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au 09 Jan 09 :
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pour 1453 fics écrites
contenant 3722 chapitres
qui ont générés 7544 reviews
 
     

     
 
Space Dementia
Par Alake
Saint Seiya  -  Romance
27 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 16     Les chapitres     2 Reviews    
Les Découvertes de Mu

Fiqueuse : Alake

Titre : Space Dementia

Chapitre : Seizième : Les Découvertes de Mu

Base : Saint Kanon. Euh, pardon, Saint Saga… Saint Loki ? Nan attendez, c’est… Saint Kyrien !!

… Non ? Ah, bon. Ben alors, je vois pas.

Disclaimer : Bouhouhou… Tous les bishonens (euh… je sais pas si ça prend un s au pluriel, ça…) appartiennent à M. Kurumada, moi je ne suis bonne qu’à créer des bishoujos : Kyrien, Rena et Alhena. Et puis aussi des gens qui ont pas de corps, comme Sujan. Ah voui, et aussi des bôs mais méchants messieurs, genre Alhen. Sinon, je crois que c’est tout.

Genre : Un max de Yaoi, plein d’Angst, un brin de Romance et une touche de Nawak. Et pis un tout chtit peu de Kawai…

Rating : NC-17

Avertissement : Niark niark…

Spoiler : J’ai comme qui dirait l’impression que mes histoires secondaires… – comment dire ? – entravent quelque peu l’avancée de l’intrigue principale… Mais bon. J’aime bien les digressions, mwa XD En gros, Mu passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dans ce chapitre.

 

CHAPITRE 16

LES DECOUVERTES DE MU

 

La réunion hebdomadaire avec le Grand Pope était, comme toujours, interminable et ennuyeuse à mourir. Mais Kanon ne s’en aperçut pas vraiment.

Depuis le matin, il était d’une humeur massacrante, pestant intérieurement contre la Terre entière et plus particulièrement contre un certain individu aux cheveux gris qu’il aurait bien aimé étrangler de ses propres mains… si l’individu en question n’avait pas partagé le corps de son frère, évidemment.

L’ex-Dragon des Mers glissa un regard en direction de Saga, qui discutait tranquillement avec Mu. Contre toute attente, il ne semblait garder aucun souvenir de son cauchemar de la nuit précédente, ce qui n’était pas le cas de Kanon. Dans sa tête passaient et repassaient des images du rêve de son jumeau ; et quand ces souvenirs-là le laissaient en paix, c’étaient ses propres cauchemars qui venaient le hanter, beaucoup moins désagréables mais tout aussi dérangeants.

Car il apparaissait que le Loki de la réalité avait beau se montrer cruel et détestable, celui de ses rêves était toujours tendre et attentionné – et on ne peut plus doué sur le plan sexuel. Le Gémeau s’éveillait à bout de souffle, le corps en feu, et parfois un reste de jouissance lui courait encore dans les veines. Et il se détestait, parce qu’il savait qu’une partie de lui aimait ça.

Il était en train d’envisager sérieusement d’aller voir un psy, lorsqu’il prit conscience que la réunion touchait à sa fin. La voix monotone de Shion avait cédé la place au raclement des chaises et à un brouhaha soulagé. Kanon était en train de se lever, lorsque la voix du Grand Pope parvint à ses oreilles :

– Saga, Kanon ! Restez une minute, s’il vous plait.

L’ex-Marina sentit un filet de sueur glacée lui couler le long du dos alors que leurs collègues vidaient les lieux. Mais lorsque tous furent sortis – à l’exception de Dokho – l’Atlante déclara :

– Je voulais vous prévenir que je me suis occupé personnellement des novices qui ont agressé la petite Kyrien. Des sanctions ont été prises pour que cela ne se renouvelle plus.

Des sanctions… Kanon savait ce que cela voulait dire : une semaine de cachot, plus un mois de corvée. L’ayant lui-même expérimenté un certain nombre de fois, il trouvait cela un peu léger, surtout pour cette petite vipère de Carla ; cependant, il était conscient de ne pas être tout à fait objectif. Son élève était tellement adorable qu’il avait fort à faire pour ne pas se transformer en papa-gâteau… Il échangea un regard avec Saga, et vit que ce dernier partageait son avis. Il allait ouvrir la bouche pour protester lorsque Shion leva une main apaisante :

– Cela te paraît peut-être insuffisant, Kanon, mais je t’assure que pour des fillettes de cet âge c’est une lourde punition. En outre, je les ai averties que si elles étaient à nouveau surprises à tirer profit de la faiblesse d’autrui, je les laisserais à ta merci. Etonnamment, cela a eu l’air de les terrifier plus encore qu’elle ne l’étaient déjà…

Un reniflement ironique échappa à Saga, tandis que les lèvres de l’ex-Dragon des Mers s’étiraient en un sourire un brin sadique.

– Je pense donc qu’elles fileront doux. Ce sera tout, messieurs, conclut le Grand Pope, souriant.

Les Gémeaux s’éclipsèrent, laissant seuls Dokho et Shion. Le Chevalier de la Balance s’appuya contre la table de réunion et dit :

– Saga ne semble encore se douter de rien…

– Prions pour que rien ne vienne lui dessiller les yeux, répondit l’Atlante, sombre.

Il secoua la tête, comme pour chasser ses idées noires, puis continua :

– Bon allez, les archives nous attendent.

– Tu espères encore trouver quelque chose au milieu de tout ce fatras ? Ca fait trois jours qu’on cherche, sans aucun résultat, objecta le Tigre.

– Tu as une meilleure idée ?

Devant le silence résigné de son compagnon, le Grand Pope sourit et le poussa vers la sortie.

– Allez, au boulot.

– Ouais, chef, fut la réponse soupirée.

 

 

Terrifiée, Kyrien se plaqua contre le mur. Cette voix dans sa tête… elle revenait de plus en plus souvent, lui murmurait des choses abjectes, d’horribles secrets…

Le Chaos, la mort et la souffrance allaient s’abattre sur le monde, à cause d’elle. Tous ceux qu’elle aimait, ceux qui protégeaient la Terre au péril de leur vie, tous allaient périr par sa faute.

Et, que les Dieux la pardonnent, elle ne pouvait rien faire pour l’empêcher.

C’était ce que lui répétait la voix durant ces nuits où elle avait peur de dormir : elle était maudite, et ceux qui l’aimaient – ne serait-ce qu’un peu – étaient voués à la souffrance. Elle l’avait bien vu : Saga et Kanon, qui étaient si gentils avec elle, étaient tous deux torturés par Loki. Et l’Autre… malgré ce qu’elle savait, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir de l’affection pour lui.

Lui aussi souffrait, elle en était persuadée. Si elle pouvait trouver le moyen de le libérer de sa peine… peut-être ne chercherait-il plus à se venger sur les Chevaliers des Gémeaux.

Mais que peux-tu faire ? lui murmura la voix. Que crois-tu pouvoir faire, toi, pauvre novice, alors que ton vénéré Maître, le puissant Kanon des Gémeaux, est incapable de tenir tête à Loki ?

Je ne veux pas lui tenir tête. Je veux simplement l’aider, répondit-elle.

Un rire moqueur lui transperça le crâne comme une pointe d’acier, lui arrachant un gémissement de douleur.

Petite imbécile ! Il n’a pas besoin de ton aide… Ne comprends-tu pas ? C’est le Mal… le Chaos… tout comme toi. Voilà pourquoi tu l’aimes bien : vous vous ressemblez. Tous deux, vous apporterez la destruction de ce monde…

– Non ! cria-t-elle, oubliant qu’elle ne s’adressait pas à une personne réelle, mais à la voix dans sa tête. C’est faux ! Je ne suis pas comme ça… Je ne suis pas comme vous dites ! Allez-vous en !

Son cosmos s’enflamma sous le coup de sa rage et de son désespoir, et la voix se tut.

Epuisée, elle se laissa glisser contre le mur et ramena ses jambes contre elle.

Elle n’était pas comme ça…

 

 

C’est ainsi que la trouvèrent Mu et Aldébaran en traversant le Temple des Gémeaux pour rejoindre leurs Maisons respectives. Surprise, elle bondit sur ses pieds et tenta de s’éclipser, mais la large main du Taureau s’abattit sur son épaule, la clouant sur place. Elle remit précipitamment son masque, cependant les deux Chevaliers avaient eu le temps de voir son regard brillant de larmes et son air apeuré.

– Du calme, petite, fit Aldébaran, essayant d’être le plus rassurant possible.

Mu se pencha vers elle et plongea son doux regard violet dans les yeux aveugles du masque, comme s’il pouvait voir au travers ; sondant le cosmos de la fillette, il y trouva de la peur et une détresse poignante qu’elle s’efforçait de dissimuler.

– Que t’arrive-t-il, Kyrien ? demanda-t-il d’une voix douce. L’entraînement est-il trop difficile ?

Elle secoua la tête, négative.

– Je ne pense pas que Kanon soit un mauvais Maître, si ? continua-t-il.

– Non ! protesta-t-elle. Je… je n’ai jamais été aussi heureuse qu’ici…

– Alors, que se passe-t-il ? insista patiemment le Bélier.

La jeune fille baissa la tête et garda le silence.

– Tu ne veux pas nous dire ce qui te tracasse ? intervint le Taureau.

– Je ne peux pas… je vous en prie… ne m’obligez pas…

Elle semblait au bord des larmes et plus terrifiée que jamais, mais Mu ne parvenait pas à savoir si c’était à cause d’eux ou si la raison en était plus profonde. Il échangea un regard avec Aldébaran et glissa un doigt sous le menton de la novice, l’incitant délicatement à relever le visage.

– Si quelque chose ne va pas, la meilleure solution est d’en parler à Kanon ou à Saga. Ou même à n’importe lequel d’entre nous. La porte d’Aldébaran te sera toujours ouverte, et j’habite juste en-dessous. Quant au Temple du Cancer… (Il adressa à la jeune fille un clin d’œil complice.) Ne te laisse pas impressionner par Angelo, il ne te mangera pas.

– Il préfère les fleurs, ajouta le Taureau, souriant largement.

Kyrien sourit à son tour et même si, avec son masque, ce n’était pas visible, les deux Chevaliers le sentirent dans son aura et en furent rassérénés.

Elle les regarda s’éloigner. Ils étaient si gentils… Elle repoussa la pensée que lui suggérait la voix. Ils ne mourraient pas, ce n’était pas possible…

Les Chevaliers d’Or comptaient parmi les êtres les plus puissants du monde. S’ils tombaient face à l’adversité…

Ce serait le Chaos.

Non… Pitié…

 

 

– Tu ne trouves pas qu’il y a quelque chose de bizarre ?

Le Chevalier du Taureau fronça ses épais sourcils.

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

Ils étaient arrivés au deuxième Temple, mais au lieu de continuer directement jusque chez lui, Mu s’attardait chez le colosse.

L’Atlante soupira légèrement.

– Je ne sais pas… J’ai une impression étrange. Comme si quelque chose ne tournait pas rond. Et puis…

– Quoi donc ?

– C’est idiot mais… l’autre fois, en boîte, j’ai cru apercevoir Kanon et Saga.

– Et alors, qu’est-ce que ça a de bizarre ? fit Aldébaran, haussant les épaules. A part le fait qu’ils avaient dit qu’ils allaient se coucher, évidemment, mais seuls les imbéciles ne changent pas d’avis… Et puis, ils avaient peut-être envie de sortir entre frères et pas avec nous tous…

– C’est ce que j’ai pensé aussi… Jusqu’à ce que je me rende compte d’un détail : ce n’était pas Saga.

– Qu’est-ce que tu racontes ?

– Eh bien, d’après ce que nous ont raconté les Chevaliers de Bronze, j’aurais tendance à penser que c’est son Autre Lui. [1]

– QUOI ?!! s’écria le Brésilien, stupéfait. Tu es sûr de toi ?!

– Non, justement, répondit Mu. Ca n’a duré qu’une fraction de seconde, mais je crois bien que ses cheveux étaient gris.

Aldébaran secoua la tête avec énergie.

– C’est impossible. Impossible. Seiya a détruit ce monstre à l’aide du Bouclier de la Justice, non ?

– Je sais, fit le Bélier. Tu ne m’apprends rien. Je te dis juste ce que j’ai vu…

– Ou ce que tu as cru voir, objecta le Taureau. Tu avais bu combien de verres, ce soir-là ?

– Aldébaran, je t’en prie ! protesta l’Atlante, outré. Je suis sérieux !!

– Bon, d’accord, répondit le Brésilien avec un sourire d’excuse. Mais si ça t’inquiète autant, pourquoi n’en parles-tu pas à Shion ?

– Eh bien, je, euh… Je voulais lui en parler après la réunion, mais il a demandé aux Gémeaux de rester, alors je… (Il se tourna vers la sortie et les escaliers qui menaient au Temple du Grand Pope, au loin, et émit un petit gémissement de désespoir.) Je vais y retourner.

– Il ne va pas se moquer de toi, dit Aldébaran, soudain grave.

Il sentait l’incertitude de son compagnon et avait éprouvé le besoin de le rassurer. Mais Mu s’en défendit :

– Pourquoi dis-tu cela ? Je le sais très bien !

Le Taureau sourit, attendri.

– Je te connais, va. Allez viens, je te fais un café.

Le Bélier lui emboîta le pas, souriant intérieurement. Aldébaran avait raison : il hésitait à en parler à son ancien Maître, car il n’avait pas envie de remuer de vieilles blessures. Et puis, il devait avouer qu’il avait un peu peur de se faire rire au nez, même si ce n’était pas vraiment le style de Shion… et d’un autre côté, s’il avait inventé tout cela ? Si le Grand Pope le prenait au sérieux alors que ce n’était que le produit de son imagination ?

Il pénétra dans la cuisine à la suite du colosse et s’assit à la table sans sortir de ses pensées. Il y avait une autre raison pour laquelle il hésitait à monter au Temple du Grand Pope : la Maison du Capricorne. Il n’avait pas envie de croiser son occupant, parce qu’il redoutait de se retrouver seul avec lui. Non qu’il détestât la compagnie de Shura, loin de là ; simplement, malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à savoir ce que l’Espagnol éprouvait pour lui. N’était-ce qu’une franche camaraderie – qu’il accepterait, même si cela devait lui briser le cœur – ou y avait-il un peu plus ?

Il y avait presque cru, une dizaine de jours auparavant, lorsque le Capricorne s’était endormi dans ses bras après avoir bu plus que de raison lors de la soirée chez les Gémeaux… Mais depuis, Shura ne lui avait fait aucun signe, donné aucun indice qui lui permettrait de savoir…

Bien sûr, il pouvait toujours lui poser la question. Mais il n’avait pas envie non plus de le mettre mal à l’aise…

Il se prit la tête à deux mains. Pourquoi était-ce si compliqué ?

– Problème de cœur ? s’enquit tranquillement Aldébaran en posant une tasse de café fumant devant lui, avant de s’asseoir avec son propre mug de breuvage odorant.

Mu releva la tête, surpris. Il en avait oublié jusqu’à la présence du Taureau…

– Oui… enfin, non. Je…

– Tu devrais y aller, conseilla le Brésilien, et en profiter pour tout régler en même temps. (Il posa son menton dans sa large main et avala une gorgée de café en regardant pensivement par la fenêtre.) Moi aussi, j’ai une impression bizarre. Alors tu devrais peut-être… résoudre tes problèmes avant qu’il ne soir trop tard.

– Tu as sans doute raison, répondit l’Atlante en buvant à son tour, apaisé par les paroles de son compagnon.

Le café était noir, fort et amer, juste comme il l’aimait. Il le savoura jusqu’à la dernière goutte, partageant un silence amical avec Aldébaran, puis prit congé.

Il avait des choses à faire.

 

 

Mu parvint sans encombre au Temple du Grand Pope. Il avait eu de la chance : en arrivant dans la Maison du Capricorne, il avait entendu les voix de Shura et Aioros depuis la partie privée du Temple et s’était hâté de le traverser avant que l’Espagnol ne vienne à sa rencontre – enfin, si telle avait été son intention, ce qui n’était pas sûr du tout.

Il pénétra dans la demeure de son ancien Maître et toqua à la porte du bureau. Il n’obtint aucune réponse. Prenant son courage à deux mains, il poussa le battant et entra dans la grande pièce qui paraissait étrangement vide sans la présence imposante et charismatique de Shion.

Il s’apprêtait à aller chercher le Grand Pope dans d’autres parties du Temple lorsque des voix lui parvinrent de derrière la deuxième porte du bureau.

« Mythologie et Réalité » ? Non, tu peux passer à autre chose. Je l’ai lu d’un bout à l’autre, disait Dokho.

– Et dans « Les Dieux Parmi Nous » ? suggéra Shion.

– Fais voir… Saturne… Séléné… Sémélé… Styx. Non, pas la moindre allusion.

– Tiens, regarde : « Le Chaos Tourbillonnant des Limbes, ou – »

L’Atlante s’interrompit, et le Chevalier de la Balance demanda :

– Hé ? Qu’est-ce que tu as ?

Il y eut un silence, puis le Grand Pope lança :

– Si tu te joignais à nous, Mu, au lieu de rester derrière la porte ?

Légèrement honteux, le Bélier entrouvrit la porte et passa la tête dans l’encadrure :

– Je ne vous dérange pas ?

– Du tout ! répliqua Dokho. Plus on est de fous, plus on rit…

Mu entra dans la pièce et toussota, assailli par la poussière et l’odeur de vieux papier qui flottait dans l’air. Ses compagnons avaient remonté plusieurs caisses de livres et de parchemins pour les compulser plus confortablement que dans la salle des archives, glaciale et mal éclairée.

– Qu’est-ce que vous faites ? s’enquit le Bélier, curieux.

– Recherche d’informations, répondit son ancien Maître. Et toi, pourquoi es-tu revenu jusqu’ici ?

– J’ai, hem… il faut que je vous parle de quelque chose, Maître.

Shion releva la tête et repoussa son livre, accordant toute son attention à son ancien disciple.

– Je t’écoute.

– Voilà… Ca va peut-être vous paraître bizarre mais… il y a trois jours, quand nous sommes sortis en ville… Saga et Kanon sont allés se coucher, seulement, dans la discothèque, j’ai vu… enfin, j’ai aperçu Kanon… avec l’Autre Saga.

Il y eut un long moment de silence ; le Grand Pope le fixait d’un regard aigu, scrutateur. Mu n’avait pas su à quoi s’attendre en lâchant cette petite bombe, néanmoins il aurait cru que la réaction de Shion serait un peu plus… virulente que cela.

Puis il comprit.

– Vous étiez déjà au courant ?

Le Grand Pope hocha la tête, puis dit d’un ton grave :

– Mu, je sais que tu es quelqu’un de calme et réfléchi. Aussi, je pense que nous pouvons sans trop de risque te mettre dans la confidence…

« Comme tu l’as deviné, l’Autre personnalité de Saga est revenue. Comment, pourquoi, nous n’en avons aucune idée. Saga lui-même ignore son retour, et c’est tant mieux pour lui.

– Mais alors, intervint le Bélier, comment savez-vous que…

– C’est là que l’histoire se complique, répondit Dokho. Pour une raison inconnue, Loki – c’est ainsi qu’il se fait appeler – s’est dévoilé à Kanon, qui en a lui-même parlé à Shaka. Shion et moi soupçonnions que quelque chose n’allait pas, aussi l’avons-nous interrogé. Il nous a raconté que Loki avait promis à Kanon de ne pas faire de vagues, si celui-ci parvenait à le tenir occupé.

– D’où les fréquentes allées et venues qui ont lieu la nuit au Temple des Gémeaux, la fatigue évidente des jumeaux… continua le Grand Pope.

– … et la petite comédie qui a eu lieu dans la discothèque, termina Mu. Ils avaient sans doute besoin d’une diversion… (Voyant que Shion et Dokho ne semblaient pas au courant, il expliqua :) Personne ne vous a dit ? Marine, Shaina et Aphrodite se sont fait importuner par un groupe de voyous assez motivés… enfin, jusqu’à ce qu’ils découvrent à qui ils avaient affaire.

Le Grand Pope sourit en imaginant la scène, tandis que le Chevalier de la Balance rigolait doucement.

– Ce devait être un spectacle amusant, concéda Shion.

– Assez, oui. Mais… si je peux me permettre, qu’est-ce que vous comptez faire ?

Le Grand Pope appuya son menton sur ses mains jointes.

– As-tu des suggestions ?

Mu ouvrit la bouche, puis se ravisa et garda le silence. Voyant cela, Shion reprit la parole :

– Voilà pourquoi nous n’avons rien fait jusqu’à présent : nous manquons d’informations. Pourquoi Loki est-il revenu ? Pourquoi agit-il ainsi, restant dans l’ombre, au lieu de tenter de reprendre le pouvoir comme la dernière fois ?

Le Bélier frissonna, conscient de ce que cela impliquait.

– Peut-être… peut-être attend-il le moment propice…

– C’est là qu’interviennent nos recherches, fit Dokho. Nous avons des raisons de croire que le retour de Loki fait partie d’un plan plus vaste ayant pour but la libération d’une divinité du Chaos qui a pour nom Sujan.

– Malheureusement, nous ne savons pas qui est ce Sujan, continua le Grand Pope, ni comment l’empêcher définitivement de revenir semer la mort et la destruction sur Terre.

– Ah, fit Mu, incapable d’articuler quelque chose de plus cohérent.

– A moins qu’un de nous trois ne se dévoue pour aller ôter la vie à Saga et Kanon, ironisa sombrement le Chevalier de la Balance. Mais ce serait – comment dire ? – reculer pour mieux sauter. Ou dans le meilleur des cas, laisser nos successeurs se débrouiller avec ce problème.

Abasourdi et effaré, le Bélier garda le silence.

– D’où tout cela, conclut Shion, désignant d’un geste large les caisses de livres et les quelques volumes éparpillés sur la table. A présent que tu es au courant, si tu as quelques heures à tuer… nous manquons cruellement d’aide.

– J’ai une dernière question. Est-ce que vous avez prévenu Athéna ?

– Non, répondit le Grand Pope. Tant que la situation est un minimum sous contrôle, je préfère la laisser tranquille.

– Et pourquoi n’en parlez-vous pas aux autres Chevaliers d’Or, au moins ?

– Disons que j’attends le moment opportun, dit Shion avec un faible sourire. Je me vois mal l’annoncer lors de la prochaine réunion…

Mu hocha la tête, puis s’empara de quelques livres et se mit au travail. Ses compagnons lui indiquèrent quoi chercher, dans quels volumes ils avaient déjà regardé…

 

 

Quelques heures plus tard, Dokho était allé chercher de quoi grignoter, tandis que Mu et son ancien Maître tournaient des pages avec désoeuvrement. Le Chevalier de la Balance revint et tous trois partagèrent quelques sandwiches avant de se remettre à l’ouvrage.

Le soleil se rapprochait de l’horizon qu’ils n’avaient encore rien trouvé. Shion avait presque entièrement parcouru « Le Chaos Tourbillonnant des Limbes, là où l’Ordre n’a pas de Prise » sans rien voir d’intéressant. Trois pages avant la fin, cependant, il trouva un passage qu’il lut à voix haute :

 

« Etonnamment, dans ce monde de changements incessants, une chose reste constante : au plus profond des Limbes, une entité est emprisonnée depuis des temps immémoriaux. Cette masse de lumière mouvante est retenue là par des scellés posés par la déesse antique Athéna, qui l’a ainsi puni d’avoir voulu répandre le Chaos sur le domaine dont elle a la garde. Cet être est terriblement dangereux et seuls les slaads les plus puissants osent l’approcher. Différents ordres de githzerai ont tenté de l’éliminer mais ils s’y sont cassé les dents. Ceux qui ont parcouru les Limbes savent que son nom, Sujan, est synonyme de malheur et de déroute. »

 

– Charmant, commenta Dokho.

– Qui sont les slaads ? s’enquit Mu, curieux.

– D’après ce livre, répondit Shion, ce sont des créatures du Chaos. (Il feuilleta le volume jusqu’à trouver une illustration et grimaça.) Pas des plus esthétiques : une sorte de croisement entre un reptile et une grenouille, bipède, avec des dents et des griffes partout… et on dirait que leur couleur dépend de leur puissance. Rouge, bleu, vert, gris…

– Un vrai arc-en-ciel… marmonna le Chevalier de la Balance. Et les githzeuh… c’est quoi, déjà ?

Githzerai, Dokho. Ennemis jurés des slaads ; pour la plupart, ils se concentrent dans des monastères et tentent d’apporter un peu d’ordre dans les Limbes. Sans grand succès, apparemment, mais il faut dire que la région ne s’y prête guère…

– Bon, on a pas mal avancé aujourd’hui, vous ne croyez pas ? fit Dokho en se levant pour s’étirer, tandis que le Grand Pope parcourait les dernières pages de son livre afin de s’assurer qu’il ne contenait rien de plus.

Mu acquiesça et posa sa main sur son menton, pensif. Shion finit par refermer le volume en soupirant et se tourna vers lui :

– Merci de ton aide.

Le Bélier eut un petit sourire penaud.

– J’aurais aimé être un peu plus productif…

– Si ce n’est que cela, tu peux revenir demain, lui suggéra Dokho.

– Je peux aussi rester ce soir…

– N’as-tu pas autre chose à faire ? intervint Shion, dévisageant son ancien élève d’un regard pénétrant.

Celui-ci baissa la tête, les joues en feu.

– Vous avez raison.

– Alors à demain, lui dit le Grand Pope avec un sourire encourageant.

Dokho regarda le Chevalier sortir de la pièce, puis entendit l’autre porte du bureau se refermer. Il posa alors une main sur l’épaule de son compagnon.

– Quand est-ce que tu lui diras ?

– Quand il sera prêt, répondit Shion, les yeux dans le vague.

– Tu attends de mourir encore une fois ?

– Ne retourne pas le couteau dans la plaie, s’il te plait.

– Cela fait longtemps que tu aurais dû lui en parler, insista le Chinois.

– Je sais, Dokho. Je sais…

 

 

Mu traversa rapidement les Temples déserts des Poissons et du Verseau, et parvint à celui du Capricorne. Il espérait sans grande conviction que la dixième Maison serait vide également, mais déchanta rapidement : le cosmos étendu de Shura ne permettrait même pas à une souris de pénétrer incognito dans le Temple. Il soupira, prit son courage à deux mains et affronta son destin.

 

 

Shura était en train de s’entraîner. Debout au centre de son Temple, les yeux clos, il concentra son cosmos, le sentit affluer dans son bras droit. Mais à l’instant où il allait lancer son attaque sur la colonne qui lui servait de cible, quelque chose le perturba : quelqu’un venait de pénétrer dans sa Maison. Une aura qu’il reconnaîtrait entre mille…

– Mu… Que me vaut l’honneur de ta visite ? fit-il en se tournant vers le nouveau venu.

– Oh, euh… Je ne fais que passer. Je ne veux pas te déranger…

Le Bélier s’apprêtait à passer son chemin ; mais lorsqu’il passa à côté du Capricorne, celui-ci le retint en posant une main sur son épaule. Mu sursauta. Il ne s’était pas préparé à ce contact physique, ni à la vague de chaleur qui s’empara de lui.

« C’est de pire en pire, » se dit-il en reculant d’un pas, mortifié. Il coula un regard en direction de Shura : son visage fermé n’exprimait rien et il avait la tête baissée, dissimulant ses yeux.

– J’aimerais te parler, s’il te plait, dit l’Espagnol.

Le Bélier se raidit et croisa les bras pour se donner une contenance. Voyant cela, le Chevalier du Caprcorne hésita. Mais il avait suffisamment attendu.

– Ecoute… Je sais que rien ne nous oblige à tous nous apprécier, mais…

– Pardon ? fit Mu, intrigué.

Il ne s’attendait pas vraiment à une telle entrée en matière, mais fut encore plus surpris lorsque Shura continua :

– Si tu ne m’aimes pas, si je t’insupporte, j’aimerais au moins que tu me le dises en face.

L’Atlante en resta muet de stupeur. Qu’est-ce que c’était que cette histoire ?!

– Tu… tu crois que je te déteste ? s’enquit-il, abasourdi.

– Je sais que je ne suis pas irréprochable. J’ai fait tellement d’erreurs, mais je… (Il soupira, haussa les épaules.) Ah, laisse tomber. De toute manière…

– Mais qu’est-ce que tu racontes ?

L’Espagnol leva les yeux, surpris à son tour.

– Tu ne me hais pas ?

Mu secoua la tête avec vigueur.

– Pourtant… j’ai l’impression que tu es mal à l’aise en ma présence. Tu es toujours sur tes gardes, ton cosmos se ferme dès que je m’approche…

Le Bélier se sentit rougir et détourna les yeux. Le regard de Shura était bien trop perçant, et il avait peur de se dévoiler.

Le Capricorne resta un instant silencieux, puis finit par déclarer :

– De toute évidence, il faut qu’on clarifie les choses. On pourrait en discuter autour d’une paëlla, qu’est-ce que tu en dis ?

L’Atlante faillit refuser. Puis il pensa aux paroles d’Aldébaran, au regard que lui avait adressé Shion. Et il accepta.

Ils évitèrent le sujet durant tout le repas. Mais lorsqu’ils furent installés face à face dans le salon, deux cafés fumants posés sur la petite table entre eux, le silence finit par devenir oppressant. Ils avaient épuisé tous les thèmes de conversation banals, du beau temps aux phases de la lune, jusqu’aux mérites respectifs du thym et du romarin, et chacun attendait que l’autre relance la conversation.

– Bon, fit l’Espagnol après avoir bu une gorgée de café, je t’écoute.

Mu leva le nez de sa propre tasse et le dévisagea.

– Quoi ?

– Eh bien, il fallait qu’on parle, non ? Alors à toi l’honneur.

– Et pourquoi ça ? fit le Bélier, sur la défensive.

– Tu vois ? Tu recommences ! Tu te refermes sur toi-même comme si je t’agressais.

L’Atlante croisa les bras et tourna la tête, regardant le ciel par la fenêtre. Il n’aurait jamais dû venir ici, jamais dû accepter l’invitation de Shura. Il avait déjà assez de mal à empêcher son appréhension d’apparaître dans son cosmos, si en plus l’Espagnol lui demandait de s’ouvrir… sans rien savoir…

Non. Il ne le pouvait pas.

Il eut un sourire sans joie et se leva.

– Finalement, dit-il, ce n’était pas une si bonne idée que cela. Merci pour le repas.

Il était arrivé à la porte, lorsque le Capricorne murmura :

– Alors j’avais raison, pas vrai ?

Mu s’immobilisa, la main sur la poignée, frappé par l’amertume qui transparaissait dans la voix de Shura.

– Ca n’aurait pas été plus simple de me le dire de suite ? continua le brun. A quoi rime cette mascarade ?

L’Atlante ferma les yeux. Soudain, tout cela lui paraissait d’un ridicule presque grotesque. En y ajoutant tout ce qu’il avait appris durant cette journée – le retour de Loki, la menace de Sujan – il ne put se retenir.

Il éclata de rire. Un rire nerveux, dépourvu d’humour. Mais l’Espagnol ne le prit pas ainsi.

– Ca t’amuse, peut-être ? gronda-t-il, son aura se teintant de colère.

L’hilarité du Bélier se tarit aussi brusquement qu’elle avait commencé. Il se tourna vers son interlocuteur, qui s’était levé, furieux, et lui adressa un regard las.

– Non. Excuse-moi, je… (Il secoua la tête et décida de se lancer.) Je ne peux pas te répondre avant de savoir… ce que tu penses de moi.

– Pour pouvoir adapter ta réponse à ce que je te dirai ?

– Je te mentirais si je répondais non. Mais quoi qu’il en soit, il y a une chose qui reste constante : il faut que tu te sortes de la tête l’idée que je ne t’apprécie pas.

– Et qu’est-ce que je dois penser, alors ?

– Aucune idée.

– On est bien partis, en gros.

Un instant de silence passa, puis Shura baissa les yeux sur la petite table et vit la tasse encore pleine de son invité.

– Tu devrais finir ton café, dit-il d’un air absent, sans vraiment y penser.

Lentement, comme s’il mesurait chaque pas, Mu revint s’asseoir en face de l’Espagnol. Il tripota son mug un moment, puis finit par boire une gorgée. Le breuvage n’était plus brûlant, ce qui faisait ressortir son amertume.

Il aimait bien ça.

Il leva le regard, observant par-dessus le bord de la tasse l’homme qui était assis en face de lui. Shura était comme ce café qu’il appréciait : fort, dur, obstiné, avec un brin d’amertume qui lui donnait de la profondeur… Il sentit un frisson le parcourir. Il était là, plus proche de lui qu’il ne l’avait été depuis cette nuit-là, et il avait failli partir à cause de…

A cause de quoi ? Sa peur de se faire rejeter ? Son manque d’assurance ? Son imbécilité crasse ?

Certainement un peu des trois…

– Alors, tu ne me détestes pas ?

Shura avait conscience de paraître un peu crétin en posant à nouveau cette question, mais il avait besoin de l’entendre encore une fois.

– Non, fut la réponse qu’il obtint, et rien dans le ton du Bélier ne laissait penser qu’il le considérait comme un abruti fini.

En vérité, le ton du Bélier était vide. Vide de tout sentiment, totalement dépourvu d’émotions. Et ce cosmos impénétrable, impossible de savoir ce qu’il pensait…

Le Chevalier du Capricorne soupira. Autant commencer par le commencement.

– Ecoute, j’aurais voulu te le dire avant, mais je n’en ai pas eu l’occasion… Je suis désolé pour l’autre soir, après la fête chez Saga et Kanon. J’étais totalement cuit, et j’ai certainement dit ou fait des trucs très bêtes…

– Pas que je me souvienne, répondit Mu, toujours sur le même ton neutre.

– Bon. En tous cas, merci de t’être occupé de moi. J’aurais sûrement fini la nuit sur le marbre de l’entrée si tu n’avais pas été là, je te dis pas les courbatures au réveil…

– Pas de quoi, fit l’Atlante, et Shura crut cette fois-ci voir une légère rougeur teinter ses joues, avant qu’il ne tourne la tête.

Mais peut-être avait-il rêvé. Aussi voulut-il en avoir le cœur net :

– Mais ce qui m’embête, c’est que depuis cette nuit-là, j’ai l’impression que tu te défies de moi. Alors quand tu me dis que je n’ai rien fait, permets-moi de douter un peu…

Mu tiqua, mais resta silencieux. L’Espagnol continua :

– Je ne… t’aurais pas fait des avances, par hasard ?

Le Bélier lui adressa un regard absolument glacial, en total désaccord avec ses joues écarlates, et répondit :

– Ne t’inquiète pas. Kanon et Aldébaran sont partis, tu as marmonné deux ou trois trucs incompréhensibles et tu t’es endormi avant même d’atteindre ta chambre.

Ce n’était pas tour à fait vrai : il avait eu le temps de pousser Mu sur le lit et de lui dire qu’il l’aimait bien, avant de s’endormir comme une masse, clouant l’Atlante sous son poids mort. Celui-ci avait réussi à se dégager mais n’avait pas eu le courage d’aller dormir sur le canapé.

Il s’était réveillé le lendemain matin avec un mal de crâne atroce, mais confortablement pelotonné entre les bras du Capricorne. Il s’en était extirpé avec regrets et s’était promis de clarifier la situation dès que possible.

Et voilà où il en était, dix jours plus tard…

Pendant qu’il se faisait ces réflexions, Shura avant posé son menton dans sa main et, sirotant la fin de son café, dit :

– Alors je ne vois vraiment pas ce que tu peux me reprocher.

Le Bélier dut se retenir de grincer des dents. Mais bon sang, comment lui faire comprendre ? Il ne lui en voulait pas !! La seule chose qu’il regrettait, c’était au contraire qu’il ne se soit rien passé… Et puis toute cette histoire commençait à lui chauffer les oreilles.

– Et bien alors tout va bien, déclara-t-il d’un ton plus tranchant qu’il ne l’aurait voulu. Je n’ai rien à te reprocher, tu n’as rien à me reprocher, l’affaire est close.

Tout cela ne menait à rien. Il se leva et s’apprêtait à s’en aller.

– Et tu es toujours aussi fermé, fit le Capricorne, se dressant à son tour.

– N’importe quoi ! protesta l’Atlante, arrachant son bras à la main qui tentait de le retenir.

– Qu’est-ce que tu fuis, Mu ?

– Je ne fuis pas ! s’écria-t-il, se débattant alors que l’Espagnol tentait de l’immobiliser contre la porte du salon. Laisse-moi partir…

Pourquoi sa voix se brisait-elle ? Pourquoi son ton s’était-il fait plaintif ? Pourquoi se sentait-il submergé par la force de Shura ? Pourquoi…

Un doigt caressa doucement sa joue, et il se rendit alors compte qu’il pleurait. Ses mains étaient crispées sur la chemise du brun : il ne le repoussait plus, il le retenait.

– Qu’est-ce que tu attends de moi, mon ange ? murmura le Chevalier du Capricorne, lui relevant la tête pour croiser son regard.

– … moi… répondit le Bélier, si bas que bien qu’ils soient très proches, Shura ne parvint pas à saisir le premier mot.

Face à son regard interrogatif, l’Atlante ferma les yeux et se força à répéter :

– Aime… moi…

Paupières closes, il ne put voir le sourire qui éclaira le visage de l’Espagnol, mais entendit sa voix rauque, sensuelle, répondre :

– Tout ce que tu voudras.

Le souffle soudain court, Mu ouvrit les yeux pour voir le Capricorne se rapprocher de lui. Il sentit des bras puissants se refermer autour de lui ; l’haleine chaude de Shura lui caressait les lèvres. Il n’eut qu’à les entrouvrir pour que son compagnon franchisse les derniers millimètres qui les séparaient et l’embrasse, d’abord doucement, avec hésitation, puis un peu plus hardiment lorsqu’il sentit que le Bélier en demandait davantage.

L'Atlante gémit. Une joie débordante l'envahissait : il aimait sentir ce corps dur et vigoureux se presser contre lui, ses doigts s’accrochaient dans les mèches rebelles… Cela faisait dix jours qu’il rêvait de ce moment, sans oser l’espérer. Et plus longtemps encore qu’il y pensait, sans oser se l’avouer…

La bouche du brun glissa dans son cou et Mu frissonna. Il se colla plus étroitement à l’Espagnol, avide de son contact enivrant. Une main brûlante se fraya un passage sous sa tunique, alors que l’autre détachait le lien qui maintenait ses cheveux en une sage queue de cheval.

Ce simple geste libéra le Bélier de ses derniers doutes. Hors d’haleine, il repoussa doucement le Capricorne en direction du sofa. Arrivé au milieu de la pièce, il se détacha de lui, étouffant son grognement de protestation d’un doigt posé sur ses lèvres. Puis, sans plus le toucher, il laissa son regard parcourir le corps sculptural qu’il devinait sous la chemise blanche et le jean moulant. Il releva les yeux jusqu’au visage de Shura, vit son air interrogateur et lui sourit, tout en activant très légèrement son cosmos.

Le premier bouton de la chemise de l’Espagnol sauta.

– Qu’est-ce que…

Mu sourit, et le deuxième bouton prit le même chemin.

– Tricheur, grommela le Capricorne, sa remarque adoucie par son large sourire. Je n’ai pas de pouvoir de télékinésie, moi, alors comment est-ce que je fais pour te déshabiller ?

– Je peux t’apprendre, si tu veux, répondit l’Atlante.

Le regard brûlant que lui adressa son compagnon le fit frissonner, et il ajouta :

– Ou peut-être plus tard…

– Pourquoi pas ? fit Shura de sa voix chaude, caressante, en s’avançant tandis que Mu arrachait le reste des boutons d’un geste vague avant de poser ses mains sur les épaules musculeuses pour lui ôter son vêtement.

L’Espagnol referma ses doigts sur les hanches étroites du Bélier et le ramena contre lui.

– Tu n’as pas l’habitude de ce genre de contact…

C’était plus une affirmation qu’une question, mais l’Atlante répondit tout de même :

– Pas vraiment, non. (Il fit glisser ses mains sur la poitrine du Capricorne et anticipa la question suivante :) Mais je n’ai pas peur. Montre-moi…

– A ta guise, mon ange.

Shura le guida jusqu’au canapé où il le fit asseoir. S’agenouillant en face de lui, l’Espagnol s’empara de sa bouche avec une délicatesse infinie. Mu soupira de bonheur et ferma les yeux.

Sans savoir comment, il se trouva quelques minutes plus tard allongé sur le sofa. Sa tunique gisait au sol et son torse dénudé se soulevait au gré de sa respiration haletante, alors que le Capricorne s’appliquait avec son sérieux coutumier [2] à lui dévoiler tout un tas de sensations nouvelles. Un gémissement franchit ses lèvres quand celles de Shura se refermèrent sur ce petit bouton de chair qu’il savait si sensible à ses attentions. Il l’effleura de ses dents, pas assez pour faire mal, mais suffisamment pour que le corps du Bélier se tende en réponse. Sans interrompre sa tâche, le bel hidalgo laissa une de ses mains vagabonder à la recherche de l’autre fleur rose qui s’était épanouie sur la poitrine de l’Atlante. L’autre parcourait sans relâche l’épaule et le flanc offerts, y faisant naître des frissons d’anticipation.

Lentement, la bouche du Capricorne glissa vers le bas, laissant une trace humide sur son passage, dessinant des arabesques torturantes sur la peau de Mu.

Celui-ci ne savait plus où il en était. Grisé de plaisir, il avait cependant l’impression frustrante de ne pas en avoir assez. Tout en savourant l’instant présent, il voulait plus, se languissait de la suite sans pouvoir se défaire d’une touche d’appréhension qui donnait du piquant à l’attente.

La main de Shura, qui jusqu’à présent reposait sagement sur la cuisse du Bélier, remonta soudain pour le caresser à travers son pantalon, lui arrachant un hoquet de surprise. Lui qui se sentait déjà inconfortablement à l’étroit, se crut sur le point d’exploser – et le regard charmeur que lui adressa l’Espagnol en relevant la tête ne fit rien pour arranger l’affaire.

– Shura…

La lueur gourmande qui éclaira les prunelles sombres du Capricorne le fit frissonner. Tout en continuant à le caresser doucement, Shura déboutonna prestement le pantalon de l’Atlante. Gêné, celui-ci ferma les yeux, le rouge aux joues, alors que se dévoilait la preuve la plus évidente de son désir envers l’Espagnol. Lorsqu’il sentit les mains aimées se poser sur la partie la plus sensible de son anatomie, il se cambra et gémit, puis… une autre sensation s’empara de lui, éclipsant toutes les autres.

C’était… chaud et… humide… et tellement doux…

Il entrouvrit les paupières, et ce qu’il vit envoya une onde de désir lui fouetter les reins et une vague de chaleur raviver la rougeur de ses joues. Shura vit qu’il avait ouvert les yeux ; il sourit et fit courir sa langue le long de son membre, avant de… l’engloutir posément dans sa bouche grande ouverte.

Fasciné par le spectacle qui s’offrait à lui et abasourdi par les sensations qui en découlaient, le Bélier dut se contenter de regarder et ressentir, alors que le Capricorne l’amenait doucement vers ce qu’il sentait confusément être un point de non-retour. Mais c’était tant mieux, car il n’avait vraiment aucune envie d’en rester là…

Encouragé par les petits gémissements que Mu ne parvenait pas à retenir, l’Espagnol se fit un devoir de rendre son amant fou de plaisir. Ce n’était pas difficile : le Bélier était tellement réactif qu’un simple effleurement le faisait presque bondir. Guidé par ses réactions, Shura prit un malin plaisir à lui ôter les dernières bribes de sa raison chancelante. Et quand la jouissance s’empara de l’Atlante, il recueillit jusqu’à la dernière goutte le nectar salé qui était la preuve de son habileté.

Lorsque les derniers soubresauts de l’orgasme furent calmés, Mu tendit une main tremblante et la passa dans la chevelure d’ébène de son amant, puis caressa le bras musclé où il avait inconsciemment enfoncé ses ongles.

– Shura, haleta-t-il, encore hors d’haleine, c’était… je ne… trouve pas les mots…

Le Capricorne attrapa la main du Bélier et déposa un baiser sur chaque doigt, puis au creux de la paume.

– Ce n’est que le début, mon ange. Une longue nuit nous attend…

 

 

Plus tard, alors qu’il étaient tous deux étendus, repus, dans le lit en désordre de l’Espagnol, celui-ci donna voix à la question qu’il se posait depuis qu’il avait commencé à espérer que Mu s’intéresse à lui :

– Pourquoi moi ?

L’Atlante, qui s’était lové contre lui, leva la tête et le dévisagea de ses grands yeux violets.

– Qu’est-ce que tu veux dire ? s’enquit-il, étonné.

– Pourquoi moi ? répéta le Capricorne. Je veux dire, j’étais censé être le Chevalier le plus fidèle à Athéna, et… je n’ai pas su la reconnaître, je me suis laissé abuser par le côté oscur de Saga… et après, durant la Bataille d’Hadès, j’ai… Alors que toi, tu as toujours été du bon côté. C’est pour ça, je me demande : pourquoi moi ?

Le Chevalier du Bélier sourit et déposa un doux baiser sur les lèvres de son amant, avant de répondre simplement :

– Parce que j’aime le café.

Shura haussa les sourcils, puis se dit que cette réponse, à cet instant, en vallait bien une autre.

Alors il s’en contenta et, l’esprit en paix, s’endormit.

 

~ ~ ~

 

NOTES DE L’AUTEUSE :

[1] : Euh… Je ne crois pas que Mu ait déjà vu Loki, si ? En tous cas, pas dans le manga (je l’ai sous les yeux ^^) Mais en ce qui concerne l’anime, je ne sais plus… Y’a pas un moment où Loki est tout seul face à tous les Golds survivants ? Ou j’hallucine ? (ça fait tellement longtemps… TT;;) Bon en tous cas, là, on va dire que je me base sur le manga. Voilà.

[2] : Ouais… sauf quand il a bu… et quand il fait l’imbécile… et puis euh… pourquoi j’ai mis ça, moi, finalement ?!? O_o;;

Niahahaaaaa… Y’a de plus en plus de monde qui s’aperçoit qu’il y a quelque chose qui cloche au 3e Temple !! Mais comme tout le monde a plus ou moins ses propres embêtements… Et puis, personne ne saisit le problème dans son entier non plus…

Bon, je suis pas vraiment satisfaite de ce chapitre. Désolée pour le fade to black du lemon, mais j’ai eu tellement de mal avec la première partie sur le canapé que je ne me sentais pas vraiment de remettre le couvert dans la chambre… Ca m’apprendra à écrire des trucs sur des persos qui ne font pas partie de mes préférés… je ne les connaît pas suffisamment pour pondre quelque chose de bien sur eux. En même temps, c’est pas mes persos principaux… (pourquoi j’ai fait ce chapitre alors ? Bonne question… TT;;;;) Et puis c’est un peu capillotracté, cette histoire du tu-me-plais-mais-je-me-rends-pas-compte-que-c’est-réciproque… Mais bon. Si on y réfléchit bien, c’est la base de toute intrigue sentimentale (et là, je parle en tant que grande dévoreuse de bouquins rouges, eh oui ^^;;;;)

Merci à Janus pour toutes les précisions sur les slaads et les githzerai… qui sont des créatures tirées du bestiaire de Donjons&Dragons, pour ceux qui ne connaissent pas. (Manuel des Monstres, © Wizards of the Coast, tout plein de vilaines bestioles pas belles et quelques zoulies bébêtes toutes mimies ^^)

A suivre : La nuit tombe, le loup sort des bois… « AAAAAOUUUUUUHHHHH !!!! » fait un Loki-louloup avec des noreilles grises et poilues et une queue touffue… et une gueule pleine de dents qu’il planterait volontiers dans l’appétissant popotin d’un certain Dragon des Mers. Niark. (L’a intérêt à avoir les dents solides, le bougre ^vv^)

Bizoux ^^

Alake (enfin la grosse artillerie powa ?...)

 
 
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