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Mémoires simplement extraordinaires d'un être normalement fantastique
Par Platonange
Originales  -  Suspence/Fantaisie
3 chapitres - Rating : K (Tout public)
    Chapitre 1     Les chapitres     7 Reviews    
Monde et dénouement externes

Mémoires simplement extraordinaires d'un être normalement fantastique.

 

 

 

La subjectivité est la vertu futile du monde actuel.

 

 

I. Monde et dénouement externes

 

 

 

            Qui suis-je ?

 

            Je n’ai de noms définis que de sombres contradictions concordantes en points communs, de raisons déraisonnables, de futilités profondes, de violentes douceurs, d'amours haïs(sables) ou de sinistres enfers décents dans leur sombre stupidité. Bienvenue en mon sein, âme puérile et éperdue. Ferme les yeux, ne regarde pas l'horreur qui me peint le visage, j'en suis bien trop honteux que pour te laisser l’admirer impunément. Vois plutôt les bijoux que je t’offre, les rivières de diamants insaisissables que je laisse couler devant tes orbites écarquillées. Ne cherche pas à te soustraire à mon joug élémentaire, aux règles que je promulgue dans mon pouvoir absolu car, par quelque moyen que ce soit, je te ferai souffrir que tu obtempères ou non. La souffrance détruit, ne l’oublie pas, et je suis la coercition à l'état pur. Bienvenue entre mes mains, frêle âme ensanglantée, laisse-moi broyer tes illusions et tes rêves, accepte les miens qui te siéront bien mieux et bien plus qu’il ne te le plaira, tant que je t'étoufferai de ma société contre laquelle tu chercheras tout de même à combattre de tes armes impuissantes. Je ne peux être détruit malgré moi.

 

            Je suis le monde, son essence, son erreur fautive, l’auras-tu deviné ? Bonne continuation.

 

*          *

*

 

            Chronocide, l’esprit flâneur s’évade sur les vastes étendues colorées offertes par son ouverture et par sa clairvoyance, œuvres d'imagination sublime. L’esprit abject apparaît alors, jetant dans l’onirisme de la contemplation son fiel avec fracas dans un fatras de préjugés et de formations communes. Victimes d’un mécanisme voilé que chacun ne peut saisir, ils n’ont de choix que la fuite ou la soumission, recul ou destruction, dans une spirale les rejoignant immuablement, malgré eux, malgré le temps, malgré les mondes.

 

             Donne-moi la main, accompagne-moi. Les chemins ensanglantés que nous parcourrons baigneront nos pieds de leur substance, infesteront nos sens de leurs vapeurs enivrantes et détruiront nos pâles illusions. N’aie pas peur, ne remarque rien, noie-toi dans mes yeux et ne te détache pas du regard ainsi soutenu. Embrasse-moi.

 

*          *

*

 

            Je vis depuis très longtemps maintenant, à vrai dire depuis toujours aussi loin que mon éther s'en souvienne. Les infinis temporels ne suffiraient à pouvoir retracer la longueur de mon existence et l'étendue de ma mémoire. Je suis plus d'esprit que de chair, ces tissus sensibles et poreux dont les êtres mortels s'affabulent, mais je suis capable de ressentir, que l'on ne s'y méprenne, je suis même plus apte à cela que chacun de mes contemporains, à chaque fois ou presque. Comme tout, toutes et tous, je connus un état primordial, un temps où l'espoir d'un précédent n'allait avec aucun avant véritable ; il ne subsistait à mon égard et celui de mes congénères qu’une croyance sordide d’un monde que nous aurions quitté, et qu’en notre mémoire ne seraient restées que quelques marques diffuses de cette existence préalable, entretenues par des récits oniriques ou d’autres élucubrations. Je n'avais à ma création aucun passé, et je ne peux toujours pas élucider ce mystère de ma création mais je n’eu nul besoin pour cela de trouver des réponses dans une parole tronquée par de faux espoirs. « Je suis et j’existe », tel fut mon credo.

 

            Une éternité avant un quelconque cocon, j'errais alors dans un monde de limbes et de formes indistinctes où nous, esprits primaires, étions tous à flâner inlassablement sans jamais avoir fait pousser aucune enveloppe de tissus autour de notre aura, de quelque dimension qu'elle aurait pu être. Puis vint une aurore fatidique où mon éternité prit fin, où mon inconscience future sonna le glas de mon errance heureuse, quoique... Heureux ou non, je ne me souviens plus si je l'étais malgré tous les efforts de concentration que je pus entreprendre. Toujours est-il qu'à cet instant, il me fallait descendre à moins qu'il ne faille m'élever, changer de dimension et m'incarner ailleurs. Sous l'apparence d'une mort simple et sans mouvement, c'était comme vibrer autrement sur un référentiel inconnu. La partie essentielle à mon être parût se détacher de cette forme que j'avais été tant de temps durant, forme aimée que j'avais toujours connue. Mais je me méprenais, la peur m'aveuglait et m'empêchait d'y réfléchir posément ; j'étais absorbé plutôt, au loin dans un autre monde où j'allais poursuivre mon existence.

 

*          *

*

 

            Cette fois-ci encore se déroulent les quelques mois aquatiques où je peux penser allègrement à mon parcours depuis le monde où je naquis. La nostalgie m'emporte de temps en temps, car j'ai pu voir des êtres que même l'entendement des plus vives ou des plus réfléchies créatures que j'ai pu côtoyer ne pourraient imaginer. De toutes, la plus apte à cela fut peut-être bien l'incarnation d'un esprit que je connaissais depuis toujours... Seul petit esprit qui lui non plus n'oubliait pas d'où il venait, ou en avait l'intuition malgré le carcan débile des mondes imbéciles que chacun doit supporter, avec plus ou moins de résistance à ce qu’il impose.

 

J’ai pris de ma main le globe lumineux,
La douleur m’envahit, je suis heureux.
Devant mes yeux s’échappent les connaissances,
Elles que j’ai désirées dans mon essence.
Mon être s’enflamme, fétu de chair,
Le feu me vampirise, me prend l’air…
La lumière m’aveugle, le froid me saisit,
Dans l’austère chambre, je naquis.

 

*          *

*

 

            Je baignais dans un liquide chaud, visqueux, agréable en tous points, bénéficiant de tout le confort qu'une matérialisation espérerait : le chauffage et les repas servis presque régulièrement, le calme et de l'attention presque constante. Dans cette enveloppe plasmique, j'écoutais un monde que je ne pouvais ni voir, ni sentir, mais je l'entendais et était maintenu au courant des humeurs de ma porteuse. Je découvris que celle-ci – parce que jusqu'alors je n'eus que des femelles pour me garder en leur sein – appartenait aux « hommes », ou aux « humains » moins communément. J'appris que cela faisait bientôt neuf mois que mon repos mêlant le réconfort et ma haine envers ma geôlière durait, que celle-ci me retenait prisonnier dans son ventre où elle me prodiguait toute sa tendresse. Elle répondait alors au sinistre nom de « maman ».

 

            L'accueil en ce monde d'humanoïdes tous de blanc vêtus fut froid, glacial. Une violence extrême ajoutée à la douleur de la partie antérieure de mon être me poussa à vagir, violence que j'avais peut-être méritée puisque je me vengeai hargneusement d'elle lorsque des mains couvertes d'une seconde peau collante et blanche m'en extirpèrent. J'hurlai de toutes mes forces, de tout mon ventre et de tous mes poumons comme si de mon cri dépendait la survie de cette espèce qui m'accueillait si sinistrement. L'air, cette abomination aseptisée, me brûla la gorge, la poitrine et les sens inutilisés jusqu'à cet instant. Pourquoi naître ainsi dans la douleur et dans l'abjection ? Ma génitrice portait sur son ventre les stigmates d'une lutte sans merci que je menai contre elle, ouverte de part en part et le sang s'échappant du trou béant d'où je provenais. Une fine corde y pendait en dehors, raccordé au même endroit chez moi, à quelques centimètres près me semblait-il. Petit cordon ombilical, il m'attachait à elle dont j'étais une part de chairs et de souffrances. Il me raccrochait par elle à mon passé, mais je devais l'oublier, tout perdre pour mieux retrouver la mémoire. Où donc se terre mon double en ce monde si veule et si mesquin ?

 

*          *

*

 

            L’humanité est une arme de destruction massive, tant celle-ci est une arme de l'humanité. Détruire ce qui m’a engendré me permettra de contrecarrer ma destiné et de la prendre de mes mains pour la mener où bon me semblera. Ainsi serai-je ce qui me plaira devenir : une arme de distraction massive. Je fus un humain pour cette vie incarnée, malmené par l'inconscience de ma race d'alors, revêtant de celle-ci comme un étendard ou une oriflamme devant l’autel de mon intellect.

 

            Porté dans cette existence comme je le faisais à chaque fois, j'acquis les connaissances utiles à ma survie, les bases de mon développement dans la fumisterie qu'est la société humaine. Je lu dans mes années de jeunesse une œuvre qui renvoyait à mon observation, tirée de l'intellect ombragé d'un faux Comte soi-disant de Lautréamont. La grande famille universelle des humains est une utopie digne de la logique la plus médiocre. Confirmant cette sentence judicieuse, j’y apportai une rectification cependant : l'amour existe tout comme la haine, le bien s'affirme quand l'on acclame le mal et les erreurs permettent d'accomplir de grands desseins dans ce système pervers qu’est la société des humains. Mais j'ai pu constater que ce n'était une vertu acquise de tous, bien au contraire. Alors, comme dans chaque vie, je cherchai cette moitié avec qui je me retrouve dans chaque dimension, un semblable avec qui partager mes passions et mon âme. Mais mon errance fut longue, et ma solitude pesante avant de retrouver l'être qui m'est si cher et m’estimer complet.

 

*          *

*

 

            J'ai besoin d'eau, de quoi boire.

            Le vent souffle, le sable s'engouffre dans les moindres orifices que mon inadvertance ou mon incapacité ne peuvent combler ni obstruer. Mes yeux gonflés ne me permettent d'apercevoir que les quelques grains qui me devancent ou qui se précipitent à ma rencontre, comme s'ils étaient attirés par mes yeux blessés. Tout ce sable... Le vent est fort, mais ce souffle d'air chaud balayant les dunes et les plaines de silice du désert hostile n'apporte rien de rafraîchissant, au contraire il est une lame chauffée à blanc fendant la peau craquelée offerte à sa fureur et à sa perversion. Des morceaux d'argile en suspension dans les flux aériens, mêlés au sable et aux rayons rasant d'un soleil en plein déclin, teintent l'atmosphère d'ocre et de pourpre, comme une myriade de confettis rouges portés par le vent d'automne un soir de Carnaval. Le vent est si piquant, meurtrier dans toute sa forme.

            J'ai besoin d'une boisson quelconque.

            Ma gourde coule sur une bête au loin, disparue dans la tempête à moins qu'elle ne m'ait sciemment abandonné. Où es-tu, bête de somme que j'ai sinistrement exploitée afin de me délester de mon bagage imposant ? Où es-tu, flasque au doux hydromel ? S'il m'était donné d'encore gaspiller mes fluides vitaux, je baverais volontiers à l'idée de tremper mes lèvres dans ce doux nectar. L'air est rouge, pigmenté à outrance selon des teintes défiant l'imagination des peintres et des photographes. Sont-ce mes yeux qui saignent et teignent ainsi ma vue de ce rouge si puissant, de quelques tâches de magenta et de noir par ci par là, ou est-ce le soleil qui se couche sur mon mal être et ma perdition dans cette contrée hostile à ma survie ? Je ne suis qu’un piètre être humain ne pouvant survivre sans mes techniques et mes artifices face aux éléments de la nature violée reprenant ses droits. Or si celle-ci se déchaîne, ma survie ne tient plus à rien, encore moins à moi-même. L’humanité mérite de mourir pour les dégâts qu’elle a commis, elle en a déjà bien trop faits, j’en suis conscient.

            J'ai besoin de boire !

            Je pourrais courir nu sous les roches en suspension dans l'air, livrer mon corps à la course effrénée de ces milliers de couteaux qui lapideraient ma chair, me pénétreraient de toutes pars et m'enseveliraient de l'intérieur, s'il ne me restait la moindre parcelle d'espoir dans la masse grise qui me guide complètement hallucinée. La nuit arrive, la chaleur retombe et le froid approche à grands pas étouffés par la moiteur du jour courant à sa fin. Je cuits toujours sous mes vêtements en lambeaux, mais je sais que le déclin de l'astre m'apportera de la fraîcheur, tout comme il me laissera seul dans ce cauchemar qui est le mien, dans le noir et le froid d'une nuit sans lune.

            J'ai besoin d'eau, d'un peu de courage !

            La nuit passée m'a plus meurtri que ne l'aurait fait le soleil en une journée, le gel du désert à eu raison de mes doigts engourdis. Noirs comme la mort qui les a pris, ils pendent au bout de mes mains que je tente de protéger de l'astre brûlant. Quoi de plus oppressant qu'essayer de réchauffer un membre mort où je ne ressentirai jamais plus rien si ce n’est la rage de ne pouvoir que les contempler alors qu’ils restent à jamais inanimés, parties déjà mortes d’un corps où pourtant la vie s’écoule encore ? J'ai besoin de boire, au moins une goûte d'alcool, et oublier ce pour quoi je suis ici...

            Le portrait désabusé apparaît dans la glace. Encore une fois, il l’a fait… Il revient d’un long et périlleux voyage et, cette fois-ci toujours personne ne l’acclame. Pourtant son périple faillit connaître une triste et sinistre fin, mais cela, tout le monde l’ignore. De toutes façons, qui peut bien s’en soucier ? Il était à parcourir les plaines verdoyantes, à la végétation luxuriante et la faune accueillante, lorsque le malheur s’abattit. Le feu s’élança dans une orgie de plantes et d’insectes, d’oxygène et de chairs. Puis le sable s'abattit et lui fit connaître un enfer dont il n'aurait pu se relever. Pris de toutes parts, le voyageur ne pouvait s’enfuir, seul l’espoir lui restait, à peine, de survivre. Il fut exaucé et se réveilla, en sueur dans son lit, à côté d’un calorifère déréglé. L’eau coule par le robinet ouvert. Mauvais rêve.

            Je ne dors pas, je t'attends. Je ne peux pas dormir ! Si par malheur tu ne revenais pas, que deviendrais-je sans toi et tes bienfaits que tu dispenses sans rien demander en retour ? Les heures passent, mais le sommeil est loin car je ne vis déjà plus. Tu arrives enfin, mon attente n'était pas vaine. Tu es là, infaillible. Bonjour Soleil ! Comment vas-tu ?

 

*          *

*

 

            Mais je t’ai retrouvée, sous une forme féminine cette fois-ci. Ce monde n’était pas vain, et les rêves qu’il m’offre sont les témoins de nos plus belles rencontres. Imagine-toi une longue route, tracée droite dans l’immensité d’un paysage offert à ton imagination, s’éteignant en un seul point à l’infini. Soit bercée par la monotonie de cette bande courant sous ton esprit, mais émerveille-toi des tableaux fabuleux s’étalant de part et d’autre de la ligne, tous différents et sublimes dans cette homogénéité d’esprit pourtant hétéroclite d’éléments. Tantôt une aube d’un matin brumeux, tantôt une aurore boréale, les vues se succèdent de beauté. Tu distingues le Soleil, miroitant dans les eaux d’un bleu profond d’un lac paisible, ou à travers les branchages d’une pinède par ses rayons. Un sommet enneigé, éternel, en est l’éclat de splendeur, bordant l’étendue infinie. Dors, créature au sommeil, et émerveille-toi de ces vues sublimes d’une nature où la main de l’homme est une abjection.

 

*          *

*

 

            J’ai, une fois sinon mille, regardé les gens. Assis à l’écart de leur trafic piétonnier continuel, je jette mon regard gardé d’enfance sur leur agitation triviale. Ne prenant plus le temps ils courent après, sans aucune attention pou ce qui pourrait se dresser sur leur chemin, aussi futile fut-ce. Tous communiquent entre eux, ils discutent mais par une boîte à onde le plus souvent, qui n’est pas la même qui leur permet de réchauffer des plats « comme partout et chez tout le monde », une fois seul chez eux, la voix éteinte dans le transistor qu’ils collent à leur oreille, leur grillant ce qui leur reste encore de cerveau. Ils marchent à vive allure, courent même sans faire attention à cet homme assis là avec son chien, assis au ban de la société, sur le banc qu’elle lui offre dans sa mansuétude hypocrite. Certains le regardent tout de même, mais leur regard est l’expression d’une pensée du genre « Que fait cette tache de couleur amère et délavée sur le paysage gris de la cité morose ? », le style et la forme poétique en moins. D’autres flânent, traînent et errent sans but précis, seuls ou accompagnés de chair véritable, pas de celle qu’ils regardent, seuls et cois, sur l’écran distordu du monde soumis aux préceptes de « sécurité » et de pensées communes. Leur front peut sembler barré de soucis, mais ce n’est rien de notoire, ou seulement passager. Ils s’octroient une pause, de la durée qu’il leur plait, ou leur est autorisée. Avant de recommencer leur course effrénée.

 

            Je suis en retard ! J’attrape le bouquet – que ces roses sentent bon ! - et me mets à courir. Pourvu qu’elle m’ait attendu et ne se soit mise à marcher comme ces pantins stupides, sinistres automates jouets de la société, sans aucune distinction pour les obédiences politiques ou sociales.

 

*          *

*

 

            Dans mes rêves, les plus éveillés soient-ils, je me prends à vouloir de ma chair totalement, entièrement, soumise à mon esprit. Mais je ne sais, hélas ! , en quelle mesure elle dicte mon comportement s’opposant à ma volonté, dans mon amour tant puissant puisse-t-il être. J’aimerais réfréner mon discours corporel lorsqu’il serait regrettable, mais mon Amour en resterait-il intact ? A moins de ne laisser libre cours à mes pulsions, de les assumer, ce que j’avoue avoir été jusqu’alors bien incapable de tenir de part et d’autre.

 

            Je ne veux de relation strictement charnelle, tant bien accompagnée de sentiments et de sincérité le cas échéant, je ne m’y prête pas. Mais le plaisir que puis me conférer une étreinte passionnée, du contact électrisant des chairs frissonnantes amoureusement enlacées qui ne songent en aucun temps sacrifier à l’autel de leur sexualité, ne m’est pas étranger et me convient tant il me plaît… Il peut me suffire et me combler, j’en suis heureux.

 

            Tous les jours depuis ma création, j’ai essayé de comprendre, de saisir l’inexpliqué des propos obscurs ou étonnement simples. Mon raisonnement a poussé l’existence dans ses retranchements, l'a tournée sous toutes ses coutures, l'a analysée, et maintenant je m’en défaits. Mais les règles sont imposées, folies destructrices et absconses, abstruses même, instiguées par l’inconscient collectif depuis toujours. Je m’en détache, bien que l’objectivité ne pourra jamais être atteinte, je resterai toujours moi-même avec des erreurs que je tente lentement à résorber. Mes chaînes se brisent, éclatent, sous ma forme je tombe violemment amoureux. Sublime, j’oublie ma condition humaine. Le suis-je encore ? La douleur me traverse, ne me touche plus, mais mon jugement en pâti. Empathie.

 

*          *

*

 

            Je m’accroche à toi, Ange charnel, par le cœur et par les sens, à toi qui m’empêche de sombrer dans l’agitation inutile et écrasante d’un monde qui s’enlise dans son ellipse occulte, tournant à l’envers. Laisse-moi goûter à ton humeur, embrasser les lèvres béantes des plaies que je t’ai infligées.

 

            Je pense à ta voix, qui résonne dans ma tête comme une plainte lancinante, un murmure au langage amoureux et à nos seules oreilles. Pourrais-je me passer de son timbre agréable ? Je ne le sais, et j'en doute.

 

            Je pense à ton regard dans lequel je me noie et d’Amour et de bienfaisance et qui, pénétrant aux tréfonds de mon âme, sonde mon cœur et mes pensées. Qu’y cherches-tu ? N’en as-tu assez de ma sordide perversion ?

 

            Je pense à ton corps, brûlant contre le mien,  se consommant à l’aurore de tes lèvres et à l’orée de mes doigts, tous de plaisir éclairés. Est-ce là une expression amoureuse ? Est-il de notre Amour véritable ?

 

            Je pense au réconfort, divin bien-être, breuvage des amants. Pourrions-nous nous abreuver à cette source intarissable durant l’Eternité qui concourt à nos rêves ? De tout mon cœur, je l’espère.

 

            Je pense aux ailes que nous nous sommes imaginées, enveloppées d’Amour, de plaisir, de confiance, brassant notre air, notre espace d’un divin secret. Sommes-nous de réels Anges ? Ou n’avons-nous que cette illusion ?

 

            Je pense à nos sens, charnels, ces plaies qui, trompant notre vigilance et nos limites, poursuivent bien au delà encore, sur un simple battement, ce que nos seuls corps nous offrent, transcendant ce que nous en acceptons. Est-ce là encore une expression de notre amour, auquel pourtant nous aspirions par sentiments de tête et de cœur, et non de corps ? Peut-être cet avatar nous rapproche de notre plénitude.

 

            Je pense à notre Amour auquel, aveugle, je ne trouve d’équivalent, aucunement. Sont-ce mes perceptions qui y jouent ? Ou Eros est-il bien unique à chacun ?

 

            Je pense à une vie qui nous est propre, un recueil de nos instants, précieux, le bonheur continu de passions, d’emphases, de contes... D’Amour auquel mes larmes s’ajoutent d’émotion.

 

            Je t’aime mon Ange, à ma manière, la meilleure j’espère. Je te remercie pour ce jour, de plus ou de moins qu’importe ; pour tous les jours.

 

Sincèrement, amoureusement.

 

            Et toi, à quoi penses-tu ?

 

*          *

*

 

            De toute ma longue et pénible vie humaine et terrienne, j'ai trouvé deux principes susceptibles d'en être les moteurs autant que les raisons. J'ai toujours voulu lutter pour le bonheur de l'humanité, de fournir la possibilité à celle-ci d'élever sa conscience, mais aussi assouvir mes désirs et mes pulsions, dont la domination des hommes que je trouve inférieurs dans leur médiocrité, pour leur propre bonheur bien évidemment. De ce fait haut en perspectives, la voie dictatoriale afin d'imposer mes idées m'était toute destinée. Mais le choix se posa alors sur la méthode et la manière d'accéder au statut de maître de tous les hommes, car les possibilités ne manquaient pas de ma courte et misérable vie. Au travail du penseur perdu dans les livres, les manuscrits et les jugements fouillés, j'opposais une approche bien plus pratique, bien plus extravertie et brutale modulée sur les sciences informatiques. J'espérais trouver dans cette application la matière nécessaire afin d'établir une société intellectuelle vierge des perversions qui semblaient immuables aux hommes et à leur nature. Le système qui aurait pu naître de pareille programmation d'un informaticien philosophe aurait pris la place si souvent convoitée dans les projections cinématographiques de maître du monde, luttant pour l'élévation de la conscience humaine selon ce qui y aurait été imprimé. Et pour ne voir l'horreur qu'une simple erreur aurait engendré, j'aurais mis fin à cette présente vie, peut-être bien même qu’à celle de tous les humains déjà existants, sauf quelques spécimens précieusement choisis qui auraient été soumis à ma création de laquelle serait née la civilisation voulue. Mon travail n'aurait abouti ainsi que dans ma mort si je décidai que la mise en marche du processus soit liée à l'arrêt de mes facultés physiques et physiologiques.

 

*          *

*

 

Mourir, mourir, mourir, …
Voici les mots répétés qui me passent par la tête,
Accompagnés d’images de poignets tranchés sur ma rétine.
Je me sens vide, seul et incompris. Incomplétude de mon être.
Le monde autour de moi s’écroule, souvent par ma faute.
L’amour.
Ses mains agiles, si paisibles sur ma peau d’argile,
Sont la douceur qui efface ma rancœur.
La mort.

 

*          *

*

 

            Deux Anges ont péché ; ils se sont aimés. Cela interdit au sacro-saint Paradis, royaume béni des eunuques, il correspondit à ce crime de passion un châtiment exemplaire. Ils furent tous deux séparés, envoyés en un lieu bien pire que tout Enfer : la Terre, planète globuleuse bleu sanguinolent, où ils furent condamnés à vivre, ou du moins survivre.

 

            Les Humains, pathétiques êtres de boue – de l’argile ! –, sont les plus vils bourreaux n’ayant jamais existé, dans leur monde où dans un autre, certains mêmes en exercent la profession, alors que ce phénomène est un caractère qui lui est universel et immuable ! Mais ces êtres de chairs, ces acides intelligents, ne sont dénués d’une once de sentiments, permissions pour mesurer l’étendue de leur malheur, qui leur donne l’occasion de se retrouver en couples, même hypocritement…

 

            Alors l’espoir que les deux divins amants se retrouvent et s’avouent l'un à l'autre n’est pas vainc Mais toujours devront-ils faire face à leurs perfides concitoyens, et résister à leurs attaques, et tenter malgré tout de les élever en conscience... Mais l'amour qui lie les amourants est infini, et il leur donne la force de combattre pour ce en quoi ils croient. A toujours? Jamais le leur dira...

 

            « Baiser… Ce ne pourrait être que simple apposition des lèvres sur quelque partie du corps, mais l’une de ses formes est la plus sublime d’entres toutes : lorsqu’il est amoureux. Les odeurs se révèlent, les sens s’exacerbent. Les lèvres s’épient, s’effleurent en parade. Doucement, elles se touchent, plus longuement… Imperceptiblement, elles s’entrouvrent et livrent leur si précieuse intimité. Confiantes en la personne aimée, ce sont les désirs qu’elles permettent d’entrevoir et d’exprimer. Les corps brûlent, s’enlacent… Le monde autour des amants n’a plus prise sur eux ; il disparaît, peu à peu, et ne subsistent que les deux âmes amoureuses, unies par un long et profond baiser lui-même, semblant durer l’éternité. La réalité en lâche ses empires, mais elle peut rendre leur communion impossible, du moins assez difficile pour que me vienne l’envie de crier dans tout esprit que je t’aime… »

 

            « L’Amour, si douce perception, habile perfection, si beau sentiment, est un nécroleptique. Je ne peux m’empêcher de vivre, et ne veux que cela cesse sous aucun prétexte, parce que je t’aime ; mais mon état me pose dilemme, car je t’aime à en mourir. »

 

            Alentours ne sont que limbes, rêves brumeux d’un esprit illuminé d’une étincelle de vie. Jamais l’Ether n’a revêtu plus belle forme. Les deux âmes s’avancent, évanescentes dans leur nudité émotionnelle, irradiant une douce chaleur, grâce délicieuse… Leur pureté est sans égale, et l'amour les étreint de ses liens agréables et puissants.

 

            Seuls, ensembles, ils se sont libérés de leurs mondes vils et cruels, qui les contraignaient jusqu’auparavant à atténuer la puissance incommensurable de leurs sentiments. Ils sont libres. Les entraves qui saignaient leurs ailes disparaissent, comme à l’éclosion de leur lucidité, et ils prennent leur envol dans la vaste étendue rêveuse. Le temps et l’espace ne les sépareront jamais plus, ils s’en sont soustraits. La réalité n’existe plus, il n’existe plus qu’eux. Amants éternels.

 

*          *

*

 

Je t'ai retrouvé, mon double, mon être.
Moi.

 
 
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