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au 13 Nov. 17 :
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Quand on parle du Loup...
Par SeanConneraille
Loup, y es-tu?  -  Romance/Action/Aventure  -  fr
2 chapitres - Complète - Rating : T+ (16ans et plus) Télécharger en PDF Exporter la fiction
    Chapitre 1     Les chapitres     15 Reviews    
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Quand on parle du Loup...

Quand j'ai demandé à Fanny s'il y avait une longueur maximale pour la fic concours elle m'a répondu:

"No limit, tant que c'est coupé en deux"


Tout est donc de sa faute. Sur ce, je vous laisse lire, je garde mes commentaires pour la fin de la fic, parce que c'est long... :D

Tout est à moi, à part deux trois personnes citées qui n'appartiennent qu'à elles-mêmes.

 

********************************


 

Quand on parle du Loup...


 

 

Lundi 4.   

 

Je meurs de chaud (appuyez bien sur le « meurs » je vous prie) et, -que le Ciel en atteste- je ne suis pas loin de fusionner avec mon fauteuil tellement je brûle.  

Fauteuil cent pour cent pure vache s’il vous plait.  

Oh bien sûr, ça fleure bon, c’est doux au toucher et cette teinte de marron est du plus bel effet (un très beau chocolat avec de splendides reflets caramel) mais, vous en conviendrez, c’est du plus absolu des inconforts par cette température.  

Je vous le jure, cela colle à la peau c’est tout bonnement atroce.  

Bien évidemment je ne suis pas assis nu dans cette création du Malin, un peu de logique par tous les diables ! Seulement les accoudoirs sont eux aussi couverts de cuir et, il se trouve, par le plus grand des hasards, que certaines parties découvertes de mon corps –aussi connues sous le nom de mains- reposent sur lesdits accoudoirs.

Ce qui nous conduit donc à : la peau de mes paumes (amusant à dire non ?) colle à cette peau de vache (j’ai un humour totalement exquis et je l’assume pleinement) et j’abhorre (j’adore ce mot) tout particulièrement cette sensation. 



Oh ! Je me permets une petite parenthèse avant que nous n’entrions réellement dans le vif du sujet.

Je dois vous avouer –au moins à vous chers amis lecteurs- un secret qui me pèse lourdement depuis quelques temps déjà. C’est une chose que je ne révèle que rarement mais, je pense que vous méritez amplement d’être dans la confidence.

Dès lors que vous vous intéressez un temps soit peu à ce qui fut mon passé, ce qui fait mon présent, ce qui fera mon futur, en simple et concis, mon odyssée sur la grande route de la vie, je me dois d’être parfaitement honnête avec vous.  

Alors, soit !  Préparez vous, car voici l’un de mes secrets les plus inavouables : 


Je suis…  


… 


Excessivement friand d’adverbes ! Voilà c’est dit ! 


Haha vous ne vous y attendiez pas à celle là ! Je vous ai bien eus mes coquins (les coquines, veuillez patienter dans mon petit salon, à la fin de la lecture je serai tout à vous, dévoué corps et…corps)!

Bref, vous suspectiez sans doute une révélation un peu plus fracassante telle que : 


« Je suis l’incarnation vivante de Krishna »  


Ou bien encore…je ne sais pas moi :  


« Je mène une double vie. Le jour je suis un banal milliardaire en costume hors de prix, subissant sans relâche les assauts de femmes toutes plus splendides les unes que les autres alors que ! La nuit ! Je me cache sous des vêtements de cuir noir et moulants pour corriger de vilains garçons !...et protéger la cité.»  

N’y voyez aucuns sous-entendus. Ne soyez pas vils et pervers tel le sinistre individu qui me sert de patron. 


Oh ! J’ai mieux !   


« Je suis le fils caché de Lady Gaga et Mitch Buchannon.»  


Intéressante combinaison n’est-ce pas ? Je dois vous avouer que je serais plutôt curieux de voir le résultat d’une telle association.  


Un souvenir mémorable sans aucun doute.  Un instant magique, unique dans une vie. 


… 


Allons bon, je cesse de vous tourmenter et j’avoue tout.  



Je suis… 
 

Friand de friands!


Hohohoooo!

Je suis véritablement plein d’humour et d’esprit n’est-il pas ?  


Bref je m’égare, je m’égare et je referme ma parenthèse (notez bien que mes préférés sont les friands au chocolat, je compte sur vous). Pardonnez ce petit instant de folie. 


Il fait donc toujours aussi chaud et la climatisation est, comme il se doit dans ces cas-là, tombée en panne.

On ne peut sincèrement pas faire confiance à cette camelote ni aux réparateurs de climatisation.

Nous lui avons donné rendez-vous il y a de cela une journée déjà et cet incapable n’est toujours pas venu effectuer les réparations. Et ces pouilleux viendront ensuite nous réclamer une augmentation.

Bref, ceci est un autre débat qui ne nous intéresse pas pour le moment. 

A l’heure qu’il est, je serais prêt à donner mon ancestrale chevalière contre un souffle d’air ou un éventail. 


Oh, je ne crains guère une quelconque malédiction familiale, ce n’est pas comme si mes illustres aïeuls pouvaient me damner de quelque façon que ce soit. Ils sont morts depuis des lustres –et moi aussi- le plus grand risque réside dans le fait que l’un deux pourrait se démettre un os en se retournant dans sa tombe. Autant vous dire que cela m’importe peu. 

De toute manière, échanger mon bijou ne me servirait guère, il me faudrait au moins un grand congélateur pour me rafraichir convenablement. 


Hum, je vous ennuie avec mes jérémiades ?  

Vous m’en voyez navré mais j’aime (insistez sur le « j’aime ») me plaindre ! C’est un des plus grands plaisirs de la vie.  

Pourquoi n’en aurais-je pas le droit moi aussi ?  

Sous prétexte que je suis un vampire (Seigneur, ne faites pas cette tête étonnée, c’était évident depuis le début voyons), que je suis mort et tout ce qui s’ensuit, je ne suis pas autorisé à protester contre les fluctuations thermiques de cette charmante région ? 

Et bien croyez le ou non, mais malgré mon statut de cadavre ambulant, je bous totalement.  

Ma situation est plutôt ironique non, si l’on considère que je suis supposé faire partie des créatures les plus froides du monde.
 

Enfin pour tout vous avouer, je ne vois pas ce que cela a de si surprenant.  

La pierre gèle en hiver, devient brûlante sous un soleil d’été, alors pourquoi pas quelqu’un comme moi ? Je ne suis qu’une masse de matière inerte après tout. 

Bon certes, pas si inerte que ça.  



-Baz’ ?
  

Ou alors… quelque chose comme un gène de lézard nous est transmis pendant notre transformation, je ne vois pas d’autre solution. 

Comment expliquer cette faculté à absorber la chaleur ambiante sinon ? 

De plus, cela éluciderait de toute évidence le mystère de notre incroyable capacité à combuster spontanément au moindre petit rayon de soleil.  

Oui, je sais que combuster n’existe pas. 

L’homme descend du singe, le vampire du lézard, je viens de révolutionner le monde de la génétique. A moi la gloire et la fortune !

Ou pas… 

Non mais sérieusement, entre nous, réfléchissez-y quelques instants, mon idée ne parait pas si sotte. 

Si ?  


-Baz !   


Rabat-joie.   


Et toi là-bas ne me regarde pas avec les sourcils aussi froncés je te prie. Je sais que je t’exaspère à m’accorder une cinquième pause pendant mes heures de travail mais ce n’est pas une raison pour te mettre en colère contre moi.  

Est-ce un crime de s’octroyer quelques instants de répit par cette chaleur ? Je ne tue personne à ce que je sache ! 

Oh. Je vois.  

Le crayon qui tape frénétiquement sur le comptoir, le léger tressautement du sourcil droit et cette façon de manger tes joues pour éviter de grincer des dents…tu es en pleine comptabilité !

Autant (au temps, je n’ai jamais su quelle était la bonne orthographe de cette maudite expression par tous les saints !) pour moi, je sais que tu détestes cela par-dessus tout, cependant je n’y suis pour rien si un affreux zigoto a décidé un jour d’imposer des règlementations aux commerces ! 

C’est ça. Soupire ! Moi je pivote le fauteuil pour ne plus voir ton visage contrarié.


Quoi !? Chacun son affaire ! Personnellement, voir quelqu’un me faire les gros yeux avec une tête de six pieds de long donne un arrière-goût désagréable à mes instants de flemmardise.  

Mauvaise conscience ? 

Bien évidemment.  

La paresse, c’est pêché.   

Je réciterai cinq « je vous salue Marie » avant de me coucher demain matin et je me flagellerai trente fois avec des orties.  

Sérieusement.  


Ha ! Et puis quoi encore ! Je me contenterai de déposer un léger baiser sur ma statuette de la vierge en lui présentant mes plus plates et sincères excuses pour être un si mauvais garçon cela suffira amplement. 


Je suis sincèrement navré de vous ennuyer avec mon bavardage inutile mais la rue déserte et abandonnée de l’autre côté de notre vitrine me déprime considérablement, sans oublier cette canicule qui ne fait rien pour arranger mon humeur. 

Je me sens terriblement vieux et las aujourd’hui. Mes quatre siècles me pèsent si vous voulez tout savoir.

Ce n’est pas toujours amusant de vivre longtemps.  

Pourquoi croyez-vous que certains vampires se transforment en monstres sanguinaires (ne faites pas de généralités s’il vous plait, beaucoup d’entre nous sont parfaitement éduqués et savent se tenir convenablement en société) ? L’ennui les rend fous tout simplement. 

Heureusement, l’on fait parfois une ou deux rencontres qui améliorent un peu notre quotidien. 

Mon patron par exemple.  

Et cela tombe bien, c’est de lui dont je dois vous parler.


-Baz’ !  

-AAAAAH ! Ça va pas non ?! 


Ce rustre vient de me retourner par surprise ! Et il OSE esquisser un sourire en coin cet ours des cavernes ! Ce crétin des Alpes ! Ce vil faquin ! 

On n’a pas idée de faire pivoter les gens sans leur demander leur avis ! Surtout s’ils doivent finir dans une position épouvantablement ridicule à l’arrivée ! 

Ce gueux a tourné le fauteuil si vite et si fort que je me retrouve complètement recroquevillé sur un des accoudoirs, agrippé tel un bébé koala au dos de sa mère. 

Cependant, toute idée de protestation meurt avant même d’avoir effleuré mes cordes vocales, et –à mon plus grand soulagement- avant d’avoir laissé échapper un grotesque gargouillement stupéfait.  

Effectivement, un homme de cette carrure, vous emprisonnant de ses bras dont vous pouvez apprécier en partie la musculature du fait de ses manches retroussées, une de ses puissantes mains sur le dossier de votre fauteuil, l’autre sur l’accoudoir auquel vous êtes cramponné, vous lançant un regard noir intense de tueur sanguinaire hérité d’origines slaves, et bien cela vous coupe la chique. Tout simplement. 

Dire que c’est moi qui suis censé être le serial killer (oui je connais ce terme, vampire ne veut pas forcément dire has-been !) à temps plein de notre équipe… 

Ne soyez pas inquiets, cela fait depuis fort longtemps que je n’ai pas tué quelqu’un pour de bon.  

Je ne me rappelle même plus à quand remonte ma dernière fois c’est dire ! 


Enfin toujours est-il que je me retrouve strictement incapable du moindre mouvement, paralysé par sa mine patibulaire que je sais être factice, mais qui m’impressionne à chaque satanée fois.  

Je suis un faible.  

Entendez-vous les pleurs de mes ancêtres ?  

Entendez-vous leurs lamentations sur notre honneur familial bafoué à jamais, perdu dans les limbes de la décrépitude et de la déchéance éternelle? 

Moi non.  

Problème de fréquences astrales sans doute. 


Oui, bon, je sais que je ne suis pas en danger mortel, enfin de mort définitive j’entends, c’est pour cela que je me permets de raconter quelques petites choses saugrenues.


J’aime beaucoup ce mot aussi : « saugrenu ». Père l’employait sans cesse pour parler des activités auxquelles nous nous adonnions mes cousins et moi, et nous nous gaussions tels les jeunes effrontés que nous étions alors. 

Ah ! C’était le bon vieux temps… 


Ceci dit je me suis déjà retrouvé avec un pieu enfoncé de deux centimètres dans le corps, cela ne m’a pas empêché de dire au gaillard qui essayait de m’éliminer qu’il était parfaitement grotesque avec sa coiffure des années 90… 

Mille-SEPT-cent-quatre-vingt-dix cela s’entend.  

Nous étions en 1910 que diable ! Et ce n’était pas un costume de pièce de théâtre. Ridicule. 

Bref. 

L’ours brun qui me fait face me sonde un instant puis dévie légèrement les yeux derrière moi. Il jette ensuite un coup d’œil en direction de mes mains et, alors que je devrais tenter de comprendre le but de la manœuvre en suivant ses mouvements, je bloque totalement sur un détail tout à fait insignifiant. 

Oui, vraiment, un élément tout ce qu’il y’a de plus quelconque, banal, sans aucune importance… 

C’est amusant hein mais, penché comme il l’est, sa chemise déboutonnée au niveau du col révèle une partie de son cou tendu.  

Et, là, juste sous mes yeux, palpite sous la peau mate une jolie petite veine.  

Une très jolie petite veine… 

Une très très jolie petite veine… 

Hum je pense que vous avez saisi l’idée générale.  

Et c’est vraiment stupide parce que, bizarrement, de manière tout à fait saugrenue (hohoho), ma vue s’affine et mon champ de vision se réduit bientôt à cette partie de son épiderme et les pulsations sanguines qui l’agitent imperceptiblement.  

Ma bouche s’assèche soudainement et, inconsciemment, je me redresse, irrémédiablement attiré. 

L’Odeur m’enivre peu à peu ; elle emplit doucement mes sens, mon esprit, mon âme.

Et, se réveille en moi une faim, une envie démesurée et déraisonnable qui éteint l’alarme qui résonne dans ma tête.  

Goûter… 

Juste une petite goutte… 

Juste là… 

Ou pas. 


Hein ? C’est quoi ce bor...hum.  

Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?  

Bon sang de bois ! Où est le SANG ? 

Le sang est parti !  

Le sang s’est écarté et a contourné le fauteuil ! 

Sapristi !  

Du sang fugueur ! 

Reviens ici ! 

Tout de sui…Une petite minute… 

Est-ce que je… ? 


… 


Oh. 

Mon. 

Dieu. 

OH MON DIEU ! J’ai failli le mordre !

LE MORDRE !  

Je ne suis vraiment qu’un misérable abruti, le pire des imbéciles ayant jamais foulé cette Terre !

Mon DIEU je suis véritablement trop CON, le type le plus immensément con du monde ! Il n’est pas concrètement possible d’être aussi stupide ! 


-Arrête de te fracasser la tête sur l’accoudoir Baz’ tu abîmes le matériel et ça ferait désordre si un client entrait. 


Et TOI là !  

INCONSCIENT !  

A me mettre tes veines sous le nez d’aussi près !  

C’est complètement insensé ! Il faut être dérangé mentalement pour oser faire une telle chose !  

Tu le sais bien pourtant qu’il ne faut pas se balader à moitié déshabillé devant un vampire !  

C’est au moins aussi dangereux que de narguer une armée d’adolescentes dépressives avec un pot de Nutella !  

Je ne te l’ai jamais dit peut-être ? 

Hein ? 

HEIN ? 


Bref ! Il faut que je me calme !

Cet idiot n’a rien remarqué, évitons de l’inquiéter pour rien. 

Allez, ferme les yeux et détends-toi Ambroise, inspire –même si ça ne te sert techniquement à rien- et souffle un bon coup –même si ça ne te sert à rien aussi-. 

Voilà, ma mini-crise de panique n’a duré que quelques secondes revenons à nos moutons. 

Alors !  

Quelle est donc cette chose qui l’a –pour son plus grand bien- fait se détourner de moi ? 

Oh… 

Flûte.  


Il semblerait que mon recueil se soit envolé tout près de la porte d’entrée dans l’action brutale et violente exécutée précédemment et Môsieur Cro-Magnon s’est expressément empressé d’aller me le récupérer.  

Par un saugrenu (hohoho) hasard, le carnet est tombé grand ouvert sur le sol et je vois bien que ce sans-gêne est tenté de lire mes quelques notes.  

Ses yeux dérivent furtivement sur les pages pendant qu’il revient vers moi. 


-Alors ? Qu’est-ce que tu gribouilles pendant que JE travaille ? Putain ! 


Ahah ! Ce mal élevé s’est pris le pied dans le deuxième fauteuil.  

Ça t’apprendra à regarder où tu marches pignouf !  

Dommage qu’il se soit rattrapé avant de s’étaler sur le carrelage. 


-Tu recommences encore une fois tes mémoires ? 

-Comment ça encore ? 


Je vais lui le faire bouffer mon carnet moi ! Il commence à me courir le gueux ! Il va savoir ce que c’est de se moquer ouvertement d’Ambroise de la Tour ! Il va comprendre sa douleur ! C’est moi qui vous le dis ! 

Oups je viens de briser le stylo que j’avais oublié que je tenais encore dans les mains.


-Rappelle moi à combien de tentatives tu en es déjà ? 

-Là n’est pas la question. 

-Mmh mmh bien sûr, ça fait quand même au moins depuis qu’on se connait que tu essaies. Et dis moi, simple curiosité hein, mais tu es plutôt crocodile ou tyrannosaure ? 

-Pardon ? 


Qu’est-ce qu’il raconte ? 

Il me répond par un simple haussement de sourcils accompagné d’un microscopique sourire moqueur. 

… 

Oh non !  

Non ! 


Je suis certain que si j’avais encore été en vie j’aurais rougi. Heureusement pour moi, je suis mort. 

Ouf ! Mon honneur est –quasiment- sauf !  

On oublie trop souvent les avantages d’une circulation sanguine inexistante et bien croyez moi j’en profite largement étant donné ma très forte propension à me retrouver dans des situations embarrassantes.

Néanmoins, je suis tout de même totalement mortifié qu’il ait réussi à lire le passage du lézard alors je vous serai gré d’avoir l’extrême amabilité de me fournir un pieu que je me suicide immédiatement ! 

Allons, Ambroise, ne sois pas si mélodramatique, un peu de tenue que diable !  

On se redresse et on ne laisse rien paraître.  


-Veux-tu bien cesser de lire, je te prie.  


Remarquez mon sang froid (qui ne l’est pas assez si vous voulez mon avis !) admirable. Tout à fait digne de tout gentilhomme qui se respecte.  


-Désolé.  


Ça manque un peu de conviction mmh ?  

Il se rapproche et son expression s’adoucit sensiblement.  

Il me vient comme un mauvais pressentiment.  


-Tu ne veux pas me dire de quoi tu étais en train de parler là-dedans ? me demande-t-il en désignant les feuilles noircies d’encre d’un coup de tête. 

-Non. 

-Allez ! Je promets de garder tous mes commentaires pour moi ! insiste-t-il. 


Hoho ! Tu rêves en couleur mon cher ! Je te vois venir d’ici avec tes gros sabots ! 

Et tes promesses je les connais, surtout celles qui concernent la probabilité de te moquer de moi par la suite. 

Cette fois-ci je ne cèderai pas. Parfaitement mon petit monsieur !  

Pas la peine de me faire CE regard parce que ça ne marchera pas ! 

Ça ne marchera pas ! 

Sois fort Ambroise ! 

Résiste !

Prouve que tu existes !  

Tu n’es pas faible, France Gall est avec toi ! 

Ça ne marchera pas !  


-S’il te plait Baz’ ! me supplie-t-il avec un petit froncement de sourcils attristé, mon recueil coincé entre ses mains jointes en prière devant lui. 


Arg ! Cet être n’a donc aucune fierté ?

Pour un peu il se mettrait presque à genoux, et cela me révulse profondément de voir un homme comme lui piétiner son honneur avec autant de désinvolture.  

Il m’énerve ! Il est tellement prêt à tout pour satisfaire sa curiosité, c’est foncièrement horripilant. 

En plus je ne l’ai vu faire cela qu’avec moi, je ne sais pas si je dois en être honoré ou si je dois le dépecer sur place de me prendre pour son bouffon personnel.  

Le pire c’est que je suis tellement facile à corrompre que sa méthode fonctionne à tous les coups… 

Alors soit, je vais tout lui dire comme le faible que je suis. 


-Très bien ! Très bien ! je m’exclame en me relevant vivement de ce maudit fauteuil.


Doux Jésus, je le déteste tellement de me manipuler avec une telle aisance ! Et je n’arrive même pas à lui en tenir rigueur, il a vraiment de la chance d’être mon ami.  

Je lui jette un coup d’œil irrité et lui me renvoie un regard neutre alors que je sais pertinemment qu’il jubile intérieurement, ce sagouin !  


-Si je te le dis, cesseras-tu de me harceler ? 

-Mais tu aimes ça m’avoir à tes pieds, réplique-t-il avec un haussement de sourcil suggestif.   


Humpf ! Je déteste quand il fait ce genre d’insinuations !  


-Je ne répondrai même pas à ça.  

-Ok. Que racontais-tu de beau alors ? m’interroge-t-il d’un ton affable. 

-Et bien, je commence sur le même ton, puisque tu tiens tant à le savoir, j’étais en train de retracer les évènements qui ont marqué ma journée. 

-…  


Je ne sais pas vous mais, personnellement, je n’apprécie guère ce silence circonspect.  


-Quoi !? je demande, agacé par son mutisme.  


Certes je suis quelque peu agressif mais je m’impatiente par tous les saints ! Une absence de réponse n’a jamais été très bon signe venant de sa part et il possède, indubitablement, une trop grande aptitude à faire augmenter ma fréquence cardiaque… 


Qui habituellement est nulle et devrait, selon toute logique, le rester. 

En théorie.  

Certes.   


-Vraiment ? s’étonne-t-il finalement, interrompant par la même occasion mes réflexions. Tu as parlé de ça ?  


Ce haussement de sourcil me fait grincer des dents.  


-Sans rire ? insiste-t-il. 

-Oui !   


Reste calme Ambroise.  



-Et bien quoi !? C’est si incroyable que cela ? 

-Ben…un peu quand même ! Je suis impressionné. Franchement.  


Oh… 

Et bien. Je ne m’attendais pas à cela.  

… 

HAHA ! Je lui en bouche un coin !  



-Allons ! Tu n’as même pas lu, ne sois pas si expansif ! 

-Ah non mais je suis sur le cul quoi ! Attends deux secondes je m’assois.  


Joignant le geste à la parole, il s’installe –fort peu élégamment- dans le fauteuil qu’il a tourné pour me faire face.  


-Donc, si je comprends bien, reprend-il, tu as rempli, il compte rapidement, quinze pages à propos de…rien ?  


…  


-Ah non mais chapeau !  Ecrire autant quand on a absolument foutu que dalle de toute sa journée, c’est posséder un talent incontestable.   


Très bien, je retire la minuscule graine de reconnaissance qui commençait à pousser en moi.  

Je vous annonce que je vais supprimer cet être de la surface de la planète ici même et sur l’heure !  


-Oh excuse-moi, j’oubliais, ne rien faire c’est déjà faire quelque chose.   


Je vais le tuer ! 

Et cela sera bien loin d’être une grande perte, je puis vous en assurer.  


-Par contre je me demande vraiment comment tu as présenté les choses.   


Le broyer, l’écarteler, le vider de son sang…  


-Est-ce que c’était inspiré et profond du style « je réfléchissais à la vie, la mort, les fleurs, assis tel un roi déchu sur mon trône de cuir » ?  


Lui arracher les poils du nez un par un.  


-Ou bien était-ce plus léger et amusant du genre…  


Lui tirer les oreilles…   


-« Tel le riz, je me cantonnais à bouillir dans la chaleur ambiante en regardant mon patron qui se noyait dans ses sushis de comptabilité.»  


…  


Morbleu !  


Qui m’a autorisé à pouffer ?  

C’est remarquablement inconscient dans ma situation actuelle. J’espère qu’il ne l’a pas remarqué. 

Tentons un coup d’œil discret. 

Mer…credi.  Il me dévisage avec un sourire canaille et une lueur triomphante dans le regard. 

Vite ! Une réplique ! Je dois à tout prix frapper avant lui, sans quoi il ne s’arrêtera jamais de me tourmenter.  


-Haha ! Je « riz » ! je m’exclame avec emphase. Ceci dit vous confondez tout mon pauvre ami, le riz cantonnais n’a absolument rien à voir avec les sushis. De plus, vos plaisanteries d’un goût plus que douteux laissent à penser que vous souffrez d’un manque évident de matière grise.  


Son rictus s’accentue, signe qu’il n’est pas le moins du monde dupe de mon petit stratagème. 

Le cuistre.  


-Bien, si tu as fini ton quart d’heure quotidien de « jouons nous de cette pauvre âme innocente et tourmentée qui me tient lieu d’ami », peux-tu me rendre ceci ? je lui demande en désignant le fameux carnet.   


Il baisse la tête vers l’objet incriminé et fais mine de réfléchir en faisant défiler rapidement les pages.
Puis relève vivement les yeux quand il entend mon pied commencer à marteler en rythme le carrelage du salon de coiffure.  

Il me fait un léger sourire et ouvre la bouche.


-Non, me répond-il avec un rire moqueur dans la voix.  


Cet énergumène est vraiment le pire gamin qui soit.  

Je plains son futur compagnon.  


-Ne fais pas l’enfant, rends-le moi, je le presse en agitant la main.  


Il me dévisage un instant puis… 

Se soulève légèrement pour glisser le carnet sous son postérieur.  


… !!  


-Viens le chercher. 


… 

Il… 

Le…!  

Humpf !  


-Te rends-tu compte, je commence d’un ton patient, que tu as tout de même vingt-six ans, ce qui est certes très peu comparé à mes quatre cent et des poussières, mais qui équivaut à un âge supposé adulte pour toute personne un tant soit peu normale ?  


A l’évidence, il se contrefout de ce que je viens de lui dire puisqu’il s’installe un peu plus confortablement dans le fauteuil en remuant son fessier.   


-Je vois…  


Il ricane et j’ai un léger moment de doute. 

Par l’Enfer oui, j’hésite. Quoi de plus normal ?  

J’ai tout de même bien failli le mordre tout à l’heure, alors je ne suis pas certain que cela soit une si brillante idée de me jeter sur lui pour un contact rapproché avec son épiderme.  

Un accident est si vite arrivé. 


Un soupir –presque un gémissement- me tire de mes pensées.  

Il s’est enfoncé plus profondément contre le dossier et attend simplement ainsi, jambes écartées, bras posés sur les accoudoirs, la tête légèrement basculée en arrière.  

De ses yeux je n’aperçois qu’un éclat brillant entre ses paupières pratiquement closes. 

Je…je n’aime pas franchement cela et je dois vous avouer que je ne suis pas très à l’aise. 

Non mais vraiment… 

Sa gorge ainsi offerte me donne terriblement envie…  


-Ce n’est probablement pas très judicieux, Loup.  


Hum, ma voix sonne un peu rauque non ?  

Totalement immobile, il me dévisage en silence alors que rien ne transparait sur son visage impénétrable.   

Un instant épique !  

Ses yeux se détachent finalement de moi pour fixer le plafond.   


-Fais la compta et je te rends ce truc, se contente-t-il de répliquer d’un ton monocorde avant de fermer les yeux et de tourner le fauteuil vers le miroir.   


Diable ! N’est-ce pas surprenant ?  

Croyez-vous que je l’ai vexé ou quelque chose de la sorte ? 

Pensez-vous qu’il souhaitait se frotter à moi dans une virile querelle destinée à prouver lequel de nous est le plus fort ?

… 

Hum. 

Etrange. 

Présenté comme cela c’est plutôt… 

C’est assez... 

Et bien, vous voyez… 

Non ?  


Enfin je veux dire, ce n’est pas la première fois qu’il réagit de cette façon et cela me cause légèrement souci. 

Cela faisait tout de même un certain temps qu’il ne m’avait fait ce genre de test -je ne sais comment nommer autrement ce qui vient de se passer-. 

Il s’amusait énormément à me taquiner de cette manière au début de notre collaboration, mais je pensais alors que c’était plus pour m’ennuyer qu’autre chose.  

Il avait fini par cesser de lui-même et pourtant, depuis que nous sommes installés dans cette bourgade, il récidive peu à peu. 

… 

Ou bien je m’emballe totalement -« tu t’enflammes Baz’ » me dirait-il-, et il est peut-être tout simplement fatigué lui aussi par cette fournaise environnante. 

Je ne suis pas dans sa tête après tout, -Dieu m’en préserve, qui sait seulement ce qui se passe dans cette boite crânienne ?- 

Tous ces muscles, cela doit tenir chaud… 


Allez ! Laissons-le faire une petite pause grandement méritée et attaquons-nous à ces satanés chiffres !  

Maudits calculs du Démon ! 

Je proteste mais c’est uniquement pour le plaisir bien sûr, vous vous rappelez de ce que je vous ai déjà mentionné à ce propos n’est-ce pas ? 

En réalité, j’aime beaucoup la comptabilité.  

Seulement, je suis effroyablement paresseux, si bien que lorsqu’une âme charitable se présente pour la faire à ma place, et bien je ne vais pas l’en empêcher, loin de là.

Cependant une fois n’est pas coutume, je vais la faire de mon plein gré.  

Son chantage honteux n’a rien à y voir, cessez d’énoncer de telles balivernes et laissez-moi donc me concentrer. 

Seigneur ! Où ai-je donc rangé ce satané monocle ? 

Ah ! Poche de droite ! J’en étais sûr !  

Evidemment qu’il ne me sert à rien, c’est uniquement pour le style ! 

Bref. 

On s’installe avec classe et naturel sur le haut tabouret derrière le comptoir-caisse, on vérifie quelques petits détails importants -monocle en place, cheveux en place, moustache aux pointes parfaitement symétriques- et on se lance ! 

Hauts les cœurs ! Ambroise de la Tour se met au travail ! 

Oui je suis d’un enthousiasme fulgurant ! Il en faut bien au moins un dans ce salon par l’Enfer ! 

Bon maintenant taisez-vous et ne me faites pas perdre le fil de mes calculs. 


                                                                  -


Les minutes défilent en même temps que les chiffres et ce n’est que lorsque j’entends le cuir du fauteuil grincer légèrement que je relève la tête.  

Mon ami se traîne –il n’y a pas d’autre mot- vers la chaine hi-fi et allume la radio avant de s’emparer d’un balai avec la motivation d’un pingouin alcoolique (amusante image dont je n’ai absolument aucune idée de la manière dont elle a émergé dans mon esprit). 

J’en profite pour regarder discrètement vers le fauteuil dans le but de vérifier si mon précieux carnet est désormais libre d’accès.  

Et je me trouve légèrement désappointé devant le siège totalement vide de tout occupant.  

Ce gredin !  

Je me tourne vers lui pour le fusiller du regard, seulement pour le découvrir appuyé sur son balai en train de m’observer, une moue amusée sur le visage.  

Moi qui me souciais de sa santé tout à l’heure, il peut se mettre ma compassion…là où elle ne verra jamais la lumière du jour !   


-C’est ça que tu cherches ? ose-t-il me demander en tapotant le carnet, bien coincé contre son ventre…dans son pantalon !  


Qu’il soit maudit ! 

Il me fait un clin d’œil avant de commencer à nettoyer le sol en sifflotant.  

Bien !  Soit !  Si c’est ainsi je suis reparti pour un tour au pays des chiffres et des notes de frais.   


Priez pour moi.



                                                                     -



Nous sommes tous deux attelés à nos tâches respectives avec plus ou moins d’ardeur quand la petite clochette de l’entrée tinte d’un son clair, se distinguant nettement au-dessus de la musique discrète de la chaîne hi-fi.  

Trois robustes gaillards viennent de s’introduire dans le salon.  


Mon ami et moi échangeons un regard puis un soupir las nous échappe en même temps.  


-Loup Garou ? demande le plus musclé pendant qu’un des deux autres cache discrètement –manqué mon brave, je t’ai vu- sa batte de baseball.  


Mon collègue acquiesce en appuyant son balai contre le mur.  

Le rustre et sa fine équipe lui font signe de le suivre à l’extérieur ce qu’il fait après un hochement de tête dans ma direction censé me rassurer.  

Le train-train habituel si je puis dire.  

Vous trouvez cela déconcertant ?  

La première fois je peux le concevoir…après huit années on s’y fait mes chers petits.

Toutefois, je ne m’attendais pas à ce que ce manège reprenne aussi vite.
 

Mais, pour le comprendre, je me dois de vous raconter toute l’histoire depuis le début.

Après tout, c’est pour cela que vous êtes là n’est-ce pas ?  



                                                                    - 



Bien, vous devez savoir avant toute chose que les individus tels que loups-garous, vampires et autres créatures nocturnes et amusantes sont monnaie courante par nos contrées.  

Il n’est pas rare d’en croiser à toute heure de la journée –bon certes pas en plein jour pour les vampires- au détour d’une rue ou d’un rayon de supermarché. 

C’est un fait totalement accepté dans notre société, même si nous préférons généralement la discrétion (et bien oui, même si les humains ont reconnu notre existence, ce n’est pas pour autant qu’ils sont tous amicaux et bienveillants avec nous autres émanations maléfiques et démoniaques). 

Il existe cependant un certain nombre de lois et codes divers et variés –tous plus ennuyeux les uns que les autres si vous voulez mon humble avis- qui régissent chacune des « espèces ».  

Les vampires se regroupent –lorsqu’ils ont des envies communautaristes- en clans ou castes, les loups en meutes, les harpies en hordes, les zombies…en troupeaux ? -je n’en ai aucune idée-, etc.  

Moi-même par exemple, j’ai fait partie pendant un temps –je ne sais plus combien d’années exactement- d’un clan de vampires.  

Ce fut une expérience fort enrichissante qui m’a laissé une marque indélébile et qui a indubitablement changé ma vie de suceur de sang, mais je vous en reparlerai ultérieurement. 

Chacun de ces groupements est commandé par un chef plus ou moins puissant, plus ou moins pacifique, totalitaire, excentrique, etc.  

Rares sont les groupes dirigés par un représentant élu démocratiquement et la loi du plus fort est souveraine dans nos rangs.  

Nous autres vampires n’avons cependant pas besoin de nous battre pour désigner notre maître de caste, nous ressentons instinctivement sa supériorité.  

A contrario, le choix du meneur parmi les loups-garous passe obligatoirement par un affrontement physique.  

Chaque année, à la même période, les mâles dominants se réunissent pour combattre, plus ou moins violemment, parfois jusqu’à ce que mort s’en suive. 

Le grand gagnant prend logiquement la tête de meute tandis que les perdants, eux, rongent leur frein en attendant la saison de duel suivante -s’ils ne sont pas décédés bien évidemment-.  

Lorsqu’un chef meurt naturellement, son pouvoir est transmis provisoirement à son fils ainé en attendant les prochains affrontements.  


Je vous passe ensuite le chapitre sur les exceptions au règlement, auquel cas nous en aurions pour des heures. 

C’est un peu fastidieux ce que je vous révèle, mais il est nécessaire que vous compreniez le fonctionnement global de ces vieilles traditions barbares, en dépit de la diminution lente et progressive de leurs adeptes. Déclin lié depuis quelques années à l’ouverture de nos communautés aux nouvelles technologies, engendrant de ce fait de nouveaux modes de fonctionnement et de nouveaux codes sociaux qui vont généralement à l’encontre de toutes nos anciennes limites. 

Seigneur que ce paragraphe était long et inutile ! J’ai bien failli commencer à me lasser moi-même. Tout cela pour dire que les nouvelles générations se moquent de plus en plus de nos lois et ne pensent désormais qu’à s’enivrer et festoyer jusqu’à point d’heure.  

Bref.  

Nous resterons ici dans le cadre « traditionnel » puisque la famille de mon ami est plutôt partisane des anciennes règles. 

Voici pour l’exposé général, penchons nous à présent sur le cas qui nous intéresse. 


                                                                  -


J’ai rencontré mon ami il y a huit ans environ. Je vivais seul depuis l’époque où j’avais été forcé d’abandonner mon clan, une quarantaine d’années auparavant.  

J’errais de villes en villes au gré du vent tel une âme en peine, vampire solitaire et sans attaches quand, par une belle nuit d’automne, nous nous rencontrâmes ! 

Haha, excusez le ton pompeux je vais tenter de me maîtriser et j’éviterai dorénavant autant que possible la première personne du pluriel au passé simple.  

Je m’en voudrais si vous en veniez à vous endormir en lisant ce récit homérique qu’est la vie de Loup Garou.  Et cela commence par une quantité considérable d’alcool et, ce qui semble définitivement me coller à la peau, un énorme quiproquo…  



                                                                  -  



Huit ans plus tôt…  



Ambroise était nonchalamment appuyé au coin d’une rue, guettant la sortie d’un pub dans la semi-luminosité de l’éclairage nocturne.  


Il n’avait pas mangé depuis une semaine et par l’Enfer il avait faim ! Il avait les dents qui rayaient le parquet et c’en était assez !  

Il avait donc décidé d’écumer la ville à la recherche d’une ou deux proies qu’il espérait consentantes. Il n’avait vraiment pas envie d’user de la force ce soir, mais si son casse-croûte se montrait difficile il n’aurait pas d’autre choix que de s’y plier. 

Le vampire s’était donc paré de vêtements élégants, se coiffant du mieux qu’il pouvait (essayez donc d’être parfait quand vous ne vous reflétez dans aucun miroir !) puis était sorti rôder dans les avenues sombres de la ville, laissant son flair le guider. 

Des odeurs familières -et alléchantes- lui étaient finalement parvenues et il avait découvert, dans un étroit passage, cette petite taverne qui résonnait de rires et de beuglements avinés. 

C’était parfait.  

Il alluma une cigarette pour se donner un alibi et attendit. 

Quelques minutes plus tard, deux silhouettes sortirent en titubant, riant aux éclats.  Ambroise baissa la tête et l’homme ainsi que la jeune femme qu’il soutenait passèrent à côté de lui sans même le remarquer.   

Ils ne l’intéressaient pas de toute manière.  

Non, il avait senti une autre odeur, étrange, puissante et vraiment très particulière.  

Il n’en avait encore jamais connu de pareille.  

Elle semblait être composée de mille fragrances à la fois, c’était totalement déroutant…et terriblement excitant ! 


Et puis la porte s’ouvrit à nouveau pour laisser passer un jeune homme, et Ambroise se mordit la lèvre. 

C’était Lui, l’Odeur.  

Le vampire inspira fébrilement puis jeta sa cigarette, avant d’emboiter le pas du garçon qui partait dans la direction opposée.  

Le type marchait lentement et zigzaguait légèrement, aussi, quand son gros sac de voyage qu’il tenait lâchement d’une main le tacla par surprise, il n’eut absolument pas le réflexe de l’éviter. 

Il tomba de manière désordonnée à moitié contre le mur, à moitié sur le sol, puis s’écroula complètement contre les briques en gémissant lamentablement.  

Ambroise s’approcha doucement et s’accroupit à côté du gamin qui semblait prêt à s’assoupir contre la paroi. 


-Est-ce que tout va bien ?  


L’autre tourna à peine la tête et Ambroise put voir ses yeux noirs briller au milieu de la masse de belles boucles brunes qui tombaient sur son front. Il ne devait même pas avoir vingt ans… 


-T’es qui ? grogna le garçon. 

-Simplement quelqu’un qui souhaite t’aider, répondit aimablement le vampire tout en l’étudiant du regard.  


Rester calme et ne pas élever la voix, les traiter comme des enfants, c’était la meilleure technique avec les individus complètement faits, surtout lorsque vous vouliez qu’ils vous mangent dans la main.  

Les deux restèrent un moment à se dévisager. 

L’un se disant qu’il devrait vraiment arrêter l’alcool parce que ça lui faisait apparaître des types bizarres avec des chemises à jabot et, même s’ils étaient canon et qu’il se les ferait sans hésiter s’ils étaient partant, ils avaient quand même un look trop chelou et des cheveux à chier. 

L’autre se disant que la barrique lui faisant face devait sans doute être un jeune dominant évincé de sa meute -puisqu’il était visiblement seul et désespéré-, que, à dire vrai, ça l’arrangeait vraiment bien et qu’avec un peu de chance il pouvait essayer de l’embobiner pour s’en servir de réserve de sang personnelle pour une durée indéterminée. 

Ils se sourirent légèrement sans y penser, puis le gosse tenta de se relever. 

Ambroise, qui commençait malgré tout à doucement s’impatienter, l’attrapa sous le bras et l’aida à se remettre debout puis l’appuya contre le mur pour l’empêcher de retomber.


-Merci, marmonna le jeune homme en s’accrochant à son gilet, t’as une coiffure de merde mais t’es sexe, c’est quoi ton p’tit nom ? 

-Ambroise de la Tour, se présenta le susnommé en essayant de ne pas se jeter tout de suite sur la gorge tentatrice, et toi ? 

-Loup Garou, se contenta de répondre l’autre, l’œil rivé à la bouche de son soutien d’un soir.  

-Je vois, articula lentement le vampire à voix basse, tu ne souhaites pas me dévoiler ton identité. Je comprends, c’est ton choix. Et bien soit, tenons-nous en à cela.  


Le garçon déglutit et s’humidifia les lèvres. 

Ambroise avait de plus en plus de mal à se retenir de se jeter sur lui comme une bête assoiffée mais il ne céderait pas ! Il avait un peu plus de tenue que ça 


-As-tu encore besoin d’aide ? s’enquit-il aimablement. 

-C’est si gentiment proposé, susurra le brun.  

-Arriveras-tu à tenir droit ? insista le vampire d’un ton quelque peu absent.


L’odeur de l’autre l’enivrait aussi surement que l’alcool l’avait fait avec le loup garou un peu plus tôt. 


-Mmh je suis droit depuis un petit moment déjà, ricana le futur repas, mais si tu tiens tant que ça à m’aider… 

-Oui ?  


Ambroise était totalement hors service. Il n’arrivait plus à détacher son regard de son cou. Il se laissait totalement submerger par les sensations. 


-Suce-moi, ordonna l’autre, la voix chaude et rauque. 

-Tu es sûr ? demanda le vampire, toujours aussi absent.  

-Suce-moi s’il te plait, le pressa le jeune loup d’un ton suppliant. 

-C’est si gentiment proposé, répondit Ambroise d’un ton gourmand.  


Et il se jeta sur la jugulaire du garçon. 

Il lécha lentement la grosse veine, appréciant d’y sentir le sang pulser follement…  

Le loup garou gémit profondément, glissant ses mains le long du dos d’Ambroise avant d’agripper ses fesses et de l’attirer contre lui.  

Il inclina légèrement la tête, dégageant sa gorge et le vampire y planta ses canines avec force et précision.  


La première succion le fit gémir de satisfaction et occulter complètement le cri que poussa le loup. 

La deuxième le ramena brutalement sur Terre et…qu’est-ce que ça voulait dire ? 

Il se détacha précipitamment du garçon et le fixa, interdit et horrifié. 


Non…


-Non mais t’es malade ! beugla l’autre visiblement dégrisé, en portant une main à son cou. 

-Tu…  


Ce sang…  


-Ca va pas de me mordre comme ça ?   


Ce n’était pas possible…  


-Tu es… 

-T’es un vampire ou quoi ?  


Il ne pouvait pas être…  


-Humain ? 

-Quoi ? Comment tu le sais ? l’agressa le gamin avant de se rendre compte de sa bourde. Et merde ! Alcool de merde putain ! 

-Attends, attends ! s’alarma Ambroise. Tu n’es pas un loup garou ?   

-…Non, avoua à contrecœur le garçon en évitant son regard.  

- Mais tu empestes le loup !  


Le brun se contenta de se murer dans le silence.   


-Nom de Dieu ! jura le vampire en se prenant la tête à deux mains, mais c’est pas possible foutredieu ! Qu’est-ce que je T’ai fait pour que Tu m’imposes ça par l’Enfer ! 

-Euh, c’est à moi que vous parlez ?  


Le garçon était passé au vouvoiement, légèrement inquiet de la santé mentale de cet Ambroise de la Tour.
Il n’avait pas très envie de se le mettre à dos en lui parlant trop familièrement, d’autant plus que c’était la première fois qu’il rencontrait un suceur de sang et qu’il ne connaissait pas leur force.  

Autant ne pas tenter le Diable.  


-Mais non ! Je parlais à l’autre là-haut espèce d’ignare !  

-Qui ? 

-Dieu ! 

-Oh…euh bon ben je vais y aller hein si ça vous embête pas, proposa le gosse en glissant doucement le long du mur vers la sortie de la ruelle. 

-Tu restes ici, l’arrêta Ambroise d’une voix coupante.  

-Mais…vous êtes un vampire non ?  

-Effectivement. 

-Vous allez me bouffer ? 

-C’est ce que j’avais prévu. 


Mais Ambroise avait perdu tout appétit.   


-Je devrais peut-être m’enfuir alors.   


L’autre avait l’air crispé d’angoisse et le vampire aurait presque pu en rire s’il n’était pas aussi fatigué. Il tenta donc de le rassurer et se décida enfin à nettoyer son menton rouge de sang.  


-Pas la peine, je ne mange pas d’humains.   


Sa chemise par contre, était définitivement foutue. Mer…credi.  


-Ah bon ? Mais… 

-Avant de poursuivre cette discussion pourrais-tu nous conduire dans un endroit un peu plus…tranquille ? l’interrompit Ambroise d’un ton particulièrement las. 

-Vous n’allez vraiment pas essayer quoique ce soit ? 

-La seule chose que tu risques c’est que je te bâillonne pour te faire taire et cesser de poser des questions aussi stupides.  


Le gamin récupéra son sac et lui fit signe de le suivre, seulement, à la sortie de la ruelle, il sembla hésiter sur la direction à prendre.  

Les effets de l’alcool se faisaient manifestement toujours sentir, aussi, le vampire soupira et l’entraîna vers sa planque malgré tous les risques que cela impliquait.   

Mais il devait quand même savoir une chose avant.  


-Une minute, l’arrêta Ambroise en lui attrapant le bras. Quel est ton nom ? 


Le garçon le fixa un moment en fronçant les sourcils.  


-Je vous l’ai déjà donné.  

-Pardon ? Quand ça…Oh ! Alors tu veux dire que tu t’appelles vraiment Loup Garou ? Tu te moques de moi ? 


Le jeune homme soupira en roulant des yeux, puis sortit son portefeuille de sa poche arrière, pour en extraire sa carte d’identité qu’il tendit à Ambroise.  


-Et bien mon pauvre, tu n’as pas été gâté par la vie, compatit le vampire alors que la pièce plastifiée confirmait non seulement le nom, mais lui indiquait également que le petit avait tout juste dix-huit ans. Est-ce que tu possèdes un quelconque lien de parenté avec Lotojla Garou ? 

-C’est mon père, répondit le gamin d’un ton prudent en récupérant sa carte, la mine suspicieuse. Pourquoi ? 

-Pour rien, abrégea Ambroise. Allons-y.    



Ils cheminèrent en silence, le garçon ne pouvant cependant pas s’empêcher d’observer aussi discrètement que possible son compagnon de route. 

Le vampire l’intriguait. Non seulement à cause de ses dernières paroles mais aussi parce que -Loup devait bien se l’avouer- il était vraiment très séduisant, l’alcool ne l’avait pas trompé de ce côté-là. 

Est-ce que tous les membres de son espèce étaient comme ça ? Si c’était le cas, il signait tout de suite pour rejoindre leurs rangs. 

Ambroise avait l’air complètement blasé et éreinté, il conservait pourtant une classe et une présence qui ne semblaient pas liées à sa condition de vampire mais plutôt à son éducation. Il avait sans doute fait partie de l’aristocratie dans sa « jeunesse ».  

Il se tenait droit, le port de tête fier, marchait d’un pas sûr et gracieux. 

Ses joues un peu trop creuses –à cause de la faim ?- accentuaient la finesse de son visage, le vieillissant légèrement, lui conférant une certaine autorité.  

Ses cheveux poivre et sel retombaient doucement en mèches folles sur son front, seul élément désordonné de sa tenue –mis à part le sang qui avait coulé sur son jabot-.

Ils cachaient légèrement son regard clair dont il n’avait pu distinguer la véritable couleur à la lumière des lampadaires.  

Mais, malgré sa chevelure étonnamment grisonnante, il n’avait pas l’air beaucoup plus âgé que lui, ce qui signifiait que sa transformation avait du se produire assez tôt.  

Loup essaya de capter la lueur de sagesse séculaire qui, selon la légende, était censée briller dans le regard des personnes pluri-centenaires.  

Il semblait cependant que ceux qui l’avaient vue devaient être sacrément torchés parce qu’il ne remarqua rien de spécial à part une profonde indifférence dans les yeux du vampire. 

Tout ça pour ça.  

Loup retint un soupir et décida d’oublier toutes les fables qu’on lui avait racontées à propos des vampires. Il en avait maintenant un vrai à disposition, il allait pouvoir satisfaire sa soif de…curiosité.  


Ambroise sentait que le garçon le regardait mais il pensait simplement que l’autre le surveillait ou bien…Ah peu importait ce qu’il faisait, il s’en moquait totalement pour l’heure.  


Ils arrivèrent finalement devant un immeuble au pied duquel s’enfonçait un escalier en direction des caves.  

Il fit signe à Loup de rester silencieux et ils descendirent les marches.  

Le vampire sortit un petit trousseau de clé et ouvrit d’abord la serrure de la porte métallique qui les séparait d’un long couloir obscur éclairé uniquement par la lampe indiquant la sortie.  

Ambroise tâtonna sur sa droite et trouva le bouton de la minuterie. Ils empruntèrent ensuite le passage qui avait l’air encore plus lugubre maintenant éclairé. 

Loup accéléra imperceptiblement pour se rapprocher du vampire qui esquissa un furtif sourire moqueur.   


Après quelques bifurcations, ils s’arrêtèrent finalement devant une autre porte, elle aussi de métal, et Ambroise débloqua la serrure avant de tirer le battant qui s’ouvrit dans un grincement sinistre.  


-Charmant n’est-ce pas ? lui demanda-t-il d’un ton légèrement ironique.  


Une ampoule nue, suspendue dans le vide au milieu du plafond, éclairait sommairement la pièce. 


Loup écarquilla les yeux. 

Ce n’était pas vraiment ce à quoi il s’était attendu.  


L’habitat du vampire était constitué d’une seule grande pièce dont la décoration était…euh, étrange.  

En fait c’était un bordel monstre.  

Il y avait un matelas posé sur le col dans un coin…enfin il supposait que c’était un matelas sous cet amoncellement de tissus.  

Une petite cuisinière transportable à l’opposé. 

Des casseroles empilées juste à côté ainsi que toute la vaisselle du vampire visiblement.  

Venaient ensuite un ensemble de valises qui débordaient littéralement de vêtements.

Une table à repasser et un fer dans un coin près d’un vieil évier émaillé.  

Des câbles en plastique sur lesquels séchait du linge, tendus dans la largeur à une vingtaine de centimètres du plafond. 

Quelques chaises pliantes encombrées elles aussi de vêtements, un tapis qui avait sans doute connu des jours meilleurs. 

Des habits, partout. 

Et surtout…contre le mur tout de suite à droite, des dizaines peut-être même une ou deux centaines de boites de chaussures.  


-Putain !   


Ambroise fronça un sourcil désapprobateur –quel langage cette jeunesse vraiment !- et fit signe à Loup d’entrer.  

Le vampire verrouilla la porte derrière lui et se dirigea vers une chaise pour dégager la pile de chemises qui l’encombrait.  

Il en tira une du tas et alla se cacher derrière les grandes serviettes éponge qui pendaient sur les câbles, faisant office de paravent improvisé.   


-Assieds-toi pendant que je me change, l’invita aimablement le vampire.   


Loup s’installa sur le siège libéré sans vraiment y penser, toujours occupé à détailler les lieux.  


Son regard revint cependant très vite vers son hôte en voyant une chemise légèrement rougeoyante par endroits, voler en direction de l’évier.  

Loup se pencha un peu sur sa chaise.  

Encore.  

A peine plus… 

Là ! C’était parfait. 

Entre deux serviettes légèrement décalées, il arrivait à apercevoir une petite bande de peau pâle.
Puis, un peu plus bas, la ceinture du pantalon et…mmh, il se mordit la lèvre…à peine plus bas… 

Héhéhé. 


Bon certes il fantasmait pour pas grand-chose, parce que, entre nous, on n’y voyait qu’une zone sombre sous une zone claire.  

Mais que vouliez-vous, les hormones d’un jeune homme de dix-huit ans, ça faisait carburer l’imagination à plein tube. 

Loup se redressa vivement quelques secondes plus tard, quand un tissu blanc lui masqua la seule chose qui l’intéressait vraiment dans cette pièce.


-Bien, à nous deux mon gaillard ! s’exclama Ambroise en revenant vers lui.  


Il finit de boutonner ses poignets et attrapa un gilet de velours noir. Il l’enfila tranquillement et venait de finir de le fermer quand il se rendit compte du silence de son invité.  

Il tourna un regard surpris vers lui tout en lissant machinalement le tissu.   


-Un souci ? s’inquiéta-t-il lorsqu’il aperçut les yeux un peu trop écarquillés qui le fixaient.   


Il vit l’humain déglutir avant d’ouvrir la bouche.  


-Aucun, répondit rapidement Loup avant d’enchainer. Alors c’est ici que vous vivez ? C’est un peu…  


Il ne pouvait pas poursuivre.

S’il continuait, ça signifiait ouvrir la bouche.  

Qui disait bouche, disait bave et il refusait absolument de se transformer en flaque devant le nouveau type de ses rêves.  

Ça ne se faisait pas n’est-ce pas ?  


-Déprimant ? Sinistre ? En désordre ? C’est normal mon jeune ami.   


Mais putain ! Il fallait qu’il se le fasse ! 

Au moins une fois dans sa vie et même si l’autre le tuait tout de suite après.   


-Il faut dire que je n’ai pas vraiment eu le choix. J’ai dû quitter assez… précipitamment mon précédent logement et je n’ai trouvé que celui-ci pour le moment.  


Mmh, ces hanches, ces mains, ces épaules…  


-De plus, je n’y suis installé que depuis peu, ce qui explique le désordre. J’espère que cela ne te dérange pas trop…  


Et cette chemise !  

Ce col bien droit dont les pointes dévoilaient habilement la pomme d’Adam et ce petit ruban noué lâchement autour du cou…  

Trop.  

Trop. 

Sexe.   


-Loup ?  


Mmh trop…intense ce regard.  

Jolis ces yeux marron-vert.  

Oh, merde.  

Loup reconnecta brutalement avec la réalité et se rendit compte que le vampire attendait visiblement une réponse à une question dont il n’avait aucune idée du sujet.  


-Pardon ? demanda-t-il innocemment. 

-Le désordre, répéta Ambroise.  

-Et ben ? 

-Est-ce que cela te gêne ? 

-Oh, non ! s’exclama Loup. Vous inquiétez pas. Vous verriez l’état de ma chambre…enfin, de mon ancienne chambre. Enfin on s’en fout.  


Un léger détail attira son œil et il fronça les sourcils.  


-Vous vous êtes trompé en enfilant vos pompes ? 

-Hum. Non. Je porte toujours des souliers de couleurs différentes.  

-Vous achetez toutes vos paires en double ? 

-Oui.  


Ok. 

Il était peut-être super bandant, mais il était quand même super bizarre.  

Et en plus il disait encore « soulier »…

QUI utilisait encore ce mot de nos jours ailleurs que dans une stupide chanson de Noël ?


-Bref, nous ne sommes pas ici pour discuter chiffons...  


Un bâillement sonore interrompit le vampire.    


-Désolé, s’excusa Loup. 

-Hum. Je suppose que le moment est mal choisi pour entretenir une longue conversation.  

-Pas faux, je commence sérieusement à avoir mal au crâne en plus.  

-Rien de bien étonnant à cela. Ceci dit, j’attends tout de même un certain nombre de réponses et si je te laisse partir je crains fort de ne jamais les avoir. Donc voici ce que je te propose : je te laisse te reposer quelques heures et nous discutons entre gentlemen ensuite.  

-C’est ça…et vous en profitez pour me bouffer pendant mon sommeil aussi ? J’ai l’air si con que ça ? 

-Seigneur, quel langage ! marmonna Ambroise en levant les yeux au ciel. Je n’ai nullement l’intention de te « bouffer », continua-t-il à voix haute. Cependant, il est vrai que je suis toujours quelque peu affamé. Aurais-tu une quelconque nourriture parmi tes effets ? 

-Hein ?  


Loup était un peu perdu. Entre l’alcool, le corps et le langage de l’autre, il avait de quoi complètement perdre la boule. Il fronça les sourcils en réfléchissant à la dernière phrase du vampire.  

-Ah ! Dans mon sac…attendez. 


Loup fouilla dans une ou deux poches et en sortit des barres chocolatées.  


-Euh ça suffit à remplacer du sang ça ?  

-Pendant quelques heures oui, répondit Ambroise en déchirant l’emballage.  

-Mais je croyais que les vampires ne se nourrissaient que de sang.  

-Et bien, ce n’est pas tout à fait exact mais je ne pense pas que tu sois en état d’assimiler toutes les données du problème. 

-Ouais je crois aussi, votre phrase vient de me foutre encore plus mal à la tête, admit Loup. Bon euh par contre je me pose où ?  

-Installe toi sur le matelas tu y seras plus à ton aise.  

-Vous allez faire quoi vous en attendant ? 

-Je vais lire un peu je pense. J’espère que la lumière ne te dérange pas. 


Loup nia de la tête.  Il faisait moyennement confiance au vampire mais il était vraiment trop fatigué pour avoir vraiment peur, alors il se leva lentement de sa chaise et se traina en direction du lit.  

Il poussa une partie des vêtements qui l’encombraient et s’allongea de tout son long en poussant un soupir de bien-être…avant de se redresser brutalement.  


Il venait de se coucher sur un objet long et dur…  


-Euh Ambroise, je crois que j’ai écrasé un truc. 

-Oh, ce doit être ma vierge, lui répondit le vampire tout naturellement. 

-Pardon ? Votre…   


Il avait bien dit vierge hein ? 

Ambroise soupira et posa le livre qu’il venait de commencer.  

Il s’approcha de Loup et plongea un bras dans la masse de tissu qui recouvrait le matelas. Il fouilla un moment à l’aveuglette avant de visiblement trouver ce qu’il cherchait.  

Il s’appuya sur un coude et tendit une statuette au jeune humain qui ouvrit de grands yeux. 

Effectivement. 

Une vierge.  

Marie dans toute sa splendeur.  

Le visage de Loup se décomposa et il leva un visage tellement stupéfait vers le vampire que celui-ci ne put que s’esclaffer devant son air totalement halluciné.   


-Vous pouvez toucher ce genre de trucs ? s’étonna clairement le jeune homme.  

-Oui, mais nous en discuterons plus tard. Maintenant dors ou je t’assomme avec, le menaça Ambroise avant de se relever.   


Loup se recoucha, la tête pleine de questions avant que ses yeux ne se ferment et qu’il s’endorme comme une masse, oubliant tout en un instant.   


De son côté, Ambroise tenta difficilement de reprendre sa lecture.  

Il n’avait pas vraiment mentit au garçon en lui disant que la nourriture normale lui remplirait suffisamment l’estomac.  

Cela fonctionnait effectivement en règle générale…sauf lorsqu’il n’avait pas bu de sang depuis trop longtemps.  

Sa dernière absorption remontait déjà à une semaine complète et la dose qu’il avait prélevée à Loup était trop infime pour être réellement comptabilisée.  

Il était donc toujours autant en manque et le garçon sentait toujours aussi incroyablement bon. 

Ambroise arriva à se contrôler pendant une demi-heure.  

Après quoi il se leva sans un bruit et s’approcha doucement du jeune homme.  


Loup dormait à poings fermés.  

Tourné sur le côté, les mains près du visage, Ambroise avait une vue imprenable sur les veines de son poignet droit.  

Inconsciemment, il se pencha au-dessus du corps endormi, s’imprégnant de son odeur, se laissant envahir par la faim.  

Le vampire reprit ses esprits quand son torse effleura l’épaule du garçon, et il s’obligea à reculer loin de lui.  

C’en était trop !  

Ambroise attrapa son manteau et s’enfuit avant de commettre l’irréparable.   

Il prit tout de même la précaution de soigneusement fermer à clé derrière lui, autant pour empêcher le garçon de fuir que pour le protéger d’un quelconque assaillant extérieur. 

Il revint une heure plus tard, complètement rassasié.   



                                                                 -  



Lorsque Loup ouvrit les yeux, il fut désorienté pendant quelques secondes avant que son regard ne se pose sur le vampire qui souriait en lisant, nonchalamment assis sur une chaise en plastique.  

Il se passa une main sur le visage pour se réveiller totalement puis se redressa.  

Il se grattait négligemment le crâne quand Ambroise tourna la tête dans sa direction.  


-Ola jeune ami ! Bien dormi ? s’exclama le vampire avec enthousiasme.   

-Trop bien, marmonna Loup, la bouche pâteuse. Vous auriez pas un truc à boire ?  


Le vampire alla lui chercher un verre qu’il remplit au robinet de l’évier avant de lui tendre.  

Loup le remercia du bout des lèvres et but l’eau fraîche avec un contentement visible.  


 -Est-ce que tu es suffisamment reposé maintenant ? lui demanda Ambroise après qu’il ait reposé son verre. 

-Ouais.  

-Bien, attaquons sans plus attendre dans ce cas.

 
Il vit du coin de l’oeil le vampire s’installer en tailleur à côté lui sur le matelas.  

Loup, lui, fixait le vide sans le voir. Il était en train de vivre un truc de fou. 

Son regard bloqua alors sur la petite Marie posée sur le sol juste en face de lui.   


-Ça vous brûle vraiment pas alors les trucs religieux ?  


Ambroise soupira.

Il allait visiblement devoir commencer à raconter sa vie avant l’autre. Quelle poisse !  


-Non, cela ne nous fait absolument aucun effet. Et si cela fonctionnait, pourquoi est-ce que ce serait uniquement avec la religion chrétienne et pas les autres ? Franchement, avec tous les dieux que les humains ont inventés, s’il fallait que nous brûlions à chaque fois que nous sommes en présence de n’importe quel artefact religieux, on ne serait vraiment pas sortis de l’auberge ! 

-Ouais c’est sûr, vu comme ça. Et l’eau bénite ? 

-Du flanc, personne n’aime être arrosé par surprise voilà tout. 

-Et les pieux ? Le soleil ? 

-Bien, tu viens de citer les deux principales causes de décès chez les vampires. La dernière étant la décapitation. Quoique, nous survivons rarement aux explosions nucléaires…Bref. Nous n’apprécions pas spécialement le feu aussi, mais je crois que c’est la même chose pour bien des créatures. Ah ! Nous résistons également à l’ail, cela sent juste atrocement mauvais et cela donne un goût effroyable au sang. 

-Ok…  


Ambroise avait fait semblant d’être réticent à se dévoiler.  

Certes, il n’était pas particulièrement enchanté de raconter les us et coutumes des vampires à un inconnu, mais cela faisait tellement longtemps qu’il n’avait réellement discuté avec quelqu’un qu’il allait se venger sur ce pauvre garçon qui n’avait rien demandé à personne.  

Il allait le saouler de paroles jusqu’à ce qu’il rende l’âme.  

Hohoho ! Un plan purement machiavélique.   


-Et donc vous pouvez manger comme les humains ? 

-C’est exact. 

-Tous les vampires font ça ? 

-Mmh généralement non. Il existe cependant quelques exceptions qui ont du faire un léger changement de régime à un certain point de leur vie. Je fais partie de ces-dites exceptions et s’il est vrai que je me sustente la plupart du temps de sang, il m’arrive de temps à autres, de consommer de la nourriture humaine.

-Quel genre de changement ? demanda Loup en se tournant finalement vers lui.   


Ambroise l’étudia un moment en silence. Le garçon avait beau avoir une tête sympathique, ce n’était pas pour autant qu’il pouvait lui faire confiance.   


-Vous ne me faites pas suffisamment confiance hein ?   


Est-ce que ce gamin lisait dans les pensées ?  


-Pourquoi sens-tu le loup ? demanda Ambroise en évitant de répondre aux questions du jeune homme.  

-Mmh, cette fois c’est moi qui ne sais pas si je dois vous faire confiance. On va aller loin comme ça.  

-Je pourrais difficilement te contredire.  

-Très bien, je vais tout vous dire.  

-Je t’écoute.   


Loup soupira lourdement avant de reprendre la parole.   


-Je suis coiffeur. 

-J’ai du mal à saisir le rapport… 

-Laissez-moi terminer, je viens à peine de commencer. 

-Mille excuses, je ne souhaitais point vous offenser mon jeune ami. 

-Vous parlez toujours comme ça ? Bref on s’en fout. Donc, je suis coiffeur.  

-Donc, tu es coiffeur. Jusqu’ici je suis.  

-Vous voulez vraiment pas connaître la suite hein ? 

-Si si si, désolé, je me tais. Je suis tout ouïe.   


Ambroise ricanait tout seul dans sa tête. Il était marrant ce petit humain finalement.

Enfin, petit…pas tant que cela tout de même.  

Ils devaient faire à peu de chose près la même taille et il avait l’air d’être plutôt musclé.

Hum…il ne devrait peut-être pas trop le taquiner tout bien réfléchi.  


Ambroise décida de se concentrer attentivement sur ses paroles.   


-Donc, dans les salons de coiffure où j'ai bossé, racontait le jeune homme, y’avait des loups qui venaient aussi. Je récupérais les cheveux coupés, puis je séparais les hormones par distillation pour m’en faire une sorte de parfum. Après ça, j’avais plus qu’à m’asperger pour recouvrir mon odeur naturelle. Et voilà !  


Le vampire haussa les sourcils.  


-C’est très astucieux ! Je ne savais pas que cela fonctionnait aussi pour ce genre de choses.  

-Bah, j’ai testé, ça a marché point final.  

-Certes, il fallait tout de même y penser. 

-Je voulais juste savoir un truc… 

-Oui ? 

-Ça sent vraiment comme un loup ? 

-Et bien, pas comme un seul loup. C’est plutôt un mélange d’odeurs parce que, j’imagine que tu n’as su faire la différence entre les cheveux de loups et les cheveux humains, donc c’est une sorte de condensé de toutes les fragrances si je puis dire. 

-Je vois. 

-C’est assez puissant comme résultat. 

-Vraiment ? 

-Et bien, je ne t’ai pas attaqué sans raison.  

-Mmh, ouais, c’est pas faux. 

-Maintenant, excuse ma prochaine question mais, pour quelle raison as-tu besoin de ceci ?  

-Hin hin hin, c’est justement ce que j’avais pas envie de raconter.  

-Oh j’en suis profondément navré… 

-Non mais c’est bon, le coupa Loup, j’ai commencé, je finis.  

-C’est en rapport avec ton père ?  

-En grande partie oui. D’où est-ce que vous le connaissez d’ailleurs ? 

-Mmh, je l’ai croisé une ou deux fois dans sa jeunesse. 

-Vraiment ? Vous vous rappelez de lui ? 

-Et bien disons que lorsqu’on le voit combattre on a plutôt tendance à s’en souvenir. 

-Ah. Oui. C’est sûr.  


Ils marquèrent tous deux une pause le temps de se remémorer quelques souvenirs pas très ragoutants en vérité.  

Loup, lui, en profita également pour puiser dans ses réserves de courage.  

Il n’avait pas vraiment l’habitude de raconter sa vie -ça le mettait plutôt mal à l’aise- et il allait devoir parler d’un passage de son existence, qu’il aurait préféré oublier, à un vampire sexy et complètement barge.   


-Crève donc cet abcès mon garçon, lui chuchota Ambroise en posant une main compatissante sur son épaule.  


Loup prit une profonde inspiration.  


-Très bien. Je vous raconte tout, une seule fois, et on ne revient plus jamais là-dessus.

-Marché conclu.   


Ils se serrèrent brièvement la main et Loup se cala contre le mur pour faire face au vampire.  

Ambroise lui fit un signe de tête encourageant et il se lança.   


-Et bien, autant y aller franchement, je n’arrive pas à devenir loup-garou.









A suivre...

 
 
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