La Salle sur demande est magnifique, on se croirait dans un véritable théâtre. Nous disposons d'une vaste scène et il suffit de claquer des doigts pour avoir décors, lumières et musique. Les costumes et accessoires sont bien alignés en coulisses.
C'est Vincent qui joue au régisseur. Qui aurait cru que son air niais cachait un tel sens de l'organisation ? J'en ai plus appris sur lui en un mois de répétitions qu'en sept ans d'école. Sur lui et sur les autres. Et sur moi.
Nous sommes tous réunis, Serpentards et Gryffondors confondus, derrière le grand rideau de velours qui nous isole de la salle. Harry est à l'extrémité droite, moi à la gauche. A tour de rôle, nous regardons ce qui se passe de l'autre côté par des œillères, quatre petites ouvertures qui permettent aux acteurs d'avoir vue sur le parterre.
Dobby est juste au milieu de nous et il sautille sur place en regardant les spectateurs s'installer. Il y a au moins huit cents fauteuils et ils sont déjà presque tous occupés. Toute l'école s'est donnée rendez-vous pour nous applaudir ... ou nous siffler.
Dumbledore est assis au premier rang, entouré des professeurs, de la bibliothécaire, de l’infirmière et du concierge. Même Rogue est là. Je dois dire que je suis étonné, c’est la dernière personne que je pensais voir un jour assister à un spectacle.
Juste derrière, dans la salle, les élèves se sont plus ou moins regroupés par Maisons, enfin tous les Serpentards sont à l’extrême gauche et tous les Gryffondors à l’extrême droite. Au centre seulement, on peut voir les Serdaigles et les Pouffsouffles se mélanger.
Mais ce qu’on remarque le plus au milieu de tous ces gens, ce sont les elfes de maison. Ils sont arrivés dès 20h avec une grande banderole et ils sont une bonne cinquantaine.
En tout cas, ils ne sont vraiment pas discrets et ils ne semblent pas avoir compris que Dobby va jouer une pièce de théâtre et non un match de Quidditch. Leur immense banderole clignote tantôt en bleu, tantôt en rouge, tantôt en jaune et porte la phrase suivante
« ALLEZ DOBBY ! TU VAS GAGNER ! ON EST TOUS AVEC TOI ! »
Et toutes les dix minutes, ils entonnent une chanson pour encourager leur héros. Je me surprends à penser qu'en effet, si on était dans un match de Quidditch, ils feraient de bons supporters, bien qu’ils chantent extrêmement faux.
Tout le monde est là.
Le grand soir est enfin arrivé.
Mon dernier soir ...
Au moment où cette pensée me traverse l'esprit, je sens un frisson glacé parcourir mon dos, mes bras se couvrent de chair de poule et il me semble entendre une voix grinçante résonner à mes oreilles : « Malfoy ...».
Je sursaute. Qu'est-ce que c'était ? Je regarde autour de moi mais personne ne réagit. J'ai dû rêver, c'est l'appréhension ... le stress ... la peur ? ... Un Malfoy n'a jamais peur.
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Il reste un quart d’heure avant le début de la pièce. Je regarde mes camarades qui, contrairement aux Gryffondors, n’ont pas l’air d’avoir le trac. Pansy et Blaise sont occupés à découvrir chacun l’organe buccal de l’autre.
A mon avis, ils doivent déjà le connaître par cœur, vu le nombre de fois où je les ai trouvés dans cette position. Pas que ça me dérange, je suis même plutôt content pour eux, mais les voir ainsi me rappelle que plus jamais je n’aurai droit à ce bonheur.
C'est étrange, ce sont mes amis, enfin les personnes qui me sont le plus proches, pourtant ces derniers jours, aucun d'eux ne m'a questionné sur mon état d'esprit. C'est inhabituel. Ils me regardent en douce, ils chuchotent entre eux mais ils ne me parlent pas.
Enfin si, mais ça se résume à « Tu as fini ton devoir de Défense contre les Forces du Mal ? » ou « Tu veux de la confiture de myrtilles ? » ou mieux encore « Tu as remarqué ? Notre fantôme, le Baron Sanglant, a nettoyé son costume pour Halloween. Les taches de sang ont l'air plus propres. »
Avant, Pansy s'inquiétait pour le moindre de mes changements d'humeur et Blaise n'hésitait pas à me balancer une de ses plaisanteries spirituelles quand le silence se faisait pesant.
Et là, rien ! Ils ne s'occupent que d'eux-mêmes. J'ai l'impression qu'ils m'ont déjà rayé de leur vie. Tant mieux ! Je ne leur manquerai pas ! L'amitié, l'amour, pfff !
Je détourne les yeux et je vois Grégory faire répéter une dernière fois son texte à Londubat, pendant que Weasley, Granger et Vincent vérifient costumes et accessoires. Ils discutent tranquillement, ils rient, ils plaisantent sans doute et je les regarde d'un air détaché, comme s'ils n'existaient déjà plus pour moi.
Harry est assis dans un coin et parle avec Finnigan. Depuis que nous sommes tous réunis sur la scène, derrière le rideau, il reste éloigné de moi et je dois dire que j’en fais autant. Je jette juste un regard rapide vers lui de temps en temps et puis vite, je détourne les yeux.
Quand je suis trop proche de lui, je sens que j’ai du mal à me contrôler. D’une seconde à l’autre, je risque de céder à mon envie de le prendre dans mes bras, de m’excuser et de lui dire que je l’aime.
Je ne dois surtout pas le faire, je dois attendre ma dernière scène. Là, il saura, je me déchargerai enfin de ce poids qui me ronge et par la même occasion de ma vie. Je ne serai plus pour lui une source de malheur, il sera enfin débarrassé de moi.
Oui, mes pensées sont moroses. Oui, mon horizon est sombre et désolé. Dans une des bandes dessinées que je lis en cachette, on pourrait voir un petit nuage noir flotter au-dessus de ma tête. Mais je fais bonne figure, personne ne doit se douter de quelque chose.
Je tâte encore une fois dans ma poche ma précieuse fiole. Je ne me change que pour la scène du bal. A ce moment-là, je devrai laisser en coulisses le costume distinctif des Serpentards dans la pièce, en velours noir gansé d'or, et revêtir mon habit de fête à la mode moldue.
Cela n’a pas grande importance car à ce moment-là, à part l'elfe, nous serons tous sur scène. Il n’y a donc aucune chance pour que quelqu’un trouve ma potion par inadvertance et se pose des questions. Le rose fluo, ça se remarque.
Maintenant que tout est au point, je me rends compte que ce sont les dernières heures que je passe avec les personnes qui me sont chères, même si j'ai l'impression qu'elles me battent froid depuis quelques jours, depuis la soirée en boîte plus précisément.
En fait, ces dernières années, Blaise, Pansy, Crabbe et Goyle sont devenus ma famille. Personne n'a rien dit. Ces choses-là ne se disent pas chez les Serpentards. Mais je les apprécie et j’ai passé plus de temps en leur compagnie qu’auprès de mes parents. Si on peut appeler ça des parents…
Mon père est mort pendant la guerre, tué par son propre Maître simplement parce qu'il était sur son passage durant son duel contre Harry. Quant à ma mère, elle s’est suicidée pour éviter d’aller en prison.
Je crois aussi qu'elle n'avait pas apprécié que son fils unique trahisse la Cause des Sangs Purs et passe à « l'ennemi » avec plusieurs autres Serpentards.
Ils me répétaient sans cesse qu'un Malfoy n'a pas de Maître et ils vénéraient cette pourriture de Lord Voldemort !
Ils ne m’ont jamais témoigné d’amour car un Malfoy n’aime pas.
Ils ne m’ont jamais consolé quand j’en avais besoin, car un Malfoy ne s’occupe pas des faibles.
Et pleurer, c’est être faible, même quand on a cinq ans…
Ils m’ont affirmé que seuls les Sangs Purs comme nous étaient dignes d’exister. Ile m'ont appris à tenir mon rang et à me faire respecter, pas pour ce que je vaux, mais pour ce que je suis. Ils m’ont enseigné le mépris, l’ambition poussée à l’extrême, la haine des autres…
Pour eux, je suis devenu froid, calculateur et arrogant mais d'un regard, Harry a tout brisé. Je me rends compte que j’ai un cœur qui bat trop vite en sa présence, que les Sangs Purs ne sont pas des surhommes et que mes parents ont finalement échoué dans leur éducation.
Je me suis fait des amis et avec eux, j’ai combattu pour mes propres idéaux. Je ne voulais pas devenir le pantin d’un Tyran, je voulais être libre de choisir mon futur.
C'est réussi ! Je suis tombé amoureux et j’ai brisé celui que j'aime.
Je ne le mérite pas mais je voudrais tant qu'il me pardonne un jour.
Cette fois, il commence à pleuvoir du petit nuage noir au-dessus de ma tête. Pas que les larmes me viennent aux yeux, surtout pas ! Un Malfoy ne pleure pas. Quoi, je répète ça trop souvent pour que ce soit vrai ! Mais pas du tout ! C'est une simple évidence ! Et je lance un Avada sur celui qui dit le contraire !
Je chasse mes idées noires et je me surprends, quelques heures avant ma mort , à regarder mes amis avec sympathie. Je veux emporter leur souvenir avec moi.
Oh, bien sur, ils sont loin d’être parfaits ! Ils ont tous pas mal de défauts. Je ne connais pas une seule personne plus têtue et aussi plus bavarde que Pansy. Et cette façon qu'elle avait de se cramponner à moi avant que je ne découvre son penchant pour Blaise !
Vincent et Greg ne sont pas ce qu’on appelle des « cerveaux » et leur passe-temps favori, c’est de se goinfrer. Mais j'ai découvert qu'ils avaient un cœur d'or et que leur esprit ne demandait qu'à s'ouvrir aux trésors de la culture. Pleurer en lisant Shakespeare ! Incroyable !
Blaise est une vraie commère, il se mêle de tout et souvent, il touche vos points sensibles. Il est dangereusement intelligent. Mais il s'est comporté en véritable ami quand il m'a retrouvé derrière la boîte de nuit ... Dire que je l'ai si souvent rabroué ! C'est le seul qui osait me tenir tête ...
Ce sont les derniers instants que je passe en leur compagnie. Pourtant ils ne sont pas à mes côtés. On dirait ... on dirait qu'ils m'évitent, comme si j'étais un pestiféré. On dirait qu'ils ont peur ... De quoi ? De qui ?... Pourtant, j'aurais bien besoin d'eux en ce moment ! Enfin, ce sera bientôt terminé ...
Et de nouveau cette voix grinçante résonne dans ma tête. « Malfoy...» Quoi, Malfoy ? Que veux-tu ? Qui es-tu ? Pourquoi m'appelles-tu ?
Je suis sorti de mes pensées par Granger qui nous demande de nous rassembler autour d’elle.
-Ecoutez, nous dit-elle une fois que nous sommes tous réunis, je voulais vous dire que je suis fière et heureuse d’avoir travaillé sur ce projet avec vous tous. Dans cinq minutes, nous allons montrer au reste de l’école que les Gryffondors et les Serpentards sont capables de bosser en équipe. J’espère que nos Maisons respectives prendront cela comme une leçon et qu’elles suivront notre exemple.
-Je l’espère aussi, répond Blaise.
-Moi aussi, dit Weasley. Cette querelle a assez duré.
Les Gryffondors approuvent de la tête. Greg, Vincent et Pansy font de même avec une sorte de gravité. Ils se regardent tous comme si ... comme s'ils partageaient un moment important ... une sorte de pacte secret dont je serais exclu ...
C’est étrange, mais avant, rien que l'idée de Serpentards voulant faire la paix avec des Gryffondors m’aurait fait vomir. Mais aujourd’hui, cela m’est égal, ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent, de toute façon, moi, je ne serai plus là pour le voir.
Pourtant, cela ne m’empêche pas de penser que leur idée est irréaliste. Jamais nos deux Maisons ne seront un jour amies. Nous sommes trop différents pour cela. Je le dis tout haut d'une voix amère. Mais je suis le seul Serpentard du groupe à émettre une objection.
Harry me regarde avec colère puis détourne la tête.
-Oh bien sûr ! dit-il sans s'adresser à moi directement. J’avais oublié que pour Malfoy, les Gryffondors sont des êtres inférieurs et le simple fait de les voir « fusionner » avec sa « noble et pure » Maison doit lui donner envie de gerber !
Ce qu’il dit, et surtout la façon dont il le dit, me blesse plus que je ne l’aurais cru. S'il savait à quel point j’aimerais qu’une telle fusion soit possible !
Tout le monde a les yeux braqués sur moi. Je dois trouver quelque chose de méchant à répondre ou Harry va se poser des questions.
-Tu as raison Potty. Le simple fait de penser qu’un Serpentard puisse toucher un Gryffondor dans une autre intention que celle de le frapper me dégoûte. Et je sais de quoi je parle…
Je vois le regard de Harry s’assombrir, il a compris l’allusion à notre histoire. Je n’aime pas ce que je suis en train de faire mais j’enfonce le clou.
-Finalement, tu n'es même pas d'accord avec eux, Potter ! Pour toi, les Serpentards sont tous des Mangemorts ou des adeptes de la magie noire et tu penses, bien sûr, qu’ils vont pervertir les « courageux et gentils » Gryffondors . Pfff ! Tu es vraiment pathétique ! Tu n’as toujours pas compris que dans la vie, rien n’est tout blanc ou tout noir !
Après ma tirade, Harry fulmine littéralement. J’ai l’impression qu’il va me sauter dessus et me frapper d’un instant à l’autre. Je ne sais pas pourquoi, mais en ce moment, on dirait qu’il ne se maîtrise plus. Un rien le fait sortir de ses gonds. Il est à cran, comme s’il avait peur que quelque chose de grave n'arrive.
Peur ... Mais en cet instant, tout le monde a peur. Les Gryffondors, les Serpentards, lui ... et moi aussi. La peur. Elle est là, elle rôde tout autour de nous. Elle suinte de partout. Pendant une longue seconde, elle submerge toute la scène et puis elle disparaît avec l'écho de cette voix : « Malfoy...»
Finalement, Harry n'a pas bougé. Il serre les poings, il me lance juste « Va te faire foutre, connard ! » et s’éloigne. Il préfère fuir que m’affronter verbalement ou physiquement. Je dois vraiment le dégoûter…
Les autres n'ont rien dit mais ils nous regardent d’un air exaspéré. Finnigan annonce qu’il est l’heure de commencer, Granger lance : « En place ! » et un coup de gong retentit. Le rideau se lève. Au même moment, la salle est plongée dans l’obscurité et les spectateurs attendent en silence.
La pièce commence. Pour la dix millième fois depuis des siècles, Roméo et Juliette vont s'aimer et mourir et cette fois, c'est dans la version sorcier. Alors que nous restons silencieux dans les coulisses, Vincent entre en piste et un faisceau de lumière tombe sur lui. Il récite son texte :
« Au château de Poudlard où se place notre scène,
Deux anciennes Maisons égales en noblesse ...»
Il revient assez vite, il a juste le temps d’enfiler son costume de Serpentard et il retourne sur scène en compagnie de Blaise. Quelques minutes plus tard, c’est au tour de Londubat et de Finnigan de les rejoindre. Et les deux clans commencent à se disputer.
De notre côté des coulisses, Greg se prépare, il est déguisé en Dumbledore. Et alors que sur scène la dispute dégénère, il fait son apparition.
De là où je suis, je peux entendre le public rire, je crois que son déguisement fait sensation. Pansy entre à son tour en scène avec Ron et Hermione, et je me rends compte que je suis seul avec Harry car l’elfe s’est volatilisé je ne sais où, et d’ailleurs, je m’en fous.
Harry est contre le rideau et suit attentivement le cours de l’histoire. J’en profite pour le regarder à la dérobée.
Il a une prestance que peu de gens peuvent se vanter de posséder. Il est vraiment beau. Surtout dans ce costume ! Pour la pièce, les Gryffondors sont en rouge tirant sur le bordeaux avec des incrustations bleu nuit. Ces couleurs lui vont à ravir. Et sa beauté sauvage embrase mon corps.
Je suis là, à le regarder et soudainement, il tourne la tête et ses yeux se fixent aux miens.
Il ne dit rien. Seuls ses yeux me demandent pourquoi je le regarde ainsi.
Merlin ! Comme je l’aime ! Mon corps tout entier est attiré par le sien.
Je commence à m’approcher de lui sans m’en rendre compte, ses yeux ne quittent pas les miens; Ils m'hypnotisent ...
Je suis presque à sa hauteur lorsque Weasley, Granger, Londubat, Finnigan et Grégory reviennent. C’est comme si l’enchantement venait d’être brisé. Je retourne à ma place mais je sens toujours le regard interrogateur de Harry posé sur moi.
Pourquoi faut-il toujours que je perde ainsi le contrôle en sa présence ? Je suis attiré par lui comme par un aimant. Je dois me ressaisir, ce ne sera plus très long. Je ne dois pas craquer.
-C’est à toi d’y aller, me chuchote Londubat.
Je crois qu’il a raison car il y a là-bas un silence qui s’éternise.
Je prends une grande inspiration et j'entre en scène.
Vincent parle avec Pansy et me montre du doigt.
-Ha, le voici qui vient ! Eloignez-vous je vous prie. Je vais essayer de savoir ce qui tracasse votre fils.
-Je vous fais confiance mon neveu. Tenez-moi au courant.
Pansy me fait un bref signe de la main et sort. Vincent et Blaise s’approchent de moi.
-Bonjour cousin, me dit Vincent tandis que Blaise se contente de me saluer d’un hochement de tête.
-Je ne vois pas en quoi ce jour est bon ! je marmonne.
-Ouh ! C’est que Draco a l’air de mauvaise humeur ! s’exclame Blaise.
-L’as-tu déjà vu de bonne humeur ? renchérit Vincent.
-Seulement quand il peut provoquer les Gryffondors ou se faire une ou deux donzelles ! répond Blaise.
-Alors, c’est qu’il n’a pas eu sa dose, soit d’un de ses passe-temps, soit des deux. Qu'en est-il au juste Drake ? me questionne Vincent.
J’ai un demi-sourire avant de répondre.
-Je dois avouer que vous me connaissez plutôt bien. Vous avez vu juste. C’est à cause d’une fille que je suis dans cet état.
-Serais-tu amoureux ? reprend Blaise.
-Oulà ! Je retire ce que je viens de dire, Blaise ! En fait, tu ne me connais pas du tout. Je ne suis pas amoureux, ce sentiment m'est totalement étranger. Par contre, je suis fou de désir pour une fille qui refuse de me céder. Et j’en suis plutôt frustré !
-C’est pas vrai ! s’exclame Vincent étonné. Une fille arrive à te résister ?
-Oui, et plutôt bien d’ailleurs ! Mais étant donné mon concurrent, je la comprends. J’avoue que c’est peut-être la seule « personne » qui puisse m’égaler.
-Tiens donc. Et qui est donc l’amoureux de la demoiselle ? me questionne Blaise.
Cette fois ci, je souris franchement et je dis d’un ton supérieur.
-Figure-toi, qu’elle me résiste car elle veut rester vierge. Elle veut devenir bonne sœur. Mon concurrent direct est donc Dieu lui-même !
-Ce n’est pas si grave, rigole Blaise. Il y a plein d’autres filles qui, j’en suis sûr, sont plus jolies et moins farouches qu’elle.
-Là n’est pas la question ! je réponds excédé. Je n’aime pas qu’on me résiste, et du coup, je n’arrive pas à me sortir cette fille de la tête.
-Alors, voilà ce que je te propose, me dit Vincent. Il va y avoir un bal chez les Gryffondors. Il paraît que le fils de la Maison doit y rencontrer sa future fiancée. Et à cette fête, il y aura pas mal de jeunes beautés, de quoi te faire oublier facilement ta « bonne sœur ». On va s'y incruster incognito, on profitera de leur vin, de leur maison et de leurs filles, sans même qu’ils s’en aperçoivent.
-A propos des Gryffondors, dis-je sournoisement. J’ai appris que vous vous êtes fait chopés par Dumby en pleine altercation. Je suis déçu. Je pensais que vous aviez compris qu'il fallait faire ça avec subtilité et discrétion.
Blaise et Vincent prennent un air désolé.
-T’as raison, marmonne Blaise. On s’est laissé emporter. Mais c’est parce qu’il y avait l’Irlandais. Tu sais, Seamus, cette racaille de neveu de Ron Gryffondor. Et ce type me tape vraiment sur les nerfs.
Je le regarde amusé, pendant qu’il s’énerve tout seul.
-Tu crois que tu pourras te contrôler à la fête ? je lui demande.
Blaise se calme d’un coup et me fait un grand sourire.
-Ça veut dire que tu es partant ?
-Laisse-moi réfléchir … Emmerder les Gryffondors et se taper leurs copines…Oui, je crois que je vais pouvoir me libérer pour la soirée.
Sur mes dernières paroles, nous sortons. Le public applaudit, et d’après le bruit, je crois que ce sont surtout les Serpentards qui nous acclament.
La suite concerne la famille Gryffondor, j'entends Dobby appeler Harry. Ce dernier fait enfin son entrée en scène. Dans la salle, tout le côté des Gryffondors applaudit. Le passage qu’il joue avec Hermione et l’elfe de maison est assez marrant et les rires du public ne tardent pas à fuser.
Pendant ce temps, nous changeons de costume. Je suis habillé comme pour un bal moldu. J’ai un pantalon noir, une chemise blanche et un nœud de papillon. Je dois avouer que je suis très classe dans ces vêtements. Pansy a enfilé une robe jaune, couleur Pouffsouffle, pour son rôle d'Hélène, et les garçons sont habillés plus ou moins comme moi. Je surveille du coin de l’œil mon autre costume où se trouve ma potion, mais personne ne semble y faire attention.
C'est la scène du bal. Les Gryffondors sont déjà tous sur scène quand la musique se fait entendre. Quelques secondes plus tard, nous entrons à notre tour.
-Tu m’as l’air bien sombre Draco, me dit Blaise.
-C’est juste que j'ai fait un drôle de rêve cette nuit.
-Ah ? Et qu’avait-il de si drôle ?
-Il n’était pas « drôle », il était étrange si tu préfères. J’ai rêvé que quelque chose de grave allait se produire. Au début, c’était merveilleux, je n’avais jamais été aussi heureux de ma vie, mais petit à petit, le malheur envahissait mon rêve et engloutissait tout. C’était flou, mais la sensation est toujours en moi. J’avoue que cela me perturbe.
-Allons Draco, regarde autour de toi, tout le monde danse. Change-toi les idées, amuse-toi aussi ! Et trouve-toi quelqu’un pour te faire penser à autre chose.
Je regarde le décor censé être la salle de bal des Gryffondors où, en effet tout le groupe danse. Des tapisseries anciennes ornent les murs et un grand lustre de cristal scintille de mille feux. C'est féérique !
Je réponds à Blaise d’aller sur la piste sans moi, je le rejoindrai sûrement tout à l'heure. Vincent et son comparse font déjà des ronds de jambe devant d'imposantes matrones. Je me poste dans un coin et je me contente de regarder la chorégraphie.
Jolie séquence d'ailleurs ! C'est Greg qui a réglé la mise en scène. C'est moins bien que dans Dirty Dancing, que j'ai vu en cachette cet été à la télé moldue, mais mon camarade Serpentard a peut-être un avenir dans le cinéma. Va savoir !
Arrive le moment où Hermione présente « Hélène Pouffsouffle » à son fils.
Les battements de mon cœur s’accélèrent pendant que je regarde Harry danser avec Pansy.
Je vais bientôt pouvoir goûter de nouveau à ses lèvres. Ça m’a tellement manqué !
Je me détourne à contrecœur et je vais seul sur la terrasse. Je contemple les étoiles du ciel magique et j'entends enfin sa voix qui s’adresse à moi en me demandant si je suis un ange.
Je m’approche de lui, il continue sa tirade. Je suis hypnotisé par ses lèvres. C’est presque mécaniquement que je dis ma réplique.
Ça y est, je vais pouvoir l’embrasser. Je vois qu’il se raidit alors que je ne suis qu’à un souffle de lui. Je dois vraiment le dégoûter. Je suis sûr que s’il n’y était pas obligé, il se serait déjà enfui en courant pour ne pas avoir à me toucher ou même à me parler.
Tant pis, je me jette à l’eau. Après tout, c’est la dernière fois que je peux en profiter, et même si ses réactions sont fictives et qu’il joue la comédie, je suis heureux de pouvoir l'approcher encore un peu.
Je l’embrasse donc, je sens la douceur de ses lèvres sous les miennes et je tremble. Pour moi, il n’y a plus de spectacle, plus de public, il y a juste Harry et j’ai envie de lui…
Envie de l’embrasser, de le caresser et de le toucher avant de m’en aller…
Je fais un effort surhumain pour me détacher de lui et le laisser dire sa tirade.
-Tu m’as embrassé ? me dit-il en prenant l'air surpris.
-Oui, excuse moi, je…
Harry m’empêche de continuer et pose son doigt sur mes lèvres.
-Je vais devoir me venger de l’outrage que tu m’as fais subir, me dit-il d’un ton aguicheur.
Il s’approche de moi et murmure tout contre mes lèvres, me faisant par la même occasion frissonner.
-Voici ta punition…
Je sens, encore une fois ses lèvres contre les miennes et encore une fois, j’en veux beaucoup plus.
Je crois que je perds la tête, je ne dis même pas ma réplique et j'accentue le baiser.
Je l’entends gémir de plaisir et j’ai l’impression d’avoir remporté une victoire, même si je sais que c’est juste son corps qui parle …et pas son cœur. Comme la première fois, je le plaque contre un mur et l’embrasse désespérément.
De toute façon, je suis désespéré.
Je ne me sens entier que dans ses bras, et c’est peut-être égoïste de ma part mais je veux ressentir ce bien-être le plus possible avant de mourir.
Je me rends bien compte que je me sers de la pièce et que je lui vole des baisers, mais je ne peux pas m’en empêcher.
J’espère juste qu’il me pardonnera pour ça aussi…
Je suis donc perdu dans un flot d’émotions où il n’y a plus que Harry, ses lèvres qui laissent échapper des soupirs de plaisir, son cou que je lèche et que je mordille, son odeur qui m’envoûte et m’ensorcelle, son corps qui se colle au mien et qui vibre sous mes assauts…
Et ses mains dans mes cheveux ... Elles ne savent pas si elles doivent me repousser pour que je détache mes lèvres de son cou, ou au contraire si elles doivent m'attirer et me forcer à accentuer mes baisers. Je crois que vu la pression qu’il y met, il s’est décidé pour la deuxième option.
Quand je me sens tiré fortement en arrière, je me rends compte que j’avais complètement oublié le spectacle. Je m’en souviens juste à temps pour m’empêcher de tuer Blaise qui a osé me sortir des bras de Harry et me ramener à la réalité.
Je finis cette scène en ayant qu’une seule idée en tête, faire la prochaine où je pourrai encore embrasser Harry.
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C'est la fin du premier acte. Je suis seul, en coulisses, appuyé au mur. J'ai les yeux fixés sur Harry qui me tourne le dos et la voix retentit de nouveau dans ma tête, plus forte, plus insistante. « Malfoy ... Es-tu un Malfoy ? ... » Bien sûr que je suis un Malfoy ! Que me veut cette voix importune ?
Je n'ai pas le temps de réfléchir. Le deuxième acte débute et encore une fois, Vincent apparaît pour expliquer la situation au public pendant que nous restons dans les coulisses.
-Maintenant, dit-il, Draco ne pense plus à sa « bonne sœur ». Une passion nouvelle brûle dans ses veines . Il n’a plus qu’un nom en tête : Harry Gryffondor . Pour la première fois de sa vie, il est amoureux et il espère que c’est réciproque. Il n’y survivra pas si ce n’est pas le cas. Il veut s’en assurer et pour cela, il doit parler à Harry. Mais il est considéré comme un ennemi dans la Maison des Gryffondors. La passion va lui donner malgré tout la force, le temps et l’occasion de revoir celui qui a ravi son cœur.
Vincent revient pour changer une nouvelle fois de costume. Il a endossé plusieurs rôles. Il n'arrête pas ! Moi, j’ai déjà remis le mien et je me suis assuré que la fiole était toujours à sa place.
La prochaine scène est celle du balcon. Je me rappelle que la dernière fois que nous avons travaillé ce passage, ça s’est assez mal terminé.
Au début, je suis seul dans le jardin des Gryffondors, je me demande si je ne vais pas me faire surprendre par leurs serviteurs. Puis Harry apparaît, il est au premier étage, sur le balcon, avec sa cigarette.
Je grimpe à un arbre pour le rejoindre. Excellent, ce décor ! Nous jouons tous les deux et nous nous donnons la réplique. Arrive enfin le passage où on se déclare mutuellement notre amour et où on doit de nouveau échanger un baiser .
Cette fois-ci, il m’embrasse réellement et je sens, comme chaque fois, des papillons tourbillonner dans mon estomac et comme chaque fois, je me sens vide lorsqu’il se détache de moi.
Tout le reste du deuxième acte se déroule ainsi. Le mariage secret célébré par Londubat, le prêtre mage, dans la chapelle du monastère est un enchantement. Je savoure chaque instant que je passe dans les bras de Harry, sachant que chaque fois me rapproche de la dernière.
Il y a une pause un peu plus longue avant le troisième acte, celui des duels. Alors que je suis de nouveau seul, assis sur une chaise, les jambes allongées, les yeux fermés, la voix revient à la charge et martèle mon cerveau :
« Tu n'es pas un vrai Malfoy ... Un Malfoy n'abandonne jamais la partie ... Un Malfoy ne se résigne pas ... Un Malfoy livre toujours un dernier combat ... Un Malfoy est un gagnant ... Toi, tu es un lâche, Draco Malfoy ... »
Je sursaute et j'ouvre les yeux, Blaise a posé sa main sur mon épaule Le troisième acte commence. C'est une scène entre Dobby et Harry et tous les spectateurs rient de bon cœur. Puis je les entends renifler et sangloter quand Blaise et Seamus meurent pendant les duels.
Maintenant, il n'y a plus de différence entre les Maisons. Tout le public réagit et vibre à l'unisson; Ce William Shakespeare était un génie pour savoir aussi bien doser le rire et les larmes.
Lorsque je suis seul avec Harry pour la « nuit de noces», il se fait un grand silence, comme si tous retenaient leur souffle. Nous sommes allongés sur un lit somptueux, recouverts par un drap de soie. Le jour se lève. On entend des oiseaux chanter.
Harry se redresse et s'assoit. Il est torse nu, en boxer et de la salle monte un « Ooooohhhh ! » qui se double d'un « Aaaaahhhh ! » quand je me redresse à mon tour. Nous faisons sensation. Moi, je le regarde et je le prends dans mes bras en parlant de l'alouette du matin. Je tremble et je sens qu'il frissonne aussi. Ce n'est pas de froid, c'est de désir.
Je massacrerais bien cet oiseau maudit qui me force à fuir le château, à quitter Harry. La lumière s'éteint, le rideau tombe. Il ne reste que le quatrième acte. Mais la voix qui m'a traitée de lâche tout à l'heure a réveillé en moi un mince espoir. Je ne veux pas mourir. Je veux encore sentir sa peau nue contre la mienne.
Je vais faire une dernière tentative. Moi, un Malfoy, je vais faire amende honorable. Je vais m'excuser. Je vais parler à Harry. Nous sommes rhabillés tous les deux et il me tourne toujours le dos. Je m'approche et je tends la main vers lui.
Et là, je ne sais pas ce qui se passe. Tous les Gryffondors se précipitent vers lui comme s'ils avaient peur que je le frappe. Et tous les Serpentards me sautent dessus et me tirent en arrière. Mais à quoi ils jouent tous ! Je ne vais pas le manger votre Survivant ! Quoique ... Je ne dirais pas non à une certaine partie de sa personne !
Un seul regard ! Nous avons eu le temps d'échanger un seul regard ! Le sien était brillant, trop brillant ... Ce que j'y ai lu, c'était quoi ? De la fureur ? De la répulsion ? De la haine ? ... Autre chose ? ... Non, c'était de la haine, j'en suis sûr.
Maintenant, ma décision est irrévocable. La voix des Malfoy n'y changera plus rien. Je me rassois dans mon coin, entouré de mes amis qui me parlent tous en même temps et que je n'entends pas. Oui, ma décision est prise. Tout à l'heure, je lui ouvrirai mon cœur et je mourrai.
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Le quatrième et dernier acte commence et le public a l'air tendu. J’entends même des cris de consternation quand ils comprennent que je crois à la mort de Harry et que je décide d’acheter du poison chez l’apothicaire.
Je dois d’ailleurs maintenant jouer cette scène avec Weasley. J’entre dans sa boutique. Là encore le décor est impressionnant. On dirait la réserve de potions de Rogue !
-Que puis-je pour vous ? me demande-t-il.
-Je n’irai pas par quatre chemins. Je veux ton poison le plus puissant, une drogue qui à peine ingurgitée fait mourir celui qui la prend. Je veux que cela soit rapide et efficace.
-Je possède en effet ce poison meurtrier, mais il est interdit par la loi d’en vendre.
Je sors une bourse censée être remplie de gallions et je la pose sur le comptoir.
-Avec ce que contient cette bourse, tu peux acheter au moins trois fois ton échoppe. Vends-moi ton poison et tu seras riche.
Weasley regarde la bourse avec envie et acquiesce doucement.
-Ma pauvreté consent, dit-il, mais non ma volonté.
Je souris, désabusé, et je lui réponds à la manière de Shakespeare.
-Je paie ta pauvreté et non ta volonté.
Weasley se tourne et me tend une fiole noire.
-Avec cela, dit-il, même si vous aviez la force de vingt hommes, vous n’en réchapperiez pas !
Je prends la fiole et murmure.
-Parfait, je n’avais aucune intention d’en réchapper et grâce à cela, je vais enfin pouvoir rejoindre mon amour.
Nous sortons de scène et lorsqu’elle est de nouveau éclairée, le public découvre Harry au centre, allongé sur un linceul. Londubat, habillé en prêtre mage, marche de long en large. Il parle tout seul et explique qu’il est inquiet car il n’a pas de mes nouvelles. Il ne sait pas si son information sur la fausse mort de Harry m’est parvenue.
Après quelques minutes de monologue, il sort et j'entre en scène. Je tiens dans ma main ma vraie fiole et j’avoue que même si je sais que j’ai pris la bonne décision, j’ai un peu peur.
Je m’approche de Harry qui reste immobile. Il est vraiment magnifique, son visage est calme et ses traits sont détendus.
J’avais prévu tout un discours pour lui dire ce que je ressens, mais en le voyant, si beau, si tranquille, j’ai tout oublié et aucun mot ne sort de mes lèvres.
Je me mets à genoux prés de lui et je prends sa main.
Une dernière fois.
Je me décide enfin à parler car il doit savoir. Il le faut.
-Harry, je ne sais pas trop par où commencer … Je crois que la moindre des choses, c’est avant tout de m’excuser … Je te demande pardon pour la façon dont je t’ai traité durant ces dernières années mais surtout durant ces dernières semaines…
Harry ne réagit pas, il doit penser que je ne me souviens plus de mon texte et que j’improvise. Ce n’est pas grave, de toute façon, je ne m’attendais pas à ce qu’il réagisse. Je continue donc à déverser ce que j’ai sur le cœur.
-Je ne me cherche pas d’excuses, mais si j’ai agi ainsi avec toi c’est parce que je ne savais pas ce que tu me faisais. Je ne connaissais pas le sentiment que tu provoquais en moi. J'étais persuadé que c'était de la haine. Je me trompais. J’ai mis du temps à comprendre l’évidence mais on m’a toujours dit que ce sentiment n'existait pas. Toi, tu m’as prouvé le contraire.
Harry reste toujours de marbre, pourtant, je peux voir que sa respiration s’est accélérée. Je sais qu’il écoute attentivement ce que je dis.
-Je veux que tu saches que tu es une personne formidable. Tu es même la meilleure personne que je connaisse. Tu mérites d’être heureux, de trouver le bonheur, et si ma mort peut t’y aider, alors j’aurai l’impression d’avoir été utile au moins une fois dans ma vie.
Cette fois Harry se raidit, il doit se demander pourquoi je parle de mort. Je lui caresse doucement la joue.
-Je vais mourir mon cœur, mais je ne regrette rien. Tu as été mon rayon de soleil et je ne vivais que pour nos rencontres. Depuis sept ans, je ne vis que pour te voir et te parler, mais je m’en suis rendu compte trop tard. Je te demande juste d’être heureux et de trouver l’amour. Car je t’assure que cela vaut vraiment le coup.
Harry retient son souffle mais je vois qu’il tremble, il va réagir d’un instant à l’autre, je le sens. Je dois me dépêcher. Je débouche ma fiole.
Je m’approche de son oreille et lui murmure ce que je n’aurais jamais pensé dire un jour mais avec lui ça me semble si facile.
- Le chat aime le faucon ... Je t’aime…
Ma voix n’est qu’un souffle mais je sais qu’il m’a entendu car, quand je me redresse, il me regarde de ses yeux magnifiques pleins d’interrogations, puis son regard se pose sur la fiole que j’approche de mes lèvres. J'ajoute très vite :
-Personne n'aime le chat …
Tout se passe comme au ralenti. Je vois dans ses yeux qu’il a compris ce que j’ai l’intention de faire mais j’ai déjà le flacon à mes lèvres. Toute l’horreur de la situation apparaît dans ses yeux pendant qu’il se redresse violemment, j’ai déjà presque fini mon poison. J’entends son cri qui se répercute dans la salle, je glisse à terre et je sens la mort s’emparer de mon corps. Adieu mon amour…
-NOOOOONNNNN !!
Harry est déjà à mes côtés, il me tient dans ses bras et il crie. Moi, je ne vois plus rien et mon corps ne réagit plus. Pourtant, je l’entends, lui, je l’entends hurler à l’aide, demander un médecin, mais personne ne bouge, ils doivent tous penser que cela fait partie de la pièce.
Quant à moi, je me demande pourquoi je peux encore entendre et pourquoi je sens Harry me serrer contre lui en pleurant.
Harry pleure…
Je décide de me concentrer sur lui, je réfléchirai au reste plus tard. Je crois bien qu’il s’adresse à moi.
-Draco ! Draco ! Qu’as-tu fait ? dit-il d’un ton étranglé.
Il ne cesse de m’appeler tout en me berçant. Mais mon corps ne réagit pas.
Est-ce ma mort qui le met dans cet état ?
-Draco ! Sale con ! Tu m’as laissé ! Tu n’as donc pas compris…Tu n’as pas compris…Tu n’as pas compris…
Harry répète cette phrase comme une litanie. Qu’est ce que je n’ai pas compris ? Pourquoi dit-il que je l’ai laissé ?
-Tu n’avais pas le droit de faire ça ! continue t-il de plus en plus affolé.
-DE QUEL DROIT ME LAISSES-TU ICI SANS TOI ? crie-t-il. TU N’AS PAS COMPRIS QUE LE FAUCON NE PEUT PAS VIVRE SANS LE CHAT ! TU N’AS PAS COMPRIS QU’IL M’EST IMPOSSIBLE DE VIVRE SANS TOI ! TU N’AS PAS COMPRIS QUE T’ES UN PAUVRE CON ET QUE JE T’AIME !!
Il…il m’aime ? Comment est-ce possible ?
Tout à coup, une multitude de souvenirs me parviennent par flashs ultra-rapides: l’affiche du spectacle, le regard de Harry lorsqu’on faisait l’amour, les larmes de Harry derrière la boite de nuit, Harry qui jouit dans les toilettes en guidant ma main, Harry à onze ans qui essaie une robe de sorcier dans une boutique, Harry qui refuse ma main tendue dans le train, Harry qui vole sur son Eclair de Feu et qui attrape le vif d’or ... Harry qui vient de me hurler qu’il m’aime.
Alors que tout défile dans ma tête à toute vitesse, une constatation me frappe. Il a dit qu’il ne peut plus vivre sans moi. Qu’est-ce que ... ça veut dire ?
Comme pour répondre à ma question, Harry a cessé de pleurer et lorsque sa voix retentit, elle est étrangement sereine.
-N'aie crainte, amour, me chuchote-t-il, je vais te rejoindre.
Que dit-il ? Il ne va tout de même pas…
Je l’entends marmonner à la recherche d’une baguette. Je suis toujours dans ses bras comme une poupée de chiffon, je ne peux rien faire.
Puis je sens une puissance étrange vibrer dans l’air. Je ne comprends pas, mais alors que la force augmente, j’entends Londubat hurler.
-IL FAIT DE LA MAGIE SANS BAGUETTE !!
-IL VA S'AUTODETRUIRE !
Cette fois, c'est Granger qui vient de crier, sa voix est désespérée et elle supplie Weasley de faire quelque chose.
Harry veut mourir. Non, il ne doit pas, je l’aime ! Je ne veux pas qu’il meure ! Et je ne veux plus mourir non plus, il m’a dit qu’il m’aimait…
J’entends Weasley supplier Harry d’arrêter, mais Harry se contente de marmonner « Désolé mon frère, ma décision est prise ».
Je sens la magie se faire de plus en plus forte et s’accumuler autour de nous. Je sens les bras de Harry trembler.
J’ai peur, je ne veux pas qu’il meure, je veux crier, je veux bouger et l’empêcher de se tuer mais je ne peux pas, mon corps ne m’appartient plus.
-Je t’aime Draco, attends-moi ! me chuchote-t-il.
Je sens ses lèvres se poser sur les miennes pour un dernier baiser.
Un baiser d’adieu.
Non ! Mon amour, je t’en supplie, arrête !
Je sens avec horreur la magie enfler de plus en plus alors que petit à petit, l'effet de la potion s’évapore. Le poison cesse doucement d'agir. Trop doucement par rapport à l’accumulation de magie autour de Harry.
Harry va mourir d’une seconde à l’autre et personne n’arrive à l’arrêter.
L’homme que j’aime va mourir et je suis incapable de faire le moindre geste pour l’en empêcher…
Je l'ai déjà dis sur fanfiction.net. J'aime tes fictions. ;) Tu écris réellement bien. Et celle-là je ne l'oublierais jamais puisque c'est la première que j'ai lu de toi.
Je connaissias déjà cette histoire sur ff.net et je dois te dire que ça a toujours été une des mes préférees!
J'ai bien aimé la nouvelle fin un peu differente et surtout l'épilogue, le mystère du fouet et du lasso reste entier et c'est tres bien comme ça!
bisous
Hey! y'a un chapitre de plus que sur Absolute! Et ils ont pas tous les même titres oO Ca veut dire: relecture obligatoire! (qu'y a-t-il de changé?)
*se précipite sur sa lecture, avide de savoir*
Tu es vraiment la meilleure.
Je crois que de toutes tes fictions, c'est ma préférée.
J'ai vraiment douté un moment que tu fasses la vrai fin de Roméo et Juliette. Et je suis contente que tu n'es pas été si sadique lol.
En tout cas, je vais continuer à suivre tes écrit car ils sont géniaux.