manyfics
     
 
Introduction Les news
Les règles Flux RSS
La Faq Questions
Concours Résultats
ManyChat ManyBash
Plume&Crayon ManyBlog
Goodies Nous aider
  Les crédits
 
     

     
 
Par date
 
Par auteurs
 
Par catégories
Animés/Manga Comics
Dessins-Animés Films
Jeux Livres
Musiques Originales
Pèle-Mèle Séries
~ Concours ~ ~Défis~
  ~Manyfics~
 
Par genres
Action/Aventure Angoisse
Conte Drame
Erotique Fantaisie
Fantastique Général
Horreur Humour
Mystère Parodie
Poésie Romance
S-F Surnaturel
Suspence Tragédie
 
     

     
 
au 09 Jan 09 :
1119 comptes dont 390 auteurs
pour 1453 fics écrites
contenant 3722 chapitres
qui ont générés 7544 reviews
 
     

     
 
Space Dementia
Par Alake
Saint Seiya  -  Romance
27 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 19     Les chapitres     2 Reviews    
Inavouable Obsession

Fiqueuse : Alake

Titre : Space Dementia

Chapitre : Dix-neuvième : Inavouable Obsession

Base : Saint Trucmuche.

Disclaimer : Les bishos en armure (sauf que chez moi ils n’en ont pas ^^) sont à Kuru, et les autres (Kyrien & Co.) sont à moi.

Genre : Yaoi + Romance + Nawak + Angst + Kawaii (et y’en a pas mal dans ce chapitre)

Rating : NC-17

Avertissement : Ce chapitre convient à tous les publics. Non je rigole, c’est pas vrai.

Spoiler : Mais pourquoi ai-je cette fâcheuse tendance à faire commencer mes chapitres au milieu de la nuit, moi ? Plus sérieusement… Le retour de Loki et les interrogations existentielles de Kanon.

 

CHAPITRE 19

INAVOUABLE OBSESSION

 

La porte s’entrouvrit, laissant filtrer la lumière dorée de la lampe dans le couloir. Loki s’approcha et sourit. Kanon avait apparemment voulu rester éveillé : assis sur une chaise, un de ses mains reposait mollement sur le bureau en face de lui, l’autre sur sa cuisse. Son menton était appuyé sur sa poitrine – il aurait de la chance s’il n’attrapait pas un torticolis, songea l’Autre. Il s’empara d’une longue mèche soyeuse et l’enroula autour de son doigt, puis la huma avec délice.

– Bientôt, Kanon… bientôt, souffla-t-il à l’oreille de sa proie, prenant garde de ne pas la réveiller.

Il s’éloigna, referma le battant derrière lui et se dirigea vers la chambre d’à côté.

 

 

Kyrien ne dormait pas, elle. Elle s’était réveillée quelques minutes auparavant, haletante, au sortir d’un nouveau rêve d’apocalypse. Les bras autour de ses genoux, elle attendait que ses tremblements cessent pour tenter de se rallonger. Lorsque la poignée de sa porte grinça, elle sursauta.

– M… Maître Kanon ?

– Perdu, petite souris. Ce n’est que moi, répondit Loki, tout sourire.

– Qu’est-ce que vous… voulez ?

– Oh, rien de bien précis… fit-il en s’avançant dans la pièce, refermant derrière lui. On discute ?

Dans la semi-obscurité de la chambre baignée par le clair de lune, ses prunelles sombres brillaient de manière inquiétante. Il s’assit sur le lit, tout au bout pour ne pas l’effrayer ; elle se recroquevilla néanmoins contre le mur, ramenant la couverture sur elle.

– Ne me dis pas que tu as encore peur de moi, la gronda-t-il à demi.

– Je… n’ai pas peur de vous. Mais ça ne se fait pas de venir la nuit dans la chambre d’une fille, ajouta-t-elle d’une toute petite voix.

L’Autre rit, amusé.

– Crois-tu que je me soucie des convenances, petite souris ?

– Non. Je vous explique juste, répondit-elle.

– Et toi, continua Loki, penses-tu que ce soit une heure pour être réveillée ?

Elle baissa la tête.

– Je sais. Mais je ne… peux pas dormir.

– Pourquoi ça ?

– Je… fais des cauchemars…

– Quel genre ?

Elle hésita un instant, puis :

– Massacre. Tuerie. Chaos… Fin du monde. Maître Kanon dit que ce ne sont que des rêves, mais…

Il hocha la tête. Il savait ce que c’était. Même si lui avait pris plaisir à ces rêves, à l’époque – c’était dans sa nature. Il savait à présent que les cauchemars de la fillette lui étaient envoyés par Sujan. Ainsi, l’entité avait choisi son corps d’accueil… et en torturant Kyrien, en brisant son esprit, il préparait le terrain pour la possession. Une petite voix le sortit de sa rêverie :

– Et vous ? Vous ne dormez pas ?

– Je dors déjà toute la journée, expliqua-t-il. Alors dès que Saga se couche, j’ai envie de me dégourdir les jambes…

– Ca ne doit pas être drôle, murmura la jeune fille, l’observant par-dessus ses genoux ramenés contre sa poitrine.

– Quoi donc ? s’enquit Loki, curieux.

– D’être enfermé tout le temps… C’est comment, à l’intérieur ?

Ne s’attendant pas à cette question, l’Autre prit le temps d’y réfléchir avant de répondre :

– C’est vide. Noir. Quand je suis éveillé, je peux percevoir ce que voit Saga, deviner ce qu’il ressent… Mais ce n’est pas très amusant.

– Pourquoi ?

Il soupira.

– Parce que nous avons une vision radicalement opposée de la plupart des choses. Lui, il considère que le monde a besoin d’être protégé, les gens libérés du joug des dieux… Moi, ce qui m’intéresse, c’est le pouvoir. Si on n’a pas le pouvoir, on n’est rien, et peu importe le moyen d’y parvenir…

– Alors c’est pour ça que vous êtes là ? Pour vous emparer du pouvoir ? Pour… refaire comme avant ?

Elle le dévisageait de ses grands yeux emplis de frayeur, mais aussi de l’espoir qu’il la détrompe, et il fut soudain choqué par son propre comportement. Pourquoi lui racontait-il tout cela, au lieu de la terroriser, de la malmener ? Il savait pourtant qu’il n’avait pas le droit de s’attacher à elle, que dès que Sujan serait libéré, elle disparaîtrait à jamais… et pourtant, il ne pouvait s’empêcher de la trouver attendrissante, au point d’en être parfois écœuré. Et puis, il n’avait pas envie non plus de trop faciliter la tâche à son créateur…

Il eut un sourire féroce et répondit :

– Non, ce n’est pas à l’ordre du jour. J’ai une mission, vois-tu.

– Qui concerne Maître Kanon ?

– Tu es bien curieuse, petite souris ! répliqua-t-il en étrécissant les yeux. C’est un vilain défaut.

– Je sais, fit-elle en baissant le regard, contrite. Mais j’ai raison, non ? Sinon, pourquoi vous…

Elle s’interrompit, cherchant les mots.

– Pourquoi je… ? répéta Loki, s’amusant de sa gêne alors qu’il savait très bien ce qu’elle voulait dire.

– J’ai l’impression que vous… le voulez rien que pour vous, bredouilla-t-elle. Et en même temps, il y a quelque chose d’autre… quelque chose qui à la fois vous pousse et vous embête…

Surpris par la perspicacité de la fillette, l’Autre décida de changer subtilement le cours de la conversation.

– Et alors ? Cela te gêne-t-il, que je veuille le garder rien que pour moi ?

– Non, je… enfin… vous… euh…

Il se pencha vers elle et gronda :

– Arrête de bafouiller et exprime-toi clairement.

Tremblante, elle avala sa salive et tenta de formuler sa pensée de manière plus intelligible :

– Votre corps… c’est aussi celui de Maître Saga.

– C’est tout ce qui te gêne ?

– Oui, enfin… il y a aussi le fait que… Maître Kanon ne semble pas vous apprécier beaucoup.

– Et c’est important, ça ?

Elle le regarda à nouveau ; il lut dans ses prunelles limpides toute la compassion qu’elle éprouvait pour lui et dut se retenir de fermer les yeux pour ne plus la voir. Il serra les poings, s’empêchant de la frapper, d’effacer de son regard cette pitié horripilante… de la remplacer par la douleur, la peur, la haine…

– Ca ne vous fait pas de la peine ? demanda-t-elle dans un murmure.

Il faillit éclater de rire. De la peine ?! C’était le comble du ridicule ! Jamais il n’avait éprouvé de la peine. Du dépit, de la colère, oui. Mais pour ressentir une quelconque douleur morale, il fallait avoir des sentiments, ce dont son créateur avait omis de le doter. Ou était-ce lui-même qui les avait rejetés, oubliés, enterrés ? Quoi qu’il en soit, jamais le moindre chagrin n’était venu assombrir son humeur, et encore moins depuis que Sujan lui avait proposé ce marché si alléchant…

Il eut un petit sourire et répondit :

– Non. De toute manière, je ne lui ai jamais demandé de m’apprécier…

– Mais si vous voulez que quelqu’un vous… (Elle rougit.) … euh… vous cède, il faut bien qu’il vous aime, non ? Un tout petit peu ?

Elle paraissait de moins en moins sûre d’elle. Il secoua la tête, amusé.

– Tu es tellement innocente, petite souris. Il existe des moyens d’amener les gens à céder, comme tu le dis, même s’ils ne t’aiment pas.

– Alors ça ne serait pas vrai… Parce que pour que ça soit vrai, il faut se donner corps et âme.

Elle crut voir une ombre indéfinissable passer sur son visage, mais il éclata de rire :

– Oï !! Non seulement tu es naïve, mais aussi terriblement fleur bleue ! (Il fit mine de s’éloigner, l’air effaré.) Ecarte-toi de moi avant que je ne sois contaminé par ton romantisme échevelé !

Cette fois, ce fut elle qui rit de son attitude.

– Vous n’êtes pas d’accord avec moi ?

– Non. (Il reprit sa place et se pencha vers elle, à nouveau sérieux :) Oh, que non.

– Alors je vous plains.

– Ah, arrête avec ta pitié ! s’écria-t-il. Qu’est-ce que je t’ai fait pour mériter une telle débauche de mièvrerie ?

– Je suis désolée… je ne voulais pas vous mettre mal à l’aise, dit-elle en baissant les yeux. C’est juste que… je vous aime bien. Et malgré tout ce que vous dites, je crois… (Elle inspira à fond pour se donner du courage.) Je crois que vous n’êtes pas heureux.

– Imaginons que ce soit vrai. C’est moi que ça regarde, tu ne crois pas ? fit-il en se levant.

– Vous avez sûrement raison. Sauf si…

– Si quoi ?

– Si ça vous pousse à faire du mal à ceux qui vous entourent.

Il se pencha au-dessus du lit et, le regard glacial, s’arrêta à quelques centimètres d’elle.

– Dans ce cas, sois rassurée : ce n’est pas la tristesse qui motive mes actes. (Du bout du doigt, il l’empêcha de protester encore.) Dors bien, petite souris.

Après son départ, Kyrien dut attendre encore de longues minutes avant que les battements de son cœur ne reprennent un rythme à peu près normal. Allongée dans son lit, elle poussa un lourd soupir et répondit au silence :

– Bonne nuit…

 

 

Qu’est-ce que tu attends ?

Loki grimaça. Si la voix avait été extérieure, l’intensité sonore lui aurait sûrement éclaté les tympans.

Apparemment, Sujan commençait à s’impatienter, et il le faisait savoir. D’une pensée calme, presque nonchalante, l’Autre répondit :

Un peu de patience. Sa carapace a déjà commencé à se craqueler. Si je me précipite, tout sera à recommencer. Est-ce là ce que tu veux ? s’enquit-il en souriant, ravi de pouvoir asticoter son créateur.

Ne joue pas à ça avec moi ! tonna Sujan. Le Dragon des Mers aurait dû être brisé il y a longtemps ! Je vais finir par douter de tes capacités… Peut-être aurais-je dû m’adresser à quelqu’un d’autre ? N’as-tu plus envie d’obtenir ton propre corps ?

Je suis le mieux placé pour accomplir ce que tu attends de moi, et tu le sais. Mais les Gémeaux ne sont pas faciles à détruire.

Je vois pourtant un moyen très simple. Pour l’aîné, en tous cas.

C’est pour cela que je me concentre pour l’instant sur son frère. Une fois qu’il sera à notre merci, ce sera un jeu d’enfant de broyer l’esprit de Saga. Tu m’as donné une tâche à accomplir, laisse-moi la mener à bien selon mes propres méthodes.

Apparemment, il avait réussi à rassurer l’entité. Celle-ci se retira de sa psyché, l’avertissant tout de même une dernière fois :

Je te donne trois jours.

Satisfait, Loki sourit dans l’obscurité. Trois jours, c’était plus qu’il ne lui en fallait…

 

 

Le lendemain matin, en plus de la brûlure d’un désir inassouvi qui lui était à présent familière, Kanon s’aperçut au réveil que son corps était affreusement endolori. Rien de bien étonnant à cela : dans l’espoir de s’empêcher de dormir – et donc, de rêver –, il avait passé la moitié de la nuit sur une chaise des plus inconfortables. Et ce, pour un résultat absolument nul, puisque Morphée l’avait tout de même emporté et abandonné aux griffes d’un Loki… on ne peut plus gourmand.

Il frissonna à ce souvenir, et il ne savait plus trop bien si c’était de dégoût ou d’autre chose. Mais à peine cette pensée s’était-elle formée dans les brumes de son esprit encore ensommeillé qu’il fut envahi d’une terrible nausée. Aucun doute sur la sensation, cette fois : c’était bien du dégoût, dirigé contre lui-même. Comment pouvait-il penser des choses pareilles ?

Totalement réveillé pour le coup, il se leva en grimaçant à cause de ses courbatures, puis haussa les épaules. Une bonne douche chaude et il n’y paraîtrait plus. Mais combien de douches lui faudrait-il pour se débarrasser de ces sensations, trop agréables pour être supportables, qui polluaient ses nuits ?

Soupirant, il se dirigea vers la cuisine et se prépara à affronter ce qui, il le pressentait, serait une dure journée. Saga le rejoignit en traînant des pieds et se laissa tomber sur une chaise, bâillant à s’en décrocher la mâchoire.

– Toujours aussi fatigué ? s’enquit l’ex-Dragon des Mers, l’observant d’un regard attentif.

– Voui. C’est fou : je dors toute la nuit, et quand je me lève, j’ai parfois l’impression d’être plus fatigué qu’en me couchant.

« Pas étonnant, avec un zouave qui fait la bamboula avec ton corps dès que tu fermes l’œil, » pensa Kanon, mais il n’en laissa rien paraître et répondit :

– Bizarre, en effet.

La porte de la cuisine s’ouvrit et Kyrien apparut sur le seuil. Elle avait l’air d’être la plus fraîche du lot ; souriante, elle lança :

– Bonjour, Maître Kanon, Maître Saga !

Puis elle prit place à table et entama son petit déjeuner.

– Tu es bien joyeuse, remarqua l’ex-Marina. Plus de cauchemars ?

Elle s’assombrit un instant.

– Si, mais… (Rassemblant son courage, elle offrit au Chevalier un sourire lumineux.) Ce ne sont que des rêves, n’est-ce pas ?

Il hocha la tête, satisfait de sa réponse, et elle en fut soulagée. Elle ne voulait pas lui révéler la véritable raison de son allégresse : Loki était passé la voir et, abandonnant son rôle de cruel prédateur, s’était confié à elle. Il lui avait – un tout petit peu, mais c’était mieux que rien – ouvert son cœur, il lui avait permis d’entrevoir son âme, et elle était heureuse de cette marque de confiance…

 

 

Une heure plus tard, assis sur les gradins de l’Arène, Kanon était à bout de nerfs. Il regardait Shaka et Aioros s’affronter sans les voir vraiment ; son esprit était empli des images, des sons et des sensations de ses rêves.

Tout, absolument tout lui rappelait ces satanés cauchemars : aussi bien la main de Camus posée au bas du dos de Milo, que le geste tendre de Shura replaçant une mèche rebelle de Mu, ou encore le baiser échangé par Deathmask et Aphrodite ; les bras forts du Cancer posés sur les épaules de son amant, le regard gourmand que le Scorpion posait sur son Français dès que celui-ci ne les regardait pas, les petits coups d’œil échangés à la dérobée par le Bélier et le Capricorne…

A croire qu’ils s’étaient tous donnés le mot pour lui faire ressentir plus cruellement encore l’état de manque dans lequel il se trouvait. Pire encore : quand il avait tenté de se changer les idées, essayant de se remémorer toutes les personnes avec qui il avait eu une aventure, il s’était rendu compte que tous – homme ou femme – lui paraissaient à présent fades, insipides, sans relief. Même le lumineux Sorrente, celui qui avait réussi à le retenir le plus longtemps dans ses filets, ne faisait pas le poids face à Loki.

Il réalisa également que jusqu’à présent, il avait toujours été l’élément imprévisible, instable – voire dangereux – du couple. Ce qui n’était assurément plus le cas. L’Autre possédait un charme particulier, une beauté d’ange déchu, et aucun des amants que Kanon avait eus jusqu’à présent ne pouvait soutenir la comparaison. Il leur… manquait quelque chose. L’attrait du danger – une chose à laquelle l’ex-Dragon des Mers, qui avait toujours été un peu casse-cou, avait du mal à résister.

Mais non. Il ne cèderait pas. Il était hors de question pour lui d’offrir à Loki ce qu’il attendait. C’était… impossible. Absolument impossible.

Une main se posa sur son épaule, l’arrachant à ses pensées, et il eut un mouvement de recul instinctif.

– Ce n’est que moi, fit Shaka en s’asseyant à côté de lui.

Au centre de l’Arène, Mu et Saga avaient pris le relais.

– Désolé, marmonna l’ex-Marina. Je suis un peu à cran, en ce moment.

Le Chevalier de la Vierge l’observa un instant, se demandant s’il devait lui révéler ce qu’il avait découvert. Il décida que non : Kanon avait voulu le lui cacher, et il considérerait certainement l’indiscrétion de l’Hindou comme une violation de sa vie privée. Ce en quoi il n’aurait pas vraiment tort, songea le blond avec une touche de gêne. Il posa donc la question à laquelle s’attendait le Gémeau :

– Ca ne s’améliore pas ?

– C’est de pire en pire, répondit l’ex-Dragon des Mers d’une voix morne.

Shaka voulut le réconforter, lui dire qu’il comprenait son malaise, mais il doutait que ses paroles soient bien reçues. Qu’en savait-il ? penserait Kanon. Le Chevalier de la Vierge ne pouvait qu’imaginer le tourment qu’il endurait. Il n’avait vu Loki qu’une seule fois, et pourtant cette rencontre s’était imprimée au fer rouge dans sa mémoire. Son charisme, l’aura de séduction qu’il dégageait… il fallait une volonté d’acier pour y résister, et l’Hindou craignait à présent que celle de l’ex-Marina ne vînt à s’effriter, rongée par les rêves brûlants qui ne cessaient de le hanter.

Alors il se contenta de rester près de lui, l’assurant silencieusement de son soutien, tandis que le Gémeau se battait contre ses démons.

 

 

L’après-midi apporta un peu de soulagement à Kanon. Il se força à rester concentré sur l’entraînement de Kyrien, et l’humeur radieuse de la jeune fille fut comme un baume pour son esprit torturé.

Elle arrivait à se déplacer librement tout en percevant la Toile ; il fallait à présent qu’elle apprenne à manipuler les nœuds existants, avant de s’essayer à les créer.

Il sourit en la voyant bondir par-dessus un fil comme si c’était une corde à sauter. Elle se tourna vers lui, un sourire éclatant aux lèvres. Il lui fit signe d’approcher et lui désigna un nœud en formation.

– Concentre-toi, dit-il, et envoie-lui ta cosmo-énergie à travers les fils de la Toile.

– Comment fait-on ça ? demanda-t-elle, un peu perdue.

– Ton cosmos est déjà accordé à la Toile, ce qui te permet de la percevoir. A présent, il faut que tu te focalises sur les fils qui partent de toi et qui arrivent au nœud. Laisse ton aura s’écouler le long de ces liens, jusqu’à atteindre le nœud.

La jeune fille fit comme il le lui avait indiqué – ou du moins, elle essaya. Elle repéra les fils qu’elle devait utiliser sans aucun problème, mais comment faire couler son cosmos ?? Son aura, diffuse, baignait l’espace autour d’elle sans se concentrer le moins du monde sur la trame de la Toile. Elle eut beau froncer les sourcils et tirer la langue sous l’effet de la concentration, rien n’y fit.

– Tu ne t’y prends pas de la bonne manière, déclara son Maître après l’avoir observée quelques minutes. (Il chercha un instant une image susceptible de convenir, puis dit :) Essaie de visualiser une aiguille. Donne à ton cosmos la forme de cette aiguille, puis place-la le long du fil. [1]

Ainsi expliqué, cela avait l’air simple. Mais Kyrien se rendit vite compte que ce n’était pas aussi facile. Elle passa les deux heures suivantes à essayer d’appliquer les conseils du Gémeau, sans succès. Elle parvint difficilement à concentrer sa cosmo-énergie en un vague entonnoir et la poussa vers le fil le plus proche ; mais dès qu’elle le touchait, son aura se diffusait à nouveau. D’autre part, cet exercice était éreintant, et elle se trouva bientôt incapable d’enflammer suffisamment son cosmos pour même percevoir la Toile. Voyant qu’elle n’arrivait plus à rien, Kanon décida d’arrêter là. Son élève avait l’air épuisée, mais elle rayonna de joie quand il la félicita pour ses efforts.

Lorsqu’ils rentrèrent au Temple, ils trouvèrent Saga assoupi sur le sofa du salon. Faisant signe à Kyrien de ne pas faire de bruit, il l’envoya à la douche tandis que lui-même se dirigeait vers la cuisine pour préparer le repas.

Il était en train de surveiller la cuisson des pâtes lorsque son jumeau fit son apparition dans la pièce.

– Bien dormi ? s’enquit l’ex-Marina sans quitter la casserole des yeux.

– Divinement bien. Je devrais peut-être me mettre à faire des siestes… j’ai l’impression d’être plus reposé qu’après une nuit entière de sommeil.

C’était une bonne idée : l’Autre ne prendrait sûrement pas le risque d’apparaître en plein jour, ce qui permettrait à Saga de se reposer convenablement.

L’ex-Dragon des Mers grimaça ; évoquer Loki en pensée avait ravivé ses souvenirs, qu’il repoussa en se tournant vers son frère :

– Fais gaffe, tu vas finir par te transformer en Chevalier de la Marmotte.

– Aucun risque, répondit l’aîné, souriant. Il n’existe pas de constellation de la Marmotte.

– Dommage, elle t’irait comme un gant, fit Kanon.

Il se représenta son jumeau vêtu d’une armure absolument grotesque, coiffé d’un casque orné d’énormes incisives au niveau du front, et éclata de rire, bientôt imité par Saga. Mais lorsque l’image dans l’esprit de l’ex-Marina changea, son hilarité se tarit brusquement. Les cheveux azur virèrent au gris cendre, les yeux s’assombrirent, le sourire se fit dangereux ; l’armure ridicule disparut en volutes dorées, laissant place à une nudité affolante. Loki s’avança vers lui en murmurant son nom…

– Kanon ? Ca ne va pas ?

La voix de son jumeau tira l’ex-Dragon des Mers de son rêve éveillé. Saga l’observait, une lueur d’inquiétude brillant dans ses prunelles limpides.

« C’est pas vrai !! » s’écria mentalement le cadet. Comment une pensée aussi innocente avait-elle pu dégénérer en… ça ?!? Qu’il ne contrôle pas ses rêves, soit ; que son esprit s’obstine à les lui repasser en boucle, passe encore ; mais jusqu’où cela irait-il ? Serait-il bientôt obligé d’éviter son frère pour ne pas penser à l’Autre ? Pourquoi l’obsédait-il à ce point-là ?

Il tourna la tête, évitant de croiser le regard de son aîné, et évalua les possibilités. Impossible de prétendre que tout allait bien : Saga ne serait pas dupe. Il opta alors pour une réponse vague :

– Je ne me sens pas très bien…

– J’ai vu ça, fit le Gémeau, posant une main compatissante sur son épaule. Déjà ce matin, tu ne paraissait pas vraiment dans ton assiette, à l’entraînement. (Il prit une pause, puis :) Ca ne se passe pas bien, avec Shaka ?

Kanon se sentit soudain très las. Shaka. C’était vrai qu’ils étaient censés être amants. Il étouffa le gémissement de désespoir qui montait dans sa gorge, émit à la place un reniflement désabusé. Et il éluda à nouveau la question :

– Je n’ai pas vraiment envie d’en parler.

Et puis d’abord, pourquoi Saga s’inquiétait-il de la santé de son « couple » ? Au contraire, il aurait dû se réjouir de le voir péricliter…

« Mais non, » se dit l’ex-Marina en voyant la peine qui voilait le regard de son jumeau. « Saga n’est pas comme ça. Il a toujours fait passer le bien-être des autres avant le sien. C’est véritablement un ange. »

Un ange… dont l’ombre était un démon. Un démon au regard ardent, au sourire enjôleur, au charme envoûtant… mais un démon tout de même.

Alors pourquoi, alors qu’il aimait tant son frère, pourquoi l’ex-Dragon des Mers était-il si irrésistiblement attiré par l’ange déchu qu’était son contraire ?

 

 

Kyrien s’avança sous le jet d’eau chaude, soupirant d’aise. La douche délassa ses membres lourds et chassa quelque peu sa fatigue. La journée avait été plutôt bonne : tout d’abord la visite de Loki, puis l’entraînement où Kanon s’était montré satisfait d’elle malgré son manque de résultats et, plus important : la voix ne s’était pas une seule fois manifestée.

Croyais-tu que je t’avais abandonnée ?

La jeune fille tomba à genoux, se tenant la tête à deux mains. Non ! Pourquoi, alors que tout semblait aller mieux, la voix honnie avait-elle fait irruption dans son esprit, plus puissante et cruelle que jamais ?

Tu es à moi… à moi, tu m’entends ? Et tu serais mal avisée de l’oublier…

Non… NON ! hurla mentalement la novice, les joues sillonnées de larmes alors que son crâne s’emplissait de visions d’horreur.

Elle pouvait presque sentir l’odeur du soufre, la fumée des incendies, la chaleur du sang qui couvrait ses mains…

Pourquoi… faites-vous ça ? sanglota-t-elle, désespérée.

Pour te rappeler que tu ne peux m’échapper, répliqua la voix. Crois-tu que ton gentil Maître pourra te protéger contre moi ?

Il… vous… combattra, répondit Kyrien, tout en cherchant au fond d’elle une dernière étincelle de cosmos, de quoi repousser l’entité.

Celle-ci éclata de rire, lui vrillant le cerveau.

Rêve, petite, rêve… Quand Loki en aura terminé avec lui, il ne sera plus en état de faire quoi que ce soit. Un pantin désarticulé… Et quand les sceaux seront levés, je serai libre ! Libre de transformer tes cauchemars en réalité !

Non… Il ne peut pas faire ça !

Pauvre idiote ! Penses-tu vraiment qu’il n’est là que pour s’amuser ? Son rôle est de briser les scellés ! C’est pour cela que je l’ai ramené. Ce Loki que tu aimes tant est l’instrument du Chaos… tout comme toi !

La fillette se mordit la lèvre.

Non. Maître Kanon est fort. Il ne cèdera pas !

Cependant une phrase lui revint en mémoire, une phrase prononcée par Loki : « Il existe des moyens de faire céder les gens… »

Exact, fit la voix tonitruante dans son esprit. Le processus est déjà engagé, il est trop tard pour l’arrêter. Les Gémeaux seront bientôt détruits, et le monde sera alors à ma merci !

Non ! Non ! Nooooon !

Elle trouva finalement la force d’enflammer son cosmos. Une douce lueur bleutée l’entoura, faisant scintiller le jet d’eau qui coulait toujours. L’entité disparut de son esprit et elle resta un moment immobile, haletante et épuisée, sans parler du désespoir qui lui empesait le cœur.

Quelques coups frappés à la porte de la salle de bain la firent sursauter.

– Kyrien ? Tout va bien ? fit la voix de Kanon, teintée d’inquiétude.

– O… oui ! répondit-elle d’un ton beaucoup moins ferme qu’elle ne l’aurait voulu, tout en éteignant l’eau. Je… je voulais juste savoir si j’arrivais encore à percevoir la Toile.

C’était la première chose qui lui était venue à l’esprit pour justifier la brusque flambée de son cosmos – qui, évidemment, n’était pas passée inaperçue. Un instant de silence passa, comme si l’ex-Dragon des Mers se demandait s’il devait la croire ou non. Puis vint la réponse :

– Ne t’épuise pas outre mesure, d’accord ? Le repas est prêt, nous t’attendons.

– J’arrive, fit-elle en se drapant dans sa serviette, secrètement soulagée qu’il ait accepté l’explication.

Les jumeaux étaient déjà attablés quand elle entra dans la cuisine quelques minutes plus tard. Ils se servirent et commencèrent à manger en silence ; la tension était palpable et Kyrien se surprit à se tasser sur son siège, retrouvant ses anciennes habitudes. Soudain, Kanon dit :

– Si quelque chose n’allait pas, tu nous le dirait, n’est-ce pas, Kyrien ?

Elle se recroquevilla un peu plus sous le regard inquisiteur de l’ex-Marina. Elle ne le voyait pas, mais elle savait que les prunelles d’azur de Saga étaient également fixées sur elle, attentives.

– B… bien sûr.

Sa pitoyable tentative de sourire se solda par un échec, et elle sentit les larmes lui brûler les yeux. Ce n’était pas juste ! Ils se faisaient du souci pour elle, et elle ne pouvait rien leur dire. Sinon, la voix l’avait prévenue : ils mourraient.

Dans d’atroces souffrances.

– Alors pourquoi ai-je l’impression que justement, quelque chose ne va pas ? Quelque chose que tu refuses de nous dire ?

Elle baissa les yeux, cherchant une solution, un mensonge acceptable. Et elle le trouva :

– Les rêves. Ce qui me perturbe, ce sont ces cauchemars que je fais. (Elle releva la tête, le fixa de ses grands yeux bleu-vert qui le suppliaient de la croire.) Je sais… ce ne sont que des rêves. Vous me l’avez dit… Mais ils me font toujours peur. J’ai bien essayé…

Sa voix se brisa. Ce n’était pas la véritable raison de son malaise, mais cela en faisait partie, aussi n’eut-elle aucun mal à donner à son aura la couleur de la sincérité.

– Je voulais être forte… continua-t-elle. Que vous soyez fier de moi. Mais je n’y arrive pas… et… j’ai honte de ma faiblesse…

Elle sanglotait à présent, toute sa peur et son désespoir clairement visibles sur son visage baigné de larmes. Kanon s’agenouilla et la prit dans ses bras, la laissant pleurer sur son épaule, alors qu’elle hoquetait :

– Par… don… nez-moi…

Oui, il fallait qu’il la pardonne. Qu’il la pardonne de ne pas tout lui dire, de ne pas être assez forte pour combattre la voix… de vouloir le protéger.

– La peur n’est pas un crime, Kyrien.

La novice se détacha de son Maître et tenta d’essuyer ses larmes, pour se tourner vers l’autre Gémeau – celui qui venait de parler.

– Tu as le droit d’être effrayée, continua Saga. Crois-tu que Kanon et moi n’avons jamais eu peur ? La seule erreur que tu puisses commettre, c’est te laisser submerger par la terreur. Fais-lui face, écoute-la. Apprivoise-la. Ce n’est que comme ça que tu parviendras à t’en débarrasser…

– Il a raison, renchérit l’ex-Dragon des Mers. Tout le monde a peur de quelque chose. Celui qui n’a jamais connu ce sentiment est un fieffé imbécile qui n’a pas une once de sens commun.

La jeune fille laissa ses lèvres s’étirer en un sourire hésitant.

– Merci, souffla-t-elle, son regard passant de l’un à l’autre, empli de gratitude.

– Pas de quoi, fit l’ex-Marina en se relevant, lui ébouriffant les cheveux au passage. Bon ! J’ai faim. On mange ?

Elle observa les jumeaux quelques secondes encore, réchauffée par une vague d’affection, puis saisit sa fourchette, chassant fermement de son esprit tout ce qui pourrait nuire au bonheur simple qui l’envahissait.

Elle sourit. Tout irait bien, d’une manière ou d’une autre.

Tout ne pouvait qu’aller bien.

N’est-ce pas ?

 

 

Dans son Temple, Shaka était plongé dans ses réflexions. Cela faisait des heures qu’il se demandait s’il devait aller voir Dokho et Shion ; s’il devait révéler à Kanon qu’il connaissait le contenu de ses rêves ; s’il devait tout déballer au Grand Pope et les laisser se débrouiller entre eux ; ou enfin, s’il devait se taper la tête contre les murs.

Il n’eut bientôt plus à se poser la première question : la réponse lui parvint toute seule. Non, il n’aurait pas à aller voir Dokho et Shion, puisque c’étaient eux qui étaient venus à lui. Ce qui le menait directement à la question numéro trois. Qui passa et repassa dans sa tête tandis qu’il accueillait ses visiteurs…

Lorsqu’ils furent tous trois confortablement installés sur le canapé – ce même canapé sur lequel Shaka avait initié l’ex-Marina à l’art du vidage d’esprit – Shion prit la parole :

– Alors, quoi de neuf à propos de Kanon ?

Le Chevalier de la Vierge ouvrit la bouche, puis se ravisa. Il ne pouvait décemment pas leur révéler ce qu’il savait !!

– Pas grand-chose, éluda-t-il.

– Pourtant, il est venu te voir, non ? intervint Dokho.

– Il m’a demandé de l’aide. Pour se débarrasser de… certains rêves qui le perturbent.

– Quel genre de rêves ?

– Il n’a pas voulu me le dire.

L’Hindou se sentit rougir légèrement alors que le contenu desdits rêves lui revenait en mémoire. Il n’en avait saisi que quelques secondes, mais cela avait réussi à le troubler.

Un tout petit peu.

Il chassa cette pensée et s’enquit à son tour :

– Et vous ? Avez-vous trouvé des renseignements ?

– Rien de très encourageant, répondit l’Atlante. La deuxième personnalité des Gémeaux est une création de Sujan, une entité maléfique qui a été vaincue et enfermée par Athéna il y a fort longtemps. Et les conditions sont presque toutes réunies pour que la Bataille des Doubles ait lieu.

– La Bataille des Doubles ?

– Apparemment, le but de Sujan est de se libérer pour revenir semer la zizanie sur Terre, précisa le Chevalier de la Balance. D’où un affrontement prévisible entre lui et les défenseurs de la paix et de la justice sur la planète… en d’autres termes, nous.

– Et que vient faire Loki dans l’histoire ?

– Ca, nous n’en avons aucune fichtre idée, soupira le Grand Pope.

– Peut-être sa mission est-elle de… préparer le terrain pour son créateur ? suggéra Dokho.

– Dans ce cas, pourquoi a-t-il demandé à Kanon de le divertir ? fit Shion, tentant de trouver un sens à tout cela.

Shaka grimaça légèrement au mot « divertir », qui prit soudain pour lui une toute autre signification. Et si l’ex-Dragon des Mers avait dissimulé sous ce terme banal les tentatives de séduction éhontées dont il était victime de la part de l’Autre ? Par Athéna, c’était complètement délirant ! Alors… les rêves qui peuplaient les nuits du Gémeau n’étaient-ils pas autant de manipulations visant à le faire craquer ? Mais dans ce cas, Kanon aurait dû s’en rendre compte… Quoique, ce n’était pas sûr du tout. Les Chevaliers étaient rarement immunisés contre leurs propres attaques, et si Loki était parvenu à opérer assez discrètement pour que l’ex-Marina ne s’en aperçoive pas… l’Hindou frissonna en pensant à la manière dont le démon avait contrôlé Aiolia durant la Bataille du Sanctuaire.

L’Illusion Démoniaque était d’une efficacité redoutable.

Mais encore une fois, qu’est-ce que les activités de l’Autre, quelles qu’elles fussent, avaient à voir avec Sujan et la Bataille des Doubles ? Le Chevalier de la Vierge avait l’impression frustrante d’essayer de reconstituer à l’aveuglette un puzzle auquel il manquait des pièces.

C’était rageant.

Il jeta un coup d’œil à ses compagnons, toujours absorbés par leurs réflexions. Il hésita à leur faire part de ses hypothèses dans l’espoir qu’ils l’aident à y voir plus clair. Cependant, il n’était sûr de rien… Aussi garda-t-il tout cela pour lui, se promettant de méditer dessus – toute la nuit s’il le fallait.

Et surtout, il faudrait qu’il parle avec Kanon. Urgemment.

 

 

Peu après le repas, Kanon sentit le poids familier de la fatigue s’abattre sur ses épaules. A croire que le Temple des Gémeaux était maudit : aucun de ses habitants n’avait le sommeil tranquille. Et puisqu’en journée ils prenaient sur eux pour ne pas ressembler à de parfaits zombis, le soir venu, l’épuisement se manifestait avec d’autant plus de force qu’ils se refusaient à lui céder.

Enfin, ceci n’était vrai que pour deux d’entre eux car Saga, bâillant à s’en décrocher la mâchoire, partit se coucher tôt sous le regard envieux de son frère et de Kyrien.

Restés seuls, le Maître et l’élève échangèrent un regard désabusé. L’ex-Marina, remarquant au bout d’un moment que la fillette commençait à osciller sur sa chaise, se leva et déclara :

– Je comprends que tu n’en aies aucune envie, mais… il est l’heure d’aller au lit.

La novice s’extirpa de sa chaise avec une mauvaise volonté évidente, leva vers l’ex-Dragon des Mers un regard où se mêlaient espoir et appréhension, et demanda :

– S’il vous plait, Maître, est-ce que vous pourriez…

 

 

Une heure plus tard, Kyrien dormait à poings fermés. Kanon quitta la pièce et referma la porte sans un bruit, puis se dirigea vers sa propre chambre, secouant la tête face à sa propre faiblesse. Il n’avait pas pu dire non à la jeune fille alors qu’elle lui demandait de rester avec elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Il avait eu beau arguer que sa présence ne l’empêcherait pas de cauchemarder, elle avait insisté, et il avait été vaincu par les armes redoutables qu’étaient son regard de faon et le tremblement de sa lèvre inférieure…

C’était officiel : il s’était transformé en guimauve géante.

Et puis après ? D’accord, il était le Maître de Kyrien et non sa nounou, mais où était le mal à offrir un peu d’affection à une gamine qui n’en avait jamais eu ? Lui-même avait suffisamment souffert de la façon dont Alhen les avait traités, Saga et lui, pour ne pas avoir envie de répéter le même schéma.

Il se coucha, tournant et retournant ces pensées dans sa tête, et sans s’en rendre compte, glissa lentement dans un sommeil qu’il avait espéré sans rêves, pour une fois.

Ce qui était peut-être un peu trop demander.

 

 

Comme d’habitude, le même décor – cette obscurité douce et feutrée qu’il en était venu à apprécier. Le même silence ouaté qui étouffait les bruits, comme un cocon pour abriter leurs ébats.

Comme d’habitude, les bras familiers l’entourèrent, les baisers l’embrasèrent, les caresses le firent frissonner. Haletant, il se tendit à la rencontre de ce corps tant désiré, s’offrant tout entier, sans retenue aucune.

Oubliés, les doutes. Rejetées, la conscience et la réalité. Ici, tout n’était que liberté.

Liberté… et plaisir.

Kanon glissa ses mains dans les cheveux couleur cendre de son amant pour approfondir le baiser qu’ils partageaient. Les doigts de Loki jouaient le long de son flanc, parcouraient lentement chaque courbe de son torse, plus bas, encore plus bas…

L’ex-Dragon des Mers libéra sa bouche pour gémir lorsque la main de l’Autre atteignit son aine, là où pulsait doucement la source de ses tourments. Loki s’empara à nouveau de ses lèvres tout comme il s’emparait de cette autre partie de lui, et une onde de feu se propagea dans les veines de l’ex-Marina, ravivée à chaque fois que la main habile effectuait un nouveau mouvement de va-et-vient.

Et puis vint l’instant fatidique où le corps de l’Autre commença à perdre sa substance, comme il le faisait depuis quelques nuits déjà. Kanon se prépara à affronter l’insupportable sentiment de manque qui s’abattrait sur lui une fois que Loki aurait totalement disparu.

Sur un dernier baiser, celui-ci s’évanouit. Mais le vide glacial, la cruelle absence tardaient à faire leur apparition. Et pour cause : contrairement aux autres fois, le contact enivrant des mains de son amant ne cessait pas.

 

 

Kanon ne savait pas à quel moment exactement il était passé du rêve à la réalité, et il n’avait pas franchement envie de le savoir. Tout ce qui comptait pour l’instant était que la brûlure qui lui mordait les entrailles n’était pas celle d’un désir inassouvi, mais celle d’un désir en voie d’assouvissement.

Ce qui représentait une différence fort appréciable, même pour son esprit ensommeillé.

Tout ce qu’il voulait, pour le moment, c’était s’abandonner à ces sensations, à la divine caresse de ces mains, aux baisers dont le couvrait une bouche attentive. Il réfléchirait plus tard aux conséquences. Il fit taire la partie de son esprit qui lui hurlait que c’était Loki qui était en train de profiter de la situation, et qu’il ferait mieux de se réveiller et de le repousser fissa s’il ne voulait pas être torturé par sa conscience ad vitam aeternam ; il resta au contraire immobile, à savourer le plaisir intense que lui procurait son amant – quel qu’il soit par ailleurs.

Mais sa conscience ne se laissa pas démonter et finit par réveiller le reste de son cerveau. Qui, luttant contre la vague de jouissance qui menaçait de le déconnecter, tira le signal d’alarme.

L’ex-Dragon des Mers ouvrit finalement les yeux et reconnut le décor plongé dans l’obscurité de sa chambre. Une seule chose n’y était pas habituelle : la masse d’ombre qui déposait sur son abdomen frémissant une pluie de baisers mêlés de sensuels coups de langue et lui prodiguait des caresses qui auraient rendu fou un ascète – en un mot, qui s’affairait à inonder ses veines d’un plaisir indicible et coupable. Et le Gémeau reconnut Loki.

L’Autre sentit le corps de sa victime se raidir, mais il avait prévu cela et s’y était préparé. En un tournemain, il agrippa les poignets de l’ex-Marina et bloqua ses jambes sous son poids. Et puis, il lança le dernier assaut.

A peine Kanon avait-il tenté de bouger qu’il s’en était trouvé incapable. Ses membres étaient prisonniers d’une étreinte qui n’avait rien d’amoureux, et Loki en profita pour… pour…

Un plaisir incroyable s’empara de lui quand la bouche de sa némésis se referma sur son membre. Il ne put retenir un râle mais tenta aussitôt de se soustraire à son tortionnaire. Car si celui-ci continuait ce qu’il avait entamé, l’ex-Dragon des Mers craignait de perdre le peu de contrôle qu’il exerçait encore sur son corps. Et cela, il ne pouvait se le permettre.

L’Autre sourit en voyant sa proie, aux abois, se tortiller pour lui échapper. Il l’immobilisa sans grande difficulté et releva la tête, captant son regard.

– Tu veux m’en empêcher, Kanon ? souffla-t-il, laissant son haleine chatouiller la chair tendue et sensible, vibrant témoin de l’état de l’ex-Marina.

Celui-ci tenta de s’empêcher de frémir, en vain.

– Si tu veux que j’arrête, continua Loki avec un sourire diabolique, tu n’as qu’à me le dire.

Il parcourut du bout des lèvres toute la longueur de la hampe de chair, et n’obtint en réponse qu’un gémissement étouffé.

– Dis-le moi, Kanon, fit-il en ponctuant chaque mot d’un coup de langue. Ordonne-moi d’arrêter, et j’obéirai…

Et sans donner au Gémeau le temps de répondre, il passa à l’attaque.

– Aaah… arh – AGH ! ... Lmmmh... arr... aaaAAh !

Kanon voulait dire ces mots. Il le voulait vraiment – même s’il n’y avait aucune chance que l’Autre s’arrête s’il le lui demandait. C’était simplement pour protester, se rebeller, se prouver à lui-même qu’il ne capitulait pas, qu’il n’avait aucune envie de céder…

Mais les mots restaient bloqués dans sa gorge, transformés en gémissements à chaque fois qu’ils réussissaient à sortir, méconnaissables et incompréhensibles.

Et comme de toute manière Loki ne faisait aucun effort pour comprendre ce qu’il baragouinait, concentré qu’il était sur le plaisir qu’il lui prodiguait…

Haletant, détestant chaque minute de cette douce torture mais incapable de prononcer le simple mot qui y mettrait peut-être fin, l’ex-Dragon des Mers sentit la jouissance monter en lui avec une force effrayante. Alors qu’il allait atteindre l’orgasme, il sentit l’Autre lâcher enfin ses poignets. Il aurait pu alors se libérer, le repousser… mais c’était trop tard. Il ne contrôlait plus rien.

Leurs doigts s’enlacèrent et, une seconde plus tard, le plaisir de Kanon explosa.

Lorsque, revenu sur terre, il fut à nouveau capable de réfléchir, Loki avait disparu. Seule sa respiration encore haletante troublait le silence.

Il roula sur le côté, terrassé par la pensée qu’il n’avait pas su résister.

Et, cette fois, ce n’était pas un rêve.

 

~ ~ ~

 

NOTES DE L’AUTEUSE :

[1] : Aiguille, fil, trame, Toile… on se croirait dans une mercerie, ma parole !!

Alors, Loki ? Vrai méchant ou faux gentil ? Vrai gentil ou faux méchant ? That is the question, mhuhuhu !! *s’éclate à brouiller les pistes* Ouais, faut quand même que je fasse gaffe de ne pas me paumer moi-même… *se met à semer des Kanons miniatures sur sa route… malheureusement, Loki passe par là et les ramasse tous* AH ben c’est malin !!! On est paumés maintenant !!! Grmbllll… *chope le Loki par l’oreille et disparaît en le traînant derrière elle*

GROUUUUUUUUHHHHHHhh mah qu’est-ce que je l’aime, ma pitite Kyriengouzigouzi !!! Et comme tous les personnages que j’adore, elle va en baver, niéhéhé…

A suivre : ça fait une semaine depuis la soirée au Temple du Bélier et l’histoire de la boite de nuit. D’où une nouvelle tawa, chez Aphro cette fois. Et un Kanon qui s’occupe comme il peut… pour oublier… (et il croit vraiment que ça va marcher ??? Niarkniarkniaaaaaaark ^vv^)

Bizoux bizoux !!

Alake.

 
 
Chapitre précédent
 
 
Chapitre suivant
 
 
 
     
     
 
Pseudo :
Mot de Passe :
Se souvenir de moi?
Se connecter >>
S'enregistrer >>