|
Juste une illusion - Part 2 (POV Draco) Le paradoxe... Je crois que ce simple mot résume assez bien la situation que je vis, ou plutôt, que je ne vis pas... Oui, je suis au beau milieu d'un paradoxe. Tout est si simple et si compliqué à la fois... Cette vie que je goûte à présent est magnifique, magique à plus d'un titre, et je me rends bien compte que j'ai foiré dans mes choix personnels à un certain moment de ma vraie vie. Car si j'avais fait un minimum confiance à une personne, j'aurais véritablement ce bonheur. C'est assez confus non? J'explique... Chaque matin je m'éveille dans une douce chaleur qui m'entoure le corps et si j'ose le dire (allez, dis-le!) le coeur (bravo Dray!). J'ai toujours ce petit moment de flottement avant d'ouvrir les yeux, je me demande si je vais voir le visage de Harry Potter ou le mur de mon cachot, mais à chaque fois c'est ce visage que j'ai appris à connaître. Il ne se réveille que rarement avant moi alors je reste étendu face à lui, j'ai appris ses traits par coeur, je crois que si j'avais un quelconque talent de dessinateur, son expression paisible serait une source intarissable d'inspiration... Pourtant je ne suis pas homosexuel. Enfin... Je ne crois pas l'être... A votre avis, est-il possible d'aimer une personne sans se préoccuper de ce détail insignifiant ? Moi je suis perdu à vrai dire. Vous allez me demander bien sûr où est le paradoxe dans tout cela... Je vais vous le dire. Il est pourtant aussi gros que les fesses de Lavande Brown... Je déteste Potter, mais j'aime ses bras autour de moi, je me sens en sécurité ainsi... Je suis hétéro et pourtant je me surprends à avoir du désir pour cet homme. J'ai envie de courir très loin de lui et en même temps je voudrais le serrer contre moi et ne plus jamais le laisser s'en aller. C'est con, hein? Oui, je le pense aussi... Je cherche une solution mais je ne la trouve pas, je sens pourtant que la réponse est tout près de moi, je la touche en rêve mais elle s'envole dès que je pose mon regard sur les traits délicatement ciselés de Harry. Quand mon rythme cardiaque accélère. Et que mes joues se réchauffent. Et surtout que je sens un sourire apparaître sur mon visage. Si vous voulez mon avis, je suis en train de me mettre dans la merde, et le pire c'est que je n'ai pas envie d'en sortir... Si seulement je pouvais me réveiller avant d'être totalement enseveli par ce sentiment que je sens naître. Que Merlin m'aide, je ne veux pas de tout cela. Voilà déjà dix jours que je suis plongé dans ce rêve et ces dix jours m'ont donné plus de mal que dix années de ma vie. J'ai du m'improviser mari et père, ce n'est pas tous les jours que ça arrive. La gamine, Sarah, est une vraie terreur, elle n'a que trois ans mais son raisonnement me stupéfie, où va-t-elle chercher des mots pareils? Elle me dit tout le temps que je ne dois pas m'en faire pour "'ry" et qu'il m'aime et me fait confiance. Elle dit que l'amour est ce qu'il y a de plus beau, et que quand elle sera "grande" elle aussi aura un homme qui l'aimera... Dès qu'elle ouvre la bouche je reste comme un con à l'écouter me rassurer. Bon sang c'est une gosse haute comme trois pommes qui me fait la morale! J'ai eu du mal à m'habituer et à ne plus penser que j'étais tombé dans la quatrième dimension, et maintenant ça va, bien que je sentes son regard brillant sur moi dès que je me mets à penser à ce que j'ai manqué en jouant au petit sang pur fier de sa lignée... Je suppose que dans cette vie j'ai pas mal à voir avec son éducation, sinon elle ne serait pas aussi intelligente... Après avoir survécu au premier jour et à la première nuit que je passais consciemment dans le lit de Potter, je me suis habitué en quelque sorte à l'avoir près de moi. Il ne ronfle pas, ne bouge pas, et comble du comble, il dégage une chaleur phénoménale. Moi qui d'habitude meurs de froid la nuit, je me retrouve flanqué d'une bouillotte grandeur nature. Mes nuits m'ont éclairé sur ce qui se passe ici. Je rêve très souvent des souvenirs de mon autre moi même, j'ai donc assisté à pas mal d'évènements clé, comme mes aveux à Potter en sixième année, notre "relation" naissante, sa convalescence après la guerre, notre mariage... Je dois dire que je suis stupéfait par ce que j'ai vu... Je me suis redécouvert, et c'est comme si c'était un autre moi... Un moi beaucoup plus ouvert et surtout, infiniment plus heureux. J'ai pu voir ma mère pleurer quand j'ai prononcé les voeux qui m'unissaient à Harry, Pansy serrer très fort la main de Blaise lorsque je leur ai annoncé notre décision d'adopter un enfant... Toutes les personnes auxquelles je tiens en temps normal sont là, autour de moi, elles sont en vie et heureuses. Il semble également que mon "cher" père ait eu la bonne idée de changer de camp, je ne me demande même pas pourquoi, ce mec est un opportuniste de premier ordre, il vendrait son âme au diable s'il était certain d'avoir une chambre avec vue en enfer. Cet aspect là de cette vie est le plus beau je crois, sinon il y a l'autre, celui qu me force à prendre des portoloins, à transplaner, à éviter de me promener sur le chemin de Traverse: la presse et la polémique qu’elle ne cesse d’alimenter sur mon "couple". Ce que j'ai appris dès le début n'était que la face visible de l'iceberg, j'ai depuis découvert pas mal d'autres détails à me coller la nausée. Par exemple, je suis joueur de Quidditch professionnel, et dans mon équipe il y a Olivier Dubois. Il est gardien, et même si vous voulez mon avis, un sacré bon gardien. Le seul point négatif c'est qu'il semble en vouloir à mes fesses. Pourquoi, je n'en sais rien, il passe juste son temps à m'inviter chez lui. Dans mes "rêves" j'ai pu voir que ça durait déjà depuis un certain temps, d'où le délire médiatique après qu'un fouille merde nous ait entendus discuter dans un bar où j'avais (et c'était la seule et unique fois) accepté de le suivre pour le calmer. Par la suite j'avais fait l'erreur de ne rien dire à Harry qui m'en avait beaucoup voulu après la parution de l'article. Je ne sais pas exactement comment nous nous sommes réconciliés, et je ne pense pas avoir très envie de le savoir... Ce qui a pu physiquement se passer entre moi et un autre homme est de l’ordre de ce que je ne veux pas savoir! En dix jours donc, j'ai vécu et appris des trucs qui m'ont donné envie de me jeter par la fenêtre (merde, on vit dans une maison, l'étage le plus haut est le premier...). Et vous savez quoi? Il y a pire! Ce soir un évènement important dans la vie d'un couple va m'obliger à rester seul avec Potter... Il paraît que c'est notre anniversaire de mariage (trois ans déjà...) et il m'emmène dîner dans un restaurant chic. Géniaaaaaaaaaaaaal! J'entends déjà les questions stupides qu'il va me poser... Bien sûr, parce que depuis dix jours c'est moi qui suis là, dans son pieu, pas l'autre obsédé! Alors il commence à me regarder bizarrement quand le matin je pars en courant à la salle de bains pour éviter qu'il me touche, la journée quand je m'éloigne de lui, quand je quitte une pièce dès qu'il y entre... Le seul moment où j'autorise un contact entre nous c'est le soir, lorsqu'il dépose ses lèvres sur les miennes. Je sais que c'est con, mais c'est le seul moment où je sens que c'est bien de le faire. Parce que chaque soir c'est comme un adieu, juste au cas où je ne me réveillerais pas à ses côtés le lendemain. Et nous ne faisons que nous embrasser. Bien sûr j'ai pensé aller plus loin avec lu, mais je crois que je n'en ai pas le droit, pas là, pas comme ça... Ce n'est après tout qu'une illusion. Parce que si je fais... ça avec lui, et que j'aime, et qu'après je me réveille pour me rendre compte que finalement j'avais fantasmé un rapport sexuel... Je me sentirais vraiment en dessous de tout. Si un jour je dois baiser Potter, je le ferai dans ma réalité, et pas ailleurs. En attendant, je me contente de prendre quelques douches froides. Il pourrait mettre ses mains ailleurs que sur mon ventre la nuit, ça m'éviterait de m'enrhumer tous les matins. Me voilà donc, le jour de mon illusoire anniversaire de mariage, habillé de pied en cap, prêt à aller dîner avec mon "époux"... Et vous savez quoi? J'ai pas envie d'y aller. oOoOo Il est exactement 22h17... L'horloge que j'ai pile en face de moi m'indique que le temps passe à une lenteur insupportable, je n'en peux déjà plus. Ce restaurant est on ne peut plus chic, et très visiblement Moldu. Bon je comprends le choix vu que chez les sorciers il est impossible pour nous de circuler tranquillement. Le cadre est agréable et feutré, les clients discutent à voix basses autour de nous et les tables sont suffisamment éloignées les unes des autres pour que chacun préserve son intimité. J'apprécie. Le service est bon et les plats succulents mais le tout est vraiment beaucoup trop lent... Harry (oui, je trouve mieux de l'appeler toujours comme ça, après tout ici c'est Harry, pas Potter... Au pire ce serait Potter Malfoy, mais comme je me perds, j'ai décidé que ce serait Harry...) s'est pointé dans le salon et a donné le signal du départ à 20h45, il a même du me dire plusieurs fois qu'on allait être en retard pour me secouer, je n'arrivais pas à détacher mon regard de lui. Il faut dire que ce soir il a mis le paquet... Il est vêtu de noir, chemise et pantalon, sa chemise est ouverte au col et je peux voir la naissance de sa gorge, je ne pensais pas qu'un cou pouvait être aussi sexy, le sien l'est. Et ce pantalon est presque indécent, il épouse ses fesses à la perfection. Cette tenue est pourtant simple... Mais lui dedans... Je crois que je n'avais jamais remarqué que ses cheveux noirs avaient des reflets bleutés. Ils sont décoiffés mais artistiquement, un peu comme s’il venait de faire un arrêt coquin dans un coin sombre. Il est beau. Ce soir je m'avoue tout de même officiellement que Harry Potter est une bombe sexuelle, d'ailleurs je ne semble pas être le seul à penser cela, vu le nombre de regards dégoulinants qui frôlent sa personne... Non, je ne suis pas jaloux! Mais dans ce rêve, Harry est MON mari! Depuis plus d'une heure j'ai avada kadavrisé trois serveuses et le barman, plus quelques clients qui avaient la bave aux lèvres, de quel droit ils le dévisagent? Lui ne semble même pas se rendre compte qu'il est observé, il me regarde moi avec un air indéfinissable. C'est bien la première fois que je ne comprends pas l'une des expressions de son visage. Nous n'avons quasiment pas parlé depuis que nous sommes arrivés, le seul bruit que j'ai entendu et que j'entends toujours, c'est cette petite musique au piano qui est diffusée en sourdine mêlée au brouhaha indistinct des conversations des autres clients. Et ce bruit me rend lentement mais sûrement neurasthénique... "- Draco..." commence la voix de Harry. Je sursaute. Il a un petit sourire étrange. "- Qu'est-ce qui se passe?" demanda-t-il au bout de quelques secondes en plantant son regard dans le mien. "- Quoi?" Je ne comprends pas sa question... "- Je vois bien que depuis quelques temps tu es distant avec moi... Dis moi juste pourquoi." Oh... Merde, je ne m'y attendais pas à celle là... Mais je dois répondre quoi, moi? Que je ne suis pas celui qu'il croit? Que je ne suis pas le Draco ouvert, amoureux, obsédé par lui et qui a su faire les choix qu'il fallait? Que moi je suis l'autre, le petit con qui lui donnait des raclées à Poudlard, celui qui ne pouvait pas le voir en peinture, celui qui au lieu de ranger son orgueil dans sa poche, s'est gonflé de fierté et a voulu résoudre ses ennuis seul? Je peux lui dire tout ça? Non, je ne crois pas... Je lui dis quoi alors? "- C'est rien, juste un petit coup de déprime." je réponds au bout d'un moment. Il fronce les sourcils, il a l'air sceptique. "- Je ne crois pas que ce soit ça, Draco. Tu as oublié que moi aussi j'ai failli aller à Serpentard." rétorque-t-il. Merde, elle est bonne celle-là. Il doit voir que je suis surpris et reprend. "- Je te connais trop bien pour seulement imaginer que tu puisse être déprimé. Je sais que lorsque tu es vraiment mal tu viens me voir, ou tu vas au moins voir ta mère, mais là tu ne parle à personne depuis au moins une semaine. Je sens que tu me caches quelque chose. Qu’est-ce que c'est?" Merde! Je ne le savais pas aussi subtil le Potter. Et moi qui d'habitude trouve toujours à dire, je me retrouve à cours de mots. "- C'est Olivier, c'est ça?" demande-t-il avec une expression inquiète. Il m'offre l'occasion de m'en sortir sans dommages... Quoi que dans un sens Dubois fait parti de mes soucis puisqu'il me court après. En plus je commence vraiment à me demander si cet ex Gryffondor de mes deux n'aurait pas un sérieux problème, pas plus tard qu'hier il m'a fait des avances très explicites dans les vestiaires. Vous le prendriez comment, vous, si un mec venait vous voir en vous demandant si vous ne voudriez pas l'aider à ramasser sa savonnette sous la douche? Bon, je m'éloigne du sujet là, mais même si je ne suis pas du genre à s'offusquer de tout à n'importe quoi, je dois dire que j'ai été choqué par sa proposition à peine voilée... Harry attend toujours que je lui réponde. "- Oui, c'est cette histoire qui me stresse." je répond à mi voix. Mais Harry n'a pas la réaction que j'attendais, non, au lieu de me sourire gentiment pour me rassurer, son visage se ferme et sa voix se fait sèche lorsqu'il me parle à nouveau. "- Tu avais dit que c'était réglé, que tu lui avais parlé." "- Je lui ai parlé, mais il ne comprend pas que je ne suis pas intéressé." Quoi? C'est vrai en plus. "- Tu n'as peut être pas été assez clair, à moins que tu n'aies pas voulu l'être." rétorque Harry. Une drôle de lueur brille dans son regard, elle m'est familière cette lueur... Mais le sens de ses paroles m'échappe une fois de plus. "- Je crois que tu t'es foutu de moi, Draco." "- Hein?" "- Ca a l'air de te plaire le fait d'être poursuivi par un autre mec, je ne te suffis plus on dirait." Mais pourquoi il s'énerve? Je ne dis rien, et ça a l'air de le mettre encore plus en pétard. Je dirais quoi de toutes façons? Que je ne suis pas au courant de cette histoire? Que les seules bribes d'informations me viennent des rêves que je fais? Et puis qu'il aille se faire voir, lui et son saint fessier! Ca aura au moins l'avantage de me permettre d'éviter de me poser plus de questions que je ne m'en pose déjà. "- Tu ne dis rien, je vois. Dans ce cas je vais te laisser aller retrouver tes coéquipiers, tu dois t'ennuyer d'eux. Je ne veux pas te revoir à la maison tant que tu n'auras pas une vraie réponse à chaque question et tant que tu ne pourras pas me dire pourquoi tu ne m'as pas touché depuis dix jours!" Après sa tirade qu'il a faite à voix basse, il se lève et s'en va sans un regard en arrière. Et je ne peux que le regarder partir. Ses mots m'ont fait un drôle d'effet, il les a dit si bas et pourtant ils résonnent si fort dans ma tête... Et c'est quoi ce pincement dans ma poitrine? Ca fait mal mine de rien... oOoOo Je n'avais jamais remarqué à quel point une potion anti migraine pouvait être jolie... Celle que l'on réalise dans le monde sorcier est fabuleuse, elle est rouge sang, et dès qu'on l'a avalée, la douleur qui vrille le crâne s'en va, s'évanouit. J'ai une atroce migraine qui revient très souvent depuis une semaine, depuis ce soir là... Une semaine a passé depuis que j'ai "fêté" mon anniversaire de mariage avec Harry, et surtout depuis qu'il m'a planté dans ce restaurant Moldu en me disant de ne pas rentrer. Et comme je tiens à ma vie, je ne suis pas rentré. J'ai beau me dire que je suis dans un monde imaginaire, ce qui s'y passe me trouble tout de même... Je devrais être indifférent aux petites humeurs du sauveur de l'humanité, mais non, ça me perturbe. J'ai passé dix jours à vivre près de lui, dans sa vie, dans ses bras, et j'ai l'impression maintenant que je n'aurai plus jamais chaud... Pourquoi? Si vous avez une idée, dites moi, que je puisse enfin mettre des mots sur ces sensations qui me font si mal... Je croyais que la douleur physique était la pire, n'oublions pas que j'ai expérimenté une potion dolorisante... Pourtant cet étouffement que je ressens m'est infiniment plus douloureux que ce que j'ai pu ressentir... C'est comme si des doigts glacés enserraient ma poitrine, me broyaient le coeur, chassaient l'air de mes poumons. Je cherche de l'oxygène, mais il n'y en a nulle part... Mais si c'est juste une illusion... Pourquoi c'est si réel? Si ce n'est qu'un rêve... Pourquoi j'ai si mal? Une semaine, et j'étouffe. Une semaine et j'ai envie de mourir. Moi qui ai supporté des jours et des semaines au fond d'un cachot, je me sens crever dans cette liberté. Chaque jour depuis que je suis arrivé dans cette baraque, je me réveille en tremblant de froid, je cherche une présence qui n'est pas là, je n'ouvre les yeux qu'à regret, parce que je sais que je suis seul dans mon lit... Jamais ça ne m'était arrivé. J'ai eu des aventures, c'est vrai, pas autant que l'on m'en attribue, mais j'en ai eu. Jamais je n'ai eu envie de garder la chaleur de mes partenaires pourtant. Jamais je n'ai eu ce désir de les serrer contre moi, elles me laissaient indifférent, elles me dérangeaient même. Et là, alors que je ne suis pas passé à l'acte avec Harry, j'ai désespérément envie de le sentir contre moi... Je crois que je deviens fou. Je crois qu'il est temps que cesse ce rêve. Merlin, faites que je me réveille... oOoOo "- Vous avez compris? Pas de quartier!" s'exclame Simon. Simon O'Neal est le coach de mon équipe, un très bon entraîneur, je dois dire. En peu de temps je me suis fait une idée de ses capacités et je pense que ce type en a, et il en veut. Il est comme beaucoup de ce que j’ai pu connaître dans la réalité… En fait peu de choses sont différentes dans ce futur alternatif… Malgré mon abattement, j'ai regardé autour de moi, j'ai analysé ce monde qui aurait pu être le mien. Ce que j'y ai vu m'a rassuré, j'ai retrouvé des choses qui n'avaient pas changé, comme les magasins de l'allée des embrumes, ou encore le parc du Manoir Malfoy. Ce parc que j'ai connu luxuriant du temps de mon enfance avait été fortement négligé par la suite, je ne remercierai jamais assez mon géniteur pour son sens des affaires... Je suis ironique? Non, pas du tout! Bon, alors juste un peu. Aujourd'hui aussi je me retrouve dans mon élément: le Quidditch. Et vous ne devinerez jamais quelle équipe j'affronte dans moins de dix minutes... Les Tornades de Tutchill, l'équipe de mon "cher" époux... Que l'illusion est cruelle, j n'arrive déjà pas à passer une heure sans me demander ce qu'il fabrique, et voilà que je vais me retrouver face à lui sur le terrain, comme lorsque nous étions à Poudlard. Et je tremble. Pourquoi, je ne sais pas, il n'y a que moi et ce tremblement... Je n'ai pas vraiment froid pourtant... J'entends la foule qui clame et scande des noms, j'entends les fans appeler leurs idoles, je les entends appeler Harry. Il vient probablement de faire son entrée dans l'enceinte du stade avec son équipe. C'est notre tour. L'attrapeur entre toujours en dernier, donc je me lève et me place derrière Alan Stanton, l'un des batteurs. Ce garçon est très gentil, beaucoup trop, je crois qu'il est la position de repli de Dubois lorsque je le repousse, je les ai vus entrer dans la chambre d'Alan l'autre soir. Olivier me lance un regard charmeur, je lui renvoie un coup d'oeil glacial, pure formalité... Comment ai-je fait pour le supporter jusque là? Mystère... Ca y est, c'est notre tour... Nous enfourchons nos balais et à l'appel de nos noms nous nous élançons vers les gradins. Les Tornades sont déjà là, en position. Leur capitaine attend le notre au sol... Eh oui, il y a des choses qui ne changent pas, le Quidditch et son esprit fait visiblement partie de ces choses immuables. Leur Capitaine est grand, beau, brun et survivant, ça vous dit quelque chose? Le notre est grand, magnifique, blond et espion... Oui, c'est moi, gagné! J'atterris et vais me placer face à Harry. Ses yeux verts sont remplis d'une multitude d'émotions, j'y vois la tristesse, la rancoeur, la joie, la haine, l'amour... Ce mec est un livre ouvert. Comment est mon regard à moi? Gris, c'est sûr, mais sûrement glacial et vide, je n'ai jamais aimé qu'on puisse lire mes pensées (je ne dis pas sentiments, je ne sais pas vraiment ce que c'est...). L'arbitre nous énonce les règles et les quatre vertus cardinales, puis nous nous serrons la main. Une fraction de seconde seulement ma paume entre en contact avec la sienne, un instant pour capter sa chaleur... C'est presque comme une décharge électrique. Un "truc" qui me donne la chair de poule... Ce que c'est... Je ne sais pas... Pourtant je l'ai presque, c'est juste là, entre nos deux épidermes... Mais ça s'en va quand il retire sa main pour remonter sur son balai. Je l'imite, encore déconcerté, et le match commence. Les cognards sont lâchés, le vif d'or est libéré, et le souaffle est lancé. C'est quand même fou cette rivalité... Je veux dire, je croirais presque assister à un match Gryffondor versus Serpentard tellement les fautes sont évidentes et la mauvaise foi présente. Une sauvagerie sans nom règne entre les poursuiveurs de nos équipes et les batteurs ne font pas de cadeaux, même le délicat Alan balance les cognards avec toute la force dont il est capable. Ce match a intérêt à se terminer très vite si personne ne veut terminer à Sainte Mangouste, selon moi... Ou alors, si quelqu'un pouvait avoir l'excellente idée de viser Olivier... Ben quoi? Au moins, il me ficherait la paix. Le score grimpe très vite de chaque côté, je suis content de mes poursuiveurs, ils repèrent les failles chez le gardien adverse. Les autres aussi feintent facilement Olivier, mais là c'est logique, Olivier est un crétin. Soudain un éclat doré attire mon attention... Je regarde mieux. Oui, c'est le vif d'or qui est à quelques mètres de moi, immobile. Mais de l'autre côté, à la même distance de la balle tant convoitée, il y a Harry, il l'a vu aussi. Il me regarde, je le regarde... Un éclair de défi traverse ses prunelles, je lui réponds en haussant un sourcil narquois. Comme au bon vieux temps, semble-t-il. Et nous nous élançons au même instant à toute vitesse... J'ai l'impression diffuse que la scène se déroule au ralenti, je n'entends plus les clameurs de la foule, je n'entends plus les cris extatiques du commentateur, ni les encouragements de mon coach... Je ne vois que cet éclat doré sur fond de vert. Mon but ultime... Et si cette fois au moins j'arrivais à lui souffler la victoire? C'est bien un rêve, n'est-ce pas? Alors je peux espérer. Ma main se tend vers le vif, la sienne aussi. Et là, je ne sais pas ce qui me prend, mais je le regarde... Lui si déterminé... Son visage que j'ai connu serein dans le sommeil n'est plus calme, il est concentré... Et là je sais. Oui, ça y est... Je touche au but, je touche mon but... Je sais... Et ma main retombe... Tandis que la sienne se referme sur le vif d'or... Il a gagné... Il l'a emporté sur moi encore une fois, mais cette fois, il n'a pas attrapé que cette maudite balle. L'esprit en déroute je dévie de ma trajectoire et vais me poser près des buts d'Olivier. Tous les joueurs des Tornades hurlent de joie et congratulent leur capitaine, il y a de quoi, il a réussi un coup de maître, il l'a eu... Oui, il le tient serré au creux de sa paume, depuis longtemps… Mes coéquipiers atterrissent dans le calme et s'en vont directement vers les vestiaires alors que la foule et les journalistes se déversent sur la pelouse verte du stade. Personne ne fait attention à moi... Peu à peu je reprends mes esprits, et la colère me gagne... Oui, je lui en veux, il me l'a pris! Il doit payer! Mon balai tombe sur le sol avec un bruit mât, mais je suis déjà loin, j'ai couru jusqu'à cet amas de gens qui le portent aux nues, Il va y avoir droit... Je joue des coudes, je le vois il est tout près... Il rit et brandissant le vif d'or qu'il a attrapé juste sous mon nez, l'enfoiré! Et puis il me voit, tout près de lui. Son sourire se fane. T'as raison d'avoir peur, Potter! Les gens autour comprennent que quelque chose ne va pas, ils comprennent vite en voyant ma tête, je dois faire peur, je fais toujours peur quand je suis en colère... Et là je suis parfaitement furieux ! C’est normal dans un sens, il n’avait pas le droit de me le prendre, pas sans ma permission ! Le silence se fait, ils se demandent tous ce que je vais dire ou faire, ils sont tous au courant de notre séparation, après tout c'est ça le star system... Sans doute croient-ils que je vais lui cracher des insultes, ou balancer devant tout le monde une demande de divorce, je les entends presque penser aux gros titres que ça fera... Et je continue d'avancer... Lorsque j'arrive devant lui, je saisis le col de sa robe sans douceur. Il y a une certaine appréhension dans son regard, lui aussi croit que je vais faire un truc dingue... Et c'est sans doute le cas... Soit je le frappe... Soit je... ... et d'un geste vif je l'attire à moi afin de sceller nos lèvres. Merlin ce que ça m'a manqué... Cette douceur que lui seul met dans ses baisers... Très vite il répond et ses bras s'enroulent autour de mes épaules. Je suis bien, enfin... Parce qu'il a gagné, mais cette fois ce n'est pas grave tant que je suis entre ses bras... Parce que je sais... Ce que je n'arrivais pas à définir... Ce que je peinais à ressentir... J'ai trouvé. Je l'aime. Il a attrapé mon coeur aussi sûrement qu'il s'est saisi du vif d'or, sans que je puisse ou veuille l'en empêcher... De puis combien de temps? Je ne sais pas... Peut être depuis toujours. Mais en cet instant, tout contre lui et avec ses lèvres sur les miennes, je m'en fiche totalement... oOoOo Un énorme poids a été ôté de mes épaules. Cet aveu à moi-même est sans aucun doute la pire chose que je n’aie jamais eue à faire. Je n'ai jamais été une personne très démonstrative, certainement parce que personne ne m'a jamais appris à l'être. Ma mère était très tendre avec moi, mais devant les gens elle ne m'a jamais témoigné le moindre geste d'affection, elle me disait que l'étiquette voulait que nous restions des gens lisses et sans défauts, un peu comme des poupées de porcelaine... J'ai donc conçu les marques d'affection comme étant des défauts. Ne parlons pas de mon père, cet homme ne m'a jamais regardé. Il m'a fallu cet étrange rêve pour que je réalise qu'aimer était une chose simple et normale... Parce que pour moi, maintenant que je sais ce que ça fait, aimer Harry est aussi naturel que respirer. Il est mon oxygène, c'est pour cela que j'étouffais quand je n'étais pas avec lui. Je l'aime... C'est simple. Est-ce que c'est ça que mon rêve voulait me montrer? Outre bien sûr le fait que j'ai été un con toute ma vie... Après une quasi émeute sur le terrain de Quidditch (tous les photographes présents voulaient leur cliché...), nous avons réussi à nous éclipser. Harry nous a ramenés à la maison. Il m'a dit en souriant que Sarah dormait chez une petite fille de sa classe (Sarah est en maternelle). Nous n'avons pas dîné... Nous sommes montés directement nous coucher... Harry m'a dit qu'il n’avait pas réussi à dormir correctement sans moi, que mon souffle sur sa joue lui manquait... J'ai surmonté mes peurs et je lui ai dit que j'avais eu froid sans lui. Alors il m'a pris dans ses bras et m'a dit qu'il allait me réchauffer. Ce qu'il a fait. Nous sommes restés ainsi, l'un contre l'autre toute la soirée... Je me sens tellement à ma place contre lui... Est-ce qu'il en a toujours été ainsi? Est-ce que lui seul a toujours été capable de me faire oublier le reste du monde? Si je me fie à ce qui s'est passé dans ma vie, je serais tenté de dire que oui, il m'a poussé à vouloir l'affronter et le surpasser dans tous les domaines, à vouloir faire mes preuves... J'ai rejoint ses idées et embrassé sa cause pendant la guerre même s'il ne le savait pas... Et le plus troublant... Ce jour là sur le chemin de Traverse... Juste avant ma capture. Il a détourné mon attention... Peut-être que j'étais déjà attiré... Ces sentiments en fichent un sacré coup à mon hétérosexualité... J'ai toujours pensé qu'il était naturel de s'unir à une femme, que c'était mon avenir... Me marier, avoir des descendants, avoir des maîtresses et des bâtards... Mais m'unir à un homme... L'idée même est étrange. Sauf si je regarde Harry, juste là contre moi, sa tête posée sur ma poitrine, son visage lisse abandonné au sommeil... Encore un paradoxe... Mais je n'ai pas envie d'y penser. Tout ce que je souhaite, c'est que ce rêve ne cesse jamais, parce qu'ici au moins, j'ai sa chaleur... Là bas il me déteste et me considère comme un ennemi, et jamais il ne consentirait à poser un seul doigt sur moi. Que ce rêve ne cesse jamais... S’il vous plaît… Qu'il continue de m'aimer... oOoOo Un autre matin... J'ai l'impression d'avoir dormi pendant des jours... La chaleur est encore là, Harry me tient dans ses bras, j'aime cela. Pourtant ce matin quelque chose ne va pas... Quelque chose a changé... Il bouge contre moi... Je l'appelle, ma voix est rauque. Mais il ne vient pas me dire bonjour comme il le fait d'habitude, non... Au lieu de cela, il me prive de sa chaleur. Et j'entends une porte claquer. J'ouvre les yeux avec prudence, et au lieu de voir le jour pénétrer à flots par la grande baie vitrée qui se trouve au dessus de notre lit, je ne vois que la pénombre... Il y a autre chose... Une douleur diffuse monte depuis mes mollets jusqu'à mes reins, un peu comme des crampes, un peu comme... avant. Et ce lit... N'est pas le notre... Ce lit est petit et les draps sont blancs... Où suis-je? Et où est Harry? Une petite voix me dit que je sais très bien où je suis, mais je n'ai pas envie de l'écouter, je veux qu'on me rende mon rêve. Il était juste là... Et si je me rendormais, est-ce qu’il reviendrait? A suivre... |