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Fiqueuse : Alake Titre : Space Dementia Chapitre : Onzième : Révélations Base : Namida yori moooo… yasashii uuutanoooooo… comment ça, vous renconnaissez pas ?!? Disclaimer : Pas à moi. Snif. Genre : Heu… Angst, romance, yaoi… un brin de Nawak pour relever la sauce… Rating : NC-17 (bééééeuh… je sais pas trop pourquoi, mais…) Avertissement : Rhaaa, faut encore que je le répète ??? Bon, d’accord : Coupling dérangeant, yaoi, tout ça, quoi… Spoiler : On apprend enfin ce qu’a fait Loki à Kyrien pour la faire crier comme ça… On a aussi droit à quelques révélations sur l’intrigue (ben vi, faut quand même que je la fasse avancer un chtit peu…) Et y’a même un flashback avec Alhena !!! Sisisisi !!! CHAPITRE 11 REVELATIONS Le Chevalier se rua vers l’endroit d’où provenaient les cris suraigus, dont chaque mot, entrecoupés comme de sanglots, lui déchiraient le cœur : – Non… s’il vous plait, arrêtez ! Stop ! Par pitié… Hiiiiyaaaah ! Kanon parvint à la porte de la chambre de Kyrien et ce qu’il vit lui retourna l’estomac : la jeune fille était étendue sur son lit, clouée au matelas par le genou de celui qui l’empêchait de se débattre, dont les mains parcouraient avec application le ventre et la poitrine de sa victime. Il ne pouvait distinguer le visage de son élève dans la faible lumière de la lampe de chevet, mais crut apercevoir l’éclat d’une larme, et le sourire sadique de Loki était la seule preuve dont il avait besoin. Poussant un cri de rage, le Chevalier se jeta sur l’agresseur, poing en avant. L’Autre se retourna en un éclair et parvint à intercepter le coup à quelques millimètres de son visage. L’ex-Dragon des Mers tenta de le frapper de l’autre main, mais fut bloqué de la même manière. Kanon grogna et essaya de se libérer, alors que son adversaire demandait : – Mais qu’est-ce qui t’arrive ? – Tu te moques de moi ?! Je t’avais dit de ne pas la toucher ! – Eh bien, tu es jaloux ? – Quoi ?! (Kanon mit une seconde pour saisir ce qu’impliquait l’Autre, puis hurla :) NON MAIS CA VA PAS ?!? C’est mon élève, espèce de détraqué !! – Ce n’est pas ça que je voulais dire. Un ange passa. – Loki… – Mmoui ? – Je ne sais pas si tu as remarqué, mais il y a une enfant dans la pièce. Ladite enfant suivait la conversation avec de grands yeux mi-effarés, mi-fascinés. – Je te signale que ce n’est pas moi qui ai commencé les allusions… – Ah oui ? Sans blague ! Et qu’est-ce que tu étais en train de faire, quand je suis entré ? A cet instant, la voix de Kyrien s’éleva, hésitante : – Des... chatouilles. Très lentement, l’ex-Dragon des Mers se tourna vers elle. – Pardon ? articula-t-il, incrédule. Etait-elle innocente au point de n’avoir pas compris le sort qui aurait été le sien s’il n’était pas intervenu ? La jeune fille baissa les yeux, gênée. – Il me faisait des chatouilles… pour se venger… des tresses… Les yeux comme des soucoupes, Kanon reporta son regard sur Loki. Celui-ci l’avait lâché et, bras croisés, regardait ailleurs. Avec un peu d’attention, l’ex-Marina remarqua effectivement quelques tresses à demi défaites dans la chevelure grise. Et là, caché entre deux mèches, n’était-ce pas… Un ruban ?!? Rose, en plus ?!? Incapable de se retenir, Kanon éclata de rire. Une hilarité salvatrice, qui lui permit de se libérer de toute la tension qu’il avait accumulée jusque là. Boudeur, Loki râla : – Bon, ça va, eh ! (Comme l’ex-Dragon des Mers ne faisait pas mine de se calmer, il ajouta avec véhémence :) C’est fini, oui ? Mais Kanon ne pouvait s’arrêter. Les larmes aux yeux, il se tenait les côtes, en proie à un fou-rire inextinguible. Il ne réagit pas lorsque l’Autre s’avança, menaçant, ni lorsqu’il grogna : – Tu l’auras voulu ! Loki se jeta sur sa proie sans défense pour la plaquer à terre. Immobilisé, l’ex-Marina ne pouvait rien faire d’autre que se tortiller en hurlant de rire sous les vicieuses chatouilles que lui administrait l’Autre. Au prix d’un violent effort de volonté, il parvint à se reprendre et contre-attaqua, aidé par une alliée inattendue : Kyrien. La jeune fille désirait manifestement participer aux représailles… Intensément concentré, Shion plissa le front de perplexité. Après avoir disparu, les jumeaux n’avaient plus donné signe de vie pendant quelque temps. Puis Saga était revenu, seul, et avait rejoint la petite – dont l’aura était passé par un éventail d’émotions relativement étendu, alors que celle du Chevalier restait plutôt stable, mélange de curiosité et d’amusement par ailleurs assez peu caractéristique de l’individu en question. Le Grand Pope avait ensuite senti le cosmos de Shaka s’enflammer et traverser les dimensions à la recherche de celui de Kanon, qu’il avait fini par trouver. Et c’était un ex-Dragon des Mers enragé qui avait fait irruption dans la Maison des Gémeaux, comme un fauve prêt à tout détruire sur son passage… Et maintenant, il… riait ?!? – Mais qu’est-ce qu’ils fabriquent ?! marmonna l’Atlante, totalement perdu. Il tourna un regard interrogatif vers son compagnon, qui leva les mains et secoua la tête en signe d’incompréhension. Dokho ne saisissait pas plus que lui ce qu’il était en train de se passer dans le troisième Temple. Shion laissa retomber son aura et se passa une main sur le visage. – Je crois que nous allons devoir demander des explications à certaines personnes… Le Chevalier de la Balance bâilla à s’en décrocher la mâchoire. – Moui… en attendant, si nous allions nous coucher, hmmm ? Le Grand Pope soupira et acquiesça. La journée du lendemain serait très longue… Kanon cessa brusquement tout mouvement quand la réalité revint le heurter de plein fouet. Par tous les dieux, qu’était-il en train de faire ?! Il était revenu ici dans l’intention de mettre les choses au point une bonne fois pour toutes avec Loki, et voilà qu’il se retrouvait en plein milieu d’une séance de chatouilles endiablée ?? Et comme si ce n’était pas suffisant, Kyrien était encore de la partie… Il se releva. – Loki, va m’attendre dehors. Il fut surpris de voir l’Autre lui obéir sans protester. Une fois la porte refermée, le Chevalier se tourna vers son élève, qui s’était assise sur son lit et attendait, tête baissée. Il ravala un soupir et passa une main dans sa tignasse bleue, grimaçant quand ses doigts rencontrèrent quelques nœuds. La voix de Kyrien s’éleva alors, le faisant presque sursauter : – Il n’a rien fait de mal, Maître. On a simplement… joué. Kanon étrécit les yeux. – C’est lui qui t’a demandé de dire ça ? La jeune fille secoua la tête avec véhémence, son cosmos dégageant des ondes de sincérité. – Non, Maître. Il ne m’a pas fait de mal… juste un peu peur, au début. L’ex-Dragon des Mers s’agenouilla devant la novice et demanda d’une voix légèrement altérée : – Est-ce que tu l’aimes bien, Kyrien ? Elle acquiesça. – Tu sais pourtant ce qu’il a fait ? – Oui, répondit-elle. Je sais qu’à cause de lui, de nombreux Chevaliers sont morts… et qu’il a fait énormément de mal à votre frère… mais malgré tout… (Elle le dévisagea de ses grands yeux emplis de larmes.) Est-ce que j’ai tort ? Il eut un sourire amer et essuya la perle salée qui roulait sur la joue de son élève. – Ne pleure pas, petite. Non, tu n’as pas tort. Ce n’est jamais mal d’aimer quelqu’un… mais fais quand même attention. Loki n’est pas une personne à qui tu peux faire confiance. Il comprenait ce qu’elle ressentait, face à cet ange maléfique, cet être au charme aussi dangereux qu’irrésistible… Il se leva et lui adressa un autre sourire, un peu plus sincère cette fois. – Tâche de dormir… Puis il sortit. Dans le couloir, Loki avait entendu toute la conversation. Un sourire carnassier aux lèvres, il attendit que sa proie favorite ait refermé la porte, lui tournant le dos, pour la saisir à bras-le-corps et murmurer, le nez dans sa chevelure turquoise : – Alors, où en étions-nous ? Les épaules de Kanon s’affaissèrent légèrement et il ricana avec ce qui lui restait d’humour grinçant : – Quoi, tu n’as pas eu assez de « divertissement » pour cette nuit ? – Je n’en ai jamais assez, Kanon, tu le sais bien. – Ouais, c’est facile pour toi ! Tu roupilles toute la journée ! A ce rythme-là, je te préviens, je ne durerai pas longtemps. – Comme c’est dommage ! Alors je vais devoir me trouver un autre jouet… Par exemple… – Ne touche pas à Kyrien !! gronda le Chevalier. – Pourquoi donc ? On s’amuse bien, ensemble… Et j’ai cru comprendre qu’elle m’aimait beaucoup, non ? Le corps raide, l’ex-Dragon des Mers ne répondit pas. – C’es bien ce que je pensais : tu es jaloux, souffla l’Autre à son oreille. – Ne dis pas n’importe quoi ! s’écria Kanon. – C’est pourtant la vérité : tu refuses de me partager avec les autres… – Je refuse surtout de te laisser leur faire du mal ! Ce n’est pas de la jalousie, c’est de la protection ! – Appelle ça comme tu veux… Loki empoigna la chevelure de sa victime et tira en arrière, obligeant le Chevalier à lui offrir sa bouche, dont il s’empara avec brutalité. Puis il le relâcha tout aussi brusquement. – Il n’empêche, Kanon, toi et moi sommes liés, dit-il en disparaissant dans l’obscurité du couloir. Que tu le veuilles ou non… Sa voix s’éteignit, laissant l’ex-Dragon des Mers seul avec ses souvenirs. – Je ne comprend pas, grommela le jeune garçon en fronçant les sourcils. Si Saga est destiné à devenir le prochain Chevalier des Gémeaux, à quoi je sers, alors ? Alhena cueillit une fleur et huma son parfum suave avant de répondre : – Je te l’ai déjà dit, Kanon : tu es son ancre, son garde-fou. Toi seul peux empêcher son Autre Lui d’en faire à sa guise. – Comment est-ce que je suis censé faire ça ? – Je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est que tu auras un rôle à jouer dans la Bataille… – La bataille ? – Oui… Une des nombreuses batailles que tu devras mener plus tard. Un brin d’herbe à la bouche, Kanon s’adossa au rocher contre lequel était assise la jeune femme. – Vous ne m’en direz pas plus, n’est-ce pas ? – J’aimerais pouvoir le faire, soupira-t-elle. Mais cela m’est impossible… (Elle avisa l’air soucieux du garçon et lui ébouriffa les cheveux.) Bah, ne te mets pas martel en tête ! Je suis persuadée que tu t’en sortiras. Tu verras… L’apprenti tourna vers elle ses grands yeux lumineux et sourit. Alhena ravala un nouveau soupir. Elle aurait tellement aimé protéger cette fraîcheur, cette innocence… Mais les Guerres Saintes arrivaient, elle le sentait au fond d’elle. Et la Bataille… L’entité qui avait maudit le Chevalier des Gémeaux à une époque reculée, lui imposant génération après génération le fardeau d’une double personnalité, avait vu se desserrer les liens qui la retenaient. Comme à chaque fois que le futur Gardien de la Troisième Maison voyait le jour accompagné d’un jumeau. Et lorsqu’Alhena avait appris que la petite Rena était pressentie pour devenir le prochain Chevalier de l’Horloge, elle avait frémi. La petite voix qui chuchotait parfois à l’intérieur de son crâne s’était mise à jubiler, et cela ne pouvait être qu’un mauvais présage. Car depuis toujours, la deuxième personnalité des Gémeaux était l’interlocuteur privilégié de Sujan, l’entité maléfique qui était à l’origine de la Malédiction. Cet être était prisonnier des Limbes, incapable d’agir directement, mais il pouvait suggérer certaines choses à ses créations… et celles-ci étaient libres de suivre ou non ses conseils. Alhena avait rejeté en bloc toutes les propositions qu’il lui avait faites, mais connaissant le caractère de Saga – et par opposition, celui de son Autre Lui – elle craignait le pire. Tout reposait donc sur Kanon. Lui seul était en mesure de contrôler son frère et d’éviter la libération de Sujan. S’il parvenait à survivre jusque là… Un souffle de vent agita sa chevelure et fit voleter un nuage de pollen. Elle ne pouvait qu’espérer. Car de toute manière, elle mourrait bien avant que ne débute la Bataille des Doubles… Après un entraînement quotidien durant lequel il n’avait pas particulièrement brillé, Kanon se dirigea à pas lents vers les escaliers. Saga était absent – il avait été convoqué par le Grand Pope – et une sourde inquiétude étreignait le cœur de l’ex-Dragon des Mers. – Kanon ! Est-ce que je peux te parler une minute ? L’interpellé se retourna : Dokho arrivait au pas de course. Le Gémeau acquiesça et l’attendit, puis repartit en sa compagnie, mais en direction de l’extérieur cette fois. – Alors, s’enquit le Chevalier de la Balance, comment ça se passe avec la petite ? Kanon revit en un éclair ce qui s’était passé la nuit même, mais réussit à n’en laisser rien paraître dans son cosmos lorsqu’il répondit : – Pas mal. Elle a du potentiel. Son interlocuteur hocha la tête, pensif. – Et à part ça, tout va bien ? Ton frère et toi, je veux dire, précisa le Tigre d’un ton badin. Immédiatement, l’ex-Dragon des Mers fut sur la défensive. Mais il se calma aussi vite. Dokho n’était au courant de rien, n’est-ce pas ? – Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda-t-il néanmoins, circonspect. – J’ai remarqué qu’il y avait pas mal de mouvement dans votre Temple, depuis quelque temps. Principalement la nuit. Kanon tiqua. Lorsque Dokho disait « je », en général, cela voulait dire « Shion et moi ». Surtout pour ce genre de constatation. Et la dernière chose dont il avait besoin, c’était que le Grand Pope soit au courant du réveil de Loki. – J’ignorais que le Sanctuaire s’était transformé en prison, répliqua-t-il, plus durement que nécessaire. – Là n’est pas la question. Kanon, s’il se passe quelque chose d’important, ton devoir est d’avertir Shion. – Ouais. Je sais. « Sauf si ça risque de compliquer encore plus les choses, » ajouta-t-il à part lui, tout en gardant cette pensée hors de portée du cosmos inquisiteur du Chevalier de la Balance. Pas vraiment convaincu, celui-ci lui adressa un regard aigu avant de conclure avec un sourire plus amical : – Bon. De toute manière, tu sais où nous trouver… Kanon hocha la tête et le regarda s’éloigner. Puis il repartit en direction de sa propre Maison, toujours taraudé par ce sombre pressentiment… Mal à l’aise, Saga pénétra dans le bureau du Grand Pope. Un reste de culpabilité le torturait toujours lorsqu’il songeait qu’il avait laissé son Autre Lui assassiner cet être exceptionnel… Et le fait de ne pas avoir eu le choix ne le soulageait pas le moins du monde. Sentant son malaise, Shion lui fit signe de s’asseoir tout en lui adressant un sourire aimable. Ces entretiens faisaient partie des nouveautés qu’il avait instaurées. Une fois de temps en temps, il convoquait un des Chevaliers d’Or pour parler des problèmes éventuels, écouter les suggestions et les doléances ou tout simplement pour discuter. Car il avait compris qu’il avait tout intérêt à tenir compte de l’avis de ceux qui représentaient l’élite, le cœur même de la Chevalerie. – Détends-toi, Saga, suggéra doucement l’Atlante. Je ne vais pas te manger. Le Gémeau tenta de suivre le conseil sans grand succès. Si c’était si facile… Shion poussa un petit soupir et décida de passer outre. – Très bien. Avant de commencer, je te rappelle que tout ce qui sera dit ici est strictement confidentiel. Alors si tu as quelque chose sur le cœur, n’hésite pas. Je suis là pour écouter les problèmes et, le cas échéant, aider à les résoudre. C’était le discours habituel d’entrée en matière mais jusqu’à présent, jamais il n’avait paru aussi justifié aux oreilles de Saga. Si tu as quelque chose sur le cœur… Il fut un instant tenté de lui parler de Kanon et Shaka, de lui dire à quel point il s’était senti trahi, à quel point il souffrait de cette situation tout en essayant de faire bonne figure… mais quelque chose le retint. C’était trop personnel. De toute manière, le grand Pope n’avait aucun moyen d’obliger le Chevalier de la Vierge à aimer l’ainé plutôt que le cadet… et quand bien même il l’aurait eu, Saga n’aurait pas voulu de ça. Pendant qu’il se débattait en lui-même, Shion l’observa, sondant discrètement son cosmos pour tenter de saisir les émotions qui l’agitaient. Il décela de l’amertume, beaucoup de souffrance et, bien caché tout au fond, un soupçon de… crainte ? L’Atlante plissa le front, mais décida de le laisser parler – quitte à l’y inciter subtilement au besoin. Le Chevalier finit par secouer la tête. – Je ne pense pas avoir de problème digne d’être abordé ici, répondit-il. Néanmoins, je dois vous informer que Kyrien a été victime d’une agression de la part de ses condisciples entre la démonstration et le retour de Rena de l’Horloge. Ces demoiselles lui ont infligé deux plaies au visage, assorties de menaces. Kanon et moi avons chargé Rena de retrouver les coupables. Le Grand Pope acquiesça, grave. – Prévenez-moi lorsque l’enquête aura abouti. De tels agissements ne doivent pas rester impunis. – Oui, Majesté. [1] – Très bien. Rien d’autre ? – Je crois que c’est tout. – Dans ce cas, tu peux te retirer, Saga. Le Chevalier se leva et se dirigea vers la porte mais s’arrêta, la main sur la poignée. Il sembla hésiter un instant, puis se décida : – Je ne sais pas si c’est important, mais je… j’ai fait un rêve, un cauchemar, il y a trois nuits. Ce n’était pas le premier et certainement pas le dernier, mais il m’a laissé une étrange sensation de malaise. Son attention éveillée, Shion scruta intensément le Gémeau. – Décris-le moi, l’invita-t-il. Saga haussa les épaules et sourit légèrement, comme pour se moquer de lui-même. – Oh, rien de bien extraordinaire… Une scène affreusement morbide, à la fin de laquelle j’ai regardé dans un miroir, pour y voir mon propre reflet… sous les traits de l’Autre. La bouche soudain sèche au souvenir de cette vision qu’il avait à dessein décrite comme presque banale, il tourna un regard troublé vers son interlocuteur assis derrière le bureau, impassible. Impassible… en apparence seulement. En vérité, l’Atlante luttait contre le froid glacial qui s’était emparé de lui. Les quelques images et impressions qu’il avait pu glaner à travers l’aura du Chevalier en disaient assez sur le caractère insoutenable de la scène en question. Et l’apparition de l’Autre, à la fin du rêve, est-ce que cela voulait dire… ? Saga l’interrompit dans ses pensées en disant d’une voix rêveuse, le regard dans le vague : – C’est étrange… Mon autre Moi a pourtant été détruit lors de la Bataille du Sanctuaire… (Il grimaça à l’évocation de ce combat.) Quand nous sommes revenus en tant que Spectres, puis à la fin des Guerres Saintes, je ne l’ai pas senti en moi. Pas une seule fois. Encore maintenant, je… (Il ferma les yeux, inspira à pleins poumons.) Je suis libre. Libéré de ce poids, de ce fardeau… Le Grand Pope se força à hocher la tête, et le regarda s’éclipser. Une fois le Chevalier parti, il se renversa en arrière sur son fauteuil et se massa le front du bout des doigts. Saga… Si ce qui était écrit dans le Livre était vrai, si sa deuxième personnalité avait par un quelconque moyen réussi à survivre… se tenant coite en attendant son heure… Soudain, tout se mit en place dans l’esprit de l’Atlante. Kanon savait ! Il l’avait découvert, d’où son comportement de ces derniers jours… mais il tentait de le cacher à son frère, tout en essayant de contrôler de démon… Il en était à ce stade de ses réflexions quand Dokho fit son apparition. En entendant les conjectures de son compagnon, le Chevalier de la Balance se montra prudent : – On n’est sûr de rien, pour l’instant. Kanon a refusé de me dire quoi que ce soit. Il faudrait trouver quelqu’un qui puisse nous éclairer sur la situation… Les deux guerriers réfléchirent un moment, et ce fut à l’unisson qu’ils finirent par prononcer : – Shaka ! Six Maisons plus bas, un éternuement tonitruant résonna entre les murs immaculés du Temple de la Vierge, suivi d’un bruit de chute et d’un chapelet de jurons. Cent huit, très exactement. [2] Shaka ne fut pas surpris de sentir Dokho et Shion pénétrer dans son Temple. Il leur désigna deux sièges en face du sien et dit : – Installez-vous. Je vous attendais. – Sais-tu pourquoi nous sommes là ? demanda le Tigre, un peu étonné de cet accueil. Le Chevalier de la Vierge eut un petit sourire sans joie. – Je suppose que ni Kanon, ni Saga ne vous ont donné les réponses que vous attendiez. Kanon, parce qu’il a refusé d’en parler. Et Saga, parce que son frère et moi avons tout fait pour qu’il continue à ignorer ce qu’il se passe… Shion sentit les doigts de son amant s’accrocher aux siens et les serra avec force. Ainsi, c’était bien ce qu’ils soupçonnaient. – Mais je me doutais bien que nous ne pourrions pas vous le cacher éternellement. (Il marqua une pause et se jeta à l’eau :) Loki, la deuxième personnalité de Saga, s’est à nouveau éveillée. Ignoré de tous, un ange passa, laissant une belle trainée de plumes blanches dans son sillage... Shaka éternua sans raison apparente. Dokho lui adressa un regard interrogateur et finit par demander : – Et toi, comment es-tu au courant ? – Je l’ai vu. La stupeur se peignit sur les traits de ses interlocuteurs. – Et tu es toujours vivant ? s’enquit Shion, secoué. Le Chevalier de la Vierge émit un petit soupir. – Kanon m’a dit qu’ils avaient passé une sorte d’accord : Loki ne fera de mal à personne, tant que Kanon le « divertira ». – Le divertira ?!? répéta le Tigre, de plus en plus incrédule. Qu’est ce que ça signifie ? – Je n’en sais pas plus. Tout ce que je peux dire, c’est que ça a l’air de fonctionner… Les mots « pour l’instant » ne furent pas prononcés, mais c’était comme s’il les avait dits tout haut. Tous trois se remémorèrent en silence ce qu’ils avaient pu glaner des événements de la nuit précédente au Temple des Gémeaux. Il en ressortait qu’en effet, l’ex-Dragon des Mers s’échinait à distraire son dangereux compagnon… – Et en ce qui concerne l’apprentie ? fit Dokho avec une pointe d’inquiétude. Doit-on la leur laisser ? – Je ne sais pas, répondit le blond. Avec Loki dans la même Maison, elle pourrait être en danger, mais je sais que Kanon ne laisserait jamais son élève courir de tels risques. Et puis, si vous la lui retirez, Saga trouvera cela très étrange. Shion approuva. – Cela risque de lui mettre la puce à l’oreille, et c’est ce que nous voulons éviter à tout prix. N’est-ce pas, Shaka ? Ce dernier hocha la tête, intensément soulagé que le Grand Pope comprenne et partage son point de vue. Tout comme Kanon, il avait craint la réaction de l’Atlante, et c’était la principale raison de leur silence. Loki n’était-il pas celui qui lui avait ôté la vie pour prendre sa place ? Compte tenu des circonstances, il prenait cela… plutôt bien. En vérité, Shion s’y était préparé. Même s’il avait essayé de trouver d’autres explications, c’était celle-ci la plus logique, depuis le début. Et surtout, depuis qu’il avait ouvert ce maudit Livre… – Alors, que fait-on ? demanda Dokho, soto vocce. [3] – Rien pour l’instant, répondit le Grand Pope. Respectons le status quo. Tant que Kanon maîtrise la situation, nous n’avons aucune raison d’intervenir. Mais si l’Autre devient incontrôlable, il faudra bien que cette tête de mule de Dragon des Mers accepte notre aide. Bon gré, mal gré. « Même si nous ne pouvons pas faire grand chose… » ajouta-t-il pour lui-même. – Et si Saga découvre le pot-aux-roses ? s’enquit Shaka. – Prions pour que celui qui lui dira que la vie vaut la peine d’être vécue soit très convaincant, ironisa sombrement le Chevalier de la Balance. – J’ai une dernière question, Shaka, fit Shion. Si Saga n’est au courant de rien, pourquoi semble-t-il souffrir autant ? L’homme le plus proche de Dieu lui adressa un regard dépourvu de toute vie. – Ca, je crois que c’est de notre faute, à Kanon et moi… ~ ~ ~ NOTES DE L’AUTEUSE : [1] : Oui, alors là, vous êtes peut-être surpris que Saga vouvoie toujours le GP et qu’il l’appelle « Majesté » alors que certains (et pas seulement Dokho ^vv^) le tutoient… ben on va dire que c’est plus facile pour certains que pour d’autres… ^^;; [2] : Comme quoi, les colliers de perles, ça a plein d'utilisations... XD [3] : Y’a quelqu’un qui fait de l’italien par là ? Est-ce que ça s’écrit comme ça ? Chais plus… TT; Alors, pour la première partie de la fic… ben vous voyez que c’était pas si terrible ! A part pour la réputation de Loki peut-être, huhuhu !! Sinon, bah euh… voui, Shaka est allergique aux plumes, pourquoi ? ^vv^ Bon je crois que c’est tout… en attendant la suite, où on retrouve Loki… Et Sujan… Bizoux parfumés à la fraise (côté rose de la Force, lol !) Alake (Grunt. Chapitre 26. Grunt et regrunt.) |