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Nouveau chapitre, Bonne lecture ! 2ème Chapitre : Une arrivée tendue Un T, puis un O et un M. Harry regarda son dessin avec rage et essuya rapidement ce qu'il avait écrit sur la fenêtre embuée du bus. Heureusement qu'il était seul sur la banquette, il se demandait ce qu'aurait pensé Ron s'il avait pu voir ce qu'il avait écrit. Mais Ron n'avait pas voulu venir à Londres, Harry le comprenait. Les au revoirs entre Tracy et lui avaient été froids et tendus, mais après tout c'était normal : Ron avait successivement baisé et largué sa correspondante pour la fille de ses rêves, Hermione Granger. Il était normal selon Harry qu'il n'ait pas eu le courage d'aller à Londres. Lui-même avait maintes fois failli se désister, mais ce n'était pas pour les mêmes raisons. Il crevait d'envie de revoir Tom mais il lui semblait que son correspondant n'éprouvait pas ce même besoin. Il avait écrit et appelé des millions de fois son correspondant mais celui-ci n'avait jamais répondu, mis à part cette fois-là, quand il l'avait appelé en pleine nuit. Harry ne savait même pas pourquoi il venait : lorsqu'il avait su que Ron était allé voir le directeur Albus Dumbledore pour se désister, Harry avait presque eu envie de le faire aussi mais bizarrement il n’avait pas pu se résoudre à le faire. Quelque part en lui, quelque chose le poussait à venir à Londres, voir Tom et lui parler. Le matin même, Harry avait supplié Sirius pour rester chez lui et ne pas monter dans le bus, mais son parrain avait réussi à le convaincre qu'il était plus sain qu'il aille à Londres, ainsi il saurait le fin mot de toute cette histoire et il pourrait enfin savoir ce qui se passait dans la tête de son petit-ami – enfin de celui qu'il considérait malgré tout comme tel. Harry n'avait jamais autant parlé avec son parrain que ces derniers jours. Il habitait dorénavant chez lui depuis que ses parents l'avaient jeté dehors. C'était encore très douloureux pour Harry et aucun de ses amis ne savait pourquoi il n'habitait plus chez ses parents, seul Draco était au courant. Mais Harry n'avait pas pu lui parler beaucoup, Draco était dans une phase amour, violons et fleur bleue. Du coup, il était très mystérieux et souvent tête en l'air. Il était même si étrange qu'Harry était presque content qu'il n'ait pas de correspondant et qu'il reste à Newport pour les vacances de Noël. Bien qu'il ait dû s'avouer qu'il allait se sentir très seul durant ces deux semaines : il appréciait beaucoup Dean et Seamus mais ils n'étaient ni Ron ni Draco et ce ne serait pas pareil. Si seulement Tom était là pour lui… Il entendait la voix douce d'Hermione derrière lui qui téléphonait à Ron pour le rassurer encore une fois. Bien évidemment, Hermione n'avait pas de problèmes avec sa correspondante et n'avait pas vu de raisons assez valables pour rester à Newport. De plus elle voulait passer pour une élève studieuse alors il était de son devoir d'accepter de vivre comme une orpheline durant deux semaines. Harry se demandait comment Ron allait faire pour tenir pendant ces deux semaines : il savait qu'elle et lui entretenaient des relations sexuelles plus que fréquentes et Ron était devenu, comme qui dirait, accro. Harry, lui, n'avait pas fait l'amour depuis un bon moment. Son dernier rapport sexuel remontait à un mois et demi lorsqu'il avait succombé au charme de son ex petite amie Cho Chang dans les vestiaires pour filles du gymnase de son lycée. Cette histoire avait fait jaser pas mal de gens, et au final beaucoup de monde avait été mis au courant. Même ses parents. Harry se flagella, il détestait penser à eux. Il ne voulait même plus leur parler, il avait définitivement couper les ponts avec eux, avec l'aide de Sirius bien sûr. Sans lui, Harry ne savait pas comment il aurait fait. Son parrain avait su le cajoler et le consoler lorsque Tom ne pouvait pas le faire. Harry aurait bien sûr préféré la voix chaude et si masculine de son petit-ami mais c'était sans compter sur son soudain silence. Harry fronça des sourcils tout en regardant le paysage défiler devant ses yeux. Il n'arrêtait pas de penser aux mêmes choses et tout ça le rendait lentement mais sûrement cinglé. Il avait passé un mois à pleurer et à crier sur Draco et Sirius parce que Tom ne l'appelait pas. Mais cela n'avait pas beaucoup aidé, Draco arrivait plus à lui donner le cafard qu'à le réconforter, Ron le faisait enrager parce que lui aussi aurait aimé délivrer ses tensions par des parties de jambes en l'air avec son petit-ami, Hermione lui sortait par les trous de nez pour la même raison que Ron et Seamus et Dean étaient vraiment trop ignorants de sa vie et de ses tendances homosexuelles pour qu'il pense sérieusement à se plaindre devant eux. Il ne restait que Sirius, solide rocher dans sa mer tourmentée. Une fois qu'il rentrerait à Newport, il penserait à le remercier comme il le fallait, surtout qu'il n'avait vraiment pas été une crème avec lui. Harry s'affala dans son siège et essaya de penser à autre chose. Bien évidemment il pensa à Tom mais seuls de bons souvenirs revinrent le hanter. Comme la dernière soirée qu'ils avaient passé ensemble, collés l'un à l'autre sur ce banc gelé de Bridge Street. Un léger sourire fleurit au creux de ses lèvres alors qu'il s'assoupissait doucement. XXXXXX Lorsque le bus rentra dans Londres, Harry commença à avoir peur, il ne voulait surtout pas se l'avouer mais il avait l'impression qu'une pierre était en train de descendre dans son estomac. Londres était sa ville préférée mais il ne fut que très peu attentif au paysage : sous ses yeux défilaient pourtant les plus beaux endroits de la capitale mais il n'en avait que faire. La peur était maintenant omniprésente et il en avait pleinement conscience. Il craignait horriblement de devoir faire face à Tom. Il espérait ardemment que son correspondant n'ait pas changé du tout au tout en un mois, que ces deux semaines à Newport n'avaient pas été qu'une belle illusion de sa part. Il l'aimait, pas vrai ? Harry s'apercevait peu à peu que les beaux quartiers laissaient place aux quartiers délabrés, aux banlieues remplies de blocs de briques rouges. Harry n'arrivait pas à dire qu'il détestait cette image de Londres, il aimait Londres dans son intégralité mais ce qu'il n'aimait pas c'était de savoir que Tom vivait dans ces quartiers tristes et austères depuis toujours. A l'avant du bus, un de ses professeurs accompagnateurs, le Professeur McGonagall annonça aux élèves qu'ils étaient bientôt arrivés. Le nœud dans l'estomac d'Harry se fit plus dur. Il avait horriblement peur de faire face à Tom. Il savait qu'il n'y avait pas vraiment de raisons à cela mais en vérité il craignait par-dessus tout que Tom le quitte. Qu'il le laisse tomber. Harry savait qu'il aurait dû avoir un peu plus de fierté que cela et que si Tom le quittait ça prouverait seulement que son correspondant ne le méritait pas, mais ce raisonnement ne l’aidait pas. Et une autre partie de lui-même, la plus joyeuse et optimiste, lui rappelait que Tom avait essayé de lui parler quelques nuits auparavant et que cela voulait bien dire qu'il ne l'avait pas oublié. Harry souffla un bon coup et prit son courage à deux mains : il ne laisserait pas Tom voir à quel point il l'avait blessé et inquiété par son silence oppressant et inexpliqué. XXXXXX Tom essuya ses mains moites sur son jean tout en pensant qu'il n'avait pas été aussi stressé depuis bien des années. Il ne savait pas ce qui lui faisait le plus peur, qu'Harry soit froid et détaché à son encontre ou que lui-même ne soit pas capable de faire autrement que se comporter comme un parfait connard pendant deux semaines. Tom savait qu'il était novice en amour et qu'il s'y prenait comme un pied depuis quelques semaines, alors il craignait que la carapace qu'il s'était construite fasse souffrir Harry – et lui-même par la même occasion. Il jeta un regard furtif à sa montre et s'aperçut qu'Harry devait déjà être à Londres à l'heure qu'il était. Sa jambe battait un rythme inconnu sous sa table et pour la première fois de sa vie, il ne réussissait pas à remplir une feuille d'examen. Il voyait Olivia à sa droite qui noircissait sa feuille à toute vitesse et Arthur un peu plus loin devant lui qui collait consciencieusement son chewing-gum sous sa table. Tom fit une grimace agacée en voyant cela et reporta son attention sur son contrôle d'espagnol, il avait complètement oublié le passé-simple du verbe andar, mais cela n'avait aucune espèce d'importance à ses yeux. Seule l'image d'Harry n'arrêtait pas de défiler sous ses yeux inlassablement. Il essaya de se concentrer en se disant que les profs devenaient fous en cette dernière semaine de cours : ils ne cessaient de les bombarder de devoirs surveillés. Ils devaient s'exciter parce qu'ils voyaient leur unique semaine de vacances arriver, c'était la seule explication. Enervé, Tom posa son stylo et rendit copie blanche. De toute façon, qu'est-ce qui était le plus important, Harry ou un fichu contrôle d'espagnol ? Il sortit de la salle de classe sous l'air surpris du professeur qui s'étonna du vide de la feuille de son meilleur élève. Tom s'empressa de retourner à son dortoir et vérifia son apparence dans un des miroirs veinés de crasse de leur dortoir. Il pouffa un instant en se disant qu'il avait l'air d'une parfaite collégienne mais ce surplus de stress pouvait le désavantager et Tom n'aimait pas trop cette idée, il ne manquerait plus qu'il devienne laid justement lorsque Harry arrivait. Tom s'immobilisa une seconde et se dit que ce n'étaient pas les profs qui étaient devenus fous mais bien lui, il devenait complètement cinglé. Pour preuve, jamais de la vie il ne deviendrait laid. C'était un de ses principaux atouts de manipulation, sans la séduction il n'était plus rien ! Tom s'allongea sur son lit et s'exhorta au calme, il n'arrêtait pas de penser à n'importe quoi et ce n'était vraiment pas bon pour lui. Il pria pour que son cœur cesse de battre si rapidement. Samuel entra dans le dortoir, et Tom serra les poings. Il haïssait ce type de façon viscérale. Le jeune délinquant lança un regard méprisant à Tom mais ne poussa pas l'audace au point de l'insulter : il prit juste un livre et s'assit sur son lit afin de lire tranquillement. Tom le regarda longuement en guettant ses mimiques répugnantes qu'il avait appris par cœur depuis le temps qu'ils se connaissaient, depuis toujours en fait. En voyant les doigts au bout rouge et rongé de Samuel qui tapotait nerveusement et rythmiquement la couverture de son livre, Tom eut envie de se lever et de le frapper. Mais bon, il avait changé et la seule chose qui comptait maintenant pour lui, c'était que, dans à peine dix minutes, Harry serait à l'orphelinat, chez lui. Il ferma les yeux et essaya de refouler cette vague de peur qui montait en lui. Mais quand même… Frapper ce type l'aurait vachement détendu… XXXXXX Tom, accoudé contre l'entrée de l'orphelinat, regardait le bus de Newport qui arrivait sous la pluie. Tous les orphelins étaient dans la cour de devant, attendant plus ou moins gaiement leurs correspondants mais il pleuvait tellement que Tom avait préféré rester en retrait sous le porche de l'entrée. Il essayait d'adopter une pose détendue et d’adoucir ses traits mais en réalité il était de plus en plus apeuré. Il se souvenait parfaitement de la voix glaciale d'Harry au téléphone et cela ne le rassurait pas du tout. Le bus passa le portail de l'orphelinat, et ses phares allumés aveuglèrent un moment Tom qui ne voulait surtout pas rater une miette de l'arrivée de son correspondant. Sa peur semblait grandir en lui, il avait l'impression qu'un serpent s'enroulait autour de sa poitrine et le faisait suffoquer. Un professeur aux longs cheveux noirs que Tom jugea d'ailleurs assez charismatique sortit du bus de Newport, et alla serrer la main à la directrice de l'orphelinat avec un très léger sourire qui relevait plutôt de la grimace. Les élèves commencèrent à sortir et Tom concentra son regard sur eux : il reconnut quelques élèves tels que Dean Thomas, Seamus Finnigan ou encore Parvati Patil. Lorsqu'il vit une fille aux cheveux fortement ébouriffés sortir du bus accompagnée d'un jeune homme à l'allure débraillée et à la chevelure indomptée, la respiration de Tom s’accéléra. Ses yeux se figèrent sur la séduisante silhouette de son petit-ami et accessoirement correspondant. Celui-ci ne semblait pas l'avoir vu, il s'abritait à côté de son amie qui portait un parapluie noir de chez Accessorize, l'air quelque peu morose de voir Hermione enlacer sa correspondante avec tant de joie. Il attendit patiemment que le flot des élèves devant les soutes du bus se disperse pour qu'il puisse lui-même prendre ses bagages. Son regard se perdit dans la foule des orphelins et élèves de Newport, il leva les yeux vers l'entrée de l'orphelinat et rencontra les yeux étrangement rubescents de son correspondant. Son rythme cardiaque augmenta considérablement, et il sentit un mélange de joie, de peur et d'excitation monter en lui à la vue de son petit-ami nonchalamment adossé contre le mur de l'arcade qui faisait office d'entrée. Leurs regards ne se lâchèrent pas pendant de nombreuses secondes, tous deux mitigés sur l'attitude à adopter. Hermione bouscula malencontreusement Harry et le contact visuel fut rompu. Les élèves se hâtaient maintenant de rentrer sous le conseil dégoulinant de sourires hypocrites de Mrs. Cole. Harry prit rapidement son sac de sport rempli à craquer des soutes du bus et avança vers l'entrée, toujours abrité sous le parapluie que Hermione tenait. Les rires et les conversations des adolescents assourdissaient Harry qui craignait plus que tout de passer devant son correspondant qu'il savait figé à l'endroit où il l'avait vu précédemment. Une fois sous le porche, Hermione et le reste des élèves le dépassèrent et suivirent Mrs. Cole dans les dédales de couloirs de l'orphelinat. Harry posa son sac de sport devant les pieds de son correspondant. "Dépêchez-vous, vous devriez lui montrer votre dortoir, Monsieur Riddle, vous devez tous être au réfectoire dans dix minutes !" lança le Professeur Sucks à Tom d'un air mauvais. Celui-ci hocha légèrement la tête et reposa son regard sur Harry qui gardait les yeux baissés sur ses chaussures. Maintenant qu'ils étaient seuls, Tom sentit l'angoisse réapparaître. Harry releva les yeux vers Tom, les cheveux dégoulinants de gouttes de pluies, ses yeux verts assombris d'une peur qu'il ne parvenait pas à contenir. "Salut" murmura-t-il, conscient du ridicule de son entrée en matière mais désireux de chasser le malaise entre eux. "Salut" répondit la voix cassée de Tom. "Tu vas bien ?" Harry haussa les épaules. Il était considéré comme victime d'une maladie étrange appelée homosexualité par ses parents, il avait rompu tout contact avec eux depuis moins d'une semaine et son petit-ami semblait l'avoir complètement oublié, alors non il ne se sentait pas au meilleur de sa forme. Amer serait même le mot exact. Un silence gênant s'installa entre eux et Tom soupira. "Viens, je vais te montrer le dortoir" dit-il avant de prendre le sac d'Harry. Harry le suivit dans l'orphelinat, avisant l'architecture gothique de l'établissement, les crucifix et les statues religieuses qui parsemaient les couloirs et l'austérité démoralisante de ces murs gris, suintant l'eau de la pluie qui venait de tomber. Rien n'était beau dans cet orphelinat. Et lorsque Harry franchit la porte du dortoir de Tom, il eut la confirmation que ça ressemblait plus à une caserne qu'à un orphelinat. Les couvertures semblaient rugueuses au toucher et avait cette couleur vert kaki si triste. Un seul miroir pas plus grand que celui qu'il avait dans sa salle de bains était accroché au mur, entouré de différents posters d'équipes de foot, de basket, de voitures de sport. Sur le mur opposé, un énorme poster d'une fille nue, blonde, aux formes plantureuses, trônait fièrement comme le plus gros des posters présents dans la pièce. Harry se mordit la lèvre inférieure, gêné d'être seul avec Tom dans une chambre pour la première fois depuis des semaines. Tom posa son sac près d'un lit identique aux autres qui était presque collé aux autres lits. Harry remarqua que le dortoir n'était pas fait pour contenir autant de lits mais la présence de correspondants devait avoir légèrement bousculé les orphelins et leurs éducateurs. Tom jeta un regard à la dérobée à son petit-ami, anxieux et ne sachant que dire. Harry semblait scruter son dortoir d'un œil sombre, et cela ne le plaisait pas à vrai dire. Il lui semblait qu'Harry n'allait certainement pas essayer de faire le premier pas, il pouvait distinctement remarquer que ses poings étaient serrés et que ses lèvres semblaient légèrement pincées. Tom soupira. Il ouvrit une porte sur le mur de droite du dortoir qui donnait sur les douches communes. Il invita Harry à y entrer et celui-ci ne put retenir une exclamation consternée. "C'est quand la dernière fois que ça a été rénové ?" lança Harry d'un ton vif, se fustigeant presque aussitôt d'avoir encore parlé avant Tom. Un imperceptible sourire passa sur les lèvres de Tom. "Aussi loin que remontent mes souvenirs, ça a toujours été comme ça." Harry reposa son regard sur les douches étroites et vulgairement séparées par un mur qui ne faisait même pas toute la hauteur de la pièce. Le blanc originel des dalles avait laissé place à un gris-noir crasseux et la lumière trop vive et artificielle des néons rendait la pièce passablement sinistre. Tom jeta un coup d'œil à sa montre et soupira de nouveau. "Ça va faire dix minutes qu'on est là, il faut qu'on y aille." Harry acquiesça d'un air sombre. Il suivit Tom dans les couloirs jusqu'au réfectoire, se demandant quand Tom se déciderait à lui parler de son silence et de son énigmatique coup de téléphone. Il regrettait presque d'avoir écourté si brutalement la conversation cette nuit-là, il avait l'impression d'avoir tout fichu par terre au moment où Tom allait s'ouvrir de nouveau à lui. Mais en même temps, il craignait plus que tout que la politesse de Tom ne soit qu'une couverture à son indifférence. Il commençait à se demander si Tom ne faisait pas qu'attendre que ces deux semaines se passent. Peut-être même que Tom avait voulu le quitter définitivement lorsqu'il l'avait téléphoné mais qu'Harry ne lui en avait pas laissé le temps. Cette idée attrista Harry plus qu'il ne l'aurait cru. Depuis des jours, il s'était persuadé que Tom ne voulait plus de lui mais maintenant qu'il en avait la preuve sous les yeux, il se rendait compte qu'il avait tout de même espéré que cela soit faux. Tom remarqua furtivement qu'Harry était étrangement pâle lorsqu'ils passèrent les portes du réfectoire, mais il n'eut pas le temps de s'interroger sur la raison de cette petite mine. Le Professeur Sucks les menèrent rapidement vers une des tables du réfectoire et mit un doigt jauni de fumeur sur sa bouche pour les inciter à se taire. Harry et Tom s'installèrent au bout d'une table et évitèrent le regard des correspondants et des orphelins qui étaient déjà tous installés. La directrice Mrs. Cole eut un air dédaigneux à l'intention de Tom et continua son discours. Harry fronça des sourcils tout en regardant la directrice de l'orphelinat : elle était habillée d'une façon très stricte et le pli amer de sa bouche suggérait qu'elle ne devait jamais sourire. Harry n'écouta qu'à moitié le discours de la directrice : il s'était déjà farci celui de Dumbledore près d'un mois auparavant et ce genre de discours était à peu près toujours le même. Harry se demanda même s'ils ne se refilaient pas les discours. Il scruta le réfectoire qui, à défaut d'être accueillant, semblait particulièrement propre, les tables brillaient, les chaises en plastique étaient propres et le sol était d'un blanc immaculé. Tout ça était même trop propre pour que cela soit vrai, il n'y avait même pas de toiles d'araignées au coin des murs et ceux-ci étaient pourtant vraiment grands. Ils avaient dû tout nettoyer à la brosse à dent. La directrice de l'orphelinat arrêta de parler un moment et enchaîna un autre couplet sur le respect et notamment le fait de tout laisser propre. Harry eut une exclamation méprisante qui fit tourner la tête d'une fille devant lui. Il ne la connaissait pas mais se rappelait l'avoir déjà vue à Newport. Elle leva un sourcil et eut un sourire en coin en le regardant : elle aussi semblait trouver le discours de sa directrice passablement ennuyeux. Harry lui renvoya un léger sourire et se rendit compte que la plupart des élèves semblaient s'ennuyer ferme. Il lança un regard en biais à Tom et remarqua que celui-ci, au contraire, écoutait attentivement le discours de la directrice, mais qu’au fur et à mesure qu'elle parlait, son regard s'assombrissait ; Harry perçut même un éclair rouge. Cela fit soupirer Harry qui se demanda s'il pourrait un jour à nouveau plonger dans cet océan de sang. "Voilà, je crois que je vous ai tout dit ! Les dames de la cantine vont maintenant vous apporter à tous un verre de jus de fruit et des gâteaux afin de vous donnez le temps de vous découvrir ou de vous redécouvrir" dit la directrice avec un regard bienveillant. Elle alla s'installer à une table où les professeurs accompagnateurs de Newport et ceux de l'orphelinat étaient déjà installés. "Bienvenue à Stockwell !" lança la jeune fille devant Harry avec un grand sourire "Je me souviens de toi, tu t'appelles Harry, n'est-ce pas ?" Harry acquiesça, étonné qu'elle connaisse son prénom. "Je m'appelle Olivia, et voici mon amie Darlène" dit-elle en lui présentant une fille à l'allure débraillée, qui avait de lourds cheveux bruns qui seraient sûrement très beaux s'ils étaient coiffés et qui portait une grosse paire de lunettes qui couvrait presque tout son visage. Olivia, elle, était plutôt jolie : ses longs cheveux blonds possédait plusieurs nuances qui les rendaient luminescents et ses yeux étaient d'un brun chocolat très chaleureux. "On est venues à Newport, c'était vraiment génial ! Mais dis-moi, ton ami blond, il ne vient pas ?" demanda-t-elle avec un sourire. "Draco ? Oh, non, il n'avait pas de correspondant…" répondit Harry avec un léger sourire. Partout où passait Draco, il faisait fureur. "Oh ! Quel dommage ! On a été si déçues quand il est sorti avec la correspondante de Jade !" Harry tourna les yeux vers une table un peu plus loin où étaient installés Hermione et sa correspondante Jade, et aperçut Tracy qui lui fit un signe de la main auquel Harry répondit. "Ils ne sont plus ensemble, mais pas la peine de rêver Draco a déjà retrouvé quelqu'un même si je ne sais toujours pas qui c'est." Olivia eut l’air déçu, mais Darlène sembla s'en ficher complètement. Elle buvait son jus d'orange sans même se préoccuper de la conversation. Les deux filles semblaient tellement différentes qu'Harry se demanda comment elles pouvaient être amies. "Alors, Tom, tu ne dis rien ?" fit Olivia avec un sourire en coin. Tom semblait en effet assez tendu, et il fusillait littéralement Olivia du regard. "Tes histoires de cul ne m'intéressent pas vraiment, Olivia" murmura Tom d'un air sombre. Olivia gloussa. "Est-ce que tu changeras un jour, Tom ? Je me le demande, en attendant, tu ne me donnes vraiment pas envie de ressortir avec toi !" Tom tiqua et eut envie de frapper violemment la tête d'Olivia contre la table de la cantine. Cette fille était la plus grande erreur de sa vie. Il la haïssait. Depuis le début de la conversation entre Harry et Olivia, il avait craint qu'elle laisse échapper une imbécillité de ce genre et bien sûr, une fois de plus, il avait eu raison d'avoir peur. "Ne t'inquiète pas, je n'y ai jamais repensé depuis que je t'ai largué" siffla Tom. Il jeta un regard à Harry qui s'était tu, l'air triste et déconfit. Tom remarqua cependant qu'une veine semblait pulser sur sa tempe, signe qu'il était très en colère. "Ah oui c'est vrai ! On m'a dit que maintenant tu préférais te faire consoler dans les bras de David, pas vrai ?" "Tu ferais mieux de vérifier tes sources Olivia, car il me semble que David ne garde pas un très bon souvenir de notre dernière discussion !" "Oh, le pauvre, tu l'as jeté ?" demanda Olivia avec un grand sourire. "Ecoute, Olivia, je sais bien que tu n'as toujours pas digéré le fait que je t'ai jeté comme on jette une chaussette mais ce n'est vraiment pas le peine de lancer de pareilles rumeurs sur mon compte, parce que à ce jeu-là j'ai beaucoup plus de choses compromettantes à dire à propos de toi et je suis sûr que Darlène serait ravie de les entendre !" Olivia sembla se renfrogner et évita le regard de son amie en buvant d'un coup son jus de fruit. Tom eut un sourire satisfait et attendit patiemment que sa directrice leur donne la permission de quitter le réfectoire. Il allait devoir mettre les choses au clair avec Harry, ou c'était sûr, il le perdrait définitivement. XXXXXX Tom soupira, assis sur le rebord de la fenêtre du dortoir qui était maintenant plongé dans une lumière rouge vaporeuse due au coucher de soleil. Il regardait du coin de l'œil son correspondant qui riait aux éclats avec Seamus Finnigan, le correspondant d'Arthur Polskov. Harry l'avait fui toute l'après-midi. En même temps, Tom devait avouer que les discours de la directrice, la visite des locaux et le dîner dans le réfectoire l'avaient empêché d'avoir un moment seul avec lui. Mais, maintenant qu'ils pouvaient trouver un endroit pour parler, Harry n'avait rien trouvé de mieux à faire que de défaire ses bagages tout en plaisantant avec Seamus Finnigan. Tom soupira de nouveau. "Y a un film ce soir à la salle-télé" fit Arthur à son correspondant "Tu veux y aller ?" Seamus jeta un regard à Harry. "T'y vas toi, Harry ?" "Heu… Ouais, pourquoi pas ?" répondit Harry. Il rangea ses dernières affaires dans les étroites armoires du dortoir et suivit Seamus et son correspondant jusqu'à la salle de télé. Il avait bien sûr remarqué l'air renfrogné de Tom mais surtout son regard déçu quand il avait accepté de suivre Seamus. Secrètement, il espérait que ce soit un bon signe. Tom ne désirait peut-être pas le quitter, après tout, mais il préférait ne pas provoquer de confrontation maintenant. Il se souvenait de ce qu'avait dit Olivia. De plus, Harry avait déjà entendu les orphelins de Stockwell dire son nom durant des conversations à Newport. Il ne savait pas quoi penser de l'ancienne relation entre Olivia et Tom. De toute évidence, c'était fini mais il était aussi vrai qu'Olivia semblait encore avoir pas mal de rancœur à l'encontre de Tom. Et puis, il y avait ce David. Là encore, il se souvenait d'une conversation avec Tom dans laquelle il mentionnait avoir insulté et craché sur un homosexuel qui avait été un peu trop intéressé par lui. Harry se sentait un peu perdu au milieu de toutes ces informations. Tom s'était comporté comme un salaud avec Olivia, avec David et même avec lui. Etait-il possible qu'il ne soit pas celui qu'il avait cru connaître à Newport ? N'était-il qu'un petit bâtard asocial, sombre et cruel ? Harry n'arrivait pas à croire cela : il se rappelait de la douceur de Tom, de ses bras autour de lui, de ses lèvres sur les siennes, et de la chaleur de son regard. Il ne pouvait pas être si mauvais, ni même avoir simulé cet amour pendant tout ce temps. Mais alors pourquoi restait-il à l'écart ? Pourquoi n'avait-il pas retenu Harry lorsqu'il avait accepté de regarder la télé avec Seamus et son correspondant ? Pourquoi n'avait-il pas saisi l'opportunité de lui parler lorsqu'ils étaient seuls dans leur dortoir ? Harry était fatigué de se poser autant de questions. Il s'installa sur un fauteuil défoncé devant une grande télé et alors que tous les autres élèves s'asseyaient, lui ne faisait penser qu'à Tom. Lorsque le générique de fin défila sur l'écran, Harry s'aperçut qu'il n'avait pas regardé une seule seconde du film. Toutes ses pensées restaient tournées vers Tom et il se rendit compte que depuis son arrivée à Londres, la peur au fond de son estomac était restée là, intacte. Rien n'avait changé. Tom n'avait pas su le rassurer et à cet instant, Harry crut vraiment que tout était perdu. XXXXXX "Fais chier" murmura Tom en allumant une énième cigarette de la soirée. Il n'avait pas arrêter de pester contre tout le monde, seul, dans une des cours intérieures de l'orphelinat. Il se demandait comment il était censé retenir Harry si celui-ci le fuyait… Il soupira quand il vit un surveillant passer dans la cour. "Vous devriez rentrer Monsieur Riddle, le couvre-feu va bientôt sonner" dit-il d'un ton plat en passant devant lui. Tom ne répondit pas, et regarda le surveillant rentrer dans le bâtiment tout en finissant sa clope. Il jeta son mégot et resta là, à réfléchir, en essayant de ne pas désespérer. Lorsqu'il eut vraiment trop froid, il décida de rentrer au dortoir. Les autres étaient déjà là, occupés à prendre une douche ou à se mettre en pyjama pour dormir. Tom haïssait les pyjamas, il préférait dormir nu mais à l'orphelinat ce n'était pas trop conseillé, alors il dormait en boxer. Il alla dans la salle de bains commune afin de se brosser les dents et remarqua Harry, légèrement pensif, qui se mettait en pyjama, caché dans une des douches de la pièce. De là où il était, Tom vit tout parfaitement et fut surpris de se sentir excité si facilement rien que par la vue de son correspondant en boxer. Il eut un léger sourire, se délectant de la vue puis baissa les yeux. Il se brossa les dents et rentra dans le dortoir. Il enleva ses vêtements et se glissa rapidement sous ses couvertures, par pudeur et également parce qu'il craignait qu'on voit sa soudaine érection. Il se tourna sur le ventre et enterra sa tête dans son oreiller en essayant d'oublier l'image de son petit-ami – s'il pouvait encore l'appeler comme ça. Au bout d'un moment, les lumières s'éteignirent et le calme emplit la pièce. Tom savait que, très proche de lui, sur un autre lit aussi inconfortable que le sien, Harry dormait. Il tourna la tête vers la droite et distingua, tout près de lui, le visage d'Harry dont les yeux grand ouverts le fixaient. Tom eut un léger sourire, hésita un moment puis allongea son bras afin de caresser la joue douce de son correspondant. Celui-ci tressaillit. "Bonne nuit" souffla Tom. "Bonne nuit" répondit Harry en emprisonnant la main de Tom dans les siennes, et en l'embrassant avant de la laisser partir. Ils se regardèrent longuement cette nuit-là, éclairés seulement par la brillante pleine lune. Et tous deux s'endormirent longtemps plus tard, un léger sourire aux lèvres. TO BE CONTINUED… Une review ? SamaraXX 27/06/08 |