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Fiqueuse : Alake Titre : Space Dementia Chapitre : Vingt-et-unième : Offrande Base : Sainnnnnt Seiyyyyyyaaaaaa Disclaimer : Patamoa. Snif. Sauf Kyky, Nana, ‘Len et Lena, et le grovilainbo Sujan. Re-snif. Genre : Romance, Angst, Yaoi, Nawak et Kawaii. Rating : NC-17 Avertissement : ‘Tention, coupling plus-que-choquant, yaoi, lemon et tortures mentales… Comment ça, je suis un monstre ?!? Spoiler : Quelle va être la réaction de Kanon ? Sera-ce celle à laquelle tout le monde s’attend ? Qu’est-ce que le Loki a encore dans sa manche ? (à part son bras bien entendu, lol) CHAPITRE 21
OFFRANDE Le cri ne s’était pas encore tari que Kanon avait bondi sur ses pieds, avec aux lèvres un seul mot : – Kyrien ! Quelques secondes plus tard, il s’asseyait au chevet de la fillette qui était en train de se tordre en tous sens comme si elle était possédée, tout en sanglotant : – Non… ne… pourquoi… morts… tous… nooooonnnnn… – Kyrien ? Kyrien, réveille-toi, ma puce, dit l’ex-Dragon des Mers d’une voix douce mais ferme, tout en la secouant légèrement. Loki, qui l’avait suivi, reconnut tout de suite la griffe de Sujan. Pris d’une rage incoercible, il contacta son créateur et rugit mentalement : – QU’EST-CE QUE TU FOUS ?!? La voix ennuyée de l’entité lui répondit sèchement : – Je croyais t’avoir déjà dit de te mêler de tes affaires. Kyrien ne se réveillait pas, emprisonnée dans son cauchemar. L’ex-Marina l’appela un peu plus fort. – Figure-toi que c’est ce que je fais ! Tu es en train de tout ficher en l’air !! trépigna l’Autre. S’il me file entre les doigts, ça sera de TA faute !! Un rire sec résonna dans son crâne. – Comme c’est pratique, hein ! Soit ! Je me retire. De toute manière, ça ne changera rien pour la petite… La présence était en train de s’évanouir lorsque Loki protesta : – Et tu crois que ça va me le mettre dans un état d’esprit favorable, de voir son élève comme ça ?!? La voix du Gémeau, qui tentait toujours de réveiller la jeune fille, contenait à présent une note presque imperceptible de panique. Sujan gronda de fureur dans son esprit, mais l’Autre tint bon. Il lui fallait vraiment des conditions parfaites pour réussir. – Dans ce cas, tu as intérêt à mettre cette nuit à profit, persifla la voix en se retirant, pour de bon cette fois. Alors les traits de Kyrien se détendirent. Ses paupières papillonnèrent un moment, puis s’ouvrirent tout grand, et elle se redressa brusquement pour se jeter dans les bras de son Maître, tremblante. [1] – Chhhht… doucement, murmura-t-il en lui caressant les cheveux d’un geste apaisant. C’est fini. Ce n’était qu’un mauvais rêve… Calme-toi… Elle s’accrocha à lui de toutes ses forces, sanglotant violemment. Visiblement à bout de forces, elle leva sur lui un regard où se mêlaient soulagement et désespoir. – Vous… vous êtes vivant, vous… Elle eut un hoquet et se mit à essuyer son visage de ses mains déjà humides, mais ses larmes coulaient sans discontinuer, réduisant ses efforts à néant. L’ex-Marina, voyant qu’elle était en train de s’énerver contre elle-même, l’immobilisa en saisissant ses poignets ; puis il balaya lui-même les rivières de chagrin des joues de la novice, tout en continuant à lui parler doucement, comme à un animal apeuré : – Tu vois ? Tout va bien… c’est fini, tu ne crains plus rien… là, calme-toi… Elle revint lentement à la réalité et finit par s’arrêter de pleurer. Poussant un long soupir tremblant, elle déclara avec une grimace : – J’aimerais bien ne pas avoir besoin de dormir… – Comme je te comprends, lui répondit Kanon, tout en jetant un regard accusateur à Loki, qui répliqua d’un grand sourire. Cependant il faut quand même dormir un minimum. Tu veux que je reste jusqu’à ce que tu t’endormes ? – Je veux bien, fit la fillette en se rallongeant alors que le Chevalier remontait la couverture jusque sous son menton. Les doigts graciles se resserrèrent sur la main chaude et rassurante de l’ex-Dragon des Mers, et Kyrien ferma les yeux avec toute la lassitude que pouvaient amener d’innombrables nuits interrompues. Quelque chose lui fit relever les paupières : l’Autre avant posé une main sur son front et se pencha vers elle pour murmurer : – Ne t’inquiète pas. Ca passera bientôt. « Oui, ajouta-t-il mentalement. Bientôt tu ne rêveras plus de l’apocalypse, car elle sera devenue réalité. Mais tu ne seras plus là pour le voir… » La jeune fille hocha la tête, et lui adressa un pauvre sourire de remerciement. Cinq minutes plus tard, le Gémeau détacha avec précaution la main de son élève de la sienne et se releva tout aussi prudemment. La novice était profondément endormie. Loki le suivit sans un mot hors de la chambre. Lorsqu’ils furent dans le couloir, l’ex-Marina l’empoigna à la gorge d’un geste vif, le plaqua brutalement contre le mur et sans lui donner le temps de protester, gronda d’une voix lourde de menaces : – Jure-moi que ce n’est pas toi qui lui fais faire ces rêves. – On se calme, répliqua l’Autre d’un ton neutre. Non, ce n’est pas moi qui ai provoqué ça. Evidemment, Kanon ne pouvait pas savoir que c’était grâce à lui que le rêve s’était arrêté. D’ailleurs, il était inutile, voire dangereux de le lui dire : dans le meilleur des cas, l’ex-Dragon des Mers ne le croirait pas ; dans le pire, il se mettrait à poser tout un tas de questions sur comment il le savait, et pourquoi il ne le lui avait pas dit avant, et qui c’était ce Sujan, et qu’est-ce qu’il avait à voir avec Kyrien… Le désastre le plus complet, quoi. Sans compter la question la plus gênante : « Pourquoi l’as-tu aidée, cette fois-ci ? » « Mais mon cher Kanon, c’est pour que tu aies l’esprit libre et tout entier tourné vers tes propres problèmes… » Non, il ne se voyait vraiment pas lui répondre ça. Alors il se contenta de soutenir calmement le regard perçant qui semblait vouloir déterminer s’il mentait ou non. Eh bien, qu’il s’en donne à cœur joie ! Pour une fois, il était blanc comme neige. Ce qui ne lui plaisait d’ailleurs qu’à moitié, mais bon. L’ex-Marina semblait avoir décidé qu’il ne mentait pas, aussi relâcha-t-il légèrement l’étau de sa main. Puis il formula sa question suivante : – Alors comment as-tu fait pour que ça s’arrête ? – Pardon ?! s’étrangla à demi Loki, à la fois à cause de la sensation de l’air circulant à nouveau dans sa trachée et de la question beaucoup trop perspicace du Chevalier. Qu’est-ce que tu veux dire ? – Ne me prends pas pour un imbécile. Je n’arrivais pas à la réveiller, et puis tu as fait un truc bizarre avec ton cosmos, et pouf ! tout était terminé. « La poisse ! » s’écria mentalement l’Autre. Il avait cru le Gémeau trop occupé pour s’apercevoir de son petit dialogue avec Sujan… Bon. Autant ne pas s’éloigner trop de la réalité… – J’ai souvent fait ce genre de rêves. Je sais comment ils fonctionnent. Je l’ai juste un peu aidée. – Je ne t’ai pas senti te servir de l’Illusion Diabolique, objecta Kanon, détournant de lui-même la conversation, au grand soulagement de son interlocuteur. – Encore heureux ! s’écria celui-ci. Tu me prends pour un crétin ? Enflammer mon cosmos ici reviendrait à courir d’un Temple à l’autre en braillant : « Youhou ! Je suis revenu !! Des volontaires pour me faire la peau ?!? » – Tu ne me feras pas croire que tu es parvenu à entrer dans l’esprit de quelqu’un sans l’aide de l’Illusion… C’est impossible. « Bien sûr que si… si la personne en question a fait en sorte de pouvoir s’imposer dans ta psyché quand il en a envie, et que tu peux remonter le lien toi aussi, » répliqua mentalement l’Autre d’un ton las. Mais comme il ne pouvait lui dire ça, il se contenta de sourire avec suffisance et répondit : – Est-ce que tu m’as vu une seule fois lancer l’Illusion Diabolique sur toi, mon cher Kanon ? Et pourtant, j’ose croire que je me suis plutôt bien insinué dans ton esprit, pas vrai ? L’ex-Dragon des Mers le lâcha comme s’il s’était brûlé et recula de deux pas. Loki en profita pour se décoller du mur peu confortable et rajusta sa mise malmenée par son rustre de compagnon. Lequel se trouvait plongé dans une sorte de transe désespérée, le regard dans le vide, ses poings se serrant et se desserrant convulsivement. Un peu comme s’il hésitait entre coup de poing et caresse, décida l’Autre, qui le prit comme une preuve supplémentaire que son stratagème fonctionnait. Il ne se posa pas plus de questions et claqua de doigts devant l’ex-Marina, le ramenant à la réalité. Les deux hommes se firent face dans le couloir obscur. Et puis soudain, Kanon se jeta sur sa némésis. – C’est pas bon, c’est pas bon, c’est pas boooon, chantonna Dokho sans la moindre joie en relisant pour la troisième fois la page qui avait retenu son attention. – Quoi donc ? s’enquit Shion, levant la tête de son propre ouvrage. Eux non plus ne s’étaient pas attardés à la garden-party, provoquant par ailleurs torrents de larmes et cris de désespoir de la part d’Aphrodite qui craignait que sa soirée ne soit un fiasco total. Ce ne fut donc qu’après avoir rassuré le Chevalier des Poissons qu’ils purent enfin s’éclipser pour revenir au Temple du Grand Pope compulser quelques bouquins avant d’aller se coucher. – Me disais bien que j’avais déjà lu ce nom-là quelque part, fit le Chinois en désignant la page à son amant penché par-dessus son épaule, et dont les mèches folles lui chatouillaient la joue. Les yeux améthyste de l’Atlante s’agrandirent de stupeur à mesure qu’il parcourait les lignes. Sujan était un Autre… le même nom, seul l’ordre des lettres changeait [2], et pourtant… la divinité dont il était issu était depuis toujours l’allié d’Athéna, certains Chevaliers étant même placés sous la tutelle conjointe des deux dieux bénéfiques… Shion poussa un soupir de dépit et de lassitude mêlés. – Bon sang, si même les divinités se mettent à avoir des doubles maléfiques… – On est vraiment mal barrés, compléta le Chevalier de la Balance. Le menton du Bélier était appuyé sur une de ses épaules ; il attrapa la main qui reposait sur l’autre et enlaça leurs doigts, les serrant avec force. Et il se promit que quoi qu’il advienne, il ne laisserait pas la guerre et ses conséquences les séparer. Pas cette fois. Plus jamais… Cette fois, Loki s’y attendait ; il ne fut donc pas surpris par l’assaut – non. C’est ce qui vint après qui le stupéfia un instant. Kanon l’embrassait. C’était un baiser dur, violent, fait pour blesser plus que pour donner du plaisir. Mais ce n’en était pas moins un baiser. Un qu’il n’avait pas dû gagner de haute lutte en maniant avec finesse la carotte et le bâton, par-dessus le marché. Enfin, pas aussi évidemment que d’habitude, en tous cas. Ce qui ne voulait pas dire non plus que l’ex-Dragon des Mers lui offrait ce baiser de sa propre volonté, en tant que gage d’amour éternel et autres romantiques fadaises qui retournaient l’estomac du démon. Non, le Gémeau avait compris que c’était le seul moyen de faire cesser ses rêves à lui. Il n’avait pas pris la peine de demander ni confirmation, ni preuve, ni s’il y avait un autre choix : connaissant Loki, ç’eût été du temps perdu. Cependant ces manières un peu cavalières ne convenaient pas à l’Autre. L’ex-Marina se comportait comme s’il était en terrain conquis et il était grand temps de lui faire comprendre que la situation n’était pas telle qu’il l’imaginait. Pas du tout, même. Il repoussa donc son assaillant avec vigueur, légèrement essoufflé – bon sang ce qu’il embrassait bien, quand même –, et lui ordonna de se calmer pour la deuxième fois en dix minutes. – Quoi, c’est toi qui joues les vierges effarouchées, maintenant ? railla Kanon pour cacher son trouble. Je croyais que c’était ce que tu voulais ? Il avait décidé d’en finir une fois pour toutes, et avait opté pour un comportement à l’opposé de celui de ses rêves. [3] Mais le couloir sombre, l’absence du moindre son dans le Temple, lui rappelaient douloureusement la tendre et douce obscurité, faisant naître au creux de sa poitrine une envie qu’il savait insatisfaisable. Il aurait aimé voir Loki agir en tant qu’être à part entière, et non pas comme l’ombre de Saga… La pensée de son jumeau lui tira une grimace intérieure. « Saga… pardonne-moi, mon frère. J’ai lutté, j’ai résisté… mais si je ne le fais pas, c’est à l’asile que tu vas me retrouver. Ou en bas d’une falaise. » Cela pouvait passer pour de l’égoïsme, mais ce n’en était pas. C’était simplement de l’instinct de survie. Ce que l’on ignore ne peut pas nous faire de mal, n’est-ce pas ? Et l’ex-Dragon des Mers se jura que jamais son jumeau n’apprendrait qu’il… qu’il… « Oh, Athéna. Je ne peux pas faire ça… » Juste une fois, et il serait débarrassé de ces rêves qui hantaient ses nuits. Rien qu’une fois… et son âme serait entachée à tout jamais de ce crime. Il émit un reniflement de mépris envers lui-même. Quelle importance ? Son âme était déjà si noire qu’il doutait que le reste de sa vie soit suffisant pour la laver entièrement. Cependant si sa faute éclaboussait Saga, c’était différent. Avait-il le droit de lui faire porter ce poids en plus de tous les autres ? Cela comptait-il si ce n’était pas vraiment son frère avec qui il… faisait ça ? Car si au départ Kanon n’avait considéré l’Autre que comme la deuxième personnalité démoniaque de son aîné – un parasite, une maladie –, les longues heures qu’ils avaient passées ensemble avaient peu à peu modifié sa façon de penser. Sans se l’avouer vraiment, il avait parfois éprouvé de la pitié pour cet être qui n’était rien d’autre qu’une âme piégée dans un corps qui n’était pas le sien, obligé d’agir, de penser sans le moindre libre arbitre. Un esclave. Loki n’était qu’un esclave. De qui ? Pourquoi ? Cela restait un mystère pour Kanon. Et puis il y avait eu les rêves, durant lesquels la passion était venue offrir un contrepoint à la compassion. Voire même un complément. Pendant qu’il se faisait ces réflexions, l’Autre s’était rapproché et lui murmura à l’oreille : – C’est juste, mais… je veux simplement pouvoir apprécier à sa juste valeur ce… cadeau que tu me fais… (Il fit jouer sa langue autour du lobe et sussura :) Ouvre un Triangle… L’ex-Marina obtempéra, envahi par la très désagréable sensation qu’il n’allait pas tarder à perdre tout contrôle sur la situation. Sensation qui s’accentua lorsqu’au terme d’un voyage dimensionnel de quelques secondes, ils émergèrent dans un décor que le Gémeau connaissait déjà. C’était le salon où Loki lui avait fait son… petit spectacle, seulement quatre nuits auparavant. Un frisson le parcourut, mais il ne savait pas ce que c’était – peur, excitation, dégoût ou les trois mêlés ? Il resta immobile, la tête emplie des souvenirs ce de soir-là, alors que son compagnon se dirigeait comme à son habitude vers le bar. L’Autre revint et lui tendit un verre que le Chevalier refusa : – Tu ne me feras pas boire une goutte d’alcool ce soir. – Oho, voyez-vous ça ! railla le démon tentateur. On veut garder la tête froide ? Ne pas se laisser charmer, griser, enivrer ? « Non. Non. Surtout pas, » répliqua mentalement Kanon, mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Il ne ferait pas ce plaisir à Loki – il tenait à garder intacte la minuscule parcelle de dignité qu’il lui restait. – Tu as raison, reprit sa némésis avec un sourire féroce, posant la coupe sur la table basse. Je m’en voudrais que l’alcool… altère tes capacités. Après avoir lancé un regard appuyé en direction d’une certaine partie anatomique de son interlocuteur, il vida cul sec son propre verre, puis le lâcha au hasard. Le récipient de cristal rebondit sur l’épais tapis avant de roule sous un siège. Une agréable chaleur lui réchauffa l’estomac, simple flammèche face au brasier qui grondait au fond de lui. Faisant taire le besoin impérieux de satisfaire son désir, il resta immobile, attendant la suite. Qui tardait à arriver. Le Dragon des Mers n’était-il pas censé s’offrir ? Par tous les dieux, il fallait vraiment tout faire soi-même… Le Gémeau s’était à nouveau enfermé dans ses pensées, et en avait oublié tout le reste. Aussi fut-il totalement pris au dépourvu quand il sentit le corps brûlant de l’Autre se presser contre le sien. Des mains aventureuses s’insinuaient déjà sous sa tunique, tandis qu’une bouche affamée redécouvrait la douceur de son cou. Il se raidit instinctivement, plus indécis que jamais. Il avait beau se répéter toutes les raisons qu’il avait de céder à Loki, son esprit se rebellait. Et lorsqu’il se tournait vers l’éventualité de planter l’Autre là et de fuir à toutes jambes, c’était son corps qui protestait avec vigueur. Alors, déchiré entre ces deux possibilités tout aussi irréalisables l’une que l’autre, il restait immobile, incapable de faire le moindre geste – que ce soit pour participer ou pour battre en retraite. L’Autre s’écarta légèrement et, l’air ennuyé, poussa un soupir, chassant les quelques mèches qui lui tombaient dans les yeux. – Dis donc, fit-il d’un ton où perçait une pointe de reproche, je sais bien que j’ai dit « offre-toi à moi », mais si tu es aussi réactif qu’une poupée gonflable, je ne suis pas sûr d’apprécier… Cette remarque un peu cinglante eut le mérite de tirer Kanon de son apathie. – Excuse-moi de me demander encore si j’ai fait le bon choix, répliqua-t-il, acide. – Ah, parce que tu penses avoir un choix à faire ? L’ex-Marina étrécit les yeux. – Je le croyais, oui. Explique-toi. – Tu oublies trop souvent que c’est moi qui ai toutes les cartes en main. Toi qui connais la puissance de l’Illusion, tu devrais savoir qu’il n’existe aucun moyen de passer outre. Crois-tu que tes rêves s’estomperont avec le temps ? (Il s’approcha à nouveau et lui souffla à l’oreille :) Ils vont empirer, au contraire… Le Gémeau frémit. La corniche s’effrita encore un peu plus sous ses pas, léchée par les flammes de l’abîme de gauche. – Et qu’est-ce qui me dit que ça s’arrêtera si je fais… ce que tu demandes ? Un petit sourire satisfait étira les lèvres de Loki. – Moi, je te le dis. – Et tu n’as rien trouvé de moins rassurant ? – Ai-je manqué à ma parole, depuis notre contrat ? protesta l’Autre, un air peiné plaqué sur son visage. L’ex-Dragon des Mers allait lui asséner un « Bien sûr que oui !!! » bien senti, lorsqu’un doute le prit. Loki avait failli manquer à sa parole un nombre incalculable de fois, il l’avait menacé tout aussi souvent de le faire, mais il ne l’avait jamais vraiment fait. Ou en tous cas, pas directement. – Nan, finit-il par grogner, dépité. – Alors de quoi te plains-tu ? Kanon laissa échapper un petit rire crispé, voire hystérique. – De quoi je me plains ? De quoi je me plains ?!? Je suis là, dans une dimension lambda, en train de me demander si je vais ou non accepter tes avances alors que tu viens juste de me dire que tu avais tout prévu pour que je ne puisse pas les refuser, et tu me DEMANDES DE QUOI JE ME PLAINS ?!??? – Ca pourrait être pire, franchement. Je pourrais être en train de te violer. – ALORS POURQUOI TU NE LE FAIS PAS !? hurla le Gémeau. – Je te l’ai déjà dit : ça me répugne. Mais si tu insistes, je peux très bien changer d’avis… L’ex-Marina réalisa alors son erreur. Le regard de Loki s’était voilé et son sourire s’était fait encore plus dangereux. Semblable à un fauve aux aguets, il avait l’air prêt à sauter sur sa proie dans la seconde. La proie en question déglutit avec difficulté, mais parvint à adopter un ton acerbe pour répliquer : – Eh bien vas-y, alors, comme ça j’aurai la confirmation que tu es un monstre ! – Quoi, il te faut une preuve ? Tu n’en es pas encore persuadé ? La voix du démon ne contenait pas la moitié de l’ironie acide que l’ex-Dragon des Mers s’attendait à y trouver. Il considéra sa némésis avec attention, nota quelques détails pour plus tard – quand il aurait le temps de les analyser – et répondit calmement : – Non. – Alors tu es un imbécile, fit l’Autre, mais encore une fois, il manquait dans son ton l’agressivité nécessaire à ce genre de réplique. Il avait l’air… presque las. Un esclave… – Vraiment ? Son calme retrouvé, Kanon avait compris que Loki était tout aussi prisonnier de l’affaire que lui – peut-être même plus. – Ne me regarde pas comme ça ! cracha soudain l’Autre, reculant d’un pas. – Comme quoi ? – JE NE VEUX PAS DE TA PITIE !!! hurla-t-il, le visage convulsé de rage. – C’est pourtant tout ce que tu auras, répliqua le Chevalier d’une voix égale qui attisa la fureur de son compagnon. – C’est ce qu’on va voir, gronda le démon, avant d’écraser les lèvres de Kanon sous un baiser vengeur. Il avait eu l’intention de punir cet irritant individu – au départ, du moins. Mais le désir prit vite la place de la colère, et le baiser s’approfondit. Loki nota avec satisfaction que l’ex-Marina semblait un peu plus réactif, même s’il ne participait pas encore vraiment. Ce n’était qu’une question de temps, décida-t-il, entreprenant de pousser sa proie vers le large fauteuil où il l’avait fait asseoir la dernière fois – peut-être cela lui rappellerait-il des souvenirs… Le Gémeau avait fini par prendre sa décision. Plus que son envie d’être débarrassé de ses rêves, plus que le désir qui courait en rivières de feu dans ses veines, ce qui l’avait convaincu était l’intime conviction que l’Autre en avait besoin. Autant, voire plus que lui. Bien plus même, à en juger d’après l’ardeur qu’il mettait dans ses baisers. L’ex-Dragon des Mers sentit ses mollets buter contre le bord du fauteuil et s’y laissa tomber. Loki lui adressa un regard indéchiffrable, puis s’installa à califourchon sur les genoux de sa proie et se mit en tête de lui ôter sa tunique. Une fois l’offensante pièce de tissu au loin, il se pencha pour enfouir son visage dans l’abondance chevelure turquoise et fut presque surpris de sentir les bras de Kanon s’enrouler lentement autour de lui. Il mordilla la base du cou et l’étreinte se resserra un peu, alors que l’ex-Marina tournait la tête pour lui offrir un meilleur accès. Loki ne se fit pas prier et fit glisser sa langue jusqu’à la clavicule, remonta ensuite vers l’oreille, derrière laquelle il déposa un baiser. Il nota le frisson qui parcourut le Chevalier, mais ne daigna pas croiser son regard pour savoir quelle émotion il véhiculait. Les mains jusqu’alors immobiles se mirent en mouvement, avec quelques hésitations, et il sut qu’il avait gagné une bataille de plus : le Gémeau s’était mis à le caresser. Lui-même laissa courir ses doigts contre les flancs de sa victime – qui n’en était plus une. Un soupir s’échappa de la bouche entrouverte de l’ex-Dragon des Mers et l’Autre ne résista pas à l’envie de lui voler un autre baiser. Cependant Kanon ne le laissa pas faire : il captura lui-même les lèvres de sa némésis et l’embrassa avec une telle ardeur qu’ils en eurent tous deux le tournis. Ils se séparèrent de quelques centimètres et leurs regards se croisèrent, turquoise enfiévré de désir et azur sanguin voilé par la passion. Loki se leva, s'arrachant à la chaude étreinte de son compagnon, pour se dévêtir en hâte. L'ex-Marina ne le quittait pas des yeux, se mordillant la lèvre d'impatience. Il repensa soudain à cette nuit où il avait été forcé d'admettre son attirance envers l'Autre ; la situation était quasiment la même, tout en différant fondamentalement. Il avait souffert alors, torturé par ses rêves, ses désirs inavouables et un profond dégoût de lui-même. Mais cette fois-ci, il se sentait léger, délivré de tous ces poids et plus encore : il avait l'impression de bien agir. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la satisfaction d'accomplir quelque chose de juste parvenait pour l'instant à tenir morale et culpabilité à l'écart. Loki s'avança, magnifique dans toute sa glorieuse nudité. Il se laissa admirer un moment puis, s'agenouillant en face du fauteuil, il saisit les jambes du Gémeau et le tira vers lui. L'ex-Dragon des Mers glissa contre le dossier et se retrouva à moitié allongé, un genou de chaque côté des hanches de sa némésis. Celui-ci s'attaqua à son pantalon, au grand soulagement de Kanon qui commençait à s'y trouver à l'étroit, et se pencha en avant pour saisir entre ses lèvres une fleur pâle qu'il agaça de la langue et des dents jusqu'à ce quelle prenne une teinte framboise. Il fit subir le même traitement à sa jumelle tandis que ses mains s'affairaient toujours à libérer l'ex-Marina de sa prison de tissu avec une lenteur toute calculée, et force frottements en apparence maladroits – mais qui en réalité n'étaient là que pour arracher des gémissements à la gorge de sa victime ô combien consentante. Celui-ci avait agrippé les accoudoirs et s’y accrochait comme aux dernières bribes de sa raison chancelante. Il avait conscience que ce n’étaient que de simples préliminaires mais il se sentait déjà sur le point d’exploser de désir et de frustration mêlés. Le talent diabolique de l’Autre lui laissait entrevoir des délices infinis, tout en les maintenant hors de sa portée. Et, par tous les dieux, c’était la plus douce torture qu’il ait jamais connue. Le démon lui ôta enfin ce pantalon qu’il s’était mis à haïr et revint se placer entre ses cuisses, plus près cette fois. Penché en avant, il se frotta contre chaque parcelle de peau qu’il pouvait atteindre, déposa une ligne de baisers sur la gorge offerte, puis glissa sa langue entre les lèvres entrouvertes à la recherche d’une compagne de danse. Les mains du Gémeau quittèrent les accoudoirs meurtris ; l’une d’entre elles se perdit dans la chevelure couleur cendre pour approfondir encore le baiser, tandis que l’autre redessinait chaque muscle du dos de Loki comme s’il voulait l’apprendre par cœur. L’Autre s’était mis à onduler du bassin à un rythme lent, frottant leurs membres brûlants l’un contre l’autre en un délicieux supplice, sans cesser ses caresses tour à tour légères ou plus appuyées. Kanon enroula ses jambes autour des hanches de sa némésis – qui s’était pour l’heure transformé en amant – pour le rapprocher encore de lui, pour combler ce vide et apaiser cette faim qui lui embrasait les reins. En réponse, Loki mit fin au baiser qu’ils partageaient. Il parcourut du bout des doigts les lèvres gonflées de l’ex-Dragon des Mers et celui-ci, saisissant le message, les prit dans sa bouche avec un gémissement étouffé et un désir non dissimulé. L’Autre les lui laissa un instant, appréciant la caresse de la langue habile, avant de les envoyer vagabonder vers le bas alors qu’il s’emparait à nouveau des lèvres avides du Chevalier. L’ex-Marina émit un râle de plaisir et d’inconfort mêlés quand les doigts humides s’insinuèrent en lui et se mirent à bouger, le préparant à l’arrivée de quelque chose de plus imposant. Les doigts disparurent soudain, ne laissant qu’une terrible sentiment de manque. Kanon protesta d’un grognement alors que Loki relevait la tête, le privant également de sa bouche. Il ouvrit néanmoins les yeux à l’appel de son nom, et tomba dans les prunelles obscures, presque noires de désir, de son amant. – Passé ce point, il n’y aura plus de retour en arrière, murmura l’Autre d’une voix rauque, le souffle court, en se préparant à prendre possession du corps du Gémeau. L’ex-Dragon des Mers faillit sourire. Il était surpris que le démon tentateur lui demande, fût-ce de manière détournée, son consentement. Mais cela faisait longtemps qu’il avant dépassé le point de non-retour… et la sensation de ce membre ardent tout contre son intimité ne faisait rien pour le retenir d’aller plus loin, bien au contraire. Il se redressa sur un coude et empoigna de l’autre main la nuque de Loki. – Je sais, répondit-il simplement avant de lui offrir ses lèvres. L’Autre n’eut pas besoin de plus : il agrippa les hanches de son amant et entra en lui d’une seule poussée. Alors que l’ex-Marina se raidissait sous l’assaut, il lui mordit violemment la lèvre, étouffant son cri de douleur. Kanon accueillit cette nouvelle souffrance comme une distraction presque bienvenue face à celle, insoutenable, qui occultait tout plaisir. Loki s’immobilisa et passa sa langue sur la meurtrissure pour effacer la douleur qui refluait également ailleurs, laissant place à la satisfaction de sentir cette lance de chair palpiter doucement en lui. Puis le démon se retira lentement et le plaisir revint en force, vague de volupté qui chassa les dernières bribes de souffrance. Le front humide de sueur, l’Autre gémit en s’insinuant à nouveau dans cet écrin d’une étroitesse délicieusement torturante. Changeant subtilement son angle d’attaque, il effleura un point intérieur qui arracha un râle au Gémeau. Des étoiles envahirent le champ de vision de l’ex-Dragon des Mers alors qu’un éclair de jouissance le traversait d’un bout à l’autre. Un nouveau coup de rein provoqua la naissance d’un cri dans sa gorge, mais la douleur était bel et bien partie, et ce fut un cri de plaisir. Alors Loki se mit à aller et venir à un rythme irrégulier, paresseux, d’autant plus envoûtant que l’ex-Marina ne pouvait prévoir la fréquence des assauts – seulement les attendre, les apprécier, et le faire savoir. Mais cela ne pouvait continuer indéfiniment ; l’Autre accéléra progressivement et Kanon fut emporté dans un tourbillon de sensations brûlantes. Arrivant au bout de son endurance, son amant plongea une dernière fois au plus profond de lui et explosa avec un cri rauque. Le Gémeau le sentit tressaillir et pulser au creux de ses reins, et cela fut presque suffisant pour l’amener lui aussi à l’extase. Presque. Loki s’effondra sur lui, encore frémissant de plaisir, le souffle court. Quelques instants plus tard, il se retira, offrant à Kanon un dernier soubresaut de délice qui s’estompa bien vite, laissant place à une frustration immense. Qu’il sembla ignorer royalement en se laissant glisser le long des cuisses tremblantes de son amant insatisfait pour s’asseoir sur le tapis, visiblement ravi et un tout petit peu fatigué. Et lorsqu’il croisa enfin le regard tout à la fois brûlant de désir, glacé de dépit et teinté d’une pointe d’incrédulité, il eut un petit sourire et murmura d’une voix suave : – C’était pas mal… – Ca je n’en sais rien, grogna le Chevalier entre ses dents serrées. C’était encore pire que de se réveiller d‘un de ses rêves inachevés… Une douleur physique lui mordait les entrailles, amplifiée par la déception – mais à quoi s’attendait-il au juste ? A ce que l’Autre se transforme en une sorte de… de… prince charmant ?! Ridicule !! Totalement ridicule, et… et grotesque, et… désespéré. – J’aurais dû m’en douter, grommela-t-il. Il se rassit un peu mieux dans le fauteuil et ramena ses genoux contre sa poitrine, à la fois pour cacher la preuve flagrante que son corps, lui, n’avait pas perdu ses illusions, et pour tenter de chasser le froid intersidéral qui l’avait envahi. Des mains chaudes se refermèrent sur ses chevilles et voulurent lui faire déplier les jambes, mais il résista, s’accrochant aux derniers lambeaux de sa fierté déchirée. – Tu comptes rester dans cet état-là ? s’enquit Loki, arquant un sourcil interrogateur. Surpris, Kanon en oublia de s’opposer à la poigne de sa némésis et laissa glisser ses talons sur le velours du coussin, dévoilant son membre encore brûlant d’attente. L’Autre l’examina d’un œil critique et dit : – Tu n’as pas besoin de moi pour ça… – Quoi ?! s’étrangla à demi l’ex-Dragon des Mers, cloué par l’intensité de son regard. – Tu peux très bien le faire tout seul, précisa celui-ci en appuyant son menton sur ses mains jointes, ses coudes posés sur les genoux de son amant. – Tu… quoi ?!? répéta le Gémeau, pas sûr de bien comprendre et, pour tout dire, espérant avoir mal compris. Mais pour toute réponse, la main de Loki s’empara de la sienne et la déposa là où le désir palpitait d’impatience. Donc, il avait bien compris. Une fureur aussi bouillante que le besoin qui le dévorait s’empara de l’ex-Marina, et il chassa la main insolente d’un geste brusque. – Je ne vais pas faire ça, grinça-t-il. Surtout pas devant toi. Une lueur de gourmandise s’alluma à nouveau dans les prunelles obscures du démon. – Ah non ? Il se remit à genoux, puis se pencha lentement en avant et effleura du bout de la langue le membre qui se dressait vers lui en une supplique muette. Il leva les yeux et reprit d’autorité les doigts de Kanon, qu’il enroula autour de sa virilité. Puis il les incita à bouger tout en les maintenant fermement en place… – Pas même si je… t’aide un peu ? Un autre coup de langue ponctua la phrase, et le mouvement. Les doigts tressaillirent. – Hnngh… pas… haaaa... ques… tion… haleta l’ex-Dragon des Mers. Mais déjà toute pensée cohérente avait déserté son esprit, et il ne savait plus quelle était cette chose qu’il ne voulait absolument pas faire… La main impérieuse l’avait lâché, le laissant continuer de sa propre initiative, mais il y avait toujours cette bouche, cette langue si chaude, si douce… qui l’encourageait, le poussait plus loin encore dans l’abîme aux flammes enivrantes… Il ne lui fallut que quelques minutes – trop courte éternité de délices – pour atteindre un orgasme d’autant plus fort qu’il avait cru devoir s’en passer. Loki le vit se raidir, le dos arqué, la tête rejetée en arrière, et le trouva d’une beauté à couper le souffle. Bien sûr, il avait un physique parfait : c’était le jumeau de Saga. Mais il possédait quelque chose de plus, quelque chose qui attirait les regards et lui conférait un charisme irrésistible autant qu’inconscient. Il n’était pas coquet pour deux sous, usait ses vêtements jusqu’à la trame et aurait été horrifié par la quantité de crèmes, baumes et autres produits de beauté qui traînaient dans la salle de bain d’Aphrodite… Et pourtant, il éclipsait la plupart des Chevaliers, qui étaient eux-même plutôt au-dessus de la moyenne humaine. L’ex-Marina se laissa retomber dans le fauteuil. Les dernières bribes du plaisir dansaient encore au fond de ses yeux mi-clos, desquels il observa l’Autre qui se relevait, s’étirait. Il admira sa grâce féline, la manière dont ses muscles d’acier roulèrent sous sa peau quand il récupéra le verre encore plein sur la table basse et le vida d’un trait. Loki revint ensuite vers lui et entreprit de l’extirper de son siège malgré ses protestations paresseuses. Il réussit à le mettre sur ses pieds et dirigea ses pas chancelants jusqu’à une double porte, qu’il ouvrit d’un coup de pied pour révéler une chambre absolument somptueuse. La vision du lit immense sortit le Gémeau de sa bienheureuse torpeur. Cependant, avant qu’il ait eu le temps d’émettre une quelconque protestation, son compagnon le poussa vers une autre porte, plus petite. – Qu’est-ce que… – Prends une douche, l’interrompit l’Autre. Il le planta là et disparut à nouveau dans le salon. Un instant hébété, Kanon se secoua mentalement et pénétra dans la salle d’eau, qui se trouvait être la plus somptueuse qu’il ait jamais vue. Quelques marches de marbre menaient à une baignoire aux allures de piscine qui s’étendait majestueusement au centre de la pièce ; sur la droite se trouvaient des vasques jumelles et un autre bassin, plus petit, dont les innombrables perforations le définissaient comme jacuzzi ; à gauche trônait une cabine de douche aussi vaste que la salle de bain du Temple des Gémeaux toute entière. Tout ceci était d’un luxe absolument indécent. [4] – Ben ça va, on ne se refuse rien, grommela l’ex-Dragon des Mers en croisant les bras. Il se rendit alors compte qu’il était encore à moitié couvert de sa propre semence. Frissonnant soudain, il se dirigea d’un pas résolu vers la douche, et se heurta à un problème de taille : s’il y avait bien une pomme de douche, les robinets manquaient manifestement à l’appel. – Super !! marmonna-t-il. Comment je fais, si je veux de l’eau, moi ? Aussitôt, un jet d’eau apparut devant lui. Il se souvint de comment l’ambiance se commandait dans le salon. Il tendit prudemment la main sous l’eau et la trouva agréablement tiède. – Un peu plus chaud ? demanda-t-il d’un ton hésitant. La douche se réchauffa un peu et, se prenant au jeu, il continua de la moduler de la voix jusqu’à ce qu’elle soit à sa convenance – presque brûlante. Il avança alors dessous avec un soupir de délectation. C’était si bon… enfin, pas autant que les caresses de Loki, mais… Quoi ?! Qu’est-ce qu’il était en train de penser ?!? Ca n’avait rien à voir !! Comparer cette douche délicieusement délassante avec les attouchements de ce… de ce… rustre qui ne se préoccupait même pas du plaisir de son partenaire… enfin si, mais juste à la fin, et après lui avoir fait croire qu’il… que… Il demanda du savon, rageur, et se mit à se frotter vigoureusement, comme pour se débarrasser du souvenir de ces mains si douces qui parcouraient sa peau, de ce corps chaud qui se pressait contre lui… Il sursauta et fit volte-face, réalisant que ces sensations n’étaient pas seulement le fruit de son imagination. L’Autre était là, à quelques centimètres de lui, un sourire un tantinet gourmand sur les lèvres. Il aurait dû s’en douter. Comment avait-il pu espérer, ne serait-ce qu’une toute petite seconde, que Loki le laisserait un peu tranquille ? Surtout à présent qu’il avait admis leur, euh… attirance réciproque ? Oui, c’était bien ça. Une attirance réciproque… et totalement irrésistible, se dit l’ex-Marina, troublé, alors que le démon tentateur le repoussait sur le côté pour se placer sous le jet avec un soupir d’aise. « Mais quel $%#§ !!! » s’insurgea mentalement le Gémeau en se le rendant compte qu’il venait de se faire proprement évincer de sa place. – Hé ! C’est MA douche ! protesta-t-il à voix haute, furieux. L’Autre ne lui adressa pas un seul regard ; il se contenta de passer ses doigts dans ses cheveux ruisselants en un geste incroyablement sensuel et répondit : – Et alors ? Kanon mit quelques secondes à retrouver le fil de la conversation, puis s’écria, plus en colère encore : – Et alors ? Alors, pousse-toi de là !!! Loki lui adressa alors un coup d’œil assorti d’un sourire qui voulait clairement dire « pousse-moi, toi, si tu l’oses ». Et cela mit l’ex-Dragon des Mers dans une rage noire. Il savait que l’Autre se jouait de lui. Il savait que c’était un piège, et même un piège grossier. Pourtant, avec un rugissement de fureur, il se jeta sur lui. Bien entendu, le démon avait prévu ce geste. Il se servit de l’élan de l’ex-Marina pour le plaquer entre le mur de marbre tiède et son propre corps brûlant, sous le jet d’eau. – Quoi, tu n’en as pas eu assez ? murmura-t-il en léchant les rivières transparentes qui couraient dans le cou de son amant. Je veux bien recommencer, moi… C’est en entendant la question clairement énoncée que le Chevalier s’aperçut que non, il n’en avait pas eu assez. Il avait à moitié espéré que se donner à Loki une seule fois serait suffisant pour satisfaire cette dangereuse fascination, ce désir si puissant… mais de toute évidence, ce n’était pas le cas. Son corps, comme en manque, s’arquait de lui-même à la rencontre de ces sensations si agréables… Ce n’était pas normal que ce soit si bon si c’était un crime, lui susurrait sa conscience, qui semblait changer d’avis comme de chemise – peut-être avait-elle compris qu’il était inutile de le raisonner, et tentait-elle de trouver des arguments logiques à ce comportement – oui… il savait être en train de faire une bêtise, mais cet étrange sentiment d’accomplir quelque chose de juste ne le quittait pas… même si l’Autre avait parfois le don de le faire sortir de ses gonds, comme c’était le cas en ce moment… d’ailleurs, pourquoi était-il en colère déjà ? se demanda-t-il vaguement tout en tentant de résister à l’assaut d’une langue taquine. Ah oui ! La douche. Il lui avait piqué sa place sous la douche… Avec un grognement, Kanon envoya au diable douche, place et rancœur pour se livrer tout entier à son amant – c’était la seule chose qui importait. La chaleur, et… les caresses, et… les gémissements qui s’élevaient de leurs deux gorges, tandis que ce démon si sensuel lui faisait redécouvrir encore une fois tous les aspects du plaisir qu’il pouvait lui apporter. Et se servait en retour, sans même prendre la peine de demander une quelconque permission, puisqu’il la savait accordée par avance. Car chaque murmure, chaque souffle échappé de la gorge de l’ex-Dragon des Mers était un acquiescement supplémentaire, et une promesse. La promesse de ne jamais plus l’empêcher de prendre ce qui était sien. En laissant Loki prendre à nouveau possession de son corps, librement et sans cette fois être soumis à quelque moyen de pression, Kanon scellerait le destin de leurs âmes. Mais il n’en avait pas conscience – et à vrai dire, il n’en avait vraiment rien à faire – alors que l’Autre s’éloignait de lui, le laissant pantelant, tenant à peine debout contre la paroi de pierre lisse. S’emparant de la pomme de douche, Loki dirigea le jet d’eau vers le corps frémissant de son amant. Il s’amusa à alterner douces caresses et massages brûlants jusqu’à ce que l’ex-Marina crie grâce. Le démon lâcha le jet, qui s’enroula de lui-même et reprit sa place au-dessus de leurs têtes, comme une chaude pluie d’été transperçant la vapeur qui saturait la petite pièce. – Qu’est-ce que tu veux, Kanon ? murmura l’Autre d’une voix qui, malgré le bruit de l’eau, parvint parfaitement aux oreilles du Gémeau. Celui-ci frissonna au son rauque de cette voix, sous ce regard noir de désir. Il tendit la main, accrocha les doigts de son amant et répondit : – Toi. C’est toi que je veux. Il l’attira à lui, l’accueillit entre ses bras. Il se laissa soulever, plaquer un peu rudement contre le mur, enroula doucement ses jambes autour des hanches tant désirées. Il tenta de maîtriser son impatience alors que Loki le préparait à le recevoir, puis poussa un cri de délice quand il sentit enfin la chaleur à la fois dure et soyeuse s’enfoncer en lui jusqu’à la garde, aidée par l’eau qui coulait tout autour d’eux. L’Autre le souleva un peu, puis le laissa glisser à nouveau le long de son membre en se mordant la lèvre pour retenir un gémissement de plaisir. Accroché à ses épaules, les doigts pris dans les longues mèches alourdies par l’eau, Kanon lui donna ses lèvres en offrande, scellant leurs bouches l’une à l’autre alors que le rythme de leur union accélérait, devenait presque frénétique. Faisant reposer tout le poids de l’ex-Dragon des Mers sur un seul bras, Loki glissa une main entre eux. Il trouva vite ce qu’il était venu y chercher et referma ses doigts sur le membre palpitant de l’ex-Marina. Celui-ci arracha sa bouche à celle de son amant pour gémir de volupté ; la main de l’Autre se mit en mouvement au même rythme que ses coups de reins, et quelques instants seulement de ce traitement eurent raison de la résistance du Chevalier. Loki sentit l’écrin brûlant de son compagnon se resserrer convulsivement autour de lui et son propre plaisir explosa, fantastique feu d’artifice magnifié par l’orgasme qui secouait encore Kanon. Epuisés, ils glissèrent au sol, toujours enlacés sous la douche qui n’avait pas reçu l’ordre de s’éteindre, dissimulés par les volutes de vapeur que leurs ébats torrides n’avaient rien fait pour dissiper. S’ils avaient pu rester ainsi, cachés pour l’éternité… mais c’était impossible. La réalité finirait par les rattraper, et alors… Alors… il faudrait l’affronter. Mais pas maintenant, pas ici. En cet instant, en ce lieu, ils étaient seuls. Et la conscience de Kanon, pour cette fois, le laissa en paix. ~ ~ ~ NOTES DE L’AUTEUSE : [1] : Je vais instaurer une taxe sur le câlinage par Dragon des Mers, moi. *se barre en grommelant* Kanon : Si tu la torturais pas tant, aussi… *serre très fort Kyky dans ses bras* [2] : Bon là, si vous ne trouvez pas… c’est que vous n'êtes pas doués en anagrammes (ou que vous ne connaissez pas la mythologie gréco-romaine, au choix XD) [3] : Heu… ça serait pas « fuir à toutes jambes » ou « le repousser avec vigueur », au lieu de « l’embrasser comme un sauvage » ??? Ayé, c’est officiel : mon Kanon commence à raisonner de traviole… (ai trop lu Improbabilités et Blue Lagoon, mwa...) [4] : J’adooooorerais avoir une salle de bain comme ça… ghaaaaaa… (Note à moi-même : éviter à tout prix d'amener Saga dans la Dimension Vocale sous peine de squattage illimité de salle de bain... XD) Aaaaah… ben j’y ai mis le temps, mais J’Y SUIS ENFIIIIINNN ARRIVEE !!!! Tudieu, coller ensemble Kanon et Loki, SANS faire de scène de viol et avec un touuuut pitit minimum de scénar derrière… C’est pas la chose la plus facile qui soit. Je dirais même que ça tient de la gageure… (ça vous étonne si je vous dis que j’adore les défis ?) Cependant, je trouve que je m’en suis plutôt bien tirée… en fait j’adore ce chapitre (ouais, je ne passe plus les portes depuis longtemps, comment vous avez deviné ? XD) Maintenant, la question qui se pose c’est : QUELLE va être l’attitude de Kanon lorsqu’il se rendra compte de… quelque chose qu’il semble avoir oublié, cette nuit… nieeeeeeeek niek niek… MUAHAHAHAAAAAA je suis démoniaque. (comment ça, « poseuse » ???) Vali valou, j’ajouterai qu’au cours de ce chapitre, j’ai dépassé 200ème page, personne n'en a rien à faire, c'est pas graaaaaaveuh... c'est la fic la plus longue que j'ai faite, et on n'en est qu'aux deux tiers environ... huhuhuhu. Bizouuuuuuux lemoniséééééééééés ! Alake (profitez-en, des lemons... là où j'en suis, y'en a plus beaucoup...) |