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One step closer (POV Draco) I find the answers aren't so clear Wish I could find a way to disappear All these thoughts they make no sense I found bliss in ignorance Nothing seems to go away 12, Square Grimmaurd – 15 Octobre 1998 : Lorsque j’étais enfant, j’ai été élevé avec la certitude que mes parents étaient profondément amoureux l’un de l’autre…Et ils s’aimaient tellement que j’en étais émerveillé. Ma mère s’illuminait dès que mon père entrait dans la pièce et le regard de Lucius, d’ordinaire dur et froid, s’adoucissait aussitôt qu’il se posait sur sa femme. Bien entendu, par la suite, j’ai grandi et forgé mes propres opinions ; pour moi, l’amour était surtout celui du devoir, celui que j’avais envers mon sang avant toute autre chose. Mais tout cela a changé. Ce rêve a tout changé. Et lui surtout… Ce sale petit héros de mes deux, celui que je me faisais un plaisir et un devoir de détester avant. Avant quoi ? C’est sans doute le problème majeur. Draco Malfoy et l’art de s’emmerder la vie, vous connaissez ? Je sais que je deviens lassant à répéter ces mots mais je l’aime, tellement que j’en ai mal, tellement que dès que je ne suis plus avec lui, j’ai peur de ne jamais le revoir, qu’il me repousse, qu’il me dise de ne plus revenir. Pourtant il m’a demandé de rester. Je le sais bien mais ce sentiment d’insécurité que je ressens quand il est loin de moi me tenaille, m’étouffe aussi sûrement que le ferait un filet du diable. Et puis quand j’arrive, tout change, l’étau qui m’enserre la poitrine disparaît, et c’est ma gorge qui se noue. Quelque chose m’empêche de parler la plupart du temps, alors je me contente de m’asseoir près de lui, de l’apprivoiser un peu plus à chaque fois Puis vient le moment où il se laisse aller contre moi, où il me laisse passer mes mains dans ses cheveux désordonnés. Et enfin, il laisse mes lèvres explorer les siennes. Doucement, patiemment. Il n’y a rien de plus que cela pour le moment, mais ça suffit à me combler. Je m’endors souvent près de lui, puisqu’il n’y a que là que je sois complètement bien. Je crois que Harry Potter est le remède à tous mes maux. Cela doit faire une semaine que je viens chaque soir, et à chaque fois c’est un peu plus fort. Pourtant je m’étais promis de rester prudent, de faire en sorte que rien n’arrive tant que je ne sentirais pas de réponse de sa part. Là, étrangement, ce n’est pas du désir que je capte quand je suis près de lui, mais une sorte de besoin. Et qui serais-je pour lui refuser mon soutien ? Oh je sais que le fait d’être Draco Malfoy ne fait pas de moi une personne recommandable, c’est plutôt le contraire en fait, mais j’ai besoin de tourner la page sur ce qu’a été ma vied’avant, et j’aime Harry. Si l’aider à se sentir mieux peut me rendre heureux, je ne vois pas le mal. Et en ce moment, Harry a vraiment besoin qu’on l’aide. Peut être que moi aussi en fait, je me fais peur quand je m’entends parler comme ça… Une vraie midinette, c’est carrément affligeant. Ça fait une semaine qu’il n’est pas sorti de chez lui ; il reste dans son lit toute la journée, il n’en sort que quand j’arrive après les cours. J’ai bien essayé de le faire parler mais il n’y a rien eu à faire. La mort de Parvati Patil l’a vraiment secoué, et je sais très exactement ce qu’il ressent. J’ai tué pour soulager, moi aussi… Je voudrais pouvoir le lui dire, mais j’ai du mal à lui parler de ce que je ressens, et ce sentiment particulier est intime. La culpabilité est sans doute le pire des sentiments… Elle colle au corps et à l’âme, et même quand on se sent bien, on la sait quelque part, toujours présente. Comme je comprends cela, je ne force pas Harry à parler, je me contente de lui raconter les banalités de ce que je fais quand je sors, les cours auxquels j’assiste et les gens que je vois ; je sais qu’il s’en fiche comme de sa première plume mais le silence qui s’installe parfois entre nous me met mal à l’aise J’ai pu parvenir à rester discret sur mes allées et venues, si je disais à Lucius que le portoloin qu’il m’a donné sert à aller voir Survivor, je me demande ce qu’il dirait. Bah… En fait je me fiche de ce que pourrait dire mon père. Je ne l’ai pas vu depuis quelques temps déjà et sa présence ne me manque pas, je n’y ai jamais été habitué de toute manière. Un léger soupir me parvient, me fait tourner la tête. Je me suis levé pour regarder par la fenêtre, accessoirement pour essayer de combattre une brève envie de cigarette et de thé brûlant aussi. J’ai laissé Harry seul au milieu de son lit. C’est étrange, il a presque l’air perdu au milieu de ces couvertures… Il a l’air fragile. Pourtant de nous deux ce n’est pas lui le plus mince ni le plus affaibli… Mais vu comme je le vois en cet instant, il est fragile, et j’ai envie de le protéger. J’ai parfaitement conscience d’assister à quelque chose d’exceptionnel, parce qu’au dehors, Harry Potter ne présente au monde qu’un visage assuré ; il est une sorte d’icône bienveillante, il dégage de la force et de l’assurance et les gens sont rassurés juste en le voyant. Se pourrait-il que le héros ait lui aussi ses faiblesses ? J’en suis certain, pour les avoir vues de mes yeux, mais je me demande pourquoi c’est à moi qu’il les dévoile. Et je me demande aussi ce qu’il peut bien attendre de moi. Un nouveau soupir m’éloigne de la fenêtre, Harry tremble un peu, et dès que je m’assieds près de lui, ses bras s’enroulent autour de ma taille. Je me laisse aller en me disant que tôt ou tard, je devrai tenter de répondre à toutes ces questions, même si les réponses doivent me tuer. oOoOo Université de Médicomagie de Londres – 16 Octobre 1998 J’étouffe un bâillement et tente de garder les yeux ouverts, ce qui tient de l’exploit dans ce cours. C’est fou, quand même, je n’aurais jamais cru pouvoir m’ennuyer en suivant une leçon de potions avancées. Et pourtant. Le professeur Ridger est un homme jeune – par rapport aux autres enseignants ici je veux dire – et il pourrait être vraiment passionnant s’il se préoccupait au moins autant de ce dont il parle que des jeunes sorcières qui le regardent avec des yeux de crapauds morts d’amour depuis le premier rang. Je suis peut-être un peu réac’ sur les bords mais je pense qu’un cours de fac n’est pas un lieu de drague, pas plus qu’un fast food de la baise… Non mais sans blague, il y a des jours où je voudrais tous les piler tellement ils me gonflent à piailler pendant que j’essaie de suivre ce que dit un professeur. J’ai presque l’impression d’être le seul à vouloir mon diplôme… Le pire c’est quand je me retrouve cerné par un groupe de golden poufiasses qui se sont décidées, après une semaine de regards pas discrets, à venir me parler. Elles savent qui je suis pourtant, mais non, à croire qu’un ancien Mangemort avec un corps en moins ça les excite. Ah, j’en ai plein le dos de cette fac de merde. Les élèves se croient tous au club Med’ et les professeurs en ont marre alors ils débitent leurs cours sans passion ni intérêt. Donc voilà comment je me retrouve à bailler comme un putain de fêtard du jeudi soir alors que, très franchement, la seule fête à laquelle je sois allée hier, ça a été mon lit. Oui… Mon lit. Aussi difficile que cela soit pour vous de me croire, je suis un gentleman, et hier soir j’ai eu des désirs que j’aurais eu du mal à contrôler en restant dans le même lit que ce cher Harry Potter, plaie vivante, croix de mon existence, et aussi – hélas – homme que j’aime, et que par conséquent je désire comme je n’ai jamais désiré personne avant. Jusque-là, j’avais réussi à retenir mes hormones, assez difficilement certes mais quand même. Cela dit, je me rends compte que je suis un homme jeune et rempli de testostérone, et que même si mon corps est complètement ruiné, mon sexe est en parfait état de fonctionnement. Le problème majeur reste Harry. Je ne voudrais pas lui sauter dessus ou essayer de le forcer à quoi que ce soit, il traverse une période assez sombre et cela ne ferait que rajouter à son malaise. Je m’estime heureux quand il accepte mes étreintes. Et puis pour être tout à fait honnête, je ne sais absolument pas comment on s’y prend pour faire l’amour à un homme. Ce qui fait que je me suis forcé à rentrer chez moi hier soir. Et je ne compte absolument pas vous dire ce que j’ai fait de si épuisant en rentrant. Le tout additionné, cela donne une fantastique image de Draco Malfoy à moitié vautré sur son pupitre, au temps pour ma classe légendaire les enfants… Enfin, ce qui me console, c’est que je ne suis pas le seul à subir ce cours avec autant d’enthousiasme qu’un veracrasse devant un documentaire sur la reproduction des scroutts à pétard. Il y a une autre personne qui passe son temps à se masser les tempes comme si elle essayait de chasser un vilain début de migraine. Cette fille, assise deux rangs devant le mien, est ma compagne de souffrance, et le seul fait de savoir cela me rend moins enclin à céder aux appels sensuels de Morphée. Le cours se termine donc, j’ai la méchante sensation de perdre mon temps avec cet ignare, mais je suis obligé de ne manquer aucune leçon, les absences ne sont pas tolérées et font perdre des points aux examens. Je souris intérieurement en voyant la brune qui avait l’air de souffrir avec moi soupirer de soulagement et je me lève sans plus m’attarder. J’aurais bien posé une question au professeur au sujet du prochain devoir, mais la perspective d’attendre près d’une heure – le temps qu’il embobine ses groupies – me rebut au plus haut point. Donc non, tant pis, de toute façon j’ai de l’avance dans cette matière, un comble quand on sait que je suis le seul à sortir de l’hôpital et à devoir combattre chaque jour pour trouver le temps d’étudier. « - Excusez-moi ? » fait une voix féminine derrière moi alors que j’atteins le hall. Intrigué, je me retourne lentement, il est rare qu’on s’adresse à moi aussi poliment, ou même que l’on s’adresse à moi tout simplement. C’est la fille du cours de potions avancées… mais pas seulement. Je n’avais pas pu la reconnaître vu qu’elle me tournait le dos. « - Patil ? » je demande d’un ton neutre. Elle gigote comme si elle avait des démangeaisons à un endroit inavouable, mais je suppose qu’elle est seulement gênée. Moi je note sa ressemblance avec sa sœur… Putain, j’ai vraiment du mal à réaliser que Parvati est morte. Si j’avais su qu’elle vivrait ce calvaire, je ne me serais peut-être pas comporté comme un enfoiré avec elle… quoique… « - Je savais bien que c’était toi. » me dit Padma souriant légèrement. « - Aux dernières nouvelles, je suis le seul estropié du coin, donc selon toutes probabilités, tu n’avais pas beaucoup de chances de te tromper. » je réponds en tapotant le sol de ma canne. Elle hausse les épaules. « - Décidément, tu es toujours un vrai petit con, Malfoy, Parvati me l’avait dit, mais je ne la croyais pas. » « - Tu aurais dû. Maintenant, si tu as fini de me communiquer les opinions de ta sœur sur ma personne, j’ai à faire. » je finis en esquissant un pas vers la sortie. « - Attends… Je suis désolée, je n’avais pas l’intention de t’insulter, je réagis un peu méchamment en ce moment, il ne faut pas m’en vouloir. » Tiens, elle s’excuse… Je la laisse mariner un peu, j’attends aussi qu’elle me dise pourquoi elle veut me parler, si ce n’est pas pour me balancer des conneries que j’entends tous les jours sur mon passage. « - Je voulais te voir, en fait. Je voudrais discuter avec toi à propos de certaines choses que j’ai étudiées et qui pourraient t’intéresser. » Je hausse un sourcil, intrigué. Padma regarde autour d’elle comme pour être certaine que personne n’est en train d’écouter ce qu’elle me dit. « - Je te raconterai, mais pas ici. » dit-elle enfin. Je hoche la tête. « - Très bien, allons boire un thé quelque part. » je propose. Ensemble, nous sortons de l’Université. Je crois que Padma Patil a aussi des réponses à m’apporter, mais je préfère rester pragmatique, ces derniers temps, les réponses m’ont amené un peu trop de questions à mon goût. oOoOo No Man’s Land, quartier de Soho, Londres – 17 Octobre 1998 C’est à croire que quoi que je fasse, tout me ramène ici. Cet endroit ressemble à s’y méprendre au purgatoire, tout le monde se croise sans vraiment se voir, on rencontre toutes sortes de personnes, des plus bourgeoises aux plus excentriques en passant par les cocaïnomanes invétérés qui vont jusqu’à aligner leurs rails sur le bar, devant tout le monde. Avant ce soir, je n’avais pas pris le temps de regarder tout ça, et pourtant ça sautait aux yeux. Il faut croire que les miens ont subi un peu trop d’agressions ces dernières années… Enfin, bref… Me revoilà ici ce soir, Ginny m’a demandé de passer un moment avec elle et vu que ses seules sorties ces derniers temps sont les rares qu’elle fait dans son jardin, je me suis dit qu’il serait bon qu’elle revienne à l’endroit même où elle avait eu sa dernière crise de panique, parce que quand on tombe de son balai, mieux vaut y remonter de suite. Enfin c’est ce que m’a toujours dit mon père… Peut-être que pour cela, il n’avait pas complètement tort, je m’en rends compte quand je vois Ginny sourire en sirotant une coupe de champagne. Iannis est là aussi, mais il n’est pas encore venu me saluer (merci Merlin !). D’ailleurs maintenant que j’y pense, il n’est pas venu s’incruster chez moi depuis que j’ai surpris cette scène chez Harry. Bizarre… Mais c’est Iannis, et franchement, je suis fatigué de me poser des questions à son sujet. Je préfère me préoccuper de ce qui arrive à Harry ou à Ginny. Sans compter ce dont j’ai discuté avec Padma Patil hier. Nous sommes allés dans un salon de thé et elle m’a raconté ce qui était arrivé à sa sœur. J’ai réussi à ne pas tourner de l’œil – parce qu’en plus, elle ne m’a pas épargné les détails – et pour finir, elle m’a proposé de travailler avec elle sur une potion qui pourrait combattre ce poison. Selon elle une souche dérivée du poison d’origine a été administrée à Parvati et la formule qui avait permis de me sauver n’a pas pu être utilisée. Il faudrait donc recréer le poison et le faire muter pour ensuite espérer en retirer un antidote adapté. Le projet est ambitieux mais j’avoue que je suis tenté. Nous avons aussi un peu parlé de Harry, et Padma a plus ou moins admis que finalement, avec ou sans son aide, sa sœur aurait fini par mourir. Je crois pourtant qu’elle n’est pas prête à lui pardonner mais je sais très bien que dans ce genre de situation, on a souvent tendance à blâmer une personne de chair et de sang plutôt que la fatalité. Je blâme mon père pour la mort de ma mère, et Padma en veut à Harry. Je crois donc que je n’ai pas de conseil à lui donner à ce sujet, et même si à certains moments j’avais envie de parler en faveur de Harry ou d’essayer de faire comprendre à Padma qu’elle ne pouvait pas continuer de lui en vouloir pour avoir eu un geste humain en abrégeant les souffrances d’une personne qu’il voyait souffrir depuis trop longtemps, je me suis abstenu. Ce genre de paroles venant de moi auraient été assez suspectes, et je n’ai pas vraiment envie que mon étrange relation avec le Héros soit connue. Je serai amené à la revoir de toute manière, vu qu’elle est inscrite à l’Université. Elle n’assistait pas aux cours avant parce qu’elle avait la charge de sa sœur malade, mais à présent elle est soumise aux mêmes contraintes que moi, donc nous étudierons souvent ensemble. Ce n’est sans doute pas plus mal, même si quelque chose dans son regard me fait frissonner d’anticipation. « - Comment va Harry ? » demande Ginny. Je lui souris, heureux qu’elle accepte ce que je suis avec tant de simplicité. « - Il va bien, toujours un peu agoraphobe, mais il se soigne. » « - Et après il viendra me reprocher de ne pas sortir de chez moi, foutu complexe du héros. » « - Tu l’as dit. » Nous rions doucement, profitant de cette petite soirée de détente. Je sais qu’après avoir laissé Ginny je retournerai au Square Grimmaurd pour voir si Harry va bien, et j’étudierai un peu en l’écoutant respirer. Je m’inquièterai un peu à la perspective qu’il se réveille et me dise de partir tout en sachant au fond de moi qu’il ne le fera pas. « - Tiens… C’est bizarre… » murmure Ginny après quelques instants d’un silence complice. Son regard bleu fixe un point au-dessus de mon épaule. « - Quoi donc ? » je demande. « - Colin Crivey. » répond-t-elle simplement. Je me tourne aussi discrètement que possible pour tenter de voir ce que fixait Ginny avec tant d’incrédulité. Et je reconnais effectivement l’ancienne groupie de Harry, il est assis à une table avec un groupe d’hommes, et ils ont l’air de s’amuser comme des fous. Crivey aussi, d’ailleurs, et c’est en soi un évènement, vu que son sourire si irritant de joyeux Gryffondor – toujours heureux même quand il sait qu’il va droit dans le mur – semblait avoir disparu avec la guerre. Cependant ce sourire n’a rien de joyeux, c’est l’amusement d’un mec shooté à mort, et j’en ai vu un paquet – les réunions entre Mangemorts étaient aussi très gaies parfois, on avait alcool, drogue et esclaves sexuels. La poudre blanche macule la table et le blondinet a l’air à point. « - Pourquoi fait-il cela ? » demande Ginny avec une petite grimace. Je hausse les épaules, que répondre à cela ? « - Chacun survit à sa façon. » je réponds. Le silence se réinstalle entre nous, un peu moins joyeux. Et je réalise que ce que je viens de dire est assez vrai… Chacun survit comme il peut. Même si la solution est dangereuse. Car au final, on ne se sent jamais aussi vivant que lorsqu’on est sur le point de mourir. oOoOo 12, Square Grimmaurd, Londres – 18 Octobre 1998 Vivant, je crois que je ne l’ai jamais autant été. Je me sens incroyablement fort, et à la fois si faible… Cette pièce si sombre et froide me semble accueillante, et plus encore le lit en son centre, parce qu’il est là, étendu. Harry Potter livré entièrement. Je n’aurais jamais cru cela possible, pas comme ça, et surtout pas si rapidement. Lorsque je suis revenu hier soir, il dormait, alors j’ai agi comme je me l’étais promis, je me suis assis près du lit, muni de mes cours et de mes livres, et j’ai étudié jusque très tôt ce matin. Et puis je me suis éveillé dans ses bras, sans savoir comment j’étais passé de ma position inconfortable à celle-ci, infiniment plus délectable. Comme d’habitude mes mains se sont posées sur son visage paisible, et mes lèvres se sont permises de partir à la conquête de sa bouche. Il a ouvert les yeux et m’a répondu. Là j’ai senti comme à chaque fois un sentiment de victoire gonfler ma poitrine. Mais ce sentiment depuis quelques temps n’a plus l’air de suffire à mon corps qui se tend d’anticipation. Je n’ai pas eu de relations sexuelles depuis des mois, et je commence à en sentir les effets. Car évacuer la tension en me caressant sous la douche de temps en temps ne parvient pas à éloigner le spectre du désir. Et Merlin sait combien je désire Harry. Je sais qu’il sent mon excitation, et ça me gêne. Je ne sais pas comment faire avec lui, il n’est ni une femme, ni une personne que j’aurai envie de jeter après. (je pense que le problème n’est pas qu’il en est envie ou pas, c’est plutôt qu’il en est incapable…) Alors pourquoi est-ce aussi difficile ? « - Qu’est-ce qu’il y a ? » demande-t-il d’une voix ensommeillée en enfouissant son nez dans mon cou. « - Rien… » « - Je ne te crois pas. » Un sourire gagne mon visage malgré moi tandis qu’il se recule pour m’observer. « - J’étais juste en train de me demander ce qu’on faisait. » je réponds finalement. Il hausse les épaules. « - Je n’en sais pas plus que toi, mais ça reste agréable. » « - Oui, mais je n’oublie pas que nous sommes deux hommes, Harry. » « - Jusque-là, ça ne t’avait pas vraiment perturbé, alors pourquoi maintenant ? » Je détourne le regard. Il ne peut pas être si naïf… Doux Merlin aidez-moi. Un long moment s’écoule sans que nous ne disions quoi que ce soit. Harry le brise d’une voix rauque. « - En fait, je crois que nous devrions parler de ça… Tu sais, je… Je n’ai jamais vraiment… » Il s’interrompt et je crois que je vais faire une crise de spasmophilie, juste là. Mon cœur s’emballe, l’air me manque, ma gorge se serre… Harry serait-il en train de me dire qu’il est resté vierge jusqu’à présent ? Pas alors que des tas de nanas en chaleur lui font des avances en permanence… Si ? « - … enfin tu vois quoi. » termine-t-il. « - Oh. » est le seul son que je peux sortir. « - Oui. C’est complètement dingue, mais je n’ai jamais eu le temps de m’occuper de cette partie de ma vie. » « - Je comprends. » « - Et… et toi ? » « - Eh bien… J’ai eu quelques relations. » « - Avec des hommes aussi ? » Ah putain, il ne m’épargnera rien… « - Non, je suis hétéro. » Il hausse un sourcil. « - Ouais, moi aussi. » Je souris aussi. On a vraiment l’air de deux benêts à parler de ce genre de chose, et moi j’ai l’air ultra fin en disant que je suis hétéro alors que j’ai une énorme érection qui n’a été provoquée que par lui. « - On est dans la merde, Potter. » je dis en remontant un peu plus le drap sur moi – heureusement qu’il ne m’a pas déshabillé avant de me mettre au lit. « - Je crois aussi. Qu’est-ce qu’on fait alors ? » « - J’ai bien une idée mais bon… » « - Dis toujours. » Je me penche et l’embrasse doucement, ses mains viennent se poser sur ma nuque et nous cessons de parler. Je crois de toute façon qu’il est trop tôt pour ça. Mon corps attendra, pour l’instant, je donne la priorité à autre chose. oOoOo Manoir de la famille Malfoy, Devon – 20 Octobre 1998 : Il y a beaucoup de choses que j’aime dans la maison de mon enfance, mais ce qui m’a toujours fasciné, c’est la taille de la bibliothèque. Des générations se sont succédées ici, et chacune a apporté quantité d’ouvrages rares. C’est sans doute pour ça que j’ai toujours été en avance sur les autres à Poudlard, j’aime bien étudier, et ce que j’avais à la maison m’a toujours permis de le faire. Si je suis venu aujourd’hui, ce n’est pas pour une visite de routine. Hier j’ai revu Padma Patil à l’Université, et ensemble nous avons cherché des livres en rapport avec certains ingrédients qu’elle avait trouvés après avoir analysé le sang de sa sœur. Je dois dire que j’ai été assez surpris d’apprendre que Padma savait se servir des formules de décantations du sang de Grindelwald mais bon, après tout, elle était une Serdaigle, et puis quelqu’un agit pour un être cher saura toujours faire plus de choses. Nous n’avons rien trouvé là bas, alors je me suis dit que le seul endroit où je pouvais espérer dénicher quoi que ce soit serait ma propre maison. Bon, je pense que j’ai présumé de ma patience quand même. Cette bibliothèque est immense, plus grande que celle de Poudlard même. Bordel de merde© (copyright Draco « je suis un vrai boulet » Malfoy), je vais y passer le reste de ma vie… Je suis arrivé il y a dix minutes et déjà j’envisage de trouver une corde pour me pendre tellement l’idée de chercher parmi ces milliers de bouquins me déprime. J’aurais peut être dû prendre ma baguette finalement, j’aurais lancé un charme de recherche sur les rayonnages et ça ne m’aurait pas pris plus de trois minutes. Mais non, je suis un vrai boulet, je n’utilise plus la magie (ou si peu) alors je vais devoir m’envoyer tous ces livres. Remarquez… je pourrais aussi demander à un elfe de maison de le faire pour moi… « - Indy ? » j’appelle. Presque instantanément, un « pop » retentit et le minuscule elfe apparaît devant moi. « - Maître Draco, Indy est heureux vous voir à la maison, Monsieur. Indy peut-il aider le jeune Maître ? » « - Peut-être. Je cherche un certain nombre d’ouvrages, j’ai fait une liste de ce dont j’ai besoin » « - Indy va trouver tout ce que le jeune Maître désire. » dit l’elfe en s’inclinant. Je lui tends la liste que j’ai faite hier avec Padma et aussitôt il s’éloigne entre les imposants rayonnages. Indy est l’elfe le plus ancien du Manoir Malfoy, il est né ici du temps de mon grand père, je crois, et depuis il n’a jamais cessé de servir la famille. C’est aussi le seul elfe qui sache lire ici, il a appris en même temps que mon père, je crois, c’est une anecdote que ma mère m’a raconté une fois ou deux : apparemment Lucius n’était pas un enfant facile, il ne supportait pas l’étude et refusait toujours de suivre les leçons de son professeur personnel, alors son père l’a fait entrer en concurrence avec Indy, qui était son elfe favori. Lucius a donc appris tout ce qu’on lui demandait, et Indy a fait de même. Je crois même que c’est lui qui tient les livres de compte de la maison. Je lui fais donc confiance pour trouver ce dont j’ai besoin, il a sans doute lu la quasi-totalité des livres de la bibliothèque en plus. Au temps pour les médisances des gens au sujet des mauvais traitements que les Malfoy font subir aux elfes de maison, hein… Je regarde ma montre, il n’est pas tard et Indy mettra un certain temps à rassembler de quoi commencer des recherches. Je pense que je vais aller faire un tour dans le Manoir, histoire de voir si mon père est là. Je sors lentement de la pièce, je ne suis pas pressé de toute façon. J’ai moins de mal à marcher depuis quelques temps (bénis soient les remèdes de Madame Pomfresh) mais cela ne veut pas dire que je peux me déplacer sans cette foutue canne (joie !). Enfin, c’est pas comme si je ne savais pas que je ne pourrai jamais remarcher normalement, hein. Donc on fait comme on peut. Il est trois heures de l’après midi, à cette heure ci, je crois que mon père ne peut être qu’à un seul endroit : dans son bureau, en train de tenter de comprendre comment on gère une fortune familiale sans la perdre. Je me demande comment il va s’en sortir sans Mère… Je me dirige donc vers son bureau, situé heureusement au rez-de-chaussée, tout près du petit salon de l’aile sud, celle réservée à la famille. Je fronce les sourcils en entendant ce qui ressemble à des voix. On parle dans le bureau de mon père, et ça n’a pas l’air très gentil… L’autre voix est basse, légèrement teintée de mépris, tandis que celle de mon père laisse percevoir de la colère. Je m’approche silencieusement pour écouter, même si ça ne se fait pas, je m’en fiche. « - Lucius, tu ferais bien d’écouter les conseils de ceux qui se donnent encore la peine de penser à ton bien être. » « - Tu peux parler, toi… Monsieur le renégat. Je n’ai pas besoin des conseils d’une personne qui n’a pas hésité à trahir ses amis au moment où ils avaient le plus besoin d’aide. » Un grognement répond à la dernière phrase de mon père, je m’approche un peu plus. « - C’est mon fils qu’ils vont juger comme un criminel, mon fils, Severus, est-ce que tu réalises ça ?! » Je sursaute en entendant le nom de mon parrain, et mon cœur manque un battement alors que je réalise que c’est de moi dont il est question. Lucius a l’air de perdre complètement son sang-froid, je ne l’ai jamais entendu parler comme ça, avec autant de détresse dans la voix. Mon estomac se noue alors que j’attends la suite. « - Je sais bien tout cela, mais tu devrais agir avec plus de prudence, Draco est déjà orphelin de mère, ne lui laisse pas perdre son père aussi. » répond Severus avec calme. Mais de quoi peuvent-ils bien parler ? Et qu’est-ce que la mort de ma mère peut bien avoir à faire dans toute cette histoire ? « - Narcissa est morte par ma faute, et je ne veux pas faire subir le même sort à mon fils, alors si je dois me sacrifier, je le ferai. » dit Lucius, déterminé. « - Cesse de débiter des âneries, les causes de la mort de ta femme nous dépassent tous, et tu le sais. Même si tu avais été libre, tu n’aurais pas pu la sauver, et ce n’est pas en agissant de la sorte que tu aideras ton fils unique ! » Ma main serre convulsivement le pommeau de ma canne alors que mes jambes se mettent à trembler. Qu’est-il arrivé à ma mère ? « - Et toi alors ? Que fais-tu pour lui ? Tu restes enfermé toute la sainte journée au milieu de tes chaudrons et tu voudrais me faire croire que tu détiens la solution à tous me problèmes ? Tu rêves, mon pauvre Severus ! » « - Figure toi que j’ai une solution, en effet, et qu’elle est bien plus subtile que toutes celles que tu as pu envisager jusqu’à présent. » Mon père ne répond pas, et moi je voudrais défoncer cette porte pour forcer Severus à cracher le morceau un peu plus vite. Mais il ne le fait pas, Lucius comprend seul semble-t-il… « - Non… tu ne peux pas lui avoir demandé ce genre de chose, Severus… » « - Il était notre dernière alternative. » « - Il est dangereux, et tu le sais ! » « - Il est inoffensif, je m’en suis assuré. » « - Bien sûr, comme tu t’étais assuré que personne n’avait pu reproduire le poison. » « - Cela n’a rien à voir avec ce qui se prépare, Lucius, ne confonds donc pas tout. » « - Rien à voir ? Non mais tu te fous de moi ? Pourquoi crois-tu qu’ils en aient encore après Draco ? Ils ne rêvent que d’une chose, le coller dans un laboratoire et chercher pourquoi il a survécu. Tu veux avoir recours à ta méthode explosive, d’accord, mais dans ce cas, autant leur livrer mon fils tout de suite et leur dire dans la foulée que le génie qui l’a sauvé n’est autre que Severus Rogue ! Pas mal, non ? Et puis tiens, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas leur dire que leur petit héros est une bombe à retardement et qu’il… » Je sursaute à nouveau lorsqu’un bruit de claquement sec se fait entendre, je comprends que Rogue vient de gifler mon père. « - Il suffit. Tu n’es pas en état deréfléchir posément ni de prendre une décision, je crois que je ferais mieux de m’en aller. » dit finalement Rogue après un long silence. Ses pas avancent déjà vers la porte, et je n’ai pas le temps de bouger… Je vois la poignée tourner, le battant s’entrouvrir. Je recule de quelques pas, suffisamment pour essayer de faire croire que je viens juste d’arriver, mais sans trop croire que ça va marcher. En enfin, le visage de mon parrain apparaît, et je vois que cet homme n’a finalement pas autant de maîtrise de ses émotions que cela car son visage perd très nettement le peu de couleurs qu’il pouvait afficher et ses traits s’affaissent. « - Draco ? Mais que fais-tu là ? » demande-t-il très vite. Je souris en constatant que son expression est redevenue neutre en un clin d’œil. « - Eh bien, je suis venu chercher quelques livres pour un exposé, et dans la foulée je me suis dit que je pouvais passer saluer Père. » Le battant de la porte s’ouvre en grand devant mon père, qui a, semble-t-il, lui aussi repris contenance, nulle trace de sa colère, rien. Juste une légère rougeur sur la joue gauche, certainement là où Severus l’a frappé. « - Bonjour Père. » je dis d’un ton neutre. Moi aussi je suis un professionnel de la maîtrise de soi, j’ai été à bonne école chez les Malfoy. « - Bonjour Draco, tu es là depuis longtemps ? » Non mais sérieusement… Il croit vraiment que je vais lui dire la vérité, là ? Mon Père est un grand rêveur, je crois… « - Je viens juste d’arriver. » je réponds. Les deux se lancent un regard furtif, ils ne me croient pas, je m’en tamponne complètement. « - Je venais vous saluer, Père, mais je ne m’attarde pas, mes livres doivent être prêts à présent. » Lucius se raidit légèrement, comme s’il ne savait pas quoi dire. Je t’en foutrais moi, des choses à raconter… Toujours est-il que je préfère m’en aller tout de suite avant qu’ils n’aient l’occasion de me traiter comme un abruti de première, je commence à avoir l’habitude mais ça ne veut pas dire que j’aime ça. « - Bien, Draco… » balbutie-t-il. « Viens donc dîner la semaine prochaine, cela me fera plaisir. » Je souris froidement. « - J’y penserai. » je dis avant de tourner les talons. Oui… J’y penserai… Mais pas qu’à cela. oOoOo 12, Square Grimmaurd, Londres – 22 Octobre 1998 Dix… Neuf… Huit… Sept… Six… Cinq… Quatre… S’il ne dit rien dans les trois secondes, atrophié des muscles ou pas, je lui en colle une. Trois… Il se tortille dans son fauteuil, l’air mal à l’aise. Deux… Il ouvre la bouche puis la referme. Un… « - Je crois que je te dois une explication. » dit-il finalement. « - Je le crois aussi. Je ne suis pas une putain de bille, Potter. » Il a compris que j’étais en colère, pas content… Et encore, c’est un superbe euphémisme que de dire ça. Non mais il a vu ça où ? Môssieur Potter de mes deux, après avoir fait l’ermite pendant je ne sais combien de temps, s’est décidé à fourrer le nez hors de chez lui, jusque là tout va bien. Ou pas. Ce mec est un masochiste en puissance, et je m’y connais en souffrance. Comment avoir envie de se faire mal à ce point, hein ? C’est pas humain bon sang… Non parce que la première chose qu’il a faite, ça a été d’aller au cimetière sorcier et de se présenter à l’enterrement de Parvati Patil. Outre le fait que cette fille ait été une amie, elle est aussi celle qu’il a avadakedavraïsée de son propre chef. Je ne désapprouve absolument pas désir de se recueillir sur sa tombe, mais s’il avait pu le faire en dehors de la présence de sa sœur jumelle, ça aurait épargné à pas mal de monde une gêne considérable, à lui un retour à la case culpabilité, et à moi une nouvelle séance de ménage en arrivant chez lui. En plus j’avais pas ma baguette, donc tout ce qui était cassé, je l’ai balancé, bien fait. En plus c’était moche, alors je ne vois pas le problème. Cela dit, je considère qu’il me doit des explications, d’une part parce qu’il avait promis de ne plus s’exposer de lui-même à des émotions qui pourraient lui faire perdre le contrôle, et d’autre part parce que c’est moi qui me suis tapé le ménage. Heureusement que c’était une toute petite tempête cette fois ci… Sinon, je ne serais plus là pour en parler. Je ne serais pas non plus là, à attendre comme un con que ce petit con m’explique ce qui lui a pris. « - Je… Je suis désolé. Je voulais au moins présenter mes excuses à Padma. » dit-il enfin, penaud. « - Potter… Tu es un vrai boulet. Est-ce que tu réalises que même si tu as fait ça parce qu’il n’y avait plus aucun espoir, tu as tué sa sœur ? Mets toi à la place de Padma, elle souffre et elle a besoin d’un responsable, en l’occurrence, c’est toi, et on ne peut pas vraiment lui en vouloir, tu ne crois pas ? » « - Non… euh…Si… Je voulais juste la voir et… » Il baisse la tête, me cachant son regard. Mais même comme ça j’arrive à voir les cernes bleutés qui creusent son visage. Il est épuisé. Je me demande si ça finira un jour. Mais en attendant de le savoir, il ne me reste pas beaucoup d’alternatives, je suis là parce qu’il a besoin de moi, qu’il me fait suffisamment confiance pour s’appuyer sur moi, même dans une telle situation. « - Allez, viens, tu as besoin de dormir » je dis en lui tendant la main. Il relève la tête et fixe un instant la main que je lui tends, cela me rappelle un peu la première fois que je lui ai proposé mon amitié, mais toutes ces conneries sont si loin maintenant… Un peu comme si je me souvenais d’un rêve, une autre vie où tout n’était pas si sombre, où nous étions seulement des gamins idiots uniquement préoccupés par leurs querelles et obnubilés par des détails insignifiants. Au bout de quelques longues secondes de silence, Harry attrape ma main et se lève. Nous montons lentement à l’étage, sa main toujours dans le creux de la mienne. Je le conduis jusqu’à sa chambre où son lit l’attend, encore défait, mais sa main de quitte pas la mienne. Il s’assied au milieu des draps défaits et lève ses yeux vers moi, sa main me serre un peu plus fort, son regard me dit de rester. Je prends place à ses côtés, hypnotisé par le vert, retenu par sa main. Cette fois, c’est lui qui vient vers moi, j’ai un peu de mal à y croire, juste un peu. Mais il me guide, il me tient. Il m’a attrapé. S’il me restait un minimum du sens de la formule dont je m’enorgueillis en temps normal, je me serais comparé à un vif d’or aux ailes brisées pris dans une tempête et sauvé par cette main qui se referme sur moi, comme pour me sauver de tout le reste. Dans un sens, c’est Harry qui m’a sauvé, le moins que je puisse faire à présent est de lui rendre la pareille. Un soupir m’échappe lorsque ses lèvres se posent sur les miennes, puis c’est un gémissement lorsque sa langue vient les caresser avant de les dépasser pour venir jouer avec ma langue. Sa main ne quitte pas la mienne, et de l’autre il caresse les cheveux, mon cou, doucement… Oh si doucement. Et j’ai envie de lui… Déjà. Il m’invite à m’allonger près de lui d’une pression sur la nuque, nos lèvres scellées semblent ne pas vouloir se quitter. Et je me perds contre son corps, contre sa peau que ma main libre dévoile, caresse. Je me noie dans ses soupirs, dans la sensation de sa langue lascivement enroulée autour de la mienne, de son excitation contre mon aine. Oh oui… Harry… J’ai envie de toi… encore. Nos baisers s’enchaînent, nos souffles se déchaînent, il me rend fou. Je me sens si près – oh tellement près – de tomber. Nos mains se font plus pressantes, nos corps plus pressés. Une obscure partie de mon esprit me dit que je ne devrais pas laisser les choses aller si loin, pas comme ça… Mais ma conscience a lâché prise, comme la ceinture de Harry sous mes doigts. Sa main est toujours dans la mienne, elle la serre convulsivement alors que de l’autre je me fraie un chemin sous ses vêtements, à l’intérieur de son pantalon. Il halète lorsque mes doigts s’enroulent autour de son sexe, puis se met à gémir tandis que mon poignet entame des mouvements lents. Ses baisers se font plus voraces encore, son cœur se met à battre plus fort, si fort que j’ai l’impression qu’il va sortir pour rejoindre le mien. Je gémis avec lui en sentant sa cuisse bouger contre mon excitation, j’ai chaud… Harry me brûle, me consume. Je le sens si chaud dans ma main, frémissant sous moi, vibrant contre moi. C’est indescriptible… Ça l’est tellement que quelques minutes seulement suffisent, et je ne tarde pas à le sentir se tendre sous mon corps. Sa bouche s’ouvre sur un gémissement muet alors que je le sens exploser dans ma main. Cela suffit à me faire jouir à mon tour, dans un gémissement plus prononcé. Harry soupire contre mes lèvres et se laisse retomber sur le matelas. Je retire ma main souillée de son pantalon, ça devrait me paraître étrange, voire dégoûtant, mais ça ne l’est pas. En fait rien ne m’a jamais paru moins étrange que les traces du plaisir de cet homme sur ma main. Mes yeux se posent sur son visage, il est en train de me regarder. Il sourit légèrement et me tend un mouchoir qu’il vient de prendre dans la poche de son pantalon. Je m’essuie sommairement et le remercie d’un baiser. « - Tu devrais dormir, tu as l’air épuisé. » je murmure. « - Pas faux… Mais je voulais être sûr que tu resterais. » « - Je vais rester. » je le rassure. « - Merci. » Je rabats le drap sur nos corps encore habillés et Harry se colle contre moi. « - Dis… » je demande au bout de quelques instants. « - Oui ? » « - Est-ce que tu crois qu’un jour tout ira mieux ? » « - Que… de quoi tu parles ? » Je crois que j’ai du mal à être clair, je crois aussi que ce genre de question est de celles qui ne trouvent jamais de réponses… « - Je parle de tout… Regarde les souffrances que la guerre nous a laissées, regarde ce qu’elle nous a enlevé et ce qu’elle continue de nous prendre aujourd’hui… Regarde ce que tu as subi, ce poids que tu continues de porter… Est-ce qu’un jour on pourra se retourner vers le passé et se dire ‘le pire est derrière nous’ ? Est-ce qu’un jour on sera heureux ? » C’est très con comme question, mais je ne peux pas la laisser sur le bout de ma langue… Harry soupire, il réfléchit, je crois qu’en fait il a les mêmes doutes que moi. « - Peut-être qu’un jour tout sera derrière nous, mais je crois qu’avant de pouvoir dire ça et prétendre au bonheur, il faut avancer et se battre pour l’obtenir. La guerre nous a laissé à tous des séquelles, je ne suis pas le plus lésé, je n’ai pas perdu ceux que j’aimais, alors je ne suis pas le plus à plaindre. » Il soupire à nouveau, et le silence s’installe. « - Un jour, tout ira mieux, pour cela nous devons juste y croire, c’est le plus important. » finit-il par dire. Oui… Il a certainement raison. Un jour… Cela dit, je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur que ce jour arrive, car cela voudra dire que les choses auront changé, et moi je ne veux rien changer à cette main qui serre encore la mienne. oOoOo 12, Square Grimmaurd, Londres – 22 Octobre 1998 : Il est exactement quatre heures vingt cinq du matin et je suis de retour à la case « pathétique », c’est fou comme les choses les plus belles peuvent être gâchées par d’autres, bien moins sympathiques. Je me disais justement hier que je n’avais pas eu mal au dos depuis quelques temps, je me disais naïvement que les choses devaient être en train de s’arranger, que mon corps devait se renforcer… Que nenni ! J’ai failli me lever en hurlant tout à l’heure tellement la douleur était intense, je me demande comment Harry a pu continuer à d’ailleurs. Je me suis donc traîné le plus silencieusement possible jusqu’à la cuisine, où je me suis préparé une tasse de thé. Les habitudes ont la vie dure, je faisais toujours ça quand je n’allais pas bien avant que Madame Pomfresh ne me trouve un traitement. Une bonne tasse de thé, et une cigarette, histoire de me dire que je peux encore me payer le luxe de m’empoisonner tout seul. C’est dans ces moments-là que je regrette mon coma, au moins je ne souffrais pas, et il n’y avait pas toutes ces questions… Que s’est-il passé avec ma mère ? Pourquoi tant de non-dits ? Comment cela va-t-il finir ? Une petite voix cynique me dit « on va tous crever », j’aurais plutôt tendance à la croire, vu la façon dont les choses se passent… Jusqu’à présent, j’ai évité de me torturer l’esprit avec cette histoire de procès… Je sais que je vais être jugé pour mes actes, c’est normal, je porte la Marque, je suis entré au service d’un mage noir, et tout ce que j’ai pu faire contre lui par la suite ne suffira sans doute pas à racheter les vies que j’ai prises. Mais quelque chose me dit qu’il y a plus que ça, plus que le fait d’être jugé… Il y a des enjeux, des choses qui se passent dans les coulisses et qui pourraient faire beaucoup de mal à beaucoup de monde. Mon père et mon parrain seront aussi jugés, mais la différence entre nous et les autres Mangemorts, c’est que la date de nos procès n’a pas encore été fixée, et puis nous sommes libres… Les voies de la justice sorcière sont impénétrables. Et puis il y a cette conversation que j’ai surprise entre eux, ils parlaient de ma mère, de mon procès… Je suis complètement perdu, et je sais très bien que si je demande, personne ne me répondra… Moui, dans un sens l’option « on va tous crever » me semble assez acceptable. « - Eh bien, que de questions à se poser en plein milieu de la nuit, Draco Malfoy… Tu recherches le sens de la vie au fond d’une tasse de thé ? » fait soudain une voix derrière moi. Je fais un bond et manque dans la foulée de lâcher ma tasse, par contre ma cigarette m’échappe et je me brûle en la rattrapant. Qui est le… ! Ah doux Merlin… Qui pourrait bien s’incruster chez les gens à de pareilles heures ? Qui pourrait savoir exactement à quoi je pense et toucher juste à chaque parole ? On ne l’entend jamais venir, il est le seul avec Harry à toujours se trouver là où on ne l’attend pas… Je me retourne et mes yeux me confirment ce que ma tête me disait déjà. Plus excentrique que jamais et toujours aussi magnifique… « - Iannis… » je souffle. « - Bonsoir… Enfin bonjour plutôt, c’est le matin en fait. » sourit-il en s’avançant dans la cuisine. Je le regarde faire comme s’il était chez lui, il prend un verre dans le placard au-dessus de l’évier, puis ouvre la porte du cellier et attrape sans même regarder ce qu’il prend une bouteille, qui s’avère être de la vodka et vient s’asseoir près de moi à la table de la cuisine. « - Je suppose que tu te demandes ce que je fais chez Harry à cette heure ci. » dit-il, souriant toujours, avant de se servir un verre. « - Eh bien, il est quand même assez malpoli d’arriver chez les gens à quatre heures du matin. » je souligne. « - Certes… Mais nous savons tous les deux que Harry a une conception assez spéciale de la politesse. » « - Ça ne me dit pas ce que tu fabriques ici. » J’allume une nouvelle cigarette, l’autre ayant finalement atterri dans ma tasse de thé. « - J’avais envie de voir comment il se débrouillait sans moi, et je suis heureux de constater qu’il a finalement décidé de te faire confiance, c’est bien. Tu devrais arrêter de fumer, c’est mauvais pour toi. » dit-il narquoisement en déposant son propre paquet à moitié vide sur la table. « - Je suis ici pour aider Harry, et je fais ce que je veux avec ma santé. » je rétorque, exaspéré qu’un type qui fume comme un pompier moldu et s’envoie deux litres de vodka par jour ose me donner des conseils sur ma santé. « - Oh… Pour l’aider tu dis ? C’est sans doute pour l’aider que tu t’es vautré dans la luxure avec lui… » dit-il avec un clin d’œil suggestif. Je sens le rouge me monter aux joues. « - Oh, je t’en prie, ne me fais pas l’affront de nier ça, tu pues le sexe à des kilomètres. » Là j’atteins certainement le ton « tomate » dans le nuancier du rouge. Et ce sale enfoiré devin se marre comme un bossu. « - Je ne vois pas en quoi ce que nous faisons peut te regarder. » je dis froidement une fois que j’ai repris un peu de contenance. Iannis cesse de rire, son visage fin reprend son sérieux et son regard se plante dans le mien. J’ai l’impression qu’il cherche à fouiller mon esprit mais je ne ressens rien qui ressemble à la légilimencie. Ce garçon est décidément bien étrange… Et très très casse c… « - Ce qui se passe entre vous m’intéresse, Draco. Ça me concerne parce que je sais des choses que tu ne peux même pas soupçonner, ça me concerne parce que j’aime Harry, et ça m’intéresse parce que ce qui se passe maintenant peut avoir de grandes incidences sur ce qui se passera plus tard. » dit-il au bout de quelques longues minutes. De quoi ? « - Mais j’ai plutôt l’impression que c’est de ton côté que ça ne va pas… » Je soupire, comment répondre à un type qui a un tel débit verbal ? Comment lui dire que tout va bien, mais que ma tête ne suit pas les désirs de mon corps ? Comment expliquer que le sexe avec Harry, c’est ce qui me fait le plus peur ? Peur parce que je suis sûr que quelque part, ce serait trop bon pour que je n’en perde pas le peu d’âme qui me reste. Peur parce qu’il n’est pas une femme. Peur parce que je l’aime. « - Tu peux m’en parler, tu sais… Je n’ai pas l’air sérieux, j’en suis conscient, mais je sens quand les gens ne vont pas bien, ou qu’ils ont des pensées mornes. Je pourrais peut-être t’aider. » dit Iannis en se penchant au-dessus de la table, rapprochant nos deux visages. « - Je ne crois pas que tu puisses faire quoi que ce soit pour améliorer ma relation avec Harry, c’est quelque chose qui se passe uniquement entre nous et bien que le fait que nous soyons deux hommes soit une nouveauté pour nous, on s’en sortira. Je ne vais bien que parce qu’il est là. » « - Oh… Tu l’aimes donc à ce point… » Je sursaute en entendant ces mots, mais Iannis reprend la parole. « Ne t’en fais pas, je n’en parlerai pas. Si je comprends bien, tu n’as jamais eu de rapports avec un homme, et cela t’angoisse… » J’ai envie de l’envoyer paître, mais je hoche la tête, je ne parviens jamais à lui dire non. Ça doit être cette sorte de magnétisme qui émane de lui, on a beau ne pas l’aimer, on ne peut qu’être captivé. « - Je crois que tu sais comment t’y prendre au fond, tu sais comment faire vibrer le corps d’un homme car tu sais comment vibre le tien. Tu n’aurais pas fait ce que tu viens de faire avec Harry sans cela. » Il se lève de sa chaise et vient s’asseoir sur la table, juste devant moi, et place ses pieds de part et d’autre de mes hanches. « - Moi je crois que tu refuses de concrétiser ce sentiment que tu ressens. » murmure-t-il à mon oreille. « Je crois que tu voudrais pouvoir nier ce que tu es devenu, la façon dont tu as vécu et ce que tu as vécu pour devenir cette personne, mais tu n’y parviendras pas, Draco Malfoy, que tu le veuilles ou non, tes choix t’ont mené ici, près de Harry. Cela ne prouve-t-il pas que quoi qu’il se passe dans ta vie, Harry en est toujours le centre ? » Il ponctue sa conclusion par un léger effleurement de ses lèvres sur les miennes puis se lève. Je l’entends plus que je ne le vois marcher de son pas félin vers la porte de la cuisine, traînant derrière lui un parfum subtil de vodka et de senteurs musquées. Ce n’est que lorsque je l’entends dire « Salut Harry. » que je me lève à mon tour. Harry est là, sur le pas de la porte, pâle et visiblement en colère. Je pense que je vais avoir moi aussi à rendre des comptes… « - Va-t-en. » dit-il froidement, et mon cœur s’arrête de battre sur ces mots. À suivre… |