manyfics
     
 
Introduction Les news
Les règles Flux RSS
La Faq Questions
Concours Résultats
ManyChat ManyBash
Plume&Crayon ManyBlog
Goodies Nous aider
  Les crédits
 
     

     
 
Par date
 
Par auteurs
 
Par catégories
Animés/Manga Comics
Dessins-Animés Films
Jeux Livres
Musiques Originales
Pèle-Mèle Séries
~ Concours ~ ~Défis~
  ~Manyfics~
 
Par genres
Action/Aventure Angoisse
Conte Drame
Erotique Fantaisie
Fantastique Général
Horreur Humour
Mystère Parodie
Poésie Romance
S-F Surnaturel
Suspence Tragédie
 
     

     
 
au 09 Jan 09 :
1119 comptes dont 390 auteurs
pour 1453 fics écrites
contenant 3722 chapitres
qui ont générés 7544 reviews
 
     

     
 
Space Dementia
Par Alake
Saint Seiya  -  Romance
27 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 24     Les chapitres     2 Reviews    
Invasion

Fiqueuse : Alake

Titre : Space Dementia

Chapitre : Vingt-quatrième (m'en vais atteindre les 30 facile, moi... en fait j'en sais rien, je n'ai absolument AUCUNE idée de combien de place ce que j'ai prévu pour la fin va prendre... ça va dépendre de mon humeur je crois XD) : Invasion

Base : Saint Seiya

Disclaimer : Ben non. J’ai beau l’avoir demandé au Papa Nowel ET aux Cloches de Pâques ET pour mon anniversaire, j’ai pas eu l’ombre d’un bisho en armure cette année. Ouin.

Genre : Yaoi, Nawak, Angst, Romance, Kawaii... et même un peu d'Action, c'est pour dire...

Rating : NC-17

Avertissement : Attention, chapitre très très très angst. Et violent, aussi. (même si ça commence en nawak)

Spoiler : Ce qui devait arriver... arrive. (et un spoiler qui ne sert à rien, un !! XD)

 

CHAPITRE 24

INVASION

 

Appuyé au montant de sa fenêtre, Kanon regardait le ciel s'éclaircir, les étoiles disparaître une à une. Une fois revenu de son petit voyage dimensionnel avec Loki, il n'avait pas pu dormir – à vrai dire il n'avait même pas essayé. En quoi trois pauvres heures de sommeil auraient-elles pu soulager son manque à présent chronique ?

Alors que les premiers rayons du soleil caressaient le sommet de Star Hill, il entendit Saga s'affairer dans la salle de bain et poussa un soupir.

Pourtant, encore une fois, il ne se sentait pas aussi coupable qu'il l'aurait dû. Était-ce un effet de la fatigue ? Il se sentait comme enveloppé dans du coton, enfoui dans une bienheureuse et apaisante torpeur. Et c'est peut-être pour cette raison qu'il ne prêta guère attention à ce mauvais pressentiment qui rongeait le fond de son esprit un peu plus fort que d'habitude – mais pas suffisamment pour qu'il y prête un grand intérêt. De toute manière, cette sensation désagréable que le pire allait se produire sous peu ne le quittait pas depuis le retour de l'Autre... alors un peu plus, un peu moins...

 

 

Après avoir donné à Kyrien ses exercices pour la matinée, les Gémeaux descendirent aux Arènes pour l'entraînement journalier.

Comme il avait été dit la veille, Shion avait rejoint ses ouailles pour le collectif ; il avait pour l'occasion troqué son encombrante toge popale contre une tunique et un pantalon d'entraînement, ce qui lui valut quelques sifflets et quolibets, en plus des regards gourmands de Dokho.

Il y eut une discussion fort animée au sujet de la répartition en équipes : fallait-il séparer les couples, les réunir, équilibrer les puissances ?

– Et si, tout simplement, on prenait les Temples du bas pour la première équipe, et ceux du haut pour la deuxième ? proposa le Tigre comme les pourparlers s'éternisaient.

– Ah ouais ! Ça t'arrange, hein, grommela Deathmask. Tous les couples sont séparés, sauf le tien !

– C'est pas vrai, protesta Milo après une seconde de réflexion. Regarde : Ka... mus et moi, termina-t-il d'une voix un peu plus aiguë après s'être fait violemment pincer la cuisse par le Français, qui lui fit les gros yeux en désignant discrètement Saga.

Celui-ci secoua la tête, bras croisés, et dissimula la pointe d'amertume dans sa voix en répondant :

– C'est bon, Camus. Pas la peine de me ménager autant... je ne suis pas en sucre.

Un petit moment de silence embarrassé s'étira, jusqu'à ce qu'Aioros, se caressant le menton, déclare :

– D'ailleurs... si on considère que Shion est un Bélier avant d'être le Pope, ça le fait redescendre au niveau du premier Temple...

– Ah non alors ! s'insurgea le Chinois, serrant possessivement son amant qui éclata de rire.

– Je ne vois pas pourquoi vous auriez un traitement de faveur, argua Aphrodite, boudeur.

Shion poussa un petit soupir théâtral.

– Moi qui espérais ne pas avoir à utiliser mon autorité suprême...

– Hé, mais c'est de l'abus de pouvoir, ça ! s'écria Aiolia.

– Qu'est-ce que tu en as à faire, toi ? s'enquit Aldébaran, faisant machinalement craquer ses phalanges.

Il n'avait que faire de la compositions des équipes et avait juste hâte que l'entraînement commence. En effet, il aimait bien les collectifs, qui lui permettaient de tirer parti de son immense force brute plus efficacement que lors d'un face à face conventionnel.

Pour être honnête, il adorait positivement taper dans le tas, une fois de temps en temps.

– Et pourquoi on ne prendrait pas un critère physique ? Pour reconnaître les équipes, ça serait plus facile, intervint Mu.

– Tu veux dire, comme la couleur des cheveux ? continua Aphrodite, repoussant une mèche océane derrière son épaule. Les bleus contre les autres ?

– Ce n'est pas une mauvaise idée, fit Shura, réfléchissant.

– Le problème, objecta Saga, c'est que nous ne sommes que six. Ce n'est pas équilibré.

– Eh bien, l'un d'entre nous n'aura qu'à intégrer l'équipe bleue, répliqua Shion.

Un silence pensif accueillit ses paroles.

En vérité, aucun des membres de l'équipe non-bleue n'avait envie de se retrouver dans l'autre camps, au risque de se faire attaquer à la fois par ses adversaires et par ses propres alliés qui ne l'auraient pas reconnu – dans le feu de l'action, une erreur est si vite arrivée...

C'est pour cette raison que Shion poussa un nouveau soupir et se leva, faisant face à ses ouailles qu'il engloba d'un regard circulaire avant de déclarer :

– Bon, devant cette incroyable abondance de candidatures spontanées, je me dévoue... Mais je vous préviens, ajouta-t-il en posant ses prunelles d'un rose pénétrant sur ses équipiers. Le premier bleu qui me prend pour un adversaire...

Il n'eut pas besoin de finir sa phrase. Un concert de « ouiii, chef » plus ou moins empressés et plus ou moins moqueurs lui répondit, assorti de quelques ricanements de la part de l'équipe des « non-bleus » – qu'il fit taire d'un regard glacial et autoritaire.

Il était leur Pope, quand même. Nan mais oh.

Les deux groupes se placèrent donc de part et d'autre de l'arène d'entraînement et commencèrent à s'échauffer de leur côté. Puis, lorsque les muscles furent assouplis, les articulations rodées et les cosmos prêts à délivrer toute leur puissance, chaque équipe se rapprocha du centre du terrain en vue de l'affrontement.

 

 

Kyrien, quant à elle, avait entamé ses propres exercices depuis un petit moment. Son échauffement terminé, elle enchaîna avec quelques katas appris avec Rena ; une fois arrivée à la fin, elle les répéta, mais en enflammant sa cosmo-énergie, cette fois-ci. Les yeux fermés pour mieux se concentrer, elle laissait la rythmique propre des mouvements l'envahir, tout en s'émerveillant une énième fois de la magnificence de la Toile.

Jamais elle ne pourrait exprimer à Kanon toute sa gratitude pour lui avoir fait découvrir ce spectacle incroyable... cette communion fascinante avec quelque chose d'aussi infini et éternel que le tissu des dimensions...

Elle tenta d'approfondir son harmonie et sa compréhension de la Toile, sans cesser les mouvements qui semblaient l'aider à se concentrer sur sa tâche, et spécialement sur cette lueur, juste là, qui semblait chatoyer de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel... cela ressemblait à un noeud, tout en étant fondamentalement différent.

Elle le sentait.

Elle avait pourtant pris garde de ne pas trop s'abandonner à la Toile, de ne pas se faire « absorber » comme la fois précédente, mais ce... cette chose l'attirait presque irrésistiblement. Sans pouvoir s'en empêcher, elle tendit la main et, lentement, l'avança pour effleurer du bout des doigts la petite étoile multicolore, qui pulsa doucement en réponse, comme appelant sa caresse.

La jeune fille s'enhardit et passa sa main sur la boule de lumière, comme elle l'aurait fait sur un chaton. Elle ne la « sentait » pas directement avec ses terminaisons nerveuses, mais sa perception de la Toile s'emplit de quelque chose qu'elle aurait pu traduire par les mots « chaleur » et « douceur ».

... il est temps... tu sais ce que tu dois faire...

Soudain horrifiée, Kyrien retira sa main et coupa tous ses liens avec le tissu dimensionnel. Depuis... combien de temps ces paroles résonnaient-elles dans sa tête ? Elle referma ses bras autour d'elle-même, frissonnant. Non... oh, non, pas ça...

Si, répondit distinctement une voix que, cette fois-ci, elle reconnut parfaitement. Le moment est venu...

Quel moment ? demanda mentalement la novice en se mordant les lèvres.

Elle le regretta immédiatement. Non, elle n'avait pas envie de le savoir. Elle voulait juste... que la Voix s'en aille. Mais son interlocuteur ne l'entendait pas de cette oreille, et il lui répondit avec une touche de jubilation :

Mais le moment d'apporter la touche finale, bien entendu...

N... non...

Oh mais si...

Kyrien ignorait de quoi il s'agissait, mais elle s'y refusait catégoriquement. Pour que la Voix de ses cauchemars soit à ce point enjouée, ce n'était à coup sûr pas une bonne chose.

– Non ! s'écria-t-elle à voix haute, pour donner plus de poids à ses mots. Je ne veux pas... je ne veux pas ! Allez-vous en !

Un rire grinçant éclata dans son crâne, la faisant chanceler.

Oh, vraiment ? Mais, petit pantin, crois-tu avoir l'ombre d'un choix ?

Accompagnant ces paroles, une douleur térébrante lui vrilla le cerveau. La fillette tomba à genoux avec un cri, la tête entre les mains.

Tu es mon instrument. Mon jouet. Tu n'as pas encore compris ? Tu es en mon pouvoir, misérable petit insecte !

De grosses larmes de douleur et de désespoir roulaient sur les joues de la novice, alors qu'elle se recroquevillait sur elle-même, gémissant toujours.

– N-non... pourquoi... vous faites ça...

Parce que j'en ai envie, fut la réponse amusée. Parce que j'aime ça, parce que j'en ai le pouvoir, et parce que te voir ramper et te tortiller dans la poussière est fort distrayant. Te faut-il d'autres raisons ?

Une vague nausée s'ajouta à la souffrance qu'éprouvait Kyrien. Un jouet... elle n'était qu'un jouet.

Pourquoi elle ?

N'avait-elle pas eu son quota d'épreuves et de souffrances pour son âge ?

L'entité dut capter ces interrogations à la surface de son esprit, car elle dit, d'un ton faussement compatissant :

Oh voyons... n'es-tu pas heureuse d'avoir enfin une utilité ? Tu devrais être fière : peu de personnes peuvent se targuer d'être le jouet personnel d'un dieu... l'instrument de la défaite du Sanctuaire tout entier !

Un ricanement acide suivit, qui sembla se répandre dans les os de la jeune fille depuis l'intérieur de sa tête.

Et puis, tu devrais m'être reconnaissante, non ? Après tout, c'est grâce à moi que tu as pu rencontrer ton Maître adoré...

Perturbée par la douleur et les paroles de l'être qui était en train d'envahir son esprit, Kyrien tenta d'enflammer son cosmos pour chasser l'entité, en vain. Elle n'arrivait pas à se concentrer suffisamment : à chaque fois qu'elle essayait d'utiliser son aura, une pointe chauffée à blanc semblait lui transpercer le crâne. Et les paroles de miel âcre que la Voix continuait à déverser directement dans sa tête ne l'aidait en rien.

Les humains sont si manipulables, tu sais... il suffit d'un peu de patience... une adorable petite fille perdue, ils se sentent obligés de la recueillir... un minuscule coup de pouce pour faire croire à un talent caché, ils crient au miracle et accueillent le serpent en leur sein... c'était tellement facile...

La jeune fille frémit. Elle n'y avait plus pensé depuis un moment mais... alors... ce qu'elle avait fait pendant la Démonstration, un peu plus de deux semaines auparavant... ce pouvoir incroyable qui l'avait catapultée sous la responsabilité des Gémeaux... c'était la Voix ! C'était elle qui le lui avait donné. Il ne venait pas d'elle. Il n'était... jamais venu d'elle.

Ce que le Grand Pope et les gardiens du Troisième Temple avaient cru déceler en elle, ce pouvoir qu'ils espéraient voir se développer avec la pratique et l'entraînement...

Il n'existait pas. Ce n'était qu'une illusion.

Tout était clair, maintenant. C'était là la raison de ses échecs à répétition, de la déception qu'elle infligeait à son Maître jour après jour...

Elle n'avait jamais rien eu d'extraordinaire. Tout cela... tout le bonheur et la chance qu'elle avait eus depuis peu, n'étaient que les produits annexes du plan cruel d'une entité supérieure qui se jouait d'eux tous.

Les sanglots lui déchiraient la gorge et ses ongles crissaient sur la pierre poussiéreuse, alors qu'elle tentait désespérément de s'accrocher à quelque chose, de ne pas étouffer... d'échapper à la douleur...

C'est alors que la Voix, qui s'était tue un moment, reprit doucement :

Veux-tu que cela s'arrête, pauvre petite chose ?

De nouvelles larmes coulèrent sur ses joues, et la fillette épuisée murmura :

– Oui... oui... pitié... arr-arrêtez... s'il vous plaît...

Alors lève-toi, jolie marionnette, fit l'entité d'un ton caressant. Lève-toi, et va rejoindre ton Maître...

La douleur dans sa tête s'évapora, laissant la déchirure de son âme à nu. La novice ouvrit les yeux, puis se redressa lentement. Elle ôta son masque d'une main tremblante et essuya machinalement son visage trempé de larmes avant de remettre la protection de métal en place.

Et puis, d'un pas hésitant, elle prit la direction de l'escalier menant aux Arènes, encouragée par les doux murmures roucoulés dans son esprit par la divinité satisfaite.

 

 

Si le collectif en équipe paraissait un peu plus organisé que l'entraînement « en vrac », aucune règle précise ne s'y appliquait. On pouvait changer d'adversaire dès qu'on le voulait, s'intégrer dans un combat déjà entamé, et si quelques alliances de circonstance se formaient, ce n'était rien de construit.

Et c'était beaucoup plus amusant comme cela, pensa Aldébaran avec un immense sourire, en faisant craquer les vertèbres de Milo d'un coup de poing titanesque, l'envoyant bouler à quelques mètres de là. Celui-ci ne se démonta pas et se ramassa sur lui-même pour pouvoir mieux se catapulter vers le Taureau, ongle écarlate en avant. Le géant évita les coups en rigolant, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive que ce n'était qu'un leurre – ce fourbe de Camus se préparait à lui geler les pieds pendant qu'il ne regardait pas !

Non mais est-ce qu'il avait l'air d'un ours polaire, hein ? [1]

Avec une agilité surprenante pour sa masse, il évita la prise du Français et se débarrassa rapidement des quelques cristaux de glace déjà accrochés à ses jambes, puis recula hors d'atteinte – enfin, étant donné que tous étaient capables de faire une dizaine de fois le tour de la planète en moins de deux secondes, cette notion perdait quelque peu son intérêt...

Et il tomba dos à dos avec Mu, qui lui était en train d'affronter Deathmask. En un coup d'oeil de connivence, ils décidèrent de s'allier, alors qu'un peu plus loin, Shaka et Shion s'opposaient en un formidable duel. Profitant de ce que son Pope était en train de préparer sa plus redoutable attaque, le Chevalier de la Vierge invoqua sa propre cosmo-énergie et l'amena à son paroxysme avant d'en positionner les pétales autour de son adversaire tandis que les premières étoiles filantes fusaient autour de lui.

Stardust Revolution !

Divine Smite !

Les deux cris se croisèrent, prononcés à la même seconde. Les étoiles du Bélier se heurtaient à l'aura de Shaka, en déchiraient les plis, s'épuisaient à traverser la fleur de lotus géante qui se refermait inexorablement sur l'Atlante.

S'il possédait une volonté implacable et un cosmos immense, Shion commençait imperceptiblement à faiblir. Il comprit alors la nature de la nouvelle attaque de l'Hindou : c'était la suite logique du Trésor du Ciel... après avoir dépossédé son adversaire de ses cinq sens, le Chevalier de la Vierge lui ôtait la dernière chose qui lui restait.

Sa cosmo-énergie.

La Stardust Révolution était à présent entièrement emprisonnée dans le lotus. Les traînées d'énergie s'étiolaient au contact de la fleur gigantesque et le Pope sentait sa propre aura s'éteindre lentement sous cette chape d'un rose doré et vaporeux.

Tout autre que lui aurait paniqué. Mais Shion était Pope, il avait presque trois siècles d'expérience et un sang-froid à toute épreuve – et de surcroît, il savait qu'il s'agissait d'un simple entraînement et que sa vie n'était pas vraiment en danger.

Pourtant, il avait envie de jouer le jeu. Aussi fit-il mine de se laisser submerger par l'attaque du blond, tout en rassemblant ses forces ; lorsque la fleur de cosmos fur totalement refermée sur lui, il libéra d'un coup toute son énergie – le peu qui n'avait pas été absorbé par le lotus – et l'ultime vague de poussières d'étoile fit voler en éclats la prison diaphane.

Épuisé, Shaka tomba à genoux, le souffle court. L'Atlante se dirigea vers lui d'un pas un peu chancelant, et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Un petit sourire aux lèvres, il commenta :

– Intéressante, ton attaque...

Le Chevalier de la Vierge se passa une main sur le front pour en chasser quelques gouttes de sueur, et répondit :

– Elle manque encore de puissance... et je ne suis pas assez rapide.

Un petit rire amusé passa les lèvres du Grand Pope, et il leva sa main droite auréolée d'une faible lueur dorée.

– C'est une chance pour moi... voilà tout ce qu'il me reste.

Heureusement, il sentait sa puissance habituelle revenir rapidement, mais il devait reconnaître que le pouvoir de l'homme le plus proche de Dieu était presque... effrayant.

Tant mieux, se dit-il à part lui. En cas de besoin...

D'ailleurs les autres Chevaliers d'Or s'étaient immobilisés pour regarder leur affrontement, murmurant commentaires et critiques. Shion frappa dans ses mains pour les remettre au travail, et dut bloquer dans la seconde qui suivit un certain nombre de coups de poings et de pieds en représailles. Il repoussa ses assaillants et les défia d'un sourire félin, mais la plupart d'entre eux retournèrent à leurs affrontements précédents – sauf Dokho qui se présenta face à lui, abandonnant Aioros et Aiolia qui, aidés de Shura, n'avaient aucun mal à tenir la dragée haute aux jumeaux épaulés par Aphrodite et ses roses... il faut dire que l'était de fatigue avancé des deux gardiens du Troisième Temple pesait lourd dans la balance. Leur puissance ne s'en ressentait que peu, mais le niveau du combat était mine de rien très élevé, et cela leur demandait un énorme effort de concentration pour ne pas faire une erreur qui, même dans le cadre de l'entraînement, aurait pu leur coûter cher.

Shaka les observa un moment, inquiet, le temps de récupérer ses forces. Puis il alla prêter main forte à Mu et Aldébaran, en gardant un oeil sur les Gémeaux... juste au cas où.

 

 

Peu avant midi, les Chevaliers d'Or décidèrent de mettre un terme à leur session collective.

Soudain, quelque chose titilla le cosmos de Kanon. Au même moment, Saga posa une main sur son bras et souffla :

– Kyrien.

Ils n'eurent pas le temps de prononcer une parole de plus, que la fine silhouette de la jeune fille faisait son apparition à l'entrée de l'Arène d'entraînement. Son aura assourdie dégageait des ondes de désespoir détectables à des dizaines de mètres à la ronde alors qu'elle avançait avec hésitation, les épaules voûtées et les poings serrés comme si elle luttait à chaque pas.

L'ex-Marina se hâta à sa rencontre, suivi du reste de ses compagnons.

– Kyrien ? Que se passe-t-il ?

Il la saisit aux épaules et remarqua les larmes qui coulaient dans son cou, provenant de sous son masque. Une vague d'anxiété lui noua les entrailles, encore amplifiée par ce que sanglota la fillette :

– P-pardon... M... Maître Kanon... J'ai essayé... m-mais je ne peux pas...

L'ex-Dragon des Mers se força à maîtriser sa voix et lui demanda calmement :

– Quoi donc, Kyrien ? Qu'est-ce qui te met dans cet état-là ?

La novice gémit et son corps se raidit, comme si elle était soudain parcourue d'une atroce douleur. Ses jambes se dérobèrent sous elle, mais lorsque le Chevalier tenta de la soulever dans ses bras pour la ramener au Temple, elle le repoussa de toutes ses forces.

– Non... Non ! Je suis dé-désolée... mais il faut... il faut que je le fasse... (Sa voix se brisa sur un sanglot étouffé.) Ça fait... trop mal...

Kanon ouvrit la bouche pour répéter une troisième fois sa question, mais son élève se détourna de lui pour s'avancer vers l'autre Gémeau, qui se tenait à un mètre de là.

– M-Maître Saga...

Une impression de désastre imminent glaça soudain l'échine de l'ex-Marina, qui la rappela d'une voix où perçait une pointe d'anxiété :

– Kyrien...

Saga, lui, regardait la fillette venir vers lui avec, dans ses prunelles azur, un mélange d'interrogation et d'inquiétude pour elle.

– Maître Saga... Vous le savez déjà, j'en suis sûre... au fond de vous...

– Kyrien, non ! s'écria Kanon en la saisissant pour la faire reculer, l'éloigner de son frère.

Elle n'allait pas... elle ne pouvait pas lui dire ça, n'est-ce pas ?!

L'aîné des Gémeaux haussa un sourcil et son regard alla de l'élève à son frère, empreint d'incompréhension.

– Quoi donc ? De quoi parles-tu ?

– Ne lui dis pas, Kyrien, gronda l'ex-Dragon des Mers au creux de l'oreille de la jeune fille, qui secoua la tête en réponse.

– Je ne peux pas... je ne peux pas ! murmurait-elle, luttant contre la Voix dans sa tête, contre la douleur, contre le désespoir qui l'étreignait.

Je les tuerai tous, si tu ne le lui dit pas. Tu le sais. Tu dois lui dire. Dis-le ! DIS-LE !!

Elle se débattait dans les bras de Kanon, avec toute la force de sa détresse. Il fallait qu'elle le lui dise. Il le fallait !!

A travers ses larmes, elle vit le Chevalier de la Vierge s'approcher de Saga, tenter de l'entraîner plus loin en posant une main sur son bras. Elle sanglota de plus belle.

– Je suis désolée, Maître Saga...

– Tais-toi, Kyrien, grogna l'ex-Marina en resserrant sa prise.

– Je dois... vous le dire...

– Tais-toi, bon sang !

Elle réussit à libérer une de ses mains et s'accrocha de toutes ses forces à la manche de l'aîné des Gémeaux, alors que le cadet la soulevait de terre pour l'emporter en tentant de ne pas la blesser. Elle cria :

– Il est revenu !

– Non, Kyrien, non !! fit Kanon, dont le regard paniqué croisa un instant celui de Shaka, identique.

Saga s'immobilisa, tourna vers la novice des yeux vides, et demanda d'une voix sans intonation :

– Qui... est revenu ?

A cet instant, l'ex-Dragon des Mers aurait encore pu sauver la situation. Il aurait pu bâillonner son élève, l'assommer, la faire taire d'une manière ou d'une autre... l'emporter loin de son frère, et trouver ensuite un nouveau mensonge pour lui cacher la vérité...

Mais il était complètement pétrifié. Un horrible sentiment de trahison lui brûlait la gorge, et dans son esprit ne tournait plus qu'une seule question.

Kyrien... Kyrien... pourquoi ?

Aussi ne réagit-il pas lorsque la fillette, après un petit moment de silence irréel ou elle sembla rassembler ses forces, acheva d'une voix brisée :

– Votre... Autre vous. Il est revenu. Il est là... en vous.

Elle lâcha sa manche et tendit la main pour la poser sur son torse et appuyer ses dires, mais il recula hors de sa portée et baissa légèrement la tête, cachant son visage derrière un rideau de mèches azuréennes.

– Non, souffla-t-il d'une voix oppressée.

Mais tout en refusant de toutes ses forces cette possibilité, il fouillait son esprit à la recherche d'un indice, d'un souvenir, d'une trace de la présence de l'Autre...

Et il la trouva. Cette zone d'ombre trop familière au fond de sa conscience, où se terrait sa deuxième personnalité lorsqu'elle ne prenait pas les commandes de son corps... Il y envoya une onde mentale en reconnaissance. Elle lui revint sous la forme d'un écho assourdi, déformé par un plaisir malsain né de son propre malaise.

Non... par Athéna... non !

Il fit encore un pas en arrière, chancelant. C'est alors que résonna sous son crâne cette voix honnie, qui avait fait de sa vie un enfer pendant treize ans.

Tu croyais t'être débarrassé de moi, Saga ?

Suivit un petit rire ravi qui le fit grimacer.

– Non... non, c'est... impossible. Tu n'es pas revenu. C'est un... un cauchemar, murmura le Gémeau, sans se rendre compte qu'il parlait réellement – et de toute manière, peu lui importait.

Eeeet si... répondit son Autre lui d'un ton infantilisant. Alors maintenant on va être un bon petit Chevalier et on va me laisser prendre les choses en main, hein ?

Disant cela, il laissa des souvenirs de ces deux dernières semaines envahir en masse la psyché de son hôte, afin de lui porter l'estocade finale. Assailli par l'avalanche d'images éparses, Saga gémit et se prit la tête entre les mains.

Lâchant Kyrien qui glissa à terre en pleurant silencieusement, Kanon s'avança avec précaution vers son frère.

– Saga...

Celui-ci releva brusquement vers lui un regard où se disputaient la souffrance, l'incrédulité et la brûlure de la trahison.

– Ne t'approche pas de moi ! siffla-t-il.

Mais l'ex-Dragon des Mers n'en tint pas compte et tendit le bras vers lui.

– Laisse-moi t'expliquer, Saga...

– Tu le savais !! s'écria son aîné en repoussant violemment sa main. Comment as-tu pu me faire ça ? Comment as-tu pu me mentir ?!

Son regard fou parcourut l'assemblée de ses pairs qui l'observaient, inquiets et consternés.

– Qui d'autre ? Qui le savait ?

Il se tourna vers Shaka, qui détourna les yeux.

– Toi... aussi...

– Saga, je t'en prie...

Le Gémeau refusa la main du Chevalier de la Vierge de la même manière qu'il avait repoussé celle de son frère, et se tourna vers Shion, accusateur.

– Et vous, vous le saviez ?

Dokho à ses côtés, le Grand Pope hocha la tête en silence.

– Nous voulions te protéger, Saga, dit-il d'une voix calme, triste.

– Me protéger ? (L'aîné des jumeaux éclata d'un rire discordant, alors que des larmes amères perlaient à ses paupières.) Comment vouliez-vous me protéger... de quelque chose... qui est en moi ?

Sa voix se tarit sur ces dernières paroles, alors que sa chevelure commençait lentement à virer au gris cendre.

Non ! Je ne veux pas ! s'écria-t-il mentalement, alors qu'il se sentait glisser dans l'inconscience.

Mais il avait beau tenter de se raccrocher à quelque chose, rien n'y faisait. Comme autrefois, son Autre lui était en train de prendre le contrôle de son corps...

Soudain, une sensation particulière s'échappa de la conscience de Loki, à travers les souvenirs dont il l'abreuvait sans discontinuer. C'était chaud et piquant. Troublant. Sensuel.

Du désir.

Poussé par une curiosité malsaine, Saga tira sur le fil de mémoire, démêlant l'écheveau des souvenirs.

Et plus il avançait, plus sa nausée se précisait. Non. Ce n'était pas possible. Son Autre lui n'était tout de même pas tombé aussi bas...

Et pourtant, la réalité était là.

Comment as-tu pu...

Il n'obtint aucune réponse, seulement un sentiment de satisfaction intense. Il en conçut une rage brûlante, qui lui permit de reprendre l'ascendant. Ses cheveux retrouvèrent leur couleur bleue, et ses prunelles d'azur se posèrent sur son frère, alors que son aura s'enflammait pour se répandre dans la Toile autour de lui.

– Kanon... (Son regard s'emplit d'horreur alors que d'autres souvenirs affluaient à son esprit.) Oh, par Athéna... il t'a... (Il serra les poings et recula encore, le souffle court.) Non... Je suis... désolé...

Le tissu dimensionnel crépita sous l'intensité de sa cosmo-énergie, puis un noeud se forma derrière lui, l'avala et disparut, avant que ne puisse le rejoindre l'ex-Marina qui referma ses doigts sur quelques étincelles dorées.

– Non ! s'écria l'ex-Marina d'une voix rauque, avant de tomber à genoux, tête baissée, anéanti.

Un silence pesant, irréel, s'abattit sur l'arène. Les Chevaliers qui n'étaient au courant de rien interrogeaient du regard ceux qui semblaient en savoir un peu plus.

– Bon sang, mais qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Aiolia à mi-voix, cristallisant toutes les questions en une seule.

Mais avant qu'aucun de ses compagnons n'ait pu lui répondre, un petit rire à la fois amusé et triomphant s'éleva.

– Magnifique ! Tout bonnement ma-gni-fi-que. Quelle tragédie, quel drame, quelle souffrance !

Tous se tournèrent vers Kyrien, qui était en train de se relever lentement. D'une voix qui était la sienne sans vraiment l'être, teintée de mépris et d'arrogance, elle s'adressa à son Maître :

– Ne t'inquiète pas, mon petit Kanon... ton frère n'est pas encore perdu ; il va revenir... Une fois que Loki aura définitivement pris de dessus sur lui, bien entendu. (Elle se pencha en avant comme pour murmurer un secret, et ajouta d'une voix parfaitement intelligible :) Mais je doute que ce soit vraiment pour te déplaire, n'est-ce pas ?

– Qui es-tu ? intervint le Grand Pope, ignorant – voulant ignorer – la dernière phrase.

Il sentait une différence fondamentale dans le cosmos au repos de la fillette. Différence de nature, d'état d'esprit... et surtout de puissance. Car l'aura de Kyrien était devenue changeante, presque joueuse. Et surtout...

Oppressante.

La novice porta une main à son masque, et celui-ci commença à se fendiller pour finalement voler en éclats, révélant le fin visage marqué de deux cicatrices que l'ex-Dragon des Mers connaissait bien. Mais le sourire suffisant qui ornait ses lèvres ne lui ressemblait pas. Et ses yeux...

Disparu le bleu-vert des prunelles enfantines ; ces yeux-là étaient deux orbes emplis d'une myriade de couleurs, qui tournoyaient et se mêlaient à l'infini.

Et en parfait contraste avec ce regard inhumain et sans âge, la voix de la jeune fille répondit :

– Si ça ne faisait pas horriblement cliché, je répondrais « votre pire cauchemar »... (Elle marqua une pause, se tapotant le menton avec son index.) A la réflexion, ça me paraît en effet être le terme adéquat. (Un sourire carnassier étira sa bouche.) Je suis Sujan, mes enfants. Le Porteur de Chaos.

Sur cette dernière phrase, son cosmos s'embrasa. A l'instar de ses yeux, son pouvoir était formé d'une multitude de couleurs qui ondoyaient autour d'elle, soulevant sa chevelure brune. Son sourire s'élargit alors que l'énergie se concentrait dans sa main, tissant les fils de la Toile pour ouvrir un passage dimensionnel.

– Attention les yeux, prévint l'entité d'un ton amusé, comme si elle s'apprêtait à effectuer un tour de passe-passe particulièrement spectaculaire.

Un flash de lumière aveugla les Chevaliers d'Or, juste avant qu'une vague d'énergie ne les jette brutalement à terre, en étourdissant la plupart. [2]

Lorsqu'ils revinrent à eux, la divinité avait disparu. Ne restait plus qu'un noeud multicolore qui pulsait doucement en tournoyant sur lui-même.

– Mais qu'est-ce que c'était que ça ?! s'exclama Milo en se tournant vers Kanon et Shaka, puis vers le Grand Pope et son amant.

– C'était... Sujan... répondit Mu d'une voix blanche, encore assis.

– On l'a entendu, on n'est pas sourds, aboya Deathmask, nerveux. Mais c'est quoi exactement, « Sujan » ?

– C'est un dieu, répliqua Dokho, alors que l'Atlante à ses côtés fermait les yeux, concentré. Et pas un gentil, précisa le Tigre.

– Supeeeer, commenta Aldébaran. Et maintenant, que fait-on ?

L'ignorant, Shion rouvrit les paupières et croisa le regard de l'ex-Marina.

– Il se dirige vers Star Hill, déclara calmement le Pope. Le sens-tu ?

Le Gémeau hocha la tête.

– Je vais le suivre. (Son visage se durcit et il serra les poings.) Je ne le laisserai pas faire de mal à Kyrien.

L'Atlante acquiesça, l'assurant de sa confiance. Kanon allait prendre son élan lorsqu'une main agrippa son bras, l'arrêtant.

– Et pour Saga ?

– Shaka...

L'ex-Dragon des Mers ferma les yeux un instant – autant pour ralentir les battements de son coeur affolé que pour s'assurer que son frère était vivant, à travers le lien de cosmos qui les joignait encore... mais pour combien de temps ?

Il plongea son regard turquoise et tourmenté dans les prunelles claires du Chevalier de la Vierge.

– Ramène-le, s'il te plaît.

Le blond se mordit la lèvre, ravalant un comment veux-tu que je fasse ça ?! désespéré, et formula ses doutes :

– Je ne sais pas si je pourrai... Pourquoi m'écouterait-il ?

– Parce qu'il t'aime, répondit simplement l'ex-Marina en pressant la main toujours posée sur son bras. S'il y a quelqu'un qui en est capable, c'est toi. Dis-lui... dis-lui la vérité. Moi, je ne peux pas y aller.... je t'en prie. Ramène-le.

Et sur un dernier signe de tête, il se lança à la poursuite de l'entité qui avait pris possession de son élève, alors que Shaka laissait lentement retomber sa main.

– Bon, pour la dernière fois : Que. Se. Passe-t-il ?! s'enquit Aphrodite, avec une minuscule touche d'hystérie dans la voix.

– Je crois que les explications attendront, intervint Aioros en se plaçant en position de combat, le regard fixé sur le noeud.

Celui-ci s'était en effet mis à grossir, et une rumeur diffuse mêlée de crissements stridents s'en échappait.

– Oh, bon sang... qu'est-ce que c'est que ça, encore ? fit Milo en écarquillant les yeux, alors qu'une grosse patte rougeâtre et griffue émergeait du vortex grandissant.

– Ça, répondit Shion en se mettant en garde lui aussi, imité par les autres Chevaliers, ce sont les slaads. Les petits copains que Sujan s'est fait durant son exil dans les Limbes... Prenez garde à leurs morsures, ajouta-t-il. Ils véhiculent des maladies redoutables.

– Génial, grimaça Aiolia, alors que Camus secouait la tête avec un léger rictus de dégoût. Merci de prévenir, chef.

– C'est mon travail, répondit l'Atlante en lui adressant un sourire angélique avant de se tourner vers Shaka, reprenant son sérieux.

Celui-ci était en train d'essayer de retrouver la trace énergétique qu'avait laissé l'aîné des Gémeaux en traversant les dimensions. Sourcils froncés, yeux clos, il avait manifestement quelques soucis de concentration.

– Il faut que je médite, grommela-t-il en se dirigeant vers les gradins de l'arène non loin de là.

– On te couvre, déclara Shura en se plaçant devant lui, bras tendu auréolé d'or.

– Merci, mais ce n'est pas la peine, rétorqua l'Hindou en s'asseyant en position du lotus.

Un court om plus tard, il était entouré d'un champ de cosmo-énergie impénétrable.

– Tant mieux, fit Dokho, avant de s'intéresser aux autres. Répartissez-vous : il ne faut pas laisser ces bestioles sortir d'ici.

Car le noeud dimensionnel grossissait à vue d'oeil, et la première créature était en train de se tortiller pour s'en libérer. Ce que l'on pouvait déjà en apercevoir n'avait franchement rien de joli : une grosse tête aplatie, à mi-chemin entre le batracien et le reptile, une peau rougeâtre, de petits yeux stupides et malveillants. Le haut du corps était trapu, plus grand que celui d'un homme, les membres long et épais étaient terminés par des mains massives.

Le slaad rouge ne put jamais poser pied sur le sol du Sanctuaire ; une volée de roses noires le déchiqueta en quelques secondes, accompagnée par un cri du coeur :

– Ah, mais qu'est-ce que c'est moche ces trucs !!

Shion, occupé à envoyer des messages télépathiques aux Chevaliers d'Argent et de Bronze restés à l'extérieur pour qu'ils mettent les novices en sûreté, sourit. Il n'en attendait pas moins du douzième Gardien, esthète dans l'âme...

Cependant le noeud grossissait encore et encore, devenant petit à petit un véritable portail entre les deux dimensions. Il dévoilait à mesure toute une foule grouillante de créatures chaotiques plus hideuses les unes que les autres, qui se repoussaient mutuellement pour franchir le passage en premier.

Soudain, des griffes noires comme la nuit semblèrent agripper le bord du vortex pour l'écarter, permettant aux bêtes rouges de se déverser par l'ouverture élargie. Le premier à réagir fut Aldébaran ; faisant exploser son cosmos, il lança son poing vers le ciel en tonnant :

Stars of Rain !

Une seconde plus tard, le ciel gronda et s'obscurcit. Puis, trouant les nuages, une pluie de météores s'abattit sur la douzaine de slaads qui se trouvaient devant lui, les réduisant en poussière.

Ceci lui valut un sifflement admiratif de la part de Shura, situé à côté de lui.

– Bien joué, fit-il en tranchant d'un revers de main un imposant slaad bleu.

Le Taureau se contenta de sourire en haussant les épaules avant de se tourner vers la nouvelle vague.

Attention, fit la voix de Shion, résonnant à travers le cosmos des Chevaliers d'Or. Les slaads rouges et bleus utilisent de préférence la force brute, mais les verts sont plus rusés et usent de pouvoirs particuliers. Par ordre de puissance, viennent ensuite les gris, les funestes – les seuls qui portent des vêtements, ceux-là sont particulièrement malveillants – puis les blancs, et enfin les noirs. Et je le répète : prenez garde aux dents et aux griffes...

– Ah, les griffes aussi ? fit Milo en évitant facilement les deux redoutables appendices osseux qui ornaient la main massive d'une créature indigo.

– Oui, les griffes aussi, confirma Dokho en brisant net la nuque de son verdâtre opposant, non loin de là. Ces choses sont contagieuses, touchez-les le moins possible...

– Facile à dire, grommela Deathmask en envoyant au Puits des Morts un énième batracien, avant de jeter à terre celui qui allait se jeter sur son dos, lui écrasant la gorge d'un coup de pied. C'est vicieux, ces bestioles !

– De la part d'un expert en la matière, ricana Aiolia, aux prises avec un slaad gris pour le moins récalcitrant.

Cette critique perfide lui valut de recevoir de plein fouet l'attaque de son adversaire, sous la forme d'une énorme explosion multicolore. Un instant étourdi, il fit deux pas en arrière et secoua la tête avec une grimace de douleur avant de se jeter à l'attaque avec un rugissement digne de son animal totem.

Un peu plus loin, Aioros confectionnait des brochettes de bestioles variées à l'aide de ses traits d'or, tandis que Camus statufiait ou désintégrait tour à tour, et que Mu atomisait à la chaîne. Aphrodite, quant à lui, avait trouvé l'occasion idéale pour tester en conditions réelles sa toute nouvelle attaque : Return to Eternal Beauty, ou comment rendre beau ce qui ne l'est pas en le transformant en... rosier. De fait, un certain nombre de ces arbustes épineux jonchaient déjà le sable de l'arène...

Pourtant, le vortex continuait à vomir un flot ininterrompu de créatures chaotiques. Et si les slaads rouges et bleus se faisaient un peu plus rares, ils étaient remplacés par d'autres, verts ou gris, moins nombreux mais plus puissants.

Et puis arriva par le portail le premier slaad funeste. Ceux qui le virent furent frappés par l'impression de puissance et de malignité qu'il dégageait. Il tenait à la main un cimeterre acéré et son corps grisâtre, de la taille d'un homme, était couvert d'une armure d'écailles, hérissée de pointes à l'aspect redoutable.

– L'a pas l'air commode, celui-là, marmonna Milo en s'avançant à sa rencontre, ongle écarlate prêt à frapper.

Une voix désagréable, comme un crissement rauque, s'éleva du gosier de la créature :

– Soumettez-vous devant l'armée du Porteur de Chaos, humains ! (Un rictus cruel déforma la large gueule du slaad, simulacre de sourire ironique.) Et vous serez détruits sans souffrance...

Son propre sourire en coin solidement accroché à ses lèvres, le Scorpion répliqua :

– Tu rêves, mon vieux !

Se concentrant un instant, il rassembla son cosmos dans son index et lança trois traits carmins sur son adversaire. Cependant celui-ci était plus agile qu'il ne l'avait estimé, et ses attaques allèrent se perdre dans la masse de bestioles qui continuait d'émerger du vortex – étendant pour le compte trois slaads rouges, mais laissant intact le principal intéressé. Lequel n'accorda même pas un regard à ses camarades tombés et marcha droit sur le Chevalier grec, levant son arme, son regard reptilien éclairé d'une lueur de satisfaction belliqueuse...

 

 

 

Un peu étourdi par l'euphorie qui s'était emparée de sa conscience depuis que Saga avait appris son retour, Loki bataillait ferme pour reprendre le contrôle de leur corps commun – et pour une fois, il n'y arrivait pas.

C'est bien ma veine, pesta-t-il à part lui. Justement quand j'en ai besoin...

Chacune de ses tentatives, en effet, se heurtait à un véritable mur. La volonté de Saga avait été ébranlée par les révélations récentes, ce qui avait provoqué la libération de Sujan. Cependant, entraînée, forgée tout au long de ces années où il s'était battu contre son alter ego, elle s'était relevée de ses cendres et muée en une résolution implacable. Né pour protéger, il protégerait... jusqu'au bout.

Jusqu'au bout, il empêcherait le monstre tapi au fond de lui de sortir au grand jour. Jusqu'à ce qu'il ait trouvé un moyen définitif de débarrasser le monde de ce fléau.. Et s'il devait laisser sa vie dans le processus...

Eh bien, soit.

Si seulement cette... chose pouvait cesser de marteler aux frontières de sa conscience ! Il avait besoin de réfléchir. Il examina froidement les conditions qui devaient être réunies : il lui fallait une mort certaine, cela allait de soi. Et de préférence rapide : non qu'il craignît de souffrir, mais une lente agonie augmenterait d'autant les chances que son Autre lui ne reprenne les commandes à la faveur d'une perte de connaissance.

De plus, sa maudite résistance de Chevalier ne lui facilitait guère la tâche. Son regard descendit, évaluant la distance qui le séparait des vagues écumantes qui se brisaient contre la roche.

Ah ça, c'est sûr que ce n'est pas en te jetant de cette petite falaise minable que tu risques de nous faire grand mal, ricana Loki depuis le fond de son esprit, cherchant à le distraire de ses réflexions, beaucoup trop morbides à son goût.

La ferme, répondit presque distraitement le Gémeau, le repoussant sans ménagement un peu plus loin dans son inconscient, avant de retourner à ses pensées.

Oui... il pouvait toujours se trancher la gorge... il suffisait de trouver un objet un peu coupant...

Et tu crois vraiment que ça va tuer quelqu'un qui, ayant perdu la moitié de son sang, tient toujours debout ?

– Serait-ce trop te demander que de me ficher la paix ? S'écria à voix haute le Chevalier, excédé.

Un peu, oui. Je n'ai pas vraiment envie de mourir en même temps que toi, vois-tu.

Un petit rire sec secoua Saga.

– Juste retour des choses. Je tiens à te remercier personnellement d'avoir détruit tout ce qui comptait dans ma vie. (Il regarda ses mains, puis serra les poings.) D'avoir sali... mon propre frère... avec ces mains-là...

Il rejeta violemment les images qui lui venaient à l'esprit. Kanon... hagard... tenu d'une poigne de fer par ce monstre...

Violé... torturé...

Tremblant de rage et de dégoût, il répéta la question qu'il n'avait cessé de poser depuis que ces souvenirs avaient envahi son crâne.

– Comment ? Comment as-tu pu faire ça ?

Et une réponse lui parvint, accompagné d'un plaisir si immensément malsain qu'il en fut malade.

Ça n'en a été que plus agréable...

Saga tomba à genoux, l'estomac noué de crampes.

– Monstre ! haleta-t-il, sa colère brûlant plus fort que jamais. Comment peut-on être aussi ignoble ?

Amusé par la rage de son alter ego, Loki décida de se retirer dans un coin reculé de la psyché de son hôte. Il avait été un peu surpris, au départ, par la manière dont le Gémeau avait interprété les souvenirs qu'il lui avait fait partager. Il semblait en effet que le Chevalier avait inconsciemment occulté la plupart des images, ne gardant en mémoire que celles qui montraient un Kanon non consentant.

L'Autre haussa intérieurement les épaules. Après tout, qu'importait ? Sujan était libéré, il ne lui restait plus qu'à le rejoindre pour obtenir ce qu'il désirait plus que tout...

Un sourire carnassier étira les lèvres de sa représentation mentale. Grâce à l'aveuglement de Saga, il avait encore un atout dans sa manche. Avec délectation, il se demanda...

Quelle serait la réaction de l'aîné des Gémeaux, s'il apprenait que son frère s'était offert de son plein gré au démon qui partageait son corps ?

 

~ ~ ~

 

NOTES DE L’AUTEUSE :

[1] : Spéciale dédicace à notre Canard congelé préféré... :P

[2] : Puissant ? Comment ça, « trop » puissant ? Eh, c'est un dieu, quand même...

Bon alors comme certains d'entre vous s'en souviennent peut-être, les slaads sont tirés du bestiaire de Donjons&Dragons. Si vous voulez voir à quoi ressemblent ces sales bestioles, allez voir là : http://www.hobbyjapan.co.jp/dd/news/mm3.5/slaad2.htm pour les slaads vert, rouge et gris, et là : http://www.hobbyjapan.co.jp/dd/news/mm3.5/slaad.htm pour le bleu et le funeste. Désolée pour les puristes si vous trouvez que je n'ai pas retranscrit ces créatures assez fidèlement... j'ai fait de mon mieux ^^;;;;

Les nouvelles attaques, à présent : pour les noms, celle de Shaka provient encore de D&D (version anglaise du Châtiment Divin, merci à Janus de me l'avoir suggéré ^^) ; celle d'Aldébaran, c'est un peu plus compliqué... Dans la constellation du Taureau se trouve un groupe d'étoiles qui se nomme les Hyades, nom qui veut dire « Etoiles de pluie »... d'où le Stars of Rain (bah c'était pas si compliqué après tout XD).

Eh bien voilà, ce qui devait arriver arrive... Saga apprend (presque) toute la vérité, et comme un pouvait s'y attendre, ça fait des dégâts... Pourquoi ne s'est-il pas totalement effondré, me demanderez-vous ? Tout simplement, parce qu'il est passé en mode « le devoir avant tout », un peu comme pendant la bataille de Hadès...

Bref, ce chapitre marque un tournant vers la partie « action » de Space Dementia, qui est également la dernière partie ^^;; J'espère juste que j'arriverai à me dépatouiller avec les combats... (ma bête noire XD)

Vali valou, c'est fini pour ce chapitre 24 qui m'aura donné bien du fil à retordre... maintenant, le suivant !!! XDDDD

A suivre : une petite référence aux Portes de la Mort de Weis et Hickman, Saga finit par trouver sa solution, Kanon qui affronte Kyrien-Sujan, et le reste des Golds en mauvaise posture face à des slaads de plus en plus puissants... ah et pis on aura même des nouvelles de Rena, dites donc ^^

En attendant, bizoux !!

Nyalake.

 
 
Chapitre précédent
 
 
Chapitre suivant
 
 
 
     
     
 
Pseudo :
Mot de Passe :
Se souvenir de moi?
Se connecter >>
S'enregistrer >>