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au 09 Jan 09 :
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contenant 3722 chapitres
qui ont générés 7544 reviews
 
     

     
 
Space Dementia
Par Alake
Saint Seiya  -  Romance
27 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 20     Les chapitres     2 Reviews    
Un Gouffre ou l'Autre

Fiqueuse : Alake

Titre : Space Dementia

Chapitre : Vingtième : Un Gouffre ou l'Autre

Base : Saint Seiya (même si on voit pas Seiya)

Disclaimer : Les Golds et Shion sont l’œuvre de Maître Kurumada, de même que l’univers Saint Seiya tout entier. Moi, je n’ai créé que Kyrien, Rena, Sujan et Alhen/Alhena (et puis c’est moi qui ai eu l’idée de donner le nom de Loki à Saga gris, aussi) Je ne dégage aucun bénéfice de cette fic, qui n’est écrite que pour mon propre plaisir et celui de mes lecteurs. (ouah, comme quoi, j’arrive à faire des disclaimers pas nawak… quand je veux)

Genre : Yaoi/Nawak/Romance/Angst/Kawaii. Ca vous suffit ?

Rating : NC-17

Avertissement : Est-ce que ça choque encore quelqu’un, le coupling LokixKanon ? Ou le posage-de-questions-existentielles-pas-répondables ? Non ? Bon, ben alors… Beware of the Yaoi, et c’est tout.

Spoiler : Une petite garden-party chez Aphro, est-ce que ça va aider Kanon à se changer les idées ? Pas sûr… ^vv^

Un chapitre de remplissage, très « réflexif » et qui se base beaucoup sur les représentations mentales… et autant vous dire que le Kanon a une imagination véritablement galopante

 

CHAPITRE 20

UN GOUFFRE OU L'AUTRE

 

Le jour se leva et baigna de ses rayons le Sanctuaire, éclairant l’homme qui, incapable de trouver le sommeil, s’était décidé à mettre à profit ces heures perdues pour peaufiner sa technique de combat déjà mortellement parfaite. Il espérait ainsi, en s’absorbant dans son entraînement, s’ôter de la tête ce qu’il avait vécu durant la nuit. Quiconque l’aurait vu, alors, réaliser ces enchaînements qu’il connaissait par cœur, aurait cru apercevoir quelque héros des anciens temps, sans peur et sans reproche, baigné par la lumière dorée.

Mais tandis que son corps s’absorbait dans ces gestes, son esprit restait fixé sur cette expérience à la fois divine et traumatisante. Divine, car jamais il n’avait ressenti plaisir si absolu ; traumatisante, car celui qui le lui avait offert n’était autre que le démon tapi dans le corps de son frère.

Kanon soupira. Il jeta un regard courroucé au soleil qui se levait, indifférent à ses problèmes, et décida de rentrer prendre une douche.

– Déjà debout ? marmonna Saga, les cheveux en bataille, en le voyant se diriger vers la salle de bain alors que lui-même sortait à peine du lit.

– C’est toi, la marmotte, pas moi, répliqua Kanon sans la moindre trace d’humour, avant de s’enfermer dans la salle d’eau.

Il se laissa glisser le long du mur, soudain vidé de ses forces. Athéna, combien de temps devrait-il encore supporter cette torture ? Il n’en pouvait plus ! La responsabilité de la santé mentale de son frère était un poids horriblement lourd à porter… Surtout lorsque certaine deuxième personnalité s’ingéniait à lui compliquer la tâche.

Il n’avait pourtant jamais baissé les bras face à l’adversité : que ce soit le chagrin de la perte de ses parents, les mauvais traitements d’Alhen, l’éloignement de Saga, ou encore tous les opposants qu’il avait dû affronter à coups de mots ou à coups de poings… rien ne l’avait jamais autant désespéré que sa situation présente. Car il avait toujours plus ou moins su à quoi s’en tenir, à quelques erreurs de calcul près. Et il avait toujours trouvé le moyen de perdre le moins de plumes possibles dans l’histoire ou, dans le cas du dernier combat, de faire sa sortie avec panache.

Mais là, les choses étaient différentes. Ce n’était plus si simple. Il marchait sur un chemin qui, de sentier tortueux au départ, s’était rétréci en une fine corniche où le moindre faux-pas pouvait le précipiter dans l’un des deux abîmes qui s’ouvraient de part et d’autre. Celui de gauche, plein de soupirs et de cris et de flammes ardentes, d’où s’élevaient les parfums les plus capiteux, représentait sa damnation dans les bras de Loki ; celui de droite, empli de râles et de hurlements et d’une obscurité glacée qui empestait l’odeur âcre de la folie et de la souffrance, symbolisait la damnation de Saga… dans les bras de la mort.

Et le pire, c’était que l’ex-Dragon des Mers avait la nette impression qu’au bout de la corniche, là où il voyait rougeoyer le ciel comme s’il y avait une guerre qui faisait rage, les deux gouffres se rejoignaient.

Il n’avait absolument aucune échappatoire : le chemin tombait en miettes aussitôt qu’il levait les pieds. L’abîme de gauche lui paraissait un peu moins redoutable que celui de droite et, même si le doute et son instinct de survie – ou, dans ce cas, sa conscience – lui interdisait de quitter la corniche, l’ex-Marina s’en rapprochait un peu plus à chaque pas, dans l’espoir de s’éloigner de l’abjecte puanteur et des cris perçants qui provenaient de droite. Il avait même, en trébuchant, laissé traîner son pied dans les flammes rouges, et avait été surpris. Ce n’était pas brûlant, tout juste chaud ; mais aussitôt qu’elles l’avaient touché, les flammèches avaient commencé à remonter le long de sa jambe comme pour le consumer tout entier, apportant avec elles un plaisir inouï et la promesse de bien plus encore…

Kanon se releva et s’appuya au lavabo, chassant presque manu militari gouffres, corniche et flammes lubriques de son cerveau.

« Courage, mon vieux, s’admonesta-t-il. Un peu de poigne. Tu as survécu à pire que ça ! »

« Ah ouais ? Vraiment ? » s’enquit une autre partie de son esprit d’une voix pleine de doutes.

Il balaya cette question d’un haussement d’épaules. Bien sûr qu’il avait survécu à pire que ça ! Même si, pour l’instant, il peinait quelque peu à trouver un exemple…

 

 

A l’entraînement, Aphrodite se montra aussi excité qu’une puce. Il allait sans cesse de l’un à l’autre pour demander tel ou tel service et promettre que grâce à cela, la garden-party serait inoubliable.

Car une soirée au Temple des Poissons n’était ni une réunion amicale, ni une fête, ni un vulgaire repas et encore moins une beuverie : cela ne pouvait être qu’une garden-party. Prononcé à la bourgeoise, bien entendu. Avec le mot « garden » qui désignait le lieu couvert de roses de toutes sortes qui s’étendait à côté de la douzième Maison, et le mot « party », qui suggérait une atmosphère policée, emplie de conversations mondaines et de rires contrôlés – rien à voir avec la franche bonne humeur et les rigolades qui étaient de rigueur pendant les fêtes des Chevaliers d’Or.

Cependant le Chevalier des Poissons avait eu la sagesse de ne pas s’accrocher à son image de la garden-party idéale. Il savait que ses collègues ne le contrarieraient pas sciemment, mais il ne fallait pas demander la lune non plus… [1]

Il avisa soudain Kanon qui avait l’air de déprimer, tout seul dans son coin. Il s’assit à côté de lui et s’enquit avec la délicatesse qui le caractérisait :

– Hé ben mon chou, on fait du boudin ?

Le regard vague du Gémeau se focalisa sur lui et il répondit, sur la défensive :

– Et alors ? J’ai pas le droit ?

– Hey !! Pas la peine de m’agresser ! s’offusqua le Suédois. Je te demande juste de tes nouvelles…

– Je vais bien, grommela l’ex-Dragon des Mers. Je manque de sommeil, c’est tout.

Et même si quelque chose en lui hurlait : « Non !! Non, je ne vais pas bien ! Rien ne va bien ! AIDEZ-MOIIII !!! », il n’en laissa rien paraître.

– Ah, fit Aphrodite après avoir lancé un coup d’œil suspicieux en direction de Shaka. Bon, alors je suppose que ça ne te dit rien d’aller faire quelques mini-courses pour ce soir…

Kanon allait acquiescer, lorsque la pensée lui vint que ce serait peut-être une bonne occasion de se changer les idées.

– Non, non, ça ne me dérange pas, répondit-il, réussissant même à sourire. J’emmènerai Kyrien, ça fait des années qu’elle n’a pas vu l’extérieur, ajouta-t-il dans un éclair de génie.

– Paaaarfait, répliqua le Chevalier des Poissons, soulagé. Bon, qu’est-ce que j’ai fait de ma liste, moi, maintenant ?

 

 

Quelques heures plus tard, Kanon et Kyrien arrivèrent en ville.

– Ne t’éloigne pas de moi, conseilla-t-il à la jeune fille qui regardait autour d’elle avec un air émerveillé.

Le Chevalier lui avait laissé le choix de porter son masque ou non cette après-midi, et elle avait décidé de le garder dans le petit sac qu’elle avait sur le dos. Elle avait également abandonné sa tenue d’entraînement pour enfiler un pantalon écru, des sandales et un t-shirt bleu, simple et uni. Elle était fort jolie ainsi, plus encore grâce au sourire radieux qui ne quittait pas son visage rayonnant. Ses plaies, aidées par son cosmos, avaient fini par cicatriser et n’étaient plus que deux lignes pâles qui lui barraient la joue. Son corps souple, finement musclé et doté de la grâce féline des combattants, attira quelques regards juvéniles et l’ex-Marina sourit en pensant que quelques années plus tard, elle ferait des ravages parmi la gent masculine.

Et il espéra avec ferveur qu’elle n’aurait à s’occuper que de ses soupirants, et non de quelque horrible et meurtrière Guerre Sainte.

Il consulta sa liste et se dirigea vers un des magasins, son élève sur les talons. Il avait eu dans l’idée de prendre les choses les moins encombrantes d’abord, mais au bout d’un moment, ce ne fut plus la peine qu’il réfléchisse, vu qu’il croulait sous les paquets. Se retournant pour répéter à Kyrien de rester près de lui car la foule se faisait plus dense, il se rendit compte qu’elle avait disparu. Il se força à rester calme et scanna méthodiquement la rue. Il finit par repérer à l’entrée d’une petite ruelle un groupe de garçons d’une vingtaine d’années, qui entouraient quelqu’un qu’il ne pouvait voir. Dans le même temps, il entendit la voix de la fillette s’élever :

– Laissez-moi tranquille.

Le ton était calme, presque ennuyé. Intrigué, l’ex-Dragon des Mers posa ses courses contre un mur [2] et s’approcha.

– Allons, ma p’tite chérie, on ne te demande pas grand-chose. Viens faire un tour avec nous…

– J’ai dit non.

Un des garçons rigola grassement.

– Et tu crois qu’on va te demander ton avis ?

Il avança une main pour saisir la jeune fille mais avant même qu’il la touche, elle lui avait tordu le bras et l’avait repoussé contre l’un de ses amis.

– Sale petite…

Le dernier mot n’eut pas le temps de sortir : la semelle de Kyrien s’écrasa contre son visage. Il recula et tomba à genoux, se tenant le nez en poussant des gémissements de douleur.

– Hé, mais pour qui tu te prends ?

Deux autres lascars se ruèrent sur elle dans un bel ensemble et se firent repousser avec efficacité ; rageurs, ils repartirent à l’attaque. La novice accueillit l’un d’un coup de poing dans l’estomac et lui écrasa les orteils si fort qu’il en retrouva le souffle rien que pour pouvoir crier. L’autre reçut un coup de genou dans le bas-ventre qui arracha presque une grimace de compassion à Kanon. Presque, car il l’avait quand même bien cherché.

Les deux derniers garçons, voyant ce qu’il arrivait à leurs compagnons, ses sentirent tout à coup beaucoup moins braves. Ils firent demi-tour mais tombèrent face au Chevalier qui, bras croisés, leur adressa un regard empli de fureur glaciale. Tétanisés, ils s’immobilisèrent.

L’ex-Marina s’amusa un instant de leur terreur – était-ce Loki qui déteignait sur lui ? – puis, d’une voix lourde de menaces à peine voilées, ordonna :

– Partez. Et emmenez vos déchets avec vous, ajouta-t-il en désignant les trois autres, à terre.

Les lascars ne se le firent pas dire deux fois et prirent la poudre d’escampette, traînant leurs blessés. L’ex-Dragon des Mers les suivit du regard puis se tourna vers la jeune fille, sa colère feinte remplacée par de la curiosité.

– Ils croyaient que quand on est une fille, on est forcément faible, déclara-t-elle en lui adressant un sourire d’excuse. Il fallait bien que quelqu’un leur ouvre les yeux…

Kanon rit de bon cœur :

– J’imagine qu’ils n’ont pas l’habitude de se prendre une telle dérouillée, à cinq contre une fillette… C’est là un des avantages du statut de Chevalier : tu peux te promener dans une ruelle obscure à trois heures du matin sans craindre les agressions.

Kyrien regarda ses mains, pensive.

– Je n’avais jamais osé, avant. C’est agréable… mais ça fait peur. Un tel pouvoir… Comment fait-on pour ne pas dépasser… les bornes ?

– Ecoute ton cœur, tout simplement. Il te dira de t’arrêter. Si certains individus t’importunent, tu as le droit de te défendre. Effraie-les, blesse-les s’ils sont vraiment trop insistants, mais ne les tue pas.

Il s’appuya contre le mur, bras croisés, et observa la foule. Au bout d’un moment, il ajouta :

– Peut-être viendra-t-il un jour où ton cœur t’encouragera à aller plus loin par colère, par vengeance, ou au nom de la justice. Dans ce cas, rappelle-toi ceci : nous protégeons l’Humanité. C’est notre devoir, notre raison de vivre. Nous protégeons leurs vies, mais également leur liberté. Que se passerait-il si nous nous mettions à appliquer nos propres règles ? Si nous tentions de leur imposer une justice qui n’est pas la leur ? (Il secoua la tête.) Nous ne serions guère différents de ces dieux contre lesquels notre déesse se bat depuis la nuit des temps.

– Alors… même si ce qu’ils font me semble stupide ou criminel, je n’ai pas le droit de m’en mêler ?

– Dans l’absolu, non. Maintenant, comme je te l’ai dit, tu as le droit de te défendre et de protéger tes proches. Simplement, il ne faut pas que cela dépasse certaines proportions…

Kyrien hocha la tête. Elle comprenait, finalement. Les Chevaliers d’Athéna étaient si puissants, s’ils commençaient à se mêler des affaires du reste du monde…

Le reste du monde ne s’en remettrait pas.

La jeune fille observa son Maître à la dérobée. Il était sans doute l’un des guerriers les plus puissants de cette ère. Et pourtant, il la traitait avec gentillesse, ne se moquait jamais de ses erreurs, répondait à toutes ses questions… Elle sourit. Il la protégeait, aussi.

– Mais si je ne m’étais pas défendue, vous auriez tapé sur ces garçons, non ?

Il lui adressa un clin d’œil complice et haussa le sourcil, ironique.

– Bien sûr que non, voyons. Je n’en aurais pas eu besoin.

La novice éclata de rire.

– C’est vrai ! Vous les avez terrorisés d’un simple regard. Vous êtes le meilleur !

Elle l’aida à ramasser les courses et l’ex-Dragon des Mers la laissa empiler les sacs et autres cartons sur ses bras tendus jusqu’à ce qu’il ne voit plus où il marchait, tout en repensant à la discussion. Pas étonnant qu’il ait fini par maîtriser l’art du regard-glacial-bouge-pas-sinon-t’es-mort, avec un professeur comme Loki… Il secoua la tête pour se débarrasser de cette pensée. Il se souvint d’une conversation semblable avec l’Autre…

Non ! Voilà que ça lui reprenait…

Arrête de penser à Loki… arrête de penser à Loki…

C’était lors de cette nuit où ils avaient réussi à sortir de justesse de la discothèque…

arrête de penser à Loki… arrête de penser à Loki…

… et où ils étaient tombés sur cette bande de crétins, encore.

arrête de penser à Loki, j’ai dit !

Et Loki avait voulu en tuer un…

ArrêtedepensééééARGH ! C’est pas bientôt fini, oui ?!?

Heureusement que les sacs cachaient son visage : personne ne pouvait le voir s’auto-sermonner en silence. Soudain, une odeur alléchante parvint à ses narines. Il tourna la tête de côté – là où son champ visuel était encore presque intact – et repéra une crêperie. Un coup d’œil à Kyrien le convainquit que c’était une bonne idée. Et au moins, cela lui avait permis d’arrêter de penser à– et zut !!

Grommelant dans sa barbe, l’ex-Marina pénétra dans le petit restaurant, choisit une table et posa tous ses paquets à côté. La novice s’assit en regardant autour d’elle comme si c’était la première fois qu’elle venait dans un tel endroit.

Puisque c’était la première fois qu’elle venait dans un tel endroit, corrigea mentalement le Chevalier.

Après délibérations, Kanon commanda une Banana Split pour son élève et une poire Belle-Hélène pour lui-même. La serveuse, une jolie blonde aux yeux d’un bleu chaleureux, se montra adorable et zélée, allant même jusqu’à conter à Kyrien l’historique de la Banana Split. [3] Un petit sourire aux lèvres, il écoutait l’histoire et s’amusait de voir la fillette captivée boire les paroles de la jeune femme tout en engloutissant sa glace. Il remarqua également les coups d’œil subtilement aguicheurs dont le gratifiait la serveuse et ne fut pas vraiment étonné de voir un numéro de téléphone griffonné au dos de la note. Il hésita – la jeune femme était charmante, mais premier problème : il n’avait pas de téléphone. Et puis, qu’est-ce que Loki dirait si…

Une minute ! En quoi l’avis de l’Autre lui importait-il ?

« Tu as vraiment envie de lui fournir encore un moyen de te torturer ? » s’enquit la voix de la raison.

Déjà que ce démon avait l’embarras du choix…

« Et voilà, je pense de nouveau à lui… grommela mentalement le Gémeau. Sors de ma tête, nom de nom !! Une trépanation, s’il vous plaît… viiiite… »

Il paya, ramassa ses achats et sortit, suivi de Kyrien et sous le regard un peu déçu de la serveuse, qui alla repêcher la note abandonnée et l’enfouit dans sa poche avant de débarrasser la table avec un petit soupir. Ce splendide spécimen ne finirait pas dans son lit… Tant pis. Elle haussa les épaules et reprit son travail.

 

 

Ils revinrent au Temple des Gémeaux en début de soirée. L’ex-Dragon des Mers monta jusqu’à la quatrième Maison où l’attendait Deathmask et lui confia ses achats : le Cancer se chargerait de les acheminer chez Aphrodite. Il redescendit se préparer pour la soirée alors que Saga, déjà prêt, servait à manger à la novice.

Lorsqu’Aldébaran passa dans le Temple, ils souhaitèrent une bonne nuit à la jeune fille et se joignirent au Taureau pour attaquer la montée des marches. [4]

Deathmask et Aiolia étaient déjà certainement déjà en chemin, et ils parvinrent à la Maison de la Vierge, où ils récupérèrent Shaka.

– Il faut que je te parle, murmura celui-ci à l’adresse de Kanon tandis qu’ils se dirigeaient vers le septième Temple, celui de la Balance – qui lui aussi était vide, comme toujours.

Milo n’était pas là non plus et c’est en courant comme des dératés qu’ils arrivèrent chez Aioros.

– Qui est l’imbécile qui a proposé de faire la course, déjà ? haleta l’ex-Marina.

– C’est toi, je crois, répondit Saga de la même manière.

– Ah, bon.

Le Taureau sourit, hors d’haleine, alors que l’Hindou secouait la tête d’un air navré en essayant lui aussi de reprendre son souffle. Sauf exceptions, il était interdit – et impossible – de se téléporter entre les Maisons… Mais en forçant un peu, on pouvait aller très, très vite. Il fallait juste passer outre la barrière de cosmos qui baignait les douze Temples depuis la nuit des temps… et c’était assez fatigant, en fin de compte.

Aioros les accueillit en rigolant – il les avait observés depuis chez lui – et les poussa hors de sa demeure, vers chez Aphrodite. Shura et Mu ne les avaient pas attendus, ni Camus et Milo. Ils traversèrent donc rapidement les deux dernières Maisons et parvinrent enfin au Temple des Poissons.

Où ils furent accueillis par un Aphrodite plus sublime que jamais : maquillé avec art, habillé avec goût, ses cheveux étincelant de paillettes dorées à chaque mouvement, il glissa entre les mains de chacun un verre d’eau de rose – pour les mettre dans l’ambiance, précisa-t-il – avant de les guider jusqu’au jardin.

La première chose que l’on remarquait, c’était la splendide sculpture de glace représentant deux poissons aux nageoires délicates, et qui faisait également office de fontaine à alcool, puisque des jets d’eau de rose jaillissaient des bouches des animaux pour tomber dans la vasque de cristal sur laquelle ils étaient posés.

Kanon, son verre à la main, se promena entre les tables aux nappes impeccables, chargées de crudités, fruits de mer et viande froide. Il se demanda vaguement combien de temps Aphrodite avait mis pour préparer tout ça…

« Bah, si ça se trouve, il n’a rien fait lui-même, » se dit-il. En effet, le Suédois était vraiment le roi pour demander des services à tout le monde, sans que personne ne parvienne à lui en tenir rigueur.

L’arrivée de Shaka le tira de ses songes.

– Tu voulais me dire quelque chose, je crois, fit-il en guise de salut.

– Oui, répondit le Chevalier de la Vierge d’un ton assez urgent. Ecoute, Kanon, Sh–

– Hé, les namoureuuuux ! brailla Milo en leur sautant dessus, ça ne se fait pas de rester dans votre coin, comme ça…

Apparemment, il avait déjà bu plus d’un verre, car dès qu’il ouvrait la bouche, cela sentait la rose à trois mètres à la ronde ; Shaka, sous le nez duquel il riait bêtement, commençait à avoir le tournis.

– Milo, allons ! Laisse-les tranquille un peu ! le gronda Camus, qui paraissait beaucoup plus sobre.

– Laisse, c’est bon, intervint l’ex-Dragon des Mers en détachant le Scorpion affectueux de l’Hindou avant de le pousser dans les bras du Verseau. On continuera notre conversation un peu plus tard, ajouta-t-il à l’adresse du Chevalier de la Vierge.

Mais la soirée se passa sans que Shaka ait l’occasion de parler en privé à son soi-disant amant.

Saga se mit à bâiller de plus en plus ostensiblement et Kanon lui-même, avec tout son sommeil en retard, commençait à dodeliner de la tête. Alors qu’ils s’apprêtaient tous deux à redescendre dans leur temple, l’Hindou parvint enfin à attirer l’ex-Marina à l’écart.

– Tes rêves ne se sont pas arrêtés, n’est-ce pas ?

Le Gémeau grogna. Toute la soirée, il avait dû lutter contre les souvenirs de Loki et était tout juste parvenu à les tenir à l’écart de son cerveau ; et voilà que le Chevalier de la Vierge lui mettait le nez en plein dedans.

– Nan, grommela-t-il.

– Est-ce que… est-ce que tu es sûr de ne pas être sous l’emprise de l’Illusion Démoniaque ?

L’ex-Dragon des Mers se passa une main lasse sur les yeux et soupira :

– Ca… je ne peux pas le savoir. La grande qualité de cette attaque est justement qu’on ne peut pas se rendre compte si on est sous son emprise ou pas. Si on ne la remarque pas au moment où on la reçoit, c’est fichu.

– Même pour toi ? Je veux dire, c’est tout de même ton attaque aussi…

– Justement. Saga et moi ne nous sommes jamais amusés à nous lancer l’Illusion Démoniaque l’un sur l’autre, alors j’ignore à quoi ça ressemble, quand on la reçoit.

– Ah.

– Ouais. Tu voulais me dire autre chose ?

Shaka hésita un instant, puis :

– Shion et Dokho son au courant, pour Loki.

Kanon s’étouffa avec sa dernière gorgée d’eau de rose.

– Pardon ?!? croassa-t-il.

– Ils sont venus me voir il y a quelques jours et… je leur ai raconté ce que tu m’avais dit.

– Tu es fou ! Qu’est-ce qui t’a pris ?! Maintenant Shion va…

– Il a décidé de ne rien faire, l’interrompit le Chevalier d’une voix posée. En tous cas, tant que tu contrôles la situation. Il ne prendra des mesures que si tu es dépassé.

– Et ?

– Dokho et lui se contentent pour l’instant de faire des recherches… Kanon, tu devrais leur parler, tu sais.

Le Gémeau jeta un coup d’œil au Grand Pope qui riait à une blague du Chinois, et ne se sentit pas le courage d’entamer une telle discussion.

– Ouais. J’irai demain.

– D’accord. Bonne nuit alors. Fais attention à toi.

– T’inquiète. Bonne nuit.

L’ex-Marina rejoignit son frère et tous deux partirent, sous le regard troublé de Shaka qui murmura :

– Si, justement, Kanon. Je m’inquiète. Je m’inquiète terriblement.

 

 

La descente se fit dans un silence pensif. Kanon tournait et retournait ce que Shaka lui avait révélé dans son esprit. A la réflexion, cela ne l’étonnait qu’à moitié que Dokho et Shion aient cherché à savoir ce qu’il se tramait. C’était tout de même le rôle d’un Grand Pope que d’être au courant de ce que faisaient ses protégés…

Des recherches, avait dit l’Hindou. Ca serait peut-être intéressant de savoir ce qu’ils avaient trouvé… Bien qu’il se doutât qu’ils n’avaient pas obtenu beaucoup de renseignements, sinon le Chevalier de la Vierge le lui aurait sûrement révélé.

L’ex-Dragon des Mers se sentit envahi d’un vague sentiment de compassion envers son blond collègue. Sans être aussi inconfortable que la sienne, la position de Shaka n’était pas de tout repos. Comme lui-même avait refusé de dire quoi que ce soit, tout le monde se tournait vers l’Hindou pour avoir des explications sur ce qu’il se passait… Il soupçonnait Aphrodite et compagnie de lui avoir soutiré l’aveu de leur pseudo-relation, et rigola intérieurement en imaginant la scène sous la forme d’un tribunal, avec le Suédois en tant que juge et le reste des Chevaliers d’Or comme jurés… Et, tiens, pourquoi pas Angelo en procureur agressif, tyrannisant un pauvre Chevalier de la Vierge, recroquevillé sur le banc des accusés ?

Il ne put s’empêcher d’émettre un reniflement ironique dédié à son imagination délirante. Laquelle, comme pour se venger, lui resservit du Loki à toutes les sauces jusqu’à ce que l’ex-Marina, excédé, ne la bâillonne mentalement.

– J’espère que Kyrien n’a pas fait trop de cauchemars, fit la voix de Saga, interrompant – dieux merci – le cours de ses pensées.

– J’irai voir si elle dort en rentrant, répondit-il. De toute manière, on ne peut pas faire grand-chose d’autre.

L’aîné le dévisagea d’un regard aigu, seulement adouci par son sourire affectueux.

– Elle t’adore, tu sais ?

– Toi aussi, elle t’aime bien, Saga.

– Shion a bien fait de te la donner comme élève, continua le Gémeau. Vous vous complétez. Toi, tu lui donnes confiance en elle en l’encourageant sans cesse, et elle, elle t’aide inconsciemment à combattre tes démons.

Kanon frissonna. Comment une simple réflexion avait-elle pu tomber si près de le vérité ?

En effet, la présence de Kyrien l’apaisait. Il la regardait s’entraîner, lutter, rire, vivre enfin, tenter de trouver sa place dans ce monde injuste et violent, et il était heureux de lui servir de guide, de l’aider à sauter les obstacles, de lui indiquer la voix la plus juste. Lui qui s’était tellement fourvoyé… N’était-ce pas ironique ?

– Tu as raison, murmura l’ex-Dragon des Mers, le regard perdu dans le vague.

Lorsqu’il entraînait la petite, la pensée de Loki s’égarait aux confins de son esprit. Pas comme maintenant, où elle martelait sans vergogne aux portes de sa conscience qu’il lui avait fermées au nez.

– C’est étrange, cette vie…

L’ex-Marina reporta son attention sur son jumeau, qui continua :

– Ca fait tout drôle… depuis notre retour, nous n’avons plus à nous occuper que de nos histoires de cœur, de l’entraînement du lendemain et de la soirée hebdomadaire. C’est… reposant, tu ne trouves pas ?

Kanon émit un « hmm » qui ne l’engageait à rien, incitant son frère à continuer.

– Et pourtant, reprit l’aîné, j’ai un mauvais pressentiment, comme… comme si ça n’allait pas durer.

– Et pourquoi ça ne durerait pas ? fit l’ex-Dragon des Mers, tentant de rendre sa voix légère.

– Je ne sais pas. Les dieux sont capricieux, une Guerre Sainte est toujours possible…

– Poséidon et Hadès ont été vaincus, et le réveil d’Arès n’est pas prévu avant au moins cinquante ans, rappela le cadet. J’espère bien vivre jusque là, mais j’ai quand même un sérieux doute.

– Ce ne sont peut-être pas les seuls dieux qui convoitent la planète, répliqua Saga. Les divinités maléfiques sont innombrables.

– Je sais, oui. Mais je trouve ça bête de se poser des questions dont on n’aura jamais la réponse. Alors arrête de cogiter, et profite de la vie, d’accord ?

« Oui, profite… tant que tu le peux encore, » ajouta-t-il mentalement, amer.

Lui aussi avait ce pressentiment, ce maudit sixième sens qui tirait la sonnette d’alarme. Et sous ses pieds, la corniche rétrécissait à chaque pas…

Ils arrivèrent enfin à leur Temple et, après s’être débarbouillés, allèrent tous les deux se coucher.

Kanon, exténué, s’attendait à ce que le sommeil l’emporte immédiatement. Il fut surpris de constater que, au bout d’une demi-heure, il n’était toujours pas endormi. La faute certainement à toutes ces questions qui se bousculaient dans son esprit, mélangées aux souvenirs et autres fantasmes irréalisables.

Soupirant, il entreprit donc de faire le tri et parvint à classer ses pensées en quatre grands groupes : celles qui concernaient le Grand Pope et ce qu’il savait ; celles qui tournaient autour de Saga et des problèmes qui lui étaient liés ; quelques pensées diverses à propos de Kyrien et des autres Chevaliers d’Or ; et enfin, dans la catégorie inutile/déchets : tout ce qui avait trait, de près ou de loin, à Loki.

Dépité, il constata que cette dernière partie était – et de loin – la plus importante. Au milieu surnageait une interrogation en caractères gras, qu’il repêcha :

« Quel est le but de Loki ? »

Il examina la question sous tous ses angles, formula quelques hypothèses plus farfelues les unes que les autres – du genre « repeupler la planète de gamins aux cheveux bleus et aux yeux rouges », mais où diable était-il allé chercher une telle ineptie ?!? – et finit par la laisser disparaître à nouveau dans le flot bouillonnant de ses pensées.

Il resta quelques minutes ainsi, sans penser à rien de particulier, et puis ça le prit. Un désir incoercible, une envie… de voir l’Autre. De lui parler. De…

« Non, pas ça ! s’écria-t-il mentalement, tentant de tenir la bride à son imagination. Je n’ai certainement pas envie de… »

Mais son esprit avait pris le mors aux dents et l’inondait d’images, de sensations toujours plus osées, tellement évocatrices qu’il dut se retenir de gémir de frustration. Sans s’en rendre compte, hypnotisé par ces pensées, l’ex-Dragon des Mers se leva et se dirigea vers la chambre de son frère. Ce ne fut que lorsqu’il se trouva agenouillé au chevet du lit, une main tremblante tendue en direction de la silhouette indistincte, qu’il sortit de cet état second dans lequel il avait plongé.

Par Athéna, qu’est-ce qu’il s’apprêtait à faire ?!?

Il se releva en trébuchant et recula de deux pas, la mine horrifiée. Il amorça un demi-tour, mais s’immobilisa en plein milieu. Son visage prit une expression résolue. Il fallait qu’il le fasse. Maintenant.

Il tira une chaise et s’assit à côté du lit. Tête basse, il enfouit ses doigts dans ses longues mèches turquoise puis, d’une voix rauque, il déclara :

– Arrête de faire semblant de dormir. Je sais que tu m’entends. J’en ai assez… Ce petit jeu ne m’amuse plus. Il ne m’a jamais amusé.

Aucune réaction. L’ex-Marina se pencha en avant et murmura :

– Qu’est-ce qu’il faut que je fasse, bon sang ? Comment me débarrasser de cette malédiction ?

Les paupières du dormeur se soulevèrent enfin, et Kanon put s’apercevoir à la faible lueur qui filtrait des volets que le blanc de ces yeux était d’un rouge profond, sanguin. Il savait, même sans le voir vraiment, que l’azur des iris était obscurci d’un voile maléfique. La chevelure, par contre, captait chaque parcelle de lumière et paraissait constituée de longs rubans d’argent fondu.

Les lèvres vermeilles s’entrouvrirent sur un soupir et prononcèrent ces mots ensommeillés :

– Mais de quoi tu parles ?

Ulcéré, l’ex-Dragon des Mers agrippa le bras de sa némésis et le tira jusqu’à ce que l’Autre s’asseye.

– Ne fais pas l’innocent ! Je sais très bien d’où viennent ces rêves !!

– Hm ? Quels rêves ? fit Loki, l’air soudain très intéressé.

– Tu le sais très bien, cesse de me prendre pour un imbécile !

– Mheu non, voyons, loin de moi cette idée… (Comme l’ex-Marina se cantonnait dans un mutisme rageur, il ajouta :) Alors, raconte !

– Pas question.

– Comment veux-tu que je t’aide à t’en débarrasser si je ne sais pas ce dont il s’agit ?

– Mais c’est toi qui me les as mis dans la tête ! Je ne sais pas quand, je ne sais pas pourquoi, je n’ai qu’une vague idée du comment, mais j’aimerais bien que tu arrêtes de jouer avec mes cheveux pendant que je parle !!!

Durant le silence qui suivit, Loki laissa rêveusement se dérouler la mèche turquoise qu’il avait emprisonnée entre ses doigts, avant de lever un regard sérieux sur Kanon.

– Bon, j’avoue : c’est moi qui ai planté la graine de rêve dans ton esprit.

– Quand ça ?

– Mais quand tu es venu me voir dans l’esprit de Saga, pardi. C’est fou comme ça peut être vulnérable, un esprit nu, comme ça… sans défenses…

Le sourire féroce qu’arborait le démon n’avait rien de rassurant, mais le Chevalier ne se laissa pas impressionner et s’enquit :

– Pourquoi ?

– Raconte-les moi.

– Dis-moi pourquoi tu l’as fait !

– Il me semble que tu n’as toujours pas compris : je n’ai pas à t’obéir. Alors dis-moi de quoi tu rêves et j’envisagerai peut-être de t’éclairer.

– Mais tu le sais déjà !!

Le Gémeau oscillait entre fureur et désespoir.

– Premièrement, c’est faux : j’ai posé l’amorce, mais j’ignore ce qu’elle est devenue au contact de ton subconscient. Et deuxièmement, j’aimerais vraiment l’entendre de ta bouche, répondit l’Autre en prenant un petit air gourmand sur la fin.

L’ex-Dragon des Mers hésita : il aurait bien aimé éviter de s’humilier devant sa némésis, mais il avait besoin de réponses.

Et puis, ça le rongeait de l’intérieur. Il n’en pouvait plus. Et à bien y réfléchir, Loki était la seule personne – à défaut d’être la plus indiquée – à qui il pouvait dire ça…

Il resta silencieux pendant un long moment, puis il se mit à parler. Lentement d’abord, en cherchant ses mots, avec la farouche volonté de ne dire que le strict nécessaire et en passant sous silence ce qu’il pouvait ressentir lorsque son double onirique se donnait au Loki de ses rêves, sans honte ni pudeur. Et puis les mots donnèrent naissance à des images dans son esprit, il retrouva l’atmosphère ouatée et vide, mais tellement tiède, tellement tendre… les soupirs, les doux cris, le miel de la voix aimée… les caresses désirées, accueillies, rendues… et le plaisir fabuleux, plus intense que tout ce qu’il avait pu vivre.

Tout en continuant à parler, il se demanda vaguement si ça pouvait être aussi bien dans la réalité, et décida que non. L’Autre ne serait jamais aussi… aimable, au sens fort. Et lui-même ne serait jamais aussi… eh bien, aussi volontaire.

Il oubliait – ou ne voulait pas reconnaître – que c’était déjà arrivé, et que malgré le manque d’amabilité de l’Autre et son propre défaut de volontarisme, les sensations avaient été…

Il s’aperçut que Loki le dévisageait, un air indéfinissable sur le visage, et se rendit compte que lui-même avait fini de parler. Un lent sourire étira les lèvres du démon, triomphant bien entendu, mais aussi… Kanon douta soudain de sa capacité à analyser les émotions de son interlocuteur, et préféra ignorer cet élément perturbant alors que l’Autre prenait la parole, pensif :

– Je ne croyais pas que ça fonctionnerait comme ça…

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

– Ce n’était pas censé être aussi… enfin… tu n’aurais pas un petit côté fleur bleue, Kanon ?

– Ca va pas ?!? se défendit l’ex-Dragon des Mers.

Loki rigola doucement de son air horrifié et se pencha vers lui pour lui murmurer d’un air conspirateur :

– En tous cas, ce n’est pas moi qui fais des rêves d’un romantisme torride…

– Hé oh, ça va, hein ! grommela l’ex-Dragon des Mers, pris d’une irrésistible envie de bouder.

Et puis d’abord, ce n’était pas sa faute s’il faisait ces rêves !

Et voilà qu’il se mettait à trépigner – mentalement – comme un gamin prépubère. C’était le pompon.

Et l’Autre, là, qui le regardait avec ses yeux de merlan frit… Bon d’accord, un peu plus sagace qu’un merlan, mais frit quand même !!

C’était de pire en pire. L’ex-Marina se força à rattraper le peu de raison qu’il lui restait avant qu’elle ne se jette par la fenêtre – du rez-de-chaussée, elle ne pouvait pas se faire bien mal, mais quand même – et au lieu d’éclater d’un rire hystérique comme il en mourait d’envie, il demanda d’une voix presque pas bizarre :

– Alors, comment je fais ?

– Comment tu fais quoi ?

– Comment je fais cesser ces rêves ? précisa-t-il sur le même ton presque pas hystérique.

Le grand sourire gourmand qui se dessina sur le visage de Loki lui fit craindre la réponse. Et pour cause :

– C’est très simple, mon cher Kanon. Il suffit que tu t’offres à moi.

Kanon n’eut aucune réaction visible durant un certain temps. L’Autre avait l’impression qu’il s’était refermé sur lui-même, mais était-ce pour tenter un compromis avec sa conscience, ou pour tenir un conseil de guerre et préparer le siège ?

Il attendit cependant avec une certaine patience, jusqu’à ce que le regard du Gémeau se focalise à nouveau sur lui, soigneusement inexpressif, d’une dureté inflexible. Il ouvrit la bouche pour parler, mais les mots ne parvinrent jamais aux oreilles de Loki.

A la place, il entendit un long hurlement de terreur et de chagrin, qui s’acheva sur un sanglot désespéré.

 

~ ~ ~

 

NOTES DE L’AUTEUSE :

[1] : En gros, pour Aphro, Chevalier d’Or = Grosse Brute. Tapezpasc’estpasmoic’estlui !!! Tapezpaaaaas !!!

[2] : Hé ben, il a pas peur de se les faire piquer… En même temps, pour vouloir voler quelque chose à un Chevalier d’Or, faut pas être très fut-fut… *planque le casque de l’armure des Gémeaux derrière son dos et fait quelques pas en arrière l’air de rien, avant s’éloigner précipitamment en "admirant" sa prise et en grommelant* Bon, au moins, ça, ils n’en ont pas besoin… ça m’étonnerait qu’ils viennent me le reprendre, si ? *sursaute puis en regardant partout comme une parano*

[3] : Que je ne connais aaaaabsolument pas, par ailleurs ^^ (est-ce que ça existe, au moins ???)

[4] : Nan, on est pas à Cannes… Quoique… *imagine Saga et Kanon en stars de cinéma et Aldé en garde-du-corps-oreillette-costard-lunettes-noires* Mhuhuhu…

Niaaaaaaahaha, ben pour une fois mon chapitre se finit en cliffhanger, yark yark ^^ Et encore, je comptais m’arrêter au « Il fallait qu’il le fasse. Maintenant », mais ça faisait vraiment trop court… Et puis là c’est bien. Vouip.

Rhoooo, un chapitre sans lemon, est-ce encore possible ? Eh vi, la preuve… ^vv^ Quoi, vous pensiez que Kanonichou allait passer à la casserole là-maintenant-tout-de-suite ? Mais qu’est-ce qui vous dit que ça va arriver, d’abord ? (bon, d'accord, à part l'avertissement au début de la page qui dit « attention coupling LokixKanon...)

Bon sinon, désolée pour le poncif de l’agression (c’est au début du chapitre, je rappelle ^^), mais… j’adore ce genre de scène, j’en mets dans toutes mes fics et à toutes les sauces (si je ne l’avais pas dit, est-ce que quelqu’un l’aurait remarqué ? Oo;; Qu’est-ce que c’est que cette forêt de doigts levés ?!?)

A suivre : La réaction de Kanon, pardi. Ben vi. (comment ça, « spoiler de m**** » ???) Et puis on saura aussi d’où provenait ce cri…

Bizouilloux niarkniarkeurs.

Alake.

 
 
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