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au 09 Jan 09 :
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pour 1453 fics écrites
contenant 3722 chapitres
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Space Dementia
Par Alake
Saint Seiya  -  Romance
27 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 22     Les chapitres     2 Reviews    
Réflexion

Fiqueuse : Alake

Titre : Space Dementia

Chapitre : Vingt-deuxième : Reflexion

Base : Saint Seiya...

Disclaimer : C‘est beau, l’espoir…

Genre : Allez, par ordre alphabétique cette fois : Angst, Kawaii, Nawak, Romance, Yaoi. (sais plus quoi faire pour animer un peu ces notes de début de chapitre…)

Rating : NC-17. Ne serait-ce que pour le coupling-thème de la fic, alors si j’y rajoute le reste…

Avertissement : …genre la torture mentale, les scènes d’amuuuuuuur explicites et un zeste de gore, je pense que le rating est justifié. Non ?

Spoiler : Rheumph… Conséquences et réflexions… Plus sérieusement, un chapitre loooooong...

 

CHAPITRE 22

REFLEXION

 

Kanon s’éveilla le lendemain matin après quelques trop courtes heures de sommeil. Mais pour la première fois en deux semaines, il avait bien dormi. Il s’étira un moment, faisant jouer ses muscles encore un peu courbatus, puis se leva, mais ne sortit pas et resta là, à faire les cent pas.

Il redoutait de voir Saga, ne sachant comment il allait réagir face à son jumeau… Mais il ne pouvait pas s’enfermer dans sa chambre éternellement… cependant il n’avait pas envie non plus que sa conscience se réveille…

Et s’il continuait à tourner en rond, il allait finir par avoir le tournis. Il se rassit donc sur son lit.

Soudain, son dilemme trouva une réponse : la porte s’ouvrit et le visage de Saga apparut.

– Déjà réveillé ?

L’ex-Dragon des Mers se raidit, mais le profond dégoût de lui-même auquel il s’attendait ne vint pas.

– Moui, répondit-il, hésitant.

Il éprouvait tout juste un vague malaise en remarquant à quel point les corps de Loki et de son frère étaient semblables.

C’est alors que la réalité revint le heurter de plein fouet.

C’était le même corps.

Il avait… Oh, les dieux le pardonnent…

Une violente nausée lui retourna l’estomac.

La nuit précédente, emporté par… il ne savait quel sortilège, il avait choisi d’oublier que Loki partageait le corps de Saga. Mais à présent…

Il bondit sur ses pieds, bouscula presque son frère pour sortir de la chambre et s’éloigna en direction de la salle de bain en marmonnant une vague excuse.

Une fois enfermé dans la petite pièce, il jeta un regard haineux à la douche qui éveillait en lui des souvenirs honteusement torrides et contempla son propre reflet avec dégoût. Jamais il n’était tombé aussi bas… deux fois, en plus…

La première, décida-t-il, ç’avait été pour se libérer de ses rêves… mais pour la seconde, il n’avait absolument aucune excuse.

Aucune… si ce n’était le désir irrépressible de sentir à nouveau l’Autre en lui…

Horrifié par le tour que prenaient ses pensées, il secoua la tête en se demandant ce qui n’allait pas chez lui. Avec tous les splendides spécimens – hommes et femmes, il avait même le choix – qui peuplaient le Sanctuaire, il fallait que ce soit pour le… la chose qui… qui parasitait le corps de son frère, qu’il éprouve une attirance qui confinait à la folie.

Cette fois, c’était sûr : il était bon pour l’asile.

Il s’appuya au lavabo, le regard dans le vide. Bon sang, comment se sortir de cette situation ? Il s’était avancé trop loin, et ne voyait plus la sortie. Y en avait-il seulement une ?

Il connaissait la réponse : non, il n’y avait pas d’issue. Dans le gouffre de gauche, les mâchoires d’acier dissimulées par les flammes de la passion s’étaient refermées sur lui et il n’avait aucun espoir de s’en échapper. Il n’avait plus qu’à s’enfoncer irrémédiablement au milieu des soupirs, des caresses, des flammèches qui lui léchaient la peau…

Non ! Il ne se laisserait pas faire ! Il détruirait l’abîme, soufflerait les flammes, utiliserait toute la puissance de la Galaxian Explosion s’il le fallait…

… et après ? Et s’il endommageait la corniche, seul rempart entre lui et le gouffre hurlant et putride de droite ?

La corniche… s’il pouvait remonter dessus… il serait sauvé, même si ce n’était qu’un sursis… mais le piège d’acier le retenait, et la paroi rocheuse s’effritait sous ses doigts comme pour se moquer de lui… Comme pour lui faire comprendre qu’aucun retour en arrière n’était possible… et d’ailleurs, c’était la vérité. Loki n’accepterait jamais de faire comme si rien ne s’était passé – l’idée même en était risible.

Une étrange appréhension s’empara de l’ex-Marina lorsqu’il pensa à la prochaine fois où il verrait l’Autre. Serait-ce le soir même ? Celui d’après ? Ou alors…

A nouveau effaré par ses propres pensées, Kanon fronça les sourcils en tentant de comprendre ce sentiment qui l’étreignait. Etait-ce de la peur ? Non, il avait dépassé le stade de la crainte depuis longtemps…

De la colère alors ? Non plus, il était bien trop familier de cette sourde chaleur qui lui brûlait les entrailles pour pouvoir la confondre avec la sensation qui l’emplissait à présent.

De la jalousie ? Allons bon ! De quoi, de qui pourrait-il bien être jaloux ?

De la honte ? Des remords ? Cela ne ressemblait pas à ce qu’il avait ressenti en revenant du côté d’Athéna…

Du désespoir ? Lui qui n’avait jamais désespéré – ou presque –, il n’allait pas commencer maintenant… Même si la tentation était grande…

Il ne restait plus beaucoup de choix… L’ex-Dragon des Mers décida d’arrêter là son analyse intérieure, approuvé par son estomac qui grondait de faim.

Il s’aspergea le visage d’eau froide et sortit de la salle de bain, puis se dirigea vers la chambre de son élève. Il soupira de soulagement en constatant qu’elle dormait paisiblement ; il ouvrit les volets et revint s‘asseoir sur le lit pour la réveiller en douceur.

Elle avait l’air si fragile… il repoussa doucement une mèche brune qui lui barrait le front, saisi du besoin irrépressible de la protéger, de lui faire un rempart contre tout ce qui pourrait la faire souffrir… Mais il ne devait pas. Son rôle était de lui donner les moyens de s’en protéger toute seule – le courage, la force, la technique, et surtout la confiance qui lui faisait cruellement défaut à son arrivée au Temple des Gémeaux.

Il sourit en se remémorant la manière dont elle s’était débarrassée de ces importuns, la veille. Au moins avait-il réussi à lui insuffler un minimum de confiance en elle-même… Il observa une de ses mains qui dépassait de la couverture. Douce, délicate, aux doigts fins… faite pour tisser les fils de la Toile en arabesques infinies et non pour baigner dans le sang de ses ennemis.

Et pourtant, le sort de la planète pèserait peut-être un jour sur ces frêles épaules.

Les paupières diaphanes papillonnèrent un bref instant, puis s’entrouvrirent, et des prunelles bleu-vert embrumées de sommeil se fixèrent sur l’ex-Marina.

– Bonjour, Maître, marmonna la jeune fille avec un petit sourire encore indolent.

– Bien dormi ? s’enquit le Chevalier en lui rendant son sourire.

– Hmmoui, répondit-elle en s’étirant comme un chaton. Et vous, ça s’est bien passé, avec… avec Loki ?

Le visage de Kanon s’assombrit et il se leva brusquement, s’éloignant de quelques pas. Bon sang, si même Kyrien se mettait à retourner le couteau dans la plaie, à présent… Il se passa une main lasse sur le visage.

– Il vous a fait du mal ? fit la voix inquiète de son élève.

– Non, murmura l’ex-Dragon des Mers.

Et il se dit qu’il aurait peut-être préféré que ce soit le cas. Comme ça, il aurait pu le haïr en toute quiétude, au lieu de se débattre dans ce maelström d’émotions contradictoires…

– Non, répéta-t-il, comme pour tenter de s’en convaincre.

– Ca le fait souffrir, vous savez, dit soudain la fillette. Il dit que non, mais… je crois… qu’il n’aime pas être... comme il est.

– Pourquoi dis-tu ça ? demanda l’ex-Marina en se rapprochant à nouveau, curieux de savoir ce qui avait pu la conduire à penser une chose aussi invraisemblable.

– Vous n’avez pas remarqué comme il a l’air triste, parfois ? C’est comme si… (Le regard bleu-vert, si pur, glissa un instant vers la pièce de métal posée sur la table de nuit.) … comme s’il portait un masque. Un masque qu’on lui a imposé…

L’idée était totalement folle, mais la voix de l’Autre surgit dans son souvenir avec une netteté incroyable :

« Jamais nous n’avons été autorisés à aimer ou haïr selon nos propres choix. »

Non. Non, non et non, il n’allait pas retomber dans le piège de la compassion. Vu où ça l’avait conduit la nuit précédente, c’était bien la dernière chose à faire. Il secoua la tête et répondit :

– Admettons que tu aies raison. Le fait même qu’il refuse de l’admettre prouve que ça ne lui fait pas si mal que ça…

Sauf si… son cerveau refusa de continuer cette pensée, aussi Kyrien s’en chargea-t-elle à sa place :

– Mais si le reconnaître le faisait souffrir encore plus ? S’il ne peut rien y changer…

… alors autant prétendre aimer son rôle, termina mentalement le Gémeaux. C’était le seul moyen de garder sa raison intacte.

Le seul moyen de survivre, même en n’étant qu’un pantin.

Un esclave.

Kanon secoua résolument la tête. Ces idées étaient beaucoup trop perturbantes pour sa logique déjà en miettes.

– En tous cas, même s’il voulait de notre aide, je doute que nous puissions y faire quoi que ce soit…

La novice acquiesça pensivement, puis leva un regard désolé vers son Maître :

– C’est tellement dommage…

L’ex-Dragon des Mers hocha brièvement la tête, avant d’ajouter :

– Assez bavardé, le petit déjeuner est prêt.

– Oui, répondit la jeune fille.

Le Chevalier sortit de la chambre et se dirigea vers la cuisine où il se laissa tomber sur une chaise, la tête emplie de tous ces doutes qui tournoyaient en une ronde sans fin.

– Café ? s’enquit son jumeau, interrompant ses pensées.

– Oui, merci, fit l’ex-Marina, accueillant avec soulagement cette pause dans la farandole infernale qui avait lieu sous son crâne.

Il observa son ainé à la dérobée et cette fois-ci – Athéna en soit louée – ce furent les différences qui lui sautèrent aux yeux. Les gestes de Saga étaient simples, précis et efficiaces, contrairement à ceux de Loki qui transformait le moindre déplacement en spectacle. Le sourire de Saga, son regard clair, tout en lui respirait l’honnêteté, la droiture, le respect d’autrui ; Loki, lui, n’était qu’orgueil, fourberie, égoïsme, et… sensualité torride, et charme irrésistible…

On pouvait faire confiance à Saga ; pas à Loki. Cela conférait à ce dernier une aura de danger qui incitait à rester sur ses gardes, mais excitait également la curiosité…

Kanon faillit s’arracher les cheveux d’énervement. Pourquoi ne pouvait-il s’empêcher de trouver des qualités là où il n’y aurait dû y avoir que des défauts ?!? Là où il n’aurait dû voir que des défauts…

Il plongea son regard dans son café, comme s’il avait pu y lire la réponse à ses questions. Mais les profondeurs brunes restaient désespérément opâques. Il poussa un lourd soupir et entreprit de se faire une tartine.

Kyrien arriva sur ces entrefaites.

– Bonjour, Maître Saga, bâilla-t-elle, une main devant la bouche, avant de s’asseoir à table.

– Bonjour, Kyrien, répondit l’aîné des Gémeaux avec un sourire, en lui servant son chocolat chaud.

– Merchi, fit la jeune fille, la bouche pleine de biscotte.

Elle attaqua son petit déjeuner avec entrain. Rien ne pouvait ternir la joie qu’elle éprouvait à prendre ses repas avec les deux Chevaliers. Elle avait l’impression d’avoir trouvé un foyer… Et même la voix qui murmurait d’atroces secrets au fond de son crâne ne pouvait lui enlever cela.

D’ailleurs la voix était étrangement silencieuse depuis que Loki avait… mais qu’avait-il fait au juste ? Il l’avait… chassée ? Oui, comme la première fois… La fillette avait distinctement senti l’entité se retirer de son esprit, comme une épine qu’on arrache… [1]

Le repas se termina dans un silence pensif et les jumeaux, laissant la novice à son échauffement, se dirigèrent vers les Arènes où ils retrouvèrent, comme chaque semaine, leurs compagnons dans un état épouvantable.

Apparemment, la garden-party d’Aphrodite avait remporté un franc succès et la majorité des Chevaliers d’Or ne s’étaient couchés que quelques heures auparavant – quand ils s’étaient couchés, bien entendu.

Le Chevalier des Poissons vit arriver les Gémeaux et les héla avec un sourire qui masquait presque parfaitement le zeste d’acidité présent dans sa voix – il n’avait pas vraiment digéré qu’il s’en aillent si tôt, la veille :

– Aloooors les garçons, c’était bien, cette pyjama party, hier soir ?

Kanon lui adressa un regard noir. Ce n’était pas possible !!! Ils s’étaient tous passé le mot pour lui rappeler sa nuit, ou quoi ?!?

– Ouhou, Kanon est ronchon, ajouta Milo, oubliant pour le coup sa gueule de bois, ce qui amena l’ex-Dragon des Mers plus près encore du point de rupture.

Oui, il était de mauvaise humeur, ET ALORS ?! Il aurait bien aimé le voir, le Scorpion, dans sa position à LUI. Il aurait peut-être un peu moins rigolé.

Une image se forma dans son esprit, qu’il chassa avec énervement, envahi par… oh, bon sang.

Voilà qu’il se mettait à éprouver de la… de la jalousie ?!? en imaginant Milo dans les bras de Loki.

Mais il n’allait vraiment pas bien…

Il préféra s’asseoir un peu à l’écart, ignora le regard inquiet que lui lançait son frère, et s’absorba dans ses pensées.

Shaka lui avait conseillé d’aller voir Shion, et il était tout disposé à le faire… mais pour lui dire quoi ?

Qu’il avait fini par céder aux avances de l’Autre ? Certainement pas ! Il imaginait d’ici la mine horrifiée du Grand Pope… Non. Par contre, il pouvait lui parler des rêves de Kyrien, et de ce qu’avait fait Loki pour la soulager… Oui, ça il pouvait.

Totalement immergé dans ses réflexions, il ne prêta absolument aucune attention au combats qui se déroulaient sous ses yeux et n’entendit même pas Dokho proposer un collectif pour le lendemain, approuvé par le reste des Chevaliers. L’entraînement prit fin ; il se leva, l’esprit toujours ailleurs, et trouva en face de lui le Tigre, qui l’observa un instant avant de déclarer :

– Shion voudrait te voir. Peux-tu passer au Temple, cet après-midi ?

– Ca tombe bien : j’ai des choses à lui dire.

Le regard du Chinois se porta un instant sur Saga, puis revint se planter dans les prunelles turquoise.

– Très bien. A tout à l’heure, alors.

Sur un signe de tête, Dokho s’éloigna et l’ex-Dragon des Mers rejoignit son frère. Tout en remontant les marches, il lui demanda :

– Tu pourrais t’occuper de Kyrien, cet après-midi ?

– Bien sûr, répondit l’aîné. Tu as quelque chose à faire ?

– Entretien grand-popal.

Saga sourit, mais ne dit rien, et ce fut en silence qu’ils continuèrent leur ascension. De temps en temps, l’ex-Marina jetait des coups d’œil discrets à son jumeau.

Non, décidément, il ne lui trouvait rien de commun avec Loki. Sauf le physique, évidemment – et encore. La couleur des yeux et des cheveux différait, mais le plus frappant était l’attitude, l’expression du visage. La bonté, la mélancolie de Saga adoucissait ses traits, alors que le côté féroce et dominateur de son autre Lui s’exprimait par chaque pore de sa peau lorsqu’il était aux commandes. Bien sûr, le Gémeaux pouvait aussi se montrer résolu, voire implacable [2] ; mais il restait infiniment plus humain que Loki, qui semblait constamment sur le point de se transformer en fauve pour dévorer son adversaire – ou son partenaire, selon la situation…

Kanon se maudit d’avoir laissé ses pensées dériver à nouveau et décida de réfléchir à ce qu’il dirait à l’Atlante.

Avec un peu de chance, ça l’occuperait jusque là…

 

 

L’ex-Dragon des Mers inspira à fond et pénétra dans le Temple du Grand Pope. Un garde zélé l’escorta jusqu’au bureau de Shion – comme s’il ne connaissait pas les lieux ! – et l’annonça, puis s’effaça pour le laisser passer.

L’Atlante sortit de la pièce annexe pour l’accueillir.

– Bonjour, Kanon.

L’ex-Marina hocha la tête en guise de salut et, un peu mal à l’aise, dit :

– Ecoute, Shion…

Celui-ci leva une main apaisante et l’interrompit :

– Ne t’excuse pas de ne rien m’avoir dit. Je pense savoir pourquoi tu… répugnais à me révéler le retour de celui qui a pris ma vie, provoqué la mort de bon nombre de Chevaliers, et presque tué Athéna…

Le Gémeaux grimaça intérieurement. S’il avait voulu le mettre à l’aise, c’était raté : rappelés ainsi, les faits rendaient encore plus inexcusable ce qu’il avait fait… ce qu’ils avaient fait ensemble…

Le Grand Pope le précéda dans la pièce d’à côté, où Dokho ne s’était pas arrêté de lire.

– Shaka nous a dit à peu près tout ce qu’il savait, expliqua l’Atlante. Ainsi nous avons pu orienter nos recherches… Mais en vérité, tout a commencé avec ceci.

Il lui tendit le petit livre orné du curieux sigle tortueux. Kanon le prit, l’ouvrit et haussa un sourcil en voyant le signe des Gémeaux emprisonné dans le cadran horaire. Il passa ensuite à l’introduction en grec ancien.

– Le reste du Livre est rédigé dans une langue archaïque, intervint Shion en le voyant tourner la page.

Il lui résuma brièvement le contenu du volume, puis lui raconta ce qu’ils avaient trouvé à propos de Sujan. L’ex-Dragon des Mers l’écoutait en silence, analysant ses paroles. Et lorsque le Grand Pope eut fini, il secoua la tête.

– Libérer Sujan ? Non, je ne vois pas. Loki n’a rien fait, depuis deux semaines, qui aille dans ce sens-là.

« A moins que me mettre dans son lit et s’offrir du bon temps ne soit un moyen de libérer son… "créateur", » ajouta-t-il mentalement, tout en dissimulant soigneusement ses pensées – il savait que l’Atlante avait l’habitude de lire l’aura de ses interlocuteurs en même temps que leur attitude. Déjà lorsqu’il n’avait rien à se reprocher, il n’appréciait pas particulièrement ça, alors là… Un peu de son stress avait quand même dû passer dans son cosmos, car Shion posa une main rassurante sur son épaule et dit :

– Détends-toi, Kanon. Tu n’es pas sur le banc des accusés. Nous cherchons juste à trouver des réponses.

Il le poussa vers un fauteuil et s’assit en face de lui. Dokho abandonna son livre pour se tourner vers eux, attentif.

– N’as-tu rien remarqué d’étrange ?

– Tu veux dire, à part le fait que je passe la moitié de mes nuits avec la deuxième personnalité de mon frère ? A l’insu de celui-ci ? précisa l’ex-Marina.

– A part ça, oui, répliqua le Grand Pope sans se départir de son sourire.

Il avait beau chercher, Kanon ne trouvait rien qui aurait pu être une obsession chez cet être aussi inconstant que les courants d’air. Rien… à part lui. Et Kyrien…

Shion pencha la tête, l’invitant à leur faire partager ses réflexion, mais il resta silencieux. Oui… Il se remémora rapidement les évènements depuis le retour de l’Autre… et en y réfléchissant bien, il n’y avait qu’envers lui et la novice que le démon adoptait une attitude différente. Avec les autres, il restait le même personnage agressif, arrogant… seuls Kanon et la petite semblaient avoir une quelconque valeur à ses yeux – le reste de l’humanité était soit ennemi à abattre, soit quantité négligeable. Mais pourquoi ? Pourquoi eux ???

Il laissa tomber sa tête dans ses mains et marmonna :

– Alhena… elle le savait, j’en suis sûr. Pourquoi ne me l’a-t-elle pas dit ?

– Alhena ? répéta le Grand Pope, perplexe.

– « Elle » ? fit Dokho presque simultanément.

– Oui, répondit l’ex-Dragon des Mers en levant le regard. C’était la deuxième personnalité de mon Maître. Je l’ai découvert par hasard… Nous discutions de temps en temps. Elle m’aimait bien, je crois. Elle… m’avait prévenu que Loki se réveillerait, avant même sa première apparition…

Revenu de sa surprise, l’Atlante dit :

– Alors les deuxièmes personnalités des Chevaliers des Gémeaux ont bien des connaissances particulières.

L’ex-Marina hocha la tête.

– Alhena disait que c’est le « fardeau » du gardien de la troisième Maison, depuis des temps immémoriaux, que d’avoir deux personnalités. Mais ni elle, ni Loki n’ont voulu me révéler qui était à l’origine de cette malédiction.

– Nous le savons, à présent…

– Mais qu’est-ce qu’on peut bien faire pour éviter que Sujan ne revienne ? intervint Dokho, ramenant la conversation sur le sujet qui les occupait.

– Vous n’avez rien trouvé d’autre ? s’enquit Kanon.

Shion secoua la tête.

– Nous savons juste que presque toutes les conditions sont réunies : des jumeaux, une deuxième personnalité maléfique, un Chevalier de l’Horloge…

– Une seconde, l’interrompit l’ex-Dragon des Mers. Qu’est-ce que Rena vient faire là-dedans ?

– Nous en sommes parvenus à l’hypothèse que son existence déstabilisait les sceaux qui maintiennent Sujan prisonnier des Limbes, expliqua Dokho.

– En effet, continua le Grand Pope, en tant que Chevalier de l’Horloge, elle est sous la tutelle conjointe d’Athéna et d’une autre divinité : Janus, le dieu des Portes et du Temps. [3]

– Celui dont est issu Sujan, rappela le Tigre.

– C’est un allié d’Athéna depuis les temps mythologiques, même si son influence s’est amoindrie au cours des siècles, précisa l’Atlante.

– Quoi qu’il en soit, il y a une dernière condition pour que la libération de Sujan soit effective, reprit le Chevalier de la Balance.

– Mais nous ne savons pas si elle est réalisée, ajouta Shion.

– Nous ne savons même pas ce que c’est, grogna le Chinois.

Un peu déstabilisé par ce ping-pong verbal, l’ex-Marina se renfonça dans son fauteuil. Toutes ces informations tournoyaient dans son crâne, se confrontaient encore et encore à ce qu’il savait déjà…

– Ca a sûrement un rapport avec moi, finit-il par dire. Sinon pourquoi Loki aurait-il pris le risque de se révéler ainsi ?

– Il n’y a qu’à toi et Shaka qu’il s’est montré ?

Le Gémeaux grimaça.

– Non. Kyrien aussi l’a vu, avoua-t-il avec réticence.

C’était tout comme reconnaître son incapacité à protéger la novice – son incompétence.

– Et quelle a été leur attitude ? s’enquit le Grand Pope avec un calme étonnant face à cette nouvelle.

Kanon se frotta les yeux, terriblement las. Le manque de sommeil de ces deux dernières semaines, ajouté à la fatigue émotionnelle et nerveuse, commençait à avoir raison de lui.

– Eh bien, aussi étonnant que cela puisse paraître, elle n’a pas peur de lui. Elle m’a même dit qu’elle l’aimait bien. Pourtant, elle sait ce qu’il a fait… Plus surprenant encore, Loki a un comportement… disons, particulier envers elle.

– C’est-à-dire ? demande Dokho alors que l’Atlante plissait le front.

– On dirait que lui aussi l’aime bien, répondit l’ex-Dragon des Mers. Dans les limites de son caractère, bien entendu. (Devant l’air incrédule de ses interlocuteurs, il ajouta le plus sérieusement du monde :) Il l’a laissée le coiffer. Elle lui a fait des tresses, elle lui a même mis un ruban dans les cheveux. Un ruban rose.

Quelques secondes de silence passèrent, puis une étrange quinte de toux secoua le Chevalier de la Balance, tandis que l’Atlante hésitait sur l’attitude à adopter.

– Tu… plaisantes ? s’enquit-il au bout d’un moment.

– Non, fit l’ex-Marina d’une voix pétrie de lassitude.

La toux du Tigre se transforma en un véritable éclat de rire alors que le regard de Shion exprimait toute sa surprise. Il avait vraiment du mal à imaginer son redoutable assassin affublé d’un accessoire aussi ridicule… mais il décida de passer outre et attendit la suite.

– Ce n’est pas tout, continua le Gémeaux. Kyrien a tendance à faire des cauchemars, et hier soir… je n’arrivais même pas à la réveiller… (Il serra les poings à ce souvenir.) Je ne sais pas comment il a fait, mais il a réussi, lui.

– Il n’a pas utilisé le Genrômaoken ? s’enquit le Grand Pope, perplexe.

– Non. On aurait dit qu’il enflammait son cosmos, mais à l’intérieur, tenta d’expliquer Kanon. Ca ne se sentait presque pas de l’extérieur…

Un autre silence s’installa, mais cette fois la réflexion avait remplacé la stupeur.

– Quel genre de rêves Kyrien fait-elle ? finit par demander l’Atlante.

– La fin du monde, principalement. Elle nous voit tous morts. (Il soupira.) Je lui ai bien conseillé de ne pas en tenir compte, mais…

– Mais tu sais très bien que ce n’est pas aussi simple, compléta Shion. N’est-ce pas, Kanon ?

L’ex-Dragon des Mers se raidit en sentant arriver la question suivante. Et comme de juste :

– Et toi, de quoi rêves-tu ?

– C’est beaucoup plus personnel, répondit-il avec un vague geste de la main, espérant que cela suffise.

– C’est important, Kanon, insista doucement le Grand Pope en l’observant avec attention.

L’ex-Marina s’aperçut que sa réticence était en train de le trahir presque aussi sûrement que s’il avait parlé directement. Aussi finit-il par déclarer :

– Je rêve de Loki, voilà ! Ca vous va, ou il vous faut plus de précisions ? ajouta-t-il avec juste ce qu’il fallait de hargne et d’énervement pour donner l’impression que cela l’ennuyait plus qu’autre chose, et qu’il avait raison de leur cacher le contenu de ses cauchemars.

Il adressa un coup d’œil peu amène à Dokho, dont il sentait le regard émeraude peser sur lui.

– Oui, ça ira, fit l'Atlante, conciliant – même s'il était loin d'avoir les réponses à toutes ses questions, il ne voulait pas non plus trop braquer le Gémeaux...

Un lourd silence tomba à nouveau sur la pièce.

– Je suppose que vos... sorties nocturnes sont motivées par l'envie de divertissement de Loki ?

Shion pensait ainsi aborder un thème moins glissant... encore une fois, c'était raté. Le terme sorties nocturnes éveilla en Kanon des souvenirs brûlants, qui n'étaient rien par rapport à ce qui l'envahit lorsque le Grand Pope prononça envie – pour terminer par le coup de grâce : divertissement, accompagné de visions d'un Loki nu, lascif, en train de le...

Il se rendit compte qu'il avait cessé de respirer et, combattant la vague de chaleur qui lui embrasait à la fois les joues et les reins, parvint à dire sur un ton à peu près normal :

– Oui, c'est tout à fait ça.

La bouche sèche, il dut s'y reprendre à trois fois avant d'arriver à déglutir, puis ajouta le plus sereinement possible :

– Il faut savoir que, mis à part envers Kyrien et moi, il ne semble pas avoir renoncé au schéma de pensée qu'on lui connait : « dominer ou détruire ». Jusqu'à présent, heureusement, j'ai réussi à faire en sorte que ce soit « dominer » et non « détruire »...

– Et... te sens-tu capable de maintenir cet état de fait ? Du moins, jusqu'à ce que nous trouvions une autre solution ? s'enquit le Grand Pope avec circonspection.

Son esprit, sa conscience, sa dignité, son sens de l'honneur – toutes les petites voix intérieures de l'ex-Dragon des Mers s'étaient liguées pour répondre un gigantesque, un tonitruant NON. Pourtant, lorsqu'il ouvrit la bouche, le seul mot qui franchit ses lèvres fut :

– Oui.

Son calme retrouvé, il savait que cette réponse était la seule qu'il pouvait donner. Premièrement, parce qu'il était hors de question d'expliquer à Shion et Dokho en quoi les choses avaient changé ; et puis, en un sens, c'était la vérité : tant qu'il parvenait à fixer les velléités de domination de Loki sur lui, personne d'autre n'en souffrirait.

Ce n'était pas si cher payé... tant que Saga ne le savait pas.

Et Saga ne le saurait jamais, se jura-t-il une nouvelle fois.

L'Atlante l'observa un long moment, le regard indéchiffrable.

– Bien, finit-il par dire. Je compte sur toi pour nous prévenir si la situation évolue.

L'ex-Marina hocha la tête, ignorant encore une fois ses protestations intérieures.

– Je crois que nous en avons terminé, dans ce cas, conclut le Grand Pope avec un sourire aimable.

Le Gémeaux acquiesça derechef, puis se leva. Une fois hors du bureau, il poussa un long soupir et se frotta la nuque dans l'espoir de se débarrasser d'un peu de la tension qui lui nouait les épaules... sans grand succès.

Bah... il ne s'en était pas trop mal sorti, après tout. Et puis il avait appris beaucoup de choses... De quoi lui occuper l'esprit durant la longue descente qui le mènerait chez lui.

 

 

Shion regarda le Chevalier s'en aller, puis se tourna vers Dokho qui était venu s'asseoir sur l'accoudoir de son fauteuil. Ils échangèrent un long regard, puis le Tigre donna voix à l'évidence :

– Il ne nous a pas tout dit.

– Pas la moindre image, pas la plus petite impression n'a filtré dans son cosmos lorsqu'il a parlé de ses rêves, fit l'Atlante. Ni après, d’ailleurs. Je l'ai rarement vu aussi fermé, et ce n'est pas peu dire.

– Ca ne tourne pas rond. Il y a quelque chose qui nous échappe.

Le Grand Pope se massa les paupières.

– Mu ne devait-il pas passer, cet après-midi ?

– Il ne va pas tarder, répondit le Chevalier de la Balance après avoir consulté l'horloge.

Shion leva les yeux et croisa le regard émeraude, teinté d'une once de reproche, de son compagnon. Un petit soupir lui échappa : il savait déjà ce que Dokho s'apprêtait à dire. Et il lui répondrait la même chose que d'habitude.

Cependant le Chinois garda le silence ; il n'avait pas besoin de mots pour se faire comprendre. Ils avaient déjà eu cette conversation un nombre incalculable de fois, et rien ne changeait. L'Atlante reconnaissait volontiers qu'il avait raison, mais refusait d'en tirer les conséquences. Et apparemment, la menace d'une nouvelle Guerre Sainte n'était pas suffisante pour le décider.

– Je ne te comprends pas, finit par marmonner le Tigre.

– Tu veux que je te dise ? répondit son amant avec un petit sourire triste. Moi non plus. Mais je ne peux pas...

La discussion fut interrompue par quelques coups légers frappés à la porte.

– Entre, Mu, lança le Grand Pope en se levant, ignorant le soupir de dépit du Chevalier de la Balance.

Celui-ci se dressa à son tour et se dirigea vers la table.

– Allez, au boulot...

 

 

Après le repas de midi, Saga s’occupa comme promis de l’entraînement de Kyrien. Son frère l’avait tenu au courant des progrès de la fillette, mais il voulait s’en rendre compte par lui-même, aussi commença-t-il par tester ses réflexes et son endurance.

Satisfait, il passa ensuite à la maîtrise de la Toile, et fut assez impressionné par les capacités exceptionnelles que montrait la novice. Cependant, il remarqua qu'elle avait du mal à contrôler son cosmos – pas en intensité, mais en précision – et Kanon ne l’avait pas beaucoup aidée sur ce plan-là.

Cela n’avait rien de bien étonnant : l’ex-Dragon des Mers maîtrisait sa cosmo-énergie de manière très instinctive. Il n’avait donc jamais prêté beaucoup d’attention aux cours théoriques que leur donnait Alhen – ce qui lui avait d’ailleurs valu bon nombre de punitions. Mais à cette époque-là, l’idée qu’il aurait un jour une élève ne l’avait pas effleuré. Cela l’aurait même fait rire – un rire un peu jaune, sûrement, vu que leur Maître ne faisait pas mystère de ses préférences quant à son successeur…

Quoi qu’il en soit, Saga était content de pouvoir prodiguer quelques conseils à la fillette – heureusement qu’il écoutait les leçons, lui, étant enfant…

Il lui demanda d’enflammer son cosmos, puis de le faire brûler le plus fort qu’elle le pouvait. Kyrien obtempéra, sourcils froncés et poings serrés sous l’effort ; comme d’habitude, son aura bleutée se déploya et grandit comme une flamme, s’égaillant dans toutes les directions.

– Bien, fit le Chevalier. A présent, essaie de garder ta cosmo-énergie à la même intensité, mais concentre-la autour de toi. Il faut qu’elle te fasse comme une seconde peau : tu auras moins de mal à la contrôler.

La novice haussa les sourcils. Comment était-elle censée faire ça ?! Elle éprouvait déjà assez de difficultés à maintenir son cosmos à ce degré-là de puissance, si en plus elle devait se livrer à des manipulations hasardeuses… Les mâchoires crispées, elle réussit à articuler :

– Est-ce que vous… pourriez me montrer… comment vous faites ? … s’il vous plaît ?

Le Gémeaux sourit.

– Si ça peut t’aider…

Il enflamma sa cosmo-énergie haut et clair avant de la ramener contre lui, s'en faisant un manteau de lumière épais de quelques millimètres à peine. La jeune fille l'observa attentivement sans relâcher sa concentration, puis tenta maladroitement de l'imiter.

C'était difficile, très difficile. Comment réduire le volume occupé par son aura sans en modifier l'intensité ? Elle essaya pourtant sans faiblir pendant une bonne dizaine de minutes, avant que Saga ne lui pose une question.

– Dis-moi, Kyrien, qu'est-ce que ton cosmos ? Si tu devais l'expliquer à quelqu'un qui ne sait pas ce que c'est, comment le définirais-tu ?

Surprise, la novice en laissa retomber son aura. Sans réfléchir, elle répondit :

– Euh... c'est une énergie qui permet de... combattre, de se protéger... de se déplacer plus vite aussi...

Le Chevalier croisa les bras et secoua la tête.

– Aurais-tu oublié ce que t'a enseigné Rena ? Le cosmos n'est pas là que pour nous aider à combattre. Chaque être vivant en possède une parcelle au fond de lui, et nous autres Chevaliers avons simplement appris à nous en servir. Ton aura fait partie de toi, Kyrien, ce n'est pas qu'un instrument que tu utilises quand tu en as envie et délaisses lorsque le besoin ne s'en fait plus ressentir... C'est également un de tes sens, tout comme le toucher ou la vue. Il te permet d'appréhender le monde sous un angle différent, il englobe et sublime toutes tes sensations... Et si tu le maîtrises suffisamment, il peut te donner accès à beaucoup de choses.

Il pensait notamment au Septième Sens, qui repoussait les limites de la physique conventionnelle en accordant à celui qui s'en servait de se déplacer à la vitesse de la lumière ou de produire une température inférieure au zéro absolu, voire de quasiment cesser de vieillir... Au Huitième également, qui permettait de conserver sa conscience au Royaume des Morts... une capacité que Shaka avait maîtrisée depuis longtemps déjà...

Mais même mentalement, évoquer le Chevalier de la Vierge lui serrait le coeur, aussi préféra-t-il chasser tout cela de son esprit et continuer :

– Alors au lieu d'essayer de contraindre ta cosmo-énergie à t'obéir, comprends-la. Apprivoise-la. Ressens-la... C'est un prolongement de toi, pas un corps étranger. Tout comme tu as appris à commander tes muscles, à bouger tes bras et tes jambes, tu dois faire de même avec ton aura.

La jeune fille hocha la tête. Elle comprenait à peu près ce que le Gémeaux voulait dire, mais... l'appliquer, c'était une autre histoire. Elle essaya néanmoins, armée de toute sa bonne volonté. Surtout, ne pas le décevoir...

Elle n'y parvint pas tout de suite. Mais à mesure que les minutes, les quarts d'heure, puis les heures entières passaient, elle arriva, comme l'avait dit Saga et en essayant d'appliquer les conseils qu'il lui donnait, à apprivoiser sa cosmo-énergie. Ce n'était pas si difficile que cela, une fois qu'on avait pris le coup... et c'était même plutôt amusant, se dit-elle en profitant du fait que son instructeur n'était pas concentré sur elle pour donner à son aura des formes fantaisistes. Absorbée par ce nouveau jeu, elle ne se rendit pas compte que le Chevalier avait reporté son attention sur elle et l'observait avec un petit sourire.

– Eh ben, on ne s'ennuie pas ici !

Surprise, Kyrien laissa échapper sa concentration et leva les yeux pour voir Kanon arriver vers eux. Remarquant que Saga la regardait également, elle rougit de honte et baissa la tête. Mais avant qu'elle n'ouvre la bouche pour tenter de se justifier, l'aîné des Gémeaux prit la parole :

– Elle a travaillé dur. Elle méritait bien une petite récréation...

L'ex-Dragon des Mers sourit.

– Je vois ça. (Il s'étira et considéra le soleil, qui s'apprêtait à toucher l'horizon.) Bon, on rentre ?

Son jumeau acquiesça et s'apprêta à lui emboîter le pas, cependant la novice resta immobile et demanda d'une voix hésitante :

– Est-ce que je peux... essayer... avec un noeud ? Comme hier ?

Les deux Chevaliers se retournèrent vers elle, puis échangèrent un regard.

– Vas-y, répondit Saga.

La jeune fille considéra ses deux Maîtres alternativement, soudain très intimidée. Elle craignit encore une fois de les décevoir mais, encouragée par ses récents succès, elle ferma les yeux et se lança de toutes ses forces à la recherche d'un noeud.

Quelques secondes de silence passèrent et elle attendit, le coeur battant, que sa perception de la Toile se mette en place. Puis, ayant repéré un noeud sur sa droite, elle s'en approcha en focalisant son aura comme le lui avait appris Saga. Très concentrée, elle tendit un doigt vers le minuscule vortex et fut à la fois surprise et émerveillée de sentir son cosmos couler de lui-même en direction de l'anomalie dimensionnelle pour la défaire et restructurer une trame bien lisse.

Elle ne s'était jamais sentie autant en harmonie avec la Toile...

Elle crut entendre quelqu'un l'appeler à travers le bourdonnement de ses oreilles, mais c'était si loin... et elle était tellement bien, là, au milieu de ces fils d'or auxquels s'accrochaient des volutes de sa propre énergie...

Mais ce tintement désagréable qui lui blessait les tympans... qu'est-ce que c'était ? Bah, peu importait. Seule comptait la Toile, sa beauté, sa puissance...

Kyrien !!

Une énergie impérieuse, à la fois dure et chaleureuse, l'entoura alors, la privant de tout contact avec le tissu énergétique des dimensions.

La novice ouvrit de grands yeux surpris, avant de s'évanouir dans les bras de Kanon. Lorsqu'elle revint à elle, quelques instants plus tard, elle leva un regard interrogatif vers son Maître, puis le porta sur l'autre Chevalier des Gémeaux qui les observait tous deux.

– Tu as failli te faire vampiriser par la Toile, expliqua l'ex-Marina. Ton énergie était trop en accord avec la sienne, et elle a commencé à t'absorber...

Il eut un petit sourire qui éclaira ses traits tirés par une fatigue chronique et une inquiétude soudaine, et ajouta :

– Voilà encore un écueil de la manipulation de la Toile : si tu n'y prends pas garde, elle t'imposera sa volonté propre, et tu risques de perdre ton identité, de te faire vider de ton cosmos. Il faut que tu régules l'accord entre ta propre aura et les vibrations du tissu dimensionnel : suffisamment pour pouvoir le contrôler, mais qu'il y ait assez d'écart pour que tu puisses... rester toi.

– C'est un équilibre délicat à trouver, intervint Saga. Mais une fois que tu l'auras, tu le retrouveras instinctivement, à chaque fois que tu t'harmoniseras avec la Toile.

Kyrien hocha la tête en silence. Elle était encore loin de connaître tous les secrets des dimensions, et plus elle en apprenait, plus elle se rendait compte de tout ce qu'elle ignorait encore... ce qui ne la rendait que plus admirative envers ceux qui maîtrisaient la Toile, les jumeaux en premier lieu. Mais elle n'eut pas le temps de s'interroger plus avant, car l'ex-Dragon des Mers l'avait soulevée dans ses bras et était en train de la ramener vers le Temple. Un instant abasourdie, la fillette se contenta finalement de se laisser faire – de toute manière, elle était totalement incapable de marcher seule. Il la déposa sur une des chaises de la cuisine et lui tendit un verre de jus de fruit et une barre de chocolat.

– Mange ça, marmonna-t-il d'une voix bourrue pour cacher à la fois son inquiétude, son soulagement et son air attendri. Tu as besoin de calories.

La novice obéit, pas dupe de son apparente sévérité – c'était qu'elle commençait à le connaître, son Maître – et saisit la friandise qu'elle dévora avec avidité, car il était vrai qu'elle était affamée.

 

Le repas se déroula calmement, puis chacun des occupants du troisième Temple partit se coucher.

Kanon s'allongea sur son lit, à la fois nerveux et inquiet. Voire même un tout petit peu fébrile. Il se demandait vraiment ce qu'il allait se passer cette nuit. Loki le rejoindrait-il ? Avait-il eu ce qu'il voulait, ou en désirait-il... plus ? A cette pensée, l'ex-Marina frissonna. Et il se rendit compte avec horreur que ce n'était pas du dégoût ni de la crainte qui avait provoqué ce frisson, mais bel et bien...

Du désir.

Il posa le dos de sa main sur son front, ferma les yeux. Par Athéna, il était perdu pour de bon, cette fois. Combien de temps tiendrait-il encore ?

Et où tout cela allait-il les mener ?

Il sentit le sommeil alourdir ses membres, se dit qu'il devait résister, ne pas se laisser surprendre par l'Autre. Qui sait ce que ce psychopathe pourrait lui faire s'il le découvrait ainsi, endormi comme une masse ?

« Bah, rien de plus que ce qu'il m'a déjà fait, » se dit-il vaguement, luttant vainement contre le sommeil qui l'enveloppait de sa chape de menaces.

Il se souvint de ce que lui avait dit Shaka, lorsqu'il était passé le voir en rentrant du Temple de Shion : surtout, ne pas rater une séance de méditation avant de dormir, même s'il avait l'impression que cela ne servait à rien, car ça finirait bien par payer. Le Chevalier de la Vierge le lui avait assuré. L'ex-Dragon des Mers avait sagement acquiescé, se gardant bien de lui avouer que les cauchemars étaient à présent le cadet de ses soucis... et puis si Loki tenait sa promesse, il n'en ferait plus.

Cette pensée le fit sourire avec lassitude. Si Loki tenait sa promesse... c'était plutôt compromis alors...

Envahi par un mélange de désespoir et de colère, il lutta de plus belle, mais sa fatigue était trop forte. Et c'est l'esprit tourmenté et le corps tendu qu'il sombra enfin dans un sommeil lourd et agité.

 

 

Quelques étages plus haut, un repos qui aurait pu être calme ne l'était pas. Dans la chambre de la partie privée du Temple du Scorpion, Milo dormait paisiblement, le bras passé autour de la taille de son amant qui s'agitait faiblement.

 

Un endroit empli d'ombres, vaguement éclairé d'une lumière blafarde, où régnait un froid intense et un silence de mort. Le Chevalier marchait parmi des silhouettes indistinctes, immobiles, dont certaines lui paraissaient familières. Oui... celle-ci, par exemple, avait exactement la même coiffure que Shion. Il s'en approcha, poussé par la curiosité et un vague sentiment qu'il ne pouvait définir, et découvrit qu'il s'agissait d'une statue de glace au réalisme criant. Lui-même amateur d'art, il étudia d'un oeil expert la précision du détail, le grain de la peau, jusqu'aux cils délicatement givrés, tout comme chaque mèche reproduite avec une habileté presque effrayante...

Non. Pas des statues. Ce n'étaient pas des statues... des sculptures, quel que soit le talent de l'artiste, n'auraient jamais pu posséder cette petite étincelle, ce reliquat de chaleur qu'il pouvait sentir à l'intérieur de chaque silhouette...

- n... non... -

La bouche entrouverte sur un souffle absent, le Verseau s'éloigna de l'Atlante et tendit une main tremblante vers une autre statue, celle de Saga ou était-ce Kanon ? qu'il effleura. Instantanément envahi par un froid sidéral, bien plus intense que tout ce qu'il connaissait et aimait, il retira ses doigts, mais le mal était déjà fait : une fissure apparut à l'endroit qu'il avait touché, puis se propagea de plus en plus vite sur toute la surface gelée, brilla un instant... et la statue s'effondra en une multitude d'éclats scintillants.

Horrifié, Camus se détourna du petit tas de glace pour découvrir que tous ses compagnons d'arme, ses amis, l'entouraient, tous sous la forme de sculptures froides et blanches. Les muscles tétanisés, il cherchait un moyen de sortir de cette forêt de glace sans en toucher aucune... sans détruire personne. Mais alors qu'il réfléchissait fébrilement, tentant sans succès de retrouver sa froideur et son objectivité qui avaient été réduites en miettes par la destruction de la première statue, un craquement sinistre se fit entendre. Sans prévenir, la silhouette de Mu, située juste en face de lui, s'effrita à son tour avant de finir en poussière de glace. Et puis c'en fut une autre, un peu plus loin. Et une autre, et encore une... le coeur au bord des lèvres, le Chevalier n'avait plus qu'une seule idée : fuir, fuir loin de cet endroit, de ces êtres qu'il détruisait pas sa simple présence. Tentant d'éviter de marcher sur les tas de cristaux, seuls restes de toutes ces personnes qu'il appréciait, il courut, poursuivi par les crissements insupportables des statues qui s'écroulaient...

Il s'arrêta, haletant, devant deux silhouettes encore intactes. Et il reconnut Isaac, son cher élève disparu... et Hyoga. Ces deux enfants qu'il avait aimés comme les siens, même s'il ne l'avait jamais montré. Isaac lui ressemblait tellement, comme lui il était froid et déterminé, avait du mal à exprimer ses sentiments... Hyoga quant à lui était trop fragile, à fleur de peau, enchaîné à ses souvenirs alors que les Chevaliers des Glaces ne devaient avoir aucune attache... il avait craint que le jeune russe ne soit brisé par cette faiblesse, qu'il ne parvienne jamais à vaincre ses démons... et pourtant le garçon s'était endurci dans les froides plaines de Sibérie, il avait réussi à gagner l'armure du Cygne, montrant sa valeur à tous... il l'avait même vaincu, lui, son Maître...

Les larmes aux yeux, il les regarda se fissurer à leur tour, lentement. Incapable de bouger, pétrifié par ce froid douloureux qui lui mordait le coeur, il les vit tomber en poussière brillante, cette glace qu'il aimait tellement... et qu'il maudit à ce moment là, avant de lever les yeux sur ce qui avait été dévoilé par la destruction de ses élèves.

Quelques mètres plus loin s'élevait un piédestal, au milieu d'une forêt de cristaux. Et sur cette estrade...

- non -

... se tenait une statue, la dernière debout de toutes celles qui se trouvaient ici.

- non -

Sans pouvoir s'en empêcher, il s'approcha d'elle, sachant déjà ce qu'elle représentait... mais incapable de détourner le regard. Oh oui, il le reconnaissait... Cette silhouette, cette chevelure rebelle, cette bouche sensuelle... Mais...

La sculpture... pleurait. Des gouttes d'eau perlaient à la lisière de ses cils, noyaient ses yeux qu'il savait si bleus, roulaient sur ses joues froides, allaient se perdre au creux de la gorge...

- pourquoi ? -

Camus n'osait pas la toucher. Il n'osait même pas respirer, de crainte que son souffle trop chaud ne vienne l'effleurer et la brise... puis il se rendit compte que ce qui coulait des yeux de la statue n'étaient pas des larmes. Car le liquide clair gouttait également de chaque mèche, de chaque pli des vêtements... la statue fondait.

- non... -

Sans même réfléchir, le Chevalier invoqua son cosmos. Il ne voulait pas, il ne pouvait pas le laisser se dissoudre, le laisser... disparaître. Et même si pour cela il devait l'enfermer dans un cercueil de glace, alors... ainsi soit-il.

Ses bras se refermèrent autour de la statue si froide, mais pas assez, pas assez. Son aura les entoura tous deux, puissante, glaciale. Et il pria qu'elle le soit suffisamment pour qu'il reste, pour qu'il soit avec lui... toujours...

- s'il vous plait... -

Qu'on ne le lui enlève pas. Pas lui. Pas lui...

Et soudain, un craquement retentit. Le Verseau vit le visage parfait marqué d'une horrible fissure, qui se propageait déjà vers le corps de glace, et se rappela que c'était son contact qui avait détruit la première sculpture...

- non ! -

Sa cosmo-énergie s'enflamma de plus belle, tentant de combler les brèches, de le sauver... mais la destruction était inéluctable, et il le savait... il pleura, à genoux, ses mains recouvertes de ces cristaux scintillants qui avaient été l'homme qu'il aimait, son âme à l'agonie.

- non... pas lui... -

- non... -

 

– NOOOOOOOOON !!!!

Son cri résonna dans la petite chambre alors qu'il se dressait, les yeux grand ouverts, glacé jusqu'à l'os par ce rêve... ce cauchemar. Son regard se porta immédiatement sur le côté, à la recherche de Milo... et rencontra une paire de prunelles brillant d'inquiétude dans la pénombre.

Un soulagement sans nom l'envahit alors que le Scorpion allumait la lampe de chevet, lui demandant doucement :

– Tu as fait un cauchemar ?

La boule dans sa gorge était trop grosse pour qu'il puisse répondre quoi que ce soit. Il se contenta de hocher la tête, frissonnant. Sa main tremblante chercha celle de son amant, remonta jusqu'à l'épaule, et s'enfouit dans la longue chevelure bleue, tandis qu'il s'assurait qu'il était bien vivant et l'attirait contre lui à la recherche de... chaleur ?

– J'ai froid... murmura-t-il d'une voix rauque.

Un petit rire coula dans son oreille, des bras tièdes s'enroulèrent autour de lui et la voix chaude de Milo s'éleva à nouveau :

– Oh ? C'est rare, ça... en même temps c'est pas très étonnant, tu n'y es pas allé de main morte...

Camus se rendit alors compte que la peau du Grec était hérissée de chair de poule. Jetant un coup d'oeil autour de lui, il constata que la chambre entière était recouverte d'une fine pellicule de glace à laquelle il n'était certainement pas étranger.

– Tu veux en parler ?

Il secoua la tête. Ces rêves n'étaient pas rares, mais ils ne se produisaient en général pas avec une telle intensité... et d'habitude, il ne gelait pas la pièce, se contentant de se serrer contre le corps endormi de son amant pour chasser le malaise qu'il ressentait au réveil...

Mais là, il avait besoin de plus que ça. Oui, lui, le fier et insensible Maître des Glaces, avait ce soir besoin de réconfort. Et tant pis pour ses principes, il était trop perturbé pour les appliquer à ce moment précis.

Il leva donc la tête et s'empara des lèvres douces avec une passion qui surprit le Scorpion. D'ordinaire, c'était lui qui devait initier le contact, parfois même quémander lorsque son glacial compagnon n'était pas d'humeur. Mais il n'allait pas s'en plaindre, loin s'en fallait. Il comprenait que le Verseau avait besoin de se rassurer, de réchauffer son corps et son coeur transis par le cauchemar qu'il venait de faire, et comptait bien l'y aider. Il offrit donc volontiers sa bouche au Français, accueillit sa langue avide de la sienne non moins impatiente, s'allongea docilement dans les draps gelés dont il ne sentait plus que vaguement la froideur. En lui s'était allumé une flamme qui, il le savait, allait vite se transformer en brasier.

Des doigts frais vagabondaient sur son corps, retraçaient chaque courbe, chaque muscle. Le faisant frissonner, mais pas seulement de froid... Camus avait abandonné sa bouche pour mordiller sa gorge, remonter jusque derrière son oreille où il savait que le Grec était particulièrement sensible, et le caressait avec une sorte de hâte qu'il trouvait terriblement érotique.

Milo était chaud, tellement chaud... le Verseau ne pouvait se détacher de ce corps brûlant, se frottait contre lui sans même s'en rendre compte. Et s'en serait-il aperçu qu'il ne se serait pas arrêté pour autant. Il voulait chasser ce rêve, cette nausée qui l'étreignait, ce pressentiment funeste qu'il n'arrivait pas à préciser, comme s'il allait le perdre s'il cessait de le caresser, de l'aimer... Se mordant discrètement la lèvre pour contenir une impatience qui lui était fort peu familière, il fit descendre une de ses mains en direction de l'entrejambe de son amant, l'effleura délicatement, puis de plus en plus précisément. Le Grec se cambra sous lui, haletant, griffa légèrement son bras. S'il était surpris de son esprit d'initiative, il ne le laissait vraiment pas paraître... et le Français en était heureux, le remerciant mentalement d'être comme il était. Il sourit légèrement en sentant des mains aventureuses s'égarer en bas de son dos, il ne serait pas dit que le Chevalier du Scorpion se laisserait caresser sans rendre la pareille. Et pour cela aussi il l'aimait.

Oh par Athéna, ce qu'il l'aimait...

Il entama un rythme lent autour du membre qui était en train de s'éveiller à la vie. Le froid ambiant n'aidait pas vraiment, mais il se savait capable d'exciter suffisamment le Grec pour parvenir à dépasser cet inconvénient mineur. C'était d'ailleurs ce qui était en train de se produire, et les gémissements sourds qui s'échappaient des lèvres de Milo ne faisaient rien pour arranger l'état où lui-même se trouvait. Non qu'il le veuille, bien au contraire. Il voulait se perdre, se perdre dans l'amour du Scorpion, pour se retrouver. Sans cesser ses caresses, il happa entre ses lèvres une fleur pourpre et la malmena doucement de sa langue, alors qu'un de ses doigts effleurait l'intimité de son amant, hésitant. Il n'avait pas l'habitude de faire ça, et puis... le Grec l'accepterait-il ?

Le brasier avait envahi le corps entier de Milo, il n'était plus que chaleur et passion. Son souffle s'accéléra, un frisson odieusement délicieux lui parcourut l'échine alors que Camus s'approchait de l'entrée de son corps. Il avait parfois eu envie d'inverser les rôles, mais il n'avait jamais trouvé l'occasion – et soyons honnêtes, le courage aussi – de le proposer au Verseau. Déjà qu'il était presque toujours obligé de le « convaincre », même si par la suite le Français pouvait se montrer vraiment enthousiaste...

Toutes ces passionnantes réflexions s'évaporèrent lorsqu'un doigt plus si froid que ça s'introduisit enfin en lui : Camus avait apparemment vaincu son appréhension sans son aide. Un gémissement lui échappa et il ondula des hanches, tentant de s'empaler un peu plus, de le sentir un peu plus... Mais le Verseau ne lui en laissa pas le loisir et l'immobilisa, alors qu'un deuxième doigt rejoignait le premier, le préparant avec application. Le Scorpion rejeta la tête en arrière, le corps dévoré d'impatience, avec sur les lèvres un seul mot :

– Viens... viens !!

Il était prêt à le supplier, mais encore une fois, le Français ne lui en laissa pas le temps. Et toutes ses sensations se réduisirent à cette brûlure qui se propageait dans son ventre à une vitesse folle, envahissait ses membres et amenait des papillons colorés jusque devant ses yeux.

Camus, en appui sur ses bras tremblants, attendit que son amant s'habitue à lui tout en le dévorant des yeux. Le Grec était si beau... Il glissa un bras autour de la taille souple et enfouit son visage dans le cou de Milo, le couvrant de baisers pour effacer la douleur de son intrusion. Cependant celui-ci l'avait oubliée depuis longtemps, et resserra ses jambes autour des hanches du Verseau pour l'inciter à bouger. Ce que fit le Français, lentement d'abord, mais bien vite il ne put s'empêcher d'aller plus vite, plus loin. Cette chaleur... le corps du Scorpion était brûlant, et en se perdant en lui il avait l'impression de revivre... la jouissance monta rapidement, encouragée par les cris du Grec, par ses ongles qui s'enfonçaient dans son dos, par son étroitesse divinement excitante. Il poussa un grondement sourd, sa vision s'obscurcit et ses muscles se raidirent alors que sous lui, Milo s'arquait et tressautait sous l'effet d'un orgasme qui ne tarda pas à l'emporter également.

Encore pris dans les brumes du plaisir, le Scorpion reçut avec bonheur son amant dans ses bras et l'enlaça, savourant son poids et l'odeur légèrement épicée de son corps après l'amour. Enfouissant une main dans les longues mèches lisses, il attendit que son coeur reprenne un rythme quasi-normal avant d'étouffer un bâillement, le manque de sommeil reprenant ses droits.

– Mmh... c'était bien... faudra qu'on recommence...

Camus eut un petit sourire et se laissa glisser sur le côté, sans quitter le cercle chaud des bras du Grec. Il s'y sentait bien, à l'abri, et le regarda s'endormir avant de le rejoindre.

Dieux, qu'il l'aimait...

 

~ ~ ~

 

NOTES DE L’AUTEUSE :

[1] : Pfrmdrrrrrr… *imagine Loki avec une pince à épiler géante, en train d’arracher un Sujan-écharde du crâne de Kyky* …

[2] : Y’a qu’à voir son comportement dans Hadès. Bouhou. TvT

[3] : Vi, je sais que c’est un dieu romain et pas grec… Mais j’avais pas envie de mettre Cronos ^^ (Trop connoté… Episode G, lol) Et pis je voulais une divinité pas très connue, aussi... Et pis bon, si vous avez déjà vu des représentations de Janus, vous savez pourquoi je l'ai choisi (NAN !! pas à cause de la barbe…)

 

Héhéhé... J'me disais qu'il y avait un couple que j'avais pas encore traité dans cette fic... eh ben voilà, c'est chose faite. Et j'espère que mon entraînement lemonesque a porté ses fruits, hihihi... (vive msn XD)

Ceci dit, un peu d’astronomie… Je crois avoir déjà dit – il y a longtemps ^^ – que le nom d’Alhen vient d’une étoile de la constellation des Gémeaux : Alhena (nom que j’ai d’ailleurs gardé pour sa 2ème personnalité)… eh bien, en faisant quelques recherches, me suis rendue compte que ladite Alhena est en réalité une étoile DOUBLE, ce que je ne savais pas jusqu’à maintenant... C’est fou comme le hasard fait bien les choses, des fois ^^

Soit dit en passant, Castor, autre étoile des Gémeaux (2ème plus brillante après Pollux *big smile*) est également une étoile complexe… c’est un système comprenant pas moins de 6 astres. SIX !!! *imagine Saga avec 6 personnalités différentes* Wolà... déjà qu’avec 2 il a du mal, pauvre chou... *frissonne d’horreur* Oh, le joyeux bazar...

En attendant la prochaine (qui ne devrait théoriquement pas prendre autant de temps), bizouuuuuux ^^

Alake.

 
 
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