|
Des couloirs blancs. Blanc, blanc, encore. Toujours. T'en a envie de vomir. Tu hais cette couleur. Mais t'avances, mine de rien, le dos droit, un sourire railleur aux lèvres. Comme si tout allait bien. Comme si toi, tu allais bien. Parceque tu n'as pas le choix. Tu n'as pas le droit, après tout, d'avoir mal. D'avoir envie de crever. D'avoir envie de les tuer, tous. D'avoir envie de hurler à chacun de leurs regards, de leurs sourires. Mais tu te retiens. T'as un masque sur la figure, un masque d'ironie et de sarcasmes. Depuis... Non. Pas y penser, jamais. La haine, la douleur est encore là. Tu n'as rien fait. Tu n'as rien pû faire. Alors t'es là. Encore. Et toujours. On t'as appelé. Mission. T'avais pas envie, mais t'as pas le choix. Encore. Et lui il te détaille. Te fouille des yeux. Tu ne tressaille même plus. Lui aussi, tu le hais. Tu hais sa voix, ses yeux, ses idées mégalo, qui vous tueront tous. Un coeur? Non, vous n'en aurait jamais. Alors pourquoi? Pourquoi t'es encore là, pourquoi tu l'écoute, pourquoi tu acceptes déjà la mission? Mais tout simplement parceque tu n'as pas le choix. Même si tu a cessé d'y croire, t'es obligé. Sinon ils te tueront. Et toi, tu veux vivre. Pour le retrouver. Alors tu t'empéches de lui hurler à la figure tout ce que tu penses. Tu te retients de serrer les poings et de lui foutre sur le coin du nez. Tu t'abstiens de soupirer quand il commence son discours, que tu connais par coeur. Juste, quand il fini et te regarde séverement, tu souffles "Oui, numéro I." Et tu sors. Vite. Pour pas qu'il voye la haine qui enflamme tes yeux. Pour pas qu'il voye que tes chackrams sont déjà sortis, et que tu n'as qu'une idée, c'est de le tuer. Lui, et tous les autres. Rapidement, tu invoque un portail, tu t'engouffre dedans. Ta mission t'attends. Ta bouche se tord amèrement. C'est simple, ridiculement simple. Abattre des sans-coeurs. Pour nourrir le fantasme avide de Xeanort. Encore. Et ça ne te défoullera même pas. Avant, oui avant, t'aimais ces petites missions. Avant, t'y allais de bon coeur, t'y allais en souriant. Il était là. Avant... Mais aujourd'hui, la pluie glacée coulant sur ton visage, rien n'est pareil. Rien n'est plus pareil sans lui. Tu le sais. Tu le hais pour ça. Pour avoir sans même y penser marqué à ce point ce coeur que tu n'as pas. Tu es marqué à son nom. Tu ne t'appartiens plus. Tu n'as plus rien. Sauf ta haine. Oui, oui... Parceque... Tu le hais. De toute tes forces, de toute ton âme. Pour ne pas t'effondrer. Autour de toi, des sans-coeurs. Papillons noirs qui se jettent sur le brasier que tu es devenu. Rien n'existe plus. Mais tu ne ferme pas les yeux. Il est là, sous tes paupières. Ne jamais fermer les yeux. Jamais. Les flammes redoublent d'intensité. L'incendie qui te ronge ne s'exprime que lorsque tu te bats. Tout ce qui hurle en toi s'extériorise à cet instant. Tout ce que tu n'as pas le droit de ressentir. Ta haine. Ta souffrance. Ta... Détresse? Les coeurs volent, montent en tournoyant vers le ciel toujours noir. Ca pourrait être beau. Mais tu n'y fait pas attention. La douleur qui t'envahis à chaque nouveau combat enflamme ton corps. Chaque fois plus violente. Tu es en train de mourir. Doucement, doucement... Ton corps s'épuise... Brûle. Se consumme. Tu a perdu ce qui te tenait en vie. Ton coeur. Ton coeur qui est parti sans se retourner. Ton coeur qui n'as jamais pensé une seule seconde à toi. Ton coeur que tu a senti te quitter, que tu a senti s'arracher à ta poitrine. Lui. Ton coeur. Lui. Que tu hais plus que tout. Lui qui t'as abandonné. Lui qui s'est enfui en amenant une partie de toi. Vitale. Tu te relèves lentement. T'avais même pas fait attention que t'étais tombé à genoux. Tu secoue la tête, agacé par toi-même. Par ses pensées que tu n'arrive pas à faire taire. Et par la douleur qui renaît quand les mots éclatent dans ta tête. Tu hais aussi ces instants. Tu a l'impression que ta poitrine se glace. Ton ventre, ta gorge se nouent. Et cette humidité étrange qui naît dans tes yeux... Tu n'en veut pas. Refus brutal. Tu marches. Le silence t'apaise. Un peu. Lentement, tu redessines les rues sombres d'Ilusiopolis. Tu les connais par coeur. Tu les déteste aussi. Toute cette obscurité glacée, toutes ces fenêtres sans vies, toutes ses lumières pâles... Cette ville est morte. Et ce ciel sans étoiles, et cette lune étrange qui semble te narguer... Elle te ressemble. Et tu la hais pour ça. Tes yeux sont comme comme ses fenêtres, vides. Ton corps est comme ses rues, froid. Ton coeur est comme ses étoiles... Absent. Et ta haine comme ses lumières, présente mais désepérement inutile. Elle ne te réchauffe pas. Elle ne t'éclaire pas. Elle ne te sert pas. Elle est là, c'est tout. Et elle fait de ta vie un enfer. Elle brûle dans ton ventre, mais tu a froid tous les jours. Elle enflamme tes yeux, mais ta poitrine reste creuse. Elle meurtit tes reins, mais tu as mal à chaque fois que tu fermes les yeux... Tu t'arrête brutalement. Vacillant un peu, tu regarde autour de toi. Et les souvenirs explosent sous tes paupières. C'est là. Là. Là. Là! Tu le revois, tu entends chaque mots... La ruelle. Sombre. Lui, appuyé contre un mur, les bras croisés. Des pas brisent le silence. Il passe devant lui, le visage fermé. Sans relever la tête, il demande, -Tu t'es décidé? Il s'arrête. Sans se retourner, après un court silence. -Pourquoi la Keyblade m'a-t-elle choisi? Je dois le savoir. La colère l'envahis. Il se détache nerveusement du mur, crâche d'une voix sourde, -Tu ne peux pas renier l'Organisation. Si tu deviens leur ennemi, ils te détruiront! La petite forme n'a pas tressaili, ne s'est pas retourné. Sans le regarder, il lâche, -Je ne manquerais à personne. Et il continue à avancer, s'englouti dans les ténèbres. Lui, ses épaules s'affaisent, la tête baisée, -Tu me manqueras... A moi. Tu frémis. De rage, de souffrance. Tu sais qu'il t'a entendu, ce jour-là. Tu me manqueras... A moi. Tu le sais. Tu le hais pour ça. T'avais ouvert ton coeur. Tu lui avais avoué, à demi-mots. T'avais espéré qu'il comprendrait, qu'il se retournerait... Il ne t'avais même pas regardé dans les yeux. Tu me manqueras... Il aurait vu. Il aurait su. A moi. Mais non. Lâche, égoiste. Il t'avais abandonné. A moi. Abandonné! Tu ne lui pardonnera jamais. Jamais, jamais, jamais... Tu me manqu... Il s'est enfui. Sans toi. Mais avec ton coeur. Avec ta raison de vivre ...eras... A moi. Il était ta raison de vivre. Il était ton sourire. Il était ta joie et ta tendresse. A moi... Il était ton soleil, ta douceur. Il était tout, tout pour toi. Tu... C'est pour lui que t'es resté, pour lui que tu n'es pas partit je jour où tu a compris que tu n'aurais jamais de coeur. Tu es resté. Pour lui. Parceque... Me manqueras... Tu avais aussi compris que... A moi. C'était lui, ton coeur. A moi! C'est pour ça que tu le hais. Pour ça que t'es encore en vie. Pour ça que t'es toujours là. Tu le retrouvera, et tu lui fera mal, comme il t'a fait mal, chaque jour cruel de son absence. Tu le retrouvera, oui, et tu lui dira, tout, tout parceque maintenant la peur n'est plus. Tu le retrouvera. Et... Tu le tueras. Pour qu'il ne puisse plus jamais, jamais t'abandonner. Tu souris. Haine, souffrance, joie, amertume. Tu pleures... En souriant. Abominable sourire. Jamais plus... |