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Chapitre 8 : Préparatifs. A l’une de ses pattes était attaché un parchemin roulé, fermé par un ruban noir et cacheté de cire. C’était le messager du Maître des Ténèbres. Le message était court, cinq mots écrits en gros à l’encre noire : « POUDLARD VENDREDI 13 MARS MIDI » Un silence de mort régnait dans la grande salle. Harry se leva et porta le parchemin à Minerva McGonagall. Elle était la directrice de l’école. C’était à elle de mettre les élèves au courant et de prendre les décisions les concernant. Il savait seulement que le Lord Noir le défiait , lui, en particulier. Quelle que soit la décision prise pour les autres sorciers, lui ne pouvait refuser le combat. D’ailleurs, le hibou grand duc n’avait pas bougé. Il attendait visiblement une réponse. Harry fit apparaître une plume, de l’encre et un parchemin. Mais la directrice l’arrêta d’un geste. « Attendez un instant, Harry, » dit-elle Elle se leva et s’adressa aux professeurs et aux élèves réunis : « Lord Voldemort nous invite à un duel ce vendredi, ici même à Poudlard. Il a choisi Harry comme adversaire. Mais c’est tout Poudlard qu’il provoque. Que devons-nous lui répondre ? » Les élèves se regardèrent, des voix s’élevèrent. Théodore Nott que tous considéraient comme leur chef se leva et dit : « Nous devons savoir en premier s’il veut un duel à la régulière ou un combat sans foi ni loi. Je pencherais pour la première solution sinon il aurait attaqué sans prévenir. » Parvati Patil ajouta : « Dans les duels sorciers, les témoins de deux parties se rencontrent en terrain neutre et discutent des modalités. » Sa sœur Padma compléta : « Il n’a pas à nous imposer un lieu et une date. Harry est aussi puissant que lui. » Ron résuma : « Proposons deux représentants de chaque camp se rencontrant en terrain moldu pour les dispositions à prendre. » Mais Harry reprit la parole : « Vous parlez de Lord Voldemort, là. Je ne suis pas sûr qu ‘il accepte de discuter. Mais nous pouvons essayer. Cela lui montrera au moins que nous n’avons pas peur de lui . » Il écrivit donc : « Deux hommes à vous rencontreront mes deux témoins dans le bar moldu qui se trouve en face du « Chaudron Baveur » demain lundi à 10 heures. Ils mettront au point tous les détails du duel. » Il roula le parchemin et le fixa à la patte du grand duc qui hulula de nouveau et prit son envol. Quand il fut parti, le silence revint. Le moment était venu. La bataille pouvait commencer. Les professeurs avaient été surpris par le sang-froid des élèves. Il n’y avait pas eu de cris, de pleurs ou d’évanouissements. C’était à peine si quelques Pouffsouffles avaient un peu pâli. Mais tout le monde attendait l’annonce de la bataille depuis longtemps. C’était un soulagement de savoir qu’elle était si proche. L’après-midi se passa en discussions passionnées. Par petits groupes, les élèves commentaient la nouvelle et réagissaient selon leur tempérament. Mais aucun ne semblait mettre en doute leur victoire. Lord Voldemort avait défié Poudlard et Poudlard était prêt à la riposte. L’école comptait un club d’échecs. Ses membres se mirent à comparer les forces en présence. Les Rois étaient connus : Harry Potter pour les blancs, Lord Voldemort pour les noirs. Mais qui étaient les Dames ? De leur côté, plusieurs noms furent proposés : Hermione Granger, Minerva McGonagall, Sibylle Trelawney elle-même, puis comme ni Harry ni Draco n’étaient présents, un jeune Serdaigle proposa Draco Malfoy, le petit ami de l’Elu. Ils supposaient tous que dans ce couple extraordinaire, Harry était le dominant et Draco le dominé. Ils étaient loin de la vérité. En fait, aucun des deux ne jouait à dominer l’autre. Le jeune Serpentard était l’initiateur et il voyait venir le temps où le jeune Griffondor n’aurait plus besoin de leçons. Harry était extrêmement doué pour les jeux amoureux. De plus sa puissance magique multipliait ses possibilités. Du côté des noirs, trouver la Dame était plus difficile. Neville proposa Bellatrix Lestrange. D’après ce qu’il avait vu lors du combat au Ministère de la Magie, elle était une fan absolue du Maître des Ténèbres. Le même Serdaigle avança aussi le nom de Narcissa Malfoy. Les deux femmes appartenaient à la même famille, celle des Black, dont les membres avaient toujours été à Serpentard, sauf le dernier, Sirius , qui appartenait à la maison Griffondor et à l’ordre du Phénix. Le jeune Serdaigle faisait de la généalogie et s’intéressait aux grandes familles de Sang Pur. Il voulait démontrer qu’elles avaient toutes fait dans un passé pas si lointain des alliances avec des Sangs Mêlés, des Moldus ou même d’autres créatures magiques comme les Velanes ou les Ondines. Il y avait la jeune Griffondor amie du calmar géant par exemple … Les pions étaient faciles à deviner : les Mangemorts noirs et les Poudlardiens blancs. Il y eut discussion pour savoir si les professeurs faisaient partie des pions. Mais la logique voulaient qu’ils représentent plutôt l’une des tours, l’autre étant formée de Graup et de Hagrid ,son demi-frère Dans l’autre camp, les trois géants venus du sud occupaient l’une des positions. Ils hésitaient pour la deuxième : Voldemort avait-il pu recruter des trolls ? Leurs cavaliers étaient Buck, l’hippogriffe de Hagrid et peut-être les Sombrals s’ils répondaient à l’appel du Serpentard qui pouvait les voir. Il ne fallait pas trop compter sur les Centaures malgré leur amitié nouvelle avec Trelawney. Ils étaient trop indépendants mais au moins ils resteraient neutres. Qu’est-ce que le Lord Noir pouvait avoir comme cavalier ? On parlait bien d’un dragon, un Vert Gallois disparu récemment mais ce n’était pas certain. Et Luna Lovegood était toujours persuadée qu’il existait quelque part une armée d’héliopathes prêts à tout brûler sur leur passage. Il restait les fous. C’étaient les plus terrifiants. Ils pensaient aux Détraqueurs et aux Loups garous du côté noir de la force. Enfin, si la bataille avait lieu de jour, les seconds seraient moins à craindre. Ce fut alors qu’une voix tremblante s’éleva. L’une des sœurs Montgomery, qui avait perdu son frère, mordu par Greyback, fit remarquer la date choisie par Lord Voldemort. « Vendredi 13 mars, dit Ernie MacMillan en ayant l’air de se moquer, serais-tu superstitieuse ? Le vendredi 13 porte chance ou malchance selon les croyances. Mais c’est un jour comme les autres. --Pas pour Voldemort apparemment, dit Hannah Abbott. --Ce n’est pas ce que je voulais dire, reprit la petite. Ce vendredi 13 est particulier. C’est aussi le jour de la pleine lune. Si la bataille se prolonge, les loups garous auront le temps de se transformer et de nous attaquer. Nous n’avons pas trouvé de défenses contre eux. Je suis sûre que Voldemort y a pensé. Nous savons repousser les Détraqueurs avec nos Patronus mais pas les Loups garous. Ils sont féroces et violents. Les sortilèges n’agissent pas contre eux quand ils sont transformés. Que ferons-nous quand la pleine lune se lèvera ? » Un grand silence lui répondit. De toutes les menaces qu’ils avaient évoquées, celle-là était la plus terrible. Ils imaginaient tous la nuit tombante, l’énorme lune dans le ciel et les hurlements sauvages … Oui, la bataille serait dure et ce qui leur était apparu jusqu’alors comme un jeu prit une allure beaucoup plus sombre. Il y aurait des morts, des blessés, du sang, des cris de douleur, des visions qu’on ne peut oublier … la guerre, la vraie guerre avec son cortège de souffrances et d’horreurs. … Une voix s’éleva alors. Colin Crivey, les yeux fixés sur Grégory Goyle, brisa le silence. « Nous aussi, nous avons nos fous, nous avons tous ceux qui s’aiment en sachant que la mort nous guette et qu’elle peut nous séparer demain. Ne faut-il pas être fou pour aimer et parier sur la vie alors que la guerre est à nos portes ? Moi, je fais ce pari comme beaucoup d’entre nous, comme Ron et Hermione, comme Théo et Parvati, comme Harry et Draco. L’amour est une folie et il est plus fort que la haine. Nous gagnerons la bataille. Parce que Poudlard est uni pour la première fois depuis les temps anciens des Fondateurs. Parce que nous avons su passer au-dessus des différences entre les Maisons. Parce que nous avons découvert l’amitié et l’amour. Nous nous battrons pour un idéal et pas pour dominer le monde comme cette enflure de Lord Machin. » Il leva le poing et cria : « Griffondor ! » Après un bref moment de stupeur, les autres se levèrent et crièrent à leur tour : « Pouffsouffle ! Serpentard ! Serdaigle ! » On porta Colin Crivey en triomphe. La directrice, les professeurs, les préfets des quatre Maisons, les deux préfets en chef, Harry, Ron et Hermione étaient réunis dans la Grande Salle. C’était l’heure des décisions importantes. Minerva McGonagall parla d’abord des élèves les plus jeunes. C’était bien joli de se préparer au combat mais il serait plus prudent de mettre les deuxièmes et les troisièmes années à l’abri. Théodore Nott n’était pas de cet avis. Ils avaient tous le droit de se battre pour leur vie et leur liberté. D’après leurs plans de bataille, les plus jeunes seraient protégés par les plus âgés. Ce serait une raison de plus de vaincre à tout prix pour éviter que leurs camarades ne soient réduits en esclavage par Voldemort. En première ligne se trouveraient les Aurors envoyés par le Ministère. Ensuite viendrait la ligne de défense des professeurs. Les élèves seraient un peu à l’arrière, par petits groupes, toutes maisons confondues. Chacun avait sa spécificité et ils pouvaient compter les uns sur les autres. Ron proposa à Théodore de profiter des quelques jours restant avant la bataille pour faire des répétitions grandeur nature. Harry n’intervenait pas dans ces discussions. Il avait une seule mission : affronter le Lord Noir en face. Mais il était vraiment étonné de voir tout le travail de préparation accompli par les élèves. Il rappela seulement la dernière lettre apportée par le corbeau noir. Il était temps de prévenir le Ministère et toutes les autres cibles citées dans le message. Car il était persuadé que c’était le plan de Voldemort : faire croire que son seul objectif ce jour-là était Poudlard pour que les défenses se relâchent ailleurs. Hermione et Remus étaient aussi de cet avis. Il fallait seulement attendre la réponse à leur proposition de pourparlers. Ce fut à ce moment qu’une chose à la fois attendrissante et drôle se produisit. Dobby, Winky et une dizaine d’autre elfes « libres » de l’école firent leur entrée dans la salle. Ils venaient offrir leurs services « pour aider les vaillants défenseurs de Poudlard ». Hermione était très émue. Son activité pour la libération des elfes portait ses fruits. Les autres étaient plus septiques. Quelle pouvait être l’utilité des elfes de maison dans une bataille ? Ce fut là qu’ils eurent une grosse surprise. Personne n’y avait pensé mais les elfes étaient les seuls à pouvoir transplaner dans Poudlard. Ils allaient et venaient sans qu’on prenne garde à leur présence. Ils signalaient leurs arrivées et leurs départs par un « plop » sonore et passaient ainsi d’un endroit à un autre sans se faire remarquer. Dobby annonça fièrement que pendant la bataille, ils pourraient servir de messagers entre les différents groupes. Ils pourraient aussi apporter des boissons et de la nourriture. Et puis, ils étaient petits, les autres ne les remarqueraient pas. Dobby disait cela en se redressant de toute sa petite taille, ses gros yeux brillant d’excitation et ses oreilles battant l’air de chaque côté de sa tête. Toutes les personnes présentes étaient stupéfaites. Mêmes des êtres aussi insignifiants que les elfes offraient leurs services pour défendre l’école. La directrice accepta avec reconnaissance. Et le hibou grand duc du Maître des Ténèbres réapparut avec un nouveau message. Il se posa devant Harry et tendit sa patte. Un seul mot figurait sur le parchemin déroulé : ACCEPTE Toutes les personnes présentes furent un peu soulagées. Le simple fait que le Seigneur des Ténèbres ait donné suite à leur demande prouvait qu’il les considérait comme des adversaires à sa hauteur.Dans un match, on aurait dit que le score était de 1 à 1. Maintenant la question se posait : «Qui se rendrait à ce rendez-vous ? » Ron se proposa immédiatement. Il était le Lieutenant de Harry. Il devait le représenter à l’entrevue. Il fallait aussi un délégué de Poudlard, le responsable de l’une des quatre Maisons serait le mieux. Ce fut Pomona Chourave, directrice des Pouffsouffles, qui donna son accord. Pour une fois, sa Maison serait en vedette. Ils discutèrent longuement des points à aborder tout en sachant que Voldemort refuserait sans doute la plupart de leurs propositions. Mais celui qui ne demande pas TROP n’obtient jamais ASSEZ .Ce soir-là, à l’extinction des feux, l’atmosphère générale dans l’école était à la crainte et à l’espoir mêlés. Draco avait passé l’après-midi avec différents groupes d’élèves. La vie de Harry dans son rôle de chef de guerre lui était étrangère. Il ne s’en mêlait pas. Il faisait tout son possible pour le soutenir moralement par son amour et c’était déjà beaucoup mais il ne pouvait aller plus loin. Il se joignit donc aux autres élèves et fut surpris de leur détermination et de leur courage. Pas un seul d’entre eux n’avait répondu favorablement à la directrice quand elle avait parlé de renvoyer chez eux les enfants qui le désiraient. Les adolescents de quatorze et quinze ans avaient bien conscience de ne pas être assez forts pour s’opposer à des combattants endurcis comme les Mangemorts mais ils refusaient de déserter avant la bataille et cela, malgré les lettres angoissées de leurs parents. Ils avaient un petit rôle à jouer et ne voulaient pas en être privés. Draco resta un long moment avec le groupe des baguettes magiques. C’était leur arme principale et il était heureux d’avoir récupéré la sienne. Cornélia annonça qu’elle irait le lendemain dans la Forêt interdite pour « cueillir » quelques baguettes de saule. Comme la directrice le lui avait demandé, elle avait fait une démonstration des pouvoirs de la sienne. Ses camarades avaient été stupéfaits et aussi très admiratifs quand elle avait dit, en rougissant un peu de son mensonge, qu’elle allait les chercher dans le domaine des araignées géantes. Depuis, Dennis Crivey lui faisait les yeux doux : il en voulait une et savait séduire. Mais la petite avait la tête sur les épaules et connaissait le but de cette manœuvre. Elle ne se fit pas trop d’illusions sur les sourires et la gentillesse de Dennis à son égard. Tout le groupe fut aussi très surpris quand Argus Rusard, le concierge de l’école, vint demander d’un air un peu embarrassé si lui aussi pourrait avoir une de ces baguettes si particulières. Cornélia savait qu’il était Cracmol mais elle lui en promit une. Peut-être cela lui servirait-il à se sentir mieux pendant la bataille. Car lui aussi avait décidé de rester. Et s’il ne pouvait se battre, il s’occuperait des blessés avec Madame Pomfresh. En apprenant cela, Madame Pince, la bibliothécaire, l’avait regardé avec des yeux admiratifs. Il en était tout ragaillardi. Sa chatte, Miss Teigne, et Pattenrond, le gros chat orange d’Hermione, ne se quittaient plus. On aurait dit des conspirateurs. Qu’avaient-ils décidé dans leur petite cervelle d’animaux de compagnie ayant l’habitude de prendre fait et cause pour leurs maîtres ? Personne ne le savait mais ils rôdaient souvent du côté du saule cogneur. Luna Lovegood insista de nouveau pour que ses camarades utilisent sa cire d’abeille d’Abyssinie. Elle en avait apporté un pot et fit une démonstration. Elle demanda à Terry Boot de lui jeter un « Expelliarmus » et ne fut désarmée qu’à la deuxième tentative. On l’appelait parfois Loufoca ou Lunatik Lovegood mais son père avait beaucoup voyagé et tous les sorciers africains se servaient de ce produit. Elle eut finalement pas mal de succès. Le soir, après une journée épuisante moralement, Harry fut heureux de rester un long moment sur le canapé, devant la cheminée du salon. Draco le tenait dans ses bras et le câlinait doucement. Pour la première fois, il parlèrent de leur avenir sans tenir compte des évènements des prochains jours. Draco expliqua qu’il voulait se spécialiser dans la fabrication des potions. Il y avait à Paris une université très renommée qui enseignait la pharmacopée magique. L’école était bilingue. Les études duraient trois ans. Mais maintenant qu’il était pauvre, il devrait travailler pour les payer. Harry n’était pas d’accord. « Ta mère est une Black et Sirius a fait de moi son héritier. Je n’ai pas besoin de son argent, je suis déjà assez riche grâce à mes parents. Je pourrais t’aider. --Il n’en est pas question, Harry. Je me débrouillerai tout seul. Je ne veux pas de ta charité. -- Ce n’est pas de la charité. Je te ferai un prêt si tu préfères. Tu me rembourseras quand tu seras installé dans une belle boutique sur le Chemin de Traverse. -- Tu es fou Harry. Et toi que feras-tu plus tard ? Tu voulais être Auror, je me trompe ? -- Non, mais ce n’est plus ce que j’envisage. Je crois que j’aurai vu assez de mages noirs pour toute ma vie. Peut-être que je pourrais aussi m’installer à Paris, du côté moldu. Je ne serais pas connu et j’aurais la paix. Mais je ne sais pas ce que je pourrais étudier. Je ne suis pas bon à grand chose et je n’ai jamais fait de projets d’avenir. Depuis que je suis à Poudlard, j’ai toujours pensé que je ne survivrais pas à Voldemort. » Draco serra Harry plus fort dans ses bras et l’embrassa dans le cou. En un éclair, il venait de réaliser quelle drôle de vie son jeune amant avait menée depuis la mort de ses parents : une enfance dans une famille qui le rejetait, une adolescence dans une école où chaque année lui avait apporté son lot de souffrances, et maintenant cette épée suspendue au-dessus de sa tête. Pourtant si quelqu’un méritait d’être heureux, c’était bien Harry. Alors, il partagea ses rêves. Ce serait une bonne idée de prendre un appartement commun du côté moldu de Paris. Il irait à son école et Harry étudierait … voyons … le droit ? … le journalisme ? … l’art ? … non … sa spécialité, c’était le Quidditch … les balais magiques … Il y avait plusieurs fabriques en France … Renold qui avait inventé les manches courbes …Lemoën et ses brindilles calibrées au poil près … Pigeot et ses modèles pour tous les membres de la famille, de 7 à 77 ans … Harry pourrait y faire des stages de formation … ou devenir pilote d’essai … ou inventer des nouveaux équipements … ou être entraîneur d’une jeune équipe … Que c’était bon de rêver ! … Petit à petit, les soupirs de plaisir remplacèrent les mots, les gestes se firent plus tendres et ils oublièrent le reste du monde dans une étreinte passionnée ponctuée de baisers dévastateurs et de caresses affolantes.Quand enfin ils se retrouvèrent blottis l’un contre l’autre dans la chaleur de leur lit, ce fut Draco qui tout à coup demanda : « Si nous allons vivre ensemble à Paris, accepterais-tu de m’épouser ? » Il y eut un grand silence. Puis Harry attira encore plus près de lui le jeune homme blond un peu tremblant après sa demande et murmura à son oreille : « Draco … s’il te plaît … ne rêvons pas trop fort … Je te dirais oui tout de suite s’il n’y avait pas … ce vendredi … Merlin sait que je t’aime mais … Nous en reparlerons après … si tu veux encore de moi … quand je l’aurai tué … quand je serai devenu un assassin … Non, ne dis plus rien, ça fait trop mal … Dors Draco, fais de beaux rêves … je … je t’aime … » Il caressa doucement la joue de Draco et y trouva des larmes. Le lundi, les deux émissaires revinrent dans l’après-midi. Ils étaient à la fois soulagés et inquiets. Les deux Mangemorts qui les avaient rejoints dans le pub moldu étaient assez âgés. Ils leur étaient inconnus. Ils avaient un accent étranger, c’était la preuve que Voldemort recrutait des adeptes hors de l’Angleterre. Mais ils étaient très calmes et avaient des consignes précises. Les discussions avaient été courtoises. Cependant, Madame Chourave et Ron n’avaient obtenu que trois assurances : en premier, les assaillants n’enverraient aucun sort mortel sur les élèves. En échange, les protections magiques de Poudlard devraient être levées le vendredi à midi précise, heure solaire. La bataille durerait jusqu’à minuit et reprendrait le lendemain à 6 heures aussi longtemps que ce serait nécessaire jusqu’à la victoire de l’un ou l’autre camp. Madame Chourave, très digne dans sa robe noire portant l’écusson de Pouffsouffle, avait obtenu que des pauses soient décidées pendant la bataille pour évacuer les blessés des deux côtés. Les personnes hors de combat, que ce soient des enfants ou des adultes, ne seraient pas attaquées ou achevées. Ce n’était peut-être que des paroles mais elles avaient été dites. On verrait si les partisans de Voldemort tiendraient ces promesses. Les Mangemorts n’avaient pas voulu dire quels genres de combattants leur Maître comptait envoyer sur l’école. Ils avaient seulement assuré qu’il n’y aurait pas plus d’attaquants que de défenseurs. Mais comme le fit remarquer Hermione au retour de Ron trois géants valaient plus que trois adolescents de quinze ans . Enfin, et là les Mangemorts avaient été intransigeants, Harry Potter ne devrait affronter que le Maître des Ténèbres et c’était ce dernier qui déciderait du lieu et du moment de leur combat. Ils se battraient en duel jusqu’à ce que mort s’ensuive et cette mort déciderait de l’issue de la bataille. Si Harry Potter mourait … et ils en étaient sûrs … l ’école appartiendrait au Maître des Ténèbres et tous ceux qui s’y trouveraient lui feraient allégeance, élèves comme professeurs. Si le Lord Noir mourait … c’était impossible, il était immortel … les Mangemorts et tous les combattants présents déposeraient les armes. Le soir, au dîner, Minerva McGonagall annonça à tous les conditions de la bataille. Elle proposa encore aux élèves et même aux professeurs qui avaient une famille ou des enfants de quitter Poudlard. Madame Bibine avait deux grandes filles, l’une à Londres, l’autre à Liverpool. Elles attendaient toutes les deux un bébé. Mais la professeur de vol sur balai refusa de partir. Ses petits-enfants naîtraient dans un monde libre. Elle se battrait pour eux. Le mari de Madame Chourave travaillait au Ministère de la Magie. Lui aussi aurait à se battre. Enfin le fils de Madame Pomfresh était médicomage à Sainte Mangouste. Il aurait son travail à faire après la bataille. Mais quand la directrice parla de la dernière condition, le duel entre Harry et Voldemort, il se fit un grand silence. Tous les regards se tournèrent vers la table des Griffondors où leur champion était assis, encadré de Draco et de Colin, avec Ron et Hermione en face de lui. Qu’il était jeune, et beau, et pâle, leur Héros ! Une si lourde charge … sur des épaules bien minces ! Alors Harry se leva et dit : « Je me battrai jusqu’au bout de mes forces. Et avec votre soutien, je le vaincrai. Je vous le jure.» Sibylle Trelawney se dressa d’un bond. Son visage devint lumineux et sa voix était puissante. Elle semblait en transes. Elle annonça haut et fort : « LE LORD NOIR MOURRA QUAND VIENDRA LA HUITIEME HEURE. IL Y AURA DES MORTS ,DES BLESSES, DES CŒURS BRISES. MAIS LES PROTECTEURS DE POUDLARD SERONT A NOS COTES ET A MINUIT, VOUS FETEREZ LA VICTOIRE ! » OoOoOoOoOoO Du lundi au vendredi, le temps fila à toute vitesse. Le mardi matin, Minerva McGonagall, directrice de Poudlard, se rendit au Ministère de la Magie en grand appareil. Elle portait une robe de sorcière en satin noir avec une écharpe écossaise aux couleurs de son clan en guise de ceinture et une broche représentant les quatre Maisons de l’école sur la poitrine. Sa cape de velours rouge foncé brodée d’or était soutenue par Dobby en costume de lutin, un cache-théière sur la tête. Elle était accompagnée d’Hermione en uniforme de gala et du professeur Flitwick, lui aussi magnifiquement vêtu. Rufus Scrimgeour les reçut immédiatement dans son bureau. Pendant qu’ils discutaient des mesures à prendre pour la défense de l’école, Dobby se promenait partout en tenant devant lui une sorte de tige de métal, au grand agacement du Ministre. « Nous pouvons envoyer à Poudlard cinquante Aurors, plus si vous le jugez nécessaire. J’espère que vous avez pris toutes les mesures pour mettre les élèves à l’abri dans les souterrains du château. Les parents me harcèlent tout en sachant qu’au moins, à l’école, leurs enfants ne risquent rien. J’ai entendu parler du duel entre Vous-Savez-Qui et le Survivant. Qu’en pensez-vous ? --Il aura bien lieu à Poudlard. Harry est prêt. Je suis sûre qu’il vaincra … » La conversation se poursuivit un moment et la directrice fit mine de partir. Mais à ce moment, Dobby mit son cache-théière sur une statuette de sphinx posée sur le bureau et Minerva fit signe au Ministre de la suivre dans un coin éloigné de la pièce. « Où pouvons-nous parler sans être écoutés ? chuchota-t-elle. Le Ministre la regarda avec surprise puis désigna une petite pièce voisine qui lui servait de lieu de repos. Ce fut là que la directrice lui révéla le plan de Voldemort, à savoir l’attaque simultanée de tous les endroits stratégiques du monde sorcier le même jour que la bataille pour Poudlard. Au départ, le Ministre n’y croyait pas mais Minerva lui montra le parchemin envoyé par leur espion secret. Hermione insista. Elle parla du corbeau noir qui avait été attaqué en chemin. Elle lui fit remarquer les cibles, en particulier Sainte Mangouste et Gringotts, des lieux ultra sensibles. Le professeur Flitwick révéla au ministre que son bureau était sur écoute. Dobby utilisait un détecteur de son invention et un micro était caché dans le petit sphinx. Le professeur d’Enchantements était très malin. Il suggéra à Rufus Scrimgeour, sans avoir l’air d’y toucher, de donner par ce moyen de fausses informations à leurs adversaires. Quand ils repartirent vers Poudlard par les grandes cheminées de transplanage du Hall, ils espérait avoir convaincu le Ministre. L’école était en ébullition. Les cours étaient suspendus. On voyait partout des groupes d’élèves affairés. Mais tout se passait dans un ordre relatif. Chacun connaissait sa place et son rôle. Théo et Ron était partout à la fois. Il y eut une surprise le mercredi matin quand la plupart des Habitants de Pré au lard vinrent offrir leurs services. Sous l’impulsion de Madame Rosmerta, terriblement vexée d’avoir été mise sous Imperium l’année précédente, ils avaient décidé de se battre à leur manière. Tous les magasins du village seraient fermés sauf les Trois Balais, Honeydukes et la Tête de Sanglier. Ils y prépareraient des pièges mais personne ne resterait en bas. Ils monteraient tous à l’école. Ces renforts étaient les bienvenus. Les professeurs n’étaient pas en reste. Madame Bibine avaient confié les nouveaux balais aux meilleurs joueurs de Quidditch de chaque Maison et les entraînaient à jeter des sorts tout en volant. Horace Slughorn avait préparé depuis longtemps un chaudron de Felix Felicis et de la potion violette pour endormir les géants, à condition qu’on puisse les faire boire. Madame Pomfresh était prête. Elle avait emmagasiné toutes sortes de remèdes. Elle avait même déniché un tout petit flacon d’essence d’aigremoine. Les elfes de maison qui ne participeraient pas à la bataille l’aideraient, ainsi qu’un groupe d’élèves de deuxième et de troisième années. Cornélia avait rapporté de la Forêt Interdite une vingtaine de branchettes de saule. « Je n’ai pas pu en prendre plus, avait-elle expliqué d’une petite voix. L’arbre avait mal. Il commençait à saigner. Je lui avais expliqué pour la bataille. Mais il est comme les licornes, il n’aime pas la guerre. Il m’a dit que ces baguettes étaient plus puissantes que les autres. Elles nous protègeront mieux. Il ne faut s’en servir que le jour de la bataille. » Elle en avait gardé une pour Argus Rusard et avait demandé à Dennis Crivey de répartir les autres. Le jeune Griffondor l’avait regardée avec surprise. Il appréciait de plus en plus la petite Pouffsouffle. On la croyait si effacée alors qu’elle était étonnante … Harry restait le plus souvent dans son appartement. Il se sentait étonnement vide. Il n’avait rien d’autre à faire qu’à attendre. La bataille de Poudlard se ferait sans lui. Il lui restait juste un dernier travail à accomplir. Il se rendit chez Hagrid et apprit à Nagini la venue prochaine de son Maître. Il lui demanda s’il voulait le voir. Mais le serpent refusa. Plusieurs élèves l’avaient aperçu dans le potager. Au début, ils avaient eu peur car Nagini était impressionnant. Il se dégageait de lui une sorte de force primitive mais en même temps, ses mouvements étaient doux et …élégants. La directrice demanda à Hagrid de le présenter à toute l’école. Harry était là. Il traduisit les questions des élèves et les réponses du serpent. La peur s’envola bien vite. Quand Hagrid expliqua que Nagini logerait dans la Chambre des Secrets et qu’il en sortirait de temps en temps par les toilettes de Mimi Geignarde, tout un groupe d’élèves se promit d’aller le voir souvent et de lui apporter du lait puisqu’il aimait ça. Le mercredi matin, Harry descendit dans la Chambre. Nagini se glissa facilement derrière lui. Le lieu lui plut. Il s’enroula sur la peau desséchée du basilic et s’y trouva bien. En s’approchant de la statue, Harry avait de nouveau entendu la voix de Salazar Serpentard souhaiter la bienvenue à son héritier. Une angoisse le prit. Il n’avait toujours pas trouvé comment neutraliser le Horcrux tapi sous sa cicatrice. Il en parla l’après-midi à Ron et Hermione. A son habitude, celle-ci avait beaucoup réfléchi à la question et elle proposa une solution assez bizarre. « Harry, il ne faut rien faire avant ton duel avec Voldemort. Ou celui-ci sait que son Horcrux est sur ton front, ou il ne le sait pas. Je penche pour la deuxième solution. Harry, tu ne dois pas lancer sur Voldemort l’Avada Kedavra. Tu dois détruire sa dernière partie d’âme avec le sortilège blanc et or. Quand il s’en apercevra, il appellera à lui ses autres Horcrux, ceux qu’il croit posséder, dans l’éponge noire et dans le petit lion de pierre. Je suis sûre que celui de ton front répondra à son appel mais Voldemort ne le verra pas tout de suite. C’est à ce moment précis qu’il faudra agir, Harry. Tu n’auras pas beaucoup de temps. Dès que le Horcrux aura quitté ton corps, il faudra le détruire. Alors seulement Voldemort pourra être …heu… éliminé . » Le silence s’installa et se prolongea. Ils essayaient tous les trois de visualiser la scène. Harry réagit le premier. « Hermione, ce que tu dis là est impossible. Je n’aurai pas le temps de dire la formule du sortilège, surtout deux fois de suite. Elle est assez longue si tu t’en souviens bien. Voldemort aura toute possibilité pour la contrer. Ce n’est pas tout. La sortie du Horcrux sera peut-être très douloureuse. Je risque de mal réagir à la douleur et de ne pas agir assez vite. --Voilà pourquoi il nous faut de l’aide, Harry. Ni Ron, ni moi ne pouvons le faire . Voldemort a bien dit qu’il te voulait comme seul adversaire. Mais il y a quelqu’un qui pourrait être présent, quelqu’un que la prophétie désigne autant que toi pour tuer le Lord Noir. -- Qui ? -- Neville Londubat. -- Mais il n’a pas été marqué comme son égal ! --Harry ! Harry ! Il ne faut pas prendre la prophétie au pied de la lettre. Tu as cette marque parce que Voldemort t’a CHOISI , toi, mais rappelle-toi, Dumbledore a dit quelque chose à propos des choix. TOI, tu n’as rien choisi du tout , Neville non plus. La prophétie existe mais quelle est sa valeur réelle ? Doit-on la croire aveuglément ? Harry, il faut mettre toutes les chances de notre côté. Il faut tout dire à Neville. » De nouveau le silence s’installa. Comme d’habitude, ce fut Ron qui prit la décision. « Elle a raison, Harry. Cette prophétie limite trop nos possibilités. Aucun mage, aucune devineresse ne voit vraiment l’avenir. L’avenir, c’est nous qui le forgeons. Crois-tu aux paroles enflammées que Trelawney a dites dimanche soir ? « Le Seigneur des Ténèbres disparaîtra vendredi à la huitième heure … » Et tu as vu au Département des Mystères les milliers de prophéties qui ne se sont jamais réalisées ? Tu te battras, Harry et tu gagneras. Avec tes propres forces. Pas avec des mots. --D’accord, dit Harry en soupirant, faisons venir Neville. » OoOoOoOoOoO LEMON OoOoOoOoOoO Mercredi, tard le soir. Deux beaux jeunes hommes, un blond et un brun, étaient allongés face à face dans un grand lit. Draco avait posé une main sur la hanche de Harry. Celui-ci caressait du bout des doigts le visage de son amant. « C’est peut-être la dernière fois que nous faisons l’amour, dit-il d’une voix très douce. Demain, je veux dormir seul. --Pourquoi ? Mais pourquoi ? gémit Draco. --Parce que je veux rêver de toi, avoir envie de toi, sentir combien tu m’es nécessaire pour vivre. Je veux partir au combat avec un désir forcené de vaincre pour ensuite t’aimer en toute tranquillité et pour toujours. C’est la dernière épreuve, Draco. Après, nous serons libres. --Alors, si c’est la dernière fois, je veux que tu m’aimes, Harry. Je veux que tu me fasses l’amour. --Tu … tu es sûr ? --Oui, je le veux … Tu seras ma première fois, tu sais ? Je n’ai jamais laissé un garçon entrer en moi . Mais je veux que toi, tu me donnes du plaisir, que tu m’aimes, que tu m’emmènes au septième ciel. Je veux être tellement heureux que ce bonheur là te protègera pendant la bataille. L’Amour est une Force, c’est toi qui l’as dit. Aime-moi, Harry, pour ma première fois . Et je suis sûr qu’il y en aura beaucoup d’autres par la suite. » Alors, la grande parade d’amour commença. Il y eut d’abord des baisers, du plus doux au plus fougueux. Harry promena ses lèvres sur tout le corps offert à ses caresses. Il revenait sans cesse à la bouche tendre qui s’ouvrait pour laisser leurs langues se frôler, s’enrouler, se déguster. Il lécha la peau tendre de la poitrine, du ventre dur, du sexe dressé. Il suça les tétons roses et le gland pourpre. Il ne pouvait plus s’arrêter de savourer le corps doux et blanc offert en cadeau. Draco gémissait, se tordait, appelait, suppliait. Ses mains s’agrippaient, griffaient, se crispaient sur le dos, les épaules, les fesses de son amant. Il n’était que pur plaisir. Ses cheveux se collaient à son front. La sueur donnait à sa peau un goût salé que Harry savourait et qu’il était sûr de ne jamais oublier. Et puis ce ne fut plus suffisant, leurs deux corps en feu réclamaient plus, exigeaient tout. Ils s’immobilisèrent, se regardèrent, les yeux verts accrochés aux yeux gris . Harry glissa ses genoux entre les cuisses blanches, écartant les jambes et les remontant à sa taille. Il mit un doigt, puis deux, puis trois dans la bouche de Draco qui les mouilla de sa salive. Puis il les enfonça l’un après l’autre, le plus doucement possible dans l’anneau de chair encore inviolé. C’était chaud, étroit, vivant. Le jeune homme blond peu habitué à cette douleur criait et se tordait. Alors tout doucement, Harry laissa sa magie sortir de lui et agir. Il disait des mots doux que Draco ne comprenait pas mais qui calmait sa souffrance et sa peur. Il posait des baisers sur ses joues, son front moite, ses lèvres brûlantes. Il retira ses doigts et un gémissement de frustration lui répondit. Il caressa les épaules, le ventre, les cuisses et ses mains se firent oiseaux et fleurs. Puis son sexe dur s’enfonça dans l’antre humide qui l’attendait. Il y eut un cri vibrant et, se regardant toujours, ils commencèrent la plus belle des danses. Harry allait et venait en Draco et Draco imprimait le même mouvement à ses hanches, son sexe dressé contre le ventre de Harry. Ils criaient et gémissaient tous les deux et c’était la plus belle des musiques. Et les yeux verts s’élargirent jusqu’à former deux lacs aux profondeurs insondables. Et les yeux gris brillèrent comme deux flaques d’argent liquide. Et ils quittèrent le monde réel. Autour d’eux, dans la nuit de velours, des étoiles silencieuses naissaient, vivaient, mouraient. Les galaxies tournoyaient lentement en spirales. Des trous noirs aspiraient des chapelets de planètes. Une force déferlante, une vague énorme emportait tout sur son passage. Le monde glacé devenait flamme ardente. Une sphère de feu éclatait en millions de diamants étincelants. Ensemble, unis, ne formant qu’un seul être, ils assistaient à la création du monde et par leur amour, ils y participaient. Cela dura peut-être une seconde, peut-être une éternité. Ils ne le surent pas. Leurs jouissances furent simultanées. Puis ils retombèrent doucement et se séparèrent. Dans leur tête, ils entendaient des tambours. Puis leurs cœurs se calmèrent peu à peu. Le monde réel se reconstitua autour d’eux. Ils se sentirent dériver et s’endormirent presque en même temps, se serrant encore dans les bras l’un de l’autre. Ils ne le savaient pas mais ils étaient passés pendant un instant de gloire dans un univers parallèle où seuls quelques élus avaient le privilège d’entrer. Ils pouvaient vivre ou mourir, le cours de leur existence avait changé : ils avaient effleuré le grand mystère du monde. Ce fut une nuit sans rêves, une profonde et courte nuit. Les étoiles pâlissaient tout juste quand ils s’éveillèrent. La main de Harry était sur la hanche de Draco et la main de Draco caressait le visage de son amant. Le jeune homme blond prit une décision. Cela faisait plusieurs nuits qu’il y pensait. Il dit très doucement : « Harry, je t’ai déjà demandé si tu voulais m’épouser. Tu ne veux pas répondre avant la bataille. Mais je t’aime et je veux un espoir. Faisons le Serment, Harry, unissons-nous par le lien secret. Si tu m’aimes, Harry … --Je t’aime, Draco. Qu’est-ce que c’est que ce lien secret ? --Tu ne connais pas le Serment ? Ah ! C’est vrai, j’oublie toujours que tu n’as pas été élevé chez les sorciers. Le Serment, c’est un pacte qui engage deux personnes l’une envers l’autre. Il ne peut être rompu que par la mort . Il se pratique le plus souvent entre des gens qui s’aiment mais ce n’est pas forcé. Il peut lier aussi deux personnes qui ont une dette entre elles. C’est un peu comme une promesse de fiançailles chez les Moldus mais en plus fort, en plus absolu. Je veux faire le Serment avec toi pour que tu ne m’oublies pas après la guerre, quand tu auras vaincu le Maître des Ténèbres et que tu seras plus encore le sorcier le plus célèbre du monde. --Je ne t’oublierai jamais, Draco. Je t’aime et si tu y tiens, je veux bien faire ce Serment avec toi. Que doit-on faire ? --Il nous faut une baguette magique. Prenons la mienne puisque c’est moi qui prononcerai le Serment. Ou mieux encore, prenons nos deux baguettes. Tu répéteras les mots après moi. » Harry regarda songeusement les petits morceaux de bois qui avaient tant de pouvoir dans le monde sorcier. Il dit d’une voix basse : « Ne faisons pas de Serment avec ces baguettes. Elles ont toutes les deux été en contact avec l’esprit du mal … Attends … Je sais … Cornélia, la petite aux araignées, m’a donné une de ses baguettes de saule. Elle contient un esprit pur, l’esprit de la licorne. C’est parfait pour ce que tu veux faire. » Draco eut l’air un peu déçu mais finalement, il se rangea à l’idée de Harry. Ils s’agenouillèrent face à face sur le lit aux draps froissés, genoux contre genoux, front contre front, leurs mains serrées autour de la mince tige de saule. « Répète après moi, » dit Draco. Et dans le silence de l’aurore, les mots s’égrenèrent. Je suis toi et tu es moi Je suis toi et moi. Tu es moi et je suis toi Tu es toi et moi. Si tu vis je vis Si tu meurs je meurs. Si tu m’aimes je vis Tu me hais je meurs. Je suis toi et tu es moi Je suis toi et moi. Tu es moi et je suis toi Tu es toi et moi. Jure-le moi. Ils étaient si concentrés sur le Serment qu’ils ne virent pas une plume courir sur un parchemin sorti de nulle part. En même temps qu’ils parlaient, elle transcrivait les mots prononcés. Quand ils eurent fini, elle ajouta leurs deux noms : Harry Potter - Malfoy , Draco Malfoy - Potter. Ils étaient liés par le Serment bien plus qu’ils ne le croyaient eux-mêmes. Le matin, ils ne firent pas attention au parchemin enroulé sur la table. De cette nuit, ils conservaient des souvenirs tellement forts qu’ils eurent toute la journée l’impression de flotter. Leurs visages devaient refléter leur bonheur intérieur car en les croisant, plusieurs personnes les regardèrent d’un air étonné. Ils n’étaient pas les seuls à avoir l’esprit dans les nuages. Plusieurs couples de sixième et septième années avaient aussi profité de cet avant-veille de bataille pour échanger des promesses et unir autant leurs âmes que leurs corps. Une sorte de parfum d’amour glissait dans les longs couloirs de Poudlard. On aurait pu croire que l’atmosphère générale serait à la crainte, à l’appréhension. Il n’en était rien. Il y avait dans l’air de l’ardeur, de la vivacité, presque de la joie. Les professeurs tentaient bien de réfréner ce trop fort courant d’optimisme, eux savaient que le vendredi serait long et difficile mais finalement, ils laissèrent leurs élèves se défouler. D’ailleurs, il n’y avait aucun signe de désordre. Les derniers préparatifs battaient leur plein. Aurora Sinistra, la professeur d’astronomie avait déterminé à la seconde près le midi solaire. Elle avait ajouté que la nuit commencerait à tomber à six heures et que la pleine lune apparaîtrait environ trente minutes plus tard. Elle recommandait aux élèves les plus jeunes de se mettre alors à l’abri car ce serait le moment où les Loups Garous se transformeraient et deviendraient dangereux. Malgré toutes les recherches, on n’avait pas trouvé de moyen de défense contre eux. Il y avait aussi beaucoup d’agitation du côté des cuisines. Les elfes préparaient des litres de jus de citrouille, du thé glacé et sous l’impulsion discrète de Dobby … et de Winky, de petits tonnelets de boissons plus fortes et plus réconfortantes. Il y avait de grands paniers de fruits et des quantités impressionnantes de sandwichs. L’intendance est le nerf de la guerre. Le professeur Slughorn avait aussi demandé aux elfes de préparer des petites gourdes de Felix Felicis qui seraient distribuées à tous les combattants le matin de la bataille. Il en avait préparé tout un chaudron mais ce n’était pas suffisant pour une journée toute entière de chance pour chacun. Il faudrait choisir le bon moment pour en prendre. Il avait aussi concocté trois flacons de Géandormis, la potion violette qui endormait les Géants pendant une semaine. Mais quant à leur en faire boire … Enfin, c’était le moment enfiévré des derniers préparatifs. Et après le dîner, Minerva McGonagall souhaita une bonne nuit à tous. Elle fut bonne. Harry y veilla. Il passa près de chaque dortoir, près de chaque chambre et lança un sortilège de sommeil sans rêves. Quand il arriva à celle où reposait Draco, il embrassa le jeune homme blond qui avait conquis son cœur et l’endormit comme les autres. Puis il se retira dans sa chambre, il passa une heure à faire des exercices de concentration et de relaxation et une heure encore en méditation profonde. Puis le cœur, l’esprit et le corps en paix, il s’endormit à son tour. Demain, c’était LE JOUR. |