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au 14 Mar 10 :
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pour 1895 fics écrites
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Un pas de plus : la chute
Par Myschka
Originales  -  Angoisse/Surnaturel
3 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 3     Les chapitres     2 Reviews    
Le blues du businessman

Claimer : le personnage de Reka m'appartient. Celui de Kaz appartient à Eric. Ceux de Stefan et Alex appartiennent à MJ-sensei, ainsi que la trame du texte. Je n'ai assuré que la rédaction (développement et mise en forme).

Rating : T ou T+, je suppose.

Note : Bonjour. Un texte un peu particulier puisqu'il s'agit d'une sorte de co-écriture entre mon maître de jeu à Vampires et moi. Il m'a fourni un brouillon en me demandant de le rendre lisible et de remplir les trous, ce qui m'a donné l'occasion de travailler sur un personnage de la série qui ne m'appartient pas, et donc d'explorer plus précisément sa psychologie, ce qui s'est révélé très intéressant pour moi. J'espère qu'il en sera de même pour vous. Bonne lecture, et merci à BN pour son avis.


Le blues du businessman


Dans cette pièce immense, il y avait des caméras de surveillance dissimulées un peu partout, mais elles n’enregistraient que lorsque son unique occupant était absent.

L’homme était assis dans un grand fauteuil de cuir noir, devant son bureau dont le principal ornement consistait en trois grands écrans plats d’ordinateurs qui occupaient presque tout son champ de vision. Il formait l’un des angles d’une grande table octogonale dont les sept suivants supportaient encore d’autres écrans, destinés aux nombreuses visioconférences qu’il tenait jusque tard dans la nuit.

La conversation avec ses sept interlocuteurs s’était faite en anglais, mais à la fin de la conférence, il avait tenu à saluer chacun des intervenants dans sa langue natale.

Goodbye, do svidaniya, phir milengay, adiós, ma'as-salama, viszontlátásra…(*)

Sayonara.

Lorsque le dernier écran s’éteignit, l’homme en noir se leva de son siège et se dirigea vers la grande baie vitrée qui faisait toute la circonférence de l’étage qu’il avait réservé à son usage personnel dans la tour, ou plutôt les deux tours qu’il s’était construites dans le quartier d’affaires de Paris.

Devant son regard s’étalaient les lumières de la ville, scintillant comme des étoiles artificielles au travers d’un brouillard orangé de pollution. Tout n’était que faux-semblants.

Stefan fut arraché à ses pensées lointaines par une petite musique aigrelette qui lui signalait que quelqu’un était en train de patienter devant la porte d’ascenseur de l’étage – et que lui seul pouvait ouvrir.

Il n’eut pas besoin de vérifier sur ses écrans qui pouvait venir le déranger à une heure aussi…matinale.

D’un ton légèrement agacé, il murmura « Lift open », et les portes coulissèrent en chuintant doucement.

L’improbable créature qui sortit de l’ascenseur était une jeune femme blonde vêtue d’une robe de latex rouge si brillant qu’on pouvait certainement se voir dedans. Comme de juste, la robe était si courte et si serrée qu’elle révélait tout d’une plastique qui aurait même fait tourner la tête d’un prêtre catholique sexagénaire. Elle vacillait sur des chaussures de la même couleur criarde, avec des talons si hauts qu’elle ne semblait marcher que sur ses seuls orteils.

Évidemment, elle portait ses habituelles lunettes de soleil qui lui donnaient un air plus vulgaire que mystérieux, le même modèle qu’une de ces starlettes qui faisaient la couverture des magazines people dont la jeune femme raffolait – et qui constituaient ses seules lectures. Alex était le stéréotype parfait de la bimbo californienne ; une magnifique caricature, l’accent en moins.

Si Stefan avait cédé à la mode de la psychanalyse, son thérapeute aurait immédiatement conclu à une profonde crise de la quarantaine et à un divorce difficile mal assumé. Mais il y avait bien longtemps qu’il n’avait plus signé de chèque à un quelconque docteur, fût-il en psychologie.

Avant qu’Alex ne vienne l’enlacer, Stefan ne put s’empêcher de prendre une profonde inspiration d’air pur. Il savait qu’il ne pourrait supporter l’odeur du lourd parfum que portait sa compagne, et dont elle s’entêtait à s’asperger quotidiennement.

A cette fragrance se rajoutait une douzaine d’odeurs : des parfums criards et des déodorants bon marché, des odeurs d’alcools et de poisons divers que la jeunesse d’aujourd’hui avait l’habitude de mélanger pour en faire des cocktails détonants, ainsi que l’habituelle odeur de tabac froid, et celle des cigarettes au contenu théoriquement illégal. Et si sa compagne avait eu le mauvais goût de faire un séjour prolongé dans les toilettes d’un des établissements qu’elle avait écumés cette nuit, un nez fin aurait pu sentir également le vomi et les produits d’hygiène industriels. Délicieux, vraiment.

Les tempes de la jeune femme brillaient d’une humidité légèrement poisseuse, et il devina que le reste était à l’avenant. Il détestait lorsque Alex lui revenait dans un état aussi…négligé. Cela dénotait un manque certain de maîtrise de soi.

«Oh, Stephan… » gémit la créature lorsqu’elle posa sa tête sur son épaule.

Il savait pertinemment ce qui allait suivre : la blonde noctambule allait lui faire le menu détaillé de ses aventures du jour.

« J’ai passé une exceeeellente soirée… Tu sais, mon amie, Jess, je te l’avais présentée… »

Il n’écoutait déjà plus, se contentant de lui caresser distraitement les reins en hochant vaguement la tête de temps en temps. Crystal, Jessica, Tina… Dans quelles stupides séries télé ces pauvres idiotes arrivistes étaient-elles allées chercher leurs surnoms…Sans même les avoir vues, il se les représentait avec une facilité déconcertante : des cheveux décolorés, un maquillage exagéré, des accessoires et des chaussures de marque, des vêtements un rien trop courts, une voix haut perchée aux intonations vulgaires, et le quotient intellectuel d’un oiseau de basse-cour. Et surtout, une méchanceté et une vénalité sans bornes. Comment disait Kaz, déjà ? Ah oui : demi-mondaines et trois-quart putes. L’expression était bien trouvée.

Au fond, il plaignait Alex. Pauvre créature innocente qui ne comprenait pas que toutes les personnes qui recherchaient sa compagnie au cours de ces soirées n’étaient que des parasites, toujours ravis de profiter de sa générosité – enfin, de ma générosité, corrigea mentalement le très cynique homme d’affaire. Mais s’il fallait reconnaître une qualité à Alex, en dehors de sa plastique irréprochable, c’était bien son incroyable gentillesse. C’était d’ailleurs ce qui la différenciait de toutes ses amies.

Quant à ceux qui ne supportaient ni sa naïveté ni ses maladroites minauderies…Stefan dissimula un rictus moqueur. Les relations, et l’argent, voilà bien tout ce qui comptait dans le milieu dans lequel la jeune femme prétendait évoluer. Alex possédait les deux, en quantité : l’argent de Stefan, sa protection, et un arbre généalogique suffisamment impressionnant pour faire taire toute velléité de franchise. Les ragots et les médisances dans le dos des autres étaient de toute façon un sport national dans les boîtes de nuit qu’elle fréquentait.

Bien sûr, il y avait bien quelques personnes dans le tout-Paris nocturne qui n’avaient pas peur de montrer à Alex qu’elle les énervait…En réalité, il n’y en avait que deux : Kaz, forcément, qui semblait mieux considérer ses actrices porno – il avait dit un jour qu’elle était même trop vulgaire pour tourner dans un de ses films. Et Reka, surtout. Le plus ironique dans l’histoire étant que cette dernière était probablement celle qui ferait le moins de mal à Alex si elle en avait l’opportunité – peu importait combien de fois Reka lui avait répété à quel point elle avait envie de tuer la blonde, elle l’avait déjà tirée de trop d’ennuis, sans en retirer le moindre bénéfice, pour être crédible.

Oh, elle le ferait peut-être, si Alex merdait vraiment. Mais elle le ferait proprement et sans souffrance inutile. De façon désintéressée, en tout cas, et sans se soucier de savoir si cela lui apporterait quelque chose – ou lui créerait des problèmes. Stefan soupira, désabusé. Le principal défaut de Reka résidait dans son manque total de volonté de s’élever. Elle lui avait dit, un soir, que tant d’influence et de pouvoir chez Alex, au service d’un si petit cerveau, était un beau gâchis. Il avait quant à lui tendance à penser que tant de potentiel chez la jeune femme brune, au service de si peu d’ambition, voilà où résidait le véritable gaspillage. Non qu’il s’en plaignît véritablement, car cela lui permettait d’exploiter son talent à son propre avantage pour le moment.

« Stephan… » geignit de nouveau Alex, le tirant encore une fois de ses réflexions. « J’ai suuuuper faim… ».

Stefan réprima un grognement agacé. Comment pouvait-elle passer une nuit entière à s’amuser et à se dépenser, sans penser un seul instant à se nourrir ? L’insouciance de cette fille le stupéfierait toujours.

« Tu n’as pas mangé ? » s’enquit-il pourtant le plus gentiment possible.

« Si, mais pas assez, et puis j’ai beaucoup bougé et j’ai vu beaucoup de monde, tu sais », répliqua-t-elle avec une moue boudeuse d’enfant prise en faute, et qui cherche à se justifier. Elle croisa même les bras contre sa poitrine, en une attitude de défense puérile.

Elle aurait sans doute pu être adorable si elle n’avait pas été à ce point barbouillée de rouge à lèvres.

Stefan soupira de nouveau, de façon suffisamment imperceptible pour qu’Alex ne le remarque pas.

« Ne bouge pas », dit-il. « Je vais te chercher un petit quelque chose en attendant de rentrer à la maison ».

Lors de la construction de ses deux tours, personne ne lui avait posé de questions sur le gigantesque pigeonnier qui ornait le toit de chacune d’entre elles – les gens fortunés ont droit a toutes les excentricités, après tout, et si le patron avait envie de s’entourer de ces rats volants durant ses loisirs, libre à lui.

Celui qui se faisait appeler Stephan Newman esquissa un sourire qui n’atteignit pas ses yeux, et contempla quelques instants les volatiles qui reposaient sur les perchoirs, blottis les uns contre les autres. Une parfaite métaphore de la race humaine : parasite, grégaire et territoriale.
Et comme la race humaine, un garde-manger quasiment inépuisable, ou peu s’en fallait. Certes, les pigeons étaient plus faciles à faire disparaître, et personne ne s’inquiétait s’il en manquait un ou deux. Là résidait la seule différence.

Avant de pénétrer à nouveau dans le bureau, armé de son plateau chargé de flûtes remplies de sang encore chaud, Stefan jeta négligemment les cadavres des oiseaux à l’énorme chien noir qu’il enfermait dans la pièce attenante. L’animal ouvrit un œil paresseux et fit claquer sa triple mâchoire d’un air gourmand.

Ce brave Ianculescu, paix à son âme ou à ce qui en tenait lieu, avait vraiment d’excellentes adresses de chenils.


(*) Au revoir, respectivement en anglais, russe, hindi, espagnol, arabe, hongrois et japonais (bon, j'ai cherché sur le net alors je ne suis pas sûre de la traduction).


 
 
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