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Par BadAngel666
Harry Potter  -  Romance/Suspence
20 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 4     Les chapitres     18 Reviews     Illustration    
Le goût du néant

Le goût du néant

(POV Harry)

Pourquoi ?

Mais pourquoi ai-je fait cela ?

Je me suis souvent demandé pourquoi j’avais commis tel ou tel acte, mais là je dois dire que je me suis montré particulièrement bête.

Et je ne peux que me taper la tête contre ce mur blanc, encore et encore.

Et je ne peux que me demander pourquoi… Comment aussi…

Comment ai-je pu dérailler à ce point ?

Mes barrières que je croyais si solides se sont effondrées comme ça, d’un seul coup… Juste à la vue de cet homme étendu et abandonné à un profond sommeil.

Moi qui me croyais si fort…

Moi qui ne croyais plus en rien…

Me serais-je trompé quelque part ?

Et ma tête heurte encore et encore le mur de briques.

Tandis que dans mon esprit résonne cette question…

Mais je ne veux pas répondre à cette question.

Je ne peux que me remémorer ce qui m’a conduit à cet acte, à cette impulsion.

Y a-t-il une destinée ? Est-il écrit quelque part que c’est justement ce chemin là que nous devons suivre, sans choix ni alternative secondaire ?

Je n’y croyais pas, et pourtant, ce qui m’a conduit ici, à cette heure avancée de la nuit, à tenter de m’assommer contre un mur, ne devait pas être autre chose que le destin, ou une autre force d’égale puissance… Parce que sans cela jamais je n’aurais commis ce geste…

Ce geste qui m’a perdu…

Ce geste que je m’interdis depuis si longtemps…

Non, jamais sans cette force je n’aurais franchi ce pas, parce qu’à présent que je l’ai fait une fois, il me serait facile de recommencer… Trop facile.

Ce que j’ai fait de si grave ?

Oh…

Mais tout voyons…

Toute ma vie n’a été qu’une succession d’erreurs et de choses graves avec pour cerise au sommet du gâteau, la mort de milliers de gens…

Ma première erreur dans la vie a été sans aucun doute cette idée incongrue que j’ai eue de venir au monde. Ma naissance est à mon sens une énorme bourde, elle a après tout coûté la vie à mes parents, ce n’est pas rien… Tout le monde me dit que Lily et James Potter étaient des gens extraordinaires, je ne peux qu’y croire car je ne les ai pas assez connus pour pouvoir dire qu’en effet, ils étaient vraiment géniaux.

Oui, rien que pour cela déjà, je crois que ma naissance est une erreur.

Ma seconde erreur a été de m’accrocher à la vie. Lorsque mes parents ont été assassinés par Voldemort, j’aurais dû y passer aussi, mais étrangement, j’ai vécu… Et cela aussi a été une erreur. Parce que si j’étais mort ce soir là, beaucoup moins de gens auraient perdu la vie en tentant de me protéger des erreurs que j’ai faites par la suite.

Je pense particulièrement à Cédric, qui fut le premier à mourir devant mes yeux. Je ne peux pas dire que nous étions amis, ou même que nous le serions devenus, mais il était un garçon bien, et simplement parce qu’il était là, il est mort… Simplement parce que son chemin a croisé le mien, son chemin s’est effacé…

Il y a eu Sirius aussi.

Mon parrain, je l’ai si peu connu…

Remus a eu beau me répéter que ce n’était pas ma faute, moi je sais que c’est à cause de moi qu’il s’est retrouvé dans cette salle ce soir là… Et que c’est à cause de mes erreurs qu’il est passé à travers le voile…

J’ai longuement étudié ce voile, mais je n’ai jamais pu trouver comment faire pour ramener Sirius… Peut-être parce que ce n’est pas possible, tout simplement.

Et après Sirius, tant d’autres sont morts devant moi… Dumbledore lui aussi est mort… Assassiné sous mes yeux par Rogue. A l’époque je lui en ai voulu de m’avoir paralysé au lieu de tenter de se défendre.

Mais à présent je comprends son geste.

Il voulait juste que je sache…

Lorsque j’ai vu Malfoy arriver devant nous, j’ai tout de suite su que mes soupçons étaient confirmés, que depuis le début il préparait quelque chose…

Mais il n’a pas levé sa baguette sur Dumbledore…

Non, sa main a tremblé…

Sa voix a douté.

Et il n’a pas tué le vieil homme.

C’est Rogue qui a dû le faire.

Le reste de cette soirée est devenu assez flou dans ma mémoire, car dans mon esprit ne subsistait que cette haine dévorante… J’en voulais à la Terre entière, j’en voulais à Rogue pour ce geste fatal, j’en voulais à Malfoy pour son plan trop bien huilé, j’en voulais à Dumbledore de m’avoir laissé seul devant cette tâche qui m’attendait. C’était trop… Trop dur pour moi tout seul.

Bien sûr il y avait Ron et Hermione avec moi… Heureusement d’ailleurs, car je crois que sans eux jamais je n’aurais eu le courage d’aller jusqu’au bout.

Après l’enterrement de Dumbledore j’ai été obligé de retourner à Privet Drive, et ils sont venus avec moi. Je n’aurais jamais cru pouvoir autant rire à cette époque, pourtant les interactions entre mon meilleur ami et le monde Moldu m’ont donné des crampes au ventre tellement les fous rires étaient nombreux…

Mais c’était un peu comme des éclats de rire désespérés, comme si nous savions que nous n’aurions plus l’occasion de rire avant longtemps…

C’est vrai que nous n’avons pas ri depuis longtemps…

Depuis cet été là, celui de mes dix sept ans.

La suite de l’histoire est assez simple au fond, je crois que j’ai fait ce que l’on attendait de moi, ce que moi-même j’attendais de moi. Je suis parti à la chasse aux Horcruxes.

Cela a été très difficile de savoir ce qu’avait choisi Voldemort… Je pensais qu’il aurait choisi des objets symboliques ayant appartenu aux quatre fondateurs de Poudlard. Je ne m’étais pas trompé là-dessus. Avec Ron, nous avons écumé l’école qui avait fermé ses portes. De toute façon, en ces temps troublés, aucune famille ne voulait se séparer des siens, sous aucun prétexte, il était important pour tous de s’assurer de la présence des êtres aimés, comme si le monde allait imploser.

Mon monde à moi ne tenait pas à grand chose, je n’avais que mes amis.

Hermione quant à elle avait décidé de suivre la piste du fameux « R.A.B. », elle a passé son temps à la bibliothèque de l’école, à recouper des milliers de références. Je dois dire que, encore aujourd’hui, j’admire sa ténacité… Car grâce à elle nous avons pu mettre la main sur deux Horcruxes supplémentaires, ils avaient été collectés par Régulus Black, le défunt frère de Sirius.

Sirius savait-il que son frère s’était retourné contre son maître ?

Je ne crois pas, il n’aurait pas eu l’air si amer s’il l’avait su. J’aurais aimé qu’il soit encore en vie pour pouvoir lui dire que sa famille n’était pas la pomme pourrie qu’il croyait.

Un regret de plus à rajouter à la longue liste que ma conscience à a expier.

Oui, tant de regrets…

J’ai eu le temps d’y penser lorsque nous étions dans l’attente.

Regulus avait caché dans la maison des Black deux Horcruxes qu’il n’avait pas eu le temps de détruire, je l’ai fait à sa place. Il n’en restait plus que deux, la bague, le médaillon et le journal ayant déjà été détruits.

Pour ces deux objets, nous avons reçu une aide extérieure…

Hermione a toujours refusé de me dire quoi que ce soit sur celui qui l’informait des diverses attaques et autres emplacements possibles pour les objets. J’ai dû envisager toutes les possibilités je crois avant de tenter de le découvrir par moi-même, poussé par une étrange curiosité.

Je savais déjà pour avoir écouté aux portes (je sais que ce n'est pas bien mais que voulez-vous? Je suis un grand curieux...) que cette personne était un Mangemort très bien vu par Voldemort qui le destinait à un avenir prometteur... Là encore je me demande ce que "avenir prometteur" signifiait dans la bouche de mon ennemi, je crois que je ne le saurai jamais vraiment. Peut-être une place de choix dans sa garde, ou dans son lit (à supposer que cette immonde larve ait eu une quelconque vie sexuelle, ce dont je doute fortement).

Quoi qu'il en soit, j'ai utilisé toute ma ruse (sans commentaire) pour découvrir qui était ce mystérieux informateur...

Hermione se rendait très souvent sur le chemin de Traverse pour y faire des courses et poster des hiboux codés (allez donc deviner qui envoie un hibou appartenant à la poste sorcière, c'est impossible!), un matin je l'ai suivie discrètement dans sa tournée des magasins.

Mais comble de la bêtise (ou de la chance, c'est au choix) je l'ai perdue dans un rayon d'accessoires pour hommes d'un magasin huppé dont le nom ne me revient plus, moi et les marques, ça fait dix... Puis après avoir tourné pendant une bonne demi heure et, je l'avoue, avoir essayé une ou deux des robes hors de prix que je n'ai même pas songé à acheter, j'ai vu arriver un homme que je ne connaissais que trop bien...

Draco Malfoy était devenu un homme, un vrai... Un très bel homme même...

Sur le coup je me suis dit que Michelange aurait adoré le peindre, que son rayonnement était captivant...

Mais je suis bien vite revenu à la réalité...

Malfoy était un Mangemort, même s'il n'avait pas eu le cran d'abattre Dumbledore. Et mes poings se sont serrés malgré moi... S'il m'avait vu à ce moment là, je n'aurais pas hésité à lui sauter à la gorge.

En même temps que cette rage que je connaissais bien pour l'avoir ressentie si longtemps, j'ai eu une impression étrange, une sorte de flash... Je me suis vu, ou plutôt imaginé, assis près de lui quelque part, peut être dans un parc, ou dans un salon. J'étais assis près de lui et sa main était dans la mienne. Et j'ai aimé cette vision imaginaire...

Et ça m'a fichu la trouille...

Pendant un moment de pure panique je me suis dit que je devenais fou, que si jamais Malfoy devait un jour tenir ma main, ce serait dans le seul but de m'emmener vers son cher maître...

Mon imagination m'a joué un bien vilain tour ce jour-là, et je suis sorti du magasin aussi vite que j'ai pu...

Je n'ai même pas cherché Hermione...

Le pire je crois c'est que je n'ai pas pu m'empêcher de repenser à Draco Malfoy tel que je venais de le revoir... Ses cheveux plus longs que dans mon souvenir, son visage fin et racé, ses insondables yeux gris...

A Poudlard pas mal de filles en avaient après lui, je les entendais souvent soupirer en prononçant son nom, comme si sa simple évocation était un plaisir insoutenable... Personnellement, sa simple évocation me collait la nausée, déjà que je le soupçonnais (et pas à tort) de manigancer un mauvais coup...

De toutes façons il est destiné depuis longtemps à Parkinson d'après les bruits de couloirs, mais ces mêmes bruits le disent volage, alors là je me perds un peu, pas que je m'intéresse le moins du monde à la vie et aux moeurs sexuels des Mangemorts mais bon, vu qu'il était dans mon collimateur...

Enfin bref. Cette brève rencontre à sens unique m'a travaillé. Et contrairement à ce que je pensais, ce qui me mettait le plus en rage était le fait de savoir qu'il était dans le camp opposé au mien... Et que peut-être il me faudrait l'affronter...

L'affronter à la limite n'est pas un problème, par contre dans une guerre, on ne fait pas de concessions, pas ou peu de prisonniers. Donc qui disait affrontement, disait également mort pour l'un de nous deux...

Bizarrement, l'idée même de sa mort me mettait mal à l'aise...

Mais je me suis vite ressaisi et j'ai repris mes recherches sur les différents sorts qui pouvaient de façon certaine donner la mort à Voldemort.

Ces recherches étaient longues et fastidieuses, nous avions récupéré tous les Horcruxes et Noël approchait à grands pas... Ron me semblait très anxieux et peu volontaire pour m'aider, il passait des heures à contempler une page avec un regard vide.

J'ai bien tenté de le dérider mais je n'y suis jamais arrivé, à croire que ce qui le travaillait était costaud...

Les fêtes cette année là ont été placées sous le signe du deuil...

Bien des morts encore, Denis Crivey entre autres... Je crois que pour Colin rien de pire ne pouvait arriver.

Cette histoire quand j'y repense me fait encore frissonner d'horreur...

J'ai toujours bien aimé Colin, il est gentil, serviable, très gai... Le Gryffondor typique en somme... Mais à la veille de Noël, alors qu'il réveillonnait avec son père et son jeune frère, ils ont été attaqués. Des Mangemorts ont assassiné son père et son frère sous ses yeux avant de le battre à mort. Lorsque la sonnette de la porte d'entrée a fait hurler le portrait de Mrs Black ce soir là, j'ai su tout de suite que ce qui attendait derrière la lourde porte n'était pas bon...

Et j'avais raison...

Pour deux choses.

La première étant le jeune garçon que je connaissais, couvert de sang blotti dans les bras d'un homme au visage dissimulé sous une grande capuche noire.

La seconde étant l'homme caché sous la cape...

Cet homme n'était autre que Severus Rogue, l'assassin, le traître...

Il a déposé Colin dans le petit salon de l'étage sous le regard ébahi de tout le monde: MacGonagall, Ron, Hermione, Neville,...

Une seule personne n'a pas eu l'air surpris: Remus.

Je crois que pendant des mois j'avais imaginé tous les scénarii possibles, je me schématisais nos conversations, me donnais un rôle de bourreau dans mon imagination. Je me voyais avec une réaction sanguinaire, méchante, je me voyais le faire parler, le frapper, le torturer...

Mais non.

Je n'ai rien fait.

J'étais tétanisé devant cet étrange spectacle: Colin pleurant toutes les larmes de son corps dans les bras de cet détestable individu... Et Rogue lui caressait doucement les cheveux.

Si on m'avait dit qu'un jour je verrais Rogue avoir un geste de tendresse envers autre chose qu'un chaudron, je crois que j'aurais bien ri.

Et je crois que la plupart des gens présent étaient dans mon cas.

Personne n'a bougé jusqu'à ce que Remus s'avance vers le canapé et dise:

"- Severus, il faut soigner le petit, viens avec moi, tu me diras ce qui lui est arrivé en même temps."

Rogue a hoché la tête puis s'est détaché de Colin lentement, comme pour ne pas lui donner de sensation de rejet. Il l'a forcé à s'allonger contre les coussins et s'est levé. Avant de partir il s'est tourné vers moi et m'a simplement dit:

"- Prenez soin de lui s'il vous plaît."

Un instant halluciné (il m'avait quand même demandé poliment quelque chose...), je n'ai pas songé à lui désobéir et je me suis assis près de Colin, toujours sous le regard incrédule des autres.

Ce fut je pense la soirée la plus étrange que nous ayons passée au Square Grimaud. Remus et Rogue sont revenus un moment après, le vieil ami de mon père était très pâle, j'ai cru un instant qu'il allait s'évanouir lorsqu'il a vu les blessures sanguinolentes que cachaient les vêtements de Colin. Le pourquoi, je ne l'ai su que quelques jours après, mais sur le coup, je me suis inquiété pour Remus.

Comme Colin refusait d'être soigné sous le regard inquisiteur de tant de gens, nous avons dû sortir et la soirée de Noël s'est poursuivie dans un silence de mort. Déjà que ce n'était pas vraiment gai avant, l'arrivée inopinée du traître et de ma groupie favorite avait définitivement plombé l'ambiance.

Et en contemplant le pauvre sapin de Noël que nous avions réussi à décorer malgré le peu de choses que nous avions, je me suis demandé ce que pouvait bien faire Malfoy au même moment.

C'est idiot je le sais mais cette scène imaginée me revenait si souvent à l'esprit.

Pourquoi j'y pensais, je n'en sais foutre rien, mais ce soir-là, je me suis rendu compte que ce n'était pas la première fois que je me demandais ce que faisait Malfoy, où il était, à quoi il pensait... A qui il faisait l'amour.

Et ce soir là, simplement en regardant scintiller les décorations argentées de l'arbre, je me suis avoué que je ne haïssais pas Malfoy.

Mais je ne suis pas allé plus loin... Non, cela n'est arrivé que plus tard.

Oui, plus tard, et je me souviens exactement quand...

Cette période est un peu floue dans mon esprit, il y a tant de choses que je tournais et retournais dans ma tête, que je tentais de résoudre seul alors que j'aurais facilement pu demander à l'un de mes amis...

Les deux semaines qui ont suivi les fêtes de Noël ont été éprouvantes pour moi, de même que pour beaucoup d'autres, les attaques de Mangemorts de cessant pas... Etrangement, les Aurors arrivaient toujours à éviter des dizaines de morts et abattaient les Mangemorts par dizaines. J'ai vite compris que le mystérieux informateur de Hermione ne se tournait pas les pouces...

En ce qui concerne Rogue, je ne l'ai pas vraiment revu après qu'il ait amené Colin, mais Remus m'a pris à part pour me dire ce qu'il en était de sa véritable situation. J'ai eu du mal à l'accepter, et j'ai toujours envers lui un sentiment de haine que je ne peux occulter, mais j'ai néanmoins accepté les explications de mon ami, de même que ce que cela impliquait...

Rogue n'avait jamais cessé d'oeuvrer pour l'Ordre, et si il avait mis fin aux jours de Dumbledore, c'était parce que le vieil homme le lui avait ordonné...

J'ai bien entendu demandé une preuve, et cette dernière est arrivée quelques heures plus tard sous la forme d'un souvenir enfermé dans une bouteille, comme celui que j'avais du soutirer au Professeur Slughorn l'année passée. Le souvenir contenait plusieurs scènes de conversations entre Rogue et Dumbledore, où le Directeur annonçait qu'il était condamné par un poison que contenait la bague qu'il avait détruite peu avant.

Cela m'a aidé à comprendre le geste de Rogue... Après tout il était l'un des hommes en qui Dumbledore avait le plus confiance...

Ceci dit je continue de le détester, peut être par habitude, peut être pas, c'est juste un truc rassurant, une constante dans ma vie, déjà que j'ai perdu cette haine contre Malfoy...

Oui, perdue... Au bénéfice d'autre chose, une chose bien pire à mon sens.

Mais j'y viens...

Hermione me cachait toujours qui était son mystérieux informateur, Ron était très déprimé et Molly se désespérait de le voir ainsi. Alors une nuit je l'ai réveillé et je lui ai tiré les vers du nez. Autant vous dire qu'il n'a pas apprécié la manoeuvre mais bon, c'est pas comme si j'étais une commère, hein. Je suis son meilleur ami, et je me suis contenté de lui rappeler ce fait.

Il a eu un instant de réflexion puis a enfin parlé.

"-Je suis inquiet pour Hermione." a-t-il dit, et bien entendu je lui ai demandé pourquoi, ce qui a suivi m'a choqué... "Je l'aime alors j'ai peur qu'elle ne soit en danger. Je l'ai un peu suivie pour la protéger et je l'ai vue avec son informateur. Ils sont très discrets mais j'ai quand même pu voir qui c'était... Harry... C'est Malfoy!"

Je crois que Ron a dit beaucoup d'autres choses ce soir là, mais mon cerveau a cessé d'imprimer à partir du moment où il m'a dit que la personne qui nous aidait depuis des mois état Draco Malfoy, Mangemort apprenti et Enflure de son Etat.

Je n'en ai carrément pas dormi... Il faut dire que cette nouvelle bouleversait mon petit monde bien plat, mes certitudes sur les bons et les méchants. Vous allez me dire que Rogue aussi était un espion, mais lui, il avait toujours été en demi teinte dans mon drôle de monde, une sorte de gris, ni tout noir, ni tout blanc...

Et voilà que Malfoy à son tour se permettait de se montrer moins sombre que je ne le croyais...

Pour tout vous dire, ça m'a foutu la trouille.

Parce que j'en ai été soulagé.

Je n'aurais pas à le combattre.

Pendant un bon mois j'ai eu peine à digérer cette idée, je savais bien que Ron ne pouvait pas mentir, mais je me disais que quelque chose devait clocher. Entre temps bien évidement j'ai eu d'autres occupations, comme celle très difficile de m'occuper de Colin. Le pauvre était effrayé par tout le monde, sauf peut être Remus, moi ou encore Rogue, pour lequel il semblait avoir une affection particulière, ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien du tout. Toujours est-il que je ne supportais que difficilement la vue de ses stigmates, les preuves bien visibles de mon incapacité à sauver les gens.

Chaque jour ma culpabilité s'alourdissait au gré des attaques et des morts, Hermione revenait toujours avec les plans de nouvelles attaques, qui se faisaient de plus en plus ciblées, et à sa grande satisfaction, elles se rapprochaient de l'Ecosse, et donc de Poudlard, ce qui d'après elle était très bon signe: Voldemort voulait prendre le château.

Et moi je savais déjà que ce serait à Poudlard que tout se jouerait, ce n'était plus qu'une question de semaines.

Je ne sais pas trop comment j'ai fait pour gérer toutes ces émotions mélangées et diffuses, mais j'y suis arrivé, je me suis concentré sur mon entraînement et j'ai très rapidement progressé, surtout en Magie sans baguette et en sorts d'attaque. Les seuls sorts que je n'ai pas appris avec mes professeurs ont été ceux de magie noire, ils ont catégoriquement refusé de me les enseigner. Je me suis débrouillé autrement, ça a certainement été plus difficile mais j'ai maîtrisé tous ceux que j'ai voulus.

Le temps a passé très rapidement entre Noël et le mois de mars, le cinq mars, pour être plus précis...

Ce jour, jamais je ne l'oublierai.

J'avais décidé de suivre Hermione pour me rendre compte par moi même de la véracité des dires de Ron. Cette fois je me fichais que l'on me voit, ce qui m'importait était de voir de mes yeux Malfoy donner des informations à mon amie.

Mais rien ne s'est passé ainsi. Je l'ai vu arriver de loin, il avait le corps et le visage dissimulés sous une cape noire, sur le coup je me suis même demandé s'il ne l'avait pas piquée à Rogue, celle là. Et au lieu de continuer son chemin vers son lieu de rendez-vous s'est arrêté à quelques pas de moi. Il est resté planté là près de dix minutes, je pouvais le voir grâce au reflet de la vitrine de l'ancien glacier de Florian Fortarôme. Il est resté là, à me regarder...

Si je ne m'étais pas retenu, je me serais retourné et je serais allé lui tendre la main, comme j'avais si souvent envie de le faire depuis quelques temps. Pourquoi? Parce que j'avais envie pour une fois d'essayer de voir ce qu'il pouvait avoir de bon en lui, car si Hermione lui faisait confiance, c'était pour une bonne raison.

Et après un long moment il a tourné les talons, et je l'ai suivi de loin.

Seulement quelqu'un d'autre le suivait. Je n'ai rien pu faire pour empêcher l'autre homme de le stupéfixer et de disparaître avec lui.

Draco Malfoy ce jour là a été capturé sous mes yeux et je n'ai pas pu faire un seul geste.

Je suis resté à contempler l'endroit où il s'était tenu juste avant qu'on ne le prenne des heures durant, enfin c'est ce que m'a dit Neville, car c'est lui qui m'a ramené au QG après m'avoir trouvé là bas.

J'étais quasiment en état de choc d'après lui.

Moi je ne me souviens plus des heures qui ont suivi ce moment, juste de cette étrange envie de hurler de rage et de frustration.

Pourquoi hurler alors que c'était pour Malfoy?

Je ne sais pas trop, sur le coup j’ai eu cette sensation étrange, violente, comme si on m’enfonçait violemment un couteau dans la poitrine.

Ce que cela signifie…

A vrai dire je ne veux pas vraiment le savoir, j’ai été curieux un instant, mais je ne le suis plus… Plus ce soir, non…

Bon, j'avoue, je n'aime pas vraiment me souvenir de tout cela, ni m'auto analyser, mais je tente de m'expliquer ce que je viens de faire, j'essaies de me trouver une faille, n'importe quoi qui me permettrait de penser que je suis fou, ou malade, ou bien les deux à la fois.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Ce que j’ai fait… Lorsque je l’ai vu, j’ai été si captivé par cette apparente fragilité mais en même temps ça m’a fait mal de le voir ainsi, je crois même que sur le coup j’aurais tout donné pour le voir ouvrir les yeux et me lancer l’un de ses habituels regards méprisants, enfin… Quelque chose qui me dirait « Eh ouais Potty, rien n’a changé, je te hais, tu me hais, battons nous. ».

J’ai beau chercher, je ne trouve pas pourquoi j’ai été aussi attiré.

Mais je n’airais pas du céder ainsi, je n’en avais pas le droit, jamais je ne l’aurai.

Pas après ce que mon immobilisme a pu faire comme mal...

Pas après ce que ma lâcheté fait encore…

Car après la capture de Malfoy nous avons été privés d'une importante source d'informations, l'une des principales même. Ce qui nous a plongés de une sorte de chaos et a découlé sur pas mal de pertes de notre côté, j'ai moi-même été blessé assez gravement, j'en garde même aujourd'hui des séquelles assez importantes: un Mangemort m'a poignardé au cou, j'ai cru mourir mais par chance il n'a pas touché d'artères... Par contre la lame avait en partie sectionné un nerf au niveau de mes vertèbres, ce qui m'a laissé paralysé jusqu'à ce que les Médicomages trouvent une façon de ressouder tout ça. Ils ont réussi mais depuis je dois prendre une potion qui contient un immunodépresseur afin que ce qu'ils ont greffé sur ma moelle ne soit pas rejeté par mon corps, génial!

Je suis également sous calmants, car d’après le Médicomage je suis bien trop nerveux et cela influe beaucoup sur l’effet des immunodépresseurs. Merlin, si j’avais su ce que j’allais traverser, j’aurais étudié un peu plus en cours de biologie quand j’étais gosse, et aussi un peu plus les potions à Poudlard.

Je m'y suis fait rapidement, même si ces potions me rendent malade comme un chien, je survis, par contre lorsque je suis sorti de l'hôpital Ron m'a annoncé l'enlèvement de sa soeur.

Ginny avait été prise.

Et je n'avais pas été là pour la protéger alors que mon but en la quittant était justement de la préserver.

Vous allez bien entendu me dire que ce n'était pas de ma faute, que je n'aurais rien pu faire, mais voyez vous, cela n'allègera pas cette douleur que je ressens toujours.

Et j'ai beau tenter de me raisonner, je reste persuadé de n'avoir pas le droit au bonheur.

Car dès que je suis heureux, ce sont les autres qui souffrent.

Des dizaines d'autres raisons encore m'ont traversé la tête, et c'est aussi pour cela que je reste là, à cogner mon front contre cette pierre dure et froide en me traitant de tous les noms.

Ce soir, j'ai fait le pas de trop.

Ce soir j'ai fait le geste de trop.

Il était là, devant moi, si vulnérable, si pâle... Encore plus que d'habitude.

Puis il y a eu ces images dans ma tête, mes souvenirs de lui lorsque nous étions à l'école, encore libres de nos choix, de nos sujets de disputes, lorsque nous ne nous disputions que pour des broutilles... Et surtout avant que cette guerre ne nous sépare.

Si auparavant j'avais pu me convaincre que ce sentiment n'était qu'un leurre dû à la fatigue, à la frustration, à l'attente... Je n'ai pas pu nier sa vérité alors que je me tenais près de lui.

Et j'ai eu envie de le faire...

Et...

"- Potter."

Cette voix connue me fait cesser mon geste un instant.

Je me retourne pour me retrouver face à un homme qui, s'il ne m'est pas sympathique, a eu le mérite de m'apporter son aide au moment où les choses étaient critiques.

Bien qu'en cet instant ses longs cheveux blonds et ses yeux de glace soient une source de trouble pour moi, je revêts mon masque le plus neutre pour lui répondre.

"-Malfoy. Que me vaut le déplaisir?"

Lucius Malfoy...

Mangemort avide de pouvoir s'il en fut. A mon grand étonnement cet homme a rejoint l'Ordre du Phoenix peu de temps après la disparition de Ginny. Comme beaucoup il s'était échappé de prison mais restait caché en attendant la bataille qui marquerait l'issue de la guerre. Mais Lucius a décidé par un beau jour de printemps de retourner sa veste. Je pensais que c'était par opportunisme ou une raison bien mégalomane qu'il avait fait cela, Remus m'a détrompé en m'avouant que l'homme avait appris la capture de son fils et que s'il nous aidait c'était pour le retrouver.

Ca n'a été qu'après cela que j'ai pu lui faire confiance, il était devenu dans mon esprit autre chose qu'un connard plein de fric, il était un père qui voulait sauver son fils, et dans sa quête il allait m'aider.

Lucius a un petit rire sardonique.

"-Toujours aussi aimable, à ce que je constate, la victoire ne vous a pas rendu le sourire." dit-il d'un ton onctueux.

"-Je vous emmerde, Malfoy." je rétorque.

Il me gonfle avec ses réflexions à deux noises sur mon amabilité. Je ne lui ai jamais fait de fleurs et je ne vois pas pourquoi je commencerais maintenant. Je ne lui dois même pas ma politesse, après tout je l'ai aidé plus qu'il ne l'a fait pour moi...

C'est moi qui ai retrouvé son fiston.

Et d'ailleurs, rien que d'y penser, j'en ai des sueurs froides.

Mieux vaut que je n'y pense pas, dans ce cas.

"- Toujours aussi poli, aussi, charmant. Mais voyez-vous, Potter, c'est moi qui devrais vous demander ce que vous faites près de la chambre de mon fils à cette heure indue."

Je regarde la pendule qui se trouve derrière Lucius, il est quatre heures du matin...

Je suis resté plus longtemps que je ne le pensais dans cette chambre, à le regarder dormir.

Trop longtemps, visiblement.

"- Vous êtes allé rendre visite à Draco?" demanda-t-il alors que je ne dis rien.

"- Non, je suis déjà allé le chercher au fond de son trou puant, ça m'a suffi." je réponds sèchement avant de tourner les talons.

Je dois partir, quitter cet hôpital très vite.

Fuir mes actes.

Le fuir.

Tout est sa faute...

Tout est ma faute...

Alors que je franchis les portes menant au monde Moldu, des larmes de rage me piquent les yeux.

Je tremble.

Et j'ai mal...

Je suis un instant tenté de boire la petite fiole que j'ai dans ma poche, mon médicament de secours: un calment très puissant selon le Médicomage, capable de calmer mes nerfs mieux que tout.

Mais moi je sais que je peux faire autrement.

Je n'aime pas ce truc qui me fait marcher comme un zombie pendant des jours.

Alors il n'y a qu'une seule personne capable de m'aider, même à cette heure-ci...

Il est très bizarre comme garçon, je l'ai connu lorsque je cherchais des sortilèges de magie noire à étudier, il m'a même aidé à en apprendre certains. Il m'a aussi appris d'autres choses lorsque j'ai été blessé et que l'on m'a dit que plus jamais je ne pourrais me passer de neurotoxines...

"De l'influence de l'esprit sur le corps et des bienfaits de la douleur physique sur les blessures de l'âme."

C'est ainsi qu'il nomme sa thérapie alternative...

Et c'est la seule chose qui me permette encore de présenter au monde l'image du sauveur souriant et indestructible...

C'est mon seul remède, celui qui me permet de ne pas montrer au dehors la ruine que je suis à l'intérieur...

Et ce soir, j'en ai plus besoin que jamais.

Parce que ce soir, j'ai franchi définitivement la limite...

Je transplane rapidement jusque là où je sais pouvoir le trouver à cette heure ci. Je tambourine à la porte, mon coeur bat vite, trop vite, mes mains tremblent.

Au bout de quelques minutes le battant s'ouvre, me révélant une mince silhouette à moitié dévêtue...

"-Encore?" demande-t-il d'une voix ensommeillée.

Je me contente de hocher la tête.

Il s'efface pour me laisser entrer, il va m'aider, encore...

Mais ce n'est pas comme si je n'avais jamais rien fait pour lui. Il le sait aussi, c'est pour cela que jamais son regard vert clair ne porte de jugement.

J'entre et il referme derrière nous en soupirant, mais il ne dira rien.

Il ne dit plus rien depuis longtemps, il va faire comme d'habitude: détourner le regard pendant que j'ôterai ma chemise, puis il se rendra.

Il sait de toute façon que si ce n'est pas lui, ce sera un autre, des autres...

Et ce soir je m'en fiche, j'ai besoin de cela...

Parce que ce soir, j'ai cédé...

Parce que lorsque j'ai vu Malfoy, je n'ai pas résisté...

Parce que je l'ai embrassé.

A suivre…
 
 
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