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au 09 Jan 09 :
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pour 1453 fics écrites
contenant 3722 chapitres
qui ont générés 7544 reviews
 
     

     
 
Space Dementia
Par Alake
Saint Seiya  -  Romance
27 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 8     Les chapitres     2 Reviews    
Souffrance

Fiqueuse : Alake

Titre : Space Dementia

Chapitre : Huitième : Souffrance

Base : Saint Seiya

Disclaimer : S’ils étaient à moi, je les torturerais moins… sisi, je vous jure… *doigts croisés dans le dos* Euh… par contre, Kyrien et Rena sont ma propriété. (comment ça, « Qui c’est celles-là ?!? »)

Genre : Le retour du Nawak… avec beaucoup d’angst et un peu de romance. (Où est-ce que je la vois, ma romance ??? mais… et mon pov Loki, alors ? Et tous les couples que je me suis cassée le bonnet à créer ??? TT)

Rating : NC-17… voui, voui, voui.

Avertissement : Faut-il vraiment que je le répète encore ? Yaoi, torturage mental, couple dérangeant…

Spoiler : Pleiiiiin de trucs se passent : les deux Gémeaux et la Vierge ont bobo à leurs ptits cœurs (les pauvres…), Rena revient (eh voui, le Chevalier de l’Horloge dont je parle au chapitre… euh… 5, si je me souviens bien… celle qu’on n’a pas encore vue) et pis on a un petit aperçu de la personnalité de Kyrien, vous savez, la petite écervelée qui a failli faire péter la Grande Arène avec son vortex incontrôlable… ^vv^

 

CHAPITRE 8

SOUFFRANCE

 

Un claquement de mains, suivi d’un autre, encore et encore : Loki applaudissait.

– Bravo ! Non, franchement, bravo ! S’il y avait un Oscar du plus mauvais acteur, vous le remporteriez tous les deux ! Comment cet imbécile a-t-il pu y croire une seule seconde ?

Un instant interdit, Kanon reprit ses esprits et grogna :

– Qu’est-ce que tu fais ici ?

L’Autre rit avec bonne humeur.

– Eh bien, figurez-vous que vous me l’avez tellement secoué, avec vos révélations à la noix, qu’il est tout simplement tombé dans les pommes.

– Quoi ?! s’écrièrent en même temps les deux Chevaliers.

– Refus de la réalité, vous connaissez ? "Lalala, je n’entends pas !!" chantonna-t-il en se bouchant les oreilles pour illustrer son explication.

Devant le regard médusé du… « pseudo-couple », il redevint sérieux.

– Honnêtement, vous auriez difficilement pu faire pire : son petit frère adoré dans les bras de l’homme qu’il aime, fallait y penser. Ca faisait longtemps que je ne m’étais pas réveillé d’aussi bonne humeur… [1]

– On ne pouvait pas lui révéler que tu étais revenu, dit calmement Shaka. C’aurait été encore pire. On a dû improviser.

– Du grand art, approuva Loki, ironique. Vraiment.

– Je te signale, intervint Kanon, que s’il l’apprend, ton espérance de vie va se réduire comme peau de chagrin.

– Ah, mais je ne me plains pas ! La souffrance de ton frère est pour moi le plus doux des nectars, rien ne saurait l’égaler… ou presque.

Un petit sourire gourmand étira ses lèvres alors que l’ex-Marina lui adressait un regard d’avertissement lui signifiant de ne pas aller trop loin. Shaka, quant à lui, se demanda brièvement ce que Loki pourrait trouver de plus agréable, mais il se dit que pour une fois, il n’avait pas vraiment envie d’approfondir la question.

– Bon, c’est pas que je m’ennuie avec vous, dit brusquement l’Autre, mais je le sens qui revient à lui, alors…

Il ferma les yeux ; ses cheveux commencèrent à retrouver leur couleur azurée et il s’effondra. Les deux Chevaliers se précipitèrent aux côtés de Saga, qui reprenait lentement conscience. Ses paupières se soulevèrent, dévoilant des prunelles bleues, hagardes. Puis la mémoire lui revint et il recula, ses yeux semblables à deux orbes sans fond, emplis de souffrance.

– Saga… commença Kanon en tentant de l’aider à se relever, mais son frère se dégagea.

– Laisse-moi, s’il te plait, fit l’aîné en se mettant debout. J’ai… besoin d’être seul.

Son regard se posa un instant sur Shaka, puis il se détourna et s’en fut vers la sortie du Temple.

L’ex-Dragon des Mers resta immobile, les yeux fixés sur l’endroit où avait été son jumeau, et murmura :

– Je crois que Loki avait raison. On ne pouvait pas faire pire.

Le Chevalier de la Vierge ne répondit rien. Ces prunelles d’azur qu’il aimait tant, l’avaient regardé avec un tel désespoir, essayant de dissimuler l’amour qu’elles contenaient, que son cœur s’était brisé de douleur.

Il serra le poings. Pourquoi ? Pourquoi, alors qu’ils commençaient enfin à retrouver une vie normale, à entrevoir le bonheur ? Pourquoi les dieux s’acharnaient-ils ainsi sur les Gémeaux, et sur ceux qui leur étaient proches ? C’était… inhumain. Il commençait à comprendre ce que pouvait éprouver Kanon [2], englué dans ce piège, incapable de s’en dépêtrer. Et Saga…

Saga…

 

 

Le Chevalier des Gémeaux sortit du Temple et fit quelques pas à l’extérieur. C’était une belle journée, le soleil brillait sur le Domaine Sacré, mais Saga ne vit rien de tout cela. Il s’approcha de la paroi rocheuse, appuya son front brûlant contre la pierre fraîche. Puis, avec un hurlement venu du fond de son être, il frappa le mur de son poing, s’y enfonçant profondément. La douleur n’était pas suffisante, alors il recommença, encore et encore, jusqu’à avoir la main en sang.

Shaka… Kanon… Pourquoi ?

Shaka…

Il avait pourtant eu l’impression que… Le Chevalier de la Vierge ne s’était-il intéressé à lui que parce qu’il ressemblait à son frère ?

Il comprenait enfin ce qu’avait pu ressentir Kanon, qui avait été considéré comme une copie de lui durant toutes ces années… Belle revanche…

Et pourtant, il ne pouvait leur en vouloir. Comment avait-il pu espérer gagner l’affection de Shaka, alors que… alors que…

… alors qu’il l’avait tué ?

Pourquoi le Chevalier de la Vierge aurait-il aimé son meurtrier ? Il n’était pas digne d’un être aussi parfait…

Il se recroquevilla à l’ombre de la paroi à demi effondrée, cherchant à éviter ce soleil brillant qui éclairait ses crimes passés, les mettait en pleine lumière.

En fin de compte, il n’avait que ce qu’il méritait… comme le lui avait rappelé le rêve de la nuit précédente. Il ferma les yeux, tentant d’échapper à ces images qui le hantaient…

 

 

Destruction… carnage… des flammes, partout… les corps de ses compagnons, déchiquetés, méconnaissables, parmi les colonnes effondrées et les ruines des Temples… Il errait au hasard, à la recherche d’un survivant… juste un… craignant de découvrir d’autres cadavres…

Et il avait vu… une chevelure blonde étalée au sol, comme les ailes d’un ange foudroyé en plein vol… la toge blanche rougie de sang, une plaie béante… les yeux bleus ouverts, le regard vide, éteint…

Et un peu plus loin, devant un miroir, un autre corps… des mèches turquoise se mêlant au liquide écarlate qui coulait, coulait sans fin…

Sa… ga…

Il se précipita aux côtés de son frère, le prit dans ses bras, le releva en position assise. Les prunelles aux reflets d’océan se fixèrent sur lui, brillant d’espoir.

Saga… tu es… là… je le… savais… mon… frère…

Mais quelque chose l’empêcha de continuer. Il se raidit, sa bouche laissa échapper un flot de sang et il regarda Saga de ses yeux agrandis de surprise et de douleur.

Sa… ga… ?

Le Chevalier des Gémeaux baissa le regard et il vit…

A travers les larmes qui étaient en train d’emplir ses yeux, il vit…

Son propre poing, enfoncé jusqu’au poignet dans la poitrine de son frère. Il sentit le cœur de Kanon tressaillir dans sa main… puis s’immobiliser.

NOOOOOON !!!!

Horrifié, il arracha son poing du corps sans vie de son jumeau et recula en chancelant. Puis il leva les yeux, et vit son reflet dans le miroir. Son reflet…

Au milieu d’un océan de mèches grises, ses propres yeux injectés de sang le fixaient…

 

 

Il s’était alors réveillé, et Kanon était à ses côtés, bien vivant… il l’avait consolé…

Mais Saga ne parvenait pas à oublier l’horreur, la souffrance… le regard que lui avait renvoyé le miroir…

L’Autre…

Non ! L’Autre avait été détruit ! Il était libre ! Libre !

Mais ce regard…

Ce malaise au fond de son âme…

Des larmes coulaient sur son visage, il secoua la tête avec véhémence, se raccrochant à cette certitude.

Il était... libre…

 

 

– Pfff… Qu’est-ce qu’ils nous font, ces trois-là ? râla Deathmask, envoyant un caillou rouler du bout du pied.

– De quoi tu parles, Angelo ? s’enquit Milo, détournant le regard du centre de l’arène où s’affrontaient Aioros et Shura.

– Tu ne trouves pas bizarre que Saga et Kanon tombent malades le même jour ?

– Bah si, répondit le Scorpion, mais ça peut arriver… en plus, ils habitent ensemble, ils ont dû se refiler un microbe…

– Et au fait, que fait Shaka ? Il est malade lui aussi ? intervint Aiolia.

– Il est passé voir comment ils allaient après avoir reçu le message de cosmos de Saga, expliqua Dokho.

A cet instant, Aphrodite pouffa.

– C’est pas drôle, Aphro, fit Deathmask.

– Oh si ! répondit le Poisson en essuyant précautionneusement une larme qui menaçait de faire couler son mascara. Essaie d’imaginer Shaka en infirmière, pour voir…

Un instant de silence passa, puis tous les Chevaliers d’Or éclatèrent de rire. Enfin, presque : Shura et Aioros étaient absorbés par leur combat auquel plus personne ne prêtait attention, Mu se contenta de secouer la tête en souriant et Camus resta de marbre. Quoique… une ombre de sourire joua un instant sur ses lèvres, et ses yeux pétillèrent une fraction de seconde. Ces détails n’échappèrent pas à Milo, qui le gratifia d’un regard brûlant avant de se pencher vers lui pour murmurer :

– J’adore quand tu souris…

– Ho là ! s’exclama Dokho. Ca se réchauffe ! Vous voulez qu’on vous laisse ?

Une légère rougeur teinta les joues pâles du Verseau, qui détourna les yeux. Le Scorpion eut un sourire provocant et répondit :

– C’est pas une mauvaise idée…

– Du calme, marmonna Camus, levant une main auréolée de cristaux de glace, ou c’est moi qui me charge de geler tes hormones, une bonne fois pour toutes.

Les épaules de Milo s’affaissèrent et, les larmes aux yeux, il déclama d’un ton mélodramatique :

– Pauvre de moi ! Mais que voulez-vous que je fasse d’un glaçon pareil ?

– Parfume-le au citron et arrose-le de vodka, conseilla Aldébaran, très sérieux. Ca s’appelle un colonel, et c’est vachement bon.

– Ca va pas ?! s’écria le Verseau en se tournant vers le Taureau, effaré. Non mais t’es pas bien de lui donner des idées pareilles ?!?

Le regard du Chevalier du Scorpion s’était fait lointain, un large sourire ravi – et un peu pervers – s’épanouit sur son visage alors qu’il imaginait le parti qu’il pourrait tirer d’une telle suggestion. Une baffe derrière la tête le fit redescendre sur terre, assortie d’une réplique tranchante de Camus :

– N’y pense même pas !

– Maieuh ! gémit Milo en se frottant le crâne. C’était une bonne idée…

– Miloooo…

– Bon, d’accord, je ne te transformerai pas en sorbet géant pour te léchouiller de partout. T’es content ?

– LA FERME ! s’écria le Français en se jetant sur lui pour le bâillonner, l’assommer, l’étrangler… en un mot : le faire taire.

– Dites, si vous vouliez prendre la relève, fallait le dire, intervint Shura.

Aioros et lui avaient terminé leur combat dans l’indifférence générale et regardaient le couple se chamailler, goguenards.

– Tsss… les histoires, de cœur, c’est compliqué, ajouta le Sagittaire en croisant les bras. Chuis pas pressé de m’y mettre…

– Ah oui ? fit Aiolia, l’air taquin. Je croyais pourtant qu’elle te plaisait bien, cette petite novice… Comment elle s’appelle, déjà ?

– Qui ça ? Ellahyn ? [3] Mais c’est une gamine ! protesta Aioros.

– Elle fait plus vieille que toi, objecta Aldébaran.

– C’est pas parce que j’ai gardé mon corps jeune que je dois tourner pédophile, grogna le Sagittaire, détournant la tête, les joues rouges. Je suis plus mûr que la plupart d’entre vous, je vous signale.

– C’est pas une référence, marmonna Camus en jetant un regard éloquent à Milo qui rigolait comme un bossu à côté de lui.

Aphrodite, quant à lui, s’était penché vers Mu, l’air inquiet.

– C’est de famille, l’hétérosexualité ?

Le Bélier haussa les épaules.

– On dirait bien, oui… Bah, chacun ses goûts, après tout…

– Mouais… Pfff, si jeune, quel gâchis…

– Quoi, Angelo ne te suffit plus ? s’enquit innocemment Mu, l’œil pétillant de malice.

– C’est pas ça… mais je pense à tous ces beaux éphèbes qui vendraient père et mère pour sortir avec un Chevalier d’Or…

Le Chevalier du Bélier éclata de rire.

– Là, je crois que tu rêves… et les filles, elles n’y ont pas droit ? C’est de la discrimination sexuelle, ça, tu sais !

Le Poisson leva un doigt doctoral.

– Il n’y a rien de pire qu’une fille. Tu peux me croire, j’en suis une dans l’âme, ajouta-t-il avec un clin d’œil.

– Là, je suis d’accord, intervint Angelo, qui avait suivi discrètement la conversation. T’es vraiment insupportable quand tu fais ta mijaurée. Mais…

Il se pencha à l’oreille de son amant et y glissa quelque chose que, dans le brouhaha ambiant, personne n’entendit. Et heureusement pour lui, sinon son image de marque déjà bien ébréchée en aurait pris un sacré coup…

 

 

Dans le Temple du Grand Pope, Shion était assis à son bureau, compulsant avec attention le dossier de la novice Kyrien. Tout ce qu’on savait d’elle, toutes les remarques de ses Maîtres, y était inscrit.

Un garde l’avait trouvée, errant non loin des limites du Domaine Sacré, et l’avait ramenée. Elle avait environ quatre ans à l’époque, et tout ce qu’on avait réussi à lui faire dire à propos d’elle-même était retranscrit en une seule et unique phrase :

« Le Sanctuaire… il faut que j’aille au Sanctuaire. »

En sa qualité de Grand Pope, Saga l’avait admise en tant qu’apprentie, et comme elle ne présentait aucune trace d’un cosmos actif, elle avait suivi l’entraînement d’un futur Chevalier de Bronze.

Puis venaient les annotations de ses Maîtres :

… élève dissipée, peu attentive, agitée…

un grand pouvoir potentiel, mais des difficultés à l’éveiller…

besoin très fort d’attirer l’attention, de faire ses preuves…

curiosité inextinguible, self-contrôle quasi-inexistant…

Shion eut un petit sourire. Cette petite demoiselle lui rappelait fortement Kanon au même âge… Peut-être le fait de la confier à l’ex-Dragon des Mers serait-il bénéfique pour tous les deux…

Il en était à ce stade de ses réflexions lorsque quelque chose le perturba. Fronçant les sourcils, il étendit son cosmos pour savoir ce qu’il se passait et sentit…

Juste à l’extérieur de la Maison des Gémeaux, l’aura de Saga brûlait faiblement, presque étouffée par la douleur colossale qu’il s’efforçait de faire taire. Et à l’intérieur du Temple, deux autres cosmos – Kanon et… Shaka ?! – étaient dans un état à peine meilleur.

Il avait senti, quelques temps auparavant, le message de Saga qui leur indiquait que lui et son jumeau étaient souffrants, mais là… La détresse psychologique qui transparaissait dans ces trois auras n’avait rien de commun avec une quelconque maladie. Saga était ravagé par un sentiment de trahison et d’amour bafoué, tandis que son frère souffrait du mal qu’il venait vraisemblablement d’infliger à son aîné, de même que Shaka. Tous deux présentaient en outre la même crainte cachée au fond de leurs cosmos, quasiment imperceptible, même si celle de Kanon était plus puissante.

Qu’était-il donc arrivé entre ces trois-là ?

Jusqu’à présent, Shion avait refusé d’accorder foi aux hypothèses farfelues d’Aphrodite, mais sinon, comment expliquer cela ?

Il repoussa au fond de son esprit la petite voix qui lui murmurait qu’il y avait peut-être une autre raison, et résista à l’envie de rappeler le Chevalier de la Balance pour se rassurer entre ses bras.

Il était le Grand Pope, que diable ! Il était tout de même capable de se débarrasser tout seul de ce frisson d’appréhension qui courait le long de son échine… Il poussa un soupir et ferma les yeux pour se calmer.

Bon sang, il commençait à se faire trop vieux pour s’occuper de cette bande de gamins et de leurs histoires de cœur…

Trois coups frappés à la porte le tirèrent de ses réflexions.

– Entrez ! lança-t-il d’une voix forte.

Un garde apparut, fit une profonde révérence et dit :

– Monseigneur, le Chevalier Rena de l’Horloge est revenue de mission et souhaite vous faire son rapport.

– Bien, fais-la entrer.

Le garde s’effaça pour laisser place à une femme vêtue d’une armure bleutée. Grande et fière, elle avait été une des premières à briser son masque lorsqu’Athéna avait aboli cette règle stupide pour les femmes-Chevaliers. Avec ses longs cheveux noirs, son teint pâle et ses yeux d’un brun profond et glacial, elle était d’une beauté altière, et cachait ce qu’elle possédait de douceur et de bonté derrière cette façade peu amène. Mais c’était un excellent professeur, et nombre de ses élèves avaient atteint le grade de Chevalier.

Elle entra dans la pièce et s’agenouilla devant le bureau où siégeait Shion.

– Monseigneur, dit-elle de sa voix grave et assurée. Ma mission s’est déroulée sans incident et je viens vous remettre mon compte-rendu.

– Tu peux te relever, Rena de l’Horloge.

La jeune femme obtempéra, et le cadran horaire qu’elle portait sur le cœur étincela. Elle donna à son supérieur le dossier qu’elle avait à la main et se préparait à sortir lorsque la voix du Grand Pope la retint.

– Attends. Tu comptes parmi tes élèves la novice Kyrien, n’est-ce pas ?

– Oui, Monseigneur... A-t-elle enfreint les règles en mon absence ?

La spontanéité de cette question et le petit soupir qui l’avait précédée indiquèrent à Shion que ce n’était pas la première fois, ce qui ne l’étonna guère.

– Elle a participé à la démonstration, répondit-il d’un ton neutre.

Rena fronça les sourcils et s’inclina.

– Soyez assuré que cela ne se reproduira plus, Monseigneur. Elle sera sévèrement punie…

– Inutile, cela a déjà été fait, l’interrompit l’Atlante en levant une main apaisante. Mais à cette occasion, elle a fait montre d’un pouvoir exceptionnel – quoique mal maîtrisé. Qu’as-tu à me dire là-dessus ?

La jeune femme réfléchit un instant, puis dit :

– Il est vrai qu’elle a commencé à développer un cosmos remarquable il y a quelque temps. Je comptais m’occuper d’elle à mon retour, mais… (Elle hésita, et Shion vit que ce qu’elle s’apprêtait à dire lui coûtait énormément.) A vrai dire, Monseigneur, je crains de ne pas être assez expérimentée pour l’aider à tirer le maximum de son pouvoir. Peut-être, un Chevalier d’Or…

Elle laissa sa phrase en suspens, quêtant l’approbation du Grand Pope, qui hocha la tête.

– C’est ce que je pensais également. Les Chevaliers des Gémeaux ont accepté de prendre Kyrien en apprentissage…

En disant cela, il se demanda si les jumeaux seraient vraiment en état d’assumer cette charge, mais il repoussa cette question. Ils s’étaient engagés. Un Chevalier faisait son devoir, quel que soit son état d’esprit, et ce n’était pas parce que les Guerres Saintes semblaient terminées qu’il fallait se ramollir. De plus, il se rappela l’aura rayonnante de la fillette… il serait cruel de détruire ses espoirs.

Il sentit dans le cosmos de Rena que celle-ci était soulagée, et heureuse pour son élève. Il lui adressa un sourire et la renvoya, tentant de se convaincre qu’il avait pris la bonne décision…

 

 

Aldébaran entra dans son Temple, pestant contre Milo qui, comme d’habitude, avait énervé Camus – d’où les cristaux de glace frôlant le zéro absolu qui couvraient son bras gauche.

Bah, il n’en voulait pas vraiment au Verseau, il en avait connues d’autres… mais quand même. Ce n’était pas parce qu’il avait rajouté de l’huile sur le feu [4] et qu’il avait ensuite bêtement accepté le défi du Français furieux, que…

Bon, bref. Du coup, son entraînement avait été quelque peu écourté.

Il farfouilla dans un placard à la recherche d’un bandage pour éviter que son bras ne tombe en miettes au moindre choc – ça serait embêtant – en attendant qu’il dégèle.

Tout en bataillant avec une minuscule épingle à nourrice pour fixer cette satanée bande qui ne voulait pas rester en place, il se dirigea vers l’arrière de sa Maison dans l’intention de rendre visite aux Gémeaux qui – paraissait-il – étaient souffrants.

Il sortit et se mit à grimper l'escalier, toujours occupé avec son bras. Il parvint enfin à faire tenir l'épingle, leva le nez et aperçut une silhouette tassée dans l'ombre au pied du mur. Simultanément, il fut frappé par l'aura douloureuse qui émanait de cette personne, et ce fut d'une voix incrédule qu'il demanda :

– S… Saga !? Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ?

Ce dernier, ne l’ayant pas vu arriver, sursauta et se ramassa un peu plus sur lui-même, passant ses mains sur son visage pour sécher ses larmes. Puis il se tourna vers le Chevalier du Taureau et lui adressa un sourire tout sauf convaincant.

– Aldébaran ? Qu’est-ce que tu fais là ? Tu n’est pas à l’entraînement ?

Le Brésilien ignora cette pitoyable tentative pour détourner la conversation et considéra les yeux rougis, les traits tirés du Gémeau.

– Qu’est-ce qu’il s’est passé ? s’enquit-il à nouveau.

– Rien, rien, fit Saga avec un vague signe de la main. En tous cas, rien de grave.

– Tu veux rire ?! s’écria Aldébaran. Saga, je ne t’ai jamais vu dans cet état-là !!

Le Gémeau détourna le regard et garda le silence.

– Bon, ajouta le Taureau, conciliant, ce ne sont peut-être pas mes affaires… Mais ça a quelque chose à voir avec Kanon, pas vrai ?

Devant le mutisme de son compagnon, il soupira.

– Ecoute… quoi qu’il arrive, si tu as besoin de parler… je suis là, d’accord ?

Saga eut un sourire un peu plus sincère et répondit enfin :

– Merci, Aldé… Mais honnêtement, je doute que tu puisses faire quoi que ce soit pour moi.

Le géant haussa les épaules avec bonhomie.

– Bah, on sait jamais.

– Tu as raison. Au fait, qu’est-il arrivé à ton bras ?

– Ah, ça… disons que j’ai… attisé une dispute de couple, et que du coup, je me suis fait un peu refroidir, expliqua Aldébaran en observant les volutes de vapeur qui, sous le soleil, émanaient de son bras congelé à travers la bande de tissu.

Saga éclata de rire.

– Camus est un peu chatouilleux sur certains sujets.

– C’est le moins qu’on puisse dire, approuva Aldébaran. Pourtant, je n’ai fait qu’une petite suggestion de rien du tout…

Et il raconta, avec force détails et mimiques, la scène qui s’était déroulée à l’entraînement. Puis il prit congé, heureux d’avoir allégé l’humeur sombre du Gémeau.

Celui-ci le regarda partir et, avec un soupir, se tourna vers son propre Temple. Sondant les lieux, il constata avec un certain soulagement que Shaka s’était éclipsé. Tant mieux, il n’était pas prêt à les affronter tous les deux ensemble. Refoulant la vague d’amertume qui s’apprêtait à l’envahir, il pénétra dans la Maison.

 

 

Kanon était dans la cuisine, s’affairant à préparer le repas – il était presque midi. Lorsque son frère pénétra dans la pièce, il se tourna vivement vers lui et ouvrit la bouche dans l’intention de parler, mais Saga leva une main pour le faire taire.

– Kanon, écoute-moi. Je… (Il déglutit avec peine et força les mots à sortir de sa gorge serrée.) Je suis heureux pour Shaka et toi. Et même si j’ai réagi un peu brusquement… donne-moi juste un peu de temps pour m’y habituer, d’accord ?

Les yeux turquoise de l’ex-Dragon des Mers s’emplirent de larmes et il tomba dans les bras de son jumeau.

– Saga… !

L’aîné caressa les cheveux de son frère avec tendresse. Comment pourrait-il jamais lui en vouloir ? Certes, il était blessé ; certes, son cœur était en lambeaux… mais il aimait son jumeau, et Shaka… alors oui, il était heureux pour eux, et même si ce bonheur était teinté d’amertume, elle s’effacerait avec le temps. Ou du moins, il l’espérait.

– Allons, Kanon, murmura-t-il en resserrant son étreinte autour du corps qui tremblait dans ses bras, tu es mon frère. Quoi que tu fasse, je t’aimerai toujours…

– Je ne voulais pas… je ne voulais pas que ça arrive, dit l’ex-Dragon des Mers, le visage enfoui dans les mèches d’azur. Je voulais que tu sois heureux pour toujours… Saga…

Le Gémeau eut un sourire triste.

– Ton bonheur suffit au mien, répondit-il, inconscient de la dague qu’il plantait dans le cœur de son jumeau. Alors sois heureux, Kanon. Sois heureux pour nous deux.

L’ex-Dragon des Mers releva la tête, croisa le regard doux-amer de Saga, et hocha la tête, plus que jamais résolu à sauvegarder les quelques bribes de bonheur qu’ils possédaient encore… le plus longtemps possible.

Le visage de l’aîné changea d’expression et il fronça le nez :

– Kanon… Tu ne trouves pas que ça sent le…

– BRÛLÉ !!! Mes côtelettes !

L’ex-Marina s’arracha des bras de son frère et se précipita vers la cuisinière dans l’espoir de sauver ce qui pouvait encore l’être… c’est à dire, pas grand-chose. Mais le rire de Saga qui résonna dans la cuisine valait bien toutes les côtelettes du monde…

 

~ ~ ~

 

NOTES DE L’AUTEUSE :

[1] : Et vas-y que je te retourne le couteau… rhaaaa…

[2] : euh… nan, là t’en es encore loin, mon gars…

[3] : Personne ne la connaît, et je pense qu’on ne la verra jamais en personne dans cette fic… c’est juste que j’avais envie de caser ce prénom quelque part !! (Je le trouve trop beau… TvT)

[4] : de la passion, hehehe… ^vv^

 

Aaaaaargh… ça continue dans l’angst… mais j’ai essayé de faire l’atmosphère moins lourde que dans le Chap 7 (vive le Nawak !! ^^), paske ça va un moment, mais… bon. Bref, encore un chapitre de fini, et je sais pas quand ça va se terminer, cette fic… oskour, j'ai trop d’idées totalement farfelues, je sais plus quoi en faire…

Et pis ce Saga, qui essaie de se raccrocher au bonheur de son frère, ignorant que ce bonheur n’est pas réel… que son jumeau est aussi tourmenté que lui, si ce n’est plus… je suis horrible, je sais. Niark.

Bon euh… je trouve plus rien d’intéressant à dire sur ce chapitre (dramatique, je sais) alors ben… A suivre : Kyrien découvre la Maison des Gémeaux, Kanon découvre le secret de son apprentie, Dokho et Shion découvrent un chti bouquin...

Bizoux à tous !!

Alake (Jyu-Oh-Sei powa, ou l'art du torturage de bisho bien comme il faut. Nan là franchement, je crois que j'ai trouvé mes maîtres en la matière... Oo)

 
 
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