrouver une respiration normale. Ses jambes étaient douloureuses, ses poumons brûlaient, des étoiles dansaient devant ses yeux. Un petit sourire satisfait se dessina sur ses lèvres. Tout son corps n’était que souffrance et Draco aimait l’idée qu’il contrôlait complètement sa douleur. Car s’il avait mal, c’était parce qu’il l’avait choisi. Car s’il avait mal, cela voulait dire qu’il était en vie. Il contacta ensuite Olivier afin que ce dernier l’accompagne chez Pansy et Neville. Olivier se fit une joie de passer une soirée avec lui, particulièrement soulagé d’avoir des nouvelles du blond car depuis deux jours, Draco n’avait pas donné signe de vie. L’ancien Serpentard fit une très forte impression durant la soirée, passant habilement d’un sujet à un autre en faisant toujours preuve d’un humour pince sans rire qui enchanta le couple d’hôtes et Olivier. En réalité, Draco n’avait qu’une seule envie et elle n’était certainement pas liée au fait de jouer les gentils animateurs. Il voulait dormir, seul. O O Harry se rendit au Ministère et, une fois de plus, il fit marcher son pendule sur la carte d’Angleterre. Une fois de plus, il s’arrêta sur Londres et ses alentours, mais il ne fut pas plus précis. Crabbe senior avait savamment brouillé les pistes car, contrairement à son fils, il pouvait penser. Harry soupira, inquiet pour Draco. Il avait l’impression que de ses un an à dix huit ans, le sort s’était acharné sur lui et que depuis la bataille finale, Draco avait pris le relais. Visiblement, il n’avait pas fini de se débattre contre le sort. Harry comprenait pourquoi tant de monde gravitait autour de Draco. Il était fort et fragile, doux et nerveux, fier et touchant, drôle et sombre…Tout en contradictions. Un être humain complet. Il ne revit Draco que très occasionnellement durant plus d’un mois et il se rendit compte que le blond lui manquait, que son esprit réclamait sa présence avec rage. Sa solitude lui donna tout le loisir de réfléchir et d’identifier ses sentiments. Il lui semblait que la distance ne le séparait pas de Draco mais qu’au contraire, elle le rapprochait de lui. Chacune de leurs rencontres fortuites se traduisait par un « bonjour Harry » poli, presque gêné, de la part de Draco et Harry n’en demandait pas plus. Il laissait à Draco tout le temps qu’il lui fallait, et il n’avait pas vraiment à se forcer car lui aussi avait besoin de se tenir éloigné, même si cela lui faisait mal. Dans le même temps, tout à fait logiquement, il ressentit avec douleur l’absence de Ginny. Ils avaient fait le bon choix, il en était persuadé, tout comme il savait qu’il ne l’aimait pas vraiment. Durant cette année, ils avaient été « amis avec bénéfice sexuel » et c’était l’amie qui lui manquait. Une rupture n’étant jamais facile à vivre, Harry prit son téléphone au bout d’une semaine, afin de prendre des nouvelles de Ginny. Cette dernière lui demanda de ne plus chercher à la contacter car elle avait beaucoup de mal à accepter l’absence de Harry. Ce n’est que deux semaines plus tard qu’elle passa chez lui, afin de lui demander s’il se rendrait à la soirée qu’organisait Charlie deux jours plus tard. Harry lui répondit qu’il n’irait que si elle n’y voyait pas d’inconvénients et ils se mirent à parler à cœurs ouverts, plus proches que jamais. Ginny lui avoua qu’elle soupçonnait Charlie d’avoir voulu donner cette fête pour reconquérir Draco. Mais le soir venu, Draco ne se montra pas. Il téléphona à Charlie sur son portable pour s’excuser, lui expliquant qu’il avait une grosse migraine et qu’il préférait rester couché. Aussitôt, Harry lut l’inquiétude dans les yeux de Charlie et il eut de la peine pour lui. Les blagues douteuses sur les prétextes de migraines se mirent à fuser et seul Karim ne semblait pas trouver cela amusant. Harry passa presque toute la soirée avec Karim, Jared, Ron et Hermione, laissant Lana et Ginny faire plus ample connaissance mais, au moment où Lana posa ses lèvres sur celles de Ginny, la jeune rousse la repoussa en lui rappelant qu’elle venait juste de quitter Harry et qu’elle ne savait pas où elle en était. Elle développa en affirmant qu’au point où elle en était question manque affectif, elle se jetterait sur tout ce qui bouge. Lana éclata de rire et elle fut soulagée que Ginny ait assez de considération pour éviter de se servir d’elle comme d’un mouchoir qu’on jette après utilisation. Une forte relation amicale naquit entre elles suite à cette soirée. Quant à Harry, il découvrit les multiples facettes de la personnalité de Karim, qui savait être tour à tour sérieux, amusant, fin psychologue et discret. Il ne parla pas de Draco, même lorsque Charlie insista pour avoir des renseignements sur sa relation avec Olivier. Vraiment, Harry détestait Karim et lorsque le jeune homme passa sa main dans les cheveux de Jared pour les ébouriffer, une image insoutenable prit forme dans l’esprit de Harry. La main brune de l’ange Karim caressant avec douceur les cheveux aux reflets d’or de l’ange Draco. C’en était trop pour lui et il préféra rentrer chez lui avant la fin de la fête. Le lendemain, Ron et Harry étaient dans leur bureau, ayant presque trouvé le moyen de débloquer magiquement le pendule, lorsqu’ils reçurent des lettres de provenance Moldue. « Merde, ça vient de Jared, Karim et Lana ! S’exclama Ron en ouvrant la sienne. Ils ont trouvé un grand appartement où ils vont vivre tous les trois. Ils nous invitent à pendre la crémaillère dans deux semaines ! Cool ! - Génial, répondit Harry avec un sourire forcé. Comme il s’agit de son précieux petit Karim, je suppose que Draco n’aura pas la migraine cette fois. - Tu es d’une jalousie effrayante, Harry, déclara Ron en riant aux éclats. Ecoute, promet moi de ne pas le dire à Charlie. Si Draco n’est pas venu hier soir, c’est parce que Luna ne se sentait pas d’attaque pour faire la fête avec les minis Weasley qui lui martèlent le ventre à coups de pieds. Draco a préféré rester avec elle. - Il…Il est souvent chez vous ? - Non, il passe surtout quand je n’y suis pas. Il me hait. Harry, tu l’as vu récemment ? Je veux dire, sans sa robe de sorcier ? - Nu, certainement pas…et je le déplore, plaisanta Harry. Qu’est ce que tu as Ron, tu as l’air si sérieux d’un coup ? - Je crois qu’il se laisse mourir de faim, lança Ron en fermant les yeux. Luna est très inquiète pour lui…Et moi aussi. Charlie l’a remarqué également et Olivier n’est pas aveugle donc, lui plus que les autres, a dû le voir. - De quoi parles-tu ? - Tu l’as déjà vu manger depuis son retour ? Demanda Ron en se penchant vers Harry. Pansy m’a dit qu’il avait à peine touché à son assiette le jour où elle l’a invité, et chez nous, c’est pareil. Quand tu lui proposes de la bouffe, il la regarde avec dédain avant de te dire qu’il ne mangerait jamais cette horreur, peu importe ce que tu lui mets sous le nez. - Et c’est tout ce qu’il vous a fallu pour en déduire qu’il était anorexique ? Vous n’allez pas bien ? Voilà comment les pires rumeurs naissent ! Reprocha Harry en secouant la tête. - Putain Harry regarde le bien la prochaine fois ! Il a maigri. Beaucoup maigri ! S’il continue à perdre du poids, il va disparaître ! Je sais que tu te forces à ne pas observer son corps histoire que tes hormones ne te titillent pas, mais Harry, il n’y a presque plus rien à regarder. Luna dit qu’il prend un plaisir morbide à s’affamer. Je ne te demande pas grand-chose Harry. Juste de poser les yeux sur lui lors de la crémaillère de Karim et de me dire que j’avais raison. - Ok, on verra ça samedi 24 septembre alors, » déclara Harry en regardant la date figurant sur son carton d’invitation. Il se replongea dans la recherche active de Crabbe Senior, tiraillé entre sa confiance naturelle en Ron et son besoin de se dire que son ami se trompait, que Draco ne pouvait pas être tombé sans que personne ne tente de le relever et, surtout, sans que Harry ne l’ait vu faire. O O Le matin de la pendaison de crémaillère de ses amis, Draco partit courir, comme il le faisait tous les jours. Le brouillard avait envahi les rues de la capitale et Draco aimait particulièrement cette atmosphère cotonneuse. Après avoir pris sa douche et avoir avalé un jus de fruit, il se précipita à l’hôpital. Il n’aimait pas particulièrement être en retard mais l’air stupéfait d’Hermione, peu habituée à un manque de ponctualité de sa part, valait tout l’or du monde. Il éclata de rire et il lui demanda de le suivre jusqu’à la chambre de Rogue. Le professeur dormait paisiblement, ses cheveux noirs délicatement éparpillés sur l’oreiller blanc. « Je voudrais ton avis, Jordan, » déclara Draco en sachant à quel point Hermione aimait être appelée par son nom de femme mariée. Hermione lui fit un sourire éclatant et elle attendit patiemment que Draco secoue avec précaution Severus Rogue. « Londubat et moi, nous pensons qu’il a fait des progrès, mais nous ne sommes pas objectifs. Peut être le désirons nous tellement que nous avons l’impression de le voir. » Hermione hocha la tête et elle retint un cri de joie lorsque le professeur Rogue la regarda droit dans les yeux, pendant quelques secondes, avant de contempler le plafond. « Il y a du progrès, c’est certain. Il ne pouvait pas voir qui que ce soit avant. Vous êtes sur la bonne voie, » remarqua-t-elle en se blottissant dans les bras d’un Draco peu habitué à ce genre d’effusions. Ils se rendirent aux urgences, où les attendaient des jumelles qui s’étaient disputées. Elles avaient emprunté les baguettes magiques de leurs parents et s’étaient lancés des sortilèges qu’elles connaissaient de nom. C’est ainsi que l’une des deux se retrouvait avec de la barbe et que l’autre crachait du feu. C’est à cet instant que Ginny entra en courant, pour venir chercher Hermione à cause d’une autre urgence. « C’est au cinquième étage, haleta Ginny, il faut que tu viennes vite ! - Je déteste l’ascenseur, gémit Hermione. Draco, tu ne veux pas y aller ? - Non ! Pas lui ! Hurla Ginny avec des yeux terrorisés. Je veux dire…c’est un problème féminin ! Prends les escaliers, on se rejoint en haut, Hermione ! » Draco haussa les épaules, peu concerné par la situation. Quelques minutes plus tard, Ginny revint en courrant et en appelant Hermione. « Elle est déjà montée, tu as la mémoire courte Weasley, constata Draco. - Il me faut un médicomage, de toute urgence ! Cria Ginny à la ronde. - Je suis quoi moi, exactement ? Demanda Draco avec un regard assassin. Marchand de glaces ? Montre moi où est cette urgence. - Pas toi ! Non ! Harry et Ron ont été bien clairs sur ce point. - Harry et Ron ont un problème ? Interrogea Draco en se levant d’un bond. Ecoute moi bien Ginny, je suis le chef de ce département et je n’ai aucun ordre à recevoir d’une simple infirmière ou d’une bande d’Aurors tellement compétents qu’ils passent leurs vies à l’hôpital ! A présent, montre moi le chemin ! » Ginny hocha la tête, puis elle se dirigea vers les ascenseurs. Une fois arrivés au cinquième étage, elle montra la porte de la chambre 512 à Draco. Le médicomage frissonna, étonné par le froid qui régnait dans le couloir. « Ils ont ramené un Détraqueur ou quoi ? Questionna Draco avec irritation. - Pire, » murmura Ginny pour elle-même. Draco ouvrit la porte et il s’arrêta net, la main toujours sur la poignée, le visage impassible, une sueur froide courant le long de son dos. Ron secoua la tête et Harry se retourna vivement. « Hermione, tu en as mis du temps pour…Oh merde, » lâcha-t-il en fixant le regard froid de Draco. Le blond ne bougeait pas et seule la contraction de ses mâchoires indiquait son trouble. Il n’entendait plus rien, il ne voyait plus personne à part l’homme allongé sur le lit, ensanglanté. « Draco, haleta Blaise Zabini en se tordant de douleur, je suis tellement désolé. » Draco respira calmement et il approcha du lit en sortant sa baguette magique de sa poche et en la faisant virevolter au dessus du corps de Blaise, en prenant soin de rester à une distance suffisante pour que le prisonnier ne puisse pas l’atteindre. « Ginny, ordonna Harry, va chercher un autre médicomage ! - Je suis tout à fait capable de faire mon travail, cracha Draco sans quitter Blaise des yeux. Que lui est il arrivé ? Et surtout, pourquoi voulez vous le soigner ? - Il…Il a été poignardé à Azkaban, bredouilla Ron. Draco, laisse un autre médicomage s’en occuper. - Je ne suis pas en sucre, siffla le blond en remettant sa baguette dans sa poche. Je me fiche pas mal de Zabini et de ses amis. Regarde le, sérieusement, comment veux tu qu’il impressionne qui que ce soit alors qu’il saigne comme un porc ! Il devra sûrement passer la nuit ici alors trouvez des gardes pour l’empêcher de se sauver. Bon, Zabini, je vais devoir te toucher…Je te préviens, tu fais un geste et je te laisse mourir. » Harry observa Draco alors qu’il étalait une potion sur ses mains. Il constata que, comme Ron l’avait indiqué, son visage s’était affiné mais il ne pouvait pas juger du reste de son corps, recouvert par sa robe de médicomage. Harry surveillait Blaise comme l’huile sur le feu et il se promit que si le prisonnier faisait un seul geste, il n’hésiterait pas à lui faire très mal afin de protéger Draco. Il s’approcha un peu et il vit que le guérisseur avait apposé une main sur le front de Blaise, l’autre sur son ventre, à l’endroit de la blessure. Il murmurait une incantation en Araméen, les paupières closes, alors que la plaie béante se refermait lentement. Harry faillit en siffler tellement il était impressionné. Il tourna le regard vers Ron qui leva un pouce en l’air pour notifier son admiration. Draco avait fini de travailler et il resta quelques secondes, les yeux fermés afin de retrouver de l’énergie. Il les ouvrit d’un coup lorsqu’il sentit la main de Blaise se refermer sur son poignet. Il fit un vif mouvement en arrière pour se libérer mais Blaise était plus fort et il l’attira à lui. Draco perdit l’équilibre avant que Ron ait pu le rattraper et il tomba sur Blaise. Ce dernier prit sa tête dans sa main pour le tenir contre lui pendant que ses lèvres murmuraient à son oreille : « Je t’aime toujours Draco. Je suis désolé pour ce que je t’ai fait. » Draco resta glacé, incapable de bouger, au bord de la nausée. Harry desserra l’étreinte de Blaise et il prononça un sortilège qui lia les mains et les chevilles du prévenu. Alors que Ron ne pouvait s’empêcher de gifler Blaise et de l’insulter, Harry prit Draco par les épaules et il referma le rideau autour du lit de Blaise. Il balaya d’une main douce les cheveux blonds qui barraient le front de Draco. « Je suis navré, dit il d’une voix qui contenait mal sa colère. Nous avons eu l’ordre de l’amener ici et nous pensions que tu ne tomberais pas sur lui si nous faisions appeler Hermione. Jamais tu n’aurais dû te retrouver en sa présence. - Et pourtant, articula Draco d’une voix aussi éteinte que son regard. Ne t’en fais pas, tout va bien. Je vais bien. Je m’en fiche à présent. - Tu n’as pas l’air de quelqu’un qui s’en fiche, déclara Harry en secouant sa baguette pour enlever les tâches de sang qui maculaient la robe de Draco. - Je t’assure que ça va. On va dire que c’est une dure journée et que ce soir, ça ira mieux. Je dois aller travailler, j’ai des patients qui m’attendent. On se voit ce soir chez Karim, Jared et Lana ? » Harry hocha la tête. Il était inquiet et horrifié à cause de ce qui venait d’arriver. Une fois encore, il s’en voulait. Il se considérait comme responsable des évènements qui impliquaient Draco. Comme le jour de la bataille finale, Harry avait l’impression qu’il n’avait pas su protéger l’être qu’il chérissait. De plus, il l’avait pris par les épaules et il avait senti les os sous ses mains. Ron avait certainement raison, Draco était en train de tomber et la rencontre avec un de ses agresseurs n’allait pas arranger les choses. Harry s’adossa au mur et il soupira bruyamment. Lorsque Draco sortit de la chambre, il s’appuya contre le mur du couloir et il respira lentement, cherchant à calmer le tumulte qui sévissait en lui. Il était fier d’avoir montré un visage froid à Zabini mais intérieurement, il était dévasté. Se retrouver face à Zabini le mettait devant une réalité qu’il avait longtemps cherché à nier. Se retrouver face à lui signifiait que quelque chose était vraiment arrivé dans la cabane de Hagrid et que ses agresseurs avaient des visages, même si Draco avait tenté l’impossible pour les effacer. Il se sentait gelé, et c’est lorsqu’il sentit les frissons parcourir son corps qu’il comprit que la température était réellement, exagérément basse. Il avança dans le couloir, étrangement sombre. Soudain, la lumière se fit dans son esprit et il murmura le nom d’Hermione avant de se mettre à courir aussi vite qu’il le pouvait. Il s’élança dans la cage d’escaliers. Le froid se fit plus intense et un malaise presque palpable envahit son corps et son esprit. Il aperçut Hermione, étendue sur le ventre, inconsciente. Il s’agenouilla à ses cotés et, au moment où il s’apprêtait à la transporter, il sentit la présence du Détraqueur derrière lui, plus qu’il ne le vit. Il ne réprima pas un rire nerveux alors que sa main sortait sa baguette de sa poche et qu’il se demandait ce qu’il avait gagné pour avoir effectivement pensé qu’il y avait un Détraqueur à l’étage. Mauvaise, très mauvaise journée, pensa-t-il en se tournant lentement alors que déjà tout sentiment de sécurité l’abandonnait. Il tendit sa baguette mais des voix résonnaient autour de lui et il mit les mains sur ses oreilles pour ne plus les entendre. C’est lorsqu’il tomba à genoux, la tête dans le brouillard, le corps glacé et les mains tremblantes qu’il comprit que ces voix étaient en lui. Il tenta de se calmer mais rien n’y fit, Crabbe parlait toujours plus fort, son rire toujours plus tonitruant alors qu’il essayait de le déshabiller. « Putain, criait-il à ses complices, tenez le mieux que ça ! Il n’arrête pas de bouger, je n’arrive à rien ! » Draco secoua la tête en murmurant un faible « non » et il prit la main d’Hermione pour essayer de la réveiller mais elle ne bougea pas. Les déclarations d’amour de Blaise Zabini pendant qu’il souillait son corps retentirent dans son esprit et il sentit sa respiration se faire plus lente. Puis il entendit sa propre voix se moquer de Harry lorsqu’il s’était évanoui à cause des Détraqueurs, et Goyle qui gloussait derrière lui. Ses genoux le lâchèrent et il rampa jusqu’à la porte, sachant que le combat était perdu d’avance. Ses Patronus n’avaient jamais été puissants…A croire qu’aucun évènement assez heureux ne s’était produit dans sa vie. Peut être sa rencontre avec Karim était-elle assez forte mais il n’avait plus l’énergie nécessaire pour attraper sa baguette qui traînait à côté d’Hermione. « Malfoy, te voilà dans une position qui me plaît particulièrement, susurrait Marcus Flint en entrant dans la cabane. Un fantasme vient de se matérialiser sous mes yeux. Le putain de Prince des Serpentard, incapable d’attraper un Vif d’Or, se fait humilier par ses sbires. C’est tellement beau que j’en pleurerais presque…Allez, fini vite Zabini, c’est mon tour. » Draco poussa un cri pour faire taire la voix qui l’accompagnait dans les profondeurs de la douleur, la voix qui l’amenait à flirter avec l’évanouissement. Le Détraqueur s’approcha de lui et il le prit par les épaules. Draco contempla le trou noir qui lui servait de visage et il sourit. Peut être était ce la solution. Le Détraqueur maintint sa taille pendant que sa main putride se glissait derrière la tête de Draco. Le blond ne lutta pas lorsqu’il sentit ses pieds quitter le sol. Il n’avait pas envie de lutter. Il était fatigué de se débattre. Là, dans ce baiser, résidait sa délivrance. Il ferma les yeux, espérant que ce serait rapide. Il entendit la respiration sifflante du Détraqueur contre ses lèvres offertes, entrouvertes, et soudain, une voix connue retentit en même temps qu’une aveuglante lumière blanche. « Expecto Patronum ! » Cria Harry. Draco vit un magnifique cerf s’approcher d’eux et envelopper le Détraqueur. Draco retomba comme une poupée désarticulée sur le sol. Harry, pensa-t-il avant de sombrer dans l’inconscience. Harry se précipita pour l’entourer des ses bras. « Ginny, ordonna-t-il, prononce le sortilège qui empêche quiconque de sortir de l’hôpital ! Crabbe Senior est dans le coin, je le sais ! » Aussitôt, Ginny s’exécuta et elle vint s’occuper d’Hermione pendant que Ron s’élançait dans les escaliers, à la recherche du fugitif. Harry passa un bras sous les genoux de Draco, l’autre dans son dos et il le souleva pour le porter dans une chambre, suivi par Ginny qui faisait léviter Hermione. Harry comprit alors ce que Ron avait voulu lui montrer et qu’il avait refusé de voir. Draco était dangereusement léger pour un homme de sa taille. « Je vais les tuer…Tous. Promit-il entre ses dents. - Pas si je suis la première sur le coup, » précisa Ginny avec un air meurtrier que Harry n’avait vu qu’une seule fois sur son visage auparavant : le jour de la bataille finale. Ils entrèrent dans une chambre vide et ils déposèrent Draco et Hermione, chacun sur un lit. « Dis moi qu’Hermione n’a rien, » supplia Harry. Ginny ausculta les yeux de son amie et elle écouta son cœur. « Elle est juste évanouie, le Détraqueur ne l’a pas embrassée. » Harry poussa un long soupir de soulagement et ses yeux se posèrent sur le visage livide du médicomage. Ses lèvres étaient bleues. « Il est gelé, déclara Harry en prenant une couverture et en recouvrant le corps de Draco. - Hermione aussi, répondit Ginny. - Occupe toi d’eux pendant que je vais chercher Crabbe et lui faire sa fête, lança Harry en se levant. J’appelle Kingsley et Tonks…Le sortilège de protection de l’hôpital permet bien d’entrer même si personne ne peut sortir ? » Ginny hocha la tête, impressionnée par l’air déterminé de Harry. Lui qui ne devait pas mesurer plus d’un mètre soixante quinze, semblait immense lorsqu’il était en colère. Un pincement lui comprima le cœur mais elle demeura impassible. Harry était d’une beauté saisissante et l’inquiétude qui se lisait sur ses traits parfaits rappelait à Ginny qu’il ne lui appartenait plus, qu’il n’avait jamais été complètement à elle et que seule une personne avait le privilège de vivre dans le cœur de Harry, mais que cette personne ne s’en rendait pas compte. Harry sortit en coup de vent. Elle tourna le regard vers Draco et elle caressa sa joue glacée. « Tu mérites ce qu’il y a de mieux, murmura-t-elle au blond. Tu mérites Harry. » Elle retira la robe d’Hermione et celle de Draco, puis elle lança un sortilège de réchauffement aux couvertures afin qu’elles restent chaudes sur les corps choqués de ses amis. Elle fit ensuite apparaître une grande quantité de chocolat, en prévision de leur réveil. Il lui sembla qu’elle avait attendu des heures avant que Harry ne revienne, essoufflé, un coté du visage en sang. Ginny poussa un petit cri et elle se précipita vers lui. « Ce n’est rien, j’ai juste l’arcade sourcilière fendue, dit-il en se concentrant immédiatement sur Hermione et Draco. Comment vont-ils ? - Ils n’ont pas bougé, expliqua Ginny en tendant sa baguette vers le visage de Harry afin de le guérir. Je crains pour Hermione car elle est restée longtemps exposée à la présence du Détraqueur. Avez-vous attrapé l’autre connard ? - Oui, cet abruti s’était caché dans la chambre de Lucius et Narcissa Malfoy…La nostalgie sans doute. Il s’est bien défendu mais nous étions quatre contre lui. Ron accompagne Zabini à l’infirmerie d’Azkaban, je me fous de ce que Draco a dit. Il ne passera pas une nuit de plus dehors. Qu’il crève. Quant à Crabbe père, c’est lui qui a commandité l’attaque contre Zabini, histoire de le mettre sous le nez de Draco et c’est lui qui a amené le Détraqueur ici. Kingsley et Tonks l’ont conduit au Ministère afin qu’il soit mis en accusation et balancé à Azkaban. Qu’il pourrisse avec les autres ! C’est monstrueux, Ginny, j’ai vraiment failli le tuer. Si Ron ne m’avait pas arrêté, je crois que je lui faisais bouffer son acte de naissance. - C’est normal de réagir ainsi, Harry. - Tu sais le pire ? Je crois que Draco voulait recevoir le baiser du Détraqueur. Ces enfoirés ont réussi à lui faire baisser les bras. - Alors donne lui ta force, lança Ginny en caressant les cheveux de Hermione. Prends le contre toi et montre lui que ça vaut la peine de s’accrocher parce que la vie est aussi faite de rencontres extraordinaires…comme sa rencontre avec toi. » Harry ne su que répondre. Il était gêné de parler de cela avec celle qui avait partagé tant de choses avec lui et qui, visiblement, éprouvait encore des sentiments très forts à son égard. Il s’allongea à côté de Draco et il le tint fermement contre lui, essayant de lui transmettre un peu de sa chaleur. Au bout de quelques minutes, Draco poussa un petit grognement. Il se sentait en sécurité dans des bras qu’il savait appartenir à Harry Potter…Il avait reconnu l’odeur agréable de son eau de toilette. Il fut tenté de rester ainsi, les yeux fermés, appréciant la puissance qui se dégageait du corps de celui qui le tenait contre lui mais une question lui taraudait l’esprit. Il ouvrit lentement les yeux. « Que s’est-il passé ? Demanda-t-il d’une voix rauque. - Le père de Vincent Crabbe a fait venir un Détraqueur ici, tu ne te rappelles pas ? » Interrogea Harry en plongeant ses incroyables prunelles vertes dans celles, métalliques, de Draco. Draco se redressa un peu et il se massa doucement les tempes. Harry lui tendit un bout de chocolat qu’il prit sans discuter. « Oui, ça me revient maintenant, articula Draco, la voix plus traînante que jamais. Et Granger…Enfin, Jordan ? - Elle est toujours inconsciente, répondit Ginny. Les Aurors ont attrapé Crabbe, il ne pourra plus chercher à t’atteindre à présent. » Draco hocha la tête et il se releva avec difficulté. Il apposa les mains sur les tempes d’Hermione et il se concentra. Harry et Ginny pouvaient presque toucher son flux magique alors qu’il le transmettait à la guérisseuse. Hermione se réveilla enfin en gémissant. Draco fit signe à Ginny de s’occuper d’elle alors qu’il croquait dans un morceau de chocolat. « Comment fais tu ça ? Demanda Harry. - C’est un don, expliqua Draco. Comme toi tu es doué pour lutter contre les mages noirs, moi je suis doué pour guérir. Si tu veux bien m’excuser, j’ai encore à faire. - Il vaudrait mieux que tu te reposes, conseilla Harry en le retenant par la main. Tu as eu pas mal de sensations fortes aujourd’hui. - C’est le moins qu’on puisse dire, ironisa Draco avec un sourire. Je crois qu’il ne peut rien arriver de pire aujourd’hui alors je vais aller travailler et ce soir, on fera la fête. » Il marqua un temps de pause et, il prit le visage de Harry entre ses mains. « Ne t’en fais pas, Harry. Tout va bien. - On peut dire que c’était vraiment une putain de sale journée, constata Harry. - Vocabulaire, Potter, » déclara Draco avec un sourire éclatant. Il sortit de la chambre sans se retourner. Harry avait raison, la journée avait été horrible mais Draco refusait de se laisser abattre. Il avait pourtant l’impression d’être vieux et usé, fatigué et déprimé. Il travailla sur la potion des âmes égarées avec Neville, puis il rentra chez lui. Une fois seul, il se mit à tourner comme un lion en cage. Son esprit était en ébullition et il avait besoin de se calmer les nerfs, d’oublier que le destin avait décidé de le harceler. La soirée débutait dans deux heures, il avait le temps. Il prit une longue douche avant de revêtir un jean noir, taille basse, et un tee-shirt gris, près du corps. Il enfila ensuite sa longue veste en cuir et il se saisit d’une tasse à café qu’il ensorcela. Il lui restait une heure. C’était largement suffisant pour faire l’aller retour. Une fois qu’il posa la main sur la tasse, il lui sembla que tout tournait autour de lui et en lui. Il atterrit dans une petite allée sombre, en bas de chez Mick. Le temps était frais à Genève mais au moins, il ne pleuvait pas. Il monta les escaliers quatre à quatre et il sonna. Un homme roux, de taille moyenne, lui ouvrit la porte, un sourire rayonnant sur le visage. « Je croyais que tu étais allé vivre à Londres, lâcheur ! S’exclama Mick en embrassant sa joue tout en le tirant à l’intérieur. Ça m’a manqué de ne pas voir ta gueule de beau gosse dans les parages. - Vocabulaire Mick ! - Tu as beaucoup maigri, constata Mick en lui servant un gin tonic. Ça ne se passe pas bien là bas ? - Pas vraiment bien, non. C’est plutôt catastrophique, précisa Draco en baissant les yeux. - Bois un coup, ça te fera du bien, conseilla Mick en caressant sa cuisse. J’allais me préparer un truc, tu en veux ? » Draco sembla réfléchir un instant. Il pensa à Sirius, puis il haussa les épaules et il hocha la tête. « Sur place ou à emporter ? Questionna Mick avec un sourire amusé. - Les deux. » Mick s’absenta un moment puis il revint avec une boite qu’il ouvrit devant Draco. Le blond fixa son contenu avec un sourire satisfait et Mick sortit un petit sachet. Il versa la poudre blanche sur un miroir de poche et il traça consciencieusement les lignes. Draco le regardait faire avec un mélange d’appréhension et de plaisir. Il aimait particulièrement ce rituel. Ce cérémonial qui le conduisait droit dans l’oubli…et il avait besoin d’oublier. Il prit quelques gorgées de gin avant d’inhaler la cocaïne. Mick fit de même. « Tu veux aussi de l’ecsta’ dans ton kit de voyage ? » Demanda Mick Draco hocha la tête et il sortit une liasse impressionnante de billets qu’il posa sur la table. Puis il s’appuya contre le canapé et il rejeta la tête en arrière, laissant le temps à la drogue de faire son effet. Il savait que le réveil ne serait que plus difficile, mais il savait aussi que c’était le seul moyen qu’il avait trouvé pour s’enfuir. Sous ses paupières presque closes, il observa Mick alors qu’il mettait des pilules d’ecstasy dans un petit sachet. Autour de lui, plus rien ni personne n’avait d’importance. Il n’y avait que lui et le monde de sensations dans lequel il s’abandonnait. « T’es super beau quand tu planes, remarqua Mick. Tu l’as trouvé où tout ce fric ? - J’ai hérité, grommela Draco qui n’appréciait que moyennement l’intrusion de Mick alors qu’il se relaxait enfin. Il faut que je te laisse, j’ai une soirée. » Mick l’étreignit et Draco sortit de chez lui avec l’impression que le sol était en coton sous ses pieds. Il aimait cette sensation particulière. Il prit l’ascenseur et il se servit du portoloin avant d’arriver au rez de chaussée. O O La soirée s’annonçait particulièrement difficile pour Harry. S’il ne s’inquiétait pas autant pour Draco, il serait resté chez lui ou il serait allé voler sur son Eclair de Feu troisième génération ; merveille faite balai de compétition, offerte par Sirius pour Noël. Harry, Ron et Sirius avaient passé une bonne partie de l’après midi à écouter les horreurs que Crabbe Senior déblatérait sur Draco. Visiblement, il tenait le blond pour responsable de tout, du baiser du Détraqueur que Lucius et Narcissa Malfoy avaient subi, à la douleur que lui causait son ongle incarné, en passant par l’incarcération de son fils chéri. Ron dû même faire sortir Harry plusieurs fois car ce dernier manquait singulièrement de patience et de recul. A présent, Harry était sur le grand balcon de l’appartement de Karim, Lana et Jared, résistant tant bien que mal à l’envie de fumer une cigarette. « Dure journée, » constata Sirius en le rejoignant. Harry hocha la tête en mettant les mains dans les poches de son pantalon marron clair. Il portait un tee-shirt noir à manches longues sur lequel on pouvait lire « third eye blind », le nom d’un de ses groupes préférés. Sirius était vêtu de noir de la tête aux pieds et cela lui donnait une allure fascinante. Il montra du doigt le tee-shirt de son filleul. « ‘Le troisième œil aveugle’, ça irait bien à Trelawney, constata-t-il en souriant. - C’est vrai, répondit Harry en éclatant de rire. - Alors, tu détestes toujours autant ce pauvre Karim ? - Je ne le déteste pas vraiment, c’est juste qu’il est si…Parfait, tellement au courant de tout en ce qui concerne Draco… - En résumé, tu es jaloux. Je suis sûr que vous pourriez être amis si tu lui donnais une chance. - Sirius, je n’ai pas envie d’être son ami. Je veux être l’ami de son ami, si tu vois ce que je veux dire. - Je vois bien, déclara Sirius en souriant de plus belle. Draco est vraiment un tombeur. - Oui, ben c’est pas vraiment le côté que je préfère chez lui. » Ils entrèrent dans l’appartement où la fête battait son plein. Jared se trémoussait au son d’une musique brésilienne et Karim hurlait de rire en le photographiant. Ginny et Lana semblaient en grande discussion alors que Charlie errait de groupe en groupe, attendant visiblement l’arrivée de Draco. La plupart des invités étaient les mêmes qu’à la soirée de Charlie. A eux s’ajoutaient des voisins et des collègues du trio. Lana, Jared et Karim travaillaient tous les trois dans un bar branché de Londres et, en voyant l’appartement, Harry en conclut que ce travail payait bien. Seul Olivier Dubois semblait s’ennuyer au-delà des mots. Jared prit la main de Harry et il l’entraîna dans une danse endiablée, collant son corps contre celui de l’Auror. « Tu veux que je te dise, Harry ? Hurla Jared dans son oreille. Tu es le mec le plus torride de cette soirée. En fait, tu es le mec le plus torride que j’ai rencontré depuis des années. - Ouais, je croyais que tu préférais les grands blonds aux yeux gris, répondit Harry. - Non, ça fait longtemps que je n’espère plus rien de lui. Je dois dire que je n’avais jamais flashé sur quelqu’un depuis…Jusqu’à ce que je te voie. » Merde, c’est bien ma veine ça, pensa Harry. Le grand texan n’était pas laid, bien au contraire. Mais Harry n’avait que faire de lui. Il préféra couper court à la conversation. Il vit Olivier sur le balcon et il le rejoignit. La star de Quidditch alluma une cigarette. « Depuis quand tu fumes ? Demanda Harry en se retenant de ne pas lui arracher sa cigarette des mains. - Depuis que je suis avec Draco, répondit Olivier d’une voix morne. Tu sais, je ne parle pas beaucoup de nous. Nous sommes un couple très médiatisé mais c’est en train de porter sur les nerfs de Draco et je n’ai pas envie de le perdre à cause de ça. » Tu le perdras quand même, imbécile. - Comment ça se passe entre vous ? Demanda Harry. - Bien….Enfin…Il ne parle pas beaucoup mais je crois qu’on peut construire quelque chose. Il ne m’a pas trompé depuis que nous sommes ensemble…Enfin, à part avec toi. » Harry se sentit rougir jusqu’à la pointe des cheveux et des images de sa nuit avec le blond vinrent danser devant ses yeux. - Mais quand quelqu’un le drague, il en joue, poursuivit Olivier en inspirant la fumée. Ça me rend dingue. Pourquoi fait-il ça ? Bon sang, je suis un des meilleurs joueurs de Quidditch du monde! On fait la queue devant les vestiaires pour moi, des hommes et des femmes seraient prêts à payer pour être avec moi ! Pourquoi me suis-je entiché de celui qui s’en fout ? - Peut être parce qu’il est difficile à avoir, hasarda Harry. - Physiquement non, mais affectivement, il est blindé. Rien ne l’atteint. Et pourquoi je me fais chier à essayer de l’atteindre ? Je ne sais pas, il y a quelque chose en lui de profondément attachant. Pourquoi je te dis tout ça moi ? - Aucune idée. Je crois que tu le trouves fascinant…et il l’est. Je veux dire, on a connu le Draco Malfoy qu’on avait envie de tuer dès qu’il ouvrait le bec et ensuite, on voit que tout cela n’était qu’une façade. - Possible, soupira Olivier en allumant une autre cigarette. - Ce n’est pas ça, intervint Sirius en les rejoignant. Ne voyez vous pas que la plupart des amants de Draco sont dans une relation de dépendance ? Toi aussi Olivier. Tu es très différent de Charlie mais au final, c’est pareil. Vous devenez dépendants à l’idée que vous pourriez peut être être celui qui va faire la différence, mais vous ne faites rien pour cela. Vous dépendez complètement de ses réactions, à tel point qu’il peut bien se disloquer devant vous, ce n’est rien, tant qu’il ne vous en veut pas. Sa froideur, sa distance vous attirent comme des aimants. C’est quand même fou d’être obligé de décortiquer son comportement ! Il prend toute la place, même quand il n’est pas là. Toutes vos conversations tournent autour de lui mais dites vous que lui, il ne parle pas de vous. Vous n’arrivez pas à le comprendre alors vous le laissez faire, en espérant que la lumière viendra bientôt. En restant comme ça, à souffrir de son comportement, vous le transformez en agresseur et il déteste cela. Ça lui donne une image lamentable de lui-même. Olivier, lui as-tu déjà dit que tu voulais une relation monogame ? - Non, il l’a fait par lui-même. Il ne sort avec personne d’autre. - Ok, c’est grave, lança Sirius en rejetant sa longue chevelure en arrière. S’il ne couche avec personne d’autre, c’est parce qu’il a trouvé une autre manière de contrôler les choses. Non mais sérieusement, tu l’as vu dénudé récemment ? Il n’a plus que la peau sur les os ! C’est ça sa façon de garder le contrôle sur son corps et le sexe ne l’intéresse plus. Il a déjà eu ce problème à Genève. Refuser de se nourrir pour lui, c’est contrôler sa faim et par là même, son corps. Il faut lui mettre deux ou trois coups de pieds aux fesses parfois…et lui tenir la main, même s’il dit qu’il n’a besoin de personne. La vérité, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de le perdre, sinon on le perd. - Quel est son problème avec son corps ? Interrogea Olivier. Il est parfait. - Pas grave, déclara Sirius en reniflant avec mépris, la lumière se fera un jour, ne désespère pas. Tu as saisi ce que je voulais dire, Harry ? » Harry hocha la tête et il ne fut pas loin de partager le point de vue de Sirius, à savoir qu’Olivier ne comprenait vraiment pas Draco. Il était incapable de faire le lien entre le viol et l’image lamentable que Draco avait de lui-même. Il avait été en position d’humiliation totale et il n’avait rien contrôlé, surtout pas le désir malsain de ses agresseurs. Pour Draco, c’était à cause de ce corps qu’il avait été agressé et son retour à Londres, les regards posés sur lui, l’avaient à nouveau plongé dans le trouble. Sa seule façon de faire face était de garder le contrôle à tout prix. D’une certaine manière, ce n’était pas le viol qui le minait, mais la façon dont les gens réagissaient à son viol, en le traitant comme une pauvre petite chose sans défense. « Mais il se détruit, constata Harry en prenant la cigarette qu’Olivier lui tendait. - Ce n’est pas dans ce but qu’il agit. Pour lui, au contraire, c’est une façon de survivre. C’est compliqué. Nous en parlerons plus tard. Vous avez vu le… » Un concert de cris le coupa dans son élan et les trois hommes entrèrent dans le salon pour voir ce qui arrivait. Draco arrivait. Il poussait un diable sur lequel trônaient six caisses de champagne. Il ôta sa veste et pour la première fois, Harry vit sa silhouette. Ses bras étaient d’une maigreur inquiétante et à travers le tee-shirt moulant, on pouvait apercevoir ses côtes. Le pantalon descendait de ses hanches trop anguleuses et le tissu était lâche autour de ses longues jambes. « C’est dingue, il doit rayer le fond de sa baignoire tellement il est maigre et personne n’a rien fait, constata Harry. - Tu veux faire quoi ? Demanda Olivier. L’attacher et le gaver comme une oie ? - Draco ! Qu’esstu foutais ??! S’exclama Jared, déjà bien imbibé par l’alcool. - Je viens en sauveur ! J’ai amené de quoi lutter contre la déshydratation, répondit Draco en lui montrant les caisses de champagne. Ayyyye ! J’adore cette vieille chanson ! » Il se précipita au centre de la pièce avec Jared et Lana pour onduler alors que la chanteuse criait « I’ve got the power ! » Harry surprit un regard effaré de Karim vers Sirius. Le Ministre secoua lentement la tête et il se frotta les yeux dans un geste de pure lassitude. Olivier rejoignit son amant sur la piste et il fut accueilli d’une manière qu’il n’aurait pas imaginée. Draco se jeta sur lui et il enroula ses jambes autour de sa taille en l’embrassant passionnément. Harry se retint d’aller les jeter par la fenêtre lorsqu’il vit la langue de Draco pénétrer dans la bouche du capitaine des Canons de Chudley. Lorsqu’une chanson en français débuta, Draco lâcha Olivier et il prit Lana par la taille et tous deux se mirent à hurler les paroles avec un tel manque de talent que Karim se boucha les oreilles et tout le monde attendit patiemment que la chanson finisse. Harry observait Draco avec attention. Quelque chose n’allait pas avec le Draco qu’il connaissait. Le blond dansait lascivement entre Jared et Olivier mais il semblait surexcité. Ses prunelles grises se perdirent dans l’intensité du regard de Harry. Lentement, Draco se détacha de ses partenaires et il vint se poster devant Harry. « On est là pour s’amuser Harry, dit-il en se collant contre le brun. Danse avec moi. - Pas si tu me le demandes comme ça. » Draco lui lança alors un regard d’une sensualité effrayante. « S’il te plait ? » Harry lui fit un sourire et il le suivit, sans cacher sa surprise lorsque Draco le conduisit dans la salle de bains en le tenant par la main. « Qu’est ce qu’on fait là ? Interrogea Harry sans lâcher la main de Draco. - On danse, » répondit Draco en frottant son corps contre celui de Harry. Harry entoura sa taille de ses bras et il se laissa guider dans la danse la plus excitante qu’il ait connue. Draco ondulait contre lui en fermant les yeux. Sa langue passa doucement sur ses lèvres et Harry retint un gémissement devant cette incarnation de la sensualité. Son visage s’approchait dangereusement du cou gracile de Draco et une envie de l’embrasser vint obséder Harry. Tous ses sens étaient embrasés et ses mains furent animées de leur propre volonté lorsqu’elles se mirent à caresser lentement le dos de son partenaire. L’odeur de son eau de toilette mêlée à celle de l’alcool imprimait leur saveur dans la mémoire de Harry. Draco baissa les yeux vers lui et il posa ses lèvres sur celles de Harry. Le brun savait qu’il pouvait sentir son érection contre sa cuisse et cette pensée l’horrifia. Il recula un peu mais Draco se colla à nouveau, frottant sa cuisse contre le membre gorgé de désir. Harry poussa un léger gémissement alors que la langue de Draco entrait dans sa bouche avec possessivité. Le blond passa ses mains sous son tee-shirt et il taquina les tétons de Harry avec savoir faire. Au prix d’un effort surhumain, Harry se détacha. Il planta un regard perdu dans les yeux de Draco. « A quoi tu joues ? Demanda Harry. - J’ai envie de toi, répondit Draco en posant sa main sur l’érection douloureuse du brun. Ne me dis pas que tu n’en as pas envie, Harry. Je vois ta façon de me regarder. - Oui, j’ai envie de toi, rétorqua Harry en repoussant doucement Draco, mais pas comme ça. Je ne veux pas le faire avec toi Draco, même si je te désire…et putain, je te désire. - Très bien, alors je trouverai quelqu’un d’autre. - Tu es avec Olivier ! Tu es complètement saoul, Draco. Demain tu regretteras ton comportement. - Tu les as faites où tes études d’Auror, Golden Boy ? Dans un monastère ? Susurra Draco en faisant un sourire dédaigneux. - Ne dis pas de mal des Moines, Draco. Parce qu’avec ta manie de t’envoyer en l’air avec tout ce qui bouge, ils seront bientôt les seuls que tu n’auras pas essayés. » Draco resta bouche bée et Harry en profita pour sortir de la salle de bains, les mains tremblantes de rage. « Tout va bien ? Lui demanda Karim alors qu’il se servait un rhum soda. Tu as l’air bouleversé Harry. - Tout va bien, lança Harry en regardant Draco onduler contre Olivier. Je ne peux pas le regarder se détruire. Il est complètement bourré. Je suis désolé Karim, ta soirée est géniale mais je vais partir. » Il descendit son verre d’une traite et il se rendit dans la chambre pour récupérer sa veste, remarquant à quel point les lits servaient de vestiaires lors des soirées, qu’on soit sorcier ou Moldu. Karim le prit par l’épaule et il plongea son intriguant regard noir au-delà des yeux de Harry. Il semblait sonder son esprit et Harry se sentit soudain plus calme, perdu dans l’immensité sombre des prunelles du jeune marocain. « Ne pars pas, il a besoin de toi, déclara Karim. Ne lui tourne pas le dos. - Je ne crois pas moi. C’est de toi qu’il a besoin, répondit Harry. Moi, dès que je fais un pas avec lui, il recule de dix. De toutes façons, il a tellement bu qu’il fait n’importe quoi. - Il n’a pas seulement bu, Harry. Il est raide défoncé. » Harry oublia de respirer pendant quelques instants, le temps que l’information atteigne son cerveau. « Qu’est ce…Pourquoi…Depuis quand ? Bredouilla-t-il. - Il avait arrêté ses conneries, il l’avait promis à Sirius. Si tu lui demandes, il te dira qu’il n’est pas accro, et je pense qu’il dit vrai…Mais il n’empêche qu’il se réfugiait pas mal là dedans. Il semblerait que son retour en Angleterre se soit mal passé. Ecoute, je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais je sais qu’il lui est arrivé quelque chose et je ne veux pas qu’il souffre. - Moi non plus. » Il lui semblait qu’il avait reçu un monstrueux coup de massue et qu’il mettrait des semaines à s’en remettre. Il avait envisagé toutes les possibilités de dérive mais celle-ci ne lui avait pas effleuré l’esprit. L’usage de drogue n’était pas chose courante chez les sorciers. Karim prit la main de Harry et il le conduisit sur le lit. Il s’installa en tailleur au centre du matelas et il invita Harry à faire de même. « Quand je pense qu’il m’a fait une chasse parce que je fumais ! A quoi il carbure ? Interrogea Harry. - Cocaïne et ecstasy. S’il se met à saigner du nez, c’est qu’il a pris de la cocaïne. - Je n’arrive pas à le croire. Je n’ai rien vu. Ni son amaigrissement, ni la drogue ce soir. - Il faut y être habitué pour le voir. A Genève, on le côtoyait tous les jours et on ne l’avait pas vu maigrir non plus. On peut avoir l’impression qu’il va mal mais, en fait, c’est sa manière à lui de se guérir. Il a besoin de soutien. Il a besoin de toi. Tu es très important pour lui. - J’en doute. - Ecoute, ne me prends pas pour un fou, ok ? Je sais que tu ne m’aimes pas, et c’est réciproque parce que tu me voles l’homme de ma vie. J’aime Draco, sincèrement, et j’ai toujours cru qu’un jour, nous nous retrouverions. J’ai su que j’avais tort dès que je t’ai vu. - C’est marrant, je me suis dit la même chose quand je t’ai vu. - Je vais passer pour un gros malade mais c’est important. Tu sais, parler de ça avec toi me coûte énormément car je n’ai pas l’habitude de parler de Draco dans son dos. Je ne crois pas à tous ces trucs du genre voyance, magie, fantômes et tout ce qui peut être surnaturel. Mais Harry, je suis persuadé que tu es l’âme sœur de Draco. » Si Harry n’avait pas été assis, il en serait certainement tombé à la renverse. A suivre… |