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au 20 Nov 08 :
1059 comptes dont 373 auteurs
pour 1388 fics écrites
contenant 3547 chapitres
qui ont générés 7129 reviews
 
     

     
 
Le Groupie du Pianiste
Par Slytherin-Beam
Harry Potter  -  Romance/Angoisse
5 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 2     Les chapitres     11 Reviews    
Début du Cauchemar

Me voilà face à un problême épineux. Non pas un cactus, ni même un hérisson. Non, juste un deuxième chapitre de fic, et rien à écrire avant. Que vous dire ? Que j'ai bossé toute la journée ? On s'en fout ! Que c'est bientôt Noël ? Vous le savez. Alors quoi ? Quoi ? QUOI !? « Rien ? » Bien, alors je ne dirais rien. Seulement que j'aime ce deuxième chapitre. Maintenant, à vous de voir.

 

Une dernière chose : les paroles des chansons sont mises au masculin et pas dans l'ordre (ne me blamez pas, c'est Harry qui a choisi). Il pleure aussi beaucoup dans ce chapitre, mais toute cette histoire est tellement dure pour lui ... Je vous laisse.

 

Enjoy.

 _______________________________________________________________________________________

 

 

¤ Le Groupie du Pianiste ¤




Novembre 1999 – Appartement de Draco, Londres, Angleterre


J'étais allongé sur mon lit, pensif. Comme sur un petit nuage. Je me mariais demain. Avec l'homme de ma vie. Merveilleux, non ? Depuis qu'il me l'avait demandé, j'avais du mal à reconnecter avec la réalité. Je faisais le ménage machinalement, et ne vivais que pour le voir rentrer le soir.


C'était grandiose ! J'allais passer toute ma vie avec l'homme que j'aimais. Pourtant, quand je renpensais à cette première fois où je l'avais entendu joué, à Poudlard, rien ne semblait indiquer que nous finirions ensemble. Au contraire ! Mais la vie en avait décidé autrement. Elle nous avait emmené au-dessus de notre haine, jusqu'à l'amour. Sentiment incroyable. Jamais je n'aurais cru Draco capable d'aimer au point de se marier, et, qui plus est, avec moi !


Je regardais vaguement l'horloge, sur la table de nuit. Deux heures de l'après-midi. Je soupirai. Il ne rentrerait pas avant six heures, encore. Malgré notre mariage prévu, il n'avait pas arrêté un instant de travailler. Je souris. Quel homme.


Soudain, je dressai l'oreille, à travers la brume de rêve qui m'entourait. Le bruit de la porte d'entrée. Draco était rentré plus tôt pour être avec moi ! Heureux, je me levai précipitamment et déboulai dans le salon. Mon sourire se fana instantannément. Ce n'était pas Draco. C'était Hermione. Dans notre appartement ! De quel droit ... ? Je suffoquai.


Elle s'assit dans un canapé, comme si elle était chez elle, et m'invita à m'asseoir dans celui d'en face. M'inviter ! Chez moi !? Je restai debout, à la regarder d'un air mauvais.


« Ecoute, Harry, je ne viens pas pour me disputer avec toi. Je vais donc faire court. J'ai appris dans le journal la nouvelle de ton mariage avec Malfoy. Je t'en prie, au nom de notre ancienne amitié, ne fais pas ça. Ne te marie pas avec lui. Trouve toi n'importe qui d'autre, même Colin Crivey, si tu veux, mais pas Malfoy. Il se sert de toi, Harry, d'une façon ou d'une autre. Je ne sais pas vraiment pourquoi, ni comment il fait pour t'aveugler à ce point, mais il te manipule. Harry, s'il te plait, écoute-moi, entend-moi, crois-moi ... »


Elle répétait ces derniers mots comme une incantation. Elle esperait que je la crois vraiment. On pouvait voir cela dans ses yeux.


Je n'en revenait pas. Elle osait venir me voir chez nous, alors que je l'avais bannie de mes connaissances quelques mois plus tôt, pour m'inventer une histoire abracadabrante sur le faux amour de Draco. Tout ceci était faux ! Draco me désirait. Draco m'aimait. Draco allait m'épouser. Toutes ces paroles étaient autant de blasphêmes, qui me faisaient mal, car ils insultaient un ange. Mon ange. Je ne pouvais pas tolérer ça. Je ne pouvais même pas considérer ce qu'elle me disait comme peut être éventuellement envisageable.


« Hermione, je ne cherche pas la bagarre avec toi. Je vais faire court également, alors écoute-moi bien. Draco et moi nous aimons. Nous nous marions demain. Nous allons passer une vie heureuse ensemble. Une vie bien plus heureuse que je n'en aurais jamais avec personne d'autre, parce que Draco est l'homme que j'aimerais toute ma vie. Maintenant, dehors. »


Ma voix était basse, calme, et beaucoup plus inquiétante par là-même. J'étais furieux. Elle me regarda avec des yeux suppliants, mais j'étais inplacable. Elle ne gâcherait pas mon bonheur « pour mon bien ». Il n'en était pas question. J'avais dit ne plus vouloir la voir, et j'étais sincère. J'esperais vraiment qu'elle disparaitrait une bonne fois pour toute.


Elle se leva lentement et se dirigea encore plus lentement vers la porte. Elle l'ouvrit et se retourna une dernière fois :


« Harry, je t'en prie, réfléchis bien à ce que tu fais. »


Et elle sortit, fermant la porte avec douceur. Je restai debout au milieu du salon. Réfléchir ? Inutile. Nous nous aimions, je lui avais dit. J'allai me marier.


Je ne sais pas combien je restais ainsi, plongé dans mes pensées. Mais quand j'émergeai enfin de mon état second, ce fut pour me rendre compte que la nuit était tombée. Les lampadaires, dans la rue, était allumés, et éclairaient faiblement le salon. Je ne bougeai pas. La porte d'entrée venait de s'ouvrir. Était-ce Hermione, qui revenait me mettre en garde contre un danger inexistant ? Je ne le pensais pas. Elle avait sans doute compris qu'il n'y avait pas de danger. J'aillais bien et j'étais amoureux.


Un pas familier se rapprochait de moi. Mesuré, léger. Aimé. Draco apparut dans mon champ de vision, et eut un regard étonné.


« Harry, mon ange, qu'est-ce que tu fais planté au milieu du salon, dans le noir ? »


Je le regardai sans réagir. Il m'aimait. Il m'aimait. Et si ce qu'avait dit Hermione était vrai ? Je me repris. Elle tentait simplement de briser mon couple. Elle était jalouse que je veuille de Draco, et qu'elle ne puisse même pas être mon amie. Draco m'aimait. Et pourtant, il se pouvait que ...


Je plissai les yeux, le temps de m'habituer à la lumière que Draco venait d'allumer. Puis, je le regardai de nouveau attentivement.


« Tu as un vrai regard de noyé. Que s'est-il passé aujourd'hui ? »


Machinalement, sans avoir vraiment conscience de ce que je faisais, je m'approchai de lui et carressai sa joue doucement.


« Je t'aime, Draco, » je murmurai.


Il sourit. Il aussi m'aimait. Il m'aimait. Un doute m'assailait, et pourtant, je tentai de ne pas y prêter attention. Je ne devais pas douter de lui.


« Tu as vraiment l'air épuisé. Allons nous coucher, » me dit-il.


Quelle bonne idée. Je ne tenais plus debout. Je lui saisis la main et le traînai jusqu'à notre chambre, ne le lachant que pour nous déshabiller. Nous nous couchâmes, et je me collai immédiatement à lui. Des larmes d'impuissance s'échappaient de mes yeux, dans le noir, résultat de ma lutte contre moi-même. Je ne devais pas douter. Mais je n'arrivais pas à m'en empêcher. Pourtant, Draco m'aimait.


Je dormis affreusement mal, cette nuit-là. Je me réveillai vers quatre heures, quand Draco se leva pour aller au toilettes. Habituellement, il ne me réveillait pas, mais quand sa chaleur me quitta, cette fois, je me réveillai en sursaut et ne pu me rendormir. Quand il se fut rendormit, je me levai donc et allai chercher un verre d'eau à la cuisine. Puis, je traînai dans l'appartement.


Nous n'avions pas pris le temps de fermer les volets, et les lampadaires baignaient les pièces d'une lumière surréaliste. Je me plantai devant la fenêtre du salon. Il n'y avait personne dehors. Personne, à part un couple composés de deux jeunes gens, qu'une balade nocturne avait dû séduire plus qu'une nuit de débauche. Je soupirai. Draco n'avait choisi ni l'un, ni l'autre. Il n'avait d'ailleurs rien choisi qui n'implique plus que mes ronflements, ce soir. La veille de notre mariage. Peut être, finalement, n'en avait-il rien à faire de moi.


Je m'arrachai à la contemplation du couple qui s'embrassait maintenant tendrement, juste sous un lampadaire. J'avais envie d'aller tirer Draco de son lit, de l'embrasser, de me blottir contre lui, de lui dire que je l'aimais. Et de l'entendre me répondre qu'il m'aimait aussi. Mais le réveiller en pleine nuit l'aurait mis de mauvaise humeur pour le lendemain. Et puis, tout ces doutes étaient ridicules. Draco m'aimait.


À défaut de retrouver mon ange, j'allai donc dans une pièce entièrement remplie de son odeur, de ses pensées. Cette pièce où j'allais quand il me manquait trop, dans la journée. Je poussai la porte, et une pièce impeccable apparu. En son centre, un piano. Sur les murs, des étagères avec des cartons de partitions. Un bureau où je savais qu'il rangeait ses propres partitions sous la fenêtre.


Je me dirigeai vers le bureau. J'aimais relire ses partitions. Ce n'était pas comme quand il les jouait, mais elles me réconfortaient un peu tout de même. Sa musique. Son âme. J'ouvris le tiroir et sortit une partition. Celle-ci, je l'aimais beaucoup. La musique montait en flèche et l'air sentait le printemps. Je la reposai et en saisit une autre. Et mon coeur s'arrêta de battre.


Ce n'était pas une partition, mais une lettre. Une lettre de Weaslette. Je sentis ma gorge se nouer. Qu'est-ce que cette petit garce avait à dire à mon Draco ? Et pourquoi celui-ci me cachait-il son amitié avec cette sale rousse ? Draco me cachait des morceaux de sa vie ! Alors même que nous vivions ensemble depuis des mois et que nous allions nous marier demain ! Les paroles de Hermione revinrent dans ma tête, me secouant plus que jamais. J'avais envie de vomir.


Puis, je me ressaisis. J'étais sans doute parano. La lecture de la lettre me le démontrerai. Je commençai donc à lire.


« Draco, mon bébé,


Je suis si heureuse pour toi. Toute la presse en parle, le grand pianiste va se marier avec Celui-Qui-A-Vaincu. Je suis fière de toi. Je savais que tu pouvais le faire. Même si tu as dû pour ça bénéficier des conseils de la grande Madame Ginny Malfoy. J'aime associer ton nom au mien. Et peut être, dans un avenir proche ... Non ? Maintenant que ta réputation semble avoir prit un coup de fraîcheur, tu ne vas pas rester toute ta vie avec ce minable. Dépêche toi, Draco, je t'attend. Je ne me contenterais pas d'une place de deuxième toute ma vie. Je ne serais ta maîtresse toute ta vie. Un jour, tu devras te contenter de Potter, ou le laisser tomber.


Je t'aime,


Ginny »


Je pense que j'aurais dû pleurer à cet instant. J'aurais dû déchirer la lettre, courir jusqu'à la chambre de Draco, lui arracher les yeux, lui annoncer que tout était fini. Qu'il n'y aurait pas de mariage. Mais, je ne l'ai pas fait. Je restai ainsi, les yeux fixés sur cette horrible lettre, qui confirmait tous les soupçons de Hermione, qui confirmait tous mes doutes.


Ginny avait aidé Draco à m'emprisonner dans l'amour. Ginny était la fiancée de Draco. Ginny encourageait Draco à ne pas rester avec moi. Ginny était la maîtresse de Draco. Il me trompait. Et il ne m'aimait pas. Je n'étais qu'un plan pour qu'il puisse percer dans la musique. Je me sentais malade. Et je l'aimais, malgré tout ça.


Je rangeai calmement le parchemin à sa place, et je sortis de la pièce. Complètement amorphe, pour la deuxième fois de la journée – même si nous étions déjà demain – je m'affalai dans le canapé et me perdit dans mes pensées. Sur notre canapé. Dans notre appartement. Les larmes ne voulaient pas sortir. J'aurais voulu pleurer, assécher mon corps et mon coeur, mais ça m'étais impossible. Je restai là, immobile, assistant au lever du soleil, essayant de ne pas penser.


J'entendis un glissement de couverture dans la chambre et je sursautai. Je ne voulais pas être si vite confronté à lui. Je me levai précipitamment et courai jusque dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner. Comme l'odeur de pain grillé envahissait l'appartement, j'entendais couler l'eau de la douche. Avant même de me dire bonjour.


Un quart d'heure plus tard, il pénétra dans la cuisine, vêtu d'un peignoir bleu roi, magnifique, les cheveux dégoulinants. Mon coeur fondit. La colère s'évanouit. Je le contemplai avec amour. Il s'approcha de moi et m'embrassa délicatement.


« Bonjour, mon ange, » me murmura-t-il.


Je ne répondis rien et l'embrassai à mon tour. Et soudain, l'évidence me sauta au visage. Même si Draco ne m'aimait pas, même s'il se servait de moi, je ne pouvais rien faire. Je l'aimais au point sacrifier mon bonheur pour lui, de passer le plus de temps possible avec lui sans rien recevoir en retour, tout en sachant qu'un jour viendrait où il me laisserait pour partir avec Ginny. Et surtout, en sachant que je n'avais pas l'exclusivité. Qu'il faisait l'amour avec Ginny. Et qu'il baisait avec moi.


La boule se faisait plus grosse dans mon estomac.


« Mon ange ? Tu es malade ? Tu es tout pâle. »


Tant de solicitude dans sa voix. Faux. Tout cela était faux. Sa tendresse, ses baisers, son inquiétude. Mais ça me suffisait. J'en avais besoin.


« Je crois que j'angoisse un peu pour tout à l'heure. »


L'excuse parfaite. C'était presque heureux que j'ai découvert cette lettre ce jour et pas un autre.


« Ne t'inquiètes pas, mon ange, tout ira bien. Nous allons vivre ensemble. Tu verras, nous ferons le tour du monde, nous nous aimerons dans tous les recoins de la terre. Nous visiterons Venise, Rome, Tokyo, Paris, Rio de Janeiro. Je te le promet, mon ange. »


Mensonge. Mensonge. Mensonge. Ces mots tournaientdans mon esprit, comme une ritournelle, sur l'air d'une chanson d'une moldue française qu'aimait tellement tante Pétunia.


Il joue avec mon coeur

Il triche avec ma vie

Il dit des mots menteurs

Et moi, je crois tout c' qu'il dit


Comment ai-je pu ignorer tant de temps que son coeur n'avait pas changer. J'aurais dû voir quelque chose. Hermione avait eu raison. Et ça me faisait plus mal encore. Mensonge. Mensonge. Mensonge.


Les chansons qu'il me chante

Les rêves qu'il fait pour deux

C'est comme les bonbons-menthe

Ça fait du bien quand il pleut

 

« Tu sembles vraiment ailleurs, ce matin, » fit remarquer Draco. « Tu n'ais pas heureux de te marier ? »


Je m' raconte des histoires

En écoutant sa voix

C'est pas vrai, ces histoires

Mais moi, j'y crois


Encore cette inquiètude dans sa voix. Faux.


Mon mec à moi

Il me parle d'aventures

Et quand elles brillent dans ses yeux

J' pourrais y passer la nuit


« Rien ne me ferait plus plaisir. J'ai seulement du mal à me dire que je vais vraiment passer ma vie avec toi. L'homme que j'aime. »


Il parle d'amour

Comme il parle des voitures

Et moi j' l' suis où il veut

Tellement je crois tout c' qu'il m' dit


Et rien n'est plus vrai. Malgré ma découverte, j'ai encore l'impression de ne pas le mériter. Peut être qu'il mérite mieux que quelqu'un de si soumis. Qu'il me pardonne. Je ne voulais pas en arriver là.


°°°


Novembre 1999 – Ministère de la Magie, Section des Mariages Sorciers, Londres, Angleterre


L'employé baisse son regard sur la feuille, puis regarde attentivement notre couple. Il a l'air de ne pas croire à sa chance. En effet, c'est bien lui, misérable sous-fifre, qui va avoir l'honneur de marier le couple de l'année. Harry Potter et Draco Malfoy. Il va avoir l'honneur de dépouiller l'arrogant pianiste de son nom si noble pour le remplacer par le sordide 'Potter'. Il a de quoi être fier.


Après maintes et maintes discussion, Draco et moi avons enfin décidé de garder mon nom. Au dévut, je ne voulais pas. Je ne voulais pas qu'il se sacrifie ainsi pour moi. Qu'il sacrifie son nom, qu'il aimait tant. J'ai fini par céder. Comme toujours. De plus, je voyais là une preuve d'amour. Que j'avais tort !


Je nageais dans une bulle depuis mon entrée dans la pièce, mais la dure réalité me rattrapa et me percuta en cet instant. J'allai me marier avec un homme qui ne m'aimait pas et qui me trompait. Que j'aimais et à qui j'étais fidèle. Tant pis, j'aimerai pour deux.


L'employé ne semblait pas se remettre de sa chance. Son sourire grandissait à chaque seconde et il écarquillait les yeux comme s'il nous verrait mieux avec les yeux grands ouverts. J'entendis un toussotement à ma gauche, et je tournai la tête vers Draco. Il regardait l'homme qui allait nous marier sans beaucoup de sympathie, voire même avec énormément d'antipathie. Il ne devait pas avoir envie d'attendre. Il posa nonchalament sa main sur sa baguette. L'employé déglutit difficilement et revint à son papier.


« Bien. Donc, je vais maintenant procéder à l'union de Mes-sieur Draco M-Malfoy et Harry Potter. »


Je reste persudé que son temps tremblant était lié au regard de Draco. Gris sombre. J'aimais ce regard. Le bonhomme face à nous marqua une longue pause.


« Eh bien ! Vous vous endormez sur votre papier ? » lança mon fiancé avec humeur.


« Je – C'est à dire que je suis sensé vous laisser le temps de méditer vo-votre réponse. »


« Si nous sommes là, c'est que tout est réfléchi. Procédez donc, maintenant. »


« Oui, oui, bien sûr, Monsieur Malfoy. »


Il était finalement tout tremblant, bourré de tics, angoissé à l'idée de faire quelque chose de travers sous le regard de tueur de mon fiancé.


« En vertu de l'article ... »


« Abrège, tu veux ? »


Je me sentais mal. Comment cet homme charmant pouvait-il se montrer si odieux le jour de notre mariage ? Même s'il ne m'aimait pas, c'était un moment essentiel.


« Oui, oui. Monsieur Malfoy, voulez-vous prendre pour époux Monsieur Harry Potter, ici présent, et ... »


« Oui, oui, bien sûr, rien ne me ferait plus plaisir. Allez, la suite ! »


Il ruinait le plus beau moment de ma vie. Le moment qui me liait à lui pour quelques temps.


« Monsieur Potter, vouez-vous prendre pour époux Monsieur Draco Malfoy, ici ... »


« Mais répond ! »


Les larmes qui étaient restées en moi toute la nuit coulaient à présent librement sur mes joues. Et personne n'était là pour me soutenir. Il était trop tard, de toute façon. Je hochai la tête, incapable de parler.


L'employé regarda Draco avec un demi air de reproche, et sortit les alliances de sa poche. Cette cérémonie était lamentable. Les témoins étaient des passants attrapés au hasard dans les couloirs du Ministère, c'est ce fichu rat de secrétaire qui donnait les alliances ... Alliance qui se rappela à mon bon souvenir en s'enfonçant brutalement autour de mon doigt. Douleur.


Je saisis la deuxième doucement, comme une relique, et la passai délicatement autour du doigt de mon mari.


« Je vous déclare unis par les liens du mariage, » prononça à toute vitesse l'employé.


Draco me saisit par la nuque et m'embrassa sans douceur, marquant sa propriété. Les larmes coulaient. Coulaient. Coulaient.


« Mon ange ? Qu'y-a-t'il ? » me demanda mon mari en se reculant un peu.


« L'émotion, sans doute. Je suis tellement heureux. »


Et, encore une fois, je ne lui mentais pas. Il avait déchiré en lambeau le mariage de mes rêves, mais j'étais maintenant officiellement à lui, et je n'aurais pas pu être plus heureux. Je n'arrivais pas à lui en vouloir. J'arrivais même à le comprendre. A travers mes cils, je jetai un oeil au visage de Draco. Qui affichait un air clairement agacé. Je tentai de stopper mes larmes, essuyant fort mes yeux.


« Je suis désolé, » je bredouillai.


« Ce n'est pas grave, mon ange. Je comprend. »


Menteur. Mes larmes s'arrêtèrent enfin. Il n'y en avait plus. Mais le malaise était toujours là. Le goût de la défaite, de la jalousie, aussi. Et de l'amour, qui n'adoucissait rien.


Doucement, une main se glissa dans la mienne, et nous transplannâmes dans notre salon. Voilà. Nous étions un couple tout ce qu'il y a de plus officiel. Et j'étais un cocu tout ce qu'il y a de plus officiel.


Sans doute pressé de marquer sa possession maintenant légal, Draco me traîna littéralement jusqu'au lit et me baisa sauvagement, me déchirant de l'intérieur, me brisant au fond de moi. Mais je ne pouvais le haïr. Même si j'en gardais le souvenir cuisant dès que je m'essayais pendant une semaine.


°°°


Décembre 1999 – Appartement de Draco, Londres, Angleterre


« Nous devons parler. Met donc la table et sers à manger, que je ne sois pas interrompu. »


L'entrée en matière était différente. D'habitude, comme chaque soir depuis notre mariage, un mois auparavant, il rentrait et allait se doucher, puis mettait les pieds sous la table et attendait que je le serve. Apparement, c'était du sérieux. Malheureusement, il fallait que ça tombe ce jour.


« Ecoute, mon coeur ... »


Une grimace lui échappa. Il ne supportait plus ces petits surnoms. À croire qu'il ne l'avait fait que pour me prendre un peu plus dans ses filets. Je pris un air contrit.


« Cet après-midi, je suis sortit. Je n'avais plus de peinture. Donc je suis allé en acheter. Mais le temps de trouver celle que je voulais, je ne suis pas rentré à temps pour préparer le diner, et ... »


« Ce n'est pas prêt, n'est ce pas ? »


Son ton ne me disait rien qui vaille.


« Si, bien sûr ! Enfin, non, pas tout à fait. Je veux dire, j'ai ce qu'il faut, mais ... »


« Arrête ! Tais-toi et écoute-moi bien ! Je suis celui qui travaille, ici. Qui a une lourde journée de travail épuisant. Toi, tu glandes, alors que nous savons tous les deux que tu ne fais ça que par caprice. Quand je rentre le soir, la moindre des choses, c'est quand même que le diner soit prêt. Si tu crois que les fénéants sont ce que j'aime dans la vie, tu te trompes lourdement. »


J'étais abasourdi. Jamais encore il ne m'avait traité ainsi. Je n'étais pas sa femme de ménage, il aurait mieux fait de s'en rendre compte ! D'ailleurs, j'allais lui expliquer ma façon de penser de ce pas !


« Draco ... » je commençai d'une voix plaintive.


« Tu as une remarque à faire, peut être ? »


Il était de sacrément mauvaise humeur ! Je ne voulais pas me disputer avec lui. Tant pis, je ferais la bonne, mais qu'il ne crie plus.


« Non. Tu as raison, je suis un bon à rien. Je suis désolé. »


Après tout, il n'avait pas tort. Je ne faisais rien de mes journées pour ne pas être confronté plus que nécessaire à la société. Un caprice. Et lui travaillait si dur, à quelque chose de si beau.


« Je vais préparer à manger. Tu peux me parler pendant ce temps-là, je te promet d'être attentif. »


Il me lança un regard dubitatif.


« Bien. »


Je me dirigeai vers la cuisine et sortit les ingrédients du repas du soir. Il s'appuya contre la table et commença à parler.


« Je suis appelé à faire quelques concerts à l'étranger. Il va donc y en avoir pour quelques mois. »


« Mais c'est super ! »


C'était vraiment super ! J'étais heureux que le monde entier reconnaisse enfin le grand pianiste qu'était mon ange.


« N'est-ce-pas ? Je vais visiter des pays lointain, jouer pour des publics beaucoup plus interressants que jamais ! » exultait Draco.


Plus interressant ? Plus interressant que moi aussi, sans doute. Ce n'était pas bien dur. Ma transe n'avait rien d'amusant. Il ne pouvait pas lire dans mes yeux l'admiration qui lui revenait droit. Ce n'est pas cette partie de la phrase qui me resta en travers de la gorge.


« Je ? Tu veux dire que tu pars sans moi ? »


« A quoi me servirais-tu ? Je veux dire, tu t'ennuyerais plus qu'autre chose. Les voyages ne sont pas pour toi. Tu es si fragile, au fond. »


J'étais anéanti. Il partait sans moi. Mais je ne pleurais pas. Ça n'aurait servi à rien. Comme chacune de ses décisions, celle-ci était irrévoquable. J'attendrais son départ pour pleurer.


« Quand pars-tu ? »


« Demain matin, à la première heure. »


Et il me prévenait si tard ! J'aurais aimé lui demander depuis quand il savait qu'il partait, mais il aurait pris ça pour un reproche. Tout plutôt que de lui faire monter le ton la veille de son départ.


Nous mangeâmes en silence. J'étais trop triste pour parler, et lui n'avait rien à me dire. Il n'avait jamais rien à me dire. Il ne me racontait jamais ses journées, les anecdotes amusantes, ni ses petits problêmes. Souvent, il pestait tout seul en rentrant, mais ne s'ouvrait jamais à moi.


Quand j'eus fini de débarrasser la table, j'allai le trouver dans le salon, où il était occupé à lire Pianomag.


« Je vais me coucher, » je lui annonçai d'une voix éteinte.


« Hmmm, » fut ma seule réponse.


« Ne te couches pas trop tard, tu dois te reposer pour demain. »


« T'es pas ma mère, que je sache, » répliqua-t-il d'un ton affreusement froid.


Je partis sans répondre. À quoi bon ? J'éteignis la lumière et tentai de m'endormir dans le grand lit froid. Quelques instants plus tard, j'entendis la porte d'entrée s'ouvrir, puis se refermer, et le silence se fit un peu plus pesant. Il venait de partir, je le savais. Il devait rejoindre Ginny, pour faire enfin l'amour quelques soirées de baise brutale en ma compagnie. Mon coeur se serra. En plus d'être un mauvais mari, je ne lui inspirai rien au lit.


Il passe ses nuits sans dormir

À gâcher son bel avenir

Le groupie du pianiste


Je me tournai longtemps, essayant vainement de m'endormir. Je finis par entendre la porte se rouvrir et, après un petit moment, l'autre côté du lit s'affaisser. Faisant semblant d'être endormi, j'en profitais pour me coller à lui. Je savais bien qu'il avait une sainte horreur des piqueurs d'espace vital, mais j'étais endormi, donc je n'étais pas vraiment responsable, n'est-ce-pas ?


Dieu que cet homme a l'air triste

Amoureux d'un égoïste

Le groupie du pianiste


À ma grande déception, je ne m'étais pas trompé. Il puait le sexe à plein nez. Et le parfum de femme. Il n'avait même pas eu la décence d'aller prendre une douche. Il grogna un peu, mais n'essaya pas de me déloger, sans doute trop fatigué. Impression qui me fut confirmé quand il s'endormit comme une masse, quelques secondes plus tard. Quand à moi, je ne réussis à m'endormir que vers le matin. Je ne l'aurais pas voulu, car c'est le matin que Draco partait, et je voulais être là, mais je ne pu résister.


Il fout toute sa vie en l'air

Et toute sa vie c'est pas grand chose

Qu'est-ce qu'il aurait bien pu faire

À part rêver seul dans son lit

Le soir entre ses draps rouges


Quand je me réveillai enfin, il n'y avait plus personne. Je me levai précipitament et couru jusque dans la cuisine, mais elle était vide également. Juste un mot reposait sur la table.


« À dans trois mois.

Amuse-toi bien.

Draco »


Il était partit, comme ça, pour trois mois. Sans un remord, sans un regard en arrière. Sans même un au-revoir. Je me laissai tomber sur une chaise, le parchemin toujours à la main, et les larmes coulant sur mes joues, encore et encore. Des heures durant.


Comme je pleurais quelques jours plus tard, quand je passai Noël seul, loin de Draco, ainsi que le Jour de l'An. Avec comme seules nouvelles de lui celles que me donnaient les journaux et les courts messages que je reçu de lui pour ces occasions.


Il passe sa vie à l'attendre

Pour un mot pour un geste tendre

Le groupie du pianiste


°°°


Janvier 2000 – Appartement de Draco, Londres, Angleterre


C'était le milieu du mois. De nouveau, j'étais allongé sur notre lit. Et, de nouveau, je haïssais les journaux. J'aurais aimé être aveugle et garder l'ignorance plutôt que de voir ça. En première page de la Gazette s'étalait une photo de mon ange, souriant à ses fans après un concert. Rien de bien choquant. Sauf qu'à côté de lui, sur la scène, se tenait cette catin, cette garce, cette ... Weasley ! Qu'est-ce que Weasley faisait sur scène à côté de mon mari ? Et ce titre ? « Draco Malfoy, toujours si bien entouré ! » Ironie, ou ... Pour savoir, s'ouvrit brusquement le journal en page 2. Et je hurlai de rage. Ils avaient interviewé Draco. Tout se passait bien jusqu'à :


« Nous sommes plus qu'étonnés que votre mari ne vous ait pas accompagné, » avait fait remarquer le journaliste.


« En effet, et je le suis aussi. Mais il ne semble pas aimé les voyages. Il me manque cruellement, et nous nous envoyons des lettres chaque jour. J'ai été très deçu de ne pas pouvoir passer notre premier Noël en sa compagnie. Mais, par chance, j'ai rencontré une merveilleuse amie qui vient un peu combler le vide que j'éprouve. Ginny est vraiment quelqu'un de génial, vous savez, » avait répondu ce traître.


Tout ceci était faux ! Il n'était pas étonné que je ne sois pas venu, parce que c'est lui qui m'avait cloitré à la maison. J'adorais les voyages. Je lui envoyais des lettres chaque jour, mais c'est à peine si j'avais de ses nouvelles. S'il avait été deçu pour Noël, il me l'aurait au moins fait savoir dans une lettre. Je l'aurait rejoint !


Il le suivrait jusqu'en enfer

Et même l'enfer c'est pas grand chose

À côté d'être seul sur terre

Et il y pense dans son lit

Le jour entre ses draps rouges


Je le suivrais au bout du monde ! Et c'était une véritable chance d'avoir rencontré Ginny. Quel hasard, d'ailleurs ! Ils allaient pouvoir faire l'amour tendrement en riant de moi, qui me faisait manipuler depuis le début. Alors que je l'aimais ! JE L'AIMAIS ! Je l'aimais ...


Il l'aime, il l'adore

Plus que tout il l'aime

C'est beau comme il l'aime


J'étais jaloux, bien sûr. Même si je n'en avais aucun droit. Il n'était pas à moi. Il n'était à personne. Et il le montrait bien. Il voyageait, libre.


Après ce jour, je ne lu plus le journal. Je me contentais des courts mots que je recevais de temps de temps. Je me souviens de celui du 30 Janvier comme si je venais je venais de le recevoir :


« Déjà plus qu'un mois. Comme le temps passe vite. Espère que tu vas bien.

Draco »


Ainsi, il trouvait que le temps passait vite. Il avait même l'indécence de me le dire ! Qu'il devait s'amuser. Je poussai un soupir. Moi, je passai mon temps à errer dans l'appartement, peignant de temps en temps, résistant tant bien que mal à chercher de ses nouvelles dans le journal, isolé comme jamais. Je n'avais plus personne.


Ce soir-là, je suis sortis. Je suis allé dans un bar gay, avec comme but de me bourrer en public, et d'aller me faire prendre sauvagement dans un coin où tout le monde pourrait me voir, pour me venger de l'égoïste que j'avais épousé. Mais même ivre mort, je n'eus pas le courage d'engager quoi que ce soit avec qui que ce soit qui ne soit pas blond, ancien Serpentard et ayant pour nom Draco Malfoy, sous peine de me sentir traître jusqu'à la fin de mes jours. Je me contentai donc de me déhancher sur la piste de dance, jusqu'à ce qu'on charmant jeune homme ait pitié de moi et me raccompagne à mon appartement.


Il fout toute sa vie en l'air

Et toute sa vie c'est pas grand chose

Qu'est-ce qu'il aurait bien pu faire

À part rêver seul dans son lit

Le soir entre ses draps rouges


Je crois que c'est à peu près à ce moment qu'une idée m'est venue pour chasser la solitude. J'en avais plus qu'assez. La proximité du retour de Draco – plus que deux semaines ! – me rendait de plus en plus irritable. J'avais détruit la cafetière à coups de poings, et la paroi de la douche à coup de pied. J'étais en train de lancer des sorts impardonnables à une souris quand je m'étais dit qu'il fallait faire quelque chose. C'était ce fichu rongeur qui m'avait donné l'idée, finalement.


Je couru hors de chez moi comme si ma vie en dépendait, et ne m'arrêtai que devant l'animalerie du Chemin de Traverse, pour reprendre mon souffle quelques secondes. En repensant à cet instant, je pense que j'aurais dû transplanner. Mais je n'y pensai même pas, sur le coup. J'entrai dans la boutique. Il y avait toujours des cages partout, pleines de hiboux, de rats, de crapaux, et toutes sortes d'animaux. J'eus un pincement au coeur en songeant à Hedwige. Encore une victime de la guerre.


« Monsieur Potter ! Quelle joie de vous voir dans mon humble boutique ! »


Je ne voyais même pas pourquoi c'était plus un honneur de me voir que de voir quelqu'un d'autre. Après tout, j'étais un client, rien de plus. Mes raisons d'éviter le monde sorcier me revinrent de plein fouet.


« Que puis-je faire pour vous ? »


Me foutre la paix ? J'étais grand et diplômé. Je pouvais bien chercher un animal moi-même. Mais après tout, si elle avait besoin de se sentir utile.


« Je cherche un animal de compagnie. »


« Bien sûr. J'ai ce qu'il vous faut. »


En même temps, cette boutique ne vendait que des animaux, non ?


« Je pense qu'un charolle est tout indiqué pour vous, ami des bêtes. »


Finalement, j'aurais peut être aimé qu'elle me témoigne un peu plus de respect. J'avais horreur qu'on s'adresse à moi comme à un enfant. Et puis, un charole, qu'est-ce que c'était que ça, encore ?


Sous mes yeux émerveillés, elle exhiba d'un panier en osier un adorable chaton tout noir.


« On dirait ... un chat, » je fis remarquer.


« C'est, en fait, le même genre de chat que votre amie, Miss Granger, a acheté il y a quelques années. Vous le voulez ? »


Je saisis vivement la boule de poils et la serrai contre moi. Elle se frotta un peu contre moi et émit un ronronnement sonore.


« Evidement ! » je lui lançai.


Je crois que c'est à ce moment que je tombai amoureux pour la deuxième fois de ma vie. De cette chose adorable qui avait visiblement envie de s'endormir contre mon pull. Je payai rapidement en retournai m'enfermer chez moi. Plus seul. Je déposai une assiette de croquettes et un bol d'eau dans la cuisine, et préparai la litière. Puis, je m'installai sur le canapé, le charole toujours contre moi.


« Il va falloir que je te trouve un nom, » je chuchotai pour moi-même.


À ce moment, quelque chose d'étrange se passa. Comme si quelqu'un était venu dans mon esprit pour y déposer un mot. Un nom. « Orion ».


« Orion ? » je demandai, perplexe.


« Rrrrrou, » émit le charole.


°°°


Mars 2000 – Appartement de Draco, Londres, Angleterre


Mon existence avait changé. Je n'étais plus seul. Je ne errais plus. Je ne m'ennuyais plus. Je ne cassais plus rien pour passer mes nerfs. La présence d'Orion était appaisante, réconfortante, joyeuse. Indispensable. Je lui avais amenagé un espace dans un placard du salon, où j'avais mis sa gamelle et sa litière. Ce matin-là, je le laissai seul pour la première fois, partant sans lui, pour aller chercher Draco à l'aéroport. Il m'avait envoyé un mot :


« Trop fatigué pour transplanner. Viens me chercher.

Draco »



Je ne m'étais pas attendu à un mot d'amoureux impatient, mais je n'avais pu m'empêcher d'être déçu. Je transplannai dans la partie sorcier du bâtiment et jetai un coup d'oeil autour de moi. Mon coeur s'emballa.


Il était là. Debout, au milieu d'une foule d'admirateurs et de journalistes. Il signait des autographes et souriait aux appareils photographiques, tout en répondant à des questions sur sa tournée. J'entendais les journalistes crier leurs questions. Il était magnifique, sûr de lui. Toute ma rancoeur s'évanouit en un clin d'oeil. Puis, il me vit, et me fit signe d'approcher. Mes genoux tremblaient, et je ne pensais pas parvenir à aller jusqu'à lui. Pourtant, je le fis. Et là, devant tous ces gens, il me serra dans ses bras et m'embrassa comme si je lui avais manqué. J'y cru presque moi-même. Ou plutôt, j'y cru jusqu'à ce que je vois le sourire narquois de Ginny, qui était debout derrière mon ange. Et, de ce fait, face à moi.


Je ne dis rien. Plus rien. Jusqu'à ce qu'il me dise :


« Amène-moi chez nous. Je suis épuisé. »


C'est la première phrase qu'il m'adressa directement. La première phrase en trois mois. Et ce n'était même pas pour me demander si j'allais bien, ou s'il m'avait manqué. Il se fichait complètement de moi. Peu importe. Je transplannai à l'appartement, et le laissai aller prendre sa douche, puis se coucher. Il avait vraiment l'air fatigué. Je tirai une chaise près du lit, pour ne pas le réveiller en m'asseyant dessus, et je le contemplai, heureux de le revoir enfin. Rapidement, Orion vint s'installer sur mes genoux, et ses ronronnements emplirent la pièce. Nous restâmes longtemps ainsi. Jusqu'au réveil de Draco.


Il l'aime, il l'adore

Plus que tout il l'aime

C'est beau comme il l'aime


Quand il ouvrit les yeux, en milieu d'après-midi, il dû se croire dans un rêve. Il me regarda, étonné, et reporta son regard sur mon charole. Il se durcit.


« Qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda-t-il sèchement.


Je lui mis la bête sous le nez, dans le lit.


« C'est Orion ! » j'annonçai fièrement. « C'est un ami à moi. »


Orion renifla doucement le visage de Draco, lui donna un coup de langue et se mit à jouer avec une mèche de ses cheveux.


« Et pourquoi ce truc se retrouve-t-il dans notre appartement ? »


Sa voix était étonnament calme. Un instant plus tôt, je pensais qu'il était à la limite de la crise de nerf, et là, plus rien. Je lui répondis donc le plus naturellement du monde.


« Eh bien, comme je me sentais un peu seul après ton départ, je suis allé sur le Chemin de Traverse, et je me suis acheté Orion. »


« Tu as payé pour ça ? »


« Oui. »


J'étais plutôt perplexe devant le tour que prenait la conversation. Je ne voyais pas le problême.


« Tu ne penses pas que tu aurais pu me demander avant d'introduire en douce une bestiole dans l'appartement ? »


Il était toujours parfaitement calme. Orion ne jouait plus avec lui, mais était venu se réfugier dans mes bras, inquiet. Le mot « attention » s'inscrivit avec force dans mon esprit. Je regardais mon charole, étonné, avant de reporter mon attention sur Draco.


« Mais, je ne l'ai pas introduit en douce. Et je ne t'ai pas demandé, parce que je ne pensais pas que ça poserait un problême. Et puis, tu n'étais pas là. »


C'était sans doute la première fois que je défendais mon point de vue contre Draco. Mais je ne pensais pas tenir ma position longtemps. Et je n'avais pas tort.


« Ca pose un problême, » me dit mon ange d'une voix froide. « Tu vas me rapporter cette chose où tu l'as trouvée. Je me fiche de savoir ce qu'elle est, qui elle est pour toi, ou ton avis sur la chose. Je ne veux pas de ça ici. »


Je ne dis rien. De toute façon, il n'y avait rien à dire. Il avait raison, j'aurais dû lui en parler. Au moins lui envoyer une lettre. Encore une fois, j'avais tort, et lui avait raison. Pourtant, je ne pouvais pas mettre Orion à la rue.


Elle l'aime, elle l'adore

C'est fou comme elle aime

C'est beau comme elle l'aime


Draco se leva. S'habilla. Se retourna vers moi.


« J'ai quelque chose à faire. Quand je reviendrais ce soir, le repas sera prêt, et cette chose poilue disparue à jamais. »


Et il sortit.


Je ne pouvais pas abandonner Orion. C'est lui qui m'avait de la dépression, quand j'étais seul. Je me demandais s'il comprenait ce qu'il se passait. J'esperais qu'il ne m'en voudrait pas de ne pas le garder. Je tournai le problême dans ma tête pendant des heures. Et me résignai finalement à faire quelque chose qui me répugnait. J'enfilai mon manteau et transplannai avec mon charole. Devant chez Hermione.


Je mis quelques instants avant de frapper, et le regrettai immédiatement quand le visage de mon ancienne amie apparu à la porte. Elle avait un air étonné, mais aussi triomphant, et je me dis que je n'aurais jamais dû venir. « Courage, » m'encouragea Orion. Je pris la parole.


« Hermione, il faut que tu m'aides. Je sais que je ne suis pas vraiment en droit de te demander quelque chose, mais j'ai un fichu problême, et je n'ai personne. »


« Et Draco ? » me demanda-t-elle, narquoise.


Je rougis, embarrassé.


« Tu veux rentrer ? »


« Non, merci, je n'ai pas le temps. »


Je sortis le charole de sous mon manteau.


« Je te présente Orion. Orion, voici Hermione. Hermione, j'aimerais que tu me gardes Orion. Pour un temps indéterminé. Draco n'en veut pas à l'appartement. »


Elle haussa un sourcil. Mais je n'étais pas disposé à lui donner plus d'explications. De toute façon, je n'avais pas le temps.


« Bien sûr, que je veux bien. Tu ne vas pas laisser cette adorable boule de poils à la rue ! Je le garderais, Harry. »


Je la remerciai chaleureusement, fit mes adieux à Orion et rentrai chez moi.


°°°


Juillet 2000 – Appartement de Draco, Londres, Angleterre


Quand je me levai, ce matin-là, je vis que rien n'avait changé. Draco n'était pas là. Sa place dans le lit était froide. Le silence régnait dans l'appartement. Je me levai, grelottant malgré la chaleur qui régnait cet été, et enfilai un peignoir de soie. J'allai à la cuisine et mis en route la machine à café. Mon regard se posa sur la table. Ici non plus, rien n'avait changé. Même plus de mot. Juste un billet pour le concert de ce soir. C'est une des seules choses qu'il savait de moi : j'aimais aller à ses concerts. Et, comme d'habitude, j'irai à celui-ci.


Je petit-déjeunai tranquillement, bien que le coeur lourd, et allai dans la salle de bain, dans le but de me brosser les dents. Je m'arrêtai à l'entrée, le regard fixé sur les brosses à dent. Il avait modifié mon rangement. Il avait changé quelque chose. Quelque chose d'essentiel pour moi, même si je trouvais ça débile d'attacher autant d'importance à un détail. Les larmes roulaient sur mes joues.


Là, sur la tablette, devant le miroir, deux brosses à dent. La bleue, celle de Draco. Et la verte, la mienne. Chacune dans un gobelet. Non plus dans le même gobelet, celui que je nous été acheté pour mon emménagement. Dorénavant, même ma brosse à dent vivrait séparée de celle de mon ange. Même si je savais que c'était stupide, j'avais la conviction que tant que nos brosses à dent seraient ensemble, j'aurais la certitude de rester avec Draco. Mais c'était fini. Je n'avais sans doute plus beaucoup de temps à passer avec lui.


Je passai le reste de la journée à faire le ménage. Je ne savais pas trop quoi faire. Ma peinture ne m'attirait plus. J'aurais aimé aller voir Orion, mais je ne voulais pas être confronté encore une fois à Hermione. À cause de ça, je n'allais pas le voir souvent. Comme s'il savait que j'aurais aimé avoir de ses nouvelles, je reçu une lettre dans l'après-midi.


« Cher Harry,


Orion ne cesse de me fourrer 'lettre', 'lettre', 'lettre' dans la tête. Je pense qu'il voulait que je t'écrive. Alors, je le fais avant de devenir folle.


Il va bien, même si je pense que tu lui manques toujours autant – je peux dire ça grâce au nombre de fois où ton visage s'impose à mon esprit. Il aimerait vraiment rentrer à l'appartement avec toi. Rêgle vite ce problême avec Draco.


Hermione »


J'étais heureux de voir que quelqu'un m'aimait bien un peu quand même. Mais ça ne m'empêcha pas de ruminer de sombres pensées toute la journée. Mais là non plus, il n'y avait pas de changement. Livré à moi-même, ne sachant pas quoi faire, je ruminais souvent.


Le soir venu, je m'habillai de ma plus belle robe et transplannai devant l'opéra où Draco donnait son concert, mon billet à la main. Je n'avais raté aucun de ses concerts en Angleterre, ça n'allait pas commencer maintenant. Je me préparai mentalement à passer un moment exquis à écouter la musique de mon ange. Au fil des mois, de plus en plus de connaisseurs venaient le voir, et on parlait de lui dans les hauts milieux culturels. Il était souvent convié à des diners. Mais personne n'appréciait sa musique comme moi. C'était impossible. Personne ne pouvait voir ce que je voyais à travers ses notes.


Devant l'hôtel dans les coulisses

Il rêve de la vie d'artiste

Le groupie du pianiste


Je pénétrai dans le bâtiment et m'assis au premier rang, comme toujours. La salle de ce jour-là avait des rideaux et des sièges vert. Magnifiques. J'étais un peu en retard, et la salle était pleine à craquer. Rapidement, les lumières s'éteignirent, et les rideaux s'écartèrent. Draco était déjà assis devant son piano. Il adressa un signe de tête au public, souriant, et se concentra sur ses notes. À partir de ce moment, je ne fus plus tout à fait dans la salle. Ni même tout à fait dans le monde réel. J'étais plongé dans les visions que m'inspiraient la musique. Je les connaissais maintenant par coeur, sans même savoir ce qu'elles pouvaient bien vouloir dire. J'avais juste le sentiment de pénétrer les pensées de Draco.


Il sait rester là sans rien dire

Pendant que lui joue ses délires

Le groupie du pianiste


Quand la musique s'arrêta définitivement, je restai un long moment dans mon fauteuil, alors même que tout le monde était déjà partit. Je n'avais pas envie de partir, de retrouver mon quotidien ennuyé, uniquement éclairé par la présence de Draco, bien trop rare à mon goût.


Il sait comprendre sa musique

Il sait oublier qu'il existe

Le groupie du pianiste


Une employée passa devant moi. Elle s'arrêta et me dévisagea, ouvrit la bouche, puis la referma en écarquillant les yeux.


« Monsieur Potter ! C'est un honneur de vous rencontrer. Quand je pense que j'ai failli vous virer comme le dernier des trous du culs. Pardonnez-moi. Bonne soirée. »


Et voilà. On aurait viré une personne normale. Pas moi. J'étais spécial. La jeune femme me lança un dernier regard admiratif et s'en alla. Puisqu'on ne me virerait pas, je décidai de monter sur scène. Je ne sais pas quel effet ça peut faire de monter sur scène pour montrer ses talents à quelque chose. Je m'approchai lentement du piano et m'assis sur la petite banquette. Je sentis l'émotion monter en moi, comme si un public était devant moi. Je posai mes mains sur les touches, et appuyai doucement. Les quelques notes s'élevèrent dans la pièce vide, comblant le silence.


Quand le concert est terminé

Il met ses mains sur le clavier

En rêvant qu'il va l'emmener

Passer le reste de sa vie

Tout simplement à l'écouter


Doucement, je me mis à jouer. Une partition à Draco, que, comme toutes les autres, je connaissais par coeur. C'était la première fois que j'osais jouer sa musique. Et, curieusement, je ne rentrai pas dans une transe. Je restai face à la réalité, devant ce piano étincellant, dans une salle de concert.


J'aurais aimé que Draco entende ces notes, comme un appel au secours. J'aurais aimé qu'il vienne me réconforter. Il aurait pu venir, la tête encore pleine de son succès de la soirée, s'agenouiller devant moi, me dire qu'il m'aimait, me prendre les mains, me jurer de ne plus jouer sa musique que devant moi. Mais il ne m'aimait pas. Il ne m'aimerait jamais. Et, bientôt, il me laisserait pour partir avec Ginny.


J'arrivai à la fin du morceau. Sur ces mêmes touches que ses doigts avaient touché quelques instants auparavant. Le silence reprit ses droits. Puis, j'entendis un cri. Un cri étrange. Comme si... quelqu'un prenait énormément de plaisir. J'étais intrigué. Qui pourrait bien avoir envie de faire ça dans un opéra. Sans même savoir si des gens pouvaient les entendre. Ma curiosité était éveillée, même si cette affaire ne me concernait absolument pas.


Je me dirigeai vers le fond de la scène et ouvrit la porte. Elle donnait sur un couloir, qui donnait lui-même sur plusieurs portes. L'une d'entre elles se trouvait juste en face de celle où je me trouvais, et deux respirations précipités me parvenaient. Je retins ma respiration. À ce moment, un léger soupir me parvint : « Draco ... »


Mon coeur s'arrêta. Je n'osais imaginer ce qu'il se passait de l'autre côté de cette porte. Pourtant, j'avais un besoin irrépréssible de savoir. Je clenchai doucement la poignée, et poussai tout aussi doucement la porte. Apparement, personne ne m'avait entendu, car rien ne bougea dans la pièce. Ou plutôt, rien de plus. Je la parcouru du regard, et me figeai d'horreur quand mon regard tomba sur le mur d'en face.


Draco – mon Draco, l'homme que j'aimais – était nu, dos à la porte. Il était couvert de sueur, et sa façon de bouger ne laissait aucuns doutes quant à la nature des activités qu'il pratiquait avec la femme qui se tenait face à lui. La femme en question avait le dos collé au mur, les jambes passé autour des reins de Draco, et, malgré son visage à l'expression extatique rejeté en arrière, je ne pouvais que la reconnaître. L'information mit pourtant un certain temps à atteindre mon cerveau. Là, sous mes yeux, mon ange faisait l'amour contre un mur à Ginny Weasley. Je ne pouvait pas bouger, en dépit de la menace de me faire découvrir. Draco allait de plus en plus vite en Ginny, et, quand elle ouvrit les yeux, le plaisir qui s'y lisait me fit mal. Elle me regarda droit dans les yeux, et me sourit, amusée et moqueuse.


« Oooooh, Draco, que c'est bon ce que tu me fais ! Oui, aime-moi encore, ne t'arrête jamais. Ah ! Mon bébé ! »


Elle prenait maintenant un malin plaisir à crier le plus fort possible des paroles obscènes, détinées, non pas à Draco, bien que cela sembla lui donner plus d'ardeur encore, mais à moi. J'avais envie de vomir. Les lèvres de la rouquine articulèrent silencieusement des mots dont je saisis facilement le sens : « à moi ».


Les larmes choisirent ce moment pour commencer à couler. Je claquai violement la porte et sortit de l'opéra en courant. Je rentrai à l'appartement et me laissai tomber sur notre lit. Tout ceci ne pouvait plus durer. Je ne pouvais pas rester avec Draco dans ces conditions. Je séchai donc mes larmes et décidai de faire mes valises. Je jetai un maximum d'affaires pêle-mêle dedans, quelques photos de nous, ma brosse à dent, et mangeai un petit quelque chose. Puis, je m'assis sur le canapé, après avoir posé mes valises dans l'entrée et j'attendis. Longtemps. Ma volonté fléchit une bonne douzaine de fois. Mais je me repris. Une bonne douzaine de fois.


Il arriva au milieu de la nuit, complètement débraillé, emplissant le salon de l'odeur de sexe et de parfum féminin qui m'était maintenant familière. Il considéra curieusement les valises et reporta son regard sur moi. Il resta perplexe quelques instants, puis me rejoint sur le canapé. Il avait un énorme suçon dans le cou, et du rouge à lèvres plein le visage. Il ne devait même pas le savoir.


« Tu pars en voyage ? » me demanda-t-il froidement.


« En quelque sorte, » je lui répondis. « Je m'en vais, Draco. Ne m'en demande pas plus. Je ne supporte plus cette vie que nous menons. »


« Mais j'ai besoin de toi ! »


 

Comment peux tu vivre avec ce type

Comment fais tu pour écouter

Le monceau de bêtises qu'il débite

Sans arrêt à longueur de journée


Mon esprit lançai des signaux d'alarme de plus en plus forts. Je ne pouvais pas le laisser parler ! S'il parlait, je ne pourrais plus partir. Plus jamais. Il allait me persuader de rester. Je ne pouvais pas me laisser faire ! Pas cette fois. Il mentait pour s'en sortir et me garder, je le savais.


« Ne dis rien ! Je m'en vais, c'est tout. Je ne pense pas que nous serons amener à nous revoir. »


Je me levai précipitamment et me dirigeai vers la porte. Je réduisis mes valises, les mis dans ma poche, et sortis sur le palier. Je jetai un dernier regard à Draco. Il était toujours sur le canapé, l'air vraiment étonné. Je lui lançai un regard douloureux et transplannai au Chaudron Baveur.


Je demandai une chambre à Tom et m'installai, bien décidé à passer un long moment ici avant de trouver une maison pour moi. En tout, je dû rester une semaine là-bas. Je ne sortais pas. Tom m'apportait à manger trois fois par jour. En dehors de ça, je restai allongé sur mon lit, à regarder passer le temps. Je pensais à Orion, que je voulais aller chercher. Mais l'instant d'après, je pensais à Draco, et je n'arrivai pas à me persuader que mon acte était définitif. La semaine passa incroyablement lentement. Comme si le temps s'était arrêté pour me reprocher mon départ. Je culpabilisai sans arrêt, pensant à Draco, qui était seul, livré à lui-même. Il avait si peur de l'avis des journalistes qu'il n'avait sûrement pas fait venir Ginny. Personne ne faisait son ménage, sa lessive, ses repas. Il devait faire tout ça en plus de ses activités de pianiste.


Comme je le disais, je tins une semaine. À la fin de laquelle je refis mes valises, les réduisis, les remis dans mes poches et rendis la clef de ma chambre à Tom. Ensuite, je transplannai devant la porte de l'appartement. Je tendis l'oreille. Le silence complet. C'était le week-end, mais ça faisait bien longtemps qu'il ne me réservait même plus ses week-end. Il n'allait pas le faire maintenant que je n'étais pas là. J'avais encore une chance qu'il soit en train de composer dans la pièce insonorisé qui renfermait son piano.


J'ouvris doucement la porte – dévérouillée au préalable avec un sort – et je me glissai à l'intérieur. Je dévérouillai à son tour une seconde porte, et pénétrai dans la pièce de Draco. J'avais une chance incroyable. Il était là, dans un fauteuil, endormi. Il avait l'air épuisé. Malgré ça, quand j'entrai, il se réveilla en sursaut et chercha dans la pièce l'origine du bruit. Son regard tomba sur moi et il fronça les sourcils. Mais j'eus le temps de voir sur son visage un air soulagé, le temps qu'il se recompose une expression froide.


« Je croyais que tu ne supportais plus notre cohabitation. Que tu ne me supportais plus. »


Sa voix était hargneuse. Il m'en voulait. Et il avait raison. Après tout, je n'avais aucun reproche à lui adresser. Je m'étais marié en connaissance de cause. Je pris l'air soumis et repentant qu'il aimait que j'ai quand il me faisait des reproches.


« Je suis désolé, » je murmurai. « Mes paroles ont dépassé mes pensées. Je t'aime. Je ne peux pas me passer de toi. »


C'est à ce moment que son visage opta pour une expression purement exultante. Je baissai les yeux.


« Tout ça ne se produira plus jamais, n'est-ce-pas ? »


« Non, bien sûr. Plus jamais. Fais de moi ce que tu veux, je ferais n'importe quoi pour me faire pardonner. »


Il eut un sourire sadique à souhait et déclara :


« Je pense que je sais ce que tu peux faire. »


Cette nuit-là, comme toutes les nuits suivants un événement particulier, fut particulère elle-même. J'appris à quel point Draco versait dans le masochisme. Et surtout, comme regarder souffrir les autres le faisait jouir fort. Je dois bien avouer, à mon grand damn, que le voir dans cet état me fit le plus grand effet à moi aussi.

 

Te fait-il des choses venues de l'espace

Ou peut être est-il juste le premier

Mais honnêtement rien ne justifie

Le calvaire que tu dois endurer


°°°


Août 2000 – St James Parc, Londres, Angleterre


J'aimais bien le St James, parce que, même si mon père n'avait pas été un saint, il s'appelait James tout de même, et je tenais à lui, même sans le connaître. J'étais sur une pelouse, adossé à un arbre, en train de lire un roman que j'aimais particulièrement : Romeo & Juliet. Seuls les pieds dépassaient de l'ombre de l'arbre et se chaufaient au soleil. Jusqu'à ce qu'une autre ombre, humaine cette fois, n'intercepte les rayons du soleil. Une femme, d'après la voix qui murmura un sort d'intimité dont le rayon doré nous entoura. Je levai la tête, histoire de voir qui était la personne qui plongeait mes pieds dans l'ombre.


La boule d'angoisse et de jalousie perpétuellement présente dans mon estomac grossit un peu. Cette garce se tenait devant moi, dans toute sa splendeur, son décolleté invitant les passant à lui plonger la tête dans les miches et sa jupe découvrant plus qu'elle ne cachait son string. Surtout pour un observateur se trouvant assis alors qu'elle restait debout. Mais, curieusement, son regard était colérique. Ainsi que sa voix, quand elle s'adressa à moi.


« Potter ! Je vais être obligé de prendre des mesures ! »


Je la regardai sans comprendre. Elle poussa un profond soupir et leva les yeux au ciel.


« Je vais t'expliquer, ne m'interromps pas. »


Je hochai silencieusement la tête. Si elle voulait me parler, qu'elle y aille. Je n'avais pas grand chose à faire de ma journée.


« Draco était mon fiancé. J'ai renié ma famille pour me donner à lui. Il était riche et beau, tout ce que mes parents n'auraient pu me trouver. Malheureusement, il ne m'aimait pas plus que je ne l'aimais, et malgré son envie d'épouser une Sang-Pur et d'assurer sa descendance, il voulait avant tout acquérir une réputation qui lui permettrait de se faire un nom dans la musique. C'est moi qui l'ai conseillé sur la façon de t'aborder, de te parler, de se comporter avec toi, de te séduire. »


Je suffoquai. J'étais bien plus trahi que je ne le pensais à l'origine. Impitoyable, Ginny continuait.


« Vous vous êtes mariés pour un temps très court. Il devait divorcer dès qu'il aurait percé dans la musique. Mais il ne peut plus. Ne te fais pas de faux espoirs, il ne veut juste pas retomber dans l'oubli s'il te largue comme une chaussette. Je me retrouve donc au rebut, rabaissée au rang de maîtresse jusqu'à ce qu'il trouve une solution. Mais il est bien trop occupé à appuyer sur ses touches de piano pour chercher activement. Je le fais donc à sa place. »


Je comprenais toute l'histoire dans son ensemble, enfin. Certains morceaux de l'histoire de Ginny recoupait la lettre que j'avais lu la veille de mon mariage.


« Et quelle est cette solution, Weasley ? Je ne vais pas le laisser tomber pour tes beaux yeux. Moi, je l'aime. »


« Je savais que tu étais un coeur faible, Potter, » sourit-elle narquoisement. « Mais je ne le suis pas. Et quand je veux quelque chose, je l'ai. Le jour où je t'ai voulu, je t'ai eu. Maintenant, je veux Draco, et je dois t'écarter. À n'importe quel prix. »


Mais ça n'allait sûrement pas se passer comme ça.


« Il n'y a pas de négociation possible ! Il est à moi jusqu'à ce qu'il décide le contraire. »


« Je ne comptais pas négocier. Et puis, il est à toi tout le temps où tu es là. Mais à partir du moment où tu disparais tragiquement, il n'est plus à personne. On ne te regrettera pas, Potter. Personne ne t'aime, tu le sais. »


Elle avait raison. Je n'avais pas d'ami, pas d'amant, mon mari ne m'aimait pas. Si je disparaissais, il n'y aurait en effet personne pour me regretter. Mais pourquoi disparaîtrai-je ?


« A ta place, j'aurais eu la décence de mettre fin à mes jours depuis très longtemps. Mais tu attends surement que quelqu'un t'aide, n'est-ce-pas ? »


Je voyais enfin où elle voulait en venir. Je n'en revenais pas qu'elle puisse aller jusque là. Quoi qu'en y réfléchissant bien, ce n'était que des paroles.


« Tu bluffes, Weasley. Tu ne me tuerais pas. »


Elle prit une expression clairement étonnée.


« Ah bon ? Et pourquoi ? »


C'est vrai, ça. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas bien ? À mon avis, elle ne se préoccupait pas vraiment de ce qui était bien ou non. Parce que ce n'était pas loyal ? Sans commentaire ...


« Tu vois, il n'y a aucune, raison. Mon sort d'intimité empêche quiconque déciderai de nous interrompre de le faire. On ne nous entend pas, on ne nous voit pas, on ne nous sent pas. Si j'avais été avec Draco, j'en aurais sûrement profité pour me livrer à une occupation qu'il aime particulièrement pratiquer avec moi. Mais ce n'est que toi. Accio baguette. »


Ma baguette quitta ma poche pour se retrouver dans sa main. Mais même si elle me l'avait laissé, je ne me serait sans doute pas défendu. Elle avait raison, je n'avais personne, ici. Alors, à quoi bon ?


Elle leva lentement sa propre baguette et déclara d'un petit ton négligent :


« J'ai lu un livre passionant, cet été. Et, chose incroyable, j'ai découvert un sort de Magie Noire assez drôle. Ça faisait longtemps que je rêvais de l'essayer. »


Je fronçai les sourcils. Si elle voulait me tuer, qu'elle le fasse tout de suite, avant que je ne change d'avis et ne lui saute dessus. Je l'aurais maîtrisée sans trop d'effort : elle était trop sûre d'elle. Surtout que ma décision impliquait de quitter Draco. Alors, qu'elle se dépêche.


« Tiens, regarde. »


Elle abaissa sa baguette au niveau de ma poitrine.


« Je pense que ça peux faire assez mal. Mais ça doit être vraiment amusant à regarder. Apiscus. »


Tu as gagné ta place au paradis

Et si un ange passe, pars avec lui

Tu as gagné ta place au paradis


Je sentis une infinité de trous de former dans mon corps, et le sang commença à couler à une vitesse folle. La couleur quittait mes mains, qui devenaient d'une pâleur incroyable. Mes forces me quittaient. Quand j'essayais de lever un bras, je me sentis incapable d'un tel effort. Mes yeux se fermaient d'eux-même. Et le sourire de Ginny s'agrandissait encore et encore. Mon cerveau s'engourdissait. Mes vêtements s'imprégnaient du liquide rouge. Je trouvai encore la force de murmurer : « Draco, mon ange, je t'aime. » Et je mouru, avec dans les oreilles le rire moqueur de Ginny.

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J'aime ce chapitre. Je l'aime, parce qu'il a le don de retirer tout l'espoir des gens, de les plonger dans le froid, de douter de moi, de se dire « Juste Angoisse ? C'est une Tragédie ! ». Eh bien spéculez, spéculez. Mais seule moi détient la vraie fin, et suis à même de vous la livrer.


Je vous met quand même la liste des chansons. C'est pas que ce soit vraiment important, mais je veux pas que restiez incultes. ^^

Patricia Kaas – Mon Mec à Moi

Michel Berger – La groupie du Pianiste

Gérard de Palmas – Au Paradis


A la revoyure !


Slytherin-Beam

 

 

 
 
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