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Chapitre 11 : L'essence d'aigremoine Draco n’est même pas surpris. Le nom de Harry Potter n’avait pas encore été prononcé. Il est normal qu’il arrive dans la conversation. C’est alors que Madame Pomfresh intervient. « Le nom de Harry Potter évoque-t-il pour vous quelque chose de particulier ? » Quelle question idiote, ça fait six ans que lui et Potter se détestent et ne laissent passer aucune occasion de s’insulter et de se battre ! Draco répond avec un sourire méprisant : « C’est le nom qu’on donne au Survivant, à l’Elu , au Sauveur du monde sorcier, au Balafré donc. Je ne vois rien à ajouter. Cette fois, les deux femmes échangent un regard désolé. La suite va être difficile. « Votre … heu … rivalité avait cessé avant la bataille. En fait, vous vous étiez beaucoup rapprochés. Vous étiez même amis. Vous ne vous en souvenez pas ? --Moi ? Ami de Potter ? Vous rêvez ! » Pourtant ,au moment où il fait cette réponse, Draco a un flash rapide : il est assis à la lisière de la Forêt Interdite, il bavarde avec Potter, il se sent très bien … Si ce que raconte ces deux femmes est vrai, à savoir qu’un an s’est écoulé depuis ses derniers souvenirs, il pourrait avoir changé et Potter aussi. Il pose la question qui lui vient à l’esprit : «Qui a tué le Seigneur des Ténèbres ? Est-ce lui ? --C’est lui, aidé de quelques autres personnes, dit la professeur. C’est surtout lui qui s’est battu en duel contre Voldemort. -- Un duel ? Contre Vous-Savez-Qui ? Est-il si fort que ça ? --C’est le plus puissant sorcier au monde, il est plus fort que Dumbledore lui même. Et vous pouvez appeler Voldemort par son nom. Il ne fait plus peur à personne. Votre nom par contre cause encore de la frayeur dans une partie de la population même si la Gazette du sorcier vous a réhabilité. » Madame Pomfresh intervient de nouveau. « Vous allez un peu vite, Minerva. Il ne sait pas ce qui s’est passé pour lui en juin dernier. Monsieur Malfoy, quel est votre dernier souvenir ? Draco réfléchit. Il ne voit rien de particulier. Il y a les cours habituels, le Quidditch, les amusements avec les camarades dans la Salle Commune de Serpentard, les filles qui tombent dans ses bras dès qu’il les drague, le premier garçon qu’il a mis dans son lit, un Pouffsouffle de son âge qui lui faisait les yeux doux. Non , il n’y a rien de spécial … Ah si ! La salle sur demande … le travail que le Lord Noir lui avait demandé de faire … Draco pâlit et ferme les yeux. La guerre est-elle vraiment finie ? N’est-il pas en train de rêver ? N’a-t-il plus rien à craindre ? Et sa mère qu’il aime tant, n’est-elle plus menacée ? Son père serait-il sorti d’Azkaban ? Pourquoi est-il au château ? Draco rouvre les yeux. Il n’a plus du tout l’air hautain des Malfoy. Il ressemble à un enfant affolé. Il dit d’une voix tremblante : « Dites-moi tout. Je peux tout entendre. » Alors, doucement, Minerva McGonagall explique : La première attaque de l’école, la mort du directeur Albus Dumbledore, sa fuite en compagnie du professeur Snape, sa disparition pendant presque six mois, sa réputation d’assassin à la solde de Voldemort, puis sa délivrance par le professeur Lupin, son séjour incognito à l’école, sa réhabilitation, son rapprochement avec Harry Potter et l’attaque de Voldemort sur Poudlard. « Il a voulu soumettre le monde sorcier tout entier et ses troupes ont été partout vaincues. Nous ne savons pas exactement comment il est mort. Seul Harry pourrait nous le dire. Mais il a une blessure à la tête et son coma se prolonge.Plusieurs médicomages sont déjà venus le voir. A première vue, sa blessure ne paraît pas sérieuse. Il a le front ouvert dans toute sa longueur, il va avoir une nouvelle cicatrice plus grande que la première mais ce n’est qu’une déchirure. Le crâne n’est pas atteint. Le mal est ailleurs et le fils de Madame Pomfresh qui a assisté à la fin du duel pense que c’est psychologique. Il dit que … Il croit que … vous êtes la cause de l’état de Harry. » Minerva McGonagall se tait. La nuit est tombée. Les veilleuses éclairent faiblement la chambre blanche. Draco est étendu sur son lit, pâle comme un linge. Pendant tout le récit, des flashs très rapides ont assailli son cerveau. Il sait que tout cela est vrai mais il va lui falloir du temps pour se remettre. Les deux visiteuses s’en vont. Sa mère revient et le prend dans ses bras en lui disant de douces paroles. Dobby apporte le dîner. Il picore un peu mais la fatigue le submerge. Ses yeux se ferment. Narcissa pose un baiser sur sa joue. « Dors, mon chéri. » La nuit est tombée sur le quatrième jour après la bataille. La Gazette du Sorcier qui a enfin choisi son camp prépare pour le lendemain une édition spéciale sur le fameux duel. Les soi-disant vérités, les demi-vérités et les contre vérités vont de nouveau se répandre sur le monde sorcier. Matin du cinquième jour après. Draco se réveille, vaguement nauséeux. Sa nuit a été peuplée de rêves étranges. Certains étaient agréables, d’autres plutôt effrayants. Etait-il réellement prisonnier dans un cachot gardé par des Mangemorts ? A-t- il vraiment vu une fillette caresser la patte d’une araignée géante ? Le maître des Ténèbres lui a-t- il parlé d’une voix à la fois douce et menaçante ? Et surtout qui est cette personne qui le tient dans ses bras et qui l’embrasse avec amour ? Il ne parvient pas à voir son visage mais c’est si bon …Et puis tout s’enchaîne avec une rapidité stressante. Dobby. « Qu’est-ce que c’est que cette fantaisie ? Pourquoi portes-tu un anneau à l’oreille ? C’est la nouvelle mode chez les elfes ? --Oh ! Maître Draco a remarqué ? C’est un cadeau de la Maison Pouffsouffle. Les élèves voulaient me remercier de les avoir aidés pendant la bataille. » Théodore accompagné de Parvati Patil. « Pourquoi est-ce que tout le monde m’appelle par mon prénom ? Mon nom, c’est Malfoy. Qu’on se le dise ! Et pourquoi viens-tu me voir avec cette Griffondor …ou cette Serdaigle … je ne les reconnais jamais, ces jumelles … Comment ça, ta petite amie ? … Je suis lourd ? … Le monde a changé ? … Non mais je rêve !!! » Pansy, seule heureusement. « Où est ma baguette magique ?… Potter l’a fait exploser pendant la bataille ?… Un sortilège d’Imperium ? Tu es folle ! » Blaise tout joyeux. « Quoi les Serpies ? Quoi les Griffies, les Pouffies, les Serdies ? … Travailler mano a mano ? Tu peux parler en bon langage, Zabini ?» Draco, seul, regardant avec stupeur un petit tatouage sur son bras gauche : « Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ? Un serpent enlacé avec un griffon ! Merlin et Morgane ! C’est presque pire que la marque des Ténèbres ! Enfin non tout de même ! C’est même assez joli ! … » Et le bouquet, la Sang de bourbe accompagnée de son Weasley. « Aller voir Harry Potter ? … Il a besoin de moi ? … Pour sortir du coma ? … Je ne suis pas médicomage. Hors de ma vue, Granger.» Bref ! Un Draco Malfoy totalement en roue libre. Madame Pomfresh y voit une réaction aux révélations de la veille. Cela doit faire un drôle d’effet de se retrouver dans un monde très différent de celui qu’on a quitté. Après le déjeuner, le voyant toujours agité, elle lui fait prendre une potion calmante. Cinquième jour, début d’après-midi. Pendant que les deux pensionnaires de l’infirmerie dorment, il s’en passe de belles dans le parc de Poudlard, Il faut évacuer les trois Géants endormis par la potion violette du professeur Slughorn. Dix sorciers vont les faire léviter un par un jusqu’à Pré-au lard où les attendent les trois plus grands camions moldus qu’on ait pu trouver. Ils seront transportés jusqu’au port le plus proche, embarqués sur un porte-container et reconduits dans leur pays. Hagrid et Graup les accompagnent. Ils emportent de la potion violette en cas de problème. Tous les élèves sont dehors pour contempler le spectacle. Ils ne verront pas ça deux fois dans leur vie. Colin Crivey prend des photos. Chaque Maison a tenu à poser à côté du Géant assommé par Graup avant son départ. Les élèves se sont perchés sur son gros ventre et ont levé les bras en signe de victoire. C’est si bon d’être enfin « après » la bataille. Les huit enfants enlevés par Voldemort sont revenus à l’école le matin même. Les guérisseurs psychomages de Sainte Mangouste les ont trouvés en bonne forme physique et mentale. Ils ne garderont pas de séquelles de leur séjour dans la Forteresse Sombre grâce au professeur Snape qui leur a préparé chaque jour des potions pour effacer l’influence du Lord Noir. Et chaque nuit, Narcissa Malfoy a récité les incantations pour qu’ ils rêvent de leurs parents, de leurs camarades d’école et qu’ainsi, ils ne les oublient pas. Du coup, le Ministère a décidé que le professeur n’irait pas à Azkaban. Il est consigné au château Malfoy avec Lucius à qui on a reconnu le statut d’espion jouant un double jeu. La Gazette du Sorcier, toujours aussi mal informée, les décrit toujours comme des Mangemorts endurcis. Par contre, Narcissa Malfoy est couverte de louanges. Les journalistes l’ont surnommée « La Bonne Fée ». Elle est restée pendant trois jours auprès des enfants pour les rassurer. Les parents, fous de joie, les avaient rejoints et les liens d’affection se sont renoués. Les médicomages ont insisté pour que les huit élèves regagnent Poudlard jusqu’aux vacances de printemps. Il faut absolument qu’ils reprennent goût à la vie en société. Ils sont restés isolés trop longtemps. Leurs camarades des différentes Maisons sont prévenus. Il faut les traiter comme n’importe qui, surtout pas comme des bêtes curieuses. Mais tout se passera bien. Les jumeaux Priscall ont déjà en tête leur première sottise. A l’infirmerie, Draco se réveille. Il est seul. Il pense à tout ce qui s’est passé depuis la veille et une idée lui vient. Pourquoi ne pas aller voir son soi-disant nouvel ami, le vainqueur du Lord Noir, le nommé Harry Potter ? Il se lève doucement mais le vertige de la veille l’a quitté. Il enfile une robe de chambre et des mules posées sur une chaise près de son lit et se dirige vers les rideaux fermés. Dans le lit blanc, son ancien ennemi est allongé, immobile. Sa poitrine se soulève à peine. Son visage est très pâle. Un gros bandage recouvre son front et cache en partie ses cheveux noirs. Ses bras sont posés le long de son corps et ses mains sont si blanches … Elles se confondent presque avec les draps. Draco sent une étrange émotion lui serrer le cœur. Ah ! Il fait peine à voir, le Survivant, le Vainqueur du plus grand Mage Noir du monde ! On dirait un enfant endormi, si jeune, si fragile Tout à coup, Draco a envie de lui prendre la main et de lui dire … de lui dire quoi ? Tu rêves, Draco Malfoy ! Tu l’as toujours détesté. Il est si énervant, avec ses airs innocents, son esprit Griffondor, sa gentillesse et son courage mélangés … Draco repart vers son lit, se déshabille et se recouche sans rien faire. Il a la vague impression d’avoir commis une erreur, pire une faute. Il se rendort et rêve à nouveau de baisers échangés et de douces caresses. Deuxième samedi après la bataille. L’école est mise en congé pour une semaine. Chacun a besoin de se ressourcer auprès de sa famille. Les cours reprendront normalement à la rentrée. Il y a des B.U.S.Es et des A.S.P.I.Cs à préparer. Les élèves rentrent chez eux, le cœur content. Ils en ont des choses à raconter ! Les huit enfants enlevés sont en pleine forme. Severus Snape et Narcissa Malfoy ont fait du bon travail. Le Chicaneur a publié un article sur le duel des Deux- Plus- Grands- Sorciers-du- Monde. Il est signé Rita Skeeter et pour une fois, il dit presque la vérité. Le rôle de chacun est révélé. La prophétie disait vrai. Harry Potter avait bien le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres. Il l’a fait avec un double sortilège blanc et or, aidé en cela par un ami, lui aussi né au mois de juillet, Neville Londubat. Ils ont joint leur magie pour terrasser le Lord Noir. Ce que l’article ne dit pas, c’est que le sortilège ne détruisait que l’âme du Seigneur des Ténèbres. Cela n’était pas suffisant aux yeux de trois personnes qui avaient défié leur Maître en le trahissant , prenant ainsi des risques insensés pour aider le camp adverse. Eux ont détruit le corps de Voldemort pour qu’il ne puisse jamais réapparaître. La journaliste ne parle pas de cette fin du combat, pas plus que des Horcrux. Elle n’est pas au courant. Cette partie de l’histoire doit rester secrète. Mais elle a eu de véritables entretiens avec les témoins du duel. Ce n’est pas comme la Gazette des Sorciers qui a raconté n’importe quoi. Ainsi, dans son interview, Lucius Malfoy révèle son état d’agent double. Il ne dit pas franchement qu’il a trahi Voldemort par amour pour son fils mais cela se sent à la façon dont il décrit la torture que Draco a endurée. Severus Snape avoue qu’il a lancé l’Avada Kedavra sur le professeur Dumbledore mais qu’il l’a fait sur sa demande expresse. D’une part, il « prouvait » à Voldemort qu’il était son serviteur et d’autre part, il mettait fin à ses souffrances car le directeur de Poudlard, atteint par un terrible sortilège, était mourant. Dumbledore explique tout cela dans son testament qui a été en partie dévoilé au public. Severus a pu ainsi protéger les enfants enlevés en leur préparant des potions qui contrait la volonté du Lord Noir. Cela non plus, il ne le dit pas directement mais Rita Skeeter est intelligente, elle sait tirer de ses entretiens les bonnes conclusions. L’article sur Madame Malfoy est très émouvant.. La plume à papotes a fait du beau travail. L’amour de Narcissa pour Draco, son fils unique, transparaît à chaque ligne. Aussi quand celui-ci regagne la maison pour la semaine de vacances, la joie règne au château. Le jeune homme blond est tout à fait remis de sa blessure au front mais il n’a pas retrouvé ses souvenirs. Il a juste des flashs très rapides de temps en temps. Le médicomage qui l’a examiné avant son départ dit que c’est bon signe. Sa mémoire n’est pas détruite, seulement endormie. C’est sans doute grâce à cette baguette particulière qui intéresse beaucoup les chercheurs de Sainte Mangouste, l’une des baguettes du saule à la licorne. Draco a découvert avec surprise qu’il en avait une posée sur sa table de nuit. Qui a bien pu lui en faire cadeau ? La jeune Cornélia est devenue la Pouffsouffle la plus célèbre de Poudlard. Ses dons de guérisseuse sont reconnus. Mais elle reste modeste. C’est la magie de la licorne qui agit par la baguette, dit-elle. Bien sûr, personne n’a osé affronter les araignées géantes pour découvrir le saule. Draco conserve donc cette baguette près de lui. Sa mère lui en a acheté une autre, la même que la première, bois d’aubépine et crin de licorne, dès que Ollivander a rouvert son magasin sur le Chemin de Traverse. Voldemort l’avait bien enlevé pour que les autres sorciers ne puissent acheter des baguettes de bonne qualité. Et c’est la gourmandise qui l’avait poussé à enlever en même temps Florian Fortarôme, le fabricant de glaces .Qui aurait pu penser que le redoutable Lord Noir aimait tant les sucreries ? Il faut bien se dire que tous les Tyrans du monde ont leurs petites ou leurs grandes faiblesses. Avant son départ en vacances, Draco n’a revu Harry Potter qu’une fois. Sur la demande de la directrice, il est allé près du blessé et lui a dit « Au revoir, Potter. » Il aurait voulu dire plus ou mieux mais il s’est senti soudain … intimidé ? Le pâle visage a l’air si triste. Maintenant, Draco a retrouvé sa maison, sa chambre, ses parents et même son professeur préféré, Severus Snape. Il ne manque rien à son bonheur. Rien ? Ce n’est pas si sûr. Il y a en lui un vide qu’il ne peut combler. Quelque chose lui manque terriblement et il ne sait pas ce que c’est. Enfin, la vie est malgré tout merveilleusement belle sans ce monstre qui voulait dominer le monde. Les gens sont presque tous d’accord avec ça maintenant. Seuls quelques irréductibles pensent le contraire mais ils sont de moins en moins nombreux. Le lundi des vacances, le matin. Les trois Malfoy et Severus Snape prennent leur petit déjeuner dans la salle à manger du château quand un elfe de maison apparaît, l’air un peu affolé. Il annonce que deux elfes libres venant de Poudlard sont à la porte et demande à parler à Draco Malfoy. Celui-ci reconnaît avec surprise Dobby vêtu d’un costume rouge avec un bonnet à pompon doré et Winky en robe verte à ceinture argent. On voit qu’ils ont fait des efforts pour paraître élégants et ils portent les couleurs de deux Maisons de l’école. Ce sont eux qui s’occupaient de Draco à l’infirmerie. Dobby est stressé par la présence de Lucius qui a été son maître et qui lui a laissé de mauvais souvenirs. Mais il a une mission à remplir et il s’avance bravement vers Draco. Il fait une grande courbette et dit en montrant Winky : « Maître Draco, mon épouse ici présente a trouvé, en faisant le ménage dans l’appartement de Harry Potter, un objet qui vous appartient à vous autant qu’à lui. La directrice de Poudlard nous a autorisé à venir vous voir pour vous le montrer. Vous devrez ensuite nous dire ce qu’il faut en faire. » Tout le monde regarde l’elfe avec des yeux ronds. Depuis qu’il a un anneau d’or à l’oreille, Dobby a décidé de parler avec distinction. Il se redresse de toute sa petite taille. Il est à la fois impressionnant et comique. Il tend à Draco un parchemin enroulé sur lui-même. Stupéfait, Draco le prend et le déroule. Ses yeux s’ouvrent plus grands encore quand il le lit puis brusquement, il le lâche et tombe sur le sol, évanoui. C’est le texte du Serment et il est signé de deux noms réunis : Harry Potter-Malfoy, Draco Malfoy-Potter. C’est l’affolement dans la salle à manger. Narcissa se précipite vers son fils. Lucius prend le parchemin, le lit puis le tend à Severus d’un air totalement paniqué. Dobby devient tout blanc et prend dans ses bras Winky devenue toute rouge. Seul Severus garde son calme. Il prend la direction des opérations. Lundi après-midi. Le professeur Snape et les Malfoy sont au salon. Le parchemin déroulé est posé sur une table basse. Draco est encore très pâle. Ses parents ont repris contenance. Ils savent à quoi le Serment engage leur fils. Mais ils ne peuvent rien y faire. C’est un Serment magique. Il faut l’assumer. Le matin, quand chacun a été un peu remis de ses émotions, le professeur Snape a interrogé Dobby et Winky. Ceux-ci ont révélé que pendant son séjour à Poudlard, maître Draco était devenu l’ami de maître Harry, … l’ami, enfin plus que l’ami, … qu’ils les avaient vu s’embrasser … plus que s’embrasser … et qu’ils dormaient dans le même lit … plus que dormir …et qu’enfin toute l’école savait bien qu’ils s’aimaient … qu’ils s’aimaient beaucoup … et que même Maître Harry l’avait dit devant tout le monde … et que … Cela avait pris un bon moment parce que Winky pleurait et riait en même temps et que Dobby rougissait et bégayait … Mais c’était très clair. Draco et Harry Potter avaient été amoureux l’un de l’autre pendant l’année oubliée de Draco, amoureux au point d’échanger le Serment. Et Draco avait beau protester qu’il n’aimait pas Potter, cela ne changeait rien au fait qu’il était lié par leur pacte. Quand Draco se mit en colère et commença à injurier Harry, son père le fit taire. « Ne dis plus rien, Draco. Chacune de tes paroles peut provoquer sa mort. « Tu me hais, je meurs. » C’est le texte de votre Serment. Tu es peut-être en train de le tuer. --Je m’en moque ! Il peut mourir, je ne verserai pas une larme. -- Mais mon chéri, dit sa mère, s’il meurt, tu meurs aussi. Je ne veux pas te perdre après t’avoir retrouvé. -- Il n’y a qu’une solution, dit Severus. Draco, vous allez retourner à Poudlard et vous débrouiller pour que Potter se réveille. Alors, peut-être, nous pourrons trouver une issue. La situation est particulière. Le Magenmagot pourra peut-être faire annuler le Serment mais pour cela, il faut l’accord des deux parties. --Je ne peux quand même pas faire semblant d’aimer Potter. Je ne le déteste plus mais il m’est indifférent. Ce n’est pas mon genre. --Mon fils, reprend Lucius, laisse-moi te parler crûment. Préfères-tu les filles ou les garçons ? --Père, c’est très personnel. Disons que je suis bisexuel. --Alors rien n’est perdu. Fais un effort mon fils. Nous allons arranger cela. » Voilà pourquoi Draco Malfoy s’apprête à regagner Poudlard après seulement deux jours de vacances. Le mardi, fin de matinée. Draco est dans le bureau de Minerva McGonagall. Elle lui explique que Harry n’est plus à l’infirmerie. Il a été transféré dans son appartement. Madame Pomfresh et les elfes s’occuperont de lui dans la journée. Si lui, Draco, veut les aider, il peut s’installer dans la deuxième chambre. Cela lui rappellera peut-être de bons souvenirs. « Monsieur Malfoy, je n’ai pas évoqué votre relation sentimentale avec Harry quand je vous ai raconté les évènements de votre année oubliée. C’était trop personnel, il fallait que vous retrouviez vous-même cette partie de l’histoire. Mais le Serment change tout. Hier après-midi, Harry a failli mourir. Il ne respirait plus, son cœur avait cessé de battre. Vous deviez être en train de le maudire.. J’ai lu votre engagement réciproque et je n’en connais pas de plus absolu. Le simple fait de dire de mauvaises paroles sur Harry peut le tuer. Monsieur Malfoy, je dois vous révéler ceci. Quand vous êtes arrivé ici, blessé et sans pouvoir magique, Harry n’était pas amoureux de vous mais vous, vous l’aimiez déjà et vous avez décidé de faire sa conquête. Vous avez réussi et maintenant, il vous aime. D’après ce qu’on m’a dit, il a fait beaucoup pour vous. Il vous a rendu vos pouvoirs . Considérez ceci comme une dette sorcière et mettez tout en œuvre pour le sortir du coma. Je ne crois pas qu’il soit si difficile d’aimer Harry. C’est un garçon attachant. Au moins, essayez d’être gentil, ce sera un bon début. » Draco n’est toujours pas convaincu de son amour passé pour Harry Potter malgré tout ce qu’on lui dit et malgré le Serment. Les vieilles rancunes ont la vie dure. Mais s’il s’agit simplement d’être poli, il veut bien faire un effort. Mardi après midi. Draco entre dans la chambre de Harry. Le jeune homme brun a toujours le teint très pâle et les yeux clos. Son bandage est moins épais, il entoure juste son front. C’est vrai qu’il est beau. Son visage est fin et sous les couvertures, son corps a l’air mince et bien proportionné. Draco s’approche et dit :« Bonjour, Potter. »Cela lui semble un peu trop sec. Il s’assoit au bord du lit et dit : « Bonjour …heu … Harry. »Il prend une des mains blanches dans les siennes. Elle est fraîche et douce. Et soudain, c’est le flash : une main se posant sur son front, sur son cœur, sur son sexe. Un apaisement soudain. Un superbe souvenir. Mardi après-midi, suite. Draco tient la main de Harry entre les siennes. Ne sachant trop que faire, il se met à parler. « Potter … heu … Harry, tu dois te réveiller. Pompom dit que ta blessure n’est pas grave. Elle doit enlever ton pansement après-demain. Tu auras une cicatrice mais tu y es habitué non ? Je te promets de ne pas me moquer de toi. Nous sommes adultes maintenant. Nous n’allons pas passer le reste de l’année à nous battre et à nous injurier comme autrefois. Tu te souviens de ce cours de potions …. » Draco parle, parle … Il lui semble tout naturel de parler à Harry, même s’il est inconscient dans son lit … Inconscient … Peut-être pas complètement. Draco vient de rappeler une farce idiote qu’ils se sont faite mutuellement, il se met à rire et la main de Harry se referme sur la sienne. Il tressaille … Comme la peau est douce … Il se penche vers le jeune homme brun : « Tu m’entends, Potter … heu … Harry. Tu fais semblant ou quoi ? Allez, réveille-toi, je ne peux pas passer mon temps à te faire la causette … » Draco s’énerve un peu puis tout à coup, il se rend compte qu’il ne dit pas les bonnes paroles Qu’est-ce que Potter attend de lui … Pas qu’il lui dise des mots d’amour tout de même ! Il y a des limites à la bonne volonté ! Le jeune homme blond reprend le cours de ses évocations. Il parle encore un moment et puis il s’endort dans le fauteuil près du lit, sa main tenant toujours celle du blessé. Madame Pomfresh les trouve dans cette position en entrant dans la chambre. Sa première pensée, c’est : « Merlin ! Q’ils sont beaux ! Ils sont vraiment faits l’un pour l’autre. » Elle s’approche tout doucement. « On dirait que Harry respire mieux … Il est moins pâle. Allons, monsieur Malfoy, c’est à vous maintenant de faire des miracles. » Mardi soir. Draco a été réveillé par l’arrivée de la Sang de Bourbe et la belette. Ah ! Non ! Il faut dire Hermione et Ron maintenant. Draco lâche la main qu’il tenait encore, se lève, salue courtoisement les arrivants et se retire.Les deux amis le suivent des yeux d’un air ahuri. Ron ronchonne : « Qu’est-ce qu’il a derrière la tête ? Qu’est-ce qu’il cherche ? --Peut-être que la mémoire lui revient, » dit Hermione. Ron n’est pas convaincu. Mercredi. Madame Pomfresh a envoyé Draco chez Hagrid lui demander s’il pouvait se procurer un peu de lait de Sombral. Les infusions qu’elle prépare ne suffisent pas à redonner des forces au jeune blessé. Il ne semble aller mieux que quand Draco est près de lui. Cet après-midi là, Draco s’est installé sur le lit, il a soulevé Harry et l’a tenu dans ses bras. Il lui a raconté son enfance au château Malfoy, il lui a parlé de sa mère qu’il aime tant, de son père qui cache son affection sous un air sévère mais qui l’aime beaucoup finalement. Tout à coup, il a senti bouger contre lui le corps abandonné et il a frissonné. Ce corps est doux et chaud. Il a envie de … le serrer plus étroitement contre lui ? … de le caresser ?… C’est vrai, quoi ! Il n’est pas insensible au charme du jeune homme qui repose dans ses bras … Jeudi. L’infirmière a enlevé définitivement le bandage qui recouvre le front de Harry. Draco fait la grimace. La cicatrice barre tout le front. Elle est encore un peu rouge et enflammée mais, selon l’infirmière, c’est passager.Draco passe tout l’après-midi avec Harry. Il s’est installé confortablement sur le lit, le jeune homme brun reposant contre lui, sur sa poitrine. Il parle un peu, s’endort et quand il se réveille, la tête de Harry est sur son épaule et ses cheveux lui chatouillent le nez. Il a un flash rapide. Il en est sûr maintenant, ce n’est pas la première fois qu’il tient Harry de cette façon. Ainsi, ce que la directrice lui a raconté serait vrai ? Lui et Potter ? Le Serment ne mentirait pas ? Ils se seraient vraiment aimés ? Nuit de jeudi à vendredi. Draco se réveille brusquement. Il a cru entendre un bruit venant de l’autre chambre. Il laisse les portes ouvertes par précaution. Il se lève et va voir. Harry n’a pas bougé. Dans la lumière de la veilleuse, il ressemble à un enfant endormi.Draco est ému, Cette scène lui rappelle quelque chose, il en est sûr. Mais pourquoi sa mémoire ne se réveille-t-elle pas ? Il se penche vers Harry et la tentation le prend. Jusqu’à maintenant, il n’a pas éprouvé de désir pour le beau brun mais cette fois, les lèvres rouges l’attirent. Au moment où il va poser un baiser sur la bouche entr’ouverte, une voix résonne dans sa tête : « On n’embrasse pas quelqu’un sans sa permission ! » Cette phrase, il l’a déjà entendue, il en est certain. Il recule et une autre pensée lui vient : Ce n’est pas la peine qu’il retourne dans sa chambre, il va dormir à côté de Harry … juste dormir … Juste dormir ? Pourquoi ces mots éveillent-ils en lui tant de résonance. Il se glisse près de Harry, l’attire contre lui et s’endort en sentant leurs deux corps s’épouser parfaitement. Vendredi . Dobby arrive avec le plateau du petit déjeuner dans la chambre de Draco mais le jeune homme n’est pas là. Il le trouve dans le lit de Harry Ils sont serrés dans les bras l’un de l’autre. Mais seul Draco se réveille. Les yeux de Harry ne s’ouvrent toujours pas. Dobby répand la nouvelle dans les cuisines. « Enfin ! » pensent les elfes. Mais les choses ne sont pas si faciles. Ce matin-là, Draco reçoit un hibou envoyé par Lucius Malfoy. Où en est leur projet ? Potter va-t-il enfin se réveiller pour qu’on puisse s’occuper du Serment ? Draco reprend pied dans la réalité. Heureusement que son père l’a rappelé à l’ordre ! Il se laissait aller à … à quoi ? à tomber amoureux ? amoureux de Potter ? Cet après-midi là, au lieu de rester avec Harry, il va se promener dans le parc de Poudlard. Presque toutes les traces de la bataille ont disparu. Seule reste visible la partie centrale dorée des cercles de duel. Draco s’y arrête. Il sent qu’il s’est passé là quelque chose qui le concerne mais le sortilège du Maître … de Voldemort est puissant. Qu’est-ce qui pourrait bien le briser pour qu’il retrouve sa mémoire perdue ? En se promenant au hasard, il découvre deux nouvelles tombes. Le mausolée de Dumbledore se dresse toujours près du lac. Mais à côté des serres, il y a un tertre fleuri de bruyères tricolores. Une plaque de marbre indique : « Ici repose Argus Rusard, mort en héros le 13 mars 1998. » Rusard ? Un héros ? Draco n’en revient pas. Et à l’orée de la Forêt Interdite, il voit un Centaure ajouter une grosse pierre blanche à un tumulus déjà important. C’est Firenze. « Ha ! Draco Malfoy, dit le Centaure. J’apporte ma contribution au monument dédié à notre amie, Sybille Trelawney. Son corps repose ici mais son âme nous a rejoints au cœur de la Forêt. En ce moment, nous consultons les astres pour lire l’avenir de l’école et de ses occupants.Il est toujours aussi difficile d’interpréter les signes. Il semble que votre destin soit lié à celui de Harry Potter. Mais vous êtes tous les deux libres de votre choix. Vous pouvez vous épouser ou vous séparer. La décision vous appartient. Rien n’est définitivement écrit dans les étoiles. Chaque être humain décide de sa vie. Chacun choisit son chemin. Réfléchissez bien avant de décider du vôtre. » Vous pouvez vous épouser ? Ce stupide Centaure dit n’importe quoi ! Draco fulmine. Puis il pense brusquement à Harry. Non ! Il va lui faire du mal s’il se met en colère. Mais tout de même …épouser un garçon … épouser Potter … épouser Harry ? …Draco passe le reste de l’après-midi dans le parc, indécis, tourmenté. Dans son lit aux draps blancs, un jeune homme avec une longue cicatrice au front pâlit, gémit, s’agite … Cependant, le soir, Draco n’y tient plus. Il retourne « juste dormir » dans le lit de Harry. Cette nuit-là, ses rêves se font érotiques et il se réveille en sueur allongé près d’un corps qui l’attire de plus en plus. Il avance la main pour la glisser sous la veste de pyjama de son voisin endormi mais recule soudain avec horreur. Qu’est-ce qu’il allait faire par Merlin ! Il ne veut pas profiter de Harry ! Il veut qu’il se réveille … Il veut l’aimer … Il veut lui dire … Il ne sait plus ce qu’il veut … . Il se lève et retourne précipitamment dans sa chambre. Samedi. Madame Pomfresh fait comme tous les matins la toilette de Harry. Draco arrive alors qu’elle recouvre le corps vêtu de frais avec les draps qu’elle vient de changer. Elle a l’air pressée. Un hibou lui a fait savoir qu’on avait besoin d’elle à Sainte Mangouste. Aurora Sinistra vient enfin de sortir du coma. Elle dit à Draco : « Veillez bien sur Harry, Je reviendrai dans l’après-midi. Et tant que j’y pense, voilà de l’essence d’aigremoine. Il y en a très peu alors ne la gaspillez pas. --Et que dois-je en faire ? --Ah ! C’est vrai, vous ne vous en souvenez pas. C’est le produit qui fait disparaître les cicatrices. Monsieur Potter a guéri votre dos déchiré par des griffes de Loup Garou avec cette essence. J’allais m’occuper de son front mais je suis assez pressée. Pouvez-vous le faire à ma place ? Il suffit de masser très doucement la peau et la cicatrice disparaît. Celle que Monsieur Potter avait auparavant était une marque magique. On ne pouvait l’effacer. Je pense que celle-ci ne résistera pas à une application de ce produit. » Elle sort en dissimulant un sourire. Elle aura fait tout ce qu’elle pouvait pour rapprocher les deux jeunes gens. L’effet secondaire de l’aigremoine devrait les aider. Draco s’assoit donc sur le lit, il verse une goutte d’essence odorante directement sur le front de Harry et commence son massage du bout des doigts. La cicatrice disparaît peu à peu. Le front est blanc, lisse, parfait … Et pour Draco, c’est le choc … La douceur de la peau … Le parfum de l’aigremoine … Le souvenir jaillit … Des mains caressantes sur son dos … une voix qui devient rauque … un baiser sur son épaule … puis des baisers sur son bras .. et enfin des lèvres qui se joignent … un cadeau de Noël … Draco pousse un cri. Sa mémoire … Sa mémoire revient … Des images défilent à toute vitesse dans sa tête, devant ses yeux, et dans chacune de ces images, il y a Harry , Harry qui le tient dans ses bras, Harry qui l’embrasse, Harry qui fait l’amour avec lui … HARRY ! Harry , son amour, son bonheur, sa joie de tous les instants … Draco se penche et pose ses lèvres sur la bouche rouge. Il est en train de virer Pouffsouffle ! Il a l’impression d’être le Prince Charmant réveillant la Belle au Bois Dormant. Sauf que la Belle est un beau brun qui ouvre enfin les yeux . Ils se regardent, des émeraudes se reflétant dans des petits lacs d’argent… Et le monde n’existe plus. Draco entoure de ses bras les épaules de Harry et l’attire contre lui.. Les mains de Harry s’accrochent à la taille de Draco. Leurs lèvres se soudent, leurs langues se cherchent. Ils retombent ensemble sur le lit. Leurs corps séparés par les draps s’épousent pourtant étroitement. Ils ne font qu’un et le baiser se prolonge jusqu’à ce que le souffle leur manque. Ils se séparent à regret. Draco murmure : « Je t’aime Harry. » Harry répond d’une voix enrouée, une voix qui n’a plus servi depuis longtemps : « Je t’aime Draco. » C’est comme s’ils venaient de renouveler le Serment. Il y a une telle sincérité, une telle vérité dans les simples mots qu’ils viennent de dire qu’ils n’ajoutent rien, Ils restent sans bouger, front contre front , lèvres contre lèvres, cœur contre cœur. Plus tard viendra le temps du sexe torride, des corps qui ne font qu’un, des cris et des gémissements mêlés. Mais pour ce moment magique des retrouvailles, il n’y a que l’amour dans ce qu’il a de plus vaste et de plus pur. Deux jeunes hommes beaux comme des Anges se regardent et se sourient , enfin réunis, enfin ensemble, enfin amoureux l’un de l’autre pour … l’éternité ? L’éternité et un jour … Epilogue Jeudi 13 mars 2008 Comme tous les ans depuis la Grande Bataille, ce jour est férié à Poudlard. De plus, on fête le dixième anniversaire de la victoire. Tous les anciens ou presque sont là. Rita Skeeter elle-même, la célèbre journaliste free-lance, doit couvrir l’événement et ce sera le premier « direct » de la télévision sorcière. Car beaucoup de choses ont changé en dix ans. Comme le répète sans cesse Elisabeth Colwin, la grande physiquo-sorcière, il faut prendre aux Moldus ce qu’ils ont de bon, c’est-à-dire entre autres, l’électricité, le téléphone et la crème caramel. Mais comme l’avait émis Dolorès Ombrage l’une des rares fois où elle avait dit quelque chose de sensé, « Le progrès pour le progrès ne doit pas être encouragé »,il ne s’agit pas de balayer des siècles de tradition. La grande Salle est toujours éclairée de centaines de bougies allumées mais les couloirs s’ornent d’appliques électriques en forme de chandeliers et les elfes de maison disposent des découvertes qui ont révolutionné le confort ménager à savoir la machine à laver, la cocotte-minute et le balai mange-moutons. Les élèves ne portent leur costume de sorcier qu’aux grandes occasions, aujourd’hui par exemple. Autrement, c’est plutôt jeans, pulls et baskets. Par contre, ils n’ont pas de portables comme les petits Moldus. La magie de Poudlard trouble les ondes et c’est tant mieux. Minerva McGonagall désapprouve les conversations futiles et les fous rires niais. Il y a un téléphone fixe dans son bureau et c’est largement suffisant, dit-elle. Depuis dix ans, le monde sorcier est en paix. Le nom de Tom Jedusor alias Lord Voldemort a rejoint dans les livres d’Histoire de la Magie celui du Mage Grindenwald mais ce n’est plus le Professeur Binns qui assure les cours. Après la bataille, il a décidé que l’heure de sa retraite avait sonné et il coule des jours heureux dans un phare battu par les vagues et les vents en pleine Mer du Nord. Ce n’est pas le seul à avoir quitté l’école. A la surprise générale, Hagrid a épousé Olympe Maxime il y a cinq ans et il est parti vivre avec elle sur la Côte d’Azur. Elle l’a totalement transformé. Il a ses habitudes chez un coiffeur moldu, il porte maintenant des costumes de bonne coupe et il a une faiblesse particulière pour les gilets brodés de toutes couleurs. Il a malheureusement aussi conservé son amour pour les animaux bizarres et il lui arrive encore d’adopter des Salamandres cracheuses de feu ou des canards à cinq pattes. Mais aujourd’hui, comme chaque année, il sera présent à la fête. C’est Cornélia Dellaz qui a pris la relève. Elle ne voulait pas s’éloigner trop de son saule, de la Forêt Interdite et des êtres magiques qui la peuplent. La maisonnette un peu délabrée de Hagrid s’est transformée en un joli cottage où elle vit avec son époux Dennis Crivey. A sa sortie de Poudlard, celui-ci est entré en apprentissage chez Ollivander. Il est maintenant fabricant de baguettes magiques mais il n’avait jamais oublié la petite « pi pa ». Il l’a revue quand il a eu son diplôme de compagnon-baguettier, il l’a courtisée, elle avait toujours pour lui une tendre inclination, ils forment maintenant un couple surprenant mais exemplaire. Ce ne sera pas le seul couple de la fête. Ron, devenu Auror, a épousé Hermione, spécialiste en Droit Sorcier et Moldu. Ils ont deux enfants, un garçon nommé Harry et une fille appelée Sybille. Théodore Nott a fait fortune dans les affaires avant d’épouser Parvati Patil. Il faut dire que les enfants de Mangemorts se sont retrouvés démunis après la guerre. La fortune de leurs parents a été confisquée et ces richesses ont servi à indemniser ceux qui avaient souffert de leurs crimes, à construire des orphelinats et à créer des maisons de soins. La guerre avait laissé derrière elle des douleurs profondes qu ‘il a fallu guérir. Mais Théo avait le génie du management . Il a fondé sa propre affaire et il a réussi au delà de toutes espérances. C’est l’un des hommes les plus riches d’Angleterre. Il sera là, lui aussi avec sa femme et sa fille Narcissa. Ce prénom est très à la mode. Grégory Goyle est spécialiste de sports de combats moldus. Il a un Gymnase à Londres mais il donne aussi des cours à Poudlard. Son petit ami Colin Crivey est chroniqueur sportif à la Gazette du Sorcier. Il commente les matchs de Quidditch à la radio et bientôt à la télévision sorcière. Car la télévision sorcière est née trois ans auparavant et c’est une invention de jumeaux Weasley. En fait, cette découverte est due au hasard. Ils cherchaient plutôt des hologrammes animées pour leur magasin de farces et ils ont trouvé le principe des images magiques sur écran. Elisabeth Colwin, ce génie de l’adaptation des produits moldus au monde sorcier, a finalisé l’invention et les postes de télé, encore peu nombreux, sont fabriqués dans l’atelier de Greg Larnegan qui pense ainsi faire fortune et conquérir le cœur de sa Serdaigle toujours adorée. Harry Potter et Draco Malfoy sont mariés et très heureux. Les anciens de Poudlard se souviennent encore du couple magnifique qu’ils formaient pendant leur dernier trimestre à l’école. Ils ont passé leurs A.S.P.I.Cs haut la main, comme tous les septièmes années de ce temps-là. On n’apprend pas à lutter contre un Lord Noir sans devenir un sorcier de haut niveau. Puis pendant un an, les deux amoureux ont disparu. On apprit par le Chicaneur, à qui ils donnaient de temps en temps des nouvelles, qu’ils prenaient une année sabbatique et faisaient le tour du monde chez les Moldus. Ils ont ainsi visité l’Europe, remonté le Nil, voyagé en Inde, en Chine et au Japon. Ils ont séjourné en Amérique du Nord, surtout sur la Côte Est, où se trouvent encore des communautés de sorciers implantés là au quinzième siècle, et en Amérique du sud, au Brésil où s’est installé le Professeur Snape, banni d’Angleterre après son procès. C’était ça ou cinq ans à Azkaban. Severus Snape a choisi l’exil et il en est finalement heureux. Il s’est intégré à une communauté de sorciers vaudous qui pratiquent la magie blanche sous la forme de guérisons. Il prépare de savantes potions et il sait aussi détecter ceux qui pratiquent la magie noire par les envoûtements. Les Potter-Malfoy ont été heureux de revoir leur ancien professeur, oui même Harry qui a découvert par hasard le secret de Severus Snape. Il a suffit d’une photo aperçue dans la chambre de ce dernier pour qu’il comprenne pourquoi le professeur de potions l’avait toujours détesté. Il ressemblait trop à son père et il avait les yeux de sa mère. La photo dans un petit cadre ovale représentait Lili Evans et Harry a compris que Severus en avait été follement amoureux mais qu’elle lui avait préféré James Potter. Enfin, c’est de l’histoire ancienne Tout le monde n’a pas la chance, comme Draco et lui, de partager le même amour. Après leur année sabbatique, ils ont réalisé le rêve qu’ils avaient fait un soir à Poudlard. Ils se sont installés à Paris dans un quartier Moldu. Draco a fait ses trois ans d’études à la faculté de pharmacie sorcière et Harry a très vite trouvé un travail d’essais et de recherches dans l’usine de balais magiques « Lenoir-Caudron » qui ne fabrique que des balais de compétition haut de gamme et cela, uniquement sur commande. Il a été heureux d’y être employé non pas à cause de sa réputation de Sauveur du Monde mais seulement parce qu’il était le meilleur de sa spécialité. Draco et Harry sont maintenant installés dans un bel appartement du Londres Moldu. Mais Draco a une apothicairerie florissante sur le Chemin de Traverse, juste à côté de la minuscule boutique où Harry vend les balais de son ex-employeur à des joueurs de Quidditch de renommée mondiale et à des gens riches et influents. Mais il n’a pas oublié son enfance difficile. Il soutient financièrement des clubs amateurs et entraîne une équipe d’anciens de Poudlard qui fait des matchs d’exhibition pour des causes humanitaires. Justement, cet après-midi aura lieu le fameux match des « anciens » contre les « élèves » de Poudlard. Les scores sont à égalité : quatre matchs gagnés de chaque côté. La compétition n’a été organisée qu’à partir de la deuxième réunion. Qui cette année va remporter le trophée ? Les retrouvailles ont lieu sur la pelouse devant le château. La marque dorée, vestige du duel ne s’est jamais effacée. L’herbe qui y pousse est jaune d’or et les trèfles y ont tous quatre feuilles. Il est interdit de les cueillir. Les jumeaux Priscall ont bien essayé mais ils se sont retrouvés pendant une semaine avec du persil dans les narines pour Eric, dans les oreilles pour Rose. Les invités arrivent par petits groupes. Ils sont accueillis par Minerva McGonagall en robe de soie, Horace Slughorn, le professeur de potions, un peu serré dans son magnifique costume, et Remus Lupin qui a l’air heureux et en pleine forme et enseigne toujours la défense contre les forces du mal. « Si, si, jeunes gens, jeunes filles. C’est toujours utile. Un Mage Noir a été vaincu mais nous devons rester sur nos gardes. Le Mal peut réapparaître à tout moment. Les forces souterraines sont puissantes. Soyons toujours prêts à les combattre. » Savez-vous qu’à la fin de la guerre, Rufus Scrimgeour et toute une clique du Ministère ont craint la force et la puissance magique de Harry Potter ? Ils pensaient que le Vainqueur de Lord Machin voulait prendre le pouvoir !!!… Pures divagations politiciennes ! Harry ne pensait qu’à l’amour et c’est pour cela qu’il s’est éloigné pendant un certain temps du monde sorcier. Enfin, on n’est pas là pour remuer de mauvais souvenirs mais pour se retrouver, avoir des nouvelles de uns et des autres ... « Alors, Neville, comment vont tes cultures ? As-tu créé de nouvelles variétés de plantes ? Ah ! Ta Preciosa Tuberosera Sumatraseis est une pure merveille ! » « Salut, Pansy ! J’ai reçu ton nouveau catalogue de produits de beauté. Je te passe commande à mon retour. » « Millicent ! Quelle bonne surprise ! Tu es enceinte ? Félicitations au futur papa ! » Oui parce que finalement, Millicent a épousé Vincent Crabbe et la jeune femme se désespérait parce qu’elle n’avait pas d’enfants. Mais les recherches sur la baguette de saule de Cornélia ont permis des avancées importantes. On dit même que … mais c’est un secret …. Le repas pris dans la Grande Salle a été comme d’habitude un régal. Les elfes se sont surpassés. Il y a aussi beaucoup de changements dans la tour des elfes. Il a fallu créer une nursery puis une école car de nombreux mariages ont eu lieu après la bataille. La plupart des elfes sont libres. Seuls, quelques vieux traditionalistes refusent encore de porter des vêtements décents. Les décrets concernant les êtres magiques tels que les Centaures, les Gobelins, les Sirènes et d’autres ont été promulgués, sous l’impulsion d’Hermione Granger, toujours aussi combattive quand il s’agit de défendre les droits des opprimés. Elle profite du premier « direct » de la télévision sorcière pour lancer une action en faveur des botrucs « qui, il ne faut pas l’oublier, ont vaincu un géant le jour de la grande bataille … » Ron Weasley regarde sa femme d’un air amusé. Toujours la même … Toute sa famille va bien. Monsieur et Madame Weasley sont seuls au Terrier, enfin seuls … sauf quand débarquent les enfants et petits enfants ! Bill et Fleur vivent en France, la banque Gringott a ouvert une agence à Nice. Ils ont deux garçons, Fleur aimerait avoir une fille qui hériterait de ses dons de Velane. Charlie travaille toujours en Roumanie . Son petit ami, Boromir, est blond comme les blés et dresseur de dragons lui aussi. Fred et Georges ont épousé des jumelles moldues. Leur magasin de Farces pour Sorciers Facétieux a des succursales dans plusieurs pays et ils éditent un catalogue de vente par Hiboux express. Et depuis qu’il ont inventé la télévision sorcière, ils sont célèbres. Cette année, ce sont les anciens qui gagnent le match de Quidditch. Après le repas du soir, pour lequel les elfes ont confectionné un buffet géant, il y a un bal auquel participent les sixièmes et les septièmes années La coutume veut qu’à la première danse, les aînés invitent un élève à danser et toutes les filles lorgnent vers Draco et Harry . Ils se prêtent au jeu de bonne grâce et la fille qu’ils choisissent, un peu au hasard d’ailleurs, en est fière pendant toute l’année. Les invités partent à minuit, l’heure de la fin de la bataille, les uns en transplanant depuis le portail, d’autres par Portoloin, les derniers en empruntant le Magicobus. Stan Rocade, qui n’était pas plus Mangemort que vous ou moi, y a repris sa place. Cette année, les Malfoy-Potter ont demandé à passer la nuit dans leur ancien appartement. Ils veulent s’offrir une nuit souvenirs. De nouveau, dans la lumière tamisée de la veilleuse, ils sont nus et leurs corps sont toujours aussi magnifiques, à peine moins minces qu’avant. Ils s’embrassent à petits coups, se caressent sensuellement. Ils ne se lassent pas de redécouvrir à chaque fois le corps de l’autre. Oh ! il n’y a pas eu entre eux que des moments idylliques ! Ils se sont souvent disputés. Ils ont chacun leur caractère. Mais leur amour est si fort qu’ils finissent toujours dans les bras l’un de l’autre. Cependant, cette nuit est particulière, Draco a quelque chose à demander et il ne sait pas trop comment s’y prendre. Alors, il laisse la passion déferler sur eux. Son sexe dur va et vient en Harry, lui arrachant des cris et des gémissements de plaisir. La sueur coule sur leur peau et elle luit dans la pénombre. Ils sont divinement beaux. Enfin ils atteignent le point ultime de la jouissance et doucement se séparent, haletants. Le temps qu’ils se rafraîchissent et se recouvrent magiquement d’un pyjama de soie, une agréable fantaisie de Draco, et des chaudes couvertures et vient le temps des confidences sur l’oreiller. Le jeune homme blond hésite un peu puis il se lance : « Harry, maintenant que nous sommes bien installés dans la vie, n’as-tu jamais pensé à avoir des enfants ? » Il tremble un peu en disant ces mots. Ce qu’il a à proposer est tellement étrange … Mais Harry sourit immédiatement et le serre contre lui. « J’ai eu la même idée. J’attendais un peu pour t’en parler, je ne savais pas si tu en avais envie. Tu penses à une adoption ? Je serais tout à fait d’accord, tu sais, maintenant que la loi sorcière l’autorise. » Draco le regarde, les yeux émeraude se reflétant comme toujours dans les yeux argent. Puis il se décide : « Harry, je veux plus qu’une adoption. Je veux … je veux porter ton enfant … » Le silence s’installe et Draco prend peur. Mais il voit soudain le visage de son amour s’illuminer. « Toi aussi tu en as entendu parler ? L’effet de la baguette de saule … La possibilité pour deux hommes qui s’aiment de concevoir un enfant à eux … Draco …Je n’aurais jamais imaginé …Je n’aurais jamais osé … Mais si tu veux … » Les mots s’étranglent dans sa gorge. Il serre Draco contre lui de toutes ses forces. Il en a tant rêvé …une famille à eux, des enfants, toute une vie à s’aimer et à partager leur bonheur… C’est trop … Pour la première fois depuis plus de dix ans, Harry sent ses yeux se mouiller de larmes. Draco lui aussi est terriblement ému. Alors il parle pour cacher son émotion. « Cette chambre nous a toujours porté bonheur. C’est ici que nous nous sommes dit « Je t’aime. » pour la première fois. Sur ce lit , nous avons fait le Serment. Je t’ai demandé en mariage et maintenant je te le redis : Harry, aime-moi, fort. Fais-moi un enfant, Harry. » Plus tard, deux Anges, l’un blond, l’autre brun, sentent le sommeil les gagner. Une dernière caresse, un dernier baiser … Des mots chuchotés… « Dors Harry. » … A quoi répond dans un murmure …« Dors Draco . »… Et c’est la nuit , la belle nuit étoilée, la nuit de tous les rêves … FIN . |