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Useless (POV Draco) Well it's about time It's beginning to hurt Time you made up your mind Just what is it all worth Infirmerie de Poudlard, Ecosse – 16 Août 1998 « - Ah, vous êtes enfin réveillé, Monsieur Malfoy, bienvenue parmi les vivants ! » s’exclame une voix féminine près de mon lit lorsque j’ouvre les yeux. Cette voix me fait faire un bond dans le temps, je ne l’avais pas entendue depuis… … Depuis ma sixième année à Poudlard, la dernière. Depuis mon séjour forcé suite à un Sectum Sempra mal placé. Madame Pomfresh me regarde avec des yeux bienveillants et un sourire jusqu’aux oreilles, moi j’ai très envie de sauter de ce lit et de partir en courant. Ah, je voudrais aussi poser une question qui pourrait sembler bête et tout ça, mais… Où suis-je ? D’ailleurs… « - Je suis où ? » je demande avec une voix d’outre tombe. Oui, bon… Le ton se voulait sec et je voulais paraître sûr de moi, mais c’est loupé, vu que ma bouche est aussi sèche qu’un vieux parchemin et que je dois être aussi décoiffé qu’un épouvantail rescapé après le passage d’un typhon… Je ne suis pas crédible, et le sourire de Pomfresh s’agrandit. Bon sang, cette bonne femme m’a toujours mis les nerfs avec sa manie de me materner, comme si j’en avais besoin… Peut-être qu’elle fait ça en souvenir de ma mère qui lorsqu’elle était élève, était une jeune fille maladive et assez fragile. « - Vous êtes à Poudlard depuis hier soir. » Pardon ? Comment j’ai pu atterrir ici ? Je ne me souviens de rien… Je me redresse doucement dans le lit, remarquant au passage que je porte un pyjama brodé des armoiries de l’école, comme du temps où j’étais élève ici, et je prends ma tête entre mes mains. Je me rappelle très peu de choses de la soirée d’hier, juste que je n’avais aucune envie d’y aller, mais que je l’ai fait tout de même, parce que je l’avais promis à Ginny, et parce que de son côté elle avait tenu sa promesse en m’accompagnant à l’hôpital pour subir des examens médicaux. Nous avons décidé que le mieux serait un établissement Moldu, parce qu’en ce moment, l’anonymat chez les sorciers, c’est assez limité. Cela nous force à attendre les résultats mais au moins, Ginny est certaine que quel que soit le diagnostic, il sera tenu secret. Le médecin a été extrêmement compréhensif, il n’a posé aucune question et s’est contenté de parler à Ginny avec douceur, il a été jusqu’à lui expliquer en détail les examens avant de lui demander de se dévêtir, puis lui a donné des médicaments pour éliminer une petite infection qu’elle présentait. J’ai par la suite eu une longue conversation avec Ginny, qui m’a raconté comment était sa vie depuis son retour et la fin de la guerre. Elle ne va pas bien, ça crève les yeux. C’est principalement pour cela que j’ai honoré ma part du marché, d’ailleurs. J’y suis allé, j’ai reçu les remerciements sincères et larmoyants d’Arthur et de Molly Weasley, j’ai discuté poliment avec une grande partie des invités, dont Remus Lupin, qui a été très sympathique. Etrange comment on peut apprécier différemment une personne selon le contexte. Lorsqu’il était mon professeur ici, je n’ai jamais pu le sentir… Je me souviens aussi avoir vu Ron Weasley et Hermione Granger, de les avoir salués. Granger avait l’air passablement énervée. Il y avait aussi Charlie Weasley, mais je l’ai à peine aperçu, il s’est très vite éclipsé avec ce drôle de garçon qui cherchait Harry au « No Man’s Land ». Bizarrement, je me suis senti de meilleure humeur en les voyant ensemble. Et puis il y avait Harry… Toute la soirée j’ai senti son regard sur moi. Ses yeux me brûlaient, il me fixait trop fort. Lorsqu’il est venu me parler, j’ai essayé de lui renvoyer ma douleur à la figure, ce qui a lamentablement échoué. Il a dit vouloir me parler et je l’ai suivi. Et… A partir de là, le noir total. Le néant. Pomfresh semble comprendre mon malaise et me sourit. « - Harry Potter vous a porté jusqu’ici, vous vous êtes évanoui, semble-t-il. » dit-elle doucement. « - Pardon ? » Oh putain… Mais quelle tache ! La seule chose à ne pas faire, je l’ai faite… Je m’étais pourtant juré de ne pas me montrer faible devant lui, de ne pas lui montrer que j’étais devenu incapable de la moindre menace à son encontre… « - Vous avez oublié ce qu’il s’est passé, n’est-ce pas ? » Je hoche la tête machinalement, tout en continuant à me reprocher des choses dont je ne me souviens pas. Bordel, mais qu’est-ce que j’ai pu faire ? J’espère que je n’ai rien tenté de honteux ou de répréhensible, le petit héros n’apprécierait certainement pas de se retrouver à la merci des bas instincts d’un ancien Mangemort reconverti en espion raté… « - Il ne m’a rien dit, il m’a juste demandé de prendre soin de vous, Draco. Je suppose qu’il reviendra vous voir. » Elle a l’air de vouloir me rassurer. C’est loupé, cocotte, je connais assez Potter pour savoir que si je me retrouve en Ecosse, c’est parce qu’il a eu la flemme de m’emmener en Laponie pour m’éloigner. « - Je ne pense pas que Potter reviendra prendre de mes nouvelles, mais ce n’est pas grave, je vais rentrer chez moi et tout ira bien. » je dis d’un ton aussi peu concerné que possible en repoussant le drap. « - Oh que non, Draco ! Vous restez ici ! » intervient l’infirmière en remontant presque brutalement le drap sur mes jambes. « J’ai dit que j’allais m’occuper de votre cas, et je vais le faire. De toute façon, vous n’êtes pas en état de vous lever, vous êtes visiblement anémique, vous avez des cernes tellement profonds qu’on les confondrait avec le grand canyon et je ne parle même pas de votre poids… Non, mais sans rire ! » Je n’ai même pas le loisir de protester, me voilà forcé de me recoucher tandis qu’elle se saisit de sa baguette et qu’elle se met à l’agiter au dessus de moi en fronçant les sourcils. « - Je crois que vous n’êtes pas près de sortir d’ici, mon garçon. » dit-elle lorsqu’elle a fini de m’examiner. Je suis stupéfait. Trop pour me mettre en colère, j’ai presque l’impression d’avoir à nouveau onze ans. « - Mais pourquoi ? » je demande d’une voix qui s’apparente plus au couinement d’un enfant apeuré qu’au ton Malfoyen dont je m’enorgueillis d’habitude. « - Tout simplement parce que vous êtes outrageusement faible, positivement anorexique, pitoyablement dépourvu de magie et incroyablement bête. » me répond-t-elle. De quoi ? Je dois avoir l’air complètement perdu, parce qu’elle s’adoucit. Elle s’assied sur le lit, manquant au passage de m’atrophier la cuisse. « - Je sais que vous avez subi de dures épreuves. Je ne sais pas exactement lesquelles car je n’ai pas eu le temps de vous voir lorsque le jeune Potter vous a ramené après la dernière bataille, mais je pense que je peux faire mieux que ces incapables de Sainte Mangouste. Laissez moi juste vous le prouver. » J’acquiesce en silence, intérieurement touché par ses mots et sa sincérité. Cette femme est une personne de confiance, elle n’a jamais regardé le sale petit héritier que j’étais, mais le Draco que je deviendrais peut-être. Elle me sourit une dernière fois avant de se lever et de quitter la pièce. C’est à ce moment que je réalise ce qu’elle vient de me dire. Ai-je bien entendu ? Mon cœur se met à battre plus vite. C’est Harry qui m’a libéré. oOoOo Parc de Poudlard, Ecosse – 19 Août 1998 Je crois que le contexte influence beaucoup notre façon de voir les choses… Aujourd’hui je me rends compte que mes yeux ont toujours été fermés à la beauté de ce qui m’entourait. Aujourd’hui, mardi dix neuf août mille neuf cent-quatre-vingt-dix-huit, je remarque pour la première fois depuis sept ans que le parc de l’école Poudlard est magnifique. Avant je n’avais jamais pris la peine de marcher calmement, de humer l’air fleuri, de contempler l’étendue verte. Je suis arrivé à Poudlard vendredi soir, c’est Harry qui m’a amené après que je me sois évanoui. Cette nouvelle m’a choqué, et encore maintenant je ne garde aucun souvenir des instants qui ont précédé mon malaise. Madame Pomfresh m’a examiné longuement et m’a forcé à rester couché pendant deux jours entiers, elle m’a aussi gavé de potions, et comble de l’horreur, elle m’a gavé de nourriture. Bien entendu, je n’ai rien gardé, ce qui est entré est ressorti aussi vite. Cela l’a d’ailleurs surprise, et elle m’a encore examiné. Il semble que mon intolérance à la nourriture soit un cas unique, mais elle devrait savoir que Draco Malfoy est un être à part, et donc que ses maladies le sont également. Bon, j’ai tendance à avoir des accès de cynisme mais franchement, mieux vaut en rire… Je peux survivre autrement qu’en mangeant, ce qui a fonctionné jusqu’à présent, même si les perfusions me laissent des hématomes. Le bon côté de la chose par contre c’est cette fabuleuse potion anti-douleur que Pomfresh m’a donnée. Il suffit que j’en prenne lorsque j’ai des crampes pour qu’aussitôt mon corps se détende. J’ai bien entendu encore du mal à marcher, ou à bouger en général, mais je souffre beaucoup moins. J’envisage donc ce séjour forcé à Poudlard avec bien plus de philosophie. Donc pour résumer, je me sens bien aujourd’hui, j’ai même réussi à marcher jusqu’au bord du lac sans ressentir aucun élancement dans mon dos, ce qui est, nous en conviendrons, une grande victoire sur les Médicomages à la manque de Sainte Mangouste. Ca m’embête un peu quand même, car je faisais confiance au Docteur Atkins, et qu’elle connaît sûrement des moyens de réduire ma douleur, pourquoi ne m’a-t-elle rien donné ? Je me pose bien entendu pas mal de questions… J’ai énormément pensé aux révélations (involontaires, certes, mais quand même…) de madame Pomfresh l’autre jour. Ce sale con de Potter m’a sorti quasiment mort de mon trou à rat et se permet de venir me demander de crever, il y a de quoi s’interroger sur sa santé mentale… Et puis il y a aussi cette fameuse scène que mon esprit a effacée, celle qui s’est déroulée chez les Weasley… Et bien d’autres questions encore. Beaucoup de putain de questions auxquelles personne ne veut répondre… A vrai dire, je n’use même pas ma salive à demander quoi que ce soit, vu que je sais très bien que personne ne me répondra… Pourtant je suis sûr que dans ce château il y a des gens qui savent ce que je veux apprendre, à commencer par Lupin et MacGonagall. Ces deux là ont pris en charge la direction de l’école et tentent désespérément de trouver de nouveaux professeurs. Je leur souhaite bien du courage et je les évite autant que je peux. Remarquez, ce n’est pas bien difficile, vu que je passe mon temps à bouquiner au lit alors qu’ils organisent des entretiens d’embauche dans le bureau directorial. Non, en fait c’est tellement mieux de me torturer les méninges en titubant dans le parc… Madame Pomfresh m’a dit de ne pas rester dehors trop longtemps, nous sommes tout de même au mois d’août et le soleil est traître. J’ai l’habitude de faire attention mais je n’ai pas tellement envie de me priver de lumière alors que j’ai croupi dans une cave pendant des mois. Heureusement grâce à Pansy j’ai de quoi m’habiller correctement, elle m’a envoyé par hibou quelques pantalons, chemises et tee-shirts lorsqu’elle a su où je me trouvais. Elle a joint une lettre dans laquelle elle m’expliquait qu’elle ne pouvait pas se déplacer mais qu’elle espérait que j’allais vite me remettre. Sur le coup j’ai été vexé, moi qui croyais qu’elle accourrait… Puis je me suis souvenu que Blaise devait être arrivé à Londres et que le fait d’avoir son appartement pour elle seule permettait à Pansy de se retrouver en tête à tête avec lui. Et puis elle a proposé de s’occuper de mes formulaires d’inscription à l’université… Je ne peux que lui pardonner. Par contre je ne lui pardonnerai jamais son goût ignoble en matière d’habillement. Car j’ai beau être convalescent, je m’habille toujours avec un minimum de classe. Et être obligé de mettre un jean délavé et une sorte de débardeur noir parce que ce sont les seules affaires à ma taille, j’apprécie moyennement. Pas que je sois moche avec ces vêtements… Mais je les portais lorsque j’avais quatorze ans. Et surtout, ils montrent un peu trop à quel point j’ai maigri. J’ai déjà du mal à me regarder lorsque je fais ma toilette, je ne supporte pas de voir mes os affleurer sous ma peau, je ne supporte pas cette pâleur maladive, ces hématomes presque noirs sur mes bras, ce corps sec et sans plus aucune forme, qui même s’il reste musclé a perdu tout son charme. Je n’ai jamais été amoureux de moi-même mais avant, je pouvais au moins apprécier mon apparence. Maintenant, je crois que si je pouvais porter une cape pour prendre mon bain, je le ferais juste parce que ma propre vue me rend malade. Madame Pomfresh m’a dit que pour bien faire, je dois prendre dix kilos. Je lui ai répondu que j’aimerais bien, à condition qu’on me couse l’œsophage afin d’éviter que les kilos en question s’échappent de mon corps par où ils sont entrés. Cela dit, mon poids a l’air de moins la préoccuper que mon « incapacité magique » comme elle l’appelle. Apparemment je suis presque aussi inoffensif qu’un cracmol, et ça la préoccupe beaucoup, car c’est un cas unique pour un Sang Pur aussi puissant que moi. Normal, JE suis unique. Sens de l’humour : noir. Je ne devrais pas rire de ça, surtout au vu de ma condition, et tout, mais soyons honnête… Ma condition est celle d’un type qui a lamentablement foiré ses choix de vie dès le départ et à qui on retire ses privilèges, ni plus, ni moins. De toute façon, je ne me sers plus de la magie, je n’aime pas ce qu’elle peut faire aux gens. Je n’aime pas ce que ma magie a fait aux gens. Tiens, ça me fait penser que le psy de Sainte Mangouste trouverait un traumatisme de type Oedipien là dedans… « Donc, votre baguette vous fait peur… » Il prendrait sans doute un pied royal à analyser ma relation avec mon père (« Vous ne le connaissez pas, comme c’ est intéressant… ») et mon affection pour ma mère (« vous idéalisez la figure maternelle »), comme si j’avais envie de coucher avec elle, berk ! Je déteste cette tendance qu’ont les psys, ils voient des symboles phalliques partout alors que la plupart du temps le cas est simple… Regardez moi… Mon seul problème (qui n’en pas vraiment un) est mon dégoût de ma propre magie. Je sais, je sais, mais que voulez vous… Le cynisme me va si bien, et puis je préfère ça plutôt que devenir une petite chose sanglotante attendant la mort ou le châtiment. La mort a bien failli me baiser, et le châtiment, je suis en plein dedans, alors je fais avec. En attendant la rédemption, je me repose un peu. Je suis bien ici, assis au bord du lac, presque entièrement dissimulé aux yeux des éventuels empêcheurs de tourner en rond par les branches d’un saule centenaire. Cet arbre me rappelle bien des souvenirs d’ailleurs… C’était mon « lieu de recueillement » lorsque j’étais élève. Je venais souvent la nuit, pour regarder le lac. Je me disais que si je le décidais, je pouvais disparaître dans ces eaux sombres. Une fois, en sixième année, j’y suis même entré, je ne sais pas si j’avais vraiment l’intention de me noyer mais j’y suis entré. La suite est encore floue, je sais seulement que Rogue m’a tiré du lac alors que l’eau atteignait mes épaules. Il ne m’a pas fait la morale, je crois qu’il savait ce que je traversais, et à l’époque, j’étais incapable de lui en vouloir… J’étais incapable de ressentir des choses, de façon générale. Juste un peu de haine, juste en voyant Harry. C’est drôle, cette façon qu’il avait de me faire ressentir des choses alors que les autres ne m’arrachaient pas un mot, pas une expression franche. Je me souviens… Je pouvais le sentir arriver à des dizaines de mètres à la ronde. Son regard sur moi, toujours méfiant, haineux, un pur condensé de sentiments forts. Potter a toujours été brut. Comment ai-je fait pour passer à côté de ces sentiments ? Je l’aime, je le sais, je le sens, et j’en crève ! Un rire nerveux monte le long de ma gorge pour finir par sortir. Des larmes coulent sur mes joues alors que je me caricature ma situation pitoyable. « - On dirait que tu t’amuses bien, quand tu es seul. » fait soudain une voix derrière moi. Merde… Si j’avais parié entendre cette voix à nouveau, j’aurais fait le plus mauvais placement de ma vie… D’un geste rapide je sèche mes larmes de rire, puis je me retourne. « - On dirait que la politesse n’est toujours pas ton fort, Potter. » je rétorque le plus sèchement possible. Je vois sa mâchoire se crisper brièvement, il est sur le point de me balancer une insulte, c’est clair. « - Oui, comme tu vois, mais je suis assez poli cependant pour m’enquérir de la santé des personnes qui sont tombées dans les pommes pendant que je discutais avec elles. » … Okay, un point pour lui… Je croise mes bras devant mon corps trop mince. « - Tu m’en vois surpris. Pour tout te dire, je vais bien, merci de m’avoir ramassé. Au revoir. » Là, contre toute attente, un sourire amusé vient fleurir sur les lèvres pleines de Harry. C’est un sourire doux, un peu maladroit, comme s’il n’avait plus l’habitude d’être sollicité, mais ce sourire est magnifique. Mon souffle se bloque dans ma gorge à sa vue. « - Il serait peut-être temps qu’on se parle, tu ne crois pas ? » demande Harry. Sa voix elle non plus n’a pas l’habitude de me parler sur ce ton dépourvu d’animosité. « - Parler de quoi, Potter ? De mes méchantes actions ? De ta touchante demande concernant ma mort ? Je crois que s’il y a une chose que nous sommes incapables de faire, c’est parler. » « - Si, après tout, nous l’avons déjà fait. J’avoue m’être montré maladroit, mais j’étais sincère lorsque je me suis excusé. » dit-il en baissant les yeux. Il s’est… excusé ? « - Je ne garde aucun souvenir de cette partie de la soirée. » je dis presque malgré moi. Allons, allons, autant se montrer pitoyable jusqu’au bout… « - Ah merde. » dit simplement Harry en posant à nouveau son regard vert sur moi. « - Comme tu dis. Apparemment j’ai loupé la partie « excuses » du truc, dommage, hein. » Il hausse les épaules. « - Oui, mais si tu veux mon avis, je peux faire mieux, j’étais pas dans mon assiette et je me suis un peu manqué. » Sans que je puisse l’en empêcher, je me mets à sourire aussi. On a l’air de deux cons à sourire comme ça, c’est d’un niais… Impressionnant ! « - Fais toi plaisir, dans ce cas. » je lance, légèrement méfiant tout de même (hey, c’est Potter, n’oubliez pas !) « - Seulement si tu ne t’évanouis pas à mes pieds. » Je lui lance un regard éloquent, ça le fait rire. « - D’accord… Hum. Draco Malfoy, je tiens à m’excuser pour mon attitude envers toi, j’ai été abominable et je regrette mes paroles. Tu es content ? » « - Le regard un peu plus triste et un air de regret plus convaincant auraient été appréciables, mais bon, un mauvais acteur reste un mauvais acteur, pas vrai ? » Je sens que quelque chose dans son attitude a changé, je n’aime pas tellement cela, mais je suis incapable de le jeter froidement, comme je l’aurais fait avant. Heureusement que mes lunettes cachent mes yeux, je dois avoir l’air d’un poisson mort d’amour, je me fais horreur… Mais c’est Harry… Le Harry qui était insupportable et drôle, et sexy, et… Bref, c’est lui, juste devant moi, et je crois que je serais bien con de ne pas profiter de sa présence, parce qu’à un moment ou à un autre, le connard qui se cache en lui peut ressurgir. « - Excuses acceptées. Je ne te pardonne pas, mais j’accepte tes excuses. » je dis d’un ton neutre, une voix que moi-même j’entends fatiguée. Je suis dehors depuis trop longtemps, je crois. « - Oh… Et quand penses tu pouvoir me pardonner ? » « - Depuis quand te soucies tu de mon pardon ? » Un point pour moi… « - Depuis plus longtemps que tu ne le penses, Malfoy. » Il compte jouer longtemps comme ça ? « - Je te pardonnerai quand j’aurai décidé que tu le mérites. » Il acquiesce. Puis le silence tombe entre nous, pas un silence tendu. Il y a des moments où l’on sait qu’on ne doit pas parler, où les mots sont inutiles, où l’on peut simplement apprécier une présence… Je sens que ce moment est de ce genre-là. Et Harry semble le vivre ainsi, son visage est détendu, ses yeux ne sont pas cernés comme d’habitude. Lorsque nous reprenons le chemin vers le château, c’est en silence encore une fois. Je me sens un peu mieux, et je n’ose pas aborder le sujet de ma libération, le silence pourrait se tendre… Harry me laisse devant l’infirmerie, il a rendez vous avec Lupin. Il s’éloigne et je ne peux pas m’empêcher de remarquer qu’il boîte légèrement. oOoOo Infirmerie de Poudlard, Ecosse – 22 Août 1998 Joie, bonheur et félicité ! Pourquoi faut-il toujours que je me retrouve au milieu de ce genre de conneries, hein ? Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ? Même dans ce château minable, il faut que les gens aient envie de faire la fête, ça me dépasse. Pomfresh vient de m’annoncer que MacGonagall voulait organiser une sauterie pour fêter la réouverture de l’école, et vu que je suis là, je suis convié. Autant dire que je vois ça d’un sale œil… Non mais sans rire ! La guerre vient de se terminer et les gens, au lieu de se reposer, ne pensent qu’à se bourrer la gueule en réunion. Ca me déprime. Apparemment, Lupin a réussi à engager des professeurs pour toutes les matières, et les élèves sont déjà en train d’acheter leurs fournitures scolaires, tout a l’air de bien se passer. Moi ça me va, parce qu’avec leur arrivée, je vais devoir (ou pouvoir) m’en aller. C’est que j’ai une vie moi aussi. D’ailleurs j’ai reçu ma convocation pour mon entrée à l’Université, je dois être là bas le sept septembre, à dix heures. Ca me rassure, dans un sens. Je vais enfin pouvoir sortir de la maison pour autre chose que mes rendez-vous à Sainte Mangouste. Sainte Mangouste… En parlant de ça, j’en suis encore à me demander s’ils avaient vraiment envie de me soigner, parce que, honnêtement, je me sens bien mieux depuis que c’est Pomfresh qui prend soin de moi. Elle a réussi à trouver ce qui clochait avec mon estomac, et elle tente de traiter ça de la façon la moins douloureuse possible. Je ne savais pas qu’on pouvait développer une allergie à ses propres sucs gastriques, mais visiblement, c’est possible. Ou alors, j’innove. Toujours est-il que depuis hier je supporte la nourriture liquide et semi liquide, ce qui est un grand progrès. Pour mes autres petits ennuis, on va dire que la meilleure façon de traiter, c’est de ne pas y faire attention. Au dernier contrôle technique, rien n’avait bougé, mon dos est toujours flingué et mes yeux… Pareil. Le bonus de l’histoire c’est que lorsque je me trouve dans le noir le plus complet, j’y vois presque comme en plein jour. Pourquoi ? Mystère et patacitrouille ! Bon, je n’ai pas trop à me plaindre… Pas trop, par rapport à Ginny. Ginny qui me semble de plus en plus mal dans sa peau. Ginny qui n’ose même pas me regarder en face, pas même alors que je me trouve en face d’elle, une enveloppe blanche à la main. Une enveloppe qui contient les résultats de ses examens de santé et qu’elle veut que j’ouvre pour elle. Bordel ! Quelqu’un peut-il me rappeler pourquoi je me préoccupe autant du sort de cette gamine ? Parce que je ne suis pas un si gros enfoiré que ça ? Hum, ça se tient… Par Merlin, j’aimerais tellement faire un bond de quelques années en arrière, juste pour revoir ce regard bleu s’animer d’une autre émotion que la peur primitive… J’irais à toutes les sauteries du monde si seulement ça pouvait l’aider à se sentir mieux. Je crois que je l’aime bien, au fond, Ginny. J’ai envie de la protéger, peut être parce qu’elle est celle qui m’a empêché de sombrer dans la folie au moment où je perdais pied, aux moments où la douleur se faisait trop forte, où la volonté se faisait trop faible. « - J’y vais. » Ma voix me semble rauque, déplacée. Le silence nous enveloppe, nous sommes assis chacun à un bout de mon lit à l’infirmerie, dans le box spécialement aménagé pour moi par Pomfresh et ceint de grands rideaux de couleur sombre qui épargnent mes yeux des rayons du soleil. Ginny garde ses bras croisés contre sa poitrine, ses yeux fixent une tâche invisible sur la couverture d’un vert immaculé. Elle attend la sentence. Je me sens bourreau, en cet instant, alors que mes doigts soudain maladroits déchirent le haut de l’enveloppe. La feuille unique tremble dans ma main lorsque je lis. Mon cœur manque un battement lorsque ma lecture se termine. « - Oh Merlin… » je soupire. Ginny sursaute et son regard se fait horrifié avant même que les mots ne sortent de ma bouche. « - Il est écrit ici que… tu es enceinte. » Voilà, c’est dit. Une chose si belle en temps normal, un évènement que les gens désirent si ardemment… Ginny n’a rien demandé. Cependant pas un son ne franchit ses lèvres, pas une larme ne coule sur ses joues. Seule la fatalité envahit le bleu dans son regard et mon estomac se tord quand elle se met à trembler. Très lentement je me rapproche d’elle, jusqu’à pouvoir l’enlacer, et elle vient poser sa tête sur mon épaule. Aucun mot n’est nécessaire dans ce genre de moment, je le sais, elle aussi. Comme nous savons que tout sera fait pour ôter d’elle cette souillure. oOoOo Infirmerie de Poudlard, Ecosse – 24 Août 1998 « - Le secret est ma religion, Mr Malfoy, je ne dirai rien de ce qui est arrivé aujourd’hui. » murmure Mme Pomfresh en me regardant dans les yeux. Elle ne ment pas, elle ne dira rien du tout, j’en suis certain. Car ce qui est arrivé doit rester un noir secret, un secret pour préserver cette toute jeune fille qui repose dans l’un des lits de l’infirmerie, épuisée, malade, vidée. Il y a deux jours nous avons appris l’état de Ginny, charmant petit cadeau laissé par les non moins charmants Mangemorts qui nous gardaient captifs. Un enfant… Bien entendu, il n’a jamais été question qu’elle le garde, elle n’aurait d’ailleurs jamais pu être une mère pour un enfant né du viol et de la torture. Ginny a donc voulu en parler à l’infirmière, qui est une femme de confiance, qui a déjà sauvé Harry, Ron, Hermione et bien d’autres personnes proches de la mort. Pomfresh a écouté Ginny parler, elle est restée silencieuse mais j’ai vu l’horreur envahir son regard lorsque Ginny a évoqué les tortures dont elle a été la victime. Cependant pas une seconde elle n’a détourné le regard, et à la fin du récit, elle a demandé à Ginny ce qu’elle désirait faire. Ginny a simplement dit : « - Otez cette chose de mon ventre, s’il vous plait. » Pomfresh a acquiescé et s’en est allée préparer ce dont elle avait besoin. Ce matin, Ginny a subi l’intervention. Pas de magie, de la charcuterie, c’est comme lorsqu’une femme accouche, il n’y a qu’un moyen et un passage. Je ne suis pas resté, au lieu de ça, je suis allé me réfugier sous mon saule jusqu’à ce que tout soit terminé. Et à présent je suis là, auprès d’elle. Je caresse son front fiévreux. Ses paupières papillonnent, puis s’ouvrent. « - Salut. » dit-elle doucement. « - Salut. » je réponds. « - C’est fini ? » demande-t-elle en fronçant légèrement les sourcils. J’acquiesce et ça la fait sourire. « - Draco… J’ai une question à te poser… » C’est à mon tour de froncer les sourcils. « - Oui ? » « - Eh bien… Je suis venue une fois ici alors que tu dormais. Et je t’ai entendu appeler un nom dans ton sommeil, comme si cette personne t’étais chère. Tu pleurais aussi… » Je dois avoir l’air con… Figé, comme ça, honteux, presque. Un secret qu’elle a surpris, celui que je m’étais juré de garder pour moi. « - Laisse tomber, ça ne me regarde pas… » se reprend-t-elle au bout d’un moment. Je soupire. « - Non, en effet… Mais je sais bien des choses sur toi, la belette, je peux bien te lâcher le gros morceau en ce qui me concerne… Tu as entendu le nom de cette personne ? Elle hoche la tête. « - C’est pas bien compliqué… Lorsque j’étais dans le coma, j’ai fait un rêve vraiment étrange dans lequel j’étais marié avec lui, et nous avions une petite fille. Au début je l’ai très mal vécu, mais peu à peu, j’ai réalisé. » « - Quoi donc ? » « - Je l’aime. Depuis des années, depuis le début peut-être. » Je baisse les yeux, j’ai presque honte d’avouer cela à Ginny, elle qui l’a eu, qui s’est faite aimer de lui. « - Je savais bien qu’il y avait un truc louche entre vous deux… » finit par dire Ginny. Puis, sans que rien ne le laisse prévoir, elle se met à rire. Un rire clair, joyeux, magnifique. Un rire qui fait briller ses yeux et rosir ses joues. Un rire si communicatif qu’il me gagne aussi. Nous rions comme des personnes qui n’ont jamais connu la gaieté, presque étonnés de sentir les éclats piquer nos gorges et les larmes brûler nos yeux. Cette chose n’est pas vraiment drôle, mais pour la première fois je réalise que cette situation prête à rire, pas à pleurer, j’aime certes, mais j’aime une étoile filante. C’est con, mais c’est bon. « - Ah merde, si j’avais su que mon amour malheureux pour un mec te faire rire, je te l’aurais sortie avant, cette déclaration. » je dis lorsque nous avons repris notre souffle. « - Si j’avais pu t’imaginer amoureux d’un mec, crois moi, j’aurais tout fait pour que tu me racontes avant. » Nous rions encore un peu, c’est si bon de sentir ces spasmes de joie contracter mon abdomen, cela faisait tellement longtemps. Hélas… Comme toute bonne chose, celle-ci a une fin. Une fin qui possède le pouvoir de me faire frémir, deux yeux verts au faisceau meurtrier, je le sens arriver avant même qu’il ne parle… « - Désolé de vous interrompre… » fait cette voix que je n’ai plus entendue depuis près d’une semaine. Voix redevenue glaciale. « - Harry… Que fais-tu là ? » demande Ginny en se crispant soudain. Elle agrippe ma main, comme par besoin d’un soutien. « - J’ai appris que tu étais ici, je peux savoir ce qui t’est arrivé ? » demande Harry, toujours glacial. Je n’ose pas me retourner. Je suis paralysé par ce regard qui vrille ma nuque. Je crois que le bon vieux Harry « connard » Potter est de retour, et qu’il n’est pas à prendre avec des pincettes. Depuis combien de temps est-il là ? A suivre. |