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TRAUMA CHAPITRE 9 : MISES AU POINT. Et dans 150 ans On s’en souviendra pas De tes premières rides De nos mauvais choix De la vie qui nous baise De tous ces marchands d’armes Des types qui votent les lois Là bas au gouvernement De ce monde qui pousse De ce monde qui crie Du temps qui avance De la mélancolie La chaleur des baisers Et cette pluie qui coule Et de l’amour blessé Et de tout ce qu’on nous roule. Alors souris. (Raphaël, « Et dans 150 ans. ») Draco raccrocha le téléphone. C’était le cinquième message qu’il laissait à Karim depuis son arrivée à l’hôtel. Il avait téléphoné de la réception, avant de se rendre dans la salle de sport, de la chambre, deux fois, lorsque Harry déjeunait avec la Dinde, puis ce soir, deux fois. Le portable de Karim était allumé, ce qui signifiait qu’il filtrait les appels et qu’il refusait de prendre ceux de Draco. Le blond comprenait pourquoi, il aurait fait la même chose depuis longtemps s’il avait été à la place de Karim. Il se refusa à appeler Sirius ou Olivier pour s’excuser. Il préférait le faire en face à face le lendemain, lorsqu’il rentrerait à Londres. Il renifla, des larmes de tristesse et de rage au fond des yeux, mais rien ne coulait sur ses joues. Il n’arrivait pas à pleurer, à se laisser aller. Peut être cela lui aurait-il fait du bien de craquer une bonne fois pour toutes, mais il se sentait aride à l’intérieur. Et trahi. Mille fois trahi par Harry. Il avait l’impression de physiquement sentir la lame du couteau qu’il lui avait planté dans le dos. Une fois encore, il enfouit sa tête dans l’oreiller et il poussa un cri de colère en serrant les poings. Il avait été idiot de faire confiance à Harry, et il avait été doublement idiot d’écrire ce journal. Lentement, il se leva, ramassa le cahier bleu et il le jeta dans la cheminée. Il le regarda se consumer sans ciller, son air glacial bien en place sur son visage plus pâle qu’à l’accoutumée. Il tendit l’oreille et aucun son ne lui parvint du salon. Harry avait dû partir, enfin. Draco ne s’imaginait pas en face de lui dans le futur, sans être méchamment tenté de lui jeter un sortilège impardonnable, n’importe lequel pourvu qu’il fasse mal au Survivant, car en ce moment, Draco avait l’impression d’être une plaie ouverte se répandant sur le sol. C’était comme si Harry avait enfoncé sa main à travers sa cage thoracique pour lui arracher le cœur. Il était meurtri, scandalisé et gelé. L’épais tapis sous ses pieds nus semblait être pour lui un manteau de neige. Il sortit alors de la chambre, la tête baissée, pour aller se réchauffer dans une douche brûlante. Mais en chemin, son regard se posa sur la bouteille de champagne, laissée sur le sol. Il la saisit, la déboucha, peu concerné par le liquide qui se répandit par terre, et il but une gorgée au goulot. Le froid ne comptait plus, plus rien ne comptait à part le vide en lui. Dans la pénombre, il s’accouda à la fenêtre du balcon et il contempla la pluie qui tombait finement sur le terrain de golf. Il se demandait s’il était possible de devenir tellement habitué à la souffrance qu’elle finisse par ne plus rien vouloir dire, par ne plus rien représenter. Il espérait être de ceux qui s’habituent à tout, parce que lui, il ne supportait pas l’idée de continuer à lutter pour, au final, avoir toujours aussi mal. Il but une nouvelle gorgée, plus longue, puis il regarda la bouteille. Il fit encore couler le champagne dans sa gorge, et il se tourna vers le mur richement décoré d’un tableau coloré, sur sa gauche. « Crève Potter ! » Cria-t-il en jetant la bouteille contre le tableau. Il se retourna et tout son corps se raidit, son visage n’exprima plus que la haine alors qu’il comprenait qu’il n’était pas seul. Harry l’observait, assis jambes écartées dans un gros fauteuil en cuir. Il ne portait rien d’autre qu’un jean. Pas de chaussures, pas de chaussettes, pas de pull sur son torse bien dessiné. Un muscle de son bras tressaillit mais il ne bougea pas. Il n’aurait rien gagné à se lever, il le savait. Draco le toisa longuement, les mâchoires crispées, la respiration haletante. « Tu devais partir, dit-il enfin d’une voix éreintée. - Pas sans toi, » répondit Harry dans un souffle. Le blond resta debout, les bras croisés sur son torse nu trop maigre. Son visage fermé révélait une extrême lassitude et Harry aurait préféré le voir s’énerver plutôt que rester trop calme, comme s’il avait décidé de ne plus se battre, comme s’il était vaincu, trop fatigué, trop blessé pour pouvoir se cacher derrière sa fierté. Drapé dans sa maigreur et sa douleur, il baissait vers Harry son regard froid en serrant convulsivement les mâchoires. Il sembla à Harry que des heures s’étaient écoulées avant que Draco n’ouvre enfin la bouche. « Tu devais partir, répéta-t-il en soupirant. Nous n’avons vraiment rien à nous dire. Je ne veux plus te voir. Je veux que tu partes…Que tu partes maintenant ! - Je ne partirai pas sans toi, insista Harry. - Sans moi, ou sans les détails sordides que tu espères trouver dans mon cahier bleu ? Demanda froidement Draco. Ce que tu as fait est innommable, Potter. - J’en suis douloureusement conscient, admit Harry en passant une main dans ses cheveux. Je suis navré d’avoir lu ton journal… - Je me moque de ce que tu ressens. Je veux juste savoir pourquoi. Pourquoi as-tu jugé utile de piétiner le peu de confiance que j’avais en toi ? Pourquoi t’es tu permis de lire quelque chose qui ne te regardait pas ? Tu veux que je te dise, je comprends mieux les circonstances de la disparition de ce fichu cahier lorsque tu étais chez moi. » Harry s’enfonça un peu plus dans le fauteuil et il prit une profonde inspiration avant de répondre : « Non Draco, je n’ai jamais pris ton journal. Je l’ai vu pour la première fois samedi soir, je t’assure. » Draco se passa lentement la main sur le visage, de haut en bas, puis il regarda Harry avec lassitude et tristesse. « Et je suis censé te croire sur parole ? Parce que tu t’es révélé tellement digne de confiance, n’est ce pas, Potter ? » Harry se leva en s’appuyant sur les accoudoirs du fauteuil, comme s’il avait un poids beaucoup trop lourd à porter sur les épaules. Il fit un pas en avant, puis il s’arrêta en voyant Draco reculer vivement. « Draco, crois moi, je suis vraiment navré d’avoir lu ton journal… - Tu l’as déjà dit, coupa sèchement le blond. Et je ne te crois pas. Tu n’es pas navré d’avoir lu mon journal, Harry, tu es simplement déçu de ne pas avoir pu le lire entièrement. - C’est faux. Ecoute, je suis désolé d’avoir fait ça et je voulais t’en parler. J’allais te dire que j’avais merdé à fond. - C’est déjà assez écoeurant pour moi de me trouver face à toi, alors la moindre des choses serait que tu surveilles ton vocabulaire, pour ne pas m’en imposer encore plus, déclara Draco d’une voix basse et tremblante de rage. Tu me donnes envie de vomir, Harry. - Moi non plus, je ne suis pas très fan de moi-même en ce moment, répondit Harry en avançant d’un pas. J’ai conscience que j’ai mis mon nez dans quelque chose qui t’appartenait, et que cela est inadmissible. Je le regrette vraiment, crois moi. - Alors pourquoi ? Pourquoi t’es tu permis de le faire ? » S’écria Draco en sentant son cœur s’affoler et ses membres trembler. Une sueur froide perla sur sa peau et les sons devinrent presque inaudibles, comme s’il avait du coton dans les oreilles. Il avait déjà connu cela mais jamais ça n’était arrivé à un moment aussi inopportun. Il était tout simplement au bord de l’évanouissement à force de ne pas manger, de se dépenser et d’essayer de contenir sa fureur. Il tenta de fixer son attention sur Harry, mais sa tête tournait trop et il dû prendre appui sur le bras du canapé. Pour gagner du temps, il articula ce qu’il pensait être des paroles haineuses, mais qui, en réalité, n’étaient qu’une succession de syllabes sans aucun sens. Il essaya de respirer calmement, mais il avait trop chaud, son cœur battait trop vite, il était essoufflé. Il entendait une voix, lointaine mais il ne parvenait pas à déchiffrer ce qu’elle lui disait. Il contracta ses doigts sur le bord du canapé, et il ferma les yeux. En voyant les fines gouttes de sueur descendre le long des tempes de Draco, Harry avait décelé un problème, mais c’est quand le blond avait tenté de parler qu’il s’était précipité à côté de lui, arrivant trop tard pour le rattraper alors qu’il tombait à genoux sur l’épaisse moquette, prenant appuis sur ses mains étendue en face de lui pour ne pas s’écrouler plus. Harry s’accroupit devant lui, et il prit son visage entre ses mains pour lui faire relever la tête, en lui demandant de le regarder. Draco leva sur lui ses yeux voilés, puis il respira profondément, sentant soudain une force nouvelle s’emparer de lui. Harry se redressa pour aller chercher un verre d’eau fraîche et il se figea lorsqu’il vit leur reflet sur la baie vitrée. Il secoua la tête pour s’assurer qu’il ne rêvait pas mais il dû admettre l’évidence lorsque Draco se mit debout, toute trace de malaise effacée. Harry n’arrivait pas à croire qu’il venait d’être témoin de cette fumée blanchâtre qui avait quitté son corps pour celui de Draco. Il était persuadé que ses pouvoirs n’avaient pas été diminués, puisqu’il les sentait pulser en lui avec leur force habituelle, mais pourtant, c’était comme s’il avait nourri le médicomage à l’aide de sa puissance magique. Deux âmes sœurs, pensa-t-il avec un regain d’espoir. Il tendit le verre d’eau à Draco, comme un automate. Le blond l’envoya s’écraser contre le mur sans même le toucher et Harry retint un hoquet de stupeur, car il lui semblait pourtant que Draco ne faisait pas de magie sans baguette. « Calme toi, conseilla Harry en lui prenant le poignet. - Que je me calme ? Tu veux que je me calme, Harry ? Demanda Draco en se dégageant avec l’énergie du désespoir. Alors il ne fallait pas m’énerver… - Te rends tu comptes que tu viens de t’effondrer ? Ça ne t’inquiète pas plus que ça ? - Je m’en fiche ! Je veux que tu me dises pourquoi tu as eu le culot de fouiner dans mes affaires ! Je veux que tu avoues que tu voulais les détails les plus sordides ! Je veux que tu m’expliques à quel point tu as été dépité parce que je n’ai pas raconté en long en large et en travers ce qu’ils m’ont fait ! - Ce n’est pas ce que tu crois, Draco ! S’exclama Harry en sentant sa voix trembler. Ça n’a rien à voir avec de la curiosité malsaine ! Je…Je voulais juste savoir comment tu as vécu ces quatre années…Je voulais en savoir plus sur toi, te connaître mieux. Tu ne parles jamais. - Dans ce cas, il fallait poser des questions, me laisser le choix d’y répondre ou non, et pas t’introduire de force dans ma vie privée ! J’ai le droit d’avoir un minimum de secrets, non ? Tout le monde dans ce foutu pays sait…Alors ne me rends pas responsable de ta curiosité mal placée en m’accusant de ne pas parler ! Tu es vraiment une ordure, Potter ! - Je ne te contredirai pas sur ce sujet, marmonna Harry. J’ai conscience d’avoir été beaucoup trop loin, mais Draco, je voulais t’aider. - M’aider ? Tu crois que j’ai besoin d’aide ? J’ai une grande nouvelle pour toi, Harry : je vais très bien et si j’avais besoin d’assistance, tu serais la dernière personne à laquelle je m’adresserais, puisque tu es tout sauf digne de confiance. Pourquoi ? Pourquoi veux tu tellement me secourir ? » Harry ferma les yeux, le cœur au niveau de la gorge. Il avait conscience de marcher sur un fil et il risquait de basculer à n’importe quel moment. L’important pour lui était de rester maître de ses émotions et de ses paroles, mais plus Draco attaquait, plus il se sentait poussé dans ses derniers retranchements. Il inspira profondément avant de répondre. « Draco, je vois que tu n’es pas aussi en forme que tu le prétends, et je voudrais vraiment faire quelque chose pour toi. Je me tiens à ta disposition, j’essaye d’être à l’écoute, mais tu passes ton temps à me repousser. Tu refuses de me parler. Je ne sais pratiquement rien de toi. - J’espère que mon cahier aura pu t’en apprendre plus…À mon insu, lança Draco avec amertume. Te rends tu compte que tu ne parles pas non plus ? Que crois tu que je sache sur toi, à part que tu étais champion de masturbation au lycée ? Au moins avant, nous étions sur un pied d’égalité, mais maintenant que tu t’es permis de lire mes pensées les plus intimes, tu as changé la donne, tu as déséquilibré la balance et ça, je ne te le pardonnerai jamais. - Je ne me le pardonnerai jamais non plus, affirma Harry en baissant les yeux. Ecoute, tu étais tellement défoncé samedi, tu as fait tellement de conneries que j’ai eu besoin de mieux te comprendre pour pouvoir t’aborder correctement. C’est pour ça que je me suis permis de lire ton journal. - Bon sang Potter ! En l’espace d’une journée, je suis tombé nez à nez avec Zabini et un Détraqueur a failli voler mon âme ! Qu’aurais-tu fait dans cette situation ? Moi j’ai eu envie de me déconnecter le cerveau le temps d’une soirée, et même si j’ai utilisé pour cela des moyens illégaux, c’est mon problème, ça ne te regarde pas le moins du monde. Quant à ta façon de m’aborder, je la trouvais plus que correcte, et j’avais presque, presque confiance en toi. Tu as tout détruit, » ponctua Draco d’un air résigné en se tournant vers la baie vitrée pour contempler le jardin et, dans la foulée, faire comprendre à Harry que la discussion était terminée. Deux mains vinrent se poser avec légèreté sur sa taille, et il sursauta. Ses muscles se contractèrent mais il ne repoussa pas Harry. Il n’en n’avait plus la force. Il se contenta de subir ce contact qu’il ne voulait pas. « Je t’en prie, souffla Harry dans son cou, ne tires pas un trait définitif sur nous…Enfin, notre amitié. Je m’en veux d’avoir trahi ta confiance, et je sais que tu ne pourras pas me pardonner un tel affront, mais ne m’évinces pas de ta vie. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu oublies ce que j’ai fait. - Laisse tomber, soupira Draco. Tout est de ma faute. Je n’aurais jamais dû te faire confiance. J’aurais dû savoir qu’à la première occasion, tu me planterais un couteau dans le dos. - Draco, ça me mine de savoir que tu t’es forgé une théorie bancale sur les raisons pour lesquelles je ne suis pas venu te secourir dans la cabane de Hagrid… - Je ne veux pas parler de ça ! » S’exclama Draco en faisant volte face pour pousser Harry hors de son chemin. Il sentit sa tête tourner mais il ne se calma pas pour autant. Il but une gorgée d’eau, et il accompagna ses paroles de grands gestes furieux. « Qui es tu pour croire que j’ai envie de discuter de ça avec toi ?! Mais pourquoi tu me fais ça, Harry ? Pourquoi tu veux à tout prix que je te parle de ça ? Si tu veux tellement aborder le sujet, alors fais le de ton point de vue, mais ne t’attends pas à ce que je te donne le mien…Suis-je bête, mon point de vue, tu le connais, tu l’as lu ! Je n’ai plus aucun secret pour toi. Alors, Harry, raconte, je suis curieux de savoir ce que tu as ressenti quand tu as compris que tu m’avais laissé mourir ce jour là. Tu croyais qu’ils allaient me donner une bonne fessée et me laisser partir, peut être. Ça t’aurait vengé de toutes les fois où je t’ai pourri la vie. - Tais toi, articula péniblement Harry en reculant d’un pas. - Quoi ? Crevons l’abcès, mon ami ! Tu voulais que je parle, tu voulais que je me confie à toi, et bien écoute moi à présent ! Tu veux savoir ce que j’ai ressenti ? C’est ça qui t’intéresse ? A ton avis, Harry, qu’est ce que j’ai ressenti quand ils m’ont stupéfixé et que tout ce que je pouvais faire, c’était entendre Pansy t’appeler alors qu’ils m’emmenaient dans la cabane de l’autre lourdaud ? Qu’est ce que j’ai ressenti, selon toi, quand j’ai compris que tu ne viendrais pas m’aider, parce que je n’étais QUE Draco Malfoy, le mec que tu détestais et qui méritait ce qui lui arrivait ? Alors, Harry, donne moi ton point de vue. J’ai contribué à ramener ton parrain, cet homme que tu considérais comme un père, et toi, qu’as-tu fait pour moi ? Tu m’as laissé étouffer, le pénis en érection de Goyle planté au fond de la gorge pendant que Crabbe forçait le passage en moi ! Voilà ce que tu as fait ! » Haletant, des larmes de rage au fond des yeux, Draco dû se tenir au mur pour ne pas tomber. Ses jambes menaçaient de se dérober à tout moment mais il n’en n’avait cure. Tout ce qui comptait était cette vanne qui venait de s’ouvrir et qui déversait son flot de haine et de rancœur si longtemps contenue. Il avait pourtant cru que tout cela était oublié, qu’il avait rationalisé et intégré l’idée que Harry n’avait rien fait de répréhensible, mais il n’en était rien. Il se sentait étrangement satisfait d’avoir pu choquer et blesser Harry, qui ne pouvait que le regarder, accablé par les reproches qui lui étaient faits. Le brun ferma les yeux puis il les rouvrit, comme deux océans de douleur dans lesquels Draco se noya. Son chagrin semblait tel que le médicomage dû tourner la tête pour ne pas l’affronter. Deux larmes s’échappèrent des paupières de Harry et il les essuya d’un mouvement las de la main. « Jamais je n’ai voulu que tout cela arrive, Draco, dit-il enfin d’une voix brisée par l’émotion. Je voulais vraiment aller t’aider, c’était tout ce qui comptait pour moi…Tu étais tout ce qui comptait à mes yeux et je te savais en danger mais ton père, Bellatrix et Voldemort ne m’ont pas laissé une seconde de répit. Je t’assure que je ne pensais qu’à toi, prisonnier dans cette cabane. Je savais qu’ils allaient te faire mal, mais je n’ai pas pensé qu’ils te violeraient. C’est quand ils sont sortis de là et que j’ai vu leurs airs extasiés que j’ai compris ce qu’ils t’avaient fait. Je n’ai pas cessé de m’en vouloir depuis, et il n’y a pas un jour qui passe sans que je me maudisse de ne pas avoir pu te protéger. Tu n’es pas obligé de me croire, mais une partie de moi est morte avec toi dans cette cabane ce jour là. » Il ne se rendait pas compte qu’il pleurait sans plus pouvoir s’arrêter, silencieusement, son cœur se déchirant un peu plus à chaque phrase qu’il prononçait. Il inspira profondément, son regard ancré dans celui, fuyant, de Draco. « Quoi ? Demanda Harry en s’essuyant les yeux et en s’approchant de Draco. Tu es mal à l’aise ? C’est pourtant ce que tu voulais ? Qu’on clarifie les choses ? Je suis désolé si je fous en l’air toutes tes théories sur le méchant Harry Potter qui s’est bassement vengé du méchant Draco Malfoy. Si tu veux un responsable, je suis là, ne te gêne pas. Après tout, c’est plus simple, ça t’évite de réfléchir. Oui, tu as été violé par ces porcs parce que je n’ai pas pu venir t’aider. Mais ne viens jamais plus m’accuser d’avoir voulu ce qui est arrivé. » Il saisit le poignet de Draco et il le força à le regarder dans les yeux. « N’aie jamais plus le culot de venir me dire que je pense que tu méritais ça. Pour moi, tu méritais le meilleur, et tu le mérites toujours. Alors arrête de m’attaquer Draco, parce que je ne t’ai rien fait à part être dans l’incapacité de te protéger. Il y avait quatre violeurs dans cette cabane, et je ne faisais pas partie du lot. Déteste les, maudis les, et laisse moi ressentir la même chose à leur égard. Tu n’as pas idée à quel point je les hais. - Tu n’as pas… - Garde ton venin pour plus tard, je ne suis pas en état d’en entendre plus, coupa Harry en tirant Draco contre lui. Et toi, tu sais ce que ça fait, quand tu réalises que l’homme que tu aimes plus que tout au monde s’est fait torturer à quelques mètres de toi ? A ton avis Draco, comment on se sent, quand l’être qu’on chérit de toute son âme a été battu, abusé sexuellement et qu’on le croit mort des suites de ses blessures ? Pour te garder en vie, j’ai voulu laisser ma douleur intacte, j’ai refusé de me faire aider. Sais tu seulement comment je me sens encore aujourd’hui, l’impression d’impuissance qui me tyrannise quand je te vois lutter pour faire comme si rien ne s’était passé ? Sais tu comme j’ai mal de réaliser que tu as imaginé, ne serait-ce qu’une minute, que je t’ai délibérément laissé te faire agresser ? - Je ne te crois pas, tu n’étais pas amoureux de moi. Je m’en serais aperçu. - Tu es trop con, lança Harry en le lâchant mais sans pour autant reculer. Tout le monde s’en est rendu compte, tu es le seul qui ait eu de la merde dans les yeux. J’aimais tout chez toi, que ce soit ta fierté mal placée, ta façon adorable d’aider les autres sans vouloir que ça se sache, le fait que tu prenais comme une insulte la phrase « Draco tu es gentil. » J’aime quand tu te mords la lèvre inférieure pour contenir ta nervosité, ta voix qui trahit tes émotions, la couleur étrange de tes yeux, sans parler de celle de tes cheveux. J’aime ton humour et tes sarcasmes, ta paranoïa, et ce lien qui nous unit, même s’il te terrifie. J’aime le fait que tu soies perspicace pour les autres, et que tu te transformes en connard aveugle quand il s’agit de toi. J’aime ta façon de draguer, même si je déteste qu’on te drague. Je ne peux pas supporter l’idée que ces quatre fils de putes aient pu te faire souffrir et que Crabbe Senior t’ait harcelé même lorsque tu vivais en Suisse. Tu n’as pas idée des images mentales qui hantent mes jours et mes nuits depuis quatre ans, Draco. Parce que si tu le savais, tu éviterais de me prendre pour un salaud intégral. » Draco avança lentement la main pour essuyer les larmes qui coulaient au ralenti sur les joues de Harry. Il n’était pas sûr d’avoir bien compris. Il lui semblait que Harry, emporté dans son élan, s’était mis à parler d’amour au présent, mais il n’arrivait pas à le croire. Il se mordit la lèvre inférieure et Harry lui fit un triste sourire avant de se jeter dans ses bras. Draco n’avait pas la force de le tenir et tous deux churent à genoux sur l’épaisse moquette, le blond enlaçant toujours les épaules de Harry. « Quand on m’a dit que tu étais mort, j’ai eu l’impression que jamais je ne parviendrais à m’en relever. Sortir de mon lit le matin était une épreuve de force pour moi…Je…Pardonne moi, murmura Harry avec des sanglots contenus dans la voix. C’est inadmissible que je me permette de me plaindre à toi alors que tu as connu le pire. - Non, Harry, répondit Draco en caressant malgré lui les cheveux de l’Auror. Ce qui est inadmissible, c’est que personne ne veuille me parler sous prétexte que, selon eux, j’ai plus de raisons de me plaindre. Personne ne devrait minimiser sa propre souffrance. Je n’ai pas plus souffert qu’un enfant abusé depuis son plus jeune âge dans ce cas, et j’ai mes deux bras, mes deux jambes, c’est suffisant. Je suis désolé de t’avoir provoqué de la sorte. - Tu es pardonné. Et moi, je suis désolé d’avoir lu ton journal. - Tu n’es pas pardonné, mais je vais devoir faire avec malgré tout, puisque je n’ai pas le choix. Crois moi, il me faudra bien un millier d’années pour avaler la pilule. - Je n’ai pas tout lu. Je n’en ai même pas lu la moitié, si ça peut te rassurer, lança Harry en relevant la tête. - Ça ne me rassure pas du tout, mais c’est gentil d’avoir essayé. Il est tard et je ne me sens pas très en forme, alors nous devrions aller dormir. Nous verrons plus clair demain. Mais Harry, s’il te plait, arrête d’essayer de savoir ce que s’est passé…Je t’assure que tu ne veux pas savoir. - Tu as raison, nous devrions aller dormir » admit Harry en se levant et en tendant la main à Draco pour l’aider à se mettre debout tout en résistant à une furieuse envie de l’embrasser. « Tu préfères peut-être que je dorme sur le canapé. » Draco acquiesça et il entra dans la chambre d’un pas chancelant, refermant la porte derrière lui sans dire un mot de plus à Harry, tout simplement parce qu’il était encore sous le choc de cette très étrange soirée, et qu’il était à deux doigts de s’effondrer physiquement. Il ôta son pantalon avec des gestes lents et il s’allongea, essayant désespérément de calmer son vertige. Il ferma les yeux et sa tête se mit à tourner de plus belle. Il avait l’impression de tomber et c’est ainsi qu’il s’abandonna au sommeil. Harry, de son côté, ne parvint pas à dormir. Il passa deux heures à se retourner sur le canapé, sans pouvoir ressentir la moindre fatigue. Sa conversation avec Draco le hantait et le fait de savoir que le médicomage n’avait plus confiance en lui était dur à accepter, même s’il reconnaissait que cela était justifié. Les mots de Draco lui avaient fait mal, en particulier parce qu’ils confirmaient la culpabilité pesante que Harry ressentait depuis quatre ans. Et surtout, Harry s’en voulait d’avoir craqué, de s’être laissé submerger et d’avoir pleuré devant Draco. Il lui semblait qu’il n’avait pas le droit de montrer sa peine, parce que c’était indigne de lui, et parce que Draco n’avait pas besoin de savoir à quel point Harry était affecté. Il se sentait honteux d’avoir imposé ses larmes au blond, et il craignait que ce dernier ait dans l’idée que Harry s’apitoyait sur son propre sort, ce qui n’était pas le cas. Las de ressasser les mêmes pensées sombres, Harry se leva et il enfila un pull. Il prit son téléphone portable, il sortit de la chambre et il se rendit dans le hall de l’hôtel où il s’installa confortablement dans un gros fauteuil en cuir marron clair. Il alluma une cigarette et il appela Hermione, la seule capable d’avoir un semblant de réponse à ses questions. C’est au moment où la deuxième sonnerie retentit qu’il s’aperçut qu’il était 4h15 du matin. Au moment où il voulait raccrocher, la voix de Lee se fit entendre au bout du fil. Harry se gifla mentalement d’être un tel boulet pour ses amis et il salua le mari d’Hermione. « Salut petit blanc ! Lança Lee, un fou rire contenu dans la voix. - Je suis désolé de vous déranger si tard, commença Harry. Je n’avais pas vu l’heure. - Ne t’en fais pas, personne ne dort dans la maison du bonheur ! J’étais en train de préparer les feux d’artifices odorants avec Fred, et du coup, Hermione n’a pas pu dormir. Elle est en train de nous aider à faire des Explosions de Pets ! Autant te dire que ça ne sent pas la rose chez nous. - Ça ne sent jamais la rose chez vous, tu fais toujours tout cramer. » Lee éclata de rire et Harry le suivit de bon cœur. Il était heureux qu’Hermione ait pu tomber amoureuse d’un homme aussi fantasque qu’elle était sérieuse. Lee et les jumeaux Weasley avaient toujours été inséparables et lorsqu’ils faisaient partie de l’Ordre du Phénix, Draco les appelait toujours « les triplés. » Depuis la mort de George, Lee n’avait pas quitté Fred une seconde, ce qui avait grandement rassuré la famille Weasley autant que Harry lui-même. « Qu’est ce qui se passe Harry, tu as cassé le gros Draco en deux en voulant t’asseoir sur lui ? Tu veux parler à Hermione ? Demanda Lee. - S’il te plait, oui. - T’es qu’une merde Potter, tu veux jamais me parler à moi !!! Plaisanta Lee. - Ok, alors tu vas pouvoir m’aider. J’ai besoin de tes connaissances livresques… - Ne bouge pas, j’appelle mon petit rat de bibliothèque adorée… » Harry entendit alors Lee hurler et Hermione lui répondre sur le même ton alors que le rire de Fred emplissait l’air. « Oui ? Lança Hermione d’une petite voix sérieuse. - Te fatigue pas, Herm’, je t’ai entendu beugler comme une vache, répondit Harry avec un sourire amusé. - Tout se passe bien avec Draco ? Lana était très triste de le voir aussi mal samedi soir, et Karim, on dirait qu’il n’a plus goût à rien. Alors, comment allez-vous ? - Ça va à peu près. C’est quelqu’un de très dur et moi, j’ai totalement merdé en lisant son journal. - Harry ! Tu n’as pas fait ça ?! - Je viens de te dire que si. Ce n’est pas la raison pour laquelle je te dérange en pleine préparation de feux d’artifices péteurs, ironisa Harry en visualisant parfaitement la mine renfrognée de son amie. Avant tout, comment va Sirius ? Tu es au courant qu’il est un peu dans la panade, que Crabbe, Goyle et Zabini vont demander un autre procès et que Draco va devoir témoigner cette fois ? - Oui, Harry, je suis au courant. Les journaux ne parlent que de ça depuis ce matin. La côte de confiance de Sirius est en dessous des 50% c’est une première pour lui. Il paraît que la Commission Disciplinaire veut organiser un référendum pour savoir si Sirius doit rester Ministre de la Magie ou pas. Elle veut faire ça le plus vite possible. J’ai un mauvais pressentiment. En plus, le Sunday Prophet parle d’Olivier qui bat Draco, de Charlie qui est allé casser la figure d’Olivier. C’est une horreur. - Charlie est allé… ? - Oui, dimanche. Il est allé chez Olivier et il lui a tapé dessus pour avoir battu Draco. - Il n’a pas battu Draco, n’exagérons rien. - Comment tu qualifies ça, toi ? Interrogea Hermione d’un air scandalisé. Draco était saoul, il avait les narines pleines de saloperie et Olivier lui a tapé dessus ! Je sais bien que Malfoy avait mal joué le coup en se conduisant comme il l’a fait, mais personne ne devrait lever la main sur personne ! Si j’avais agit comme Draco et que Lee m’en avait mis une, qu’aurais-tu fait, Harry ? - Je lui aurais explosé la tête, admit Harry en comprenant où Hermione voulait en venir et en regrettant amèrement d’avoir cautionné les coups qu’Olivier avait donné. - Exactement. On ne frappe pas une femme, mais on ne frappe pas un homme non plus. Mince, c’est de la violence conjugale, rien de plus ! Je t’assure que si Charlie n’y était pas allé, j’aurais été ravie de lui casser la figure à Olivier ! Bref, pour le moment les journaux taxent Olivier de brute épaisse, mais ça va changer, c’est certain, et bientôt, ils vont traiter Draco comme une prostituée. - Ils parlent du procès dans les journaux ? - Ils disent qu’une date sera décidée après la réunion de la Commission Disciplinaire. Sirius veut défendre Draco mais Remus pense que c’est une mauvaise idée. - Je pense que c’est une excellente idée, au contraire. - Ok, c’est donc une mauvaise idée, soupira Hermione. - Mais… ! - Harry, ne le prends pas mal, mais Sirius et toi, vous êtes des sanguins, vous réagissez au quart de tour. Crabbe et Goyle ont choisi Milton Bradford comme Sorcier de la Défense, et tu sais à quel point c’est un enfoiré, les journaux en parlent toujours. Sirius m’a dit qu’il était plus qu’ignoble. Il va traîner Draco dans la boue, et, Sirius comme toi allez très mal le vivre et avoir envie de lui sauter à la gorge. Il faut quelqu’un de calme pour épauler Draco et je vois mieux Remus dans ce rôle. Je crois que ça ne le dérangerait pas de laisser un peu les cours de Défense contre les Forces du Mal pour aider Draco. Il se fait beaucoup de soucis pour lui. - Je comprends ton point de vue Herm’, mais je crois que Draco a bien plus confiance en Sirius et que ça l’apaisera de le savoir avec lui, objecta Harry. Et sache que Sirius comme moi, nous sommes capables de nous retenir quand c’est nécessaire. - Admettons. Tu comptes rester toute la semaine à l’hôtel ? Parce que Luna refuse que quelqu’un d’autre que Draco s’occupe de la naissance de son bébé. Je lui ai expliqué qu’il n’était pas obstétricien et elle m’a regardé comme s’il venait de me pousser une deuxième tête. Elle m’a dit, comme si c’était une évidence : « Mais Hermiony, les anges savent tout faire. » Elle y croit dur comme fer et Ron n’a pas le courage de la contredire, elle mord depuis quelques jours. - Cette femme restera toujours un grand mystère pour nous tous, remarqua Harry en allumant une autre cigarette. - Potter tu fumes ! S’écria Hermione, outrée. Je t’ai entendu allumer ta cigarette ! - Non, mentit Harry en sachant pertinemment qu’Hermione ne le croirait pas. En parlant de fumée, c’est un peu pour ça que je t’appelle. Toi qui sais tout sur tout, as-tu déjà entendu parler d’une fumée ou d’une lumière blanche partant d’un sorcier vers un autre ? Draco m’a donné une explication et je voudrais savoir ce que tu en penses. - J’ai déjà lu quelque chose là-dessus dans un livre d’hypothèses sur les phénomènes magiques non expliqués. Quelle est l’idée de Draco à ce sujet ? - Ce serait l’équivalent d’un conte de fées pour sorciers, et il n’a pas l’air d’y croire, mais j’ai l’impression que ça se tient malgré tout, » déclara Harry avant de raconter ce que Draco lui avait dit concernant cette fumée blanche, en insistant particulièrement sur les âmes sœurs et les guides spirituels. Hermione l’écouta sans l’interrompre, puis elle soupira doucement, en prenant la parole. « Harry, je sais que tu aimerais vraiment y croire, parce que quelque chose me dit que ça ne te dérangerait pas d’être l’âme sœur de Draco, mais je pense qu’il a raison, c’est une histoire qu’on conte aux petits enfants pour les endormir. La théorie que j’ai lue semble plus réaliste. Elle a été élaborée par des sorciers au sang mêlé, et je pense que c’est pour cela que Narcissa Malfoy l’a rejetée, préférant se raccrocher à des histoires ancestrales, inventées par des sorciers pure souche. - Alors qu’est ce que ça veut dire selon toi ? - Selon les auteurs, il s’agirait d’un transfert d’énergie empathique, d’un sorcier puissant à un autre, de puissance égale ou alors très légèrement inférieure. Pour faire bref, disons qu’un sorcier soit momentanément diminué physiquement ou moralement, l’autre sorcier affectivement très attaché au premier le ressent grandement et lui offre un peu de sa force pour l’aider à tenir. C’est quelque chose de rarissime, qu’on n’avait pas vu depuis des siècles. - Ce serait pour ça que Draco a fait de la magie sans baguette tout à l’heure, il l’a puisé dans ma magie, étant donné que lui n’en fait pas. Ça se tient, même si je préfère la version de Draco. Je suis persuadé que nous sommes des âmes sœurs, il faut juste qu’il y croie aussi. Je me demande comment cela se fait que Karim ait pu la voir cette lumière blanche. - Il l’a vue ? Je pense que ça vient du fait que tout cela ne soit qu’un transfert d’énergie magique. La magie n’est pas invisible à l’œil des Moldus, rappelle toi le scandale lorsque Ron et toi vous vous êtes baladés dans le ciel avec la voiture d’Arthur ! C’est pour cela que les sorciers côtoient les Moldus de manière peu assidue, pour éviter que le monde magique soit dévoilé au grand jour. Draco, en vivant avec ses amis Moldus et les intégrant comme étant des membres de sa famille a pris des risques, le premier étant qu’ils découvrent l’existence de la magie. Karim est très croyant, et quand il voit une manifestation surnaturelle, il ne cherche pas d’explication rationnelle, il prend le phénomène pour ce qu’il est. Quelque chose qui le dépasse. Sincèrement Harry, je ne pense pas que Karim soit un guide spirituel pour Draco. Il est son âme sœur dans la mesure où ils ne peuvent se séparer l’un de l’autre sans se sentir physiquement affaiblis. Arrête de tirer sur ta clope comme un malade, je ne parle pas d’amour entre eux, en tout cas pas d’amour avec mariage et bébé à la clé. Je parle de fraternité, Harry. Je crois que Draco est son propre guide spirituel, et c’est pour ça qu’il part dans tous les sens parfois. Réponds moi franchement, tu n’as jamais cessé d’aimer Draco n’est ce pas ? - Je me rends compte que j’ai toujours été fou de lui, oui. J’aimais Ginny, mais je l’aimais mal, parce que Draco était toujours le centre de mon univers, même si je me refusais à penser à lui. Ça doit être pour cela que le transfert d’énergie est aussi aisé entre nous. - C’est tout à fait possible. Oh mon Dieu ! Mais c’est quoi cette pestilence ?? Hurla Hermione si fort que Harry dû éloigner le téléphone de son oreille. Je n’y crois pas, Harry ! Ils ont créé la senteur « vestiaires après le match » et je t’assure que ça sent mauvais comme jamais ! Je suis un médecin réputé, et ultra compétente, je ne devrais pas avoir à trimbaler des odeurs infectes avec moi parce que ça s’imprègne dans les cheveux et qu’il va me falloir encore une semaine de douches intensives pour m’en débarrasser. Pourquoi je ne t’ai pas épousé ? - Parce que tu adores ça. Tu adores te plaindre du bordel que font Lee et Fred, tu adores leurs feux d’artifices puants, et pour rien au monde tu ne voudrais changer ça. Je te laisse te débrouiller avec eux, je vais aller me laver, tu m’as dégoûté avec ces histoires de vestiaires de Quidditch. - Comme si ça te dérangerait de faire l’amour à Draco dans un vestiaire puant ! Même s’il transpirait comme un bœuf et que ses pieds étaient recouverts de mycoses malodorantes, tu aurais envie de lui ! - Faut pas pousser quand même ! C’est Draco Malfoy, pas Milicent Bulstrode ! Draco ne pue jamais, je te jure ! C’est hallucinant. - Oui, ou alors ton nez se bouche miraculeusement quand il est près de toi. Pourquoi a-t-il fallu que tu me rappelles cette boule puante ambulante de Bulstrode ? Harry, je vais me doucher aussi parce que là, rien que de penser à elle, ça me pique le nez ! » Harry éclata de rire et il raccrocha. Il prit le temps de fumer une dernière cigarette, appréciant pleinement le calme qui régnait dans le grand hall. La pluie s’était calmée et Harry se mit à rêver de soleil, de plage de sable fin, de tranquillité, loin de l’agitation qui allait entourer le procès. Il avait envie de s’occuper de Draco et de le protéger encore un peu, de le voir sourire avant d’avoir à lui annoncer cette nouvelle épreuve qui l’attendait dès son retour à Londres. Il téléphona ensuite à Sirius pour lui exprimer tout son soutien, même s’il était seulement cinq heures du matin et que son parrain dormait à poings fermés. Puis, il monta dans la suite pour essayer de dormir. Il tourna une heure, avant de s’endormir, rêvant d’un procès qu’il avait déjà vu, où la victime n’était pas sur le banc de la partie civile, parce que tout le monde la croyait morte. Il se réveilla à deux heures de l’après midi, plus fatigué qu’en se couchant, les yeux rouges, et il somnola encore une heure avant de décider de se relever pour prendre une douche fraîche, laissant les effluves de menthol balayer sa nuit éreintante. Ses idées se firent plus claires, et son ressenti moins violent. Il commanda un déjeuner pantagruélique et il frappa doucement à la porte de la chambre. N’obtenant aucune réponse, il l’ouvrit timidement et il s’approcha du lit où Draco dormait sur le ventre, la tête tournée sur le côté, les lèvres entrouvertes, la couverture le recouvrant jusqu’au milieu du dos. Harry s’assit à côté de lui et il caressa tendrement son front et ses cheveux blonds qui glissaient entre ses doigts comme des fils de satin. Harry aurait pu accomplir ce geste pendant des heures : juste rester là, assis près de lui à passer sa main dans ses cheveux et à s’aveugler de la sérénité qu’il lisait sur le visage du médicomage. Il semblait tellement calme, en sécurité dans un monde onirique où Crabbe, Goyle ou Zabini étaient d’illustres inconnus. Harry se pencha et il embrassa légèrement son front, provocant un soupir d’aise de la part de Draco. Le brun l’appela à voix basse, tout en continuant sa caresse. Draco grogna un peu et il enfouit sa tête dans l’oreiller. Harry massa son cuir chevelu puis, comme Draco grognait encore, il arrêta. Aussitôt, le blond émit un petit gémissement de protestation et il montra l’arrière de son crâne avec un doigt, intimant ainsi l’ordre à Harry de poursuivre. Le Survivant émit un petit rire amusé et il recommença à masser Draco en se sentant littéralement fondre pour son côté gamin mal luné. Au bout de quelques minutes, Draco se retourna, l’air totalement relaxé, il prit appuis sur ses coudes, et il grommela en faisant une moue boudeuse pour rester fidèle à son image de geignard. « Quelle heure est-il ? - Trois heures et demie de l’après midi, répondit Harry. - Quoi ?! Non non non ! Je suis en désintox ici, ironisa Draco, j’ai besoin de sommeil. Pourquoi tu me réveilles si tôt espèce de sale fouineur, voleur de cahier bleu ? - Parce qu’il est tard, espèce de sale sniffeur de cocaïne. Allez debout ! - Encore cinq minutes, plaida Draco en se couchant sur le dos et en mettant son oreiller sur sa tête. - Putain, t’es pas facile au réveil toi, plaisanta Harry. - Vocabulaire, Potter. » Harry fit un sourire éclatant. Depuis que Draco était revenu, il avait tendance à dire beaucoup plus de gros mots, juste pour avoir le plaisir d’entendre ce fameux « vocabulaire, Potter. » Il arracha l’oreiller des mains de Draco, qui poussa un gémissement agacé. Harry le prit par le bras et il le tira hors du lit. Le médicomage soupira mais il ne se débattit pas. Il suivit Harry dans le salon et il s’assit sur le dossier de la chaise, les pieds posés sur le siège, provocant un autre rire amusé chez le Survivant. Draco daigna enfin ouvrir vraiment les yeux et il lança à Harry un regard interrogateur. « Jamais tu ne poseras ton joli petit cul sur une chaise, expliqua Harry. Je trouve ça drôle. - Tu aimes mes fesses ? Questionna Draco d’un air étonné. - Je les adore, je les vénère, répondit Harry en faisant mine de mordre Draco. Cependant je les aimerais encore plus si tu voulais bien manger et te remplumer ! Mais avant, ça me ferait très plaisir si tu avais l’obligeance d’aller t’habiller, parce que tu es à moitié nu. » Draco baissa les yeux et, lorsqu’il s’aperçut qu’il était seulement vêtu d’un boxer, il rougit, se leva d’un bond, manquant de tomber de la chaise qui partit vers l’arrière. Harry eut juste le temps de le rattraper. Draco l’observa longuement et il sembla à Harry que sa respiration était bloquée dans ses poumons. « Merci, mon héros, dit enfin Draco d’une voix morne en partant vers la salle de bains. Excuse moi de t’avoir dégoûté en me présentant à moitié nu devant toi. » Il avait la main sur la poignée de la porte lorsque Harry l’arrêta et le retourna vivement, une main derrière sa nuque pour rapprocher leurs deux visages. « Tu plaisantes ? Interrogea Harry, incrédule. Tu penses vraiment que ton corps me dégoûte ? - Je ne sais pas, murmura Draco en fermant les yeux et en tournant légèrement la tête. En tout cas, moi, il me dégoûte. Je suis trop maigre. - Draco, regarde moi, » exigea Harry en obtenant ce qu’il voulait dans la mesure où le blond ouvrit les yeux en soupirant. L’Auror caressa sa nuque tout en déposant de légers baisers le long de l’os saillant de sa mâchoire droite. Il recula ensuite, juste assez pour contempler le trouble dans le regard du blond. « Ton corps n’a rien d’écoeurant. Par contre, je t’avoue que ta maigreur me fait mal, pas parce que j’ai pitié de toi, mais parce que je déteste te voir t’abîmer de la sorte. Moins tu manges, plus tu détestes ton corps, et tu continues quand même à t’affamer, ça n’est pas logique. En tout cas, ça ne suit pas ma logique Poterienne de gentil petit Saint en chef et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai lu une partie de ton journal. Je te présente encore une fois mes excuses. - Je ne peux pas te pardonner, chuchota Draco d’une voix à peine audible en collant malgré tout son front contre celui de Harry. Mais je dois faire mon mea culpa, Harry, parce que je t’ai accusé de tout et n’importe quoi hier soir alors que je sais pertinemment que tu n’étais pas responsable de moi. Je crois qu’en rejetant la faute sur toi, ça m’aidait à me sentir moins coupable. - Coupable de quoi, Draco ? Demanda Harry en osant à peine respirer de peur de briser cet instant à la fois fragile et intime. Tu n’as rien fait de mal. Et même si tu t’étais baladé nu avec un panneau « prenez moi » punaisé dans le dos, tu as dit non et à partir de là, ils n’avaient pas le droit de te toucher. - Je ne veux plus parler de cette histoire, je veux juste faire comme si rien n’était jamais arrivé, » déclara Draco en reculant pour entrer dans la salle de bains et verrouiller la porte derrière lui, laissant Harry contempler la porte fermée en soupirant. « Et pourtant, c’est arrivé, tu ne peux pas le nier, dit-il doucement pour ne pas être entendu. Dire que tu vas être obligé de revivre ton calvaire devant la Commission. » Au bout d’un quart d’heure, Draco sortit, laissant flotter derrière lui l’odeur agréable de son gel douche aux senteurs marines. Il traversa le grand salon à la hâte pour s’enfermer dans la chambre et s’habiller. Harry eut à peine le temps de constater qu’il était livide, et il mit cela sur le compte d’un malaise identique à celui de la veille. Draco revint quelques minutes plus tard, en jean et pull noirs, son sac de voyage à la main. Il fit un grand sourire amusé à Harry et il retourna la chaise avant de s’asseoir, et de s’accouder avec nonchalance sur le dossier. Harry pouffa, en se disant qu’au moins, Draco était assis presque normalement sur sa chaise. Harry lui servit deux toasts à la marmelade d’orange, un jus de pamplemousse et une tranche d’ananas, le petit déjeuner préféré de Draco lorsqu’ils étaient à Poudlard. L’ancien Serpentard fixa longuement la table, un mince sourire aux coins de ses lèvres sensuelles. « Tu te souviens de ce que je prenais au petit déjeuner ? Questionna-t-il en essayant de ne pas montrer son trouble. - Tu serais étonné de voir tout ce dont je me rappelle, répondit Harry en se versant un café d’une main, tout en portant un toast beurré dans sa bouche de l’autre. - Je vois que tu as effacé mes frasques d’hier soir, constata Draco pour changer de sujet. - J’ai juste lancé un sortilège de nettoyage, expliqua Harry avant de montrer le sac de Draco. Tu vas où ? - Nous rentrons à Londres, non ? Interrogea-t-il en mettant dans sa bouche un minuscule morceau de toast qu’il mâcha longuement avant d’avaler. Ce séjour est un fiasco. Nous passons notre temps à nous sauter à la gorge et, franchement, après le coup que tu m’as fait, je n’ai plus très envie de partager la suite nuptiale avec toi. - Tu n’as jamais eu envie de partager la suite nuptiale avec moi, rectifia Harry en lui mettant un morceau d’ananas dans la bouche. - Ça, Harry, tu n’en sais rien. Je sais que tu meurs d’envie d’être dans ma tête, mais tu n’y es pas, accepte le. A quelle heure veux tu partir ? - Avant cela, je voudrais qu’on passe la journée dans un lieu que j’affectionne particulièrement. J’ai envie de partager cet endroit, qui est un peu mon jardin secret, avec toi. - Il est inutile de me faire part de tous tes secrets, ça ne changera rien à la situation actuelle, constata Draco avec un sourire qui n’atteignit pas ses yeux. - S’il te plait, » dit Harry d’une voix posée, engageante mais en rien suppliante qui plu assez à Draco, lequel hocha la tête. Il ne posa pas de questions lorsque, après qu’il ait fini de picorer quelques morceaux de toast, Harry le conduisit dans la salle de bains pour prendre leurs affaires de toilette qu’il fourra dans un sac à dos. Ils sortirent tous deux sous un ciel bas, gris et menaçant. Ils montèrent dans la voiture et, au bout d’une dizaine de kilomètres parcourus dans le silence le plus total, Harry s’arrêta sur un petit sentier perdu dans la forêt. Il se pencha vers Draco pour prendre une lampe de poche dans la boite à gants, puis, sur un simple mouvement de la main, il fit de l’accessoire un portoloin. Il leva ensuite les yeux vers Draco et, a cet instant, tout ce qu’il vit fut le visage glacial du blond et cette veine qui battait étrangement vite à la base de son cou. « Tout va bien ? Demanda-t-il. - Tu…Tu viens de fabriquer un portoloin en moins de 10 secondes, et sans baguette, » répondit Draco en livrant une lutte intérieure acharnée pour ne pas laisser transparaître son admiration. Il savait que Harry était le sorcier le plus puissant de ces trois derniers siècles, mais il avait du mal à se figurer quelle était l’étendue de ses pouvoirs. « On m’a toujours dit que j’étais un puissant sorcier, mais il me faut une baguette et un bon quart d’heure pour y arriver. - C’est toujours plus rapide que le commun des sorciers à qui il faut une heure, constata Harry. Pour ma part, je suis incapable de sauver des vies en récitant des formules en Araméen, contrairement à toi. Chacun ses points forts Draco, mais sache que tu es un des sorciers les plus doués que j’ai pu rencontrer. - Tu dis ça parce que j’ai un joli petit cul, plaisanta Draco. - Je suis démasqué, ironisa Harry. Maintenant, beau blond, pose ta main sur la lampe. » Draco haussa un sourcil en guise d’interrogation mais, comme Harry semblait déterminé à garder le silence sur leur destination, il agrippa le Portoloin en soupirant. Aussitôt, son estomac protesta, comme à chaque fois qu’il voyageait de cette manière, et tout se mit à tourner autour de lui. Quelques secondes plus tard, il reprenait ses esprits dans une petite ruelle déserte, sa main emprisonnée dans celle de Harry. La première chose qui le frappa, fut la chaleur. « Où sommes nous ? Demanda-t-il en s’étirant gracieusement, comme s’il avait fait un long voyage en voiture. - Sous le soleil de Floride, dit enfin Harry. Nous avons de la chance, il paraît qu’il a fait un temps déplorable et que la chaleur est réapparue seulement lundi. Tu es déjà venu aux Etats-Unis ? - Une fois seulement, à Boston. Mon père n’aimait pas trop ce pays. Depuis quand viens tu ici ? - Depuis quatre ans, répondit Harry en baissant les yeux. Je…J’ai trouvé ici mon jardin secret, l’endroit où je peux réfléchir et me ressourcer en toute quiétude. Ici, pas de Harry Potter Survivant devant l’éternel. - N’importe quel sorcier dans le monde connaît ton visage, ce qui signifie que tu traînes chez les moldus ! Toi aussi tu as trouvé ta perle rare américaine ? - Je croyais que Karim était franco-marocain. - Je parlais de Jared, précisa Draco en souriant. Tu sais bien qu’il est américain. Harry, je ne veux pas que tu me conduises dans ton coin secret parce que tu te sens coupable… - Je m’en veux d’avoir lu ton journal, oui, coupa Harry. Mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que ce que j’ai lu m’a vraiment aidé à te comprendre alors c’est un mal pour un bien. Je veux partager cet endroit avec toi parce que je…parce que tu es quelqu’un de spécial. » Il toussota nerveusement en se passant la main dans les cheveux avant de prendre Draco par la taille pour le faire sortir de la ruelle. « Allons d’abord acheter des vêtements plus appropriés au climat. » Draco se laissa guider dans la rue commerçante de ce qu’il identifia comme une petite ville en bordure de l’océan. Il fut immédiatement séduit par les palmiers qui longeaient la route, l’odeur d’huile solaire qui emplissait l’air, portée par le vent chaud. Il sourit largement en voyant les regards des gens, surpris face à ces deux hommes vêtus de gros pull-overs. Harry entra dans une boutique qui avait le bon goût de présenter des articles décontractés et d’autres, plus élégants, en expliquant que c’était là qu’il faisait une grande partie de son shopping d’été. Draco détestait les endroits où les vendeurs se jetaient sur lui dès son entrée dans la pièce et il fut soulagé de constater qu’ici, ce comportement n’était pas de rigueur. Il opta pour un pantalon noir et une chemise sans manches marron mais Harry lui fit remarquer qu’il allait avoir chaud avec ces couleurs sombres. Après une dispute et bonne et due forme, ils parvinrent, sans savoir vraiment comment, à se mettre d’accord sur le fait que chacun choisirait les habits de l’autre. Draco fut tenté d’affubler Harry d’un short et d’une chemise hawaiienne aux couleurs criardes, mais il se ravisa, sachant pertinemment que le brun se vengerait rapidement. Il sélectionna donc un pantacourt en toile blanc et un tee-shirt vert sans manches, et lorsque Harry sortit de la cabine d’essayage en faisant une moue dubitative, Draco dû retenir un sifflement d’approbation tant l’Auror était mis en valeur par la tenue. Le tee-shirt faisait agréablement ressortir ses bras hâlés, musclés à la perfection et le pantacourt montrait sans exhiber les courbes sensuelles de ses mollets athlétiques. « J’ai l’air tout droit sorti d’un vidéo clip de groove, grommela Harry en s’ébouriffant les cheveux alors que Draco lui choisissait une paire de lunettes noires. Si je sors comme ça, on va m’appeler Justin Timberpotter ! » Draco s’arrêta net, observa Harry d’un air effaré, puis il éclata d’un rire discret, réchauffant instantanément le cœur du brun. « N’essaie jamais de monter un spectacle comique avec ce genre de répliques, conseilla Draco en le poussant gentiment. Tu es vraiment très bien, je t’assure que tu vas faire des ravages fringué de la sorte. - Est-ce une façon détournée de me dire que j’ai mes chances avec toi ? Demanda Harry sur le ton de la plaisanterie. - Tout à fait. - Et ai-je une chance de te garder dans la durée, sans personne d’autre avec toi ? - Aucune, » répondit Draco très sérieusement avant de se détourner pour regarder les pantalons. Harry poussa un soupir résigné et il mit dans les mains de Draco la tenue qu’il avait choisie pour lui, composée d’un large pantalon de lin blanc et d’une longue chemise beige à manches courtes. Draco regarda le choix de Harry d’un air perplexe. « Je vais ressembler à vieux mac si je porte ça. - Mais non, c’est la mode et ça ira sûrement très bien sur tes longues jambes. Ça te donnera l’air d’un top model évadé… - De sa cure d’amincissement ? » Hasarda Draco en haussant un sourcil, carrément amusé. Harry leva les yeux au ciel et il lui ordonna de s’habiller. Pendant ce temps, il partit chercher, dans la boutique d’à côté, deux shorts de bain, des serviettes, de la crème solaire, et deux paires de chaussures d’été. Il retrouva Draco debout devant le grand miroir, observant son reflet d’un air plutôt satisfait. Il jouait avec une paire de lunettes de soleil pendant que le vendeur vantait sa beauté, motivé par l’idée de le voir payer les articles hors de prix qu’il portait. Harry retint son souffle quelques secondes avant de respirer à nouveau, admiratif. Le pantalon tombait parfaitement sur les jambes longilignes du blond, le faisant paraître encore plus grand. Harry prétendit ne pas voir qu’il glissait sur ses hanches trop fines. Ils gardèrent leurs nouvelles tenues sur eux et ils sortirent pour jouir pleinement du soleil déjà haut dans le ciel alors qu’il était seulement dix heures du matin. Harry loua une voiture, jeta leurs affaires dans le coffre et il força Draco à mettre de la crème solaire sur son visage trop pâle. Ils dégustèrent ensuite une glace en se promenant sur la plage, et, alors que Draco appréciait le goût de la mangue glacée, Harry comptait les calories ingurgitées en se demandant combien de cornets il devrait faire avaler à Draco pour l’aider à reprendre du poids. Enfin, Harry proposa d’aller visiter son « endroit spécial » et Draco hocha la tête. Ils se disputèrent encore dix minutes avant que Harry ne cède et laisse Draco conduire, décision qu’il regretta amèrement car, si Draco restait prudent en agglomération, il avait tendance à largement dépasser la vitesse autorisée hors de la ville. Le trajet dura une demie heure au cours de laquelle ils chantèrent les chansons qui passaient à la radio, et Harry découvrit une nouvelle manie qui le fit craquer pour Draco : lorsqu’il ne connaissait pas les paroles, il avait tendance à improviser des chansons sans queue ni tête. C’était une discipline hilarante qu’il avait développée au contact de Lana, la spécialiste du genre. Draco ne posa pas de questions lorsque Harry lui dit d’engager la voiture sur un chemin étroit, loin de toute civilisation. C’est lorsqu’il vit « The Eliott Ocean fundation » sur un panneau bringuebalant dans le vent qu’il arrêta le moteur. Il se tourna alors vers le brun qui sortit du véhicule sans répondre à sa question muette. Il prit le sac contenant leurs affaires de plage et il invita Draco à le suivre en lui prenant la main. Ils entrèrent par un portail usé par la salinité de l’océan trop proche et ils marchèrent jusqu’à une grande plage qui n’avait rien de touristique. Ici, l’océan avait gardé son côté sauvage, et cela plut à Draco, même si le bâtiment qui longeait la forêt n’avait rien de la case de Robinson Crusoé. Même si la bâtisse était moderne et qu’elle n’était pas exagérément grande, elle avait tout d’un institut de recherches océanographiques. « J’ai découvert cet endroit il y a quatre ans, raconta Harry en avançant vers la plage. Je donnais pas mal d’argent à cette fondation qui s’emploie entre autre à sauver les dauphins blessés et à les soigner, ce qui demande énormément de temps. Ici, sur ta droite, tu peux voir le bassin où se trouve Ophelia, un jeune dauphin qui a été sauvé de justesse il y a un an. Il est important de laisser ces mammifères dans leur milieu naturel alors la fondation les soigne dans le bâtiment, puis elle les rend à l’océan, pour les rééduquer à la vie telle qu’ils la connaîtront en quittant cet endroit. Il y a juste quelques clôtures pour les empêcher de quitter les lieux tant qu’ils ne sont pas totalement remis de leurs blessures. Ophélia a besoin de temps pour retrouver ses réflexes naturels, car pour le moment, elle est trop habituée aux hommes, ça pourrait être dangereux pour elle plus tard. Ici, je me ressource, je prends conscience de ma taille face à l’océan. Ces dauphins m’aident à faire le vide en moi et à repartir d’un bon pied. - Je comprends, mais comment es-tu passé du gentil mécène à celui qui vient se ressourcer ici ? - Un jour, la fondation a organisé une soirée pour remercier ses donateurs et je me suis lié d’amitié avec Lydia et Ryan, qui travaillent ici. Depuis, je viens régulièrement. - Comment peut-on faire le vide en regardant des poissons ? S’interrogea tout haut Draco. - Ce ne sont pas de simples poissons ! S’insurgea Harry en lançant un regard noir à Draco qui lui répondit par un grand sourire goguenard. - C’est ce petit black ? Ryan ? » Interrogea Draco en faisant un mouvement du menton en direction du jeune homme qui sortait du matériel de mesure de l’eau, accroupi sur un grand ponton. Comme s’il avait deviné qu’on parlait de lui, il leva la tête, un sourire radieux sur son doux visage d’ébène, et il leur fit signe de le rejoindre. « Lui c’est Tevin, expliqua Harry. Fais gaffe, il drague tout ce qui bouge. - Comme si j’allais m’en plaindre. » Harry hésita entre rire et lui mettre son poing dans la figure, alors il préféra reporter son attention sur Tevin qui parcourait du regard le corps de Draco d’un air appréciateur. Il avait déjà essayé de séduire Harry, et chaque fois qu’il le voyait, il lui demandait s’il était certain d’être hétérosexuel, mais aujourd’hui, il semblait avoir décidé de s’intéresser uniquement au blond. « Harry, pour une fois que tu viens accompagné, c’est avec de la marchandise de premier choix, déclara Tevin en défiant clairement Draco de réagir à la remarque. - Je vois que les dauphins ne sont pas les seuls animaux de la fondation et visiblement, c’est la période de reproduction, » répliqua froidement Draco. Tevin éclata d’un rire sonore et il prit délicatement le bras de Draco dans sa grosse main. « Alors lui, je l’aime déjà, dit-il en serrant Draco contre lui. Vous passez la journée avec nous ? Et ce soir, j’espère que vous resterez. On fait un barbecue avec des amis. Tu en connais la moitié et ils t’adorent, Harry. Ça marche comme ça, vous restez ? - Si Draco est d’accord, répondit Harry en sentant la jalousie lui vriller les entrailles. J’espère que Luke sera là aussi. - Bien entendu ! S’exclama Tevin en saisissant la remarque et en se tournant vers Draco. Ce que Harry veut faire dire, c’est que j’ai un petit ami. Luke. Nous sommes ensemble depuis sept ans…Mais nous sommes un couple très libre. - C’est ce qu’on verra ce soir, lança Draco en se dégageant de l’étreinte du jeune homme. Puis-je voir le dauphin ? On a fait pas mal de kilomètres pour ce gros poisson. - Nous avons plusieurs dauphins dans des enclos différents, mais comme tu accompagnes Harry, je suppose qu’il s’agit d’Ophelia puisque c’est sa petite protégée. Elle était encore très jeune et presque morte quand on l’a récupérée dans des filets de pêche, et Harry s’est tout de suite pris d’affection pour elle. - La défense des cas les plus désespérés, je te reconnais bien là, Harry. - Ta gueule Draco. - Surveille ton vocabulaire Potter. - Vous savez que vous allez vraiment bien ensemble ? Demanda Tevin en souriant. Il faudrait que tu nous débauches cet hétéro presque marié. » Draco détourna le regard et il se racla la gorge alors que Harry toussotait en reportant son attention sur l’homme châtain clair qui venait à leur rencontre. Harry présenta rapidement Ryan à Draco, espérant changer de sujet, mais Tevin revient à la charge et Harry dû lui annoncer que le mariage était annulé. Tevin ne sembla pas affecté par la nouvelle, contrairement à Ryan qui tenta de réconforter l’Auror. « Je vais bien, expliqua Harry. J’ai juste été odieux avec elle. Je l’ai trompée. - Avec moi, » précisa Draco avec détachement. Si Ryan ne parût pas surpris, l’air ébahi de Tevin valait de l’or, et Harry dû se retenir de rire. Lorsque enfin ils parlèrent d’autre chose, Ryan proposa à Draco d’aller nager avec Ophelia. Le visage du blond s’illumina pendant une furtive seconde, puis il retrouva sa froideur habituelle. Tevin l’accompagna à l’intérieur pour qu’il enfile son caleçon de bain, puis ils revinrent sur le ponton. Ryan ne pu s’empêcher de laisser son regard s’attarder sur les côtes apparentes du médicomage avant de l’inviter à entrer dans l’eau. « Ne t’occupes de rien, recommanda-t-il à Draco qui semblait aussi excité qu’un enfant à la veille de Noël. Laisse Ophelia venir à ta rencontre, c’est elle qui va vouloir jouer avec toi si elle est d’humeur. » Draco hocha la tête et il se mit à nager tranquillement alors que Tevin se jetait à l’eau pour s’assurer qu’il ne risquait pas de se noyer. Assez rapidement, le dauphin s’approcha de Draco qui la caressa avec une émotion indéchiffrable sur le visage. Harry s’aperçut que les mains du blond tremblaient alors qu’elles s’attardaient sur la peau de l’animal. « C’est impressionnant, murmura Draco à l’attention d’Ophelia. C’est génial. » Debout, les bras croisés sur son torse, Harry se délectait de l’image d’un Draco complètement naturel. Il agissait comme s’il se sentait tout petit face au mammifère qui l’avait déjà adopté comme compagnon de jeu. Le sourire radieux de Draco était pour Harry, la huitième merveille du monde et il se prit à soupirer tristement. Il voulait rendre Draco aussi heureux, il voulait le voir rire plus souvent. Sans pouvoir lutter, il sentit sa gorge se nouer et, alors que le rire de Draco s’élevait dans les airs, des larmes se formèrent dans les yeux du brun. Il dû faire appel à tout son self control pour se retenir de pleurer. Selon lui, les instants de bonheur pur comme celui que vivait Draco en ce moment même étaient trop rares et cela l’attristait, tout simplement parce que Draco méritait d’être enfin en paix. « C’est Lui, n’est ce pas ? » demanda Ryan en rompant le silence devenu pesant. Harry ne quitta pas Draco des yeux alors qu’il hochait la tête. « Comment l’as-tu deviné ? - Parce qu’il y a quelques années, tu m’as raconté tout l’amour que tu avais pour un garçon qui n’avait pas survécu à une agression. Quand tu parlais de lui, ton regard était vivant, plein d’étoiles, et en même temps, voilé par la douleur. Je retrouve ça quand tu poses les yeux sur Draco. Jamais tu n’as eu cette étincelle quand tu parlais de ta fiancée. Je suis heureux qu’il ne soit pas mort, finalement. Je peux te poser une question ? Est-il malade ? Je veux dire, il est anormalement maigre… - Non, pas vraiment. En fait, je ne sais pas comment qualifier ça. Il se défend d’être anorexique, mais il a des difficultés à manger, répondit Harry en regardant Draco disparaître sous l’eau, emporté par le dauphin. Tu m’as récemment dit qu’Ophelia était en période de réadaptation à l’océan et qu’elle ne devait pas avoir trop de contacts affectifs avec les humains. Pourquoi avoir proposé à Draco de nager avec elle ? - Si ma copine apprend que j’ai laissé quelqu’un nager avec Ophelia alors que je lui dis non depuis des semaines, elle va ma plaquer sans autre forme de procès. Mais depuis quelques jours, Ophelia semble déprimée. Elle a envie qu’on vienne la voir plus souvent, comme lorsqu’elle était en convalescence, ce que nous nous refusons de faire car elle doit se détacher de nous pour repartir à la vie sauvage. Si nous l’entourons trop, elle va refuser de s’en aller. Draco est seulement de passage alors c’est différent. Elle avait besoin de lui autant qu’il avait besoin d’elle, je pense. - Tu as eu raison de le faire descendre dans l’eau avec elle. Regarde le, ça fait dix ans que je le connais et je ne l’avais jamais vu aussi heureux. Où est Lydia ? - Elle est allée faire les courses pour ce soir avec son nouveau copain. Figure toi qu’elle sort avec un garde du corps complètement fou d’elle. Il s’appelle Rick. J’espère que vous resterez ce soir, tu pourras le voir. On s’est donné rendez vous à 18h, sur la plage qui se trouve à deux kilomètres de là pour avoir l’occasion de surfer un peu avant de manger. - Oh non, pas ça. Tu sais bien que je suis lamentable sur une planche de surf. - Ça, c’est ce que tu crois. Je vais bosser, on se voit tout à l’heure. Surtout, n’hésitez pas à vous servir de la plage pour…faire ce que vous voulez. » Lança Ryan en éclatant de rire sous le regard interdit de Harry. Dès que son ami fut parti, Harry s’assit sur le ponton de bois, les pieds dans l’eau, et il profita un peu de la vision de Draco qui nageait avec le dauphin, avant de l’appeler. Le blond se hissa avec souplesse sur la plate forme, les cheveux en arrière, l’eau ruisselant sur son corps. Son visage semblait détendu, et le soleil avait déjà commencé à le faire un peu rougir, en particulier sur le nez et les joues. Harry le trouvait particulièrement irrésistible ainsi, surtout avec ce sourire resplendissant et ses yeux gris enflammés. Son enthousiasme face à Ophelia était attendrissant, car en ce moment, le médicomage responsable avait laissé place à un enfant surexcité. Il prit la serviette que Harry lui tendait et, une fois essuyé, il passa une main dans ses cheveux pour les lisser tout en observant attentivement Harry. « Merci, Harry, dit-il enfin. - Merci à toi d’avoir accepté de venir, répondit Harry en résistant à l’envie de goûter le sel sur la peau de Draco. - Tu vois, c’est ça la vraie magie, » déclara Draco en montrant l’océan d’un geste ample de la main. Harry hocha la tête, et il fut ravi d’entendre que le blond avait faim après avoir passé une heure dans l’eau. Ils mangèrent dans un petit restaurant sur le littoral, et Harry fut satisfait de voir que son ami, même sans avoir terminé son assiette, avait quand même fait honneur à sa salade de soja, pamplemousse et crevettes. Jamais les deux hommes n’avaient passé autant de temps ensemble, jamais ils n’avaient partagé l’intimité d’un repas aux chandelles, sans se disputer, et cela sembla leur convenir. Draco le remercia encore et, chose étonnante, il déclara même que finalement, le fait que Harry ait lu son journal était un mal pour un bien. Il expliqua alors que, grâce à son passage dans la Fondation, il avait réalisé que Neville et lui avaient totalement oublié l’importance des plantes aquatiques dans leurs recherches et que peut être, ils découvriraient une potion efficace grâce au fait que Harry se soit senti tellement coupable qu’il avait conduit Draco vers l’océan. Harry se contenta d’écouter, en louant intérieurement les efforts que le Médicomage faisait pour trouver du positif dans le négatif. C’était assez surprenant de sa part. Lorsqu’ils revinrent sur la plage de la fondation, à un kilomètre du bassin d’Ophelia, Harry se sentait à sa place. Il ne su pas lequel des deux prit la main de l’autre, mais toujours est-il qu’ils marchèrent en silence, main dans la main, attentifs à la musique des vagues s’échouant sur le sable et contre les rochers. Plus rien n’existait pour Harry, à part ce bruit récurant et cette main chaude dans la sienne, cette agréable odeur qui était celle de la peau de Draco, mêlée au sel de l’eau. Il respira profondément, les paupières closes, et c’est quand Draco cessa de marcher qu’il ouvrit les yeux, laissant vagabonder ses prunelles vertes sur le médicomage. Le regard de Draco était insondable, tout comme l’expression de son visage. Sans qu’il comprenne pourquoi, le cœur de Harry manqua un battement. « Harry, tout va bien ? Demanda Draco. - Bien entendu, répondit Harry. Pourquoi ça n’irait pas ? Il fait beau, je suis en vacances et un mec torride marche à côté de moi. - Ce n’est pas ce que je veux savoir, » lança Draco en soupirant d’un air excédé avant de lâcher la main de Harry pour ramasser un caillou et le jeter dans l’eau. « Puisque tu as lu mes pensées les plus intimes, je vais te faire part de ce que j’ai en tête en ce moment et ainsi, tu ne seras pas venu pour rien. Très honnêtement, Harry, tu sembles constamment préoccupé et je t’ai rarement vu t’amuser depuis mon retour. La plupart du temps, tu me regardes avec tellement de tristesse au fond des yeux, que ça me met mal à l’aise. Je sais que la guerre a fait des ravages et que personne n’en est sorti intact, mais je ne peux m’empêcher de faire la comparaison entre l’avant et l’après. Tu n’étais pas un modèle d’ouverture sur les autres, mais tu avais cette jovialité qui te rendait populaire. Je ne compte plus les fous rire entre Weasley et toi, mais aujourd’hui, je ne sais pas…Je te trouve tellement renfermé, taciturne et tes éclats de rire, je les compte sur les doigts d’une main. Alors je voudrais savoir. Est-ce un état général chez toi, ou est-ce un traitement de faveur que tu me réserves ? » Harry ouvrit la bouche, mais il la referma presque aussitôt, à court de mots. Il n’avait pas conscience de s’être comporté différemment en présence de Draco, mais après tout, cela était possible, et il préféra éviter de nier sans arguments valables à opposer. Il ôta ses chaussures et s’avança un peu dans l’eau pour rafraîchir ses mollets et ses idées par la même occasion. « Tu n’as rien à ajouter ? Questionna froidement Draco. - Pas vraiment, non. - Alors je vais parler. Tout ce que tu as dit hier soir était vrai ? - Vois tu, Draco, la différence majeure entre toi et moi, c’est que quand tu es énervé, tu as la qualité ou le défaut, je ne sais pas, de taper où ça fait mal, tant pis si tes propos sont mensongers. Tu as toujours été comme ça. Moi, c’est l’inverse. Quand je suis bouleversé, j’ai la fâcheuse tendance de dire ce que je pense et de penser ce que dis. Je n’ai jamais su me contrôler et ça m’ennuie. Alors oui, tout ce que j’ai pu sortir hier était vrai. Quel est le problème ? - Je crois que ton comportement change quand tu es en ma présence, et ça me dérange. Tu agis comme tous ces sorciers qui me regardent en se passant dans leurs têtes, un film qu’ils n’ont pourtant jamais vu. Prends cette journée en exemple : je me suis vraiment amusé, j’ai apprécié chaque minute, mais toi, tu as passé ton temps à avoir mal quand tu posais les yeux sur moi. Tu es tellement persuadé que je souffre constamment, que chaque minute qui passe, j’ai en tête l’agression, que ça me plonge malgré moi dans des souvenirs blessants. C’est fou. Qu’est ce que ça va bien pouvoir t’apporter d’en savoir plus à ce sujet ? Et qu’est ce que ça m’apportera de t’en dire plus ? Rien. J’en ai marre, Harry. Je veux que tu comprennes bien ce que je vais dire, parce que je suis fatigué de me répéter. Je. Vais. Bien. Alors arrête de te pourrir la vie à cause de ce qui m’est arrivé. C’est MOI qui ai enduré ça, pas toi. Contente toi d’être heureux de ne jamais avoir connu une telle expérience, et entre toi dans le crâne, une bonne fois pour toutes, que ce qui est arrivé est un simple épisode de ma vie. Ça ne régit pas ma vie. - Vraiment ? Interrogea Harry d’une voix calme mais tremblante. Alors explique moi pourquoi tu refuses systématiquement de parler du viol. Pourquoi tu n’arrives même pas à PRONONCER le mot « viol » et que ta vie sentimentale est un tel fiasco ? Tu sors avec des mecs qui te mangent dans la main, qui t’aiment à en crever, et tu les repousses. Tu passes ton temps à te moquer de ce qu’ils ressentent, et tu n’as aucune considération pour eux. Tu te shootes à la cocaïne, tu ne manges pas, tu te fais sucer par un inconnu dans une cuisine, et tu reçois le poing de ton mec numéro jenesaispascombien dans la figure. Tu veux que je te dise ce que j’ai vu sur ton visage quand Olivier a frappé ? Et quand tu as massacré Sirius et Karim avec tes mots ? J’ai vu « mission accomplie » s’afficher. Tu veux tout gâcher, tu fuis l’amour et l’intimité comme la peste. En faisant cela, tu te fais du mal, alors ne viens pas me dire que tu vas bien, parce que tu es incroyablement seul, Draco. - Je n’ai jamais été amoureux, alors comment veux tu qu’une chose que je ne connais pas puisse me faire mal ou me manquer ? - Ce sont des conneries ! Avant de faire l’amour avec toi, ton corps me manquait, et pourtant, je ne l’avais jamais touché. - Je suis content de le savoir, lança Draco avec un désintérêt total. Je n’arrive pas à croire que tu soies aussi hermétique à ce que je te raconte ! C’est quand même un monde que je soies obligé de te prouver que je me porte bien ! » Il ramassa un caillou qu’il envoya le plus loin possible dans l’eau, puis il respira lentement, profondément et il sentit son corps se détendre un peu. Il prit le visage de Harry entre ses mains et il le leva vers lui avant de continuer d’une voix douce. « Ce que tu as lu et ce que tu as vu ne reflètent que des instants plus ou moins difficiles, Harry. Mais entre deux moments tristes, je profite de chaque seconde et je m’amuse. J’aime vraiment ma vie. J’ai un travail que j’adore, et dans lequel j’excelle, des amis fantastiques et j’ai mes deux bras ainsi que mes deux jambes, je ne demande rien de plus. Bien entendu, mon retour à Londres m’a fait régresser. Mets toi à ma place. Tout le monde sait ce qui m’est arrivé, et tout le monde réagit comme toi en me voyant : on me plaint, on a des images de vi…d’agressions dans la tête et chaque mot que je dis est rattaché à cet évènement. Comment te sentirais tu si on te considérait comme une pauvre petite chose abîmée alors que tu es parvenu à donner un sens à ta vie et que tu ne penses plus qu’occasionnellement à cette histoire de vi…ol ? Je ne prétends pas qu’il n’y a pas de traumatisme, car je mentirais. Le traumatisme, il est là, bien présent en moi, et peut être certains de mes comportements ont-ils un lien direct avec ce qui est arrivé. Mais TOUT ne trouve pas son explication dans l’agression. » Il lâcha Harry et il alla s’asseoir en tailleur sur le sable. Le brun le rejoignit sans un mot et il s’installa en face de lui, attentif alors que Draco parlait en faisant distraitement couler une poignée de sable d’une main dans une autre, à la manière d’un sablier. « Tu sais Harry, tu m’as vu mal suite à des évènements précis, ce n’est pas un état constant chez moi. Comme je te l’ai dit hier, je me suis trouvé nez à nez avec Zabini et un Détraqueur en l’espace d’une heure. Alors oui, ça m’a marqué, mais me shooter à la cocaïne n’a rien d’habituel. Ça l’a été il y a quelques années, mais c’est bien fini. Tu m’as vu dans des moments difficiles et cela n’est pas assez pour déclarer que je souffre tout le temps. Toi tu souffres tout le temps, ou du moins, à chaque fois que tu me vois. Je n’ai pas mal quand je ne mange pas, je ne ressens plus rien. Je n’ai pas mal quand mes relations amoureuses tombent à l’eau, ou quand je fais l’amour. Et je n’ai certainement pas mal quand je prends de la cocaïne, même si le retour à la réalité est parfois douloureux. Dans vingt ans, plus personne ne pensera à tout ça, et tu verras, tu t’en voudras d’avoir perdu ton temps à vouloir me sauver alors que je n’en ai pas besoin. Il faut vraiment que tu apprennes à relativiser, parce que cette histoire tourne au masochisme mental chez toi. Je vais bien, je suis content d’être en vie et je compte bien le rester très longtemps. Pendant une heure, j’ai connu l’innommable mais ça n’a duré qu’une heure, Harry. D’autres vivent des douleurs bien plus grandes et bien plus longues sur la durée. - Je ne veux pas entendre ce genre de choses. Ça n’a pas duré qu’une heure, parce que ça continue, pour toi comme pour moi et tu le sais parfaitement, expliqua Harry en se passant la main dans les cheveux. On ne tend pas les lèvres à un Détraqueur quand on se porte comme un charme. Alors oui, peut être que dans vingt ans, plus personne n’y pensera, mais aujourd’hui, quatre ans après, ce souvenir est toujours aussi douloureux. Je revois ton visage…Le sang sur tes jambes…C’est une torture. Je n’y peux rien, c’est certainement dû à ton retour récent. Ça m’a hanté pendant trois ans et j’allais mieux quand tu es revenu…Merlin, comme je suis heureux que tu soies revenu, même si j’ai des difficultés à ne pas te suivre partout pour te protéger. » Draco le gratifia d’un sourire plein de tendresse et il pencha légèrement la tête sur le côté. « Je n’ai pas besoin de protection. Mon pire ennemi, c’est moi, et ça l’a toujours été. Tu sais, quand j’étais gamin, j’avais pris l’habitude de ne pas manger quand mes parents me contrariaient. Ça n’a rien de nouveau, j’ai toujours eu cette tendance à ne rien pouvoir avaler à certains moments. Ça n’a rien à voir avec Zabini et sa bande de porcs. - J’ai du mal à croire que tu ailles aussi bien que tu le prétends, lança Harry en se rapprochant dangereusement de Draco. - En tout cas, je ne vais pas aussi mal que tu le penses, répondit le blond d’une voix rauque. Je ne veux pas que tu perdes ton sourire à cause de moi alors relativise, s’il te plait. Je n’ai pas besoin que tu me sauves. - Mais moi, j’ai peut être besoin que tu me sauves, » murmura Harry en le regrettant aussitôt. Il ferma les yeux et il s’enivra de la présence presque toxique du blond. Il sentit son souffle chaud sur ses lèvres entrouvertes, puis sa bouche sur la sienne. Merlin, qu’il aimait la façon que Draco avait de l’embrasser ! Mais il ouvrit quand même les paupières et, au prix d’un combat acharné contre lui-même, il repoussa Draco qui afficha clairement sa stupeur de ne pas voir Harry succomber. « Tu es beaucoup trop sûr de toi sur ce coup là, Draco, constata Harry en caressant sa joue. - Je pensais que je te plaisais… - Tu me plais. Tu n’as pas idée à quel point, mais tu sais très bien ce que veux. Je ne me contenterai pas des miettes que tu me donneras. Je veux tout. Je nous veux toi et moi, sans tes mecs à côté. Je souhaite une relation monogame et rien d’autre. Je sais que tu n’es pas prêt à me donner ça mais ne t’en fais pas, je survivrai. Allez viens, on va se baigner. » Sans attendre la réponse, il se releva et il tendit la main à Draco qui l’ignora et qui se mit debout sans aide. « Ton orgueil est charmant, » lança Harry en se déshabillant. Draco haussa les épaules et il se mit en caleçon de bain avant de rejoindre Harry dans l’eau. Ils nagèrent longtemps, Draco s’épuisant à la tâche, puis ils se mirent à se faire couler, comme des enfants. Entre les rires et les cris, Harry se rendit compte qu’il était vraiment à sa place avec Draco. Il lui semblait que cette conversation lui avait ôté un poids immense et il savait que c’était exactement ce qu’avait voulu faire Draco. Il ne comprenait pas pourquoi le médicomage avait souhaité alléger sa peine, surtout après l’avoir surpris en train de lire son journal intime. Il pensa une fois de plus à la théorie de Draco quant à cette fumée blanche et il se demanda si Hermione n’avait pas tort. Après tout, s’ils étaient effectivement des âmes sœurs, Draco le sentirait aussi et cela expliquerait pourquoi il n’avait pas encore coupé les ponts avec Harry, malgré la trahison. « Dans tes rêves, Harry, » murmura une petite voix en lui. Il préféra reléguer ces pensées dans un coin de sa tête et se concentrer sur Draco qui prenait le soleil, allongé sur le dos, son corps perpendiculaire à celui de Harry, la tête sur le torse de l’Auror. C’est lorsqu’ils entendirent des cris un peu plus loin qu’ils comprirent que les amis de Harry étaient arrivés. Tous deux se levèrent et Harry pouffa en voyant que le corps de Draco avait rosi au soleil. « C’est très joli, cette teinte de crevette en vacances, lança Harry alors que Draco se plaignait. - Oui, bon ! Ça va bronzer dans deux jours, mais en attendant, je t’interdis de faire la moindre plaisanterie sur mon teint ! - Oh, mais c’est qu’il est devenu tout rose notre beau gosse ! S’écria alors Tevin en le voyant arriver. Tu as bien profité du soleil mon écrevisse d’amour ? - Tev’, fous lui la paix, tu vois bien qu’il ne te supporte pas, lança un petit rouquin avec un sourire charmeur. Je suis Luke, et je nie toute implication sentimentale avec ce bourrin. » Harry éclata de rire et, lorsque Luke se mit à lui tourner autour, comme il le faisait souvent, il le laissa faire, juste pour montrer à Draco qu’il pouvait plaire à d’autres que lui. La réaction du blond fut immédiate, et il se mit à faire du charme à Tevin, ce qui eu pour effet de rendre Harry fou de jalousie. Il cessa de s’amuser avec Luke pour reporter son attention sur Draco. Les amis de Harry étaient une dizaine, et très vite, ils se mirent dans l’eau avec leurs planches de surf. Lydia resta sur la plage avec Draco qui ne voulait absolument pas se ridiculiser. Il se contenta de regarder Harry, impressionné par la grâce de ses mouvements sur la planche. Il n’avait jamais imaginé l’ancien Gryffondor pratiquer un sport autre que le Quidditch et cela le fit sourire. Il aida ensuite Lydia à mettre en route le barbecue, étonné par la gentillesse et l’humour de la jeune femme. Très vite, ils sympathisèrent et ils se mirent à danser au son du lecteur cd portable de Luke. Quant à lui, Harry passa un très agréable moment, relâchant la pression à une vitesse considérable et quand il revint sur la plage, il trouva les deux jeunes gens en train de singer les mouvements d’un boys band moldave que Draco avait en horreur. Aussitôt, Rick rejoignit sa compagne en se bouchant les oreilles et il la menaça de faire la grève des câlins si elle ne changeait pas immédiatement de musique. Ils décidèrent de laisser la radio pendant qu’ils mangeaient, ce qui valut quelques commentaires assez cinglants lorsque certaines chansons passaient. Visiblement, Draco était le seul à supporter le rap d’Eminem et il manqua de s’étouffer avec sa brochette de poulet lorsque Rick le qualifia de « gros bouffon sans talent. » « Fais attention Rick, prévint Harry, Draco est un fin amateur de rap. C’est le premier à se lever quand retentissent les premières notes de « ice ice baby !» - Bande de lémuriens, siffla Draco en décapsulant sa deuxième bière. Vous n’y connaissez rien en musi |