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au 09 Jan 09 :
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pour 1453 fics écrites
contenant 3722 chapitres
qui ont générés 7544 reviews
 
     

     
 
Space Dementia
Par Alake
Saint Seiya  -  Romance
27 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 25     Les chapitres     2 Reviews    
Au Coeur du Labyrinthe

Fiqueuse : Alake

Titre : Space Dementia

Chapitre : Vingt-cinquième : Au Coeur du Labyrinthe

Base : Saint Seiya

Disclaimer : Les personnages et lieux de Saint Seiya appartiennent à ce bon vieux Kuru, pis y'a quelques emprunts à Donjons & Dragons et au Cycle des Portes de la Mort de Margaret Weis et Tracy Hickman.

Genre : Angst. Yaoi. Un poil de Nawak. Pas trop de Kawaii ni de Romance dans ce chapitre-là, mais de l'Action à la place. Vivi.

Rating : NC-17

Avertissement : Pensées suicidaires, angst, violence, toussa toussa... sans parler du yaoi, mais ça vous êtes déjà au courant...

Spoiler : Pêle-mêle : Saga trouve sa solution idéale, Shaka part à sa poursuite, Kanon affronte Sujan et les autres Golds sont eux aussi en mauvaise posture...

 

CHAPITRE 25

AU COEUR DU LABYRINTHE

 

En sortant du haut building tokyoïte qui abritait à présent les bureaux de la fondation Graad, Saori Kido était inquiète. Des échos cosmiques lui parvenaient du Sanctuaire, échos qui n'avaient rien de commun avec l'entraînement dont les Chevaliers d'Or étaient coutumiers. Elle monta dans la voiture qui l'attendait et tourna ses perceptions vers son Domaine, son visage s'assombrissant alors que ses craintes se confirmaient.

Quelles étaient ces choses contre lesquelles ses Chevaliers se battaient ? Elle n'avait jamais ressenti d'aura semblable. De toute évidence non humaines, ces créatures possédaient une énergie étrange qui se mouvait, changeait d'intensité et de texture à chaque instant, les rendant indiscernables et interchangeables pour la déesse qui ne pouvait se baser que sur son cosmos afin de les distinguer les unes des autres.

Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il y en avait beaucoup.

Beaucoup trop.

Et cette énergie écrasante qui était apparue peu avant les créatures et s'était éclipsée en direction de Star Hill... Ses souvenirs divins s'étaient éveillés lorsqu'elle l'avait sentie, et lui avaient fourni le nom de la divinité intruse, ainsi que les quelques renseignements qu'elle avait sur lui.

Janus, dieu latin du Commencement, des Portes et du Temps, était autrefois entré en contact avec le Chaos originel. Cela avait provoqué l'émergence d'une autre entité, en tous points opposée à Janus : Sujan.

Aussi fou, exubérant et imprévisible que son double était sage, réservé et fiable, le nouvel arrivant avait en outre rapidement montré des velléités de conquête. Cependant, comme il avait commencé par de petites dimensions peu peuplées, personne ne s'en était vraiment inquiété. Peu à peu, il avait étendu son influence, offrant au Chaos dont il était issu ces dimensions insignifiantes dont personne ne se souciait... et gagnant en puissance avec chaque monde envahi.

Les choses accélérèrent lorsqu'il prit sous son aile un transfuge du Sanctuaire, dont il séduisit l'esprit rebelle par des promesses de puissance et de liberté. Le jeune guerrier lui offrit, en même temps que ses faveurs, les secrets du Domaine Sacré auxquels il avait été initié en tant qu'apprenti Chevalier des Gémeaux.

La fuite de ce précieux indicateur n'empêcha pas Sujan de se lancer à la conquête de la dimension gardée par Athéna et ses Chevaliers. S'en suivit une longue guerre d'usure au terme de laquelle, grâce aux Gémeaux, la divinité maléfique fut scellée au fin fond du Chaos Tourbillonnant des Limbes.

Sa dernière action avant de disparaître, avait été de maudire l'artisan de sa défaite : tout comme lui était l'opposé de Janus, chaque Gardien de la Troisième Maison serait à l'avenir affublé d'une deuxième personnalité qui serait son exact contraire. Et qui représenterait, accessoirement, son intermédiaire pour influer sur le destin de cette dimension qu'il n'avait pas pu conquérir, et un moyen de se venger d'Athéna...

La jeune déesse émergea de ses réflexions lorsque la voiture s'arrêta devant la porte de la résidence Kido. Soupirant légèrement, elle gravit les quelques marches qui la séparaient de la porte et sourit en voyant que trois de ses Chevaliers Divins étaient déjà présents pour le dîner prévu ce soir-là. Seiya n'allait certainement pas tarder à revenir de l'orphelinat et Ikki... se montrerait ou non selon son bon vouloir, comme d'habitude.

Avec une touche de soulagement, Saori se félicita d'avoir bridé les perceptions de ses Saints. Auraient-ils senti comme elle ce qu'il se passait au Sanctuaire, nul doute qu'ils s'y seraient précipités, et c'était la dernière chose qu'elle voulait. Elle seule porterait le poids de l'inquiétude, cette fois-ci, et elle ne ferait appel à eux qu'en ultime recours.

Ils avaient déjà trop combattu, malgré leur jeune âge. Cela se voyait dans leurs yeux : alors que tout le reste de leurs personnes dégageait la force insolente de l'adolescence, leurs regards étaient ceux de vétérans. De guerriers ayant vu trop de morts, trop de sang, trop de souffrances.

Non, se dit Athéna, si elle pouvait l'éviter, jamais plus elle n'enverrait ces enfants sur un champ de bataille...

 

 

Pendant ce temps, au Sanctuaire, Kanon pestait et grommelait tout en bondissant de rocher en rocher à la poursuite de l'entité qui possédait son élève.

– C'est pas vrai... d'abord ce casse-pieds de Loki, et maintenant ça... Mais qu'est-ce que je vous ai fait ? demanda-t-il au hasard, au cas où quelque Grand Ordonnateur Universel – et accessoirement Enquiquineur Attitré d'ex-Dragon des Mers – ait laissé traîner une oreille de son côté.

Non pas qu'il attendît de réponse, non plus. Les Ordonnateurs Universels avaient ce défaut d'être souvent débordés de travail – c'était à se demander où ils trouvaient le temps de faire pleuvoir sur la tête d'un Gémeaux qui n'avait rien demandé une telle floppée de catastrophes...

– Je dois avoir un mauvais karma, maugréa l'ex-Marina en bondissant d'une pierre juste au moment où celle-ci se détachait de la paroi pour agripper un autre rocher tout aussi instable.

Il ricana. Evidemment qu'il avait un mauvais karma. Non content d'être né sous une étoile maudite, il n'avait pas hésité à noircir encore son âme, par défi, par vengeance.

Par orgueil.

Pas étonnant que cela lui retombe dessus à un moment ou à un autre. Et pour être honnête, il n'aurait rien trouvé à y redire si la punition s'était abattue sur lui seul.

Lui seul, au lieu d'éclabousser les personnes auxquelles il tenait. Il commençait à en avoir assez de voir ses êtres chers pris en otages par les méchants de l'histoire. Que son frère bien-aimé soit l'hôte de Loki avait été difficile à accepter, mais en donnant de son temps et de sa personne, il avait plus ou moins réussi à apprivoiser le fauve.

Mais qu'une fillette innocente se retrouve le jouet d'une divinité malfaisante, ça ne passait définitivement pas.

La coupe était pleine.

Une rage sans nom brûlait dans les prunelles turquoise fixées sur la petite silhouette qui volait gracieusement de roc en saillie, comme délivrée de la pesanteur et de ses dangers, en direction du sommet de Star Hill. Cette rage tendait les muscles du Chevalier, leur arrachait des efforts surhumains pour ne pas se laisser distancer par le dieu – qui de son côté, s'ingéniait à lui compliquer la tâche. Mais Kanon n'en avait cure : poussé par son autre Lui, Saga avait autrefois réussi à gravir cette falaise. Alors ce serait bien le diable si lui-même n'y parvenait pas...

Il repoussa dans le fond de son esprit la vague de souffrance qui menaçait de l'envahir dès que ses pensées s'égaraient du côté de son jumeau. Se faire du souci pour lui ne l'avancerait pour l'instant à rien, même s'il ne pouvait s'en empêcher. D'autre part, Kanon était persuadé qu'envoyer Shaka à la poursuite de son aîné avait été le meilleur choix. Le Chevalier de la Vierge saurait trouver les arguments pour le faire revenir. Alors que lui... Presque trop tard, il fit un petit saut de côté pour éviter une énième boule multicolore qui s'écrasa contre les rochers en contrebas, les dissolvant comme de l'acide.

Dieux, cela ne lui réussissait vraiment pas de laisser ses pensées dériver alors qu'il affrontait un adversaire pareil.

Un rire glacial salua sa performance, et l'ex-Dragon des Mers leva la tête pour apercevoir Sujan, perché en équilibre précaire sur une prise minuscule, le toiser avec amusement. Le défiant de le suivre, de l'arrêter s'il s'en sentait capable.

Serrant les dents, le Gémeaux banda ses muscles pour rejoindre son ennemi.

– Tu ne perds rien pour attendre, saleté, siffla-t-il.

D'une détente puissante, il se propulsa vers le haut. Cependant le dieu ne l'avait pas attendu, et avait repris sa course alors que son ricanement méprisant perçait les oreilles de l'ex-Marina et accroissait sa rage.

Le corps de Kyrien disparut en haut de la falaise et quelques secondes plus tard, Kanon sentit son cosmos écrasant redoubler d'intensité. Sujan comptait certainement se servir des caractéristiques cosmiques particulières du Mont Etoilé pour accroître son pouvoir tandis que ses sbires s'occupaient des Chevaliers d'Athéna... mais l'ex-Dragon des Mers était bien décidé à ne pas le laisser faire.

Il n'avait encore aucune idée du comment de la chose, mais ce genre de détail n'était pas du genre à l'arrêter. Il trouverait bien un moyen d'y parvenir sans endommager le corps de son élève.Il n'était même pas sûr que ce soit encore la peine de se préoccuper de cela, cependant il refusait d'envisager que l'âme de la fillette ne soit plus. Malgré les apparences, elle était forte, et tous les efforts qu'il avait fait pour développer sa confiance en elle-même n'avaient pas été vains. Du moins, il l'espérait. D'une dernière poussée, il se hissa sur le plateau rocheux qui couronnait Star Hill. Le dieu, entouré de son aura changeante, l'accueillit d'un sourire narquois.

– Bien ! Bravo, petit Chevalier, tu as réussi à me rejoindre... Que comptes-tu faire à présent ?

– T'obliger à quitter le corps de Kyrien, gronda l'ex-Marina en enflammant sa propre cosmo-énergie.

– Voyez-vous ça... et comment espères-tu accomplir ce miracle ?

– Comme ça... Genroumaouken !

Il relâcha toute sa puissance et projeta son poing en avant, en direction du front de la divinité. Cependant son coup n'atteignit jamais son but : à quelques centimètres du visage de son élève, une muraille de pouvoir multicolore stoppa sa main, brûlant sa chair nue. L'onde de choc le repoussa de quelques mètres en arrière et il grogna de douleur en jetant un oeil à ses phalanges meurtries, avant de reporter son regard haineux sur Sujan.

– Bien essayé, fit celui-ci en repoussant hors de son champ de vision quelques mèches brunes. Mais tu sembles oublier que je suis un dieu, petit Chevalier. De ce fait, toutes tes attaques se retourneront contre toi...

– Foutaises, rétorqua Kanon.

Les Chevaliers de Bronze l'avaient prouvé à plusieurs reprises : il suffisait d'un peu de détermination pour vaincre un dieu. Et d'une bonne dose de chance.

Le rire arrogant de son adversaire lui répondit.

– Ah vraiment ? Que comptes-tu faire, sans protection ? Il me suffirait d'une pichenette pour t'envoyer ad patres, mon mignon...

L'ex-Dragon des Mers n'était que trop conscient de cette faiblesse. Mais les armures d'Or avaient été désintégrées lors du sacrifice des douze gardiens du Zodiaque, devant le Mur des Lamentations. Perdues corps et bien, il n'en restait pas la moindre poussière. Et quand bien même l'armure des Gémeaux aurait été à portée, l'ex-Marina se serait refusé à la revêtir. Elle était à Saga – elle l'avait choisi comme seul et unique possesseur des années auparavant – et Kanon n'avait fait que l'emprunter en l'absence de son légitime propriétaire.

Et il espérait bien que Shaka arriverait à ramener ledit propriétaire.

Ceci dit, Sujan avait raison : il était réellement démuni...

Il réalisa soudain que non, c'était faux. Lui aussi possédait sa propre armure.

– Tu te trompes, répliqua-t-il avec assurance. Je dispose de plus de ressources que tu ne le crois...

Disant cela, il enflamma une nouvelle fois son aura, comme il l'aurait fait pour endosser son armure si elle avait été posée à ses côtés, mais beaucoup plus fort. L'onde de cosmos se propagea autour de lui, puis s'estompa. Au bout de quelques secondes, la divinité chaotique haussa un sourcil moqueur et sussura, ironique :

– Et alors ? Il semblerait que tes « ressources » s'épuisent rapidement, mon petit Chevalier... tout comme ma patience.

Il concentra un peu de pouvoir au creux de sa main et projeta sa boule colorée sur cet énervant insecte. Qui à sa grande surprise, ne fit rien pour éviter le coup. Bah, tant mieux, cela lui ferait un obstacle en moins... même si tourner cet imbécile en ridicule était plutôt amusant.

Cependant en lieu et place de la jolie explosion de chaos qu'il attendait, il y eut un éclair doré et aveuglant. Lorsqu'il se dissipa apparut une masse métallique, assemblée en forme d'animal mythique. L'instant d'après, elle se désolidarisait pour aller couvrir le corps de l'ex-Marina de sa matière étincelante.

Le Dragon des Mers était de retour.

Mi-intrigué, mi-exaspéré, le dieu poussa un petit soupir.

– Et maintenant, quoi ? Que comptes-tu faire de plus, avec ta boite de conserve sur le dos ?

– Maintenant que ma défense est assurée, je peux me concentrer sur l'attaque, rétorqua Kanon d'une voix suave, tout en rassemblant à nouveau son pouvoir autour de lui.

– Bla, bla, bla, fit Sujan en agitant la main avant de lui tourner carrément le dos, désintéressé au possible.

Furieux de cette marque de mépris, le Gémeaux poussa un grondement sourd et bondit, poing auréolé d'or en avant. La divinité ne prit même pas la peine de lui adresser un regard ; se tournant à demi, elle leva nonchalamment une main pour intercepter l'attaque. Avec un rictus de satisfaction, l'ex-Marina en profita pour lui asséner un violent coup de genou au creux des reins. Malheureusement pour lui, l'aura de Chaos du dieu absorba son attaque et lui renvoya une décharge d'énergie qui le fit grimacer.

Cela eut néanmoins l'avantage tout relatif d'éveiller l'intérêt de Sujan. Tournant ses prunelles fascinantes dans sa direction, il resserra sa prise sur les doigts du Dragon des Mers, et un petit sourire cruel étira ses lèvres enfantines lorsqu'il sentit quelques os craquer. Poussant à la fois vers son adversaire et vers le sol avec une force surprenante pour ce corps si frêle – la puissance de son cosmos suppléait au manque de muscle –, la divinité avait dans l'idée d'obliger cet arrogant humain à plier devant lui.

Il voulait le mettre à genoux, l'humilier. Lui rappeler la différence de pouvoir qu'il existait entre eux.

Cependant Kanon n'était pas du genre à s'incliner devant qui que ce soit, et encore moins par la force. Malgré la douleur qui irradiait de ses doigts et de son poignet tordus jusque dans son épaule, il ne cédait pas. Au contraire, la souffrance physique ajoutait à la colère qui bouillonnait en lui, et ce sentiment avivait son cosmos d'autant. La poigne du dieu se faisait de plus en plus dure, mais il ne renoncerait pas. S'il cédait maintenant, autant abandonner le combat immédiatement – non, jamais il ne ferait ça. Il protègerait les êtres qui lui étaient chers, Saga, Kyrien, les autres Chevaliers d'Or. Il protègerait le Sanctuaire, seul foyer qu'il ait jamais connu – et où il avait finalement commencé à se sentir chez lui. Il protègerait la Terre enfin, parce que c'était la sienne... pas au sens de propriétaire, mais dans celui d'habitant. Et parce qu'il avait le pouvoir, et donc le devoir de s'opposer à quiconque la menaçait.

Il comprenait enfin réellement ce qui poussait des êtres comme son frère à sacrifier leur honneur, leur dignité, leur vie même, pour défendre ceux qui ne pouvaient le faire. Ce n'étaient plus de simples mots, une leçon qu'on lui aurait inculquée mais qui, bien que comprise et assimilée, n'était pas sienne. C'était une conviction, une force au fond de son coeur, au creux de ses entrailles. Il ne se battait plus pour des inconnus aux visages sans traits, mais pour les novices, les habitants croisés dans les rues d'Athènes, la jolie serveuse du bar où il avait offert un goûter à Kyrien, et même pour cette bande de petites frappes débiles que Loki et lui s'étaient tellement amusés à ridiculiser.

Car il ne voulait pas voir son monde envahi par le Chaos, soumis à cette divinité capricieuse et cruelle.

Jusqu'à cet instant, il n'avait jamais lutté que pour lui-même : survie d'abord, pouvoir ensuite, rédemption enfin. Malgré le lien ténu mais permanent qui l'unissait à son frère, il avait presque toujours été solitaire. Au Sanctuaire, pendant leur entraînement, peu de personnes connaissaient son existence, et moins encore avaient eu envie de le fréquenter. Chez Poséidon, les autres Marinas le craignaient et l'évitaient ; les seuls a avoir osé se rapprocher de lui avaient été attirés par l'aura de puissance et de danger qu'il dégageait. Et même après son retour du côté d'Athéna... il l'avait bien fait comprendre à Andromède et Pégase : ce n'était pas parce qu'ils se battaient contre le même ennemi qu'ils devaient être cul et chemise. Tout juste avait-il accepté le Dragon et le Cygne dans son sillage, les abandonnant sans remords quand ils s'étaient avérés incapables de suivre le rythme.

Encore récemment, il aurait pu se tourner vers ses collègues et amis pour l'aider à faire face à Loki. Mais il avait préféré assumer seul ce fardeau... ce n'était qu'avec une extrême réticence qu'il avait demandé l'assistance de Shaka ; et encore, ce dernier avait appris le retour de l'Autre sans qu'il le lui ait dit. De même pour les autres : Kanon était resté muet comme une tombe.

Mais à présent, seul face à Sujan, il ne se sentait plus isolé. D'autres, ailleurs, se battaient pour la même cause que lui. Et c'est cela, ajouté à la douleur qui lui vrillait les nerfs, qui lui permit de faire flamber son cosmos plus fort encore. Il était à présent entouré d'une véritable chape d'or en fusion, traversée d'éclairs et de noeuds nés de la Toile dérangée par cette débauche de pouvoir. L'aura du dieu crépitait autour de lui, l'entourant pour étouffer cette aveuglante lumière dorée, mais rien n'y faisait. Coupante comme un rasoir, l'énergie du Gémeaux lacérait et déchirait la brume multicolore qui l'environnait. Ignorant la souffrance que lui causait la petite main de son élève, il rassembla son cosmos autour de ses doigts, saisissant son propre poignet pour soulager un peu son articulation malmenée. Il insinua quelques fils de la toile entre leurs mains jointes, puis les noua entre eux. Pendant ce temps, son aura s'efforçait de percer le bouclier d'énergie de la divinité, ou du moins de l'affaiblir.

Avec un grondement sourd, il libéra les fils enchevêtrés. La Toile reprit sa forme propre, et ce mouvement provoqua la libération d'une minuscule parcelle de l'énergie colossale contenue dans le tissu dimensionnel – de quoi desserrer l'étau dans lequel étaient pris les doigts du Dragon des Mers, mais pas suffisamment pour les blesser sérieusement tous deux.

Sujan poussa un sifflement de chat furieux et bondit en arrière, serrant sa main contre sa poitrine. Kanon, lui, se releva lentement : l'explosion et le soulagement d'être libéré de la poigne douloureuse de la divinité l'avaient déséquilibré. Il fixa son regard turquoise sur son adversaire et eut un sourire carnassier en voyant une expression à la fois incrédule et indignée se peindre sur les jolis traits de sa disciple.

– Surpris ? s'enquit-il d'un ton faussement compatissant.

Un reniflement de mépris lui répondit.

– Pas vraiment... c'est lorsqu'ils ont le dos au mur que les chiens sont le plus dangereux. Toujours à vouloir mordre la main qui vient pour les achever...

– Ca s'appelle l'instinct de survie, mon petit.

– Eh bien tu ferais mieux de surveiller tes instincts ! s'écria le dieu, tapant du pied à la manière d'un enfant capricieux.

– Et tu crois que c'est en te montrant aussi puéril que je vais te prendre au sérieux ? fit l'ex-Marina, un sourcil haussé et les poings sur les hanches.

Un sourire cruel étira les lèvres de Sujan et s'il avait encore eu une once de bon sens, Kanon aurait immédiatement regretté de l'avoir provoqué. Mais se battre seul contre une divinité n'entrait définitivement pas dans la catégorie « bon sens »...

– Très bien, Dragon des Mers. Tu veux jouer ? Alors jouons.

Et la roche sous les pieds du Chevalier se mit à trembler.

 

 

Quelques centaines de mètres en-dessous de là, Shion acheva son verdâtre opposant et leva la tête pour suivre des yeux le trait d'or qui zébra le ciel l'espace d'un instant, en direction de Star Hill.

Au moins, l'un d'entre eux serait convenablement protégé, se dit-il. Cependant, il doutait que ce soit vraiment suffisant face à Sujan. Tout au plus Kanon gagnerait-il un peu de temps...

Shaka... hâte-toi de nous ramener Saga.

Son regard dériva en direction de la silhouette immobile du Chevalier de la Vierge, entourée d'un halo protecteur, en position du lotus.

– Hé, c'est pas le moment de bailler aux corneilles, s'écria Dokho en écrasant son pied sur la face d'un slaad qui avait décidé de croquer un bout du Grand Pope distrait.

Celui-ci acheva la créature en atomisant son corps et adressa un petit sourire de remerciement à son amant, le front toujours soucieux. Le Chinois se plaça dans son dos pour couvrir ses arrières et, à eux deux, ils firent un peu de ménage aux alentours. Les slaads rouges et bleus se faisaient rares ; leurs cadavres volumineux encombraient le sol de l'arène. Pourtant, la partie était loin d'être gagnée : deux nouveaux slaads funestes avaient rejoint leur semblable, et donnaient pas mal de fil à retordre aux Chevaliers.

Occupé à cribler de traits dorés un des derniers groupes de slaads bleus, Aioros n'avait pas vu la créature verte qui s'était subrepticement glissée derrière lui et qui, après l'avoir enchevêtré dans un ret de lianes qu'il avait fait pousser en quelques mots, tentait à présent de le découper en rondelles à l'aide de ses griffes suintantes d'une substance semblable à de l'acide. Le Sagittaire était donc obligé d'éviter les coups tout en s'efforçant de se libérer de la masse végétale étonnamment résistante qui continuait de pousser comme pour l'ensevelir. Voyant cela, Shura leva haut son bras comme pour porter son attaque fétiche ; cependant ce ne fut pas le nom de son épée bien-aimée qui franchit ses lèvres, mais :

Holy Avenger !

La lame de lumière fila en direction du Grec et de son opposant, formant un profond sillon dans le sol sablonneux. Elle trancha net le slaad qui s'effondra en deux morceaux bien distincts, et coupa suffisamment de plantes pour permettre à Aioros de se dégager. Ce dernier resta un instant bouche bée : bien que se trouvant sur la trajectoire directe de l'attaque, il n'avait pas une seule égratignure. Il avait pourtant senti le souffle chaud de l'énergie de Shura. Le Capricorne avait-il inventé une attaque sélective ? se demanda-t-il un instant, avant que le doigt pointé de son ami ne lui désigne un nouvel opposant prêt à se jeter sur lui, qu'il accueillit d'un coup de tonnerre désintégrateur, grondant :

Atomic Thunderbolt.

Même pas le temps de lui poser la question, soupira-t-il intérieurement en se tournant vers le suivant.

– On se croirait à l'usine, râla Aiolia en lançant son quinzième Lightning Bolt de la journée.

– Tu aurais préféré qu'ils nous envoient directement le gros boss de fin de niveau ? rigola Aldébaran, le souffle un peu court.

– Oh, non, c'est teeeellement plus amusant de nous épuiser avant, répliqua Aphrodite d'un ton acide, alors qu'un énième buisson de roses faisait son apparition à la place d'une hideuse bestiole. Comme ça, ils caressent peut-être l'espoir de gagner, pfff...

Secouant sa crinière bleu ciel en signe de mépris, il planta une rose blanche précisément dans le coeur d'un slaad gris. Cependant, celui-ci arracha la fleur meurtrière de sa poitrine avec un rire semblable à un caquètement, provoquant un haussement de sourcils indigné de la part du Suédois, qui sussura :

– Et bien alors, on n'a pas le coeur à la bonne place, mon grand ? Pas grave, on va arranger ça.

D'un geste vif, il envoya une autre rose immaculée se ficher dans le torse maigre et grisâtre, à droite cette fois. Le slaad tomba à la renverse, secoué de convulsions alors que la fleur se gorgeait de son sang, et Aldébaran secoua la tête, taquin.

– Arrête de t'amuser, Aphro, et aide-nous un peu.

– De quoi ?! Qu'est-ce que tu crois que je fais ? lui répondit le Chevalier des Poissons, outragé.

– De la déco ? intervint Aiolia, rigolard, en désignant les buissons.

Aphrodite leur tira la langue à tous deux, mais sa réplique fut interrompue par l'explosion d'une boule de feu qui l'effleura, lui roussissant légèrement le poil.

Le Lion et le Taureau échangèrent un regard alarmé alors que le Suédois, une lueur meurtrière dans les yeux, faisait volte-face en sifflant :

– Ca, ça va se payer...

Et d'envoyer une volée de roses noires en direction du slaad funeste auteur de l'affront. Lequel cracha en retour quelques syllabes agressives, aux accents gutturaux, crissante comme du gravier sur une plaque de métal. Chargé du pouvoir du Chaos, ce mot heurta les tympans des Chevaliers autour de lui et s'insinua en eux, noyant tous les bruits alentour.

Du moins c'est ce que crut Aiolia au premier abord ; un silence de mort s'était abattu autour de lui, à peine troublé par un léger sifflement dans ses oreilles.

– Qu'est-ce...

Il ne termina pas sa phrase : il avait bien prononcé les mots, les avait sentis sortir de sa gorge, mais il ne les entendait pas.

Il était devenu... sourd ?!

Regardant autour de lui, il vit Aphrodite osciller légèrement, une main pressée sur une oreille, alors que le Brésilien secouait la tête avec vigueur et manquait de trébucher ce faisant. Mais il n'eut pas le temps de s'y attarder : profitant de sa distraction, le slaad funeste se jeta sur lui, l'épée haute. Le Grec eut tout juste le réflexe d'enflammer sa cosmo-énergie pour protéger l'avant-bras qu'il ramena devant lui afin de parer le coup. La lame s'enfonça néanmoins profondément dans sa chair, lui arrachant un grognement de douleur. Cependant il ne se dégagea pas et saisit le poignet de son adversaire pour l'empêcher de fuir, avant de hurler :

Roar of Thunder !!

A bout portant, l'attaque était dévastatrice. L'armure du slaad fut arrachée de son corps, de même qu'une bonne partie de sa peau écailleuse. A moitié défigurée, la créature tituba en arrière. Elle se rétablit pourtant, et fixa le Chevalier de son regard malveillant avec une intensité meurtrière. De fait, Aiolia sentit l'air autour de lui se faire plus dense, infiniment lourd. Il avait l'impression que tous les atomes de son corps tentaient de se rassembler en un seul point, comme s'il était soumis à une pression gigantesque, à l'instar d'une étoile trop massive, trop brillante, qui s'effondre soudain en trou noir. [1]

Cependant le Lion était résistant. Son corps entraîné au combat parvint à repousser le pouvoir du slaad, aidé par sa propre aura qui l'entoura d'une lueur dorée. Son adversaire se renfrogna, mais ne fit pas mine de l'attaquer à nouveau. Il se contenta de le pointer du doigt en marmonnant quelques syllabes, que le Grec entendit sans pour autant les comprendre – son ouie était en train de revenir, mais il n'eut pas le temps de s'en réjouir ; il y eut comme un déchirement à l'intérieur de sa poitrine, qui lui fit cracher du sang. Du coin de l'oeil, il vit Aphrodite tomber à genoux, comme s'il était à son tour la cible de l'Implosion à laquelle le Lion avait échappé quelques instants auparavant. Furieux, Aiolia allait déchaîner à nouveau sa cosmo-énergie, lorsqu'il fut pris de court : une pluie d'étoiles s'abattit soudain sur le monstre, le réduisant en miettes. Il se tourna pour voir Aldébaran aider le Chevalier des Poissons à se relever, et lui adressa un hochement de tête appréciateur, auquel le Taureau répondit par le même geste. Pour lui qui, étant Chevalier d'Or, s'était quasiment toujours battu seul, c'était un agréable soulagement que de pouvoir compter sur ses compagnons...

 

Shion détacha son regard du trio le temps de repousser un énième assaillant d'un revers de main. Jusqu'à présent, ils ne s'en sortaient pas trop mal, même sans armures... Mais il redoutait l'apparition prochaine de créatures plus puissantes encore que les slaads funestes.

Par Athéna, comment allaient-ils s'en sortir ?

Shion ?

Le Grand Pope sursauta soudain au contact télépathique de sa déesse.

Majesté.

Shion...

L'inquiétude présente dans la voix de la jeune fille serra la poitrine de l'Atlante. Elle savait, elle avait senti ce qu'il se passait – comment aurait-il pu en être autrement ? Même à des milliers de kilomètres de là, le Sanctuaire restait son Domaine, et son cosmos y était attaché en permanence.

Son visage s'assombrit. Si elle savait, cela voulait dire que...

Non, ils ne sont pas encore au courant. Shion...

Elle sembla hésiter, et il en profita pour donner son avis :

Laissez-nous nous en occuper, Majesté. Protéger le Sanctuaire est notre mission.

Une vague d'affection mêlée de fierté le recouvrit comme une couverture chaude et légère, alourdie cependant par l'inquiétude toujours présente.

Le Sanctuaire n'est rien sans les personnes qui le peuplent, Shion.

Même si elle ne pouvait le voir, le Grand Pope hocha la tête, évitant une attaque et assomant son assaillant d'un coup sur la nuque.

J'ai ordonné aux Chevaliers d'Argent et de Bronze de mettre les novices en sécurité. Les Chevaliers d'Or et moi-même confinons les slaads dans l'arène d'entraînement. Cependant, Sujan a réussi à s'échapper. J'ai envoyé Kanon à sa poursuite, en attendant que Shaka revienne avec Saga.

Le silence que lui opposa Athéna lui demandait de s'expliquer un peu plus en détails. Retenant un soupir, il lui conta alors rapidement le retour de Loki, les révélations de Shaka, le comportement étrange de l'Autre et son « accord » passé avec Kanon. Il termina en révélant ce qui avait précédé l'arrivée de la divinité chaotique. La pause qui suivit fut plus réflexive qu'interrogatrice, et ce fut d'une voix un peu lointaine, comme se parlant à elle-même, que Saori finit par répondre :

Oui... ayant été banni à cause des Gémeaux, le sceau qui le retenait pouvait être levé en les affaiblissant suffisamment. Quelle cruauté...

Shion eut l'impression de sentir le cosmos divin vaciller tant soit peu, et il n'eut aucun mal à imaginer la jeune fille se détournant, une main sur la bouche et les larmes aux yeux. Il rassembla tout ce qu'il avait de chaleur et de confiance et l'offrit en réconfort à sa déesse inquiète.

Majesté... ne les sous-estimez pas. Je crois en eux. Ils parviendront à vaincre ce démon, et les leurs par la même occasion.

Il le fallait. L'espoir était la plus grande des forces. S'il perdait foi en ses hommes, il n'avait plus qu'à s'asseoir et attendre la mort...

Ce qui n'était définitivement pas dans sa nature.

Un petit soupir télépathique lui parvint en réponse.

J'ai confiance en vous tous, Shion. Mais soyez prudents. Trop de tombes ont été creusées, trop de deuils portés. Je ne veux pas... je ne veux plus voir mes Chevaliers mourir.

Lui qui, après plus de deux siècles, était encore hanté par les disparitions de ses compagnons d'armes, comprenait parfaitement ce qu'elle voulait dire.

Nous survivrons, Majesté, répondit-il gravement. Je vous en fais la promesse.

Un souffle doux l'enveloppa, une note porteuse d'espoir résonna dans son esprit. Athéna s'était retirée, mais son cosmos restait présent et, en promenant son regard autour de lui, l'Atlante vit les épaules se redresser, les yeux étinceler d'un renouveau d'ardeur. Il croisa les prunelles émeraude de Dokho et lui sourit, avant de se replonger dans l'affrontement.

Ils ne perdraient pas.

 

 

Ailleurs, dans une dimension inconnue, un âpre dialogue intérieur avait lieu...

Combien de temps comptes-tu encore fuir ?

Je ne fuis pas. Je cherche.

Oh, pardon. C'est vrai que passer d'une dimension à une autre comme si on avait le diable aux trousses, c'est le meilleur moyen de chercher... chercher quoi, au fait ?

Un moyen de me débarrasser de toi.

Tu veux que je te dise ? Retourne au Sanctuaire. Tu l'auras, ton moyen... Tu seras débarrassé de ma présence, et moi de la tienne. Bon, il se peut que tu meures dans le processus, mais c'est déjà ce que tu comptais faire, non ?

Où est l'utilité si tu ne meurs pas en même temps que moi ?

Le ton était ironique et cassant, un peu las peut-être.

Hé, l'altruisme suicidaire, c'est ton truc, pas le mien.

Celui-ci était moqueur, teinté de malice et d'amusement cruel.

La ferme.

Sérieusement, Saga. Retourne au Sanctuaire. Ca sera plus facile pour tout le monde.

Le Chevalier ignora le ton un peu trop sérieux à son goût.

La ferme, j'ai dit.

Et puis tu pourrais te renouveler un peu. Tu n'as pas encore compris que m'ordonner de me taire ne servait à rien ?

– Mais tu vas la fermer, bon sang ?

Saga avait crié cette phrase à voix haute, excédé. Il tentait depuis un bon moment déjà de fermer son esprit aux railleries de Loki, en vain. Une chape de désespoir lourde comme du plomb s'abattit sur ses épaules et il tomba à genoux, la tête entre les mains, tirant sur ses longues mèches d'azur comme si cela pouvait le délivrer de cette présence malfaisante tapie dans son crâne.

Jamais il n'en serait débarrassé. Jamais il ne serait libre. C'était son destin, sa malédiction. Il avait déjà fait souffrir trop de personnes à cause de ce fardeau. A présent, il devait le porter seul. Se rendre dans un endroit où nul ne pourrait le suivre, d'où même l'Autre ne pourrait s'échapper. Un endroit où il pourrait mettre fin à ses jours en toute quiétude, sans craindre de...

Il se calma soudain, le regard dans le vague. Un petit rire à la fois amer et triomphant s'échappa de ses lèvres : il avait trouvé.

Comment avait-il pu ne pas y penser plus tôt ? C'était pourtant si simple...

L'air résolu, il se redressa et commença à tisser la Toile à nouveau, mais cette fois-ci, il avait une destination bien précise à l'esprit. Espérant ne pas s'être trompé – cela faisait tellement d'années qu'il n'était pas revenu dans cette dimension – il franchit le noeud qu'il venait d'ouvrir.

 

 

Ce monde se nommait le Labyrinthe.

Des siècles auparavant, une race de magiciens qui se nommaient eux-mêmes Sartans – ceux qui s'élèvent vers la lumière – y avaient enfermé leurs ennemis, les Patryns – ceux qui retournent vers les ténèbres. La peur et la haine que les Sartans vouaient à leurs opposés avaient transformé cette prison en un endroit de mort et de désespoir. Depuis, les Patryns luttaient pour leur survie, pour regagner leur liberté, ruminant leur vengeance contre leurs bourreaux, planifiant la conquête des quatre mondes qu'avaient créés les Sartans à travers les Portes de la Mort.

Saga émergea de son vortex pour atterrir dans un couloir étroit, taillé dans la roche, éclairé par une douce luminescence bleutée qui semblait provenir de sigles tracés sur le mur. Le Chevalier les considéra avec méfiance : certaines runes étaient faites pour empêcher toute intrusion d'un non-Patryn au coeur de la forteresse. Puis il se reprit. De toute manière, son but n'était pas de passer inaperçu.

Au contraire. Plus vite il serait capturé, et mieux ce serait.

Il commença donc à avancer dans le couloir, sans prendre la peine de dissimuler sa présence.

Et... tu fais quoi, là, au juste ?

Le Chevalier ne prit même pas la peine de répondre à l'interrogation de son alter ego. De toute manière, il n'en aurait pas eu le temps : à peine eut-il tourné au coin du couloir, qu'une vive lumière l'aveugla. L'instant d'après, il se trouvait emprisonné par des cordes apparues comme par magie autour de ses bras, son torse, ses poignets. Il aurait pu s'en défaire avec facilité, mais n'en avait nullement envie. Il resta donc immobile alors que les trois Patryns qui l'avaient surpris discutaient entre eux, dans une langue qu'il ne comprenait pas, probablement de son sort. Ils lui jetaient des regards furtifs, curieux. Le Gémeaux retint un sourire. Sans doute n'avaient-ils jamais vu un homme à la fois dépourvu de tatouages, et doté d'une couleur de cheveux aussi peu naturelle dans leur monde. Ils étaient certainement en train de décider s'ils devaient l'exécuter sur-le-champ, ou le remettre aux autorités compétentes. Cependant, tout en ressentant sa puissance intrinsèque, ils savaient qu'ils ne représentait pas une menace. Dans le cas contraire, les runes bleues et rouges tatouées sur leur peau les auraient prévenus.

– Amenez-moi à votre chef, dit-il soudain de sa voix profonde et calme.

Les trois gardes interrompirent leur discussion et fixèrent leur attention sur lui.

– Je sais que vous pouvez me comprendre, continua-t-il. Je ne suis pas venu en ennemi. Je veux simplement voir votre chef.

C'était un coup de bluff dangereux qu'il jouait là ; il espérait que l'adolescent joufflu qu'il avait connu avait effectivement pris la succession de son père, et que rien ne lui était arrivé durant les nombreuses années où ils avaient perdu contact.

Le plus massif des hommes, le chef du groupe sûrement, s'approcha lentement, suspicieux.

– Qu'est-ce qui nous prouve que tu ne t'attaqueras pas au chef Vasu dès que tu le verras ? demanda-t-il dans un grec impeccable, tout juste altéré par un léger accent chantant. Qui es-tu ?

Une touche de soulagement effleura Saga lorsqu'il entendit le Patryn citer le nom de son supérieur. Il ne s'était donc pas trompé en venant ici. Tant mieux...

– Mon nom ne te dirait rien. Sache simplement que je suis un vieil ami de Vasu. (Il se permit un petit sourire confiant.) Si tu ne me crois pas, préviens-le qu'un mensch aux cheveux bleus désire s'entretenir avec lui, et vois sa réaction.

Il avait à dessein utilisé le terme péjoratif que Sartans et Patryns utilisaient pour désigner les races « inférieures » – humains, elfes et nains – afin de diminuer sa propre importance aux yeux des gardes. Mais ceux-ci n'étaient pas stupides, et celui qui s'adressait à lui depuis le début étrécit les yeux.

– Si tu n'es qu'un simple mensch, comment es-tu arrivé ici, au coeur de notre cité ? Qui nous dit que ce n'est pas un nouveau piège du Labyrinthe ?

Le Chevalier entendit Loki ricaner du fond de son esprit, et il grimaça légèrement.

– Appelle ton chef, et tu auras ta réponse.

Il attendit patiemment alors que les trois hommes discutaient encore quelques secondes dans leur langue étrange, à la fois gutturale et harmonieuse, dure et douce. Puis l'un d'entre eux partit d'un pas vif, tandis que les deux autres se plaçaient de part et d'autre du Gémeaux, la main sur la poignée de leur arme en prévision d'un coup fourré, l'observant avec un mélange de curiosité et de circonspection. Mais l'attaque sournoise qu'ils craignaient ne vint pas ; quelques minutes plus tard, le troisième garde était de retour, accompagné d'un jeune homme bedonnant à l'air débonnaire, dont le regard brun s'éclaira dès qu'il se posa sur Saga.

D'un geste, il ordonna à ses hommes de délivrer leur captif, puis il s'avança et offrit sa main au Chevalier, qui s'en empara avec chaleur. Ravi, Vasu l'attira contre lui pour une accolade amicale, sous le regard attentif des autres Patryns. Puis, faisant un pas en arrière, il leur indiqua qu'ils pouvaient reprendre leur ronde sans inquiétude, sans quitter le Gémeaux des yeux.

– Cet homme est de mes amis, déclara-t-il en grec afin de ne pas exclure son visiteur de la conversation. Vous n'avez rien à craindre de lui.

Une pointe d'amertume perça le coeur du Chevalier. Dieux, si cela pouvait être réellement vrai...

Mais il savait qu'il avait fait le meilleur choix possible. Vasu ferait le maximum pour l'aider, et il disposait de suffisamment de puissance pour tenir tête à Loki si jamais les choses tournaient mal...

Une fois seuls, le Patryn lui fit signe de le suivre, tout en entamant la conversation, toujours en grec – sa magie lui permettait de communiquer avec n'importe quelle créature dotée d'un langage évolué.

– Alors, mon ami, que me vaut le plaisir de ta visite après toutes ces années ?

Saga décida d'aller droit au but. Cela ne lui servirait à rien de tergiverser.

– J'ai besoin de ton aide, Vasu. (Il marqua une pause, puis prit une inspiration et ajouta :) Plus précisément, j'ai besoin de la prison d'Abri.

Vasu ne ralentit pas, mais lui adressa un regard pénétrant.

– ... Est-ce ton conflit intérieur que tu ne supportes plus ? demanda-t-il au bout de quelques secondes.

Un sourire sans joie étira les lèvres du Gémeaux.

– Ainsi, toi aussi tu le savais... Y a-t-il une seule personne dans cet univers qui ne soit pas encore au courant ?

Le Patryn secoua la tête et posa une main pleine de sollicitude sur son bras.

– Là n'est pas la question, Saga. Que comptes-tu faire au juste ?

Mâchoires serrées, le Chevalier répondit d'un ton ferme :

– Je vais débarrasser le monde de la menace que je représente.

– Crois-tu que t'enfermer dans cette salle soit la solution idéale ?

– Non. Ce n'est qu'une... une précaution supplémentaire.

Cette fois, Vasu s'immobilisa.

– Saga, tu n'as tout de même pas l'intention de...

Le silence résolu du Grec était une réponse éloquente.

– Je ne peux pas te laisser faire ça, protesta le jeune homme. Le but de cette pièce est de sauver des gens, pas de les voir mourir !

– Quel autre choix ai-je ? s'écria le Gémeaux, laissant éclater son désespoir. En ce moment même, il me nargue, il tente de prendre le contrôle de mon corps, pour retourner au Sanctuaire et commettre d'autres horreurs encore ! Je ne le laisserai pas faire ! Plus jamais !!

Le Patryn laissa sa main sur le biceps de son ami le temps que celui-ci reprenne son calme. Jamais il ne l'avait vu aussi agité, sauf peut-être lorsqu'il était arrivé pour la première fois dans cette dimension.

Il y avait donc fort à parier que son jumeau était impliqué d'une manière ou d'une autre, se dit le chef en ravalant un soupir.

– Viens. Je vais te servir un thé brûlant, et tu me raconteras tout. Ensuite, nous déciderons quoi faire.

Et il espérait de tout son coeur parvenir à faire changer d'avis cet homme à l'étonnante chevelure azuréenne, en compagnie duquel il avait passé quelques-unes des heures les plus merveilleuses de sa trop courte enfance...

 

 

Après avoir isolé son corps dans une bulle de cosmos impénétrable, Shaka avait laissé son esprit dériver à la recherche de l'énergie de Saga. Il ne mit guère de temps à la trouver : l'aura du Gémeaux avait laissé une empreinte profonde dans le tissu dimensionnel. N'importe quel novice aurait pu repérer la traînée plus sombre que la nuit ; mais pour lui qui, même par rapport à ses pairs, disposait d'une sensibilité particulière aux vibrations cosmiques, la souffrance qui imprégnait encore la Toile était quasiment insupportable.

Il se força à ignorer ses propres sentiments et suivit ce chemin de douleur, pas à pas. La trace le mena tout d'abord au Cap Sounion, où il devina que Saga s'était attardé un moment. Il prit quelques secondes pour analyser les fils les plus marqués par le passage du Grec. Il pouvait sentir sa douleur, son sentiment de trahison, son désespoir, presque comme s'ils étaient siens. Dieux, comment un homme pouvait-il survivre en portant un tel fardeau ?

S'il avait eu un corps, Shaka aurait grimacé à cette ironie amère. On n'y survivait pas, justement. Le fait que Saga ne se soit pas donné la mort sur le champ tenait certainement à son sens du devoir exacerbé. Un simple suicide s'étant révélé inefficace pour supprimer la menace qu'il pensait représenter, il avait sûrement l'intention de se cacher dans un endroit inaccessible avant de procéder à l'élimination définitive du problème.

C'était sans compter la détermination d'un certain Chevalier de la Vierge, bien décidé à le sauver, serait-ce malgré lui. Ils avaient besoin de lui.

Il avait besoin de lui, bon sang ! Il ne laisserait pas l'homme qu'il aimait choisir cette solution sans se battre. Pas tant qu'il restait un espoir – et il en restait, même si pour l'instant, il ne le voyait pas. Sinon, jamais Shion ne l'aurait autorisé à partir à la poursuite du Gémeaux, se privant d'un de ses plus puissants combattants alors même que le Sanctuaire était attaqué.

Il fallait que Saga revienne. Et pour cela, il fallait que Shaka trouve les arguments pour le convaincre.

Et surtout, se dit-il en filant à pleine vitesse à travers les dimensions, suivant la trace âcre laissée par le cosmos du Grec, il fallait qu'il le retrouve à temps.

Pas trop tard. Que les dieux l'entendent, et fassent qu'il n'arrive pas trop tard.

 

 

Assis en tailleur, à même le sol, face à une table basse dans la demeure spartiate de son hôte, Saga faisait distraitement tourner sa tasse encore pleine entre ses doigts. Il avait bu une gorgée de thé par politesse, mais bien que le breuvage soit délicieux, il était bien incapable d'avaler quoi que ce soit.

Il s'était forcé à garder une voix neutre – voire froide – durant tout son récit, même si sa gorge s'était serrée à plusieurs reprises sous l'étau des émotions qui bouillonnaient en lui.

Elles l'affaiblissaient, il le savait. La barrière psychique derrière laquelle il avait confiné Loki était en train de se craqueler, lentement mais sûrement. Il ne pourrait pas le garder enfermé encore bien longtemps. Il fallait absolument que Vasu accède à sa requête avant que ce monstre ne soit libéré.

Il n'osait cependant pas lever les yeux, craignant de lire dans le regard du Patryn les sentiments qu'il lui inspirait à présent.

Dégoût ? Rejet ? Pitié ? Il ne savait lequel serait le plus blessant. Mais il avait besoin d'une réponse. Vite. Serrant de ses mains tremblantes la tasse froide, il releva la tête, se préparant au pire.

Il n'y avait dans les prunelles brunes fixées sur lui qu'une immense compassion. Saga crut défaillir de soulagement et de honte mêlés – jusqu'à ce que son hôte pousse un petit soupir, secouant la tête.

– Par la Séparation, Saga, j'aimerais tellement t'aider...

– Tu sais comment faire, murmura le Chevalier en réponse.

Il était fatigué, tellement fatigué... Mais son calvaire touchait à sa fin. Il le savait, il le sentait. Ce serait bientôt terminé. Encore un peu de courage...

– Rien de ce que je dirai ne pourra te faire changer d'avis, n'est-ce pas ?

– Non.

Vasu se passa une main lasse sur les yeux.

– Dans ce cas...

Il déplia ses jambes potelées et se releva avec une grâce étonnante. Le Patryn ne payait pas de mine, surtout comparé au corps athlétique de Saga. Mais bien malavisé qui juge d'après les apparences ; le fait que Vasu soit le chef d'une cité entière, chez une race qui vénérait par dessus tout la puissance, était une preuve éloquente du pouvoir qu'il détenait en lui.

Il guida le Chevalier le long des corridors étroits, puis à travers les rues de la ville, en direction d'un endroit que le Gémeaux connaissait bien : c'était là que son frère et lui avaient rencontré le Patryn pour la première fois. Les autochtones qu'ils croisaient posaient des regards curieux sur Saga mais ne disaient rien, se contentant d'adresser un signe de respect ou un salut à leur chef ; lequel leur répondait invariablement, d'un hochement de tête ou d'un mot aimable.

Il s'arrêta devant une porte massive, taillée dans un bois solide et entièrement couverte de runes. Se tournant vers le Chevalier, il lui demanda une dernière fois :

– Tu es vraiment sûr de vouloir faire ça ?

Saga hocha la tête, le visage pâle et résolu. Loki s'agitait violemment au fond de son esprit, et une migraine lancinante commençait à lui marteler les tempes, certainement déclenchée par son Autre lui dans l'espoir de le faire flancher.

Peine perdue. Il était trop près de son but pour laisser tomber maintenant. La pensée de sa délivrance prochaine le galvanisait. Vasu l'observa longuement, et il soutint son regard, déterminé. Le Patryn prononça alors un mot dans sa langue ; un des sigles de la porte s'illumina, rouge puis bleu, et le battant pivota. Il dévoila une petite pièce chichement meublée, aux parois gravées de runes du sol au plafond.

Le Gémeaux fit un pas pour franchir le seuil de ce qui était certainement une des prisons les plus sûres de l'univers. Une main posée sur son bras l'arrêta. Il se tourna vers Vasu, interrogateur. Celui-ci ne l'avait pas quitté des yeux. Qon regard brun exprimait toute sa tristesse, mais également tout le respect qu'il avait envers le noble sacrifice de son ami. Il porta une main à sa taille et tira de son fourreau un long poignard orné de sigles, avant de le tendre à Saga.

– La lame est gravée de runes de mort. Elle trouvera le coeur, même si ta main tremble.

Les doigts du Chevalier se refermèrent sur la poignée de l'arme.

– Merci, Vasu, murmura-t-il.

Sur son bras, la pression de la main du Patryn s'accentua, puis se relâcha alors que le Grec pénétrait dans la pièce. La porte se referma derrière lui avec un bruit sourd.

Resté seul à l'extérieur, Vasu ferma les yeux et souffla au silence :

– Adieu, mon ami...

 

 

Enfin ! Après un interminable voyage à travers tellement de dimensions qu'il en avait perdu le compte, Shaka avait finalement retrouvé le Gémeaux. Il était là, juste à quelques fils de la Toile... Le Chevalier de la Vierge tenta de traverser cette dernière barrière, pour se rendre compte qu'il en était incapable.

Pourquoi ?! s'écria-t-il mentalement, frustré.

Sous forme spirituelle, aucune barrière physique n'aurait dû être capable de l'empêcher de rejoindre Saga... alors pourquoi ces dessins rouges et bleus dansaient-ils encore devant ses yeux après l'avoir repoussé ? Que faisait-il dans ce couloir, séparé de son but par un mur infranchissable ? Il tenta encore de passer, pour se voir retenu à nouveau. Il poussa un juron, manifestation de dépit peu ordinaire chez lui, si calme et contenu.

Une sensation étrange s'empara soudain de lui, et il regarda autour de lui pour savoir d'où venait ce sentiment. Quelle ne fut pas sa surprise de voir un jeune homme rondelet, à la longue chevelure châtain ornée de discrètes pointes blanches et aux yeux sombres et pénétrants, le fixer. Surprise, car il n'était qu'un simple esprit dans ce monde-là, donc invisible aux yeux du commun des mortels – sauf s'il en décidait autrement, ce qui n'était pas le cas.

Mais peut-être le jeune homme n'était pas si ordinaire que cela. Des tatouages bleus et rouges, semblables à ceux qui avaient repoussé Shaka, avaient l'air de couvrir l'intégralité de sa peau, à l'exception des mains et du visage. Certains d'entre eux luisaient encore faiblement, et l'Hindou se rendit compte que c'était à cause de cela qu'il n'était plus invisible.

– Qui es-tu ? s'enquit le jeune homme d'un ton calme mais méfiant.

Shaka ouvrit la bouche, hésita une seconde, puis répondit :

– Je suis un ami de l'homme qui est enfermé là. Je me nomme Shaka, Chevalier d'Or de la Vierge.

Son vis-à-vis étrécit les yeux.

– Un ami, dis-tu ? Vraiment ?

Le Chevalier grimaça intérieurement au ton suspicieux de l'autre, qui le renvoyait à ses propres erreurs. Si Saga avait eu quelqu'un vers qui se tourner dans sa dimension, s'il ne s'était pas senti trahi par ceux en qui il avait confiance, aurait-il cherché refuge ici ?

– Qu'es-tu venu faire dans ma cité, Shaka de la Vierge ?

Le Chevalier effleura d'une main éthérée le mur qui le séparait du Gémeaux.

– Je suis venu le ramener.

Un haussement de sourcil dubitatif lui répondit.

– Es-tu celui qui l'a poussé à de telles extrémités ?

Dieux, ce jeune homme était affreusement perspicace, se dit l'Hindou en détournant les yeux.

– C'est compliqué. (Le regard intense qu'il sentait peser sur lui l'obligea à continuer.) ... En partie, oui.

– Et pourtant, tu es parti à sa recherche. Pourquoi ?

– Parce que... nous avons besoin de lui, murmura-t-il.

Le visage du Patryn se ferma et il croisa les bras sur sa poitrine.

– Saga est prêt à se sacrifier pour vous protéger. Crois-tu que je te laisserai entrer dans cette salle pour une raison aussi triviale que celle que tu viens de me fournir ? Crois-tu que cela le convaincra de venir avec toi ?

Shaka resta muet devant ces arguments. Il ne savait pas encore comment il allait persuader le Gardien du Troisième Temple de l'accompagner. Il ne savait même pas s'il arriverait à temps pour l'empêcher de commettre l'irréparable, et chaque seconde comptait !

– Tu ne comprends pas, fit-il d'une voix urgente. Notre monde vient d'être attaqué. Son frère est en première ligne, il affronte seul le plus redoutable de nos ennemis. Si je ne ramène pas Saga pour lui prêter main-forte, il ne tiendra pas ! Il est peut-être déjà trop tard !

Vasu se tendit visiblement ; apparemment, le sort de Kanon l'inquiétait aussi. Cependant, il secoua la tête.

– Saga m'a fait confiance. Je ne laisserai personne le déranger à moins d'avoir une excellente raison.

Shaka ferma les yeux, et enflamma son cosmos pour venir physiquement dans cette dimension. Il était parti sous forme spirituelle car il se déplaçait plus rapidement ainsi, mais puisqu'il avait retrouvé le Gémeaux...

Son corps disparut de l'arène du Sanctuaire et se matérialisa dans le couloir sombre. Son esprit le réintégra aussitôt, et il inspira profondément pour se réajuster à la sensation de pesanteur qui s'abattit sur lui, comme toujours.

– Ne pense même pas à m'affronter, le prévint le Patryn. Même si tu me tues, tu ne pourras pas atteindre ton but.

– Je n'ai pas l'intention de me battre, répliqua le Chevalier de la Vierge, ouvrant en effet les yeux – ce qui pour lui était un signe d'intentions pacifiques, en dehors d'un combat. Mais si c'est le seul moyen de parvenir jusqu'à Saga, je n'hésiterai pas.

– Tu n'auras pas à le faire, si tu parviens à me convaincre. Donne-moi une bonne raison de te laisser passer, Shaka de la Vierge.

Le Chevalier émit un reniflement ironique, serrant les poings.

– As-tu jamais connu l'amour ? demanda-t-il soudain, plongeant son regard céruléen dans les prunelles brunes de Vasu.

Le visage de celui-ci exprima une douleur intense, qui disparut si vite que Shaka douta même de l'avoir vue ; le Patryn se contenta de hocher la tête en réponse, mais c'était suffisant pour l'Hindou, qui joua son va-tout d'une voix sourde :

– Alors, tu peux comprendre pourquoi je ne veux pas le voir mourir.

 

~ ~ ~

 

NOTES DE L’AUTEUSE :

[1] : Sans passer par la case « supernova » :P

 

Oui, je sais que ça finit en cliffhanger. Pardon. *part se flageller*

Bah finalement, on a pas eu de nouvelles de Rena dans ce chapitre-ci. Mais ça sera dans le suivant ^^ J'avais beaucoup trop de trucs à faire avancer avant... Rha ces intrigues parallèles, c'est une véritable horreur...

La nouvelle attaque de Shura est, encore une fois, inspirée de Donjons & Dragons. Holy Avenger est le nom d'une épée quasiment banale, qui dans les mains d'un paladin (archétype du défenseur du Bien et de la Loi) devient... relativement monstrueuse. Et quand ledit paladin s'en sert pour taper sur une créature maléfique, alors là c'est la panacée. Sisi. Plus de dégats, plus facile de taper, et protection en sus.

D'ailleurs, pour les amateurs de D&D (je ne vise personne, pas vrai Janus ? ^_^), il y a d'autres allusions ici et là, mais je vous laisse l'heur de les découvrir par vous-mêmes (pis surtout, j'ai pas envie de lourder les autres...)

En ce qui concerne Saga... la chanson que j'ai écoutée en boucle pour me mettre dans l'ambiance est Until It Sleeps de Metallica. Je trouve ce morceau sublime, les paroles semblent avoir été écrites pour lui et l'atmosphère est un savant mélange de calme, de fureur et de désespoir, tout comme j'imagine mon Saga en ce moment. En bref : par-faite. Allez, un petit extrait :

So tear me open, but beware

There's things inside without a care

And the dirt still stains me

So wash me til I'm clean

I'll tear me open, make you gone

No longer will you hurt anyone

And the hate still shakes me

So hold me until it sleeps

... J'ai dit qu'elle était parfaite ? :P

Parlons des Portes de la Mort à présent. Aaaah, combien de fois ai-je relu cette série ? Suffisamment pour que des pages commencent à se détacher des volumes... Pour les amateurs de fantastique, de magie, de voyages et de combats épiques entre le Bien et le Mal, je conseille très vivement. J'ai essayé de ne pas mettre trop de spoilers pour ne pas gâcher le plaisir d'éventuels nouveaux lecteurs... (wai je ne doute de rien :P)

Wow, ça faisait un bail que j'avais pas fait des notes de fin de chapitre aussi longues, dites donc...

Alake.

 
 
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