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Fiqueuse : Alake Titre : Space Dementia Chapitre : Troisième : Le Contrat Base : Mon Petit Poney… nan, je rigole, revenez !! C’est Saint Seiya. Disclaimer : J’ai beau chercher dans tous mes tiroirs, pas l’ombre d’un bisho en armure… wouin… Ah ! Si ! Y’en a un !! Mais c’est pas drôle, il se transforme en fille… Genre : Nawak, sérieux, angst, vous saupoudrez avec un peu de romance et vous mélangez bien… Super facile, la classification, j’vous jure… -_-;; Rating : NC-17 (ça y est !! Enfin ! C’est pas trop tôt…) Avertissement : Bon, c’est pas vraiment parce que c’est très très hot… plus pour le coupling, si vous voyez ce que je veux dire… Et puis, c’est moins drôle que les 2 premiers chapitres (je préfère prévenir…) Plein d’angst, dans ce chapitre. Spoiler : Comme prévu, réveil en fanfare… et pis entraînement… et pis vous verrez bien… Ben quoi ? Croyez pas que je vais tout vous dire, non plus ?! CHAPITRE 3
LE CONTRAT Le lendemain, Kanon fut réveillé par un coup d’oreiller en pleine figure. – Allez, la Belle au Bois Dormant ! Debout ! fit l’auteur de l’attaque. L’ex-Dragon des Mers lança le projectile au hasard, manquant son frère de peu. Il bondit sur ses pieds et se saisit de son polochon, le brandissant comme un sabre un peu mou. – En garde, Chevalier ! s’écria-t-il avant de se ruer sur Saga, qui s’enfuit en direction de sa chambre. Après une course-poursuite effrénée à travers leur Temple, ils arrivèrent à ladite pièce, où l’aîné récupéra son propre polochon pour une bataille d’oreillers en règle. Riant aux éclats, ils s’affrontèrent en un combat sans merci, tentant de s’assommer l’un l’autre – ce qui, vu l’efficacité de leurs armes, n’était pas chose facile. L’atmosphère fut bientôt saturée de plumes légères, voletant en tous sens. Les Gémeaux finirent pas s’effondrer sur le lit en se tentant les côtes, terrassés par un fou-rire impitoyable. – Match nul ? suggéra Saga, haletant. – Quoi ?! protesta Kanon entre deux respirations hachées. J’étais en train de gagner ! – Mon œil ! fit l’aîné avec une grimace qui relança l’hilarité de son frère et, du même coup, la sienne également. Le silence retomba en même temps que les plumes blanches qui les recouvraient. Kanon se secoua pour chasser ces flocons importuns. – Je crois qu’il va falloir racheter des coussins, marmonna-t-il. – Quoi, la réserve est déjà finie ? s’enquit Saga en s’époussetant aussi. – Ben oui, à force de faire des batailles de polochon… Tu as plein de plumes dans les cheveux, on dirait un bonhomme de neige. L’aîné pouffa. – Toi aussi… Ils se débarrassèrent mutuellement du duvet blanc qui s’était accroché à leurs chevelures, puis se rendirent dans la cuisine pour prendre un solide petit déjeuner avant l’entraînement. Ils rejoignirent le reste des Chevaliers d’Or dans l’arène qui leur était réservée. En effet, les treize guerriers avaient décidé de s’entraîner ensemble tous les jours, pour renforcer leur cohésion. Terminé le temps où une rencontre entre deux d’entre eux pouvait se solder par un affrontement de mille jours… [1] Et puis, personne ne voulait que quelque chose comme la Bataille du Sanctuaire se reproduise, combat dont l’une des causes avait été la mauvaise communication entre les Chevaliers d’Or… D’autre part, ces sessions leur permettaient de s’améliorer : deux d’entre eux s’affrontaient pendant que les autres observaient, commentaient et leur donnaient des conseils. Bien qu’il n’y ait pas de Guerre Sainte en vue, personne ne savait ce que leur réservait l’avenir ; aussi avaient-ils décidé, tous ensemble, de ne pas se laisser aller. – Ah, vous voilà, lança Dokho en voyant les jumeaux arriver. On va pouvoir commencer. Des volontaires ? Mu et Milo se levèrent et allèrent se placer au centre de l’arène. Pendant qu’ils s’échauffaient en échangeant quelques coups basiques, Saga et Kanon allèrent s’asseoir dans les gradins. Le premier prit place, comme à son habitude, à côté de Shaka, tandis que Kanon se posait un peu à l’écart. Aphrodite lui adressa un regard curieux, mais n’eut pas le temps de parler, car Milo venait de crier : – Scarlet Needle ! Le Chevalier du Bélier matérialisa un mur de cristal pour contrer l’attaque. Le Scorpion se doutait bien qu’il réagirait ainsi, aussi dissipa-t-il son attaque avant qu’elle ne lui revienne dessus. Mais il n’avait pas prévu ce que Mu ferait ensuite, et fut surpris de l’entendre dire : – Crystal Shards ! [2] Le mur se brisa en une multitude d’éclats scintillants qui se ruèrent à toute vitesse vers Milo. Voyant cela, le grec enflamma son cosmos et tenta de les ralentir, sans effet. – Ouh, punaise ! marmonna-t-il en dégommant les éclats les plus dangereux à l’aide de son Aiguille Ecarlate. Sa chemise partit en lambeaux, déchirée par les échardes cristallines, et Mu cessa enfin son attaque. Une salve d’applaudissements ponctuée de sifflets salua cette nouvelle technique. – Super, ce numéro de strip-tease, plaisanta Dokho. – Vous feriez un malheur à Athènes, approuva Aldébaran. Mu haussa un de ses points de vie. – Ce n’était pas vraiment le but, répondit-il. – Je m’en étais rendu compte, intervint Milo en effleurant une égratignure sur son épaule. Cette attaque sera redoutable, lancée à pleine puissance. – Je n’avais pas envie de te tuer, répliqua le Bélier avec un regard en coin en direction de Camus. Les cercueils de glace, c’est pas trop mon truc… Le Chevalier du Scorpion éclata de rire et passa un bras autour des épaules de son adversaire. – Il va falloir que je trouve moi aussi une autre attaque pour contrer ça, conclut-il. Suivants ? Ils retournèrent s’asseoir alors que deux autres Chevaliers prenaient le relais. Kanon, un instant sorti de ses réflexions, replongea dans de sombres rêveries. – Comment peut-on détruire l’autre personnalité d’un Chevalier des Gémeaux ? Alhena regarda le jeune apprenti avec un air peiné. – On ne le peut pas. Kanon, l’Autre Soi fait partie intégrante du Chevalier, au même titre que sa personnalité principale. On ne peut le détruire, si ce n’est en tuant celui qui l’abrite. Crois-moi, s’il y avait une autre solution, je ne serais plus là depuis longtemps. Kanon baissa les yeux, désolé de son manque de tact. Alhena était pourtant une des rares personnes qui le traitaient avec gentillesse… – Pardon. Je ne voulais pas… vous offenser. La jeune femme lui caressa la joue avec tendresse. – Je ne t’en veux pas. C’est normal que tu veuilles en savoir le plus possible… (Elle prit un ton plus léger et changea de sujet :) Alors, comment t’en sors-tu à l’entraînement ? – C’est de pire en pire, répondit le garçon en se rembrunissant encore un peu plus. Jusqu’à présent, Maître Alhen se contentait de m’ignorer, mais maintenant il s’acharne sur moi pour un rien. Et quand Saga essaie de s’interposer ou de le raisonner, il devient fou furieux. La dernière fois, j’ai bien cru qu’il allait nous tuer… – Je suis désolé, fit Alhena. C’est à cause de moi qu’il est comme ça. J’aurais peut-être mieux fait de ne pas intervenir. – Non ! protesta Kanon. Je veux dire… J’aime bien être avec vous. Elle lui adressa un sourire lumineux, ses yeux noirs brillant d’affection. – Moi aussi, je t’aime bien, Kanon. Alhen nous déteste tous les deux, alors autant nous serrer les coudes, pas vrai ? (Elle soupira.) J’aimerais seulement être là un peu plus souvent… Elle eut un petit hoquet et porta la main à son crâne. – Qu’y a-t-il ? demanda le jeune garçon, inquiet. – Tu devrais partir. Il revient. Un éclair de peur passa dans les prunelles turquoise de Kanon et il s’éclipsa, non sans jeter un regard en arrière vers celle qui était devenue, par la force des choses, sa seule amie. Une fois le jeune apprenti disparu, Alhena laissa son alter ego reprendre le contrôle. Il sortit un petit miroir de sa poche et croisa dans le reflet le regard inquiet de sa deuxième personnalité. – J’espère que tu lui as dit adieu. C’était votre dernière discussion. – Qu’est-ce que tu veux dire ?! s’alarma Alhena, prise d’un sombre pressentiment. – L’Epreuve approche, répondit le Chevalier avec un sourire mauvais. Et ton petit Kanon va mourir. Fermant son esprit aux protestations de la jeune femme, il rempocha son miroir et partit à la recherche de ses élèves. – Hé ! Kanon, t’es avec nous ? Des doigts claquèrent devant lui, le ramenant au présent. Il releva la tête et croisa le regard inquisiteur d’Aphrodite. – J’allais te proposer un affrontement, mais tu n’as pas l’air dans ton assiette… – Si si, ça va, protesta l’ex-Dragon des Mers en se levant. Je viens. Ils descendirent au centre de l’arène et commencèrent à s’échauffer. Puis le Chevalier des Poissons enflamma son cosmos et lança : – Roses Piranhas ! L’attaque fusa en direction de Kanon mais celui-ci, les yeux dans le vague, fixait son frère qui discutait tranquillement avec Aioros et Shaka. Surpris, il ne put éviter la nuée de roses noires et la reçut de plein fouet. Projeté à quelques mètres, il s’écrasa lourdement à terre avec un cri de souffrance. Il commençait à se relever ave difficulté lorsqu’Aphrodite arriva en courant, suivi de peu par le reste des Chevaliers. – Mais qu’est-ce qui t’arrive ? C’était pourtant facile à éviter ! s’écria le Poisson. – Je n’ai pas fait attention, répondit Kanon alors que son jumeau l’aidait à se remettre sur ses pieds. – On s’en était aperçu, fit Aiolia. Qu’est-ce qui ne va pas ? – Rien. Tout va bien. Personne ne le crut, mais tous respectèrent son silence. Saga prit la parole : – Je le ramène au Temple. Continuez sans nous. Ils s’éloignèrent sous les regards consternés de leurs confrères. Une fois hors de l’arène, l’ex-Dragon des Mers repoussa doucement son frère qui le soutenait et s’appuya à une colonne. – Je peux marcher, merci. Saga le considéra un instant, partagé entre colère et inquiétude. – Qu’est-ce qui t’a pris ? reprocha-t-il à son jumeau. Même un novice aurait pu contrer cette attaque ! – J’ai dit que je n’avais pas fait attention, répondit Kanon avec brusquerie. Ca peut arriver, non ? – Si tu as un problème, tu sais que tu peux m’en parler, dit l’aîné d’un ton radouci, après un moment de silence. Son jumeau eut un sourire amer, heureusement dissimulé par les mèches turquoise [3] qui lui tombaient devant le visage. Saga était bien la dernière personne à qui il voulait parler de son problème. – Ne t’inquiète pas, fit-il d’une voix qu’il espérait rassurante. C’est juste un petit passage à vide. Son frère l’observa encore quelques secondes, pas vraiment convaincu, puis il soupira, passa un bras sous l’épaule de Kanon et le ramena jusqu’à leur demeure. Kanon s’allongea sur son lit et grimaça en se promettant de se surveiller un peu plus à l’avenir. Des erreurs comme celle d’aujourd’hui ne devaient plus se reproduire. Ses blessures n’étaient pas très graves, mais elles s’étendaient sur tout le devant de son corps, de sorte qu’il était couvert de bandages. Saga avait été aux petits soins avec lui toute la journée, au point que, excédé par son excès de zèle, l’ex-Dragon des Mers lui avait enjoint d’aller se coucher après le repas. Mais à présent, il regrettait un peu son mouvement d’humeur. Il était seul avec ses sombres pensées, sans la présence rassurante de son frère. Il ferma les yeux, exténué par la souffrance. D’ordinaire, il n’aurait même pas fait attention à une douleur aussi triviale ; mais son état mental l’amplifiait au-delà du supportable, et il sombra dans le sommeil sans s’en rendre compte, aidé en cela par le léger somnifère que son frère avait glissé dans sa nourriture à son insu. La silhouette sourit dans l’obscurité. Le Dragon des Mers était étendu sur son lit, sans défense, à sa merci… Il s’amusa à deviner les courbes de son corps, dissimulées par la pénombre, les draps et les bandages à demi-défaits. Saga avait un corps admirable, il était bien placé pour le savoir, mais celui de Kanon était encore plus tentant du fait qu’il lui était impossible de le contrôler. Ce n’était pas drôle sans un peu de résistance… Et puis, on se lassait rapidement des jeux solitaires. L’intrus quitta son poste d’observation et s’approcha du dormeur. Il y avait certainement moyen de s’amuser un peu avant que l’ex-Marina ne se réveille et se mette à faire des difficultés… Il tira doucement le drap et son regard sombre s’éclaira d’une lueur de convoitise devant le spectacle qui lui était offert. Il s’assit au bord du lit et laissa ses doigts courir sur la peau nue et chaude, repoussant les bandages lorsqu’il en rencontrait. Découvrant la longue estafilade qui barrait la poitrine de l’ex-Dragon des Mers, il ne put s’empêcher de la retracer avec son ongle et un délicieux frisson le parcourut à l’idée de la souffrance qu’il infligeait à sa victime pour l’instant inconsciente. Kanon sentit la douleur à travers les brumes de son sommeil, mais il était incapable de se réveiller. Il roula sur le ventre dans l’espoir d’échapper à cette agression, et la sensation désagréable disparut. L’Autre sentit sa proie changer de position et sourit à nouveau. Il était temps de passer à autre chose. Cette chute de reins qu’il distinguait à peine dans le noir était une véritable incitation au vice – incitation dont il n’avait d’ailleurs nul besoin. Il se pencha en avant et retraça de sa langue la colonne vertébrale de Kanon, grognant de frustration lorsque le pantalon de cet être trop pudique l’arrêta. Décidant qu’il s’occuperait de cela plus tard, il remonta de la même manière jusqu’à l’épaule musculeuse qu’il mordilla avec délice, se retenant pour ne pas faire de marques. Cette situation commençait à faire son effet sur son propre corps et, lorsque sa victime gémit dans son sommeil, une vague de chaleur l’envahit. Il glissa une main dans le pantalon importun et agrippa une fesse ronde, tout en mordant plus fort l’épaule de l’ex-Dragon des Mers. Le retour de la douleur tira enfin Kanon des limbes où il était plongé. Il se rendit compte que les sensations qu’il avait cru rêver étaient bien réelles, et une violente nausée lui retourna l’estomac lorsqu’il réalisa qui en était l’auteur. Il repoussa brusquement son agresseur et bondit hors de son lit, grimaçant sous la souffrance causée par ses blessures ravivées. – Mais qu’est-ce que tu fous ?! s’écria-t-il, blême de rage. L’Autre émit un petit rire. – Je croyais que c’était évident… L’ex-Dragon des Mers l’attrapa par la gorge et gronda : – Je ne suis pas d’humeur à plaisanter. – Mais je ne plaisante pas, répondit l’Autre, soudain sérieux. Et fais attention à ce que tu fais au corps de ton frère, veux-tu ? – Qu’est-ce que ça peut te faire ? cracha Kanon en resserrant sa prise. – Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, c’est aussi mon corps. – Ce n’est pas ton corps ! Tu n’es qu’un parasite ! – Il vit les prunelles assombries de sang briller d’une lueur dangereuse dans l’obscurité, mais c’est une voix calme qui lui demanda : – Tu tiens vraiment à ce que je réveille ton frère maintenant ? Ce n’est certainement pas moi qui en souffrirai le plus… L’ex-Dragon des Mers desserra un peu l’étau de ses doigts, mais ne lâcha pas prise pour autant. Il tenait à garder un certain contrôle de la situation. Un long silence passa, et il finit par grogner d’un ton menaçant : – Qu’est-ce que tu veux ? Il distingua un éclair de sourire et l’Autre répondit : – On va faire un marché… Quelques Temples au-dessus, un autre Chevalier ne dormait pas. Il ne dormait d’ailleurs jamais, se contentant de reposer son corps tandis que son esprit vagabondait dans les limbes du cosmos. Cela lui permettait de savoir à peu près tout ce qu’il se passait au Sanctuaire en observant les auras de ses compagnons – sans pour autant violer leur intimité, ce n’était pas son genre. Et justement, quelque chose le perturbait depuis quelques jours. Un cosmos qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps s’était réveillé, annonciateur de malheurs. Mais contrairement à ce à quoi s’attendait le Chevalier, il était resté latent, pratiquement imperceptible – sauf pour lui, qui avait l’habitude de déceler ce genre de modifications. Même Saga ne s’était aperçu de rien, et il était pourtant le premier concerné. Car ce changement infime dans son aura ne pouvait signifier qu’une seule chose : le retour de sa deuxième personnalité. Shaka mit fin à sa méditation et ouvrit les yeux dans l’obscurité de son Temple. Il avait pourtant cru, comme tous les autres, que ce monstre, qui avait failli par deux fois tuer Athéna, avait été détruit par le Sceptre de la Victoire… Mais le plus surprenant était son comportement actuel : au lieu de prendre le pas sur la personnalité de Saga, l’Autre se contentait de contrôler son corps durant son sommeil. C’était comme s’il ne voulait pas que le Chevalier des Gémeaux s’aperçoive de sa présence… Mais alors, pourquoi s’était-il dévoilé à Kanon ? Quels étaient ses projets ? Avait-il l’intention de se racheter et de demander le pardon d’Athéna ? Non, c’était fort peu probable. Si tel avait été le cas, son cosmos n’aurait pas été aussi… agressif, froid et dénué de compassion. Car même s’il était à peine perceptible, il présentait les mêmes caractéristiques que lorsqu’il avait été vaincu par Seiya et ses frères. Shaka avait beaucoup réfléchi après la Bataille du Sanctuaire. Son aveuglement, sa certitude que le Grand Pope représentait la Justice envers et contre tout, avaient contribué à cet ignoble carnage. Et plus tard, lorsqu’il avait dû affronter Saga, Camus et Shura durant le combat contre Hadès, il avait vu leurs larmes de sang – peut-être parce que son propre cœur pleurait aussi… Devoir se battre contre eux, contre lui, lui avait déchiré l’âme. Car oui, il aimait Saga, plus que jamais. D’aussi loin qu’il se souvienne, il avait toujours admiré le Chevalier des Gémeaux, cet être bon, noble et généreux. A son arrivée au Sanctuaire, le gamin qu’il était n’avait plus rêvé que de lui ressembler. Malheureusement, Saga avait subitement disparu – pour prendre la place du Grand Pope que sa deuxième personnalité avait assassiné. Le jeune Chevalier de la Vierge avait vécu cela comme une trahison et s’était alors renfermé sur lui-même, tentant de devenir aussi parfait que possible tout en se protégeant des sentiments qui ne pouvaient, croyait-il, que lui faire du mal. Il était devenu « l’Homme le plus proche de Dieu », mais son âme s’était durcie, asséchée, rendue imperméable à la pitié par sa volonté implacable. Jusqu’à ce que Phénix lui ouvre les yeux et le force à regarder la vérité en face… Shaka soupira. Il n’était pas plus avancé, et s’interrogeait : devait-il en parler à Kanon ? Etant donné le caractère imprévisible de l’ex-Dragon des Mers, il ne savait pas du tout à quoi s’attendre de sa part, mais le plus probable était que le jumeau de Saga refuserait la discussion… Il avait une fâcheuse tendance à ne vouloir compter que sur lui-même, et vu l’existence qu’il avait menée jusqu’à présent, on pouvait difficilement lui en tenir rigueur. D’autre part, il était plus que sûr que Kanon chercherait à protéger son frère à tout prix, aussi Shaka devrait-il le convaincre que lui non plus ne comptait pas nuire à Saga de quelque manière que ce fût. Tournant et retournant ces réflexions dans son esprit, le Chevalier de la Vierge arriva à la conclusion qu’il devrait lui parler. Et le plus tôt serait le mieux. – Un marché ? Tu te moques de moi ? – Absolument pas. Voici ce que je te propose : je vais rester tranquille, sans faire de mal à aucun de tes petits compagnons. En échange… (Il attrapa une mèche turquoise et l’enroula autour de ses doigts.) Tu feras en sorte que je ne m’ennuie pas. Kanon lâcha l’Autre et recula d’un pas. – Et qu’est-ce qui te fait croire que je vais accepter ce marché de dupe ? – Tu n’as pas vraiment le choix, répondit l’Autre. Pense à ton frère, à toute la souffrance que tu pourrais lui épargner… Mais je me trompe peut-être. Que préfères-tu : qu’il continue à vivre innocemment, heureux, ou qu’il apprenne mon existence ? Je suppose que tu sais ce qu’il risque d’arriver… – La ferme ! s’écria l’ex-Dragon des Mers, à bout de nerfs. Je préfère encore vous tuer tous les deux plutôt que… – Plutôt que d’accéder à ma requête ? Quel égoïsme ! Tu me déçois, Kanon. N’as-tu donc aucune conscience ? L’ex-Marina se fit violence pour ne pas se jeter à sa gorge, et siffla entre ses dents serrées : – C’est uniquement à cause de ma conscience que tu es encore en vie. – Tu m’en vois ravi. Alors, tu acceptes ? Un long moment de silence passa. La tension était presque palpable dans l’obscurité qui les entourait toujours. Enfin, Kanon se décida. De toute manière, il n’avait pas d’autre alternative pour préserver le bonheur de son frère… Il avança donc d’un pas et dit d’une voix sourde : – J’accepte. Aussitôt eut-il prononcé ces paroles qu’il sentit le corps chaud de l’Autre se coller contre le sien. Retenant à grande peine un mouvement de recul, Kanon se força à rester immobile alors que des bras passaient autour de sa taille pour l’enlacer et qu’une bouche murmurait à son oreille : – Tu ne le regretteras pas. C‘était faux : il le regrettait déjà, et un frisson de dégoût le parcourut lorsqu’une langue joueuse taquina son lobe d’oreille. Des lèvres brûlantes se posèrent dans son cou, glissèrent jusqu’à sa gorge en retraçant une de ses égratignures, tandis que des mains exploraient son dos nu. C’était ignoble. La bouche remonta le long de sa mâchoire puis s’écarta légèrement de lui, mais ce fut pour se plaquer presque immédiatement sur ses lèvres. L’Autre avait empoigné sa chevelure et lui imposait un baiser absolument sulfureux. Kanon aurait pu trouver cela agréable si un profond malaise ne l’avait étreint. C’était le corps de son frère, bon sang ! Comment pouvait-il même se laisser faire ? Mais l’Autre ne s’arrêtait pas à ces considérations. Il désirait l’ex-Dragon des Mers avec force, et rien ne l’empêcherait de prendre ce dont il avait envie. C’était du moins ce qu’il pensait, jusqu’à ce que le tranchant d’une main s’abatte sur sa nuque. Kanon recueillit dans ses bras le corps soudain flasque de son frère. Il ne pouvait pas supporter cette situation plus longtemps, aussi s’était résolu à assommer l’Autre. Il fila en direction de la chambre de Saga et le déposa sur son lit. La lampe de chevet était restée allumée, et l’ex-Dragon des Mers constata avec soulagement que les cheveux de son jumeau avaient repris leur habituelle couleur azurée. Il rabattit les couvertures sur le torse nu de Saga, éteignit la lumière et retourna dans sa propre chambre. C’est alors que les conséquences de son geste lui apparurent. Par Athéna, qu’avait-il fait ?! En rompant sa part du contrat, il avait libéré l’Autre de sa parole, et Saga… Il se laissa tomber sur son lit et se roula en boule, le visage caché entre ses mains. A son réveil, Saga saurait. Des larmes de rage et de frustration jaillirent de ses yeux désespérément clos. Qu’aurait-il dû faire ? Se laisser caresser, embrasser – voire pire – par celui qui possédait le corps de son frère ? Y prendre du plaisir ?! Non, jamais ! C’était un acte contre nature, infaisable, impensable ! Il serait prêt à tout pour son jumeau, mais ça… non. Même s’il avait commis nombre de choses abjectes dans sa vie, son esprit se révoltait contre cette idée-là. Pourtant, quand Saga apprendrait le retour de l’Autre, ce serait la fin. La fin de leur existence tranquille et de ce bonheur qu’ils avaient eu tant de mal à retrouver. Peut-être même… Kanon se refusa à envisager la pire des éventualités, qui était hélas la plus probable. Il se recroquevilla encore un peu plus, terrassé par cette pensée. Son frère était le centre de son existence, sa raison de vivre. Et lui, il venait de… – Athéna, gémit-il, aidez-moi. Par pitié, aidez-moi ! Mais Athéna était loin, très loin de là, et sa prière resta sans réponse. ~ ~ ~ NOTES DE L’AUTEUSE : [1] : LA question que tout le monde s’est posée au moins une fois en regardant St Seiya : ils n’ont pas de besoins naturels, ces gars-là ? Nan, c’est vrai, déjà tenir 12 heures c’est dur, mais 1000 jours, vous imaginez ? Ca fait presque 3 ans !!! (C’était un communiqué des Amis de la Poésie et du Bon Goût… promis, je ne le referai plus… TT) [2] : En français, ça donne Tessons de Cristal… C’est pas bôôôô… Nan, on va garder la version anglaise, hein ? C’est mieux. [3] : Oui : azur c’est pour Saga, et turquoise c’est pour Kanon. Comme ça on confond pas… Ghyéhéhé… quoi, vous croyiez vraiment que j’allais terminer la partie Kanon/l’Autre (argh, faut absolument que je trouve un passage où caser son nom, à çui-là… me suis assez cassée le bonbon pour le lui trouver…) sur cette énigmatique proposition ? Nan mais chuis pas folle moi ! Déjà quand je laisse un tout petit suspens de rien du tout je me fais bombarder de « la suiteuh ! »… C’est pas que ça soit désagréable, notez, mais je ne veux pas que tous mes lecteurs me fassent une crise de nerfs… Bref, j’ai pour une fois ignoré les conseils de Janus (mon bêtalecteur) et j’en ai rajouté un bout… A suivre : Kanon est dans la m**** jusqu’au cou, que ceux qui ne s’en seraient pas doutés aillent faire un tour au Cap Sunion en punition. Et maintenant, reste à savoir comment il va s’en sortir… Je vous rassure, l’histoire ne se termine pas au chapitre 4, loin de là !! Update prévue samedi prochain, comme d'habitude ! .Alake. (Angst powa !!) |