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au 20 Nov 08 :
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pour 1388 fics écrites
contenant 3547 chapitres
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Trauma
Par BlackNemesis
Harry Potter  -  Romance/Drame
15 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 7     Les chapitres     42 Reviews    
Le Jour d'après

TRAUMA

 

 

 

CHAPITRE SEPT : LE JOUR D’APRES.

 

I’ve been running like you. I’ve been running like you.
Now you understand why I’m running scared.
Now you understand why I’m running scared.
I’ve been searching for truth. I’ve been searching for truth.
And I haven’t been getting anywhere.
No I haven’t been getting anywhere.
And I’m only here.
To bring you freelove.
Let’s make it clear that this is freelove.
No hidden catch, no strings attached.
Just freelove.
(Depeche Mode, « Freelove. »)

 

 

« Je suis quoi ? Demanda Harry en hésitant entre rester sérieux et éclater de rire.

 

- D’accord, dit comme cela, ça semble complètement délirant, reconnut Karim en jouant avec le bracelet qu’il avait autour du poignet. Je vais essayer d’expliquer les choses sans que tu me prennes pour un évadé de l’asile psychiatrique…C’est pas gagné. »

 

Harry éclata d’un rire un peu nerveux. Finalement, Karim n’était pas aussi détestable qu’il en avait l’air. Il était même adorable avec sa façon de parler anglais, avec ce délicieux petit accent et ses quelques fautes de syntaxe.

 

Décidément, Harry avait beau tout faire pour se persuader du contraire, il détestait vraiment Karim. Il l’invita à poursuivre d’un geste de la main, regrettant amèrement de ne pas avoir pris une bouteille de gin avec lui.

 

« Ok, je vais continuer mais je t’en prie, ne me ris pas au nez sinon je risque de très mal le prendre et Draco pourra te dire que, même si je ne suis pas grand, j’ai une droite qui peut faire de gros dégâts, prévint Karim. Je fais peur là ?

 

- Pas du tout, mais c’est bien d’avoir essayé, plaisanta Harry.

 

- Revenons aux choses sérieuses.

 

- Si tu veux. Karim, franchement, qu’est ce qui te fait dire que Draco et moi sommes des âmes sœurs ? J’ai plutôt l’impression qu’il joue avec moi.

 

- C’est possible, répondit Karim avec un petit sourire énigmatique, ça ressemble à Draco en tout cas. Il teste. Sans arrêt. Il est usant si tu veux mon avis. Mais ça fait partie de sa personnalité et on ne peut pas lui demander de changer. On peut juste l’aider à prendre confiance en lui…Et en nous au passage. Enfin, c’est ce que je pense et je ne demande à personne de me croire sur parole. Vois tu, je crois que trois personnes jouent un rôle essentiel dans sa vie : Sirius, moi et toi. » Harry resta muet mais ses yeux s’agrandirent pour exprimer ses doutes sur le fait qu’il puisse compter pour Draco. « Ne me regarde pas comme ça, je vais m’expliquer. Sirius est celui qui sait tout sur Draco, du début à aujourd’hui et Draco a confiance en lui parce qu’il est celui qui n’a jamais vu Draco comme un objet d’amour. Moi, je suis celui qui connaît par cœur le fonctionnement de Draco mais qui ignore le pourquoi. Lui et moi sommes très liés. Je pense qu’à sa manière, il m’a aimé mais qu’il a voulu s’éloigner. Quant à toi, tu es celui qui connaît le pourquoi et qui découvre une facette de Draco que tu ne connaissais pas. Au final, tu seras celui qui saura tout parce que Draco te laisse gratter sa carapace.

 

- Je ne sais pas où tu as vu cela, Karim, soupira Harry en priant pour qu’une cigarette apparaisse dans sa main.

 

- Ne ris pas. Ne ris surtout pas ! Lorsque tu étais chez Draco, le jour où il a perdu son cahier bleu, j’ai vu…Heu…quelque chose de totalement flippant. Vous étiez côte à côte et…Oh bordel je n’arrive pas à croire que je vais dire ça à voix haute…J’ai vu une légère lumière blanche voyager de ton corps au sien, et inversement. Ça a duré une seconde à peine mais je n’ai pas rêvé. »

 

Harry passa une main dans ses cheveux, les ébouriffant un peu plus au passage, puis il fixa longuement Karim d’un air stupéfait.

 

« Je te promets que je ne mens pas, insista Karim.

 

- Je te crois, articula lentement Harry. Sirius m’a dit avoir vu la même chose le jour…Un jour. J’ignore ce que ça peut être mais je ne pense pas que cela signifie que nous soyons âmes sœurs. 

 

- Ok, alors prends le comportement de Draco comme preuve qu’il tient à toi ! Peut être que, pour toi, il est naturel d’avoir des gestes tendres envers lui mais dis toi qu’il n’est pas naturel pour lui de les accepter. Harry, il te laisse toucher ses cheveux, caresser son visage…Tout cela ne passerait pas si c’était quelqu’un d’autre que toi. Je ne pense pas me tromper lorsque je prétends être une des personnes les plus proches de lui. Je lui donne des accolades, on se touche quand on danse ou quand on délire ensemble, mais s’il se sent mal, je peux t’assurer qu’il n’acceptera rien de plus que l’accolade. Pas de caresses, pas de murmures réconfortants…Rien. Nada. Toi, il te laisse faire. Quelque part, il en a peut être même besoin. »

 

Harry se contenta de montrer à Karim un visage des plus dubitatifs. Il n’avait pas l’impression d’être celui qui pourrait creuser une brèche dans les murs que Draco avait érigé tout autour de lui. Karim lui tira la langue pour marquer son mécontentement, puis, une fois qu’il eut obtenu le sourire escompté, il prit le poignet de Harry dans sa main et il le serra fort, comme si ce geste allait pouvoir persuader Harry, puisque les mots coulaient sur lui sans l’atteindre. Karim comprenait parfaitement ce que ressentait Harry et pourquoi il refusait de le croire. Il ne voulait pas prendre le risque de souffrir en se mettant de fausses idées en tête. Le fait de penser qu’il n’arriverait rien avec Draco devait l’empêcher de se raccrocher à un espoir trop mince. Karim fit un sourire angélique à Harry qui, étrangement, sentit son cœur se réchauffer.

 

Ce mec a des pouvoirs magiques, pensa Harry avant de se souvenir que le magicien, c’était lui.

 

« Je sais que c’est difficile à croire, reprit Karim sans lâcher Harry. Mais je pense sincèrement que j’ai raison. Cette lumière blanche entre vous était, pour moi, un signe. C’était une façon de me faire comprendre que je devais avancer parce que Draco est destiné à quelqu’un d’autre qu’à moi.

 

- C’est étrange… »

 

Harry s’interrompit brusquement lorsqu’il vit que Karim fixait la porte, le visage figé, sa main lâchant rapidement le poignet de Harry. La musique provenant du salon était plus forte…On avait ouvert la porte. Harry se retourna, sachant déjà qu’il tomberait sur Draco. Il fut saisi par le contraste entre la musique entraînante, joyeuse de Depeche Mode qui chantaient « Just can’t get enough, » et le regard malveillant de Draco. Pendant une seconde, Harry eut l’impression d’être de retour à Poudlard, quand il avait quatorze ans et que Draco passait tout son temps libre à lui chercher des poux dans la tête. Draco esquissa un sourire sardonique alors que Jared avait une mine écoeurée.

 

« Regarde Jared, ne sont-ils pas mignons ? Demanda Draco de sa voix traînante. Ne vous dérangez pas pour nous, nous ne faisons que passer.

 

- Draco, ce n’est pas ce que tu crois, déclara Harry.

 

- Je ne crois rien, lança Draco en ébouriffant les cheveux de Harry d’un geste qui se voulait désinvolte. Tu crois quelque chose Jared ?

 

- Je crois que tu es vraiment un boulet, Karim, tonna Jared. J’en ai marre que tu me piques tous les mecs qui m’intéressent !

 

- Je n’ai rien fait et, pour la centième fois, je ne savais pas que Draco te plaisait quand je suis sorti avec lui ! S’exclama Karim en se levant, suivi de près par Harry.

 

- Laisse courir Jared, intervint Draco en lui prenant la main. On a des choses plus intéressantes à faire. »

 

Il chercha sa veste dans l’amas de vêtements posés sur le lit et il en sortit une pilule qu’il plaça sur sa langue. En regardant Harry et Jared d’un air de défi, il empoigna la nuque de Jared et il glissa sa langue dans la bouche de l’américain pour lui transmettre le cachet d’ecstasy. Ils s’embrassèrent longuement et Harry détourna les yeux, nauséeux devant un spectacle aussi navrant. Draco rompit le baiser alors que Jared gémissait de plaisir, et il prit une pilule pour lui-même. 

 

« Vous êtes lamentables, remarqua Karim d’une voix tremblante de rage.

 

- Parles-en à quelqu’un que ça intéresse, rétorqua Draco. Amusez vous bien… » Il marqua un long temps de pause avant de rajouter : « Pour avoir couché avec chacun de vous, je peux vous dire que vous allez vous amuser. Tu rates vraiment quelque chose, Jared. 

 

- Comment autant de mecs peuvent s’intéresser à toi, ça me dépasse, constata Harry en fusillant Draco du regard.

 

- Ne confonds pas ma tête avec mon cul, Potter. C’est à mon cul qu’ils en veulent. Oops, je devrais surveiller mon vocabulaire. »

 

Il posa sa main dans le creux des reins de Jared pour le guider hors de la pièce et Harry resta muet. Il essayait de ne pas trop en vouloir à Draco mais il sentait monter en lui une furieuse envie d’attraper le blond et d’effacer son sourire satisfait à coups de gifles, comme à Poudlard.

 

« Laisse tomber, Harry, lança Karim. Il n’est pas dans son état normal. On ne peut rien en tirer quand il est comme ça.

 

- Et en plus il entraîne Jared dans ses conneries.

 

- Jared est assez grand pour savoir ce qu’il fait. Et puis, c’est lui qui a initié Draco à la drogue, pas l’inverse. Draco se fait plus de mal qu’à nous quand il est comme ça. Le point positif, c’est qu’il est jaloux.

 

- Jaloux, ça m’étonnerait. Allez viens, on va se saouler la gueule, » décréta Harry.

 

Karim éclata de rire et il suivit Harry dans le salon, où Draco dansait de manière très suggestive avec Olivier qui s’était placé derrière lui pendant que le blond discutait avec un voisin de Karim, le tout sur la musique de Vanilla Ice. Harry était au bord de la nausée…pour l’image et le son !

 

« Viens danser, Harry ! S’écria Jared en attrapant le Survivant par les hanches.

 

- Moi, danser sur « ice ice baby, » t’as vu la vierge toi, marmonna Harry en se servant un gin tonic. T’es gentil Jared, mais il est temps de me lâcher et d’aller planer ailleurs. »

 

Visiblement, Olivier n’appréciait que moyennement d’être ignoré par Draco et il préféra venir rejoindre Harry, qui plaisantait avec Karim. Bientôt, ils furent rejoints par Sirius, Lana, Ginny, Hermione et Charlie. A partir de cet instant, la soirée se déroula de manière plutôt agréable, entre rires, danses et discussions politiques. Voir Sirius, Ministre de la Magie, parler de politique moldue était hilarant pour Harry, juste comme ça, parce qu’aucun moldu présent ne savait qu’il était en présence de la personne la plus influente dans le monde sorcier. Les seuls ombres au tableau étaient les moments où Harry cherchait Draco du regard et qu’il le voyait saigner du nez, boire directement à la bouteille de champagne, se forcer à rire, faire comme si tout allait bien. Son sourire sans joie, ses gestes nerveux, son besoin d’oublier…Tout en lui rappelait à Harry l’image terrible du Détraqueur prêt à l’embrasser.

 

Harry tenta de se concentrer sur la conversation menée habilement par Sirius, mais il ne parvenait qu’à voir Draco partir en direction de la cuisine avec le voisin, et fermer la porte derrière lui. Un sentiment de rage, d’impuissance et de jalousie lui brûlait les entrailles. Il voulait entrer dans la cuisine et arracher Draco à l’étreinte du jeune homme, il voulait arracher Draco à la vision de certains hommes présents qui  passaient leur temps à le déshabiller du regard. Trop obsédé par sa propre attirance, il n’imaginait pas que, peut être, si certains détaillaient Draco du regard, c’était à cause de son poids trop léger, de ses pupilles trop dilatées, de son air trop supérieur, ou simplement à cause de cette aura qui se dégageait de lui, sans qu’on puisse expliquer d’où elle venait. Harry serra les poings et son regard trouble rencontra celui de Ginny. Elle lui fit un sourire qui signifiait « je comprends, j’étais là aujourd’hui » et Harry lui renvoya une grimace qu’il pensait être un sourire.

 

Comment aurait-il réagi, lui, si un Détraqueur l’avait attaqué ? Comment aurait-il surmonté la douleur de voir son violeur en face, de devoir le soigner et d’ensuite, être agressé par un Détraqueur ; Détraqueur envoyé par le père d’un autre violeur, parce que pour lui, Draco était le coupable ? A bien y réfléchir, Harry aurait cherché à oublier, certainement. Pas de la même façon que Draco, mais il aurait tenté de regarder la vie en face après avoir voulu s’abandonner au baiser mortel. Harry comprenait Draco. Il ne cautionnait pas ses agissements de la soirée, mais il comprenait pourquoi Draco faisait cela. Son problème était qu’il ignorait comment agir face à la détresse de Draco. Il avait toujours été très doué pour prendre des décisions judicieuses au cœur de l’action, pour sauver des vies physiquement menacées, mais il avait toujours eu plus de mal dans le relationnel, étant lui-même parfois trop renfermé. Il avait toujours été incapable d’exprimer ses sentiments et il semblait que s’il était parvenu à dire à Ginny qu’il l’aimait, c’était justement parce qu’il ne l’aimait pas de toute son âme.

 

Son regard se posa sur le visage de Sirius. Il savait que son parrain allait devoir lui expliquer certaines choses concernant Crabbe Senior, et il se doutait de ce qu’il allait entendre. Cependant, il ne voulait pas entendre que Crabbe Senior avait attaqué Draco parce qu’il n’avait plus rien à perdre et qu’il n’avait pas fini de faire parler de lui. Harry n’était pas stupide. Il avait parfaitement compris que le monde de Crabbe Senior s’était effondré après la bataille finale. Sa femme était morte, ses meilleurs amis – les Malfoy – avaient été embrassés par les Détraqueurs et son fils était en prison pour avoir torturé le fils Malfoy, traître à ses yeux. Pour lui, Draco était responsable de tout, car il avait trahi sa famille et ses amis. Pour lui, Draco n’avait pas été violé, il avait été puni. Crabbe Senior n’était pas sorti de sa cachette, guettant le moment où Draco sortirait de la sienne. Pendant toutes ces années où Draco s’était cru en sécurité loin du monde sorcier, il avait été une proie en devenir. Il avait été laissé en paix pour mieux être traqué par la suite.

 

Harry avait compris que Sirius, le plus grand soutien de Draco, était paradoxalement un allié précieux pour Crabbe Senior, et Harry savait que son parrain s’en voulait au-delà des mots. Une fois proclamé Ministre de la Magie, Sirius avait fait abolir la peine du Baiser du Détraqueur et cela avait donné le champ libre à Crabbe, car il était conscient que s’il se faisait prendre, il ne risquait pas le même sort que les Malfoy. Il risquait juste une peine d’emprisonnement, ce qui le rapprocherait de son fils qui lui manquait tant. Sachant que Draco était intelligent, Harry se doutait qu’il en avait tiré les mêmes conclusions et qu’il devait se sentir en danger constant. Restait à savoir quelles actions Crabbe Senior pourrait mener du fin fond de la prison d’Azkaban. Pour l’instant, Sirius avait ordonné qu’il ne soit pas en contact avec son fils ou avec Goyle, mais ils pourraient communiquer par voies souterraines, car Crabbe Senior connaissait du monde à Azkaban…L’attaque de Zabini en était une preuve.

 

Harry soupira et il se dit que Draco devait ressentir la même chose que lui, lorsque Voldemort passait son temps à tenter de le détruire. La différence était que Harry était entouré d’amis qui vivaient son calvaire à ses côtés, alors que Draco faisait le vide autour de lui.

 

Hermione lui prit la main et il tourna la tête vers elle. Elle était encore un peu pâle suite à sa rencontre avec le Détraqueur mais son sourire était chaleureux. Harry l’aimait à la folie et il ne savait pas ce qu’il aurait fait si elle n’était pas entré dans sa vie lorsqu’il avait onze ans. Aurait-il eu la force de se battre toutes ces années si Ron et Hermione ne l’avaient pas soutenu, supportant ses sautes d’humeur et ses angoisses, le laissant faire ses propres erreurs sans jamais rien lui reprocher ?

 

« Quelqu’un a vu Draco ? » Demanda soudain Olivier en regardant frénétiquement à droite et à gauche.

 

Harry ne répondit pas, Karim non plus.

 

« Il est entré dans la cuisine avec Elijah, déclara Jared.

 

- Pourquoi ai-je l’impression qu’il n’est pas allé là bas pour manger ? Interrogea Olivier avec hargne. Je vais lui défoncer la tête ! »

 

Personne ne releva la remarque, parce que personne ne pensait vraiment qu’Olivier était capable de défoncer la tête de quelqu’un. Seul Karim commença à lentement se diriger vers la cuisine, au cas où…

 

Harry le suivit sans vraiment s’en rendre compte.

 

Lorsque Olivier ouvrit la porte, Harry s’arrêta net alors que Karim accéléra le pas. Harry eut un haut le cœur en voyant le voisin agenouillé devant Draco. Le médicomage avait les mains posées dans les cheveux du jeune homme, la tête en arrière, les yeux fermés, l’air complètement ailleurs alors qu’Elijah faisait aller et venir sa bouche avec ardeur sur le membre de Draco. Olivier claqua la porte et, quelques secondes plus tard, Karim entra dans la cuisine.

 

Harry se mit à courir, talonné par Sirius qui avait ordonné aux autres de rester dans le salon. Lorsque Harry entra, il vit Elijah recroquevillé dans un coin, terrorisé par la fureur d’Olivier, que Karim essayait tant bien que mal de contenir. Draco était assis sur le sol, remontant la fermeture éclair de son pantalon avec un air détaché, presque amusé. Il avait clairement décidé de pousser Olivier à bout et il y parvenait à la perfection. Sa lèvre inférieure était enflée, coupée en son milieu, un mince filet de sang coulant le long de son menton. Il avait aussi une marque rouge sur le haut de la joue. Harry n’avait même pas envie de l’aider à se relever. Il se tourna vers Karim et Olivier.

 

Si la situation n’était pas aussi grave, Harry aurait volontiers éclaté de rire à la vue de Karim, accusant environ trente centimètres de moins qu’Olivier, tentant de le retenir en poussant des jurons pleins d’imagination.

 

« Laisse moi Karim ! Cria Olivier. Je vais lui exploser la tête ! T’es qu’une pute, Draco !! 

 

- Laisse le ! Tu vois bien qu’il n’est pas dans son état normal, intervint Sirius en portant assistance à Karim.

 

- Et alors ?! Ça ne justifie pas son comportement digne d’une fille de joie ! Hurla Olivier. Laissez moi juste deux minutes avec lui et après, on verra qui en voudra ! Tu n’as pas honte Draco ?! »

 

Draco essuya sa lèvre du revers de la main et il offrit son sourire le plus dédaigneux à Olivier.

 

« Ça m’apprendra à sortir avec des intellectuels, lança-t-il d’un air mauvais. Pourquoi aurais-je honte, Olivier ?

 

- T’es qu’une merde. Comment tu peux faire ça ? Te faire sucer par des mecs que tu ne connais même pas ? S’exclama Olivier.

 

- Je le connais très bien, se défendit Draco en prenant appuis sur la table pour se relever.

 

- Quel est son prénom ? Demanda Harry en montrant Elijah du doigt avec agacement.

 

- Heu…Voisindudessous ? Interrogea Draco au bord du fou rire.

 

- J’y crois pas ! S’écria Karim en tenant toujours Olivier. Pourquoi tu fais ça, Draco ? Pourquoi tu veux tellement être détesté ? Tu vas trop loin. Respecte un peu le mec qui s’agenouille devant toi quand même. »

 

Draco fixa longuement Karim avec un sourire qui ne présageait rien de bon. Il confirma les craintes de Harry lorsqu’il ouvrit la bouche.

 

« Ne t’en fais pas Karim, j’ai retenu ton prénom, c’est déjà bien, répondit Draco avec désinvolture. Après tout, je n’ai pas besoin de savoir comment les autres s’appellent, tant que j’ai le nom du roi de la fellation. Tu seras toujours numéro un dans ce domaine. »

 

Karim pâlit violemment et il lâcha Olivier.

 

« Oh putain, t’aurais pas dû ! Olivier, déchire lui la gueule, j’en ai rien à faire. Mais avant, Draco, tu dégages de chez moi. Jamais on ne m’avait insulté de la sorte. 

 

- Ok, tout le monde se calme ! Ordonna Harry. Olivier, rentre chez toi. Vous vous expliquerez demain. Sirius, tu m’aides à ramener Draco chez lui.

 

- Regardez qui prend les choses en mains, comme d’habitude. Saint Potter, lança Draco en reprenant sa bouteille de champagne. Que ferait le monde sans lui ?

 

- Ta gueule Draco, ça suffit ! Aboya Sirius.

 

- Surveille ton vocabulaire, Sirius ! Un homme de ton rang ne devrait pas être aussi vulgaire, » ironisa Draco.

 

Sirius ferma les yeux et il les frotta avec son pouce et son index. Il allait exploser, Harry le savait.

 

« C’est amusant que tu parles de vulgarité, Draco, susurra Sirius avec un regard glacial. Dis moi, qu’est ce qui est plus vulgaire, selon toi ? Moi qui dis « ta gueule » ou toi qui mets ton pénis dans la bouche d’un mec que tu ne connais pas, dans la cuisine de tes amis ? Hum ? Avant de parler, Draco, réfléchis. La vulgarité n’est pas seulement dans les mots. Elle est dans les actes, et à ce niveau là, Draco, tu nous surpasses tous. Regarde-toi, tu es pathétique. »

 

Draco ouvrit la bouche, puis il la referma aussitôt. Harry lui fit signe de se taire et il le prit par la taille pour l’aider à marcher. Sirius salua les autres, puis il alla chercher leurs manteaux  avant de suivre Harry et Draco hors de l’appartement. Tous trois transplanèrent jusqu’à chez Draco, lequel était devenu étonnamment silencieux. Sirius jeta les habits sur le canapé et Draco s’assit sur la table basse du salon, le regard baissé, cherchant à retrouver ses esprits. Harry s’installa sur le canapé et son regard fut aussitôt attiré par le cahier bleu qui trônait sur la table basse, à côté de Draco. Il leva un sourcil et Sirius lui fit un sourire fatigué en faisant apparaître trois cafés.

 

« Le cahier était derrière la bibliothèque, répondit Sirius à la demande muette de Harry.

 

- Non, murmura Draco d’un air las, quelqu’un l’a remis derrière la bibliothèque.

 

- Content de te voir de retour parmi les vivants, ironisa Sirius. Ecoute mon grand, je sais que tu as passé la pire des journées possibles, je sais que tu veux faire le vide autour de  toi, mais arrête de te faire mal. Je ne peux pas accepter de te regarder sans rien dire alors excuse moi d’avance si je vais être un peu dur avec toi.

 

- Je n’ai pas besoin de tes leçons de moral.

 

- Non mais regarde toi ! Tu te rends compte de ce que tu es en train de te faire ?!

 

- C’est juste une fois, expliqua Draco d’un air excédé. Je ne suis pas accro, je gère totalement alors arrête de t’en faire, Sirius. Pour moi, c’est juste un moyen de planer, de tout oublier et je n’ai pas envie que tu me juges.

 

- Draco, je ne tolère pas ton comportement face aux drogues ! S’exclama Sirius en passant sa main dans ses cheveux. Tu connais les ravages qu’elles font aux Moldus ! Tu sais à quel point c’est dur pour eux de sortir de l’addiction et toi, avec une insolence inadmissible, tu utilises ces produits sans t’inquiéter parce que tu sais qu’en tant que Sorcier de Sang Pur, ces choses ne peuvent pas te rendre physiquement accro. Par respect pour ceux qui n’ont pas ta chance, qui sont dépendants de ces produits et qui se battent pour s’en sortir, tu devrais éviter d’en prendre. Et puis, tu risques la dépendance mentale malgré tout alors arrête de jouer avec le feu. Arrête de te punir sans arrêt, Draco. »

 

Il s’approcha de Draco pour l’étreindre mais le blond recula vivement.

 

« Tu as été beaucoup trop loin ce soir, poursuivit Sirius en regardant Draco palper sa joue douloureuse. As-tu pensé aux conséquences si Olivier allait s’amuser à dire à tout le monde sorcier que son héros s’explose la tête à coup de drogues et d’alcool ? Draco, je me suis porté garant pour toi au Ministère et, si on te retire ton emploi de consultant, on va aussi me demander des explications ! Je n’ai pas enduré toutes ces années de solitude et de misère pour qu’on me traite à nouveau comme un pestiféré ! Et pense à toi ! Si jamais on apprenait que tu abuses de substances toxiques moldues, les journaux ne te laisseraient plus en paix. Demande à Harry ce que ça fait d’être harcelé par les média. Ils peuvent faire très mal. Bordel, Draco, tu es médicomage ! Te rends tu compte des dégâts que tu pourrais causer si tu persévérais à t’en mettre plein le nez !

 

- ça suffit Sirius ! J’en ai marre de toi et de ta prétendue inquiétude pour moi ! Tonna Draco en se relevant. Arrête un peu de jouer les anges gardiens et analyse clairement tes motivations avant de me sortir tes tirades déchirantes ! Tu sais ce que tu es ? Un hypocrite ! Le pire que j’aie jamais rencontré…et pourtant, j’en ai rencontrés. Si tu as voulu prendre soin de moi, ce n’est pas parce que tu t’inquiètes pour moi mais parce que ça relève de quelques points ta côte de popularité. Le brave Ministre qui donne dans le social avec l’autre trépané qui s’est fait passer pour mort ! Voilà ce que tu veux : te donner bonne conscience parce qu’à chaque fois que tu me regardes, tu remercies Merlin que ça me soit arrivé à moi, et pas à ton filleul !

 

- Draco, ce n’est pas…, commença Sirius dont le visage était livide.

 

- Pour ton information, coupa Draco en accompagnant ses paroles avec ses mains, quand mes lèvres bougent, ça veut dire que je suis en train de parler, alors tu évites de m’interrompre. Je n’ai pas besoin de toi, ni de ta protection. Garde ta pitié, tes bonnes intentions et va trouver quelqu’un d’autre pour te donner bonne conscience. Et arrête de me prendre pour un crétin congénital ! Je sais très bien que si tu m’as caché les informations concernant Crabbe Senior et le fait qu’il veuille me faire payer, c’est parce que tu ne veux pas être embarrassé publiquement. Imagine comme ça ferait tâche sur ton CV si j’avais dit à la presse que le Ministre et ses Aurors avaient été incapables de mettre la main sur lui avant qu’il ne m’attaque. Tu me traites comme une pauvre petite chose sans défense, c’est lamentable. »

 

Harry voulut intervenir mais le regard haineux de Draco, sa respiration saccadée, son corps tendu comme s’il allait attaquer l’en dissuadèrent. Mieux valait laisser passer l’orage avant de dire quoi que ce soit. Sirius fixait Draco, une expression de douleur mélangée à de la fierté se lisait sur son visage.

 

« C’est ce que tu penses, Draco ? Demanda-t-il d’une voix un peu cassée. C’est le cocktail drogues et alcool qui te fait dire n’importe quoi ? Ou alors c’est la vérité ?

 

- Maintenant, Sirius, qui est pathétique ? Ricana Draco en se massant les tempes. Avant de balancer devant tout le monde que mon comportement est vulgaire et j’en passe…Regarde toi bien. Comment s’appelle la fille avec laquelle tu as couché hier soir ? Tu la respectes ? Tu vas la revoir ou tu vas faire exactement la même chose que moi : passer à quelqu’un d’autre et laisser les sentiments de côté ? Avant de dire que je tourne comme une prostituée, demande toi ce que toi tu fais ! Ce n’est pas parce que moi je m’envoie en l’air avec des hommes que je suis plus sale que toi ; toi qui profites de ta position de Ministre pour sortir avec des filles qui ne dépassent jamais les 20 ans ! J’ai une mauvaise nouvelle pour toi, Sirius : ta jeunesse est passée et tu ne la retrouveras jamais, pas même si tu couches avec des gens qui ont la moitié de ton âge ! Avant de juger ce que je fais, procède à une introspection. Tu es incapable de prendre soin de toi alors comment ose-tu venir me dire que ce que je fais est mal ?

 

- Justement, articula Sirius d’un air un peu trop calme. J’ai perdu ma jeunesse et je ne veux pas que tu perdes la tienne, Draco. Ça fait quatre ans que tu survis et il est temps que tu vives. Maintenant, si c’est là ce que tu penses de moi, je devrais te laisser te démerder tout seul.

 

- Tu devrais, oui, » confirma Draco en tournant les talons pour se rendre dans la cuisine où il prit un verre d’eau.

 

Sirius lança un regard las à Harry qui lui fit un petit sourire compatissant.

 

« Il ne le pense pas, déclara Harry à voix basse.

 

- Je ne sais pas, Harry, murmura Sirius. Reste avec lui cette nuit, s’il te plait. Demain aussi. Et si jamais il retouche à ses cochonneries, tu le prends par la peau des fesses et tu l’amènes au « White Castel. » C’est un hôtel de luxe dans lequel il pourra passer une semaine tranquille, loin du stress et de cette drogue qu’il se fout dans le nez. Je leur téléphonerai demain matin pour réserver deux suites, au cas où.

 

- On ne va pas le forcer à y aller, objecta Harry.

 

- S’il ne touche pas à la drogue, non, il n’aura pas besoin d’y aller. Dans le cas contraire, je suis prêt à l’obliger à s’y rendre et à en assumer les conséquences. Si tu ne veux pas le faire, il n’y a pas de problème, Kingsley aime bien Draco et inversement. »

 

Le sang de Harry ne fit qu’un tour. Kingsley était un bel homme, musclé, à la peau aussi noire que l’ébène, ce qui lui valait un succès certain. Harry refusait de laisser Draco en compagnie d’un autre rival potentiel.

 

« Arrête, Harry, reprit Sirius. Tous les hommes qui posent le regard sur Draco ne sont pas forcément attirés par lui ! Je t’accorde qu’il a un charisme qui lui vaut d’être assez convoité, mais il n’est pas irrésistible, il est temps que tu t’en rendes compte sinon tu vas devenir fou. »

 

Sur ce, Sirius étreignit Harry et il transplana hors de l’appartement, laissant son filleul seul, les yeux rivés sur le cahier bleu. Il le prit avec précaution et il rejoignit Draco dans la cuisine. Le blond était assis sur le plan de travail, une tasse de thé fumante dans la main. Il semblait un peu plus calme mais ses gestes restaient secs. Une fois encore, Harry tressaillit devant sa beauté surréaliste, ternie par sa maigreur. Il avait l’air trop vulnérable, trop fragile et Harry comprit alors que la perte de poids de Draco détournait l’attention de ses prétendants éventuels. Draco n’était plus un bel homme au corps attirant, c’était un bel homme trop maigre, trop maladivement maigre. Peut être était ce son moyen de défense pour qu’on arrête de le dévisager, pour qu’on arrête d’être sexuellement attiré par lui. Harry commençait à se dire qu’il avait raison lorsque le regard froid de Draco se posa sur lui. Il s’installa en silence sur une chaise et il tendit le cahier bleu à son propriétaire. Draco lui fit signe qu’il n’en voulait pas et Harry le posa sur la table.

 

« Tu as fait du thé, » dit-il en montrant la tasse du doigt.

 

Draco hocha la tête et il fixa Harry d’un air énigmatique.

 

« Pourquoi tu ne me dis rien ? J’ai dû te décevoir ce soir, n’est ce pas ? Tu n’as donc rien à me reprocher ?

 

- Si, j’ai un tas de choses à te dire mais je pense que ce soir, tu es trop explosé pour pouvoir vraiment mémoriser quoi que ce soit. Comme je n’ai pas envie de me répéter, j’attendrai demain pour t’accabler de reproches, répondit Harry en lui faisant un petit sourire indulgent.

 

- Peut être que demain, je serai trop honteux pour te le dire alors je préfère le faire maintenant. Harry, je suis vraiment désolé, j’ai complètement déraillé ce soir. » Murmura Draco en baissant les yeux.

 

Harry se leva lentement et il prit la main de Draco dans la sienne. Il caressa sa joue du revers de son autre main. Draco pencha la tête sur le côté, comme pour effleurer la main de Harry avec sa joue.

 

« Draco, ce soir j’ai vu un ami qui souffrait tellement qu’il a eu besoin de s’exploser la tête et de faire mal à ceux qui l’aimaient, déclara Harry d’une voix calme et grave. Je pense que cette journée restera gravée dans ma mémoire comme une des pires, parce que j’étais impuissant face à ton désarroi. Tu avais raison, si j’avais fait mon travail correctement, je n’aurais pas constamment cette horrible image de toi, t’abandonnant dans les bras du Détraqueur. Jamais je ne me remettrai du fait que tu aies momentanément souhaité perdre ton âme.

 

- Perdre son âme, c’est perdre la mémoire, chuchota Draco en détournant la tête pour contempler l’évier comme si c’était la chose la plus intéressante du monde. C’était juste une pulsion de mort, ça ne se reproduira plus. Je vais bien.

 

- Combien de poids as-tu perdu depuis ton retour ? Interrogea Harry.

 

- Je ne sais pas. Huit ou neuf kilos. Je n’ai jamais été épais de toutes façons. Mais je t’assure que ça va, je gère parfaitement. »

 

Harry soupira et il se rapprocha de Draco, jusqu’à se retrouver entre les jambes du blond. Il prit doucement sa taille entre ses mains et il fixa Draco si intensément que le jeune médicomage crut qu’il allait en pleurer.

 

« Je n’ai pas besoin de réconfort, déclara Draco d’une voix qu’il voulait neutre malgré son léger tremblement.

 

- Mais moi, j’ai besoin d’être réconforté, répondit Harry en sentant que ses dernières défenses étaient en train de céder.

 

- Oh… » Fut la seule chose que Draco fut capable de dire avant que ses bras ne viennent entourer les épaules de Harry pour l’attirer contre lui dans une douce étreinte. Harry serra la taille de Draco d’un bras pendant que de son autre main, il se débarrassait de ses lunettes. Il enfouit ensuite sa tête dans le cou délicatement parfumé du blond. Harry devait admettre que, malgré son comportement instable, Draco était très sécurisant. Son corps était magnétique et il semblait à Harry que rien ne pouvait lui arriver tant qu’il était à l’abri de ces deux bras qui l’enlaçaient avec tendresse. Il étreignit plus étroitement la taille de Draco, humant son odeur comme si elle était vitale pour lui, comme si cette fragrance était la seule qui pouvait le rendre pleinement complet.

 

« Je voudrais que tu n’appartiennes qu’à moi, murmura Harry d’une voix inaudible contre la peau de Draco.

 

- Que dis-tu ? Demanda Draco en se reculant un peu pour plonger son regard dans celui, étonnamment brillant, de Harry.

 

- Tu sens bon, » mentit Harry, bien que cela n’ait pas vraiment été un mensonge.

 

Draco sembla un peu mal à l’aise et il repoussa doucement Harry.

 

« Sers toi un thé, dit-il en se mettant debout, je vais aller prendre une douche pendant ce temps.

 

- Si tu as besoin d’être seul, il te suffit de me dire de partir.

 

- Ce n’est pas ça. C’est juste qu’il y a à peine une heure, j’étais dans la bouche de ce mec alors…

 

- C’est bon, j’ai compris ! S’écria Harry avec dégoût. Je suis traumatisé à vie par cette image alors passe moi les détails et va te laver !

 

- Tu seras encore là quand j’aurai fini ? Demanda Draco d’un air affreusement gêné.

 

- Seulement si tu le veux. »

 

Draco hocha la tête et il se rendit dans la salle de bains. Il fut tenté de se frapper la tête contre le rebord du lavabo mais il se contenta de s’insulter intérieurement. Il avait voulu faire le vide autour de lui et, en une soirée, il était parvenu à se faire détester par tous ceux qui comptaient pour lui. Au lieu de se sentir soulagé, comme il s’y attendait, il avait l’impression que son cœur et sa gorge étaient serrés dans des étaux. Il était incapable de s’expliquer pourquoi il faisait tout de travers mais ce qu’il savait après cette soirée, c’était que le peu de respect qu’il avait pour lui-même s’était envolé à la minute où il était entré dans la cuisine avec le voisin, dont le nom lui était définitivement sorti de l’esprit.

 

Pendant que Draco laissait couler l’eau brûlante sur son corps, Harry était en proie à un dilemme de taille. Le cahier bleu semblait l’appeler et il ferma les yeux pour ne surtout pas le voir. La curiosité allait l’emporter sur la raison et Harry serra convulsivement sa tasse pour s’occuper les mains. Il avait toujours été curieux, et, depuis son entrée dans le monde sorcier, la plupart de ses découvertes venaient du fait qu’il avait surpris des conversations, trouvé des indices en écoutant aux portes ou en se servant de sa cape d’invisibilité. Ces découvertes avaient conduit à résoudre un grand nombre de problèmes comme retrouver la pierre Philosophale ou…Haïr Sirius…De toute évidence, il n’y avait pas que du bon à écouter aux portes.

 

Harry prit le carnet et il feuilleta ses pages blanches d’une manière distraite, pesant le pour et le contre. Il ne pouvait pas faire ça, c’était de l’ingérence dans la vie privée de Draco.

 

Oui, pensa-t-il, mais peut être que ce cahier contient des dessins et des croquis exceptionnels et, grâce à moi, Draco deviendra aussi connu que Léonard De Vinci. Allez, juste la première page…Uniquement pour rendre service à Draco. Il a raison, je suis un Saint ! Non, c’est ignoble.

 

Poussé par la curiosité et le besoin de faire de Draco un artiste reconnu, il ouvrit le cahier à la première page et il lança le sortilège faisant apparaître l’encre. L’écriture de Draco était déliée et penchée, agréable pour les yeux. Harry imaginait le blond, calmement installé chez lui, écrivant avec grâce des mots qui ne demandaient qu’à être lus.

 

J’avais raison, cette écriture est presque…Artistique. Juste une page, une toute petite page et j’arrête.

 

Harry prit une profonde inspiration et son regard se reporta sur la première page.

 

« Mardi 15 novembre.

 

Je ne sais même pas pourquoi j’écris ces lignes car, pour être complètement honnête, je n’en ai aucune envie et je n’en vois pas l’utilité. Il paraît que ça pourrait m’aider à y voir plus clair, seulement voilà, j’y vois déjà très clairement mais personne ne semble me croire…Et par « personne, » j’entends Sirius et la psychologue qu’il m’a forcé à aller consulter. Au bout de cinq lignes, je sais déjà que je ne ferai pas lire cela à la psy.

 

Je m’explique.

 

Après deux mois de forcing intense, Sirius est parvenu à me faire aller à un des milliers de rendez vous qu’il avait pris avec elle. Le seul point positif, à mon avis, c’est qu’elle est très jolie. Malheureusement pour elle, je n’ai rien à lui dire. Je suis arrivé dans son cabinet et je me suis installé (jusque là, rien d’anormal, ma santé mentale est au beau fixe.)

Elle m’a demandé pourquoi je venais la voir et là…Silence radio. Je me suis contenté de la fixer avec dédain, comme j’ai toujours su le faire. Elle a attendu gentiment que je parle…En vain. Au bout d’une heure, elle m’a donné rendez vous pour la fin de la semaine. Je suis resté muet comme une carpe et ça a semblé la mettre mal à l’aise. Peut être a-t-elle des problèmes personnels à régler quant à son angoisse du silence. A la fin de la séance, elle m’a dit de tenir un journal dans lequel j’étais censé parler à ma douleur.

 

Question : Comment diable s’adresse-t-on à la douleur ?? Dois je la tutoyer ou la vouvoyer ? Et, surtout, si je n’ai pas mal, dois-je inventer une douleur quelconque ? Parce que, visiblement, tout le monde veut que je souffre, c’est agaçant. En quelle langue dois-je leur dire que je vais bien ?

 

Bon, j’ai bien cette impulsion féroce d’aller me cacher dans un trou de souris dès qu’on me regarde, mais je n’appellerais pas cela de la douleur…Je dirais que c’est une gêne. J’ai aussi cette boule dans la gorge, elle ne me quitte jamais, et j’ai peur du moindre bruit quand je suis seul, mais ce n’est pas douloureux…c’est gênant. C’est également gênant d’aller faire mes courses, d’aller suivre mes cours, de croiser des gens, de regarder Sirius dans les yeux.

 

Enfin bref, me voici devant ce cahier et j’ai envie d’aller voir la psy pour lui parler un peu de sa propre angoisse face à moi. Mon silence et, Merlin sait quoi d’autre, la poussent à utiliser cette idée de thérapie par l’écriture comme un écran qu’elle met entre nous pour se protéger. Quelque chose me dit que je lui plais…Je fais cet effet depuis mon arrivée ici et je ne comprends pas pourquoi. Plus je me renferme, plus on tente de m’aborder. Prenez mon voisin du dessous, Jarod ou quelque chose comme ça, il est systématiquement en train d’essayer d’entamer la discussion avec moi, il m’invite sans arrêt à boire un verre chez lui…L’idée même de me retrouver seul avec ce mec et sa perversion me terrorise et m’écoeure. La dernière fois, j’étais avec lui dans l’ascenseur et j’ai constaté qu’il humait l’air ! Il m’a dit qu’il aimait mon parfum. J’ai failli vomir sur place. Il est plus fort que moi, ça se voit. Que ferai-je s’il essayait de…Je dois envisager sérieusement de déménager.

 

C’est étrange, plus j’écris et plus j’ai l’impression de m’alléger. Peut être est ce un bien. Je vais continuer et, parallèlement, j’écrirai un autre journal dans lequel je me lamenterai et j’insulterai ma douleur. La psy sera contente et je pourrai commencer à l’analyser parce qu’elle en a besoin. Je suspecte Sirius d’avoir choisi cette fille parce qu’il la trouve à son goût. Personnellement, je la considère comme une belle femme mais j’ai vu plus belle. Fleur Delacour par exemple. Ou les jumelles Patil. Pansy a un charme particulier, même si elle n’est pas ce qu’on peut appeler une beauté. La fille Weasley aussi est mignonne. Pas comme son abruti de frère.

 

Je ne vais pas parler de Poudlard, c’est trop dur. Je n’ai pas envie d’aborder ce sujet…Jamais plus. Le géant, Hagrid, est mort avant la bataille finale et c’est tant mieux. J’espère qu’ils ont rasé sa baraque miteuse. Je hais tout ce qui se rattache à Poudlard…à part Pansy et Luna. Dire qu’elles me croient mort. Quelque part, ce n’est pas faux, je SUIS mort.  J’en mourais de honte si on me retrouvait un jour. Ils doivent tous bien rire là bas : les Weasley, Potter, et tous ceux que j’ai martyrisé à Poudlard. « Draco Malfoy est un faible. Il a eu ce qu’il méritait. » Peut être ont-ils raison.

 

J’ai longuement analysé mon comportement d’adolescent (je viens d’avoir 19 ans, dois je me considérer comme un adolescent ou plutôt comme un jeune adulte...Personnellement, je me sens…Vieux.) et je n’ai pas aimé le garçon que j’étais. Il n’existe pas une personne que je n’ai pas blessée à cette époque. Des professeurs aux élèves, en passant par les parents d’élèves ; je m’en suis pris à tout le monde. Peut être essayais-je de décharger sur eux l’ambiance pesante qui régnait chez moi. Je ne peux pas dire que mes parents m’aient brutalisé, ce serait un mensonge. Mais leur froideur, leur façon de soudoyer tout le monde, comme s’ils pensaient que seul, je n’arriverais à rien, leur façon de m’acheter, de me faire taire dès que j’ouvrais la bouche…Tout cela a contribué à faire de moi le petit crétin qui  avait besoin de marcher sur tout le monde. La seule chose dont j’étais persuadé, c’était de ma supériorité due à mon sang pur. Quand j’y pense, ce sont des « sangs purs » qui m’ont souillé à jamais, c’est ironique.

 

Finalement, ma psy va être contente car une chose est douloureuse, vraiment douloureuse quand j’y pense. J’étais vierge.

 

Je n’avais même jamais embrassé qui que ce soit.

 

Et ça, ça fait mal.

 

Je voudrais tellement qu’on me laisse seul, que plus personne ne tente de me parler ou de me faire aller mieux.

 

Je vais peut être me faire tatouer « je vais bien » sur le front, pour rassurer tout le monde et pour éviter d’avoir envie de pleurer à chaque fois que je prononce ces trois mots qui sonnent faux. »

 

Harry releva les yeux et il sentit ses mains trembler sous le journal. Il se frotta la nuque en fermant ses paupières. Il en avait trop lu, ou pas assez, mais il avait besoin de savoir. Il avait l’impression que, de cette manière, il entrait en communication avec Draco, que Draco s’ouvrait à lui. Il tourna les pages et il s’arrêta au hasard.

 

« 31 décembre.

 

J’ai menti à Sirius en lui disant que j’étais invité à passer le réveillon chez mon voisin, Jared. Il m’a invité mais j’ai décliné son offre. Je veux juste être tranquille. Je n’ai pas envie de faire la fête. Je ne veux voir personne, mais personne ne semble le comprendre.

 

J’ai découvert une chose étrange : plus j’écris dans ce cahier, et moins j’ai envie de manger. Et j’aime cette sensation de faim. Je peux la contrôler. J’ai un pouvoir sur elle. Et quand j’ai faim, je ne pense pas à autre chose. Je ne pense pas à ça. C’est comme lorsque je cours jusqu’à l’épuisement…Je me sens libre de choisir ma douleur. »

 

« 17 mars.

 

J’ai constamment l’impression qu’ils sont avec moi, qu’ils me suivent partout où je vais. Ils sont tapis dans l’ombre, attendant que je me sente mieux pour ressurgir. J’entends leurs rires ignobles et je sens leurs présences indésirables, leurs souffles sur ma nuque, leurs mains sur moi. J’ai beau les refouler dans un coin de ma mémoire, ils parviennent toujours à remonter à la surface et à me gifler au moment où je m’y attends le moins.

 

En jouissant en moi, c’est comme s’ils m’avaient injecté un cancer particulièrement abject, qui me ronge lentement, qui me fait perdre toute envie de sourire. J’aurais dû me débattre plus fort.

 

Jamais plus je ne perdrai le contrôle. Je préfère mourir que de ne rien maîtriser. Je veux redevenir celui que j’étais avant, confiant et insouciant. Je me croyais indestructible. Et je les considérais comme mes amis. Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Comment n’ai-je pas prévu ce qui allait arriver ? Tout est de ma faute, c’est clair.

 

Potter n’aurait jamais fait des choix aussi crétins que les miens. Il avait ses amis, des amis qui auraient donné leurs vies pour lui, comme il aurait donné la sienne pour eux ou pour leurs familles. J’ai toujours été choqué d’apprendre qu’il avait mis sa vie en danger pour sauver la sœur de Ron Weasley…Je ne l’aurais jamais fait à sa place. C’est peut être pour ça qu’il est un héros et que je suis devenu le jouet de ceux que je considérais comme mes amis. Pourtant, je n’admire pas Potter. Loin de là. Penser à lui me rend presque nauséeux.

 

Je l’ai attendu. Lorsqu’ils m’ont transporté dans la cabane, j’ai pensé que Potter viendrait m’aider…Comme j’avais tort une fois de plus ! Pansy avait les deux jambes cassées et pourtant, elle a essayé de se traîner jusqu’à moi. Lui, il n’a pas bougé.

 

Il les a vu m’emmener et peut être a-t-il souri. Je pensais que nous avions enterré l’animosité entre nous lorsque nous étions dans l’Ordre du Phénix. Pour la Granger ou le Weasley, il serait venu…Mais pour moi, non. Sincèrement, j’avais confiance en Potter. Je pensais que je pouvais mettre ma vie entre ses mains. Il était la seule personne en qui j’avais une confiance aveugle. Est-il possible que je n’aie vraiment fait aucun bon choix de toute ma vie ?  Jusqu’au moment où ils ont forcé en moi, j’ai cru qu’il viendrait. Lorsque Marcus Flint est entré dans la cabane, j’ai pensé que c’était Potter.

 

Personne ne se serait mis en danger pour moi. Je les comprends, moi-même, je ne me serais pas aidé…Un traître doublé d’un petit prétentieux, fils à papa, c’est tout à fait normal de ne pas vouloir que je m’en sorte.

 

C’est gagné parce que je ne m’en sors pas.

 

J’essaye de garder la tête hors de l’eau mais je sombre chaque jour un peu plus. Seul l’ami de Jared, Karim, est un rayon de soleil pour moi. Il a ce regard volontaire et doux qui vous laisse penser que tout ira bien, qu’il suffit de s’accrocher. Il est fascinant.

 

J’ai surmonté mes préjugés sur l’homosexualité mais je n’envisage pas de toucher un autre homme, même si je sais que Karim est tombé amoureux de moi. Ça me dérange un peu, ça me met très mal à l’aise mais je gère la situation.

 

Il faut que j’arrête de ressasser toujours les mêmes choses, je dois parvenir à oublier, à me persuader qu’il n’est rien arrivé.

 

Que tout cela n’était qu’un cauchemar.

 

Je pense que je vais aller courir. »

 

Harry releva la tête et il se rendit compte qu’il pleurait silencieusement. Comment Draco avait-il pu penser, ne serait-ce qu’une seconde, que Harry l’avait délibérément laissé se faire violer ? Il fallait qu’il lui parle. Il fallait qu’il lui avoue qu’il avait lu son journal pour aborder le sujet de la cabane. Harry était dévasté intérieurement. Il s’était toujours senti coupable et, il se rendait compte que Draco était d’accord avec lui…Pour une fois.

 

Il essuya ses yeux et il tenta de respirer plus calmement pour diminuer les battements frénétiques de son cœur. L’être qu’il aimait plus que tout avait eu confiance en lui à un moment donné. Draco l’avait attendu et Harry n’avait pas pu être là pour lui, et pourtant, il avait essayé. Il tourna les pages distraitement, en sachant que rien de ce qu’il pourrait faire ou dire ne parviendrait à aider Draco. Il devait l’accepter et arrêter d’avoir peur de perdre Draco, parce qu’il ne l’avait jamais vraiment eu.

 

« 15 juillet.

 

Trop bourré pour écrire. »

 

« 29 octobre.

 

Raide défoncé. Dormir. »

 

« 31 Octobre.

 

C’est Halloween et, franchement, je m’en moque. Karim m’a embrassé la semaine dernière. Je ne comprends toujours pas pourquoi je ne l’ai pas repoussé ! Au lieu de cela, je lui ai rendu son baiser !

 

Je me dégoûte.

 

Cela fait une semaine que je l’évite, ainsi que Jared par la même occasion. Sirius dit que ce n’est pas un drame et que j’aurais pu tomber sur pire, parce que Karim est très bel homme. Je suis d’accord avec lui, Karim est beau, mais KARIM EST UN HOMME ! Il n’y a donc que moi que ça choque ?

 

Sirius m’a sorti un petit discours made in lui, m’expliquant qu’il était normal que Karim soit attiré par moi, parce que, moi aussi, je suis très beau…Tout le monde est beau, c’est formidable de voir le monde selon Sirius !

 

Le monde selon Draco Malfoy est un tout petit peu plus compliqué, j’en ai bien peur. Je comprends Sirius cependant. Pour lui, toute personne susceptible de le faire sortir de son oppressante solitude est la bienvenue. Il se moque qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, même si je reste intimement convaincu qu’il a une préférence très nette pour les femmes puisque je ne l’ai jamais vu en compagnie d’hommes. Il en a déjà dragués, mais sortir avec eux, c’est différent. C’est quelqu’un qui a énormément besoin d’affection mais qui est incapable de le montrer. J’aimerais l’aider mais, étant moi-même un sclérosé affectif, j’aurais du mal à faire quoi que ce soit.  

 

Si seulement j’arrivais à m’ouvrir un peu plus sur l’extérieur, peut être… »

 

Harry sursauta en entendant la voix de Draco.

 

« On peut savoir ce que tu fais ? Demanda Draco, simplement vêtu d’un peignoir de bain sombre.

 

- Je…Pardonne moi…Je suis désolé, vraiment, balbutia Harry.

 

- Ce n’est pas grave, tu peux le lire, puisque quelqu’un l’a déjà probablement lu avant toi, avant de le reposer derrière la bibliothèque.

 

- Draco, je m’en veux tellement de ne pas avoir pu t’aider…

 

- Je ne veux rien savoir, Potter, coupa Draco. Rien n’est jamais arrivé, tu comprends ? Rien. Jamais. »

 

Soudain, ses yeux s’agrandirent et il mit une main sur sa bouche en courrant vers les toilettes, où il vida le contenu de son estomac. Harry attendit patiemment que Draco sorte de la salle de bains, pâle et un peu honteux.

 

« Dans quel état tu t’es mis, Draco, constata Harry sur un ton qui ne contenait aucun reproche. Pourquoi tu te fais mal comme ça ? Tu ne mérites pas ça.

 

- Tu n’en sais rien, Harry, répondit Draco d’une voix éteinte. Peut être que si, peut être que je le mérite. Et puis, qui te dit que je me fais mal ?

 

- Tu devrais aller te reposer un peu, nous reparlerons de tout cela demain. »

 

Harry se leva et il prit la main de Draco pour l’accompagner dans sa chambre. Draco resta un moment figé, et Harry lui fit signe d’enlever son peignoir.

 

« Je…Je dors uniquement en boxer, rappela Draco d’un air ennuyé.

 

- Et alors ?

 

- Je n’aime pas qu’on me voie à moitié nu.

 

- Pourtant la dernière fois, tu étais en boxer devant moi, remarqua Harry avec un sourire amusé.

 

- Toi aussi, tu étais à moitié nu, ce n’est pas pareil. Ça me gène de montrer mon corps devant quelqu’un qui est habillé, c’est tout. Et puis, je voulais te provoquer pour que tu sortes de chez moi, la dernière fois.

 

- C’est tout ce que tu as trouvé pour te rincer l’œil ? Questionna Harry en éclatant d’un rire agréable alors qu’il ôtait son tee-shirt.

 

- Non ! Ce n’est pas ce que je voulais…Potter tu vas me rendre dingue à tout prendre au pied de la lettre ! »

 

Harry jeta ses chaussures et ses chaussettes hors de la chambre et il fit ensuite glisser son pantalon sur ses cuisses parfaitement musclées. Il haussa ensuite les épaules, pour dire à Draco que cela n’avait rien de compliqué, et il ne pu s’empêcher de regarder le blond alors qu’il se retournait pour enlever son peignoir. Plus le tissus glissait, révélant le dos de Draco, plus Harry étouffait des jurons, une main devant sa bouche. Les côtes et les omoplates de Draco ressortaient d’une manière très prononcée et Harry pouvait même voir chaque os le long de sa colonne vertébrale. Il s’approcha et il prit le peignoir pour le poser sur une chaise, puis il caressa son dos en le poussant doucement jusqu’au lit. Il ouvrit les couvertures et Draco s’y glissa sans protester. Harry passa le bout de ses doigts sur la joue meurtrie du jeune homme et il embrassa son front.

 

« Il faut que tu manges, Draco, déclara Harry. Il faut vraiment que tu manges. »

 

Il se tourna pour partir mais la voix de Draco le rappela.

 

« C’est pour ça que tu ne veux pas de moi ? Parce que je suis trop maigre. Ou alors c’est juste parce que tu m’as eu et que, par conséquent, je n’ai plus aucun intérêt pour toi. »

 

Le sang de Harry se glaça dans ses veines et il fit volte face. Il n’arrivait pas à comprendre que Draco puisse avoir une vision aussi erronée des choses. Il respira lentement, tentant tant bien que mal de ne pas perdre son calme, de ne pas hurler sur Draco. Il s’accroupit pour que son visage soit à la même hauteur que celle de son ange déchu.

 

« J’espère que tu plaisantes, dit-il en caressant les cheveux soyeux de son vis-à-vis. Tu es, effectivement, beaucoup trop maigre mais, Draco, tu restes pour moi l’être le plus séduisant de la planète. Et cela ne changera pas, que tu pèses 50 ou 150 kilos. Dans l’état actuel des choses, j’avoue que je préfèrerais que tu accuses 150 kilos sur la balance. Je te désire comme je n’ai jamais désiré personne, mais je refuse de me contenter d’une relation purement sexuelle. Ce n’est pas de toi, dont je ne veux pas. C’est de tous ces mecs qui gravitent autour de toi dont je ne veux pas.

 

- Oh je t’en prie, Harry ! Ils ne sont pas si nombreux que tu le dis ! Et puis, avant de voir les quatre types qui me courent après, regarde un peu le nombre impressionnant de gens, hommes et femmes confondus, qui te tournent autour, qui te dévorent des yeux. Tu es totalement aveugle ! Tu es Harry Potter, le Survivant ! Le beau gosse par excellence si on se place d’un point de vue moldu. Qui ne craquerait pas sur un brun ténébreux aux yeux verts, Harry ? Tu sais pourquoi les gays qui ne pensent qu’au sexe viennent vers moi ? Parce que toi, tu n’es pas officiellement reconnu comme gay, alors que moi, je le suis et j’ai une solide réputation de « Draco couche toi là. » Je ne m’en plains pas, j’ai voulu que les choses soient ainsi. Mais toi, tu ne vois rien, tu es complètement aveugle. Un nombre impressionnant de gens veut aimer Harry Potter. Rien en commun avec les trois loosers qui veulent se faire Draco Malfoy. Alors arrête de parler, Harry, parce que tu ne sais pas. Tu ne vois pas.

 

- Je pense que tu as tort, murmura Harry en effleurant la joue de Draco. Je vois. Je ne vois que toi. Et si je te dis tout ça se soir, c’est parce que j’ai besoin que tu l’entendes, même si ça me rassure de savoir que demain, tu auras tout oublié. Je crève d’envie d’être avec toi, Draco. J’ai mal aux bras à force de ne pas pouvoir te tenir contre moi. C’est toi qui es aveugle, petit con.

 

- Surveille ton vocabulaire, soupira Draco. Je suis désolé, Harry, mais je n’ai rien d’autre à t’offrir que ce que je donne habituellement. Je n’ai pas envie d’une relation suivie ; pas d’attaches.

 

- Pourquoi ?

 

- Parce que…Je ne sais pas…Je trouve ça trop intime. Le jeu de la séduction, on peut le contrôler, pas le relationnel.

 

- Parce que le sexe, ce n’est pas quelque chose d’intime pour toi ? Demanda Harry en ôtant ses lunettes pour se frotter les yeux. Il faut que tu révises ta conception de l’intimité, Draco. C’est urgent. Il faut aussi que tu laisses tomber tes préjugés sur l’amour.

 

- Moi j’ai des préjugés ? Tu te moques de moi ? Qui passe son temps à faire des allusions idiotes à Ginny sous prétexte qu’elle est amie avec Lana ? J’appelle ça un préjugé, Harry. Lana est lesbienne, elle tient Ginny par la main alors Ginny est forcément lesbienne ! Comme je le disais précédemment, tu es aveugle. Ton ex copine trouve le réconfort dans son amitié avec une femme et ça ne va pas plus loin. Ce n’est pas parce que tu as eu une pulsion homosexuelle qu’elle doit en avoir aussi. Alors je t’en prie, arrête d’ennuyer Ginny avec ça et laisse la tourner la page tranquillement, ou alors, retourne avec elle si ça t’amuse.

 

- Ok, quand tu m’as vu avec Karim dans la chambre, tu n’as pas eu de préjugé ? Tu ne t’es pas dit que deux mecs ensemble dans une chambre signifiait forcément fornication ?

 

- Un point partout. »

 

Harry se pencha alors lentement et il déposa un baiser attentionné sur les lèvres de Draco, en prenant garde de ne pas blesser sa lèvre déjà abîmée. Il sentit alors la langue de Draco se faufiler entre ses lèvres alors que ses mains se posaient sur ses épaules nues. Harry frissonna au contact des doigts de Draco sur sa peau et il entrouvrit un peu la bouche. Il savait qu’il ne devait pas répondre à ce baiser mais la tentation était si forte qu’il eut du mal à garder le contrôle. Sa langue effleura celle de Draco et, au prix d’un effort considérable, Harry se recula un peu.

 

« Je ne suis pas un trophée, Draco, dit-il d’une voix rauque. Tu peux avoir qui tu veux alors ne cherche pas à me séduire pour te rassurer. Je suis déjà conquis mais je ne veux pas de ce que tu as à donner, c’est tout. Moi, je t’offre une relation unique, sans dérapages, sur un pied d’égalité. L’amour libre avec multi partenaires, ce n’est pas pour moi.

 

- Nous ne sommes pas faits pour nous entendre alors.

 

- Il faut que tu dormes, lança Harry en se relevant. Demain sera une dure journée pour toi, parce que tu ne seras pas fier de ton comportement. 

 

- Reste, Harry, » chuchota Draco d’une voix presque inaudible. 

 

La dernière chose à laquelle Harry pensa avant d’entrer sous les couvertures, c’était qu’il devenait complètement fou, qu’il ne devait pas passer une nuit auprès de Draco, dans son lit, près de son corps magnétique. Il se coucha sur le dos et il ouvrit les bras.

 

« Viens ici, » ordonna-t-il à voix basse.

 

Draco sembla réfléchir un instant, puis il répondit à l’invitation, posant sa tête dans le creux de l’épaule de Harry, caressant sa peau mate avec son souffle chaud. Harry emprisonna Draco dans ses bras et il passa une main dans ses cheveux blonds, hypnotisé par son charisme. Draco s’endormit presque aussitôt et Harry profita plus longtemps du silence troublé uniquement par leurs respirations calmes, de la main posée sur son cœur, du visage enfoui dans son cou, de tout ce qui faisait de Draco un être si compliqué mais si exceptionnel pour Harry.

 

Si seulement Draco pouvait cesser d’avoir peur, Harry était certain qu’il serait capable d’aimer…de l’aimer lui, qui savait ?

 

« En tous cas moi, je t’aime, » murmura Harry à celui qui ne l’entendait plus, parti dans un monde onirique qui n’appartenait qu’à lui.

 

O

O

 

Quelques heures plus tard, Harry ouvrit les yeux et il lui fallut quelques secondes pour se souvenir de l’endroit où il se trouvait. Il tourna la tête. Draco avait bougé pendant la nuit et il était à présent à l’autre bout du lit, dormant sur le côté, son visage face à celui de Harry. Dans la pâle lumière du matin, ses cheveux semblaient irradier la pièce de leurs reflets dorés et blancs. Ses longs cils clairs reposaient sur ses joues, son souffle était régulier, sa bouche entrouverte était tentante malgré le sang séché sur la lèvre inférieure. Le haut de sa joue avait pris une teinte violacée et Harry réalisa que personne n’en voudrait à Olivier, parce que tous auraient réagi comme lui.

 

Harry aurait peut être même été plus dur encore, car si Draco avait une apparence angélique qui jouait en sa faveur, il savait aussi se montrer sous son plus mauvais jour, il savait frapper exactement au bon endroit pour faire très mal et Harry n’aurait pas supporté une telle humiliation publique. L’image de Draco et de cet homme le hantait, elle lui déchirait le cœur comme si c’était lui que Draco avait trompé la veille. Harry caressa le visage de Draco et il effleura ses lèvres avec son doigt.

 

« Dors mon ange, chuchota-t-il en souriant. Profite de ces instants qui précèdent ton réveil…Parce qu’après, je vais pourrir ta  journée, tu n’as pas idée. »

 

Il se leva sans bruit et il prit une douche rapide. Il transplana ensuite chez lui pour prendre un jean et tee-shirt à manches longues. Il mit quelques affaires dans un sac de sport, au cas où il serait obligé de prendre Draco en otage pour le conduire dans l’hôtel dont avait parlé Sirius. Il fouilla toute la cuisine avant d’enfin trouver sur le paquet de cigarettes qu’il avait dissimulé dans une marmite, il prit l’adresse de l’hôtel et il retourna chez Draco, où il prépara le café. Il fit le sac de Draco, juste au cas où…Il ajouta le journal de Draco au fond du sac, parce qu’il avait besoin d’en savoir plus.

 

Il s’installa enfin sur le canapé et il sirota son café tout en fumant la cigarette dont il avait tant rêvé depuis que Draco s’était transformé en Mister Hyde. Harry avait clairement constaté trois états différents par lesquels le blond était passé : il avait d’abord été euphorique, puis agressif, et enfin, la pression était retombée, le laissant abattu, presque fragilisé.

 

Son estomac criait famine et il se demanda ce qu’il allait manger, entre les yaourts au lait de soja et les oranges qui se battaient en duel dans le frigidaire. Il visualisa Ron, certainement attablé dans son immense cuisine, à l’échelle de son impressionnante capacité à ingurgiter n’importe quoi, enfournant une quantité astronomique de délicieux toasts préparés par Luna, qui, depuis qu’elle était enceinte, s’était découvert une passion pour la cuisine. Avant sa grossesse, Harry n’aurait même pas osé lui demander de faire une omelette tant la jeune femme mettait du temps à observer l’œuf dans tous les sens, refusant de le casser de peur qu’un poussin pas encore bien formé en sorte. Elle avait tué trois Mangemorts qui s’en étaient pris à Ron le jour de la bataille finale, mais elle devenait hystérique à l’idée de faire mal à un poussin. Parfois, Harry comprenait que Ron soit en extase devant la douce folie de sa femme.

 

La sonnerie de la porte le tira de ses réflexions et il mit un peu de temps à décider s’il devait aller ouvrir ou non. Finalement, il ne fut pas déçu d’avoir laissé Karim entrer car ce dernier portait un paquet qui sentait étonnamment bon. Il sentit son estomac se mettre à genoux et implorer quelques miettes.

 

« Il n’est pas réveillé ? » Demanda Karim en faisant un sourire plein de lassitude.

 

Harry secoua la tête et il servit un café au jeune homme qui semblait avoir passé une nuit blanche. Ses yeux étaient rouges et, lorsqu’il prit la tasse, Harry constata qu’il tremblait un peu.

 

« J’ai apporté des croissants, reprit Karim en montrant le paquet. Draco en mangeait en quantité industrielle quand on était en Suisse alors peut être qu’il en mangera au moins un aujourd’hui. Ou la moitié d’un. Ou une bouchée. N’importe quoi tant qu’il bouffe ! Sers toi, il y en a pour un régiment. »

 

Harry ne se fit pas prier et il dégusta son croissant en silence, tout comme Karim. Il alluma ensuite une autre cigarette.

 

« Draco va te tuer d’avoir fumé chez lui, lança Karim avec un sourire amusé. Tu sais qu’hier soir, Jared m’a fait jurer sur sa bible qu’il n’y avait rien entre toi et moi ; tu lui as vraiment tapé dans l’œil.

 

- Il n’y a aucune réciprocité à ce niveau là. Je dois t’avouer que Draco est le seul homme qui ne m’ait jamais attiré physiquement.

 

- Considérant le fait que tu étais avec la jolie Ginny avant le retour de Draco, je crois que j’avais compris, plaisanta Karim.

 

- Dis moi, hier soir, Draco m’a dit qu’il n’y avait rien entre Lana et elle, c’est vrai ?

 

- Oui, répondit Karim, Lana n’est pas le genre de femme qu’on prend comme un mouchoir quand on s’est fait larguer. Elle vaut bien mieux que ça. Et elle n’est pas non plus du genre à profiter du désarroi d’une amie. Elles sont souvent ensemble, elles sont tendres l’une envers l’autre, mais ça s’arrête là. Et, pour être franc, je trouve que Sirius, Jared et toi, vous êtes lourds à toujours faire vos allusions. »

 

Le bruit d’une porte qu’on ouvre violemment les fit sursauter. Ils entendirent Draco vomir avant que la porte ne se referme.

 

« Ah, l’autre pingouin est réveillé, » déclara Karim avec un sourire un peu crispé.

 

Draco avait ouvert les yeux et, aussitôt, une douleur fulgurante lui avait transpercé les tempes. Son estomac semblait lui remonter dans la gorge et il se leva d’un bond pour aller étreindre la cuvette des toilettes. Il attendit dix minutes pour que la nausée se calme. Il se releva ensuite avec peine, tout tournait autour de lui et sa tête menaçait exploser. Il lui fallait une potion contre la gueule de bois, et vite. Il sortit de la salle de bains en gémissant et l’odeur de la cigarette lui fouetta les narines.

 

Oh non, qu’est ce qu’ai fait hier ? Et avec qui ? Merlin, faites que ce soit Olivier, implora intérieurement Draco qui cherchait désespérément à se souvenir de la soirée.

 

Il y avait eu du champagne, de la cocaïne et de l’ecstasy, il en était certain. Mais quoi d’autre ? Et pourquoi sa lèvre lui faisait-elle si mal ? Il retourna dans la salle de bains et il se regarda dans la glace, poussant un hoquet de surprise en voyant les blessures sur son visage. D’où venaient-elles et, surtout, qu’avait-il fait ?

 

La personne qui fumait ne pouvait pas être Olivier puisque ce dernier savait qu’il était interdit d’allumer la moindre cigarette chez Draco. Ses mains se mirent à trembler et une prodigieuse nausée s’empara de lui à nouveau, alors que la migraine lui martelait les tempes sans discontinuer.

 

Au bout d’encore dix minutes, il parvint à se relever et à trouver la potion qu’il convoitait depuis son réveil. Il fallait une demie heure pour qu’elle agisse et Draco se résigna donc à souffrir tout en découvrant ce qu’il avait fait la veille. Il avança lentement le long du couloir, se tenant aux murs pour ne pas tomber, avec autant d’entrain que s’il se rendait à l’abattoir.

 

« Amène toi, Malfoy ! Cria Karim de la cuisine. Je suis avec Harry et ta vertu est partiellement sauve ! »

 

Draco poussa un long soupir de soulagement avant de faire son apparition, l’air épuisé, aussi pâle qu’un fantôme, le corps à peine dissimulé par son peignoir mal fermé. Il prit une tasse de café et il s’installa sur le plan de travail.

 

« Harry, la prochaine fois que tu allumes une cigarette chez moi, je te donne un aller simple pour le dentiste ! J’ai l’impression que j’ai bu tout ce qu’il y avait de liquide dans ton appartement, Karim.

 

- C’est clair, et tu as aussi sniffé tout ce qu’il y avait de sniffable, rétorqua froidement Harry.

 

- Oh non, tu es au courant alors, murmura Draco plus pour lui-même que pour les autres.

 

- Tu es amnésique aujourd’hui ? Demanda Karim.

 

- Considérant le fait que j’ai même du mal à me souvenir de mon prénom, je crois qu’on peut affirmer que j’ai perdu la mémoire, oui. Ça vient de qui, ça ? Interrogea Draco en montrant sa lèvre.

 

- Olivier, répondit Harry. Je te dis tout de suite que c’était grandement mérité. J’aimerais vraiment que tu te souviennes de ce que tu as fait, pour que tu puisses mourir de honte, Draco.

 

- Tu parles comme Sirius, remarqua Draco en serrant ses tempes entre les paumes de ses mains.

 

- Tu t’es fait sucer dans ma cuisine, par mon voisin, et pratiquement tout le monde vous a vu, » expliqua Karim d’une voix qui se voulait détachée.

 

Draco baissa la tête, couvrit ses yeux avec sa main et il sembla réfléchir longuement, comme s’il essayait désespérément de se rappeler les évènements de la veille. Il releva ensuite la tête, très lentement, et il soupira.

 

« Je n’arrive pas à m’en souvenir, je suis désolé, dit-il d’un air sincère. Oh Merlin, Olivier doit m’en vouloir à mort. Karim, je suis vraiment, vraiment confus d’avoir fait ça.

 

- Tu sais quoi ? Ça n’a plus aucune importance, Draco, rétorqua Karim qui sembla soudain très triste. J’arrête. Je suis fatigué Draco.

 

- Karim, de quoi parle-tu ? » Demanda Draco soudain très tendu.

 

Karim se leva, il posa un croissant dans la main de Draco, puis il étreignit son ami. Il plongea ensuite ses yeux sombres dans l’infinie clarté de ceux de Draco. Il passa une main dans les cheveux de Draco, qui se recula d’un geste sec. Karim lança un regard lourd de sous-entendus à Harry, qui comprit alors de quoi le jeune homme parlait lorsqu’il disait qu’il n’était pas donné à tout le monde de pouvoir avoir des gestes tendres envers Draco. Harry se leva pour les laisser seuls mais Karim lui fit signe de rester. Draco, pour sa part, tentait de reporter son attention sur son croissant. Il en tira une miette, qu’il porta à sa bouche d’un air écoeuré. Il sembla mâcher pendant des heures avant d’avaler difficilement et de reprendre une autre minuscule morceau. Le voir picorer ainsi, comme si rien n’avait plus de saveur pour lui, fendit le cœur de Harry. Un regard à Karim lui confirma que lui aussi, souffrait de voir Draco dans un tel état. Karim était pourtant prêt à être dur avec lui. Il le fallait, pour sa propre survie.

 

« Draco, je ne veux plus te voir, lâcha Karim en fermant les yeux.

 

- Pardon ?! Interrogea Draco en ouvrant grand les siens.

 

- Tu as très bien entendu. Je t’aime et tu es mon ami le plus cher, mais je ne peux plus supporter ton comportement…Je ne te comprends plus, ou du moins, je n’arrive plus à te comprendre. J’ai essayé, Draco. J’ai tenté par tous les moyens de te donner le choix, la liberté de me parler, de m’expliquer pourquoi tu as tant besoin de tout foutre en l’air lorsque quelqu’un est trop proche de toi. Mais le fait est que je n’ai plus la force de spéculer à ton sujet. Tu vas mal et je ne sais pas pourquoi. C’est usant de te trouver des excuses quand on ne sait même pas si tu as des excuses. Ce n’est pas du chantage, je ne te demande pas de me parler maintenant. Je veux juste que tu sortes de ma vie si ton seul but est d’y mettre la pagaille.

 

- C’est à cause d’hier ? Demanda Draco en fixant obstinément ses mains.

 

- Oui. Tu allais bien quand tu as quitté la Suisse. Que s’est-il passé ici pour que tu recommences à agir comme ça ? Et pour que tu recommences à nous faire souffrir dans la foulée. Hier soir, tu m’as fait mal, comme jamais je ne pensais avoir mal face à une insulte de la sorte. Ça m’a blessé parce que ça venait de toi et que, jusqu’à hier, tu ne t’étais jamais attaqué à moi. Pas comme ça. Je ne suis pas un de tes jouets et pourtant, tu m’as cassé ; parce que je suis ton ami et que tu as piétiné cette amitié, publiquement. Si un jour tu es disposé à me dire où tu as mal, je serai là. Par contre, si c’est pour faire comme si rien ne s’était passé, ne reviens pas. Je vais te laisser à présent.

 

- Je ne te retiens pas, » lança froidement Draco.

 

Karim dit au revoir à Harry et il sortit en claquant la porte. Harry mit du temps avant d’oser regarder Draco. Il semblait avoir reçu un coup de massue et Harry s’approcha doucement de lui. Il lui prit la main et il le fit descendre du plan de travail pour le faire asseoir sur une chaise. Il lui écarta un peu les jambes pour se tenir debout entre elles, puis il prit la tête de Draco entre ses mains. Draco posa son front contre le ventre de Harry et il respira profondément, comme lorsqu’on essaye de refouler des larmes.

 

« Qu’est ce que je lui ai dit hier ? Questionna Draco au bout de quelques minutes.

 

- Pour schématiser, tu lui as dit qu’au royaume de la fellation, Karim était souverain, répondit Harry en caressant sa nuque.

 

- Oh non !

 

- Tu as aussi traité Sirius d’enfoiré notoire et d’anorexique affectif. Tu as laissé entendre qu’Olivier était un simplet, sans parler du voisin dont tu ne connaissais même pas le prénom. Tu t’es surpassé, vraiment. Tu étais très en forme.

 

- Ce n’est pas possible, se lamenta Draco en serrant la taille de Harry entre ses bras. Je ne pense pas une seconde que Sirius soit un enfoiré ou qu’Olivier soit simplet. Et…Et toi ? Je t’ai blessé ?

 

- Par ton comportement général, oui. Ça m’a fait mal de te voir faire n’importe quoi. Sinon non. Tu as bien essayé de m’insulter en disant que je baisais bien, tout comme Karim, mais c’est plutôt un compliment…Et en plus, c’est vrai. Je suis très doué au pieu. »

 

Draco poussa un petit gémissement.

 

« Quoi ? Demanda Harry. Que se passe-t-il ?

 

- Vocabulaire Potter, » couina-t-il contre son ventre.

 

Harry éclata de rire et il serra le visage de Draco contre lui avant de le relâcher. Draco se releva et il fit mine d’épousseter son peignoir.

 

« Elle va être longue ma tournée d’excuses, remarqua-t-il avec un sourire sans joie. Je vais me doucher. Je dois être au Ministère dans deux heures. »

 

Harry hocha la tête et il se planta devant la télévision. On y retransmettait une parodie de la vie des Beattles, nommée « the Ruttles, » qu’il adorait. Il devait être le seul à connaître les Ruttles mais à chaque rediffusion, il éclatait de rire devant ce faux documentaire. Il lui fallut plusieurs minutes avant de se rendre compte qu’il n’entendait plus l’eau de la douche. Il alla frapper à la porte et Draco lui répondit qu’il arrivait.

 

Peut être son métier d’Auror, qui demandait une vigilance constante, déteignait sur sa vie privée, car Harry sentit que quelque chose n’allait pas. Il ouvrit la porte et il vit Draco qui s’apprêtait à inhaler de la poudre blanche. Harry la lui arracha des mains et il dû faire appel à tout son sang froid pour ne pas hurler.

 

« Accio cocaïne et ecstasy ! » Invoqua-t-il.

 

Dès qu’il eut les pilules et les petits sachets de poudre dans les mains, il les jeta dans les toilettes et il tira la chasse alors que Draco se débattait comme un diable.

 

« Potter ! Tu sais pour combien de fric il y en avait ?!

 

- Je m’en fous. Après tout, tu as hérité, non ? Tu as de quoi acheter toute la ville si tu le veux alors trouve toi un hobby et arrête de sniffer tes merdes ! Allez, suis moi, on part en vacances ! Tu vas apprendre à te relaxer sans avoir besoin de tes bidules qui font planer. »

 

Draco resta muet alors que Harry lui arrachait sa baguette des mains et qu’il la mettait dans sa poche. Il ne suivit pas Harry lorsque celui-ci sortit de la salle de bains. Harry revint sur ses pas et, pour la première fois depuis que Draco était allé prendre sa douche, il le regarda. Ses yeux étaient mouillés, comme s’il avait pleuré.

 

« Draco, murmura Harry en prenant son visage entre ses mains, ça ne va pas ?

 

- Karim est la seule personne qui m’ait jamais vraiment connu, articula-t-il d’une voix douce. Je ne peux pas vivre sans lui. »

 

Il sembla à Harry que Draco venait de lui arracher le cœur et qu’il le piétinait sans même s’en apercevoir.

 

« Alors tu l’aimes, constata Harry, résigné.

 

- Oui. Comme on aime un ami. Il est le seul qui sache qu’au fond, je ne suis pas aussi ignoble que j’en ai l’air et il me fait confiance. Je n’arrive pas à croire que j’ai pu être aussi lamentable avec lui. Il faut que j’aille le voir.

 

- Tu le verras la semaine prochaine, trancha Harry soudain plus joyeux.

 

- Pardon ?

 

- On part en vacances dans un hôtel grand luxe, ordre du Ministre. Et tu n’as pas ton mot à dire, rétorqua Harry en lui prenant le poignet et en le tirant hors de la salle de bains. Ça te fera oublier un peu cette soirée minable. Bouge ton cul !

 

- Non mais ça va pas ? Je refuse d’y aller ! J’ai du travail !

 

- Lis sur mes lèvres si tu n’entends pas : tu n’as pas ton mot à dire. »

 

Harry prit son sac et celui de Draco, puis il les fit transplaner jusqu’à chez lui, où il récupéra sa voiture. Draco s’installa en silence.

 

« C’est un enlèvement, marmonna-t-il en mettant sa ceinture de sécurité.

 

- Si tu le dis. Tu iras porter plainte au Ministère dès notre retour si ça t’amuse. En attendant, je vais t’apprendre à te relaxer.

 

- Tu es complètement atteint, Potter ! Je ne veux pas te suivre ! Je ne suis pas ta chose !

 

- Non, en effet, tu n’es pas ma chose. Tu es un emmerdeur qui va profiter d’un séjour luxueux dans un endroit de rêve. Nous allons nous installer et nous reposer. La semaine prochaine, tu iras t’excuser auprès des autres et ils te pardonneront. Tout sera pour le mieux dans le plus merveilleux des mondes possibles, ironisa Harry.

 

- C’est un enlèvement, » s’obstina Draco.

 

- Elle va être longue cette semaine, chuchota Harry pour lui-même alors qu’il démarrait la voiture. Merci beaucoup Sirius ! »

 

Pendant plus d’une heure, soit la moitié du trajet, Draco n’ouvrit plus la bouche. Il se contentait de contempler le paysage par la fenêtre et de soupirer quelquefois, pour se rappeler au bon souvenir de Harry. Au  début, Harry ne fit pas attention à lui, il écoutait juste la musique qui passait à la radio. Cela sembla ennuyer Draco.

 

« Tu pourrais quand même conduire plus vite, lança Draco au bout d’un moment. J’aimerais bien arriver avant le réveillon.

 

- Je conduis dans la limite autorisée, remarqua Harry en allumant une cigarette juste pour le plaisir de voir Draco tousser exagérément.

 

- Il n’y a personne sur la route, tu pourrais te lâcher un peu et appuyer sur l’accélérateur.

 

- Je pense à ceux que je pourrais blesser, ou pire, tuer si j’avais un comportement dangereux en voiture.

 

- Ok, soupira Draco. Tu viens me dire à moi que je dois me relaxer alors que c’est toi qui es tout stressé. Détends toi et pense à toi, au plaisir que tu pourrais avoir à pousser un peu ton petit bolide.

 

- Peut être que je devrais penser plus à moi et que toi, en contrepartie, tu pourrais arrêter de te regarder le nombril, » répondit Harry en tirant sur sa cigarette.

 

Draco s’enferma à nouveau dans son mutisme, les yeux perdus dans le vide. Harry photographia intérieurement cette image magnifique de son profil fin et de son regard rêveur. Au bout d’une dizaine de minutes, Harry éprouva le besoin de retrouver sa connexion avec Draco. Il ne voulait pas que leur relation « amicale » se ternisse pour si peu.

 

« Tu comptes bouder encore longtemps ? Demanda-t-il.

 

- Le temps qu’il faudra, répondit Draco sans quitter le paysage des yeux.

 

- Je suis désolé, ok ? Je n’aurais pas dû te dire ça, surtout que je ne pense pas que tu sois égoïste. Ce que tu fais avec Neville pour ceux que le monde sorcier a préféré oublier n’a rien d’égoïste. C’est juste que…Je ne peux pas m’empêcher de t’en vouloir alors que je n’en ai pas le droit. Olivier a le droit de t’en vouloir, pas moi.

 

- M’en vouloir pour quoi ?

 

- Putain Draco ! S’exclama Harry en tapant sur le volant. Tu avais ta queue dans la bouche de ce mec ! J’ai tout vu ! Il te suçait comme si sa vie en dépendait !

 

- Surveille ton vocabulaire Potter.

 

- Surveille ton attitude Malfoy ! Pourquoi tu prends ces trucs qui te font faire n’importe quoi et te rendent amnésique par la suite ?

 

- C’est juste une façon pour moi de ne plus penser à rien d’autre qu’à ce que je ressens au moment où je les prends. Tu vois, tout le rationnel, toute la douleur s’en va, tu n’as plus d’histoire, tu vis juste dans un monde de sensations. C’est une façon pour moi de contrôler les choses, de contrôler ce que je ressens.

 

- Tu m’excuseras mais hier, je n’ai pas eu l’image de quelqu’un qui contrôlait quoi que ce soit. Tu as fait des choses que tu aurais eu trop de fierté et d’intelligence pour les faire dans un état normal. Bordel, tu m’as sauté dessus ! Tu as roulé une pelle à Jared ! Tu t’es fait sucer dans la cuisine et tout le monde t’a vu ! Tu n’avais même pas l’air d’aimer ce qu’il te faisait, tu étais parti, complètement à l’ouest…Je n’appelle pas ça contrôler quoi que ce soit.

 

- Quoi d’autre ? Demanda Draco avec appréhension.

 

- Le reste, tu le sais. Tu as blessé Olivier, Karim, Sirius. Et pire ! Tu as dansé sur « Ice Ice Baby » Le comble de la déchéance.

 

- J’ai vraiment honte de ce que j’ai fait.

 

- Et encore, si tu savais les horreurs que tu as débitées à Sirius, tu t’arracherais la langue. Sur certains points, tu n’avais pas tort, en particulier quand tu lui as dit qu’il agissait comme toi, avec toutes ces femmes qu’il ne garde jamais plus d’une semaine. Pour le reste, tu as été très dur avec lui. Il t’adore, vraiment.

 

- Je sais, murmura Draco d’un air gêné.

 

- Nous parlerons de tout ça une fois que nous serons arrivés à l’hôtel, attablés devant une bonne choucroute, ou des bonnes frites aux saucisses. »

 

Draco éclata de ce rire si agréable aux oreilles de Harry.

 

« Tu comptes me faire reprendre le poids que j’ai perdu en une seule soirée ? Interrogea-t-il.

 

- Zut, tu m’as démasqué ! »

 

Le reste du trajet fut un enchantement pour les deux hommes. Ils s’amusèrent à chanter le plus mal possible les chansons qui passaient à la radio. Ils aimaient les mêmes musiques, à doses différentes. Draco avait un goût plus prononcé pour les sons groove alors que Harry préférait les sons rock.

 

Ils arrivèrent au White Castel sous un ciel noir, en proie à de grandes rafales de vent.

 

« On va oublier l’activité piscine pour aujourd’hui, » plaisanta Harry en entrant dans le hall.

 

Draco s’était arrêté pour admirer la beauté du spectacle. Il lui semblait qu’une tempête se préparait et cela le fascinait.

 

Harry se présenta à l’accueil, sous le regard appréciateur de l’hôtesse. Elle lui fit un sourire éblouissant, qui retomba vite lorsqu’elle vit Draco approcher. Harry comprit alors qu’elle le croyait responsable des marques sur le visage de Draco. Draco sembla comprendre également et il adopta sa mine la plus piteuse, en lançant à Harry des œillades terrorisées.

 

« Je ne suis pas responsable de ça, se défendit Harry en montrant le visage de Draco.

 

- Je ne le pensais pas, Monsieur, répondit l’hôtesse d’un air guindé.

 

- Ne t’en fais pas, je t’ai dit que je ne porterai pas plainte, susurra Draco avec un grand sourire.

 

- ça suffit ! Arrête de lui faire croire que je suis une brute ! Pourrait-on avoir nos suites ? Au nom de Potter et Malfoy.

 

- Nous avons une réservation pour la suite nuptiale, répondit la jeune femme en rougissant sous le regard vert émeraude de Harry.

 

- La quoi ? Questionna Draco en s’étranglant à moiti&eacu