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au 14 Mar 10 :
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pour 1895 fics écrites
contenant 5445 chapitres
qui ont générés 10671 reviews
 
     

     
 
Un pas de plus : la chute
Par Myschka
Originales  -  Angoisse/Surnaturel
3 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 2     Les chapitres     2 Reviews    
La Porte de l'Enfer

Claimer : les personnages (sauf exceptions) et le scénario m'appartiennent. Pour cet OS, Stefan appartient à MJ-sensei, Kaz à Eric et Ianculescu aux éditions White Wolf.

Rating : M, pour profusion d'hémoglobine.

Note : Bonjour à tous. Ça fait une éternité que je n'ai pas mis les pieds ici, mais il se trouve que j'ai encore quelques textes en réserve (et ce depuis pas mal de temps). A la base il s'agissait d'un défi pour les « Jeux de mots », mais j'en ai oublié les termes depuis longtemps. Or donc, cette fois-ci, du Reka-centric, et la pauvre passe un samedi soir assez déplaisant. Bonne lecture.


La Porte de l'Enfer


La silhouette sombre glissa silencieusement le long du mur de pierres suintant d’humidité.

La lune gibbeuse était dissimulée par de lourds nuages bas qui jetaient des ombres fantomatiques sur les pavés glissants de pluie, exacerbant encore un peu plus l’impression sinistre qu’inspirait le lieu. On se serait presque attendu à entendre bruire dans l’obscurité les ailes de quelque volatile nocturne, et l’intruse n’aurait sans doute pas été surprise si une chauve-souris était soudainement venue s’emmêler dans ses cheveux.

Le mur qui ceignait la propriété était haut et hérissé en son sommet de fil de fer barbelé – une précaution inutile pour la jeune femme qui aurait pu passer l’obstacle d’un bond. Cependant, elle n’en eut pas besoin : la grille qui protégeait l’entrée était entrouverte. Quelqu’un avait désactivé le système de sécurité électronique et l’énorme chaîne ajoutée comme protection supplémentaire avait été brisée, aussi facilement, semblait-il, que s’il s’était agi d’une gourmette de bébé.

La jeune femme fronça les sourcils. Négligence, ce qui serait surprenant venant de la part de l’occupant de la maison, quel qu’il soit, ou un piège – ce qui était bien plus probable. Peut-être un test. Le tout était de comprendre pourquoi – et comprendre surtout, qui, précisément, résidait dans les lieux à l’heure actuelle. Elle n’était plus vraiment sûre de le savoir, et redoubla immédiatement de méfiance, dégainant discrètement, sa lame dans la main gauche et son pistolet mitrailleur dans la main droite. Juste au cas où.

(…)

Elle entendit les chiens bien avant qu’ils arrivent à son contact – les molosses de Ianculescu avaient été dressés pour alerter le maître de maison en cas d’intrusion sur la propriété, pas pour l’embuscade. Elle ne se posa pas de questions et décapita le premier chien, avant de se retourner derechef vers le second qui aboya bruyamment dans sa direction. Autant pour une arrivée tout en finesse, songea-t-elle en grognant à cause du sang de l’animal qui poissait son visage et ses vêtements. Si c’était un piège, elle avait sauté dedans à pieds joints et sa présence était désormais inévitablement détectée.

Si c’était un test, elle venait manifestement de se planter.

Elle aurait pu abandonner toute velléité de discrétion et tirer sans hésiter sur la bête – mais le maître du domaine d’Enghien habitait trop près d’ici et entendrait immanquablement le bruit de son arme à feu. Il savait qu’elle était l’une des rares parmi les membres de la Famille sur Paris à posséder un pistolet de ce type et elle ne voulait pas prendre le risque qu’il la reconnaisse ; pas plus qu’elle ne souhaitait que celui qui l’attendait à l’intérieur soit renseigné sur son équipement, pas tant qu’elle ne saurait pas à qui elle était confrontée.

Alors elle relâcha son flingue et préféra attendre que la bête se jette sur elle, sa triple mâchoire claquant dangereusement dans l’air immobile. L’animal la percuta lourdement en pleine poitrine et elle se laissa tomber en arrière, utilisant l’énergie cinétique de leur chute pour basculer d’une main le chien par dessus sa tête, sans lui laisser le temps de la blesser. De l’autre, elle utilisa sa lame pour éventrer le monstre dans le même mouvement, et l’odeur des viscères gorgés de sang et d’excréments qui se répandaient sur elle lui envahit brutalement les narines. Elle réprima férocement le violent haut-le-cœur qui lui tordait l'estomac et repoussa de toutes ses forces le cadavre avant de ramasser son pistolet et de se relever, couverte des entrailles fumantes de l’animal.

Elle était bonne pour une lessive en rentrant chez elle ce matin – et il faudrait se débarrasser des corps ; le feu serait trop visible, il faudrait charger les carcasses dans le coffre de sa voiture et les dissoudre plus tard à l’acide. Les jeter dans le lac d’Enghien en espérant que personne ne tomberait dessus était inenvisageable : trop de touristes, de clubs de voile, et pas assez de profondeur, même si l’on pouvait compter sur les carpes et les brochets pour dévorer les cadavres en quelques jours – ces bestioles bouffaient vraiment n’importe quoi. Et surtout, le lac était bien trop surveillé par le maître du domaine. Et elle n'avait définitivement pas envie d'avoir des ennuis avec Kaz. Mais pour l’heure, il y avait encore un problème à régler avant de pénétrer dans le manoir.

La jeune femme savait qu’il y avait toujours eu quatre chiens, elle était venue suffisamment souvent pour ne pas se tromper : il en manquait deux, mais elle ne percevait aucun bruit en provenance du chenil. Elle s’approcha assez près pour constater que le treillis des cages avait été littéralement déraciné du sol, de manière à ce que les chiens aient pu se glisser par en dessous et s’échapper. Il y avait encore les dépouilles des deux autres à l’intérieur, déjà raidies par le froid et la rigor mortis, mais pas assez décomposées pour commencer à sentir : les bêtes ne devaient pas être mortes depuis très longtemps, ou bien la température extérieure les avaient conservées. A première vue, il n’y avait aucune blessure apparente. Du poison ? Une hémorragie interne due à un choc ? Il n’y avait aucun moyen de le savoir à moins de faire une analyse plus approfondie, mais elle n’avait pas le temps de s’en occuper maintenant.

Néanmoins, cette découverte accentua un peu plus sa perplexité. Qui avait tué les chiens ? Et pourquoi avait-on décidé d’en laisser deux en vie, qui plus est en leur laissant la possibilité de sortir du chenil ? La jeune femme fit rapidement demi-tour en direction des bêtes qu’elle venait d’abattre et ouvrit l’estomac de celui qu’elle avait éventré : il était vide. On ne les avait pas nourris depuis un moment, au moins vingt-quatre heures, peut-être même quarante-huit pour le peu qu’elle en savait en matière de système digestif canin – alors des chiens modifiés par « l’art » de Ianculescu...Son hôte s’attendait-il à ce qu’ils essaient de la dévorer ? L’idée lui sembla particulièrement ridicule, mais elle ne voyait pas vraiment d’autre explication.

Ça ressemblait de plus en plus à un test. Elle renifla dédaigneusement pour tenter de masquer sa colère montante – Stefan et ses idées à la con…

(…)

La porte en métal blindé qui donnait sur la cave n’était pas fermée non plus – et le système de sécurité avait là aussi été désactivé. Précaution inutile puisqu’en réalité, la porte avait été enfoncée, et proprement arrachée de ses gonds plutôt que véritablement ouverte. Elle soupira : c’était définitivement signé Stefan. Ou alors il avait des disciples qu’elle ne connaissait pas, ce qui n’était pas une hypothèse des plus rassurantes. Elle se glissa dans l’ouverture laissée entre le montant et l’embrasure et pénétra dans la première des pièces qui constituaient l’immense cave du manoir, sans chercher à cacher sa présence – c’était totalement inutile, vu le carnage qu’elle avait commis dans le jardin.

(…)

Une fois passée la première pièce, et contrairement à ce que pouvaient laisser penser la température extérieure et l’épaisseur des murs de pierre, il régnait une chaleur étouffante dans le sous-sol, et la jeune femme sentit quelques gouttes de sueur mêlée de sang perler sur son front déjà souillé. Peu importait – elle était dégueulasse de toute façon, alors un peu plus ou un peu moins, ça ne faisait pas vraiment de différence.

Comme elle s’en doutait, Stefan l’attendait. L’homme était assis dans un fauteuil richement tendu de velours pourpre, caractéristique du goût ostentatoire du précédent maître de maison – Ianculescu appréciait un certain confort, ainsi qu’une certaine image de décadence qui était partie intégrante du personnage de vampire transylvanien que le conte roumain affectait particulièrement interpréter auprès de la communauté parisienne. Et Stefan se substituait remarquablement bien à son compatriote ; rien d’étonnant, après tout ils venaient tous deux du même coin des Carpates et traînaient derrière eux la même réputation sulfureuse. Stefan en remontrait même largement à Ianculescu, qui n’était qu’un apprenti en comparaison.

« Reka, mon enfant », sourit Stefan, en se resservant un verre du contenu de la bouteille qui était posée sur un petit guéridon richement marqueté à côté de lui. « Tu es en retard. Un peu de vin ? » ajouta-t-il en un geste de provocation parfaitement mesquine – il n’était pas sans ignorer que la jeune femme ne faisait pas partie de ceux qui pouvaient encore supporter d’ingurgiter de la nourriture humaine, et cherchait sciemment à l’énerver plus qu’elle ne l’était déjà.

Reka soupira et répondit sèchement à son mentor :

« J’aurais été à l’heure si tu n’avais pas volontairement bâclé l’élimination des molosses de Ianculescu. Pourquoi n’en avoir laissé que deux en vie si tu tenais absolument à tester mes capacités avant même que je parvienne jusqu’à toi ? »

L’homme sourit de nouveau et rétorqua calmement :

« Pour plusieurs raisons. En réalité, je comptais à l’origine empoisonner les quatre chiens, mais j’ai mésestimé leur appétit. Et les survivants ont obstinément refusé de dévorer leurs congénères, alors je me suis dit que ce serait l’occasion de voir comment tu te débrouillerais avec eux. D’ailleurs, je suis surpris : je croyais avoir remarqué que les animaux ne t’étaient en général pas hostiles, contrairement à la plupart d’entre nous. Pourquoi ceux-ci t’ont-ils attaqués ? »

« Apparemment, tu as aussi sous-estimé les qualités de dressage de Ianculescu », répliqua Reka avec humeur.

« Ainsi que tes aptitudes à t’introduire discrètement dans une propriété gardée, manifestement », fit tranquillement remarquer Stefan avec une grimace condescendante.

La jeune femme grinça des dents, vexée, et balaya l’air de la main d’un geste agacé.

« Que veux-tu ? Si tu m’as faite venir cette nuit, si peu de temps après le bordel que tu as provoqué à Halloween, ce n’est certainement pas pour prendre le thé, alors abrégeons les amabilités, si ça ne te dérange pas ».

L’homme leva les yeux au ciel en une moue exagérément excédée, et se leva souplement de son siège.

« Si c’est ce que tu souhaites…Suis-moi : j’ai deux cadeaux pour toi, ce soir. Et considérant ton impatience et tes piètres performances à ton arrivée, je regretterais presque de te les offrir maintenant – tu ne les mérites pas. »

Reka s’abstint de répondre à la critique et emboîta silencieusement le pas à son mentor.

(…)

La porte que Stefan poussa s’ouvrait sur une vaste pièce circulaire, manifestement réfrigérée, ou du moins qui n’était pas équipée de chauffage – la température était sensiblement identique à celle qui régnait dehors. Et c’était véritablement une bonne chose, songea Reka, au vu des quantités de sang, frais ou déjà partiellement séché, qui inondaient le sol dallé de carrelage. Elle se félicita de s’être nourrie avant de venir, car si l’odeur aurait sans doute été insupportable pour un mortel, elle aurait tout aussi sûrement déclenché une faim terrible chez n’importe quel vampire qui n’aurait pas pris ses précautions. Le froid annihilait un peu ses sensations, et elle se retint de se lécher instinctivement les lèvres, préférant se concentrer sur le spectacle à la fois répugnant et fascinant qui s’étalait devant elle.

« Tu ne les as pas tués », énonça-t-elle d’une voix neutre, sans pouvoir détacher son regard des corps torturés qui se tordaient en une masse géante de chair savamment déformée.

Elle se rappelait cette exposition qu’elle avait vue à Tokyo avec sa mère, quelques années auparavant : la chair des cadavres soigneusement écorchée, les muscles et les organes mis à nu par la plastination des corps l’avaient profondément marquée à l’époque et le travail de Gunther von Hagen avait laissé des traces tenaces dans son esprit.

Ianculescu était allé tellement plus loin que si elle n’avait pas déjà pu observer son « travail » de modification sur les animaux, elle n’aurait jamais imaginé qu’une telle chose puisse être possible. Elle avait du mal à y croire, alors même qu’elle en avait la preuve exposée sous les yeux.

Les statues de chair n’avaient plus rien d’humain, probablement depuis des mois. Mais elles étaient toujours vivantes, le Diable seul savait comment. Reka ne put s'empêcher de songer fugitivement à une version – plus cauchemardesque encore que l'originale – de la Porte de l'Enfer de Rodin, et cette pensée parasite lui fit maudire Hitomi de l'avoir traînée depuis sa plus tendre enfance dans tous les musées de la planète.

« J’ai pensé que ce serait une bonne matière première pour travailler ton don », expliqua Stefan avec une expression clairement moqueuse. « Soigner des SDF ramassés dans la rue c’est très gentil, mais tu gâches ton talent à te limiter de cette manière. On peut dire ce qu’on veut sur ce brave Ianculescu, mais il faut reconnaître qu’il maîtrisait son sujet. »

Il avait raison, se dit Reka en réprimant un frisson. C’était un travail sur la chair et les os absolument remarquable, et qui dénotait de grandes connaissances en anatomie et en techniques de torture.

C’était absolument insoutenable.

« Ils bougent encore… » murmura-t-elle, sans savoir si elle devait se sentir horrifiée ou admirative – probablement quelque chose entre les deux. « Je ne peux pas faire ça, Stefan », ajouta-t-elle en se tournant vers l’homme. « Il faut les achever et se débarrasser des corps. »

« Non. »

Le mot avait claqué comme une gifle dans l’air glacial, et la jeune femme recula légèrement devant l’expression menaçante de son mentor. Elle raffermit inconsciemment sa prise sur la poignée de son sabre alors que Stefan se rapprochait d’elle, l’air mécontent.

« Tu me déçois, Reka. Tu arrives en retard, tu rates ton entrée…et maintenant tu refuses mon cadeau. N’oublie pas qui je suis – n’oublie pas que tu n’es rien, et que je peux beaucoup pour toi…ou contre toi si tu décides encore de me désobéir. Tu travailleras sur ces corps. Je superviserai tes avancées ; mais pas ce soir. Maintenant, viens : il est l’heure de recevoir ton deuxième cadeau – et tu as intérêt à l’apprécier à sa juste valeur. »

(…)

La pièce suivante tenait plus de la salle de torture inquisitoriale que de la crypte, pourtant Reka ne put manquer de remarquer le caveau descellé lorsqu’elle entra à la suite de Stefan. Elle ne put manquer également la croix de Saint-André et le corps qui y était attaché.

« Non… » souffla-t-elle, stupéfaite – pourquoi avait-il laissé Ianculescu en vie ?

« Ton cadeau te plaît ? » demanda Stefan sur un ton plaisant, visiblement content de lui.

« Qu’est-ce que tu veux que je fasse de lui ? » grogna la jeune femme.

« A toi de voir », répondit l’homme. « J’ai toujours pensé que tu avais un énorme potentiel – rien d’étonnant, après tout, tu fais partie de ma lignée. J’ai également toujours pensé que c’était un immense gâchis que tu sois tellement limitée par la faiblesse de ton sang. Ton Sire était un idiot, il aurait dû te donner à quelqu’un de plus puissant. »

« Tu veux que je le boive ? »

« C’est plus ou moins l’idée », admit Stefan en haussant les épaules. « Mais ça, petite, il va falloir le mériter… »

Alors que son mentor détachait d’un geste vif les liens qui retenaient un Ianculescu manifestement affamé et très en colère, puis disparaissait dans une gerbe d’électricité, Reka serra brièvement les paupières et se prépara à l’assaut en se faisant la réflexion que c’était probablement le samedi soir le plus calamiteux qu’elle ait vécu depuis très longtemps.

Stefan et ses idées à la con…


 
 
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