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Note: Cet OS est écrit à partir d'une liste que m'a donnée ma petite fée... Je ne pensais pas le publier mais c'est pour bêta-ter les patouilles de serveur de nos admins adorés et j'avais que ça sur la main qui ne me prendrait pas trop la tête à remettre en forme^-^ Voilà... J'ai mis Tragédie comme genre parce que la tragédie, c'est moi quand j'écris. Note 2: Chère Fanny-sama, il n'y a pas de grand changement par rapport à avant... >.< Mais c'est pas si pire: ça ne fait pas de pâtés de mots! :)
Vestibule
L’appartement est vide. Furtivement, je me faufile dans l’entrebâillement de la porte-fenêtre et m’engage dans le salon, sans faire plus de bruit que si je posais des coussinets de velours sur une moquette touffue. Me glisser ainsi dans le silence me fait frémir de délice, j’aime me sentir intrus en ces lieux. Le moindre pas m’apparaît neuf fois plus intense en songeant à la résidente qui ne sait pas ce que je trame ; j’apprécie chaque instant de chaque mouvement dans sa plénitude, en exagérant la fluidité, comme si je me produisais dans le clair-obscur d’une scène de danse.
J’effleure le coin de son mur, et je ne peux résister à l’envie de le raser de plus près, l’angle à la tapisserie duveteuse me caresse la joue, je ferme les yeux, inspire le patchouli. Je marque une pause dans ma progression pour jeter un regard en arrière. Elle aime les bulles. Tout le style de la décoration l’atteste. Le plafonnier est un mobile de bulles colorées, comme des grelots de verre qui diffuseraient en s’allumant une douce mélodie pour les yeux. Le tableau au-dessus du meuble ondulé est une peinture de bulles aux tons chauds et pastels. Et ce fauteuil-bulle… Sa forme translucide révèle toute la profondeur de ses coussins, ces coussins aux tons moelleux qui n’attendent que mon corps pour s’y lover, que mon dos pour l’épouser… Je me détourne avec la promesse de m’accorder ce dernier petit plaisir avant que la maîtresse des lieux ne rentre. Quelque chose dans cet appartement me fascinera toujours. Ces parois de verre courbes qui montent en se torsadant, près de la commode de l’entrée, remplies d’eau et de la lumière psychédélique du filtre électrique, d’où s’échappent un bourdonnement apaisant et une myriade de petites bulles ; cet aquarium surréaliste emplit nonchalamment le décor comme une clepsydre démesurée en forme de sablier. A l’intérieur flâne un poisson aux nageoires soyeuses. Je contourne la courbure, sans détacher mon regard de ce mouvement liquide, je contourne lentement, effleurant à peine la surface mais avec la même intensité que si je m’y collais et m’y enfonçais. Le poisson me fixe de ses yeux impuissants. Lui seul veille quand elle est absente. Lui sait toute la perversion de mes pensées muettes, toute l’intention de mes effleurements contre le mobilier. Je m’amuse à lui raconter sa mort, si jamais il devait se mettre à parler. C’est notre secret, petit poisson. Et je lui adresse un sourire mielleux de cruauté, me délectant de son air pétrifié. Il se sent menacé, dans chacune de ses écailles, par cet être malsain qui exécute autour de son cocon protecteur une danse macabre. J’éprouve tout à coup l’envie de laisser une empreinte fantôme dans cette pièce innocente. Me redressant de ma posture de tortionnaire, d’un geste ample, je fais tomber une boule de verre de son socle. Elle choit avec un bruit sourd dans l’épais tapis, aux pieds du meuble qui la présentait. Je me penche sur elle, me couche sur le tapis. Un rayon de soirée, à travers les vitrages qui encadrent la porte, fait jouer une poudre pailletée au-dessus du sol. Je m’étire avant de replier mes membres. Le globe est tout proche de mon nez, mon œil s’y reflète comme une grosse goutte distordue, d’un bleu vert métallisé hypnotisant, légèrement angoissant. Je ferme les yeux un instant et me repais de toutes les sensations de jouissance qui parcourent mes fibres. Le bruit ronronnant de l’aquarium, la lumière tamisée de l’appartement violet, la caresse brûlante du tapis, et son parfum exotique qui habite les lieux. Mais une lacune contrarie la litanie de mon bonheur. Je désire sa présence, ses doigts effilés le long de mon ventre, passer ma langue sur sa peau, au creux de sa paume blanche, et ses jambes dans lesquelles j’adorerais plonger lentement mes griffes, en la sentant se raidir un peu… « - Cécilia ! Oh, c’est pas vrai ! Combien de fois faudra-t-il que je te répète qu’on ne monte pas sur la commode ? » L’injonction soudaine m’arrache un miaulement de surprise. Je me terre dare-dare sous la-dite commode. Toute à ma rêverie je ne l’avais pas entendue rentrer ! Elle s’éloigne d’un pas vif. Je souffle de frustration : un sac à main et une veste viennent de me voler ma place dans le fauteuil-bulle ! |