Bonjour chers amis :) J’avais dit que je ne tarderais pas à poster la suite, la voici. Ce OS (en trois parties) m’a donné du fil à retordre, mais j’ai un faible pour lui, surtout pour ce Draco incisif mais terriblement insécurisé. Ceci dit je ne suis pas sûre d’avoir pu rendre exactement la façon dont je voyais les choses, mais comme je ne me vois pas retoucher au texte, je vous laisse en juger. Dans cette partie, on revient sur la façon dont le couple s’est formé, ce qui m’a semblé important à aborder. Merci beaucoup aux personnes qui m’ont envoyé des reviews, j’ai été vraiment très touchée (et je suis sincère, ça peut paraître étrange mais je suis toujours étonnée de recevoir des compliments), j’ai répondu à chacun, j’espère n’avoir oublié personne. Sinon, un avertissement pour ce chapitre : outre le langage parfois ordurier de Draco, il y a une justification du rating par une scène asses chaude, si vous avez du mal avec ça, vous serez au moins prévenus :) Dédicace : Encore et toujours pour Artoung, je sais que je lui offre souvent des choses mais cette fois c’est juste tout à elle pour son anniversaire, et sa réaction à la lecture a été le plus magnifique des remerciements pour moi, parce qu’on ne parvient pas toujours à voir la beauté de ce qu’on fait, je ne pourrai jamais assez la remercier pour ce qu’elle fait pour moi au quotidien. Me reste qu’à vous laisser lire, on se retrouve à la fin ^^ Moi qui ne supporte pas le bonheur… (Part. 2) Mercredi 17 Juillet 2002 : – Alpha à Oméga, vous me recevez ? grésille une voix dans mon oreille. – Transmettez, Alpha, je réponds en maintenant le transmetteur placé dans ma bague à l’aide de mon pouce. – Essai radio. – Reçu, fort et clair, Alpha, terminé. – Fort et clair, Oméga, terminé. Concluant, j’ai seulement affaire à un putain de boulet qui a hurlé dans sa radio comme une harpie. Merci la technologie, je serai sourd avant mon vingt cinquième anniversaire. Les missions sur le terrain me gonflent, mais gratter des rapports me gonfle encore plus alors je fais avec, en essayant de ne pas penser à ce soir et au compte rendu que je vais devoir me taper. La guerre a fait évoluer pas mal de choses, et pas qu’en mal si vous voulez tout savoir. Sans elle, je ne serais pas au poste que j’occupe aujourd’hui (sans elle, je serais sans doute beaucoup plus heureux, aussi, mais c’est une autre histoire). Les sorciers se sont aperçus des dégâts énormes causés par les attaques de Mangemorts, tant au niveau des victimes qu’au niveau des témoins Moldus. Les Oubliators ont mis presque une année entière à retrouver tous ces pauvres diables qui avaient assisté sans le vouloir à des scènes qui dépassaient leur entendement, du coup l’idée est arrivée un beau matin : et si on créait une unité dont la mission serait de couvrir chaque action des Aurors sur le terrain en éloignant les Moldus ? C’est ainsi qu’au terme de deux années d’études des sortilèges je me suis vu proposé un poste dans l’unité mobile des Oubliators. En réalité, ces peigne-culs n’en glandent pas une depuis que mon service est sur tous les coups, et ils ne s’en plaignent pas. En attendant, j’ai souvent l’impression d’être pris pour un con vu que je fais à moitié le boulot des Aurors, à moitié celui des Oubliators, et une moitié supplémentaire (dont on ne m’a pas parlé quand j’ai signé mon contrat) en administrant les premiers soins aux blessés. Je savais bien que j’étais en train de me faire entuber, le jour où j’ai signé, je ne savais juste pas à quel point. À l’époque de ma relation avec Potter (ça ne fait pas si longtemps mais j’ai toujours l’impression qu’il s’est tiré il y a dix ans tant il me manque), les horaires étaient plus que gênants vu qu’il n’y a pas d’horaires définis, justement, ce qui fait qu’on peut être appelé n’importe quand en dehors des sorties programmées. Combien de fois j’ai dû le laisser sur sa faim parce qu’il y avait du grabuge et que personne d’autre ne répondait ? Bon, le bonus de l’histoire, c’est qu’en seulement un an je suis passé chef d’unité. Mais si j’avais su, je leur aurais conseillé de se coller leur promotion là où le soleil ne brille jamais, et quelqu’un d’autre se serait mangé les montagnes de paperasses à lire, signer, écrire, et le reste. Enfin… je m’adapte. Et depuis que je dirige cette bande de larves les choses ont bougé, à commencer par les équipements. Parce que, excusez moi, mais on fait plus discret que les hiboux ou les notes enchantées quoi. Alors j’ai eu l’idée d’intégrer des radios miniaturisées modifiées pour résister à la magie. Georges Weasley m’a d’ailleurs aidé sur la partie technique de la chose. Après, il a fallu former tout le monde à l’utilisation des émetteurs-récepteurs mais tout ça nous a beaucoup facilité le travail. Il y a juste encore des glandus qui croient devoir hurler pour se faire entendre, ce qui m’agace prodigieusement. En fait, ce qui m’emmerde le plus, c’est de travailler avec des gens, je supporte de moins en moins les êtres humains lambda. J’aurais bien aimé faire de la recherche, peinard dans un laboratoire, comme Blaise, mais je ne suis pas assez doué en alchimie (c’est autrement plus difficile que les potions inutiles qu’on enseigne à l’école, et déjà là j’étais limité, heureusement que Snape m’avait à la bonne et me donnait de bonnes notes…), et je ne tiens pas vraiment en place, j’ai besoin de bouger, de me dépenser. Finalement je suis sans doute à la place qui me convient le mieux : le cul entre deux chaises bancales. Je regarde l’heure, six heures douze. Ces enfoirés m’ont tiré du lit pour me demander de couvrir une interpellation à risques avec mon unité, à charge pour moi de réveiller à mon tour cinq personnes, ils étaient heureux, je vous dis même pas à quel point. Après avoir vérifié que ma baguette est bien dans sa poche spéciale cousue sur la jambe droite de mon jean, j’ajuste ma veste, le bandana noir qui empêchera mes cheveux de me tomber devant les yeux et m’occupe de lacer mes rollers. Oui, parce que je trouve plus rapide de me déplacer là dessus, encore une de mes idées pour laquelle personne ne m’a félicité. Ça m’a fait drôle de remonter sur des patins, vu que je n’en avais pas fait depuis plus de dix ans, mais au final ça fonctionne et je me fonds mieux dans la masse des Moldus, rien à voir avec les Aurors en robes. Les membres de mon équipe ont suivi mon exemple, deux se servent de rollers, et trois de skate boards, ce qui nous rend plus rapides, donc plus performants. – Lewis, tu t’occupes des toits, Bail, tu fais le côté nord. Ung, au sud, King, à l’est et Dougall, à l’ouest. J’ai dit tout ça rapidement, sans les regarder, ils ont l’habitude. Lewis et Ung sont des filles, je leur confie toujours les points les plus délicats après celui dont je m’occupe, elles sont douées. Ils sont tous assez doués d’ailleurs mais je ne le leur dis jamais, nous travaillons ensemble, nous ne sommes pas là pour être amis, c’est clair depuis le premier jour. Je pense que Dougall en pince pour Lewis mais s’il se passe des choses entre eux, ça n’a aucun impact sur ce que nous faisons, ils savent bien que si quelque chose se passe mal à cause d’une connerie sentimentale ils virent. Je les entends plus que je ne les vois se mettre à leurs postes respectifs, Dinah Lewis grimpe lestement à l’échelle qu’elle vient de faire apparaître, son skate attaché dans son dos. Seule Lucy Ung reste près de moi, nous nous mettons toujours en place au dernier moment. Elle me tend un parchemin, son visage fermé ne me dit rien qui vaille. – Qu’y a-t-il ? je lui demande. – On n’a jamais bossé avec ces Aurors, Draco, je le sens pas. Elle a l’air tendu, ce qui est inhabituel chez elle. Même si je ne la connais que depuis que nous sommes dans la même équipe, je sais comment elle fonctionne – je les connais tous par cœur – et elle n’a jamais dit qu’elle ne sentait pas une mission. Intrigué, je baisse les yeux sur le parchemin qui est à présent entre mes mains. C’est la liste des Aurors présents, et donc des hommes que nous allons couvrir et sans doute secourir s’ils se manquent. Mon cœur s’arrête sur un nom… – Lucy, va te mettre en place, j’arrive. J’ai parlé plus sèchement que je ne l’aurais voulu, mais elle acquiesce, de toute façon elle ne peut pas aller contre mes ordres. – D’accord, je vais en profiter pour poser des pièges supplémentaires, sait-on jamais. Elle s’éloigne, je ferme les yeux en maudissant le hasard. Depuis que nous travaillons pour le Ministère, jamais Potter et moi ne nous sommes retrouvés sur le terrain ensemble, ça va être la première fois. Avant, pour des raisons d’efficacité, c’était toujours une autre équipe qui se chargeait de la couverture, j’avais oublié que notre séparation impliquait la possibilité de nous rencontrer en missions. Merde. Finalement, je ne la sens pas non plus, cette intervention. En quelques secondes seulement je me reprends, c’est pas le moment de hurler à la haute connerie, c’est plutôt le moment de se bouger pour que ces taches ne reviennent pas de mission les pieds devant. Moui, je le sens encore moins vu que chez Potter ce sont tous des têtes brûlées, lui en premier. Ils ont la réputation de foncer dans le tas sans se soucier des conséquences et aucune unité de couverture ne veut travailler avec eux plus d’une fois, c’est dire. Je suis tombé sur quelques rapports bien gratinés sur eux, c’est même un comble qu’aucun de ces névrosés ne se soit pris un blâme. Mais je me demande pourquoi je m’étonne, personne n’irait donner du bâton chez Saint Potty, le Patron des âmes en deuil. Déjà agacé, je roule nerveusement vers la ruelle où se sont établis les aurors afin de se préparer à donner l’assaut. Premier constat : la discrétion, ils ne connaissent pas. Superbe. Dans le lot j’en reconnais cinq sur dix, c’est déjà un bon score. Weasley et Potter font la causette, entourés par leurs fans (on peut le dire, et croyez moi c’est écœurant tant de dévotion de bon matin). Plusieurs baguettes se tournent vers moi quand je toussote pour attirer l’attention. Eh oui, je sais faire les choses en silence, moi. Je les laisse débattre quelques secondes sur ce que je suis. Ils ont l’air de croire que je suis un Moldu égaré. Ils n’ont aucun sens de la logique, ça a quelque chose de flippant car sérieusement, je n’ai jamais vu un Moldu s’exercer au roller à six heures du matin dans les ruelles sombres. – Bon, quand vous aurez fini de m’insulter, on pourra peut-être bosser, je dis finalement de mon ton le plus sec. – Merde ! C’est toi, Malfoy ? Weasley a réagi vite, et c’est encore plus terrifiant parce qu’il a l’air content de me voir. – Non, je suis mort et c’est mon fantôme qui vient hanter tes miches tachetées, Weasmoche. Maintenant dis moi avec qui je dois voir pour les détails de votre prochain suicide. Le silence retombe, lourd, comme j’aime. Ils la ferment tous, ils sentent enfin qu’ils sont pas là pour discuter le coup. Moi j’essaie juste de ne pas regarder Potter, si je croise son regard ne serait-ce que quelques secondes, je sens que je serai incapable de faire quoi que ce soit de bon. Mais le hasard m’en veut, parce que c’est lui qui se détache du groupe en déclarant qu’il dirige la descente. Il s’approche, un peu plus que ne l’exige la politesse et je me déteste de remarquer qu’il n’a pas changé de parfum. Le plus perturbant c’est que je sais que cette odeur subtile c’est juste celle de sa peau mêlée à du savon, il a dû se doucher avant de venir. Le traître. – Tu fais du roller, maintenant ? demande-t-il. – Comme tu vois, c’est pratique pour le boulot. – Je ne savais pas. – Tu n’avais pas à le savoir. Il essaie de discuter, il cherche à rencontrer mes yeux mais je lui refuse mes mots comme mon regard. J’inspecte rapidement le plan qu’il m’a donné en donnant les indications à mon équipe. Du coin de l’œil je vois Lucy arriver et faire sursauter les Aurors à son tour, elle ne perd pas de temps et inspecte leurs équipements. Je crois que je suis le seul à exiger de poser des protections magiques directement sur les gens, mais c’est ça ou laisser au moins une personne sur le carreau à chaque fois. – Tu devrais rejoindre tes collègues, Lucy va jeter quelques sortilèges sur tes vêtements pour éviter les bobos, dis-je à Potter, plus pour l’éloigner qu’autre chose. Mais au lieu de partir, il attrape le parchemin que je ne lis plus depuis déjà un moment, je ne peux faire autrement que lui lancer un regard agacé. – Tu pourrais au moins me regarder quand tu me parles, Draco, je vais finir par douter de ta politesse. – Je ne suis pas payé pour être poli, Potter, mais pour éviter que tu y restes. Et je n’ai pas besoin de te regarder pour faire ça bien. – Ce sera toujours comme ça, alors ? Il a presque murmuré sa question, mais elle résonne dans mes oreilles comme s’il venait de hurler. Georges avait raison, il souffre encore. – Oui, je souffle à mon tour avant de tourner les talons. Je m’éloigne suffisamment pour ne plus être en vue mais pas assez pour ne plus voir. Potter n’a pas bougé, il a l’air un peu perdu. Il n’a toujours pas appris à cacher ses sentiments cet idiot. Quelques minutes passent lentement, il ne bouge toujours pas. Finalement un des Aurors que je ne connais pas va lui parler. De loin je ne vois pas bien mais il me semble que ce gars lui tapote doucement l’épaule, un geste qui me donne envie de retourner là bas pour lui coller mon poing dans la figure. Je me retiens, de toute façon je n’ai plus le droit de dire quoi que ce soit à Potter, il peut donc se faire tapoter ce qu’il veut par qui il veut, et ce sans mon consentement. C’est nul. Je m’oblige à ne plus regarder dans leur direction et à me concentrer sur ce qui va se passer dans quelques minutes maintenant. Le plan des lieux est clair dans ma tête, j’ai reçu la confirmation de mon équipe : tous les moldus dans un rayon de deux cent mètres sont profondément endormis, il ne leur reste plus qu’à gérer les éventuels passants mais comme nous sommes prévoyants, des sortilèges ont été placés à des endroits stratégiques afin de repousser tout passage d’êtres non magiques dans la zone d’intervention. Pour le reste, Dinah nous préviendra. – Ici l’équipe Alpha, nous sommes en position. La voix grave de Potter dans mon oreille me fait brièvement frissonner, je me secoue, ce n’est pas le moment de rêvasser. – Reçu, Alpha, Oméga en position. – Nous sommes prêts à donner l’assaut, attendons votre accord. – La zone est sécurisée, Alpha, assaut autorisé. – Bien reçu. Terminé. J’adore les conversations radio, on ne se perd pas en digressions inutiles, ce sont des ordres, des mots concis. Tout ce que j’aime. Et apparemment Potter a pris l’émetteur, ce qui repose bien mes oreilles. Je sors de ma cachette et suis le groupe d’Aurors qui vient de déboucher de la ruelle pour se diriger vers ce qui ressemble à la sortie de secours d’un établissement minable. L’endroit ressemble à une antichambre de l’enfer avec ses poubelles renversées, les seringues usagées dispersées un peu partout et cette odeur de pourriture que même la fraicheur de la nuit n’a pas su évacuer. Quelques Aurors me regardent bizarrement, je les ignore. Pas envie de perdre mon temps à leur expliquer que j’interviens toujours directement avec les équipes d’assaut, ils le verront bien. Du coin de l’œil je vois Weasley se placer à côté de moi, je me retiens de lui dire que je suis assez grand pour me protéger seul. Visiblement ils n’ont jamais eu affaire à des équipes bien vaillantes. Je n’ai pas le temps de réfléchir, déjà le combat s’engage entre les hommes à l’intérieur et les Aurors. Je me dépêche de dresser des boucliers, ce qui évite à deux personnes de perdre leurs baguettes. Nous progressons vite, les potes de Potter sont bons dans leur genre, et rapidement nous arrivons dans ce qui tient lieu de salle de réunion à un gang de trafiquants. Il y a des montagnes de caisses dans les coins, ouvertes pour la plupart, sur la longue table placée au centre de la pièce je vois des petits sachets contenant une sorte de poudre mauve. De la cocaïne sorcière, apparemment pas de la merde en plus. Et vu la quantité, les Aurors ont tapé dans le mille. Là aussi, le combat s’engage. Les types d’en face sont deux fois plus nombreux et ça m’agace, cette partie du travail n’a pas été faite. En général on essaie de savoir combien il va falloir en dégommer avant de se pointer. Heureusement que les Aurors ont des réflexes, Weasley vient d’en descendre deux d’un coup et Horst deux autres. Moi je ne touche pas aux adversaires, ça ne fait pas partie de mon travail, et je suis suffisamment occupé à dévier les sorts qui sans moi auraient tué déjà quatre personnes. Finalement, Potter et sa bande en finissent assez rapidement avec les vilains pas beaux. Ils les ligotent et en réveillent un pour essayer de lui faire dire où est son chef. Je reste près de la porte, j’ai hâte que tout soit fini. De l’autre côté de la salle, Potter me lance des regards meurtriers, il n’a pas aimé que je les accompagne. – Hey, Malfoy, sacré travail ! s’exclame Weasley en s’appuyant au mur juste à côté de moi. – Je dois te remercier, là ? – Non, c’est moi qui te remercie, tu nous as évité des blessures. – Je n’ai fait que mon boulot, la belette, va donc t’occuper de tes bandits et fous moi la paix. Il hausse les épaules et s’éloigne, je viens de battre mon record. D’habitude le rouquemoute s’incruste au minimum deux minutes avant de comprendre que lui faire la conversation est loin d’être ma priorité. Je suis devenu très fort pour le faire dégager, vive moi. Je profite de ce moment de calme pour vérifier les positions de mon équipe et demander si des mouvements suspects ont été repérés, vu qu’il manque le chef des méchants ce serait bien qu’on sache s’il est sur place ou non, j’ai un mauvais pressentiment. Les réponses ne sont pas satisfaisantes, il y a quelque chose qui cloche. Les Aurors essaient de faire parler un pauvre bougre complètement shooté… enfin, trois d’entre eux essaient, les autres ont l’air de s’emmerder ferme. Weasley tente de tirer trois mots à Potter, et Potter me mate comme s’il avait envie de me pendre à la poutre apparente de la salle. Et moi, j’ai une sale impression, comme s’il allait se passer quelque chose, sauf qu’il ne se passe rien. Je balaie la pièce du regard pour me donner une contenance, des caisses, des caisses et encore des caisses. Un vrai dépotoir ici. Ce n’est qu’au troisième passage de mes yeux sur l’une des piles que je me rends compte de l’anomalie : il y a de la magie dans ce coin là. Pas un objet enchanté ni une connerie inoffensive… il y a quelqu’un. Une personne désillusionnée, j’en suis presque sûr. Je n’ai pas le temps de dire quoi que ce soit pour prévenir les autres, le sorcier bouge, il a compris que je l’avais vu. Mais je ne suis pas son objectif, il se dirige à l’opposé de moi, vers… merde ! – Avada Kedavra ! Le silence tombe, lourd. Tout le monde me regarde, normal. Je reste comme un con avec la baguette à la main. Tout vient de se passer si vite, j’ai à peine eu le temps de voir les yeux de Potter s’agrandir de surprise quand j’ai pointé ma baguette sur lui – enfin en apparence. Et les mots sont sortis seuls, j’ai perdu mon sang froid. Le corps de l’homme est étendu aux pieds de Potter, il est raide mort mais Weasley se précipite quand même pour vérifier pendant que je me laisse tomber au sol. Je crois que ça s’appelle une bavure. – Merde, Malfoy, tu l’as tué, souffle la belette. – J’ai vu, merci, je réponds sèchement. – Comment ça s’est passé ? J’ai rien vu, fait un des Aurors que je ne connais pas (celui qui tapotait Potter tout à l’heure, j’en suis presque sûr). – Vite, le type était planqué, il a sauté sur Potter, j’ai dégainé, point. Pas envie de me faire cuisiner, je me relève et je sors le plus vite possible avant de dire un truc dément. Dire quoi, me demanderez vous ? Je ne sais pas, un truc du genre « j’ai eu tellement peur qu’il le tue que je l’ai descendu avant ». Parce que c’est ce qui s’est passé, je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie… enfin si, la dernière fois c’était pendant la dernière bataille. Et je me déteste de sentir des larmes rouler sur mes joues. Merde. Je sors comme si j’avais le diable aux trousses, je me glisse dans une ruelle, en face de la porte par laquelle je viens de sortir. Dans un état second, je demande à Lucy de prendre ma place à l’intérieur au cas où, ce qu’elle fait immédiatement sans poser de questions, cette fille est une perle. Ce n’est que lorsque tout le monde est à nouveau en place que je me permets de me laisser glisser le long du mur crasseux, jusqu’au sol. J’allume une cigarette, plus par nécessité d’occuper mes mains que par besoin réel d’inhaler de la nicotine. Je viens de tuer quelqu’un… c’est con mais c’est la première fois que je butte une personne, et je m’écœure. Pendant la guerre j’étais emprisonné chez moi par Voldemort, et avant… je n’ai même pas pu euthanasier Dumbledore, c’est dire si l’acte de tuer m’est inconnu. C’est pour ça que je chiale comme le môme pathétique que je suis, parce que je m’étais juré de ne jamais tuer. Et ce soir j’ai ôté la vie… juste parce que Potter risquait de perdre la sienne. – Ça va aller ? Tiens, quand on pense au loup… – Ouais, dégage. Non, Potter, j’ai pas besoin que tu me voies comme ça, alors fous le camp. – Draco, je ne vais pas te laisser seul après ce qui vient de se passer. – Je vais te signer une décharge s’il le faut, mais casse toi. Saint Potter reste Saint Potter, même avec un enfoiré comme moi, il ne peut pas s’en empêcher je crois. Il s’agenouille devant moi et prend mon visage en coupe, délicatement, comme si j’étais un objet fragile. Le traître, je n’ai jamais pu résister à ce genre de gestes. Il plante son regard incroyable dans le mien, c’est dingue, tout ce vert, même dans la pénombre il brille. – Merci, Draco, murmure-t-il. Oh, oui, Potter est un salaud, il me connaît bien. Je sais que je le regretterai demain, mais là tout de suite j’ai besoin de sentir qu’il est là, bien en vie. Je passe ma main dans ses cheveux, un peu étonné de leur douceur sous mes doigts. Lorsque nos lèvres se touchent, quelque chose explose en moi, j’ai l’impression que mon cœur vient de gonfler, gonfler… Il prend toute la place et il bat si fort que Potter doit l’entendre. Ses baisers m’ont toujours fait cet effet-là. Et dans cette ruelle sordide, tandis que je l’embrasse comme si ma vie en dépendait, j’oublie tout. J’oublie hier et demain, j’oublie le temps, j’oublie que nous deux, c’est sans avenir… tout. De toute façon, du moment qu’il est vivant, tout me va… n’est-ce pas ? oOo Deux ans plus tôt – Samedi 22 Juillet 2000 : Draco écarta d’un geste agacé la mèche de cheveux qui venait de s’égarer devant ses yeux, il ne trouvait pas ce qu’il cherchait, il avait horreur de ne pas trouver ce qu’il cherchait. C’était là, pourtant, il en était certain. Mais au vu de la pile de livres monstrueuse qui se trouvait devant lui, le découragement le guettait. Ah, elle était bonne son idée de faire accélérer son cursus universitaire en ingurgitant le contenu d’une année en deux mois seulement. Il avait juste oublié une donnée dans l’équation : sa condition humaine. Il devait manger, dormir et faire beaucoup de choses qui l’éloignaient de son but, ce qui ne lui convenait pas du tout. Il se sentait souvent misérable face à ses aspirations. Que lui avait-il pris de choisir l’Université de Sortilèges ? C’était parfois tellement difficile qu’il se demandait s’il ne ferait pas mieux de tout laisser tomber une bonne fois pour toutes. Mais dans ces moments là il se souvenait des mots que Potter avait eus pour lui, ce fameux soir près d’un an plus tôt. Le Survivant lui avait avoué respecter son intelligence et espérer le meilleur pour lui. Et si Draco en était là, c’était uniquement à cause des yeux de Potter. Les yeux de Potter qui le matin même lui avaient retourné le cerveau en apparaissant en première page du « Sorcière Hebdo » avant qu’il ne lise l’article annonçant la terrible déception sentimentale du jeune héros, qui venait de rompre avec sa fiancée, la très rouquine Ginny Weasley. Draco n’avais pas été tellement étonné, cette fille n’était pas faite pour Potter. Et là, il se demanda pourquoi il pensait encore à ça, et décida que Potter était mauvais pour sa concentration, il annulerait l’abonnement de sa mère à « Sorcière Hebdo ». – Si tu veux te suicider, essaie de ne pas le faire en te noyant sous les bouquins, c’est plutôt con comme mort. – C’est pourtant celle que j’ai choisie. Qu’est-ce que tu veux, Weasley ? Tu as perdu ton chemin ? Georges Weasley haussa les épaules et se laissa tomber sans grâce face à Draco. – J’essaie juste de semer ma sœur, elle est persuadée que je vais faire des bêtises si on me laisse seul. Draco se demanda un instant s’il ne venait pas de basculer dans une dimension parallèle. Une dimension vraiment bizarre dans laquelle un rouquin serait son ami. C’était ça ou bien peut être le demi litre de café qu’il s’était enfilé au petit déjeuner. – Et je peux savoir pourquoi tu cherches à la semer dans une bibliothèque ? demanda-t-il d’un ton pincé que son père lui aurait envié. – C’est juste le seul endroit où elle ne pensera pas à me chercher, j’ai besoin de paix. – Certes, mais dans ce cas, ne serait-ce pas mieux si tu allais t’installer à une table inoccupée ? Le rouquin ne répondit pas, il venait de se plonger dans le feuilletage intensif de l’un des énormes ouvrages que le blond avait péniblement rassemblés peu avant son arrivée. – Tu cherches quoi là dedans ? demanda Georges au bout de quelques instants. – Dans un livre sur les sortilèges ? Je cherche… voyons… des sortilèges, répliqua Draco qui sentait poindre l’énervement. – J’avais saisi l’idée, je me demandais juste quels sortilèges tu cherchais. – Je fais une étude sur les spécificités des sorts de défense, maintenant j’aimerais que tu me laisses bosser, il y a de la place ailleurs qu’à ma table. Georges reposa doucement le livre qu’il tenait sans dire un mot, ce dont Draco lui fut reconnaissant… avant de remarquer qu’il continuait de le fixer comme s’il était un curieux petit animal. – Au cas où tu n’aurais pas compris : j’ai envie d’être seul, donc casse toi. L’autre haussa légèrement les épaules mais ne détourna pas son regard. Draco replongea dans le grimoire qu’il compulsait dans l’espoir de s’abrutir suffisamment pour que ce regard ne le gêne plus et que son propriétaire lui foute la paix. Visiblement, Georges Weasley s’ennuyait, et il avait décidé que Draco Malfoy serait sa victime du jour, en tout cas c’est ce que pensa ladite victime lorsqu’une main décidée referma énergiquement le gros volume sur ses doigts. – Mais t’es con ou quoi ?! s’exclama-t-il avant de vérifier qu’il n’avait rien de cassé. – Non, je te fais juste gagner un temps considérable. – Va te faire foutre, et laisse moi bosser, merde ! – Tu ne trouveras rien du tout dans ces livres. Draco, rassuré de voir que ses doigts n’avaient rien, résista à l’envie de les coller dans la figure de son interlocuteur indésirable. Interlocuteur qui avait l’air extrêmement sérieux mais qui pour l’heure le faisait extrêmement chier. – Tu ne sais pas ce que je cherche exactement, alors je te conseille pour la dernière fois de tracer ta route, sinon je ne réponds plus de moi. – Bien qu’il soit distrayant de t’ennuyer, je ne mens pas, Malfoy. Les bouquins les plus intéressants ont été retirés des bibliothèque pendant la guère et la plupart de ceux qui pourraient vraiment t’aider se trouvent au Ministère, sous clé et sous bonne garde. – Et tu avais besoin de m’éclater les doigts pour me dire ça ? Je bosse avec ce que je trouve, tu as dix secondes pour disparaître. Le rouquin eut un petit rire. – Je connais un autre endroit où tu pourras trouver ton bonheur, et là bas tu n’auras aucun problème du moment que tu réussis à convaincre le gardien du Temple que tes intentions sont pures. – Mon intention, là, c’est de t’atomiser, Weasley. – Super, viens. Draco avait clairement senti ses lèvres bouger, il était aussi certain d’avoir dit à ce psychopathe de lui lâcher a grappe, aussi eut-il du mal à s’expliquer la raison pour laquelle le susmentionné psychopathe tenait à présent son poignet et l’entrainait à sa suite. Il n’eut même pas le loisir de protester quand le rouquin le projeta dans l’une des cheminées de l’aire de transplanage de la bibliothèque en lui adressant un petit sourire. – Ne t’en fais pas, j’arrive juste derrière toi. Draco n’entendit pas la destination, trop occupé qu’il était à tousser la pleine poignée de poudre de cheminette qu’il venait de respirer. Le trajet fut bref, et à sa grande honte il s’étala comme un débutant en essayant de sortir de l’âtre d’arrivée. Il mit quelques secondes à réaliser qu’il venait bel et bien de se faire embarquer dans une galère par un type qu’il connaissait à peine et qui le trouvait « distrayant ». Son voyage dans la quatrième dimension se poursuivit lorsque, en se relevant avec autant de classe que faire se pouvait, il observa ce qui l’entourait, à savoir des pots de peinture, des établis… Une paire de jambes musclées dans un jean tâché de peinture – celle des pots, supposa-t-il – surmontée d’un torse nu, hâlé et fort bien proportionné lui même surmonté d’un visage masculin dont les yeux d’un vert hypnotique étaient agrandis par la surprise. Au moment où Draco se pinçait pour tenter de se réveiller de ce cauchemar – car c’en était un, n’est-ce pas ? Il ne pouvait pas avoir atterri à plat ventre chez Harry Potter sans y avoir été invité – Georges Weasley sortit de la cheminée à son tour. – Salut Harry, je t’ai amené un peu de compagnie pour te distraire de tes travaux. – Euh… salut Georges, Malfoy, balbutia un Potter un peu gêné. – Weasley, tu as très peu de temps avant que je ne m’énerve et t’envoie faire la bise à ton jumeau dans l’au-delà, explique-moi ce que je fous chez Potter alors que j’étais en train de trimer peinard il y a moins de dix minutes. En lieu de réponse, Draco ne reçut qu’un éclat de rire sonore et une grande claque dans le dos. – Franchement, Harry, ce type est à mourir de rire. Je lui ai parlé de ta réserve, ça t’embête de la lui montrer ? – Euh… non. Bien sûr que non. Draco eut au moins la consolation de voir que Potter semblait aussi perdu que lui. Il remarqua aussi – et il aurait pu s’en passer – que la tenue d’ouvrier du dimanche allait bien à un Potter qui savait visiblement faire travailler ses mains. Un Potter qui sembla remarquer son intense frustration et lui donna les informations qui lui faisaient défaut : – Je possède pas mal d’ouvrages assez précieux, Georges a dû penser qu’ils te seraient utiles. Tu veux les voir ? – Je… pardon ? – Bon, pendant que vous vous éclatez dans la poussière, je vais m’affaler au salon, fit le rouquin en quittant la pièce, souriant toujours. Draco se sentit soudain très fatigué. Tout ceci n’était pas en train d’arriver, il ne venait pas de débarquer chez un type qu’il n’avait pas revu depuis un an comme un cheveu sur la soupe – ou une merde de chien sur son tapis, au choix – et ce type n’était pas en train de se forcer à lui proposer le tour du propriétaire. Non, pas moyen… – Tu ne te sens pas bien, Malfoy ? Draco faillit s’écrouler de rire devant la mine soucieuse du héros. Décidément ce mec était perdu pour l’humanité, quelqu’un finirait par le lui bouffer tout cru, son grand cœur. – Si… si, je vais bien, Potter, je n’ai juste pas l’habitude de m’incruster chez les gens comme ça. – Oh mais c’est pas grave, j’ai l’habitude que Georges vienne quand il a envie, et s’il a jugé utile de te faire venir aussi, je ne vois pas le problème. – Le problème, Potter, fit Draco en essayant de bien choisir ses mots, c’est qu’on ne devrait pas être en train d’avoir cette conversation parce que je devrais me trouver à la bibliothèque, à chercher des sortilèges à la con pour mon mémoire. Je suis désolé que ton pote amputé du siamois ait trouvé drôle de t’ennuyer, moi en tout cas ça ne me fait pas rire ce genre de plan. Draco avait soigneusement choisi ses mots, et sélectionné les termes les moins corrects afin de faire comprendre l’étendue de son indignation et de sa gêne, mais Potter, au lieu d’avoir l’air soulagé que tout ceci ne fut qu’un malentendu, se mit à sourire d’une façon totalement déloyale. Déloyale parce que le coup des étincelles amusées dans ses yeux verts « je t’espère », ça donnait des frissons à Draco. – Je commence à comprendre pourquoi Georges t’a amené, dit-il doucement, si doucement que Draco dut tendre l’oreille. – Tant mieux, tu vas pouvoir m’expliquer, et après tu me donneras un peu de poudre de cheminette, j’ai encore du boulot. – Hum. D’accord, mais suis moi, je voudrais te montrer quelque chose avant. Et le voyage dans la quatrième dimension se poursuivait. Draco chercha des yeux un miroir – il n’y en avait aucun dans la pièce, hélas – histoire de voir si son front ne portait pas d’inscription bizarre du genre « faites de moi ce que vous voulez, j’adore ça ». Et encore une fois il se résolut à suivre un guide dont il ne voulait pas dans une maison qu’il ne voulait pas connaître. Il voulait ses livres, et qu’on lui foute une paix royale. Visiblement, c’était déjà trop demander. Potter le fit passer dans ce qui lui sembla être un chantier géant, des draps tâchés partout, des bâches sur le sol, un parfum tenace de térébenthine. Ils descendirent des marches, un étage, suivirent un couloir-chantier et débouchèrent sur une pièce immense. Les yeux de Draco s’ouvrirent grand, de surprise, d’émerveillement, de jalousie aussi. La pièce était tapissée d’étagères en acajou bourrées à craquer de grimoires. Il y avait apparemment tout ce qu’il fallait pour s’installer confortablement et les consulter : une table, des chaises à l’aspect confortable, une cheminée qui rendait l’atmosphère chaleureuse et un tapis persan sur lequel il devait être agréable de marcher pieds nus. – C’est ma « réserve », c’est de ça que Georges parlait. Il y a pas mal de choses, tu peux regarder. … il aurait été mal élevé de refuser. Bon, Draco était méprisant, grossier à ses heures et parfaitement insupportable dès qu’il le décidait, mais sa mère l’avait bien élevé, donc il jeta un coup d’œil. … et faillit laisser ses yeux sur place. En très exactement dix secondes, il avait trouvé ce dont il avait besoin pour finir son mémoire, les fameux livres qui ne se trouvaient même pas dans la réserve de la plus grande bibliothèque universitaire du Royaume Uni se trouvaient juste là, à portée de main. – Très belle collection, Potter, commenta-t-il platement. – Merci. Ce sont des cadeaux, j’ai aménagé cette pièce juste pour pouvoir tout ranger, ça me rend service de ne plus avoir à sortir de chez moi pour consulter certains ouvrages. Ah oui… Potter le futur Auror. Draco avait oublié d’oublier ce détail. – Et Weasley, alors ? Potter hésita un peu, il n’était pas vraiment gêné mais semblait mal à l’aise. Potter était toujours torse nu. Draco eut un frisson. – C’est compliqué. Georges a très mal vécu la mort de Fred, on a pensé que le chagrin lui passerait, qu’il finirait par recommencer à vivre mais il a tenté de se suicider. Ses parents l’ont envoyé dans un centre psychomagique où il a suivi une thérapie. Ça a fonctionné, il n’a plus rien tenté, mais il est devenu très taciturne, lunatique même. – Et qu’est-ce que je viens faire au milieu de sa névrose ? – Tu es la seule personne qui ait réussi à le faire rire depuis la mort de Fred, je crois qu’il t’aime bien. Quatrième dimension ? Draco se massa doucement les tempes. – Je suis ravi d’avoir pu jouer les comiques de service, où est la sortie ? Potter passa une main nerveuse dans ses cheveux, étalant un peu plus la peinture qui y avait élu domicile. – Tu peux utiliser mes livres, si tu veux, dit-il en fixant le tapis d’un air absorbé. – … Pardon ? – Je te propose de te laisser utiliser ma bibliothèque. – Tu n’as pas peur que j’en profite pour les garder ? – Aucun risque, tous les grimoires ont été ensorcelés, ils ne peuvent pas quitter cette pièce. – Je rêve ou tu es en train de m’inviter à squatter chez toi ? Potter haussa les épaules d’un air dégagé, il avait récupéré son assurance calme, celle qui faisait que Draco se sentait toujours débile face à lui. – Je regrette, mais je ne peux pas accepter. Non, il ne pouvait pas. Et puis voir Potter tous les jours… s’habituer à nouveau à sa présence, alors qu’il avait eu tant de mal à s’en passer… Il ne pouvait pas, il avait dit non, d’ailleurs. – Pourquoi donc ? Ça avait l’air important pour toi de finir ce que tu faisais. – Ça l’est, mais je n’ai aucune envie de te devoir quelque chose. Il n’avait aucune envie d’avoir une raison pour rester près de lui. Ça lui donnerait trop d’autres envies. Des envies déplacées. – Tu n’auras qu’à me donner un coup de main pour mes travaux, on sera quittes. – Ecoute… Arrête de respirer les vapeurs de peinture, Potty. On n’a jamais été des amis, on se connaît à peine et jusqu’à maintenant on s’est toujours détestés très cordialement. Si tu es en manque de conversation, tu peux toujours aller tailler une bavette à Poil de Demi-Carotte dans ton salon. Le brun hocha doucement la tête, il ne souriant plus, c’était déjà quelque chose. – Tu sais, Malfoy, je n’ai jamais eu l’occasion d’être autre chose qu’un ennemi pour toi, et c’est ce que j’espérais changer. Si tu ne veux pas, je le comprendrai, mais saches que de mon côté je ne te déteste plus. Ainsi, c’était ça la paix ? La Paix, celle avec un « P » majuscule, celle qui calme les esprits en profondeur, aplanit les mésententes et adoucit les haines les plus farouches. Potter parlait « paix », là, tout de suite, et Draco avait bien envie de le suivre sur ce chemin. Lui qui n’avait connu que le conflit. Lui qui était si fatigué de lutter. Le premier pas lui coûta, plus tard il se dirait probablement que ce pas là, il n’aurait jamais dû le faire, car il l’avait fait sans voir le précipice qui s’ouvrait sous ses pieds. – Je ne te déteste plus, Potter, souffla-t-il. Et c’était vrai. Lorsque la main brûlante de Potter s’enroula autour de la sienne, il sentit nettement un gouffre béant s’ouvrir sous ses pieds. oOo Jeudi 18 Juillet 2002 : – Hummmm… Cette voix m’affole. – Arrête… je souffle. Un bien pathétique effort, une piètre tentative pour m’échapper. – Non, Draco… ne pars pas, pas maintenant. Son souffle est brûlant sur mon oreille. J’en oublie que j’étais en train de m’en aller. De le quitter pendant qu’il dormait. Mais un Potter ne dort jamais bien fort, jamais sur ses deux oreilles en tout cas, même s’il lui faut deux oreillers et trois couvertures. – Potter… Ma propre voix n’est ni convaincue, ni convaincante. Mes mains sont à plat sur la porte, celle là même que je voulais franchir jusqu’à ce qu’il arrive derrière moi et ne m’enivre… ne me retienne. Avant de tout simplement me prendre. J’aurais pu le jeter comme une merde, je l’ai déjà fait après tout. Mais quelque chose en moi a crié « encore un peu, juste encore un peu ». – Viens… viens pour moi, gémit-il alors que ses doigts s’ancrent plus fort au niveau de mes hanches. … alors que ses hanches à lui accélèrent au rythme de son souffle sur ma nuque. … alors qu’il me baise, et me baise encore jusqu’à l’oubli. Jusqu’à ce que j’oublie mon nom et les raisons pour lesquelles je voulais franchir cette putain de porte. Et moi, comme le connard que je suis, je lui obéis et je viens, fort. Je viens alors qu’il va et vient à l’intérieur de moi. Jusqu’à l’oubli, oui… Jusqu’à ce que je me rappelle que nous deux, c’est juste ça. Jusqu’à ce que mon cœur érige de nouvelles défenses. – On va dans ma chambre. Sa voix est rauque, sa main est brûlante. Je le suis. Demain… Demain ma mémoire reviendra. Pour aujourd’hui, il est déjà trop tard. oOo Deux ans plus tôt – Vendredi 25 Aout 2000 : Lorsqu’un cri étouffé suivi d’une bordée de jurons lui parvint, Draco sut que Harry Potter venait de rentrer chez lui. Cet abruti congénital oubliait toujours l’énorme pot de peinture entreposé dans l’entrée, énorme pot qui lui rappelait systématiquement sa présence en entrant en contact avec un de ses pieds. Draco remit nerveusement en place le livre qu’il essayait de lire depuis une bonne demi heure sans y arriver vraiment. Cette journée lui avait littéralement scié les nerfs, mais le pire, c’était ce qui allait arriver dans les dix minutes qui suivraient. Quelques jours plus tôt, il avait présenté son mémoire devant un jury, grâce à la petite réserve de Potter, il était parvenu à donner le meilleur de lui-même et lorsque le résultat était tombé, Draco avait été très fier de lui pour la première fois depuis des années. Il avait voulu remercier Potter, parce que pendant près d’un mois, son ancien ennemi l’avait laissé camper dans sa bibliothèque, qu’il lui avait expliqué quelques petites choses qu’il ne comprenait pas et avait même poussé les explications jusqu’à la démonstration, ce qui avait failli détruire son salon. Ils en avaient ri. En fait, en un mois, Draco s’était surpris à sourire de plus en plus souvent. Il avait souri la première fois que Potter s’était éclaté les orteils dans l’énorme pot de peinture de l’entrée ; il avait souri quand Potter lui avait raconté l’académie des Aurors ; il avait souri, et souri encore à chaque fois que Potter était entré dans la pièce chargé d’un plateau de nourriture à son intention. Oh, bien sûr, il l’avait un peu aidé pour ses travaux, mais peindre deux ou trois murs n’était pas une façon de remercier convenablement une personne quand on s’appelait Malfoy. Alors, lorsqu’il avait eu ses résultats, Draco avait appelé Blaise et Pansy. Pansy suivait des études d’architecture d’intérieur, elle aimait rénover et décorer les maisons, c’était au moins une chose positive que leur condamnation avait provoquée : la passion de Pansy. Blaise étudiait l’alchimie, ses compétences n’avaient servi à rien en cette occasion, Draco avait juste eu besoin de son immense corps d’athlète. Grâce à Georges Weasley, Potter avait été tenu loin de chez lui durant toute la journée, ce qui avait laissé le temps à Draco et ses amis d’exécuter le plan. Car Draco n’aurait jamais dit « merci » tout simplement. C’était bien trop difficile pour lui qui n’avait jamais eu à remercier quiconque. Ils avaient juste rénové le salon. Draco avait demandé à Pansy un style « Gryffondor classe », ce à quoi elle avait répondu « tu te fous de moi ? ». Finalement, ils étaient parvenus à un compromis : des murs saumon très clair, un tapis rouge profond, des canapés assortis au tapis placés de part et d’autre de la cheminée et le reste du mobilier était composé de meubles en acajou massif. Draco avait fait peindre une immense toile moldue représentant James et Lily Potter, qu’ils avaient accrochée au dessus de la cheminée. Pour le reste, il avait laissé une Pansy au bord de l’évanouissement disposer les cadres remplis de photos de belettes. Il avait simplement déposé une copie de ses résultats sur le manteau de la cheminée, histoire que Potter comprenne. Blaise n’avait pas dit grand chose, il n’avait jamais été très bavard de toute façon. Il avait attendu d’être sur le pas de la porte, prêt à partir, pour achever Draco avec une de ses vérités : « je suis heureux que tu aies décidé de faire la paix avec Potter, mais pense à faire pareil avec toi même ». Oh, bien entendu, il y avait plusieurs façons d’interpréter les paroles de Blaise Zabini, comme toujours, mais Draco avait bien compris que durant toutes ces années, le regard qu’il avait porté sur Potter n’avait échappé à personne… sauf à lui même. Après le départ de ses amis, soit une heure plus tôt, Draco avait plus ou moins tourné en rond avant d’échouer dans la bibliothèque. Et là, Potter venait de rentrer, et Draco se demandait pourquoi il n’était pas rentré chez lui. Il sut lorsque la porte s’ouvrit brutalement sous l’impulsion d’un Survivant aux joues rougies et aux yeux brillants. Il comprit que rien n’aurait pu l’empêcher d’assister à cela. Potter ne dit rien, malgré les tonnes de mots qui semblaient sur le point de jaillir de sa bouche, il se contenta de s’approcher de Draco. Et Draco sut qu’il avait attendu longtemps ces bras qu’il sentait à présent autour de lui. Les lèvres de Potter se posèrent sur les siennes, suite logique mais redoutée autant qu’espérée. Des baisers chastes, papillon, aux baisers plus appuyés, rythmés par les battements de son propre cœur, Draco se laissa guider. C’était doux. Des baisers plus profonds, avec la langue de Potter glissant contre la sienne comme la plus excitante des friandises, aux mains coulant le long de son dos avant de se poser sur ses reins, Draco perdit l’esprit. C’était bon, tellement bon. Les choses avaient changé entre eux. Les choses changeraient encore. Draco le savait, un jour tout ceci appartiendrait au passé, Potter s’éloignerait et alors il le perdrait. Ce baiser fut sans doute le plus beau moment de la vie de Draco Malfoy, mais il fut également le plus triste, car s’il sentait cet homme contre lui, chaud, si chaud contre son cœur, il ne put occulter de sa pensée l’idée qu’un jour viendrait où il aurait à nouveau froid. À suivre… Et un de plus. La troisième partie sera plus longue, elle fait 28 pages sur le document word. Je pourrais la couper en deux mais je n’en ai pas envie :p Donc ici nous avons un Draco qui affirme ses positions, je le trouve à la fois stupide et terriblement touchant, ce garçon. C’est bien la première fois que je m’attache autant à un personnage d’une de mes histoires. Je vous donne rendez vous pour la suite (et fin) de cette histoire qui n’en finit pas, je serai sans doute beaucoup moins sûre de moi à ce moment là, vu ma tendance à douter de la façon dont je termine mes fics :p (mais ça ne finit pas mal, promis). A très vite Baddy (red Inside) |