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Fiqueuse : Alake Titre : Space Dementia Chapitre : Vingt-troisième : Dernières Chances Base : Chais pu… Disclaimer : Nan pu… Genre : Romanceangstnawakyaoikawaii. Tout en même temps. Si si. Rating : NC-17 Avertissement : Torturage de bisho. Et de bishoujo, aussi. Si vous êtes choqué par le coupling LokixKanon, mais qu’est-ce que vous faites encore là ??? Spoiler : La nuit est tombée, tout le monde s'est couché. (ouais, je sais, c'est nul comme spoiler. Mais ça rime, vous avez vu ?) CHAPITRE 23
DERNIERES CHANCES En arrivant devant la chambre de Kanon, Loki sourit : le Chevalier n'avait pas éteint la lumière. L'attendait-il, frétillant d'impatience et tout prêt à s'offrir à lui ? Il grimaça, ironique. Là, il rêvait... Il entrouvrit néanmoins la porte et se glissa à l'intérieur de la pièce. Jetant un coup d'oeil au lit, il comprit que sa proie avait déjà été capturée par un autre prédateur : le sommeil. Un petit soupir lui échappa, mais son sourire ne diminua pas. Il allait devoir réveiller cette Belle au Bois dormant... et il s'en délectait à l'avance. Il s'approcha silencieusement, puis se pencha au-dessus de l'ex-Dragon des Mers, pour finalement grimper à genoux sur le lit, en appui de part et d'autre du corps au repos. Du bout du doigt, il écarta paresseusement l'encolure de la tunique pour révéler quelques centimètres de peau satinée, qu'il effleura de son souffle brûlant en disant d'une voix à la fois dangereuse et caressante : – Tu devrais te réveiller, Kanon... Et de mordiller cette chair si tentante, comme affamé de sa douceur. Le Chevalier grogna, repoussa l'agression d'un coup d'épaule en se retournant dans son lit. – Mgnmmh !! Naisse-moi normiiir... Loki se recula légèrement, mécontent. Il avait une sainte horreur qu'on le repousse, et plus encore qu'on l'ignore – ce que Kanon était parvenu à faire, et simultanément en plus. Cependant il n'allait pas s'arrêter à ce simple refus – loin s'en fallait. Il considéra d'un oeil gourmand les lignes élancées du dos que lui présentait à présent sa proie, puis son regard descendit vers des courbes plus prononcées. S'allongeant carrément sur lui, il reprit de son ton de prédateur : – Oh... tu veux donc que je te possède dans ton sommeil ? Une de ses mains glissa le long du flanc de l'ex-Dragon des Mers, jusqu'à sa hanche à laquelle elle s'accrocha, alors qu'il continuait : – Mais ça serait dommage, tu sais... (Sa langue caressa lentement l'oreille du Chevalier.) Parce que si tu ne te réveilles pas, je ne pourrai pas voir tes yeux emplis de désir et de haine posés sur moi... Il prit le temps d'insinuer sa main sous le bassin de Kanon avant de poursuivre dans un murmure : – Car tu me détestes, n'est-ce pas ? Tu me détestes d'être ce que je suis, de te faire ressentir ce que tu ressens... tout comme tu as haï ces rêves qui t'ont poussé dans mes bras... mais celui que tu hais le plus, Kanon... c'est toi-même... – C'est faux. Si Loki fut surpris d'entendre s'élever la voix calme et parfaitement réveillée de sa proie, il n'en montra rien, se contentant de plonger son regard dans le coin d'iris turquoise qui le scrutait entre les cils sombres. – Oh, vraiment ? répondit-il, amusé. – Vraiment. Je ne ressens rien de ce que tu dis. Un sourire narquois étira les lèvres de l'Autre, et il joua de ses doigts contre l'entrejambe de l'ex-Marina. – Ta tête se berce peut-être encore d'illusions... mais ton corps, lui, les a abandonnées depuis longtemps. Une pression un peu plus accentuée arracha presque un gémissement à l'ex-Dragon des Mers. Le sourire de Loki s'élargit et il ajouta : – Sors-nous d'ici. Tu connais le chemin... Kanon ferma les yeux un instant. Son cosmos s'enflamma et un grand Triangle doré apparut à l'horizontale au-dessus d'eux, puis descendit pour les englober et se dissiper en les emportant. – Ils sont encore partis ? – Oui. Mais je ne comprends pas... je les ai perdus au même endroit qu'hier. On dirait qu'il y a une sorte... d'opacité dans la Toile... Dokho haussa un sourcil perplexe. Même s'il ne l'utilisait pas souvent, il jouissait d'une certaine maîtrise du tissu dimensionnel – ce qui lui était utile pour soutenir Shion lorsque celui-ci tentait d'observer les pérégrinations interdimensionnelles du Dragon des Mers et de son compagnon – cependant il était loin de posséder l'expérience et les connaissances de l'Atlante dans ce domaine. Alors si celui-ci ne parvenait pas à suivre leur trace... – Mmh, réfléchit-il à voix haute, tu crois qu'ils l'ont fait exprès ? Shion secoua la tête. – Je ne pense pas. Hier c'était Loki qui maîtrisait le vortex, alors qu'aujourd'hui c'était Kanon... et cette « opacité » était exactement la même. Elle ne porte la marque d'aucune de leurs auras. On dirait presque que c'est une anomalie... structurelle de la Toile. Le deuxième sourcil du Chevalier de la Balance rejoignit son jumeau, haut sur son front. – Tu veux dire... comme une sorte de... noeud géant ? Le Grand Pope acquiesça lentement. – Et permanent. Ou du moins, durable. Mais je n'arrive pas à savoir où il mène... Il soupira doucement. – Ouais, résuma le Tigre en se levant de son fauteuil pour s'étirer. En gros, une fois qu'ils sont passés de l'autre côté, on n'a plus aucun moyen de savoir ce qu'ils fabriquent... L'oeil dans le vague, Shion le regarda sortir de la pièce. S'approchant de son bureau, il caressa distraitement l'ébène poli par les ans du bout des doigts, et murmura pour lui-même : – Oui... mais peut-être cela vaut-il mieux... Un triangle doré apparut sur le grand lit du palace et se souleva pour laisser apparaître les deux Gémeaux, étendus l'un sur l'autre en travers du matelas. Puis il s'évapora, replongeant la pièce dans la pénombre. Il y eut un mouvement indistinct, puis la voix de Kanon s'éleva : – Lumière. Une douce clarté dorée baigna alors la chambre, diffusée par les appliques murales placées ici et là, entre tentures aux couleurs chaudes et tapisseries brodées de motifs complexes. Un soupir las passa les lèvres pincées de l'ex-Dragon des Mers, et il grommela : – J'ai pas demandé un « éclairage intime », bougre de dimension à la noix... Un petit rire secoua Loki, toujours appuyé de tout son poids sur le Gémeau. – Allons, allons... tu ne vas pas commencer à te plaindre, mon petit Kanon ? ronronna-t-il au creux de son oreille en lui flattant les flancs. – Je me plains si je veux ! protesta l'ex-Marina. D'abord, arrête de m'appeler comme ça. Joueur, l'Autre lui mordit l'épaule. – C'est fini avec les ordres, oui ? – Non, répliqua le Chevalier. Et tiens, pendant qu'on y est, si tu pouvais éviter de m'écrabouiller, ça serait bien. – Mais tu n'es jamais content ! se récria son compagnon. Au contraire, moi je trouve cette position parfaite... Et pour illustrer son point de vue, il ondula des hanches, provoquant chez Kanon un frisson de crainte agrémenté, à son grand dam, d'une pointe de désir. Dieux, il était incapable de maîtriser les réactions de son corps... – Lâche-moi, bon sang, combien de fois faudra-t-il que je te le répète ? Loki saisit une poignée de cheveux turquoise et lui tira la tête en arrière sans douceur, puis s'enquit d'une voix doucereuse : – Et moi, combien de fois faudra-t-il que je te répète que tu n'as pas d'ordres à me donner ? – Va... te faire... voir, réussit à articuler l'ex-Dragon des Mers avec le mince filet d'air qu'il extirpa à grande-peine de sa gorge. Un petit soupir lui parvint, alors que son visage était repoussé dans le coussin avec rudesse et que le poids de l'Autre se retirait de son dos. – Ah là là, et moi qui espérais que tu sois bien disposé à mon égard, ce soir... Le Chevalier se redressa vivement et s'éloigna d'un bon mètre, aux aguets. Il choisit d'ignorer la touche de sincérité qu'une partie de son esprit avait cru déceler chez son interlocuteur et s'exclama : – Tu veux rire, j'espère ! – Oooh non, fit Loki en s'avançant vers lui tel un fauve gourmand, lui coupant toute retraite. J'ai envie de beaucoup de choses, mais pas de rire... Kanon recula jusqu'à ce que son dos bute contre la tête du lit, puis ramena ses jambes contre lui en un geste de protection dérisoire. Il avait peur. Peur de lui-même, peur de se laisser aller comme la veille, peur d'éprouver ces sensations dont le simple souvenir suffisait à lui donner la chair de poule... Peur de se perdre en s'offrant. Peur de se briser. – Va-t-il falloir que je te prenne de force, Kanon ? demanda l'Autre d'une voix douce, mais non moins menaçante. Vais-je devoir te faire accepter ce que tu ressens, contre ton gré ? Il avait posé ses mains sur les genoux de l'ex-Dragon des Mers pétrifié, et descendit jusqu'à ses chevilles en un geste caressant, avant de remonter. – Tais-toi, souffla le Chevalier, le fixant de son regard troublé. Tais-toi. En lui dansaient des émotions contradictoires, et il frémit lorsqu'un sourire diabolique étira les lèvres de Loki. – Fais-moi taire, toi... – Tais-t... ! L'ex-Marina ne put terminer : l'Autre venait de s'emparer de ses lèvres pour lui imposer un baiser sulfureux. Il émit un gémissement étouffé, leva les mains dans l'intention de repousser son agresseur, puis se rendit compte que celles-ci s'étaient au contraire accrochées aux épaules du démon... et tentaient de le rapprocher de lui. Pire encore, son souffle s'accélérait, non à cause d'un début de panique, mais bel et bien parce que son corps s'échauffait sous les caresses de Loki. Celui-ci avait glissé ses mains sous les vêtements de Kanon, se délectant de la texture et du parfum unique de sa peau. Il repoussait petit à petit les étoffes importunes, écartait les mains tremblantes qui tentaient de l'en empêcher. La tunique de l'ex-Dragon des Mers tomba au sol, délaissée, tandis que la bouche démoniaque se refermait sur la chair ferme, à la fois douce et agressive, mordant, léchant, embrassant tour à tour, sans répit. Ce n'est que lorsqu'il s'attaqua au pantalon du Gémeau que ce dernier sembla se réveiller, s'apercevant que l'Autre s'était débarrassé de son t-shirt. Et que lui-même s'était laissé glisser au creux des coussins moelleux, confortablement calé, à la merci de ces mains et de cette bouche porteuses de tortures divines... Il se redressa et ramena, une nouvelle fois, ses jambes contre lui en les entourant de ses bras pour plus de sécurité. – Arrête avec ça, tout de suite ! siffla-t-il, partagé entre crainte et agressivité... et essayant d'oublier son désir. Loki étrécit les yeux, mécontent. L'ex-Marina lui donnait plus de fil à retordre que prévu... il se lécha les lèvres. Tant mieux, finalement : ce n'en serait que plus jouissif de le voir se soumettre... Claquant sa langue contre son palais, il répondit d'une voix mielleuse : – Kanon, Kanon, Kanon... Combien de temps vas-tu continuer à te voiler la face ? – Autant qu'il le faudra pour que tu me foutes la paix, répliqua le Chevalier avec hargne. Un petit rire teinté d'une minuscule pointe d'amertume résonna dans la chambre. – Vraiment ? Eh bien je te souhaite bien du courage ! Je ne sais pas si tu as remarqué, Kanon, continua l'autre d'un ton plus dangereux, mais je sais me montrer obstiné. L'ex-Dragon des Mers détourna les yeux sans répondre. Il savait pourtant que son combat était sans espoir, mais comment aurait-il pu se regarder dans un miroir, le lendemain, s'il n'avait pas résisté de toutes ses forces ? Pendant qu'il se faisait ces réflexions, Loki se saisit de ses chevilles et tira brusquement, le faisant glisser sur les coussins. Le Gémeau se retrouva dans sa position précédente, les jambes écartées autour de sa némésis. Sans lui donner le temps de se ramasser à nouveau sur lui-même, le démon s'avança entre ses cuisses et le bloqua avec ses genoux, avant de finir ce qu'il avait commencé auparavant – à savoir, déboutonner le pantalon de sa proie afin d'y glisser une main aventureuse. – Nnh !! Les doigts de l'ex-Marina se refermèrent sur le poignet coupable mais encore une fois, son corps le trahit. Ecartelé entre l'envie d'ôter cette main outrageante et celle de l'inciter à aller plus loin, il ne put que rester immobile, sans entraver ni encourager les mouvements de l'Autre. Une politique qui convenait parfaitement à son compagnon. Il enroula ses doigts autour du membre chaud et pulsant de Kanon, qui se raidit sous la caresse, retenant de justesse un gémissement haletant. Loki souriait, lorsqu'il s'empara à nouveau des lèvres de l'ex-Dragon des Mers. Tout rentrait dans l'ordre, et son plan était en bonne passe de se réaliser... « Eh bien, il serait temps ! » Le ricanement méprisant de Sujan éclata dans son esprit comme un coup de tonnerre. Le démon grimaça intérieurement contre l'agressivité de son créateur. Ne pouvait-il s'exprimer au même niveau « sonore » que tout le monde ? « Non, » rétorqua la divinité, lisant allégrement dans ses pensées. « Et tu ferais mieux de te bouger : je te rappelle que tu n'as que jusqu'à demain. » « Si tu en es tellement conscient, laisse-moi bosser tranquille. C'est la dernière ligne droite, là. » Il y eut un silence, comme si le dieu se demandait comment lui rabattre le caquet, puis la voix menaçante, avant de se retirer, répondit : « Je te surveille, Loki. » Le Chevalier poussa un grognement et tenta d'échapper au baiser. Ce ne fut que lorsqu'il sentit un goût légèrement métallique que l'Autre se rendit compte qu'il venait de mordre sa proie... assez violemment. Sans laisser l'ex-Dragon des Mers s'éloigner de lui, il caressa doucement la blessure avec sa langue, comme pour l'apaiser. Kanon se détendit un peu, semblant accepter ses... excuses ? Il ravala un reniflement de mépris et se concentra à nouveau sur les mouvements de sa main, histoire de chasser les dernières réticences de l'ex-Marina. Lequel était en proie à un véritable combat intérieur. Bien sûr, il avait conscience de sa faiblesse face aux... « arguments » de Loki, et il se savait sur le point de craquer définitivement mais... par tous les dieux, comment était-il censé accepter « ça » ? Il avait beau chercher, il n'y avait aucune solution. Soit il écoutait son corps, se laissait aller et courait le risque de perdre son âme en route, soit il trouvait la force de repousser l'Autre... avec toutes les conséquences néfastes que cela pouvait avoir sur l'humeur de celui-ci, et par conséquent sur Kyrien... ou Saga. Saga... oh par Athéna, qu'il n'apprenne jamais... jamais... Mais il y avait une autre raison qui empêchait le Gémeau de se dérober totalement aux avances de Loki. Une sorte de crainte que le semblant de relation – aussi bancale et hasardeuse soit-elle – qui s'était tout de même forgée entre eux ne soit irrémédiablement brisée. Et que le démon ne redevienne ce qu'il était avant, maléfique et totalement incontrôlable. Car sans vouloir se l'avouer, Kanon appréciait son imprévisible compagnon. Oh bien sûr, il y avait des fois où il le haïssait... mais l'idée que peut-être, l'Autre n'était pas aussi simple qu'il le paraissait, ne le quittait pas. Son comportement, ses sentiments étaient dictés par sa nature même d'opposé... mais qu'y avait-il en dessous ? N'était-il que cela, une marionnette sans substance, créée de toute pièces, ou y avait-il autre chose ? Toutes ces fois où Loki n'avait pas agi comme il était censé le faire... oh, elles n'étaient certes pas nombreuses, mais... L'amertume que l'ex-Dragon des Mers avait parfois décelé dans son ton, dans son attitude... était-elle réelle ? Ou tout cela n'était-il que part d'un plan visant visant à libérer son créateur ?... Voyant sa proie haletante mais apparemment perdue dans ses pensées, l'Autre décida de leur ramener sur terre... à sa manière. Avec un sourire démoniaque, il se redressa à genoux et commença à déboutonner son pantalon. L'ex-Marina sortit de l'état de plaisir brumeux où il avait plongé en sentant sa némésis changer de position. Une sensation de froid sur son membre lui apprit que Loki avait retiré sa main, impression confirmée par le sentiment de vide qui lui mordait les entrailles, son corps réclamant encore la caresse à laquelle il s'était vite habitué. Cependant l'Autre s'était avancé et lui retira toute liberté de mouvement en plaçant ses genoux de chaque côté de son torse, emprisonnant ses bras. Il le dominait de toute sa hauteur et Kanon, à moitié allongé dans les coussins, leva vers lui un regard où se mêlaient appréhension et défi, se demandant ce qu'il allait faire. Il eut sa réponse lorsque sa némésis posa ses mains sur sa propre ceinture, fit lentement descendre son pantalon et libéra son sexe tendu avec un léger soupir, de soulagement peut-être. Ne baisse pas les yeux, s'ordonna mentalement le Chevalier. Ne baisse pas les yeux. Ne... Trop tard. Son regard venait de s'accrocher à la virilité de Loki et il se força à le détourner, sachant ce que son compagnon attendait de lui. Une marque de soumission. L'acceptation totale de ce qu'ils avaient fait la nuit précédente, et la promesse qu'ils recommenceraient... encore et encore. Et dieux, ce qu'il avait envie de céder, se dit-il alors qu'un odieux frisson se frayait un chemin le long de son épine dorsale. Oui, il avait envie de le prendre dans sa bouche, de le sentir en lui de cette manière-là aussi... Il voulait détenir autant de pouvoir sur l'Autre que celui-ci en avait sur lui, il voulait... Une partie de lui réalisa avec horreur qu'il voulait tout simplement donner du plaisir à son amant – cet être contre nature, lui hurlait-elle. Mais cette part-là fut réduite au silence, recouverte par le voile de désir qui obscurcissait les prunelles turquoise, derrière le rideau des cils pudiquement baissés. Loki glissa ses doigts dans les longues mèches soyeuses pour aller les poser sur la nuque de l'ex-Dragon des Mers en une invite silencieuse. Alors, lentement, Kanon libéra une de ses mains pour se saisir du membre frémissant d'impatience, faisant délicatement courir ses phalanges sur la peau satinée, le regard fixé un peu rêveusement sur l'objet de ses désirs. Puis il s'avança, semblant hésiter, sa langue rouge caressant ses lèvres entrouvertes sur un souffle qui effleura la chair sensible de l'Autre. Lequel dut fournir un effort notable pour ne pas attirer l'ex-Marina contre lui, se glisser dans ce fourreau brûlant et doux, et y trouver son plaisir... mais le geste devait venir du Gémeau, et de lui seul. Il se maîtrisa donc et le laissa s'approcher avec une lenteur torturante, recueillir du bout de la langue une larme de désir et fermer les yeux comme pour mieux la savourer... Etourdi par une sulfureuse vague de chaleur, il dut poser sa main libre contre le mur face à lui pour ne pas changer brusquement de position. Oh, comme il aurait aimé s'enfoncer tout au fond de cette gorge chaude, aller et venir d'un balancement de hanches paresseux... ou frénétique. Kanon dut sentir son impatience car il se décida enfin à le prendre en bouche. D'abord doucement, presque prudemment, il porta toute son attention sur l'extrémité si réceptive, la taquinant de sa langue experte, arrachant un gémissement à Loki, puis un autre, un autre encore... Haletant, ce dernier baissa les yeux pour voir son amant à l'oeuvre, et ce fut ce moment-là que choisit l'ex-Dragon des Mers pour lever vers lui son regard assombri de désir, écarter un peu plus les lèvres et l'engloutir complètement. L'autre parvint à étouffer son cri, mais la seule tension des doigts toujours plongés dans la chevelure turquoise suffisait à renseigner le Chevalier sur son effet. Souriant légèrement, il plaqua sa main libre sur une fesse dure et s'en servit d'appui pour entamer un mouvement de va et vient. Toujours solidement appuyé contre le mur, le démon rejeta la tête en arrière, tentant de contrôler les rivières de feu qui parcouraient ses veines. Il ondulait des hanches, en accord avec le rythme lent que lui imposait l'ex-Marina, pris au délicieux piège de ces mains, de cette bouche... évidemment, il essaya de le faire accélérer, mais les doigts enfoncés dans sa cuisse lui intimaient de rester sage. Ordre inique contre lequel tout son corps se rebellait, avide de plus de plaisir encore, désirant tout à la fois que cette torture s'achève et qu'elle dure éternellement. Cependant Kanon, dans un coin reculé de son esprit, bataillait encore faiblement avec lui-même. Je vais le regretter, je le sais, je le regrette déjà... mais qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Et puis après tout, est-ce que c'est si mal que ça ? Bien sûr que c'est mal ! C'est le corps de mon frère, par tous les dieux ! Oui, mais ce n'est pas lui. Ce n'est pas Saga, je le sais très bien. Mais qu'est-ce que ça change ? Tout. Ca change tout. Pfff. La bonne excuse. Je suis attiré par lui. Pas par Saga. N'ai-je jamais été attiré par Saga ? Non. Non, jamais. Saga est mon frère, je l'aime, il fait partie de moi... mais pas comme ça. Alors pourquoi suis-je attiré par son corps lorsque l'Autre le commande ? Je ne sais pas. Je ne sais pas. Peut-être... ... peut-être y a-t-il... ... autre ch... Ce fut cet instant que Loki choisit pour resserrer encore sa prise sur la nuque de l'ex-Dragon des Mers, désirant plus que tout aller plus loin, plus profondément... Mais le Gémeau l'en empêcha d'une main ferme et d'un regard d'avertissement, lui promettant que s'il ne se tenait pas tranquille, il aurait exactement le contraire de ce qu'il voulait. Puis il accéléra. Intensifia le rythme de ses caresses, ses mordillements, ses coups de langue. Ferma les yeux pour mieux savourer la saveur, la chaleur, les frémissements de la peau sous ses doigts, sous sa bouche. – Oh bon sang, Ka... non... C'était plus que ce que l'Autre pouvait en supporter. Arquant le dos, la tête rejetée en arrière, les muscles tendus, il poussa un cri rauque et inarticulé alors que son essence se répandait dans l'écrin chaud et moelleux de l'ex-Marina. Lequel s'était préparé à l'irruption du liquide brûlant dans sa bouche... mais pas à la violente nausée qui suivit. Apparemment la part de lui qui s'opposait encore farouchement à cela avait réussi à se faire entendre... Il repoussa brusquement Loki et se pencha pour recracher la semence de sa némésis à côté du lit, tentant de calmer les hauts-le-coeur qui lui contractaient la gorge. Les yeux fermés, il essayait de reprendre son souffle, maudissant en vrac les dieux qui l'avaient fait naître, Loki qui l'avait entraîné là-dedans et lui-même, incapable de se décider entre un rejet définitif et une reddition totale. Une main se posa au creux de ses reins, une autre vint masser doucement son estomac noué de crampes ; une voix murmura d'un ton ironique à son oreille : – C'est très impoli, ce que tu viens de faire, tu sais ? – Pourquoi... tu fais ça ? haleta le Gémeau au bout d'un moment, luttant encore contre la nausée. Encore... il y avait à nouveau ce gouffre entre les paroles de l'Autre et ses gestes, cette main qui lui caressait le ventre – tendrement, aurait-il dit, s'il n'avait su que c'était complètement impossible. – Quoi donc ? s'enquit le démon d'un ton léger, tout en continuant son agréable massage. – Mais ça ! s'écria l'ex-Dragon des Mers en repoussant Loki, soudain furieux. Pourquoi tes gestes ne s'accordent-ils pas avec tes mots ? C'est perturbant, à la fin ! Un petit rire amusé lui répondit. – Perturbant ? Oh mais c'est flatteur, ça... En un éclair, Kanon se sentit tiré en arrière, plaqué sur le lit par le poids de l'Autre, ses poignets emprisonnés au-dessus de sa tête. Mais il n'en démordit pas : – Réponds-moi, Loki. Sa némésis cessa les baisers qu'il avait commencé à semer le long de son cou pour relever la tête. – C'est un ordre, ça ? L'ex-Marina soupira. – C'est une demande. Un sourire taquin étira les lèvres de Loki. – Dis « s'il te plaît », alors. – Tu te fous de moi ? fut la réponse excédée. – Et la politesse alors ? Je croyais que c'était essentiel dans les relations humaines ? – Hah ! Avec toi ça ne sert à rien, grommela le Gémeau en essayant de se libérer. Tu ne comprends que la manière forte. – Mmh... puisque tu es si désagréable, je me contenterai de répondre que tu le sauras en temps voulu. – Pfff, encore ces salades... ça te tuerait d'être un peu plus précis ? – Ca te tuerait d'être un peu plus poli ? répondit l'Autre avec un grand sourire narquois. Un énorme soupir souleva la poitrine de l'ex-Dragon des Mers. – Tu n'en as jamais marre de ces petits jeux débiles ? – Non. – Dommage. – Ce qui est dommage, c'est que nous perdions notre temps à discuter... (Il ondula contre Kanon, frottant éhontément leurs deux corps l'un contre l'autre.) ... alors qu'il y a tellement mieux à faire, termina-t-il dans un ronronnement. L'ex-Marina secoua la tête, désabusé. – Tu ne me le diras pas, hein ? – Mmh... je n'en ai pas l'intention, non. Un petit silence suivit. – ... Et si je me refusais à toi jusqu'à ce que tu me le dises ? Loki rit doucement. – Oh. Tu t'en crois capable ? – Ne me défie pas, Loki. – Huhu... ne me fais pas des propositions aussi tentantes... J'ai toujours rêvé de t'attacher... Le Gémeau frissonna. – Je te crois sur parole, pas la peine de-hnnn ! Il fut réduit au silence par la bouche vorace du démon. Il résista, bien sûr, tira sur ses bras toujours prisonniers de la poigne de fer ; mais lorsque la langue gourmande de l'Autre s'insinua entre ses lèvres, il se sut perdu. Encore une fois. Sa némésis avait glissé un genou entre ses jambes et le frottement contre son pantalon était en train de lui ôter ses dernières bribes de raison. Son souffle s'accéléra lorsqu'il sentit le membre de son amant reprendre de l'ampleur contre son aine, et il fut presque effrayé par la puissance de son propre désir. Mais en un sens, c'était normal : Loki avait déjà trouvé son plaisir dans sa bouche, alors que lui attendait encore sa délivrance... et le démon en jouait, prenait son temps. Avec un art consommé, il le titillait à coups de baisers légers, d'effleurements, de caresses inachevées – en somme, il le rendait lentement mais sûrement fou de frustration. L'ex-Dragon des Mers avait l'impression que sa peau était électrisée tellement il réagissait fort aux attouchements de l'Autre. Haletant, il murmura dans un souffle : – Haaaan Loki... Celui-ci releva la tête de la fleur pourpre qu'il était en train de malmener savamment et répondit d'un ton plutôt neutre : – Oui ? Kanon s'aperçut alors que son compagnon était complètement nu. Cette constatation envoya une vague brûlante lui fouetter les reins, et une étincelle de jalousie fit briller ses prunelles floues. – Nnh... c'est pas... juste, protesta-t-il d'une voix rauque. Arrête de... jouer... Sa némésis sourit cruellement et passa une main sur l'entrejambe raidi de l'ex-Marina. – Tu veux que j'aille plus vite ? ronronna-t-il. Tu veux que je te donne plus de plaisir ? – Han oui... – Eh bien tu n'as qu'à le demander... Le regard furieux que lui adressa le Gémeau le laissa de marbre. – Tu ne peux pas le deviner tout seul ? grommela le Chevalier en détournant les yeux. Loki se contenta de caresser avec encore un peu plus d'insistance son sexe tendu à travers la toile du pantalon, et le frottement parut insupportable à l'ex-Dragon des Mers. Il se redressa et tenta de repousser son amant, mais celui-ci ne le laissa pas faire et après une brève lutte, Kanon se retrouva à genoux, le nez dans le coussin, les poignets retenus dans son dos – et il se demanda pourquoi il n'avait jamais le dessus lors de leurs joutes physiques. Peut-être parce qu'il hésitait à faire mal à l'Autre, alors que ce dernier ne s'en souciait pas vraiment... En tous cas, les mains diaboliques continuaient de le rendre fou, et la voix mielleuse de sa némésis coulait dans son oreille : – Tu sais ce que j'attends, Kanon.. je te l'ai déjà dit... – Non je ne sais p... L'ex-Marina s'interrompit. Il savait, en effet, ce que sa némésis voulait... Ces quatre petits mots qu'il avait refusé de prononcer tout à l'heure, Loki allait parvenir à les lui arracher, malgré tout. Une autre partie de lui se fissura lorsqu'une nouvelle caresse un peu plus insistante lui arracha un gémissement haletant. Il ferma les yeux, serrant les paupières pour ravaler son humiliation – de toute manière, un peu plus un peu moins, qu'importait ? Le visage enfoui dans le tissu satiné du coussin, il marmonna quelques paroles totalement incompréhensibles. L'Autre se pencha vers lui sans cesser les mouvements de sa main, et demanda doucement : – Qu'est-ce que tu as dit ? Le visage brûlant, le Gémeau se cacha encore plus dans le coussin. Et en plus, ce mufle osait le lui faire répéter ? Mais il avait l'impression d'être sur le point d'exploser... Il tourna donc un peu la tête et articula à nouveau : – Donne-moi... du plaisir... s'il te plaît... La bouche de sa némésis se posa sur son omoplate et émit un petit rire, tandis que ses mains s'activaient pour libérer l'ex-Dragon des Mers du reste de ses vêtements honnis. – C'était si difficile que ça ? C'en était trop. La gêne de Kanon se mua en énervement et il gronda : – La ferme et baise-moi, bon sang !! Loki rejeta les vêtements de son amant hors du lit, puis saisit sa chevelure pour le forcer à se redresser et lui souffla à l'oreille : – Je préfère ça... Haletant, l'ex-Marina offrit ses lèvres aux baisers voraces, savoura les caresses enfin appuyées, gémit sourdement quand l'Autre s'empara de son membre pour lui imposer un rythme soutenu. Il sentait le sexe dur contre ses fesses, se frottait à lui sans aucune pudeur. – Nhaaa... Loki... Celui-ci glissa une main entre les cuisses du Gémeau et les écarta pour avoir un meilleur accès à son intimité. Ses doigts remontèrent pour plonger dans sa bouche, puis descendirent rejoindre ceux qui étaient déjà en train de masser l'entrée tant convoitée et s'y insinuèrent, arrachant à l'ex-Dragon des Mers une plainte d'inconfort et de délice mêlés. Mordillant l'épaule et le cou de Kanon, le démon n'attendit pas que son amant se soit habitué à l'intrusion pour entamer un mouvement de va-et-vient assez énergique. L'ex-Marina ahana, les muscles tétanisés pour repousser la douleur. Il soupira de soulagement lorsque la pression des doigts disparut, mais Loki le força à se pencher en avant et il écarquilla les yeux en sentant quelque chose de plus imposant se présenter à la place. – N... non, attends... pas si vite... Un murmure rauque lui répondit : – Non... j'ai trop envie de toi. Le démon le saisit par les hanches et commença à se glisser lentement en lui. Il ferma les paupières pour retenir les larmes que ce déchirement brûlant lui faisait monter aux yeux, serra les mâchoires pour ravaler ses gémissements. C'était ce qu'il voulait, non ? Non. Ce qu'il voulait, ce qu'il avait demandé à l'Autre, c'était du plaisir... pas de la souffrance. Cependant son amant – ou son agresseur, il ne savait plus... – , une fois profondément enfoncé en lui, avait cessé tout mouvement. L'ex-Dragon des Mers, qui s'attendait à de douloureux coups de boutoir, fut surpris de sentir des caresses légères et apaisantes sur son dos, ses flancs, son ventre... Il put donc reprendre ses esprits, et le contact des mains douces de Loki était en train de le détendre malgré lui. La brûlure de l'invasion s'estompait lentement, laissant place à un sentiment de plénitude que Kanon chercha à repousser, car il en voulait à sa némésis pour sa brutalité. Mais il s'était arrêté... et l'ex-Marina savait très bien que ce n'était pas seulement pour garder son endurance intacte. Et puis ces caresses... L'Autre attendit que le Gémeau se détende totalement autour de lui, le regard un peu dans le vague, ses mains posées sur les rondeurs de sa chute de reins... Là, maintenant, ça serait le bon moment, se dit-il soudain, puis il rejeta cette idée. Il n'était pas obligé de le faire tout de suite, il avait encore toute la nuit devant lui... alors autant en profiter un peu avant, n'est-ce pas ? Ses prunelles étincelèrent ; un rictus aux lèvres, il resserra ses doigts sur les hanches de l'ex-Dragon des Mers, avant de se retirer lentement pour revenir avec force, arrachant un nouveau cri à son amant – mais plus vraiment de douleur, cette fois. Aveuglé par un éclair de plaisir, Kanon se cambra violemment, la bouche grande ouverte sur un souffle inexistant, lorsque Loki recula à nouveau pour le pénétrer encore, de toute sa longueur. Oh dieux, c'était si bon... Il tendit une main derrière lui et saisit son amant pour le ramener contre lui, désirant plus de contact, plus... L'Autre se colla à son dos, enroula un de ses bras autour de lui et ses doigts rampèrent vers le sexe esseulé de l'ex-Marina. Une plainte brûlante s'échappa des lèvres du Gémeau et il sourit en accordant ses caresses au rythme de ses allées et venues. Sa bouche courait sur les épaules du Chevalier, ses dents se plantèrent dans sa nuque, lui arrachant un gémissement de plus. – Hannn... Oh, Loki... – Tu aimes ça... n'est-ce pas, Kanon ? sussura le démon contre l'oreille de l'ex-Dragon des Mers. – Nnh... ah... Un mouvement un peu plus puissant toucha certain point en lui, semblant le déchirer de plaisir, et il fut forcé de gémir : – Haaan ouiii !! Loki s'autorisa alors à accélérer le rythme, et Kanon répondit avec autant d'ardeur, ce qui acheva de le satisfaire. La montée vers l'orgasme fut fulgurante. Il sentit son amant frémir, se tendre, se resserrer autour de lui ; quelques coups de reins lui suffirent à le rejoindre dans l'extase, leurs voix se mêlant dans un cri sauvage alors qu'un plaisir indicible ravageait leurs sens. L'Autre se laissa tomber sur l'ex-Marina, l'obligeant à s'allonger sous son poids – de toute manière, le Gémeau ne tenait plus sur ses genoux... Ils restèrent ainsi un moment, haletants, puis Loki se retira de lui et roula sur le dos, un large sourire aux lèvres. Quelques secondes plus tard, il poussa un petit soupir et demanda : – On t'a déjà dit que tu étais une bête au pieu ? – Ouais. Secoué d'un petit rire, il remarqua : – Ce n'est pas la modestie qui t'étouffe, en tous cas. Un reniflement ironique lui répondit. – Tu peux parler ! Le sourire du démon s'élargit. – Je n'y peux rien, si je suis un génie... – Oh. Un génie, alors que moi je ne suis qu'une bête... c'est flatteur. Non, merci, j'apprécie. – Quoi ?! C'est moi qui ai tout fait, je te signale. Toi, tu t'es contenté de profiter. – Pfff... de subir, tu veux dire... Un cri outragé salua cette répartie. – Eh bien puisque tu es si doué, qu'est-ce que tu attends ? Montre-moi ce que tu sais faire ! Un ricanement moqueur passa les lèvres de l'ex-Dragon des Mers. – Tu ne m'auras pas aussi facilement, Loki. – ... – ... – Non ? – Non. La voix de l'Autre se fit soudain de velours : – Ose me dire que ça n'en valait pas le coup. – Ca n'en valait pas le coup. Un nouveau petit soupir brisa le silence. – Ci-gît Kanon, Chevalier d'Or des Gémeaux, terrassé par sa mauvaise foi. – La ferme. – Oh allons, Kanon, admets-le : tu meurs d'envie de recommencer. – Non. – Si. – Non. – Alors pourquoi es-tu en train de durcir, hein ? L'ex-Marina cacha son visage brûlant dans les draps. Comment savait-il ? Il était pourtant resté sur le ventre, à dessein... pour cacher le fait que son corps n'en avait pas eu assez, que sa chair réclamait son dû. Loki était une drogue, délicieuse et infiniment dangereuse. Et le Gémeau se rendit compte avec un certain effroi qu'il était devenu totalement accro à cette drogue. Et dieux, qu'il avait envie de lui... Etendu sur le dos, les mains croisées derrière sa nuque, Loki n'attendait pas de réponse. Il avait apparemment touché juste, mais ne s'en rengorgea pas. Il y travaillait depuis si longtemps, deux semaines, deux interminables semaines passées à se rendre indispensable à l'ex-Dragon des Mers, à hanter ses nuits, ses rêves, chacune de ses pensées... Et c'était la dernière nuit, où enfin il allait l'avoir à ses pieds... cette nuit où il mettrait son plan à exécution, cette nuit où il allait le briser. Les briser. Et les sceaux seraient levés. Et il aurait ce qu'il voulait. Libre... enfin. Un mouvement à côté de lui le ramena au présent. Il tourna légèrement la tête vers son amant et se rendit compte qu'il avait l'air... furieux ? Un peu désespéré, également. Et il se dit furtivement qu'il adorait ça, avant que le poids de Kanon ne s'abatte sur lui. – Pourquoi ? gronda l'ex-Marina, alors que ses lèvres voraces s'emparaient de la bouche de sa némésis. Pourquoi ? Vaste question, mon beau Dragon, pensa l'Autre, mais il ne put prononcer un seul mot, sa langue étant occupée à danser un ballet effréné avec sa jumelle. Le Gémeau s'était placé sur lui, une jambe de chaque côté de son torse, et semblait satisfait de mener la danse pour une fois. Etrangement, Loki le laissait faire, savourant les caresses et les légères griffures que lui administrait son amant. Ses mains s'étaient glissées dans le dos de l'ex-Dragon des Mers, parcouraient avec délice les muscles durs roulant sous la peau satinée. Kanon se frottait contre lui, de plus en plus enfiévré, et le contact entre leurs sexes les électrisait tous deux. – Pourquoi ? répétait inlassablement l'ex-Marina au milieu de ses baisers, coups de langue et mordillements. Pourquoi ? Cela fit sourire l'Autre. – Tu n'as pas encore compris, Kanon ? Murmura-t-il d'une voix douce. Tu es à moi... – Non ! gronda le Chevalier, amorçant un mouvement de recul. Cependant il ne put aller bien loin, retenu par les caresses ensorcelantes du démon. Celui-ci avait glissé une main entre les fesses fermes de son amant ; il le découvrit encore humide de leur précédente union et délicieusement, divinement... glissant. Un de ses doigts s'insinua dans le corps brûlant avec une facilité presque déconcertante, amenant un sourd gémissement dans la gorge de l'ex-Dragon des Mers. – Si, sussura Loki au creux de son oreille, en profitant pour la mordiller délicatement. Tu m'appartiens... corps... et âme... Il l'incita à se soulever légèrement, plaça son membre avide juste à l'entrée, et attendit. Kanon le fixa un instant de son regard flamboyant, assombri par le désir, puis se redressa et commença à s'empaler lentement, haletant avec le peu de souffle qu'il lui restait : – Non, nnh... je ne... t'appartiens pas... ou alors... haaan toi aussi... toi aussi tu es à moi... aah... Enfoncé en lui jusqu'à la garde, l'Autre ne vit pas de raison de le contredire... et ce, même si cette nouvelle appartenance le mettait un peu mal à l'aise. Il n'était à personne, bon sang !! Pourtant, il préféra se concentrer sur les mots qu'il se répétait inlassablement, comme un mantra : Non, pas encore... j'ai le temps... un peu, encore un peu... Car ç'aurait été le moment idéal pour mettre son plan en application. Seulement... il n'avait pas envie de se priver du spectacle de l'ex-Marina en train de le chevaucher, et – oh... il s'était mis à onduler des hanches, paresseusement, les yeux mi-clos... existait-il vision plus érotique ? Apparemment oui, puisque le Gémeau, après avoir repoussé d'une main impatiente sa lourde chevelure derrière ses épaules, était en train de prendre appui sur le ventre de sa némésis pour se soulever lentement, avant de laisser la gravité faire son office, avec un gémissement de volupté plus puissant à chaque frottement contre son propre paradis intérieur. – Nnh... Kanon... bouge plus vite... C'était un ordre... mais un ordre si sensuel, prononcé d'une voix tellement chargée de stupre et de lascivité, que l'ex-Dragon des Mers ne put que lui obéir. Il fit remonter ses mains jusqu'aux épaules du démon, effleurant au passage les deux fleurs pourpres sur son torse, et accéléra la cadence. Bientôt ses gémissements se transformèrent en cris haletants, alors que Loki ajoutait de l'ampleur au mouvement par ses coups de reins, lui caressait le ventre, malmenait ses tétons entre ses doigts habiles... Leurs mains se cherchèrent, se trouvèrent. Kanon attira sa némésis à lui, le força à se redresser. Sans rompre le rythme, l'Autre le soutint d'un bras passé au creux de ses reins et d'une main sous ses fesses, alors que les doigts de l'ex-Marina s'accrochaient à ses épaules pour y prendre appui, aller plus vite, plus fort, à la recherche de ce plaisir fugitif, si proche et pourtant encore hors d'atteinte... Leurs râles, leurs cris se faisaient à présent écho, se poursuivaient, s'unissaient. Loki bascula son amant sur le matelas, le cloua sur son poids, le pilonna de coups de boutoirs rapides, furieux. Etouffé, essoufflé, Kanon s'ouvrait, l'accueillait, l'attirait en lui ; il poussa un feulement lorsque le démon lui souleva le bassin pour le posséder plus profondément encore, et celui-ci ne pensa pas que c'était exactement le bon moment. Non, à cet instant il ne pensait plus à rien, son univers s'était réduit à ce regard brûlant, ce corps qui se mouvait au même rythme que le sien, cette voix qui en demandant plus, plus, toujours plus... La jouissance les prit soudain, avec une puissance incommensurable. Elle les foudroya de ses longs éclairs blancs, aveuglants, leur déchira la gorge, leur tétanisa les muscles. Et puis elle les laissa, refluant comme une marée capricieuse, une vague taquine revenant de temps à autre caresser leurs nerfs électrisés, les faire frémir une dernière fois. Il ne restait plus d'eux que deux corps pantelants, luttant pour reprendre un minimum de souffle dans le lit dévasté. Leurs membres étaient enroulés les uns aux autres, leurs chevelures mêlées, comme s'ils refusaient de se séparer encore... de se séparer jamais. Le visage enfoui dans les longues mèches turquoise, l'Autre se maudissait intérieurement. Emporté par la passion, il avait tout bonnement... raté le coche. Oh bien sûr, il pouvait encore le faire maintenant... la sueur, la semence qui couvrait leurs deux ventres, leurs positions mêmes étaient plus qu'éloquentes – il était étendu de tout son poids sur son amant, et son membre était encore enfoui profondément en lui – mais l'impact aurait été tellement plus fort pendant l'acte. Il soupira, chassant du même coup les quelques cheveux bleutés qui lui chatouillaient le visage. Il allait devoir recommencer... Il y avait des fois où il détestait réellement son côté perfectionniste, se dit-il avec un sourire ironique. Soudain, une douleur aiguë lui vrilla le crâne, signe d'un réveil imminent de Saga. Avec un gémissement sourd, il roula sur le côté et se recroquevilla sur lui-même, luttant de toutes ses forces pour maintenir son autre lui dans l'inconscience – tout en se demandant pourquoi il prenait cette peine. Pourquoi faire ça, alors que de toute manière, dans quelques jours – quelques heures peut-être – tout serait terminé ? L'instinct ? L'habitude ? Pourquoi, par tous les dieux, n'était-il pas capable de mettre ce satané plan à exécution, et de laisser la place à Saga pour qu'il découvre tranquillement ce qu'il s'échinait à mettre en place depuis plus de deux semaines ? Il avait enfin réussi, Kanon s'était finalement offert à lui... et il n'avait pas pu. Ou pas voulu. Il secoua violemment la tête, refusant de réfléchir à ça... Une main se posa sur son épaule. Il tourna la tête et croisa le regard angoissé de l'ex-Dragon des Mers. Cependant il ne se fit pas d'illusions : ce n'était pas pour lui que son amant s'inquiétait. Non, il craignait simplement que l'Autre ne cède la place à son jumeau. Loki pouvait presque sentir le parfum de sa terreur... dans d'autres circonstances il se serait délecté de cette odeur, mais en l'occurrence, elle lui laissa un goût amer sur la langue. Avec un rictus ironique, il dit : – Ne t'inquiète pas. Il s'est rendormi. Le Gémeau retira sa main, comme blessé par son ton caustique. Puis il se leva, récupéra ses vêtements sur le tapis et commença à se rhabiller en silence, ravalant un soupir. La bulle dans laquelle ils s'étaient isolés du monde avait soudain éclaté, laissant une étrange impression de vide... de froid. Loki le rejoignit et, sans lui accorder un regard, l'ex-Marina ouvrit le Triangle doré qui les ramènerait au Sanctuaire. A la réalité. Sujan crépitait littéralement de rage. Le cosmos qui le constituait était parcouru d'éclairs, et le slaad noir qui se tenait à ses côtés étrécit ses yeux brillants, semblant évaluer le risque qu'il courait à rester à proximité de la divinité courroucée. Un sourd bourdonnement faisait vibrer l'air autour du dieu chaotique alors qu'il vouait Loki à tous les diables. Cet imbécile avait lamentablement échoué, alors que son armée était prête, et même plus que prête. Les slaads rouges, les plus stupides, avaient déjà commencé à s'entre-déchirer, ne s'interrompant que lorsqu'une créature plus puissante les dispersait – et encore, pour une durée très limitée. Sujan tourna ses perceptions vers ses troupes et s'il avait eu un corps, un sourire cruel aurait orné ses lèvres. L'adage disait vrai : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Et malheureusement pour Athéna et ses Chevaliers, il lui restait un atout dans sa manche. Un atout infiltré profondément, au coeur du camp adverse... ~ ~ ~ NOTES DE L’AUTEUSE : Bon, je me disais que ça ferait vraiment bizarre de faire sauter Kanon dans les bras de Loki, surtout vu comme il s'est pris la tête au chapitre précédent... dooooonc, re-réflexionnage et posage de questions existentielles à gogo, avant le passage réglementaire à la casserole (et pendant aussi, hein) XDDDDD Et c'est quiiiiiiiiii, qui se fait prendre à son propre jeu, heiiiiiiiin ? MUAHAHAHAHAHA Call me Evil, Mister Evil. Niark !! (et bien fait pour toi, Loki ^vvvvvvvvvvvvvvvvvvv^) Rha, mais quelle prise de têeeeeeeeeeete pour écrire ce chapitre, j'vous jure... pinaiiiiiiiise... Et dans le prochaiiiiiin... ça chauffe, mes ailleux. Et plutôt deux fois qu'une !! Alake. |