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au 04 Déc 08 :
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contenant 3595 chapitres
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Ne Ferme Pas Les Yeux
Par BlackNemesis
Harry Potter  -  Romance/Suspence
9 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 3     Les chapitres     25 Reviews    
Les Aurors perdent la tête

NE FERME PAS LES YEUX

DISCLAIMER : Les personnages, les sortilèges, appartiennent à JK Rowling & co, je ne possède que l’intrigue de cette histoire (c’est déjà ça).


Ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

CHAPITRE TROIS : LES AURORS PERDENT LA TETE.

Ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

« Pourquoi nous as-tu caché ta surdité ? »

Draco se raidit sur sa chaise mais son visage ne changea pas d’expression. Il darda un regard haineux sur Harry.

« Je ne comprends pas ce que tu racontes, Potter.

- Et moi je crois que tu sais parfaitement ce que je raconte, Draco, » articula lentement Harry en essayant de contrôler le soudain tremblement de ses mains, soulagé que le blond ne puisse pas entendre sa voix devenue rauque à cause d’une émotion qu’il n’arrivait pas à contenir. Il avait imaginé bien des scénarii au cours desquels il interpellerait Draco, le mettrait en examen et se sentirait heureux d’avoir accompli son devoir de Procureur, mais il n’avait pas une seconde pensé revoir un Draco Malfoy si hautain, si froid et pourtant si fragilisé par son handicap. C’était la découverte de cette infirmité qui rendait Harry mal à l’aise. Pas parce que Draco avec la moindre importance à ses yeux, mais simplement parce que, dans l’esprit de Harry, Draco était la mauvaise herbe et celle-ci ne mourrait jamais, elle était invincible, inattaquable. Il n’était pas censé être diminué physiquement. « Tu es sourd. J’aurais dû m’en apercevoir plus tôt. Ta façon de parler trop doucement ou trop fort…tu ne t’entends pas. Tu ne réponds jamais quand quelqu’un te parle sans que tu le regardes. Je pensais que tu voulais éviter de nous regarder dans les yeux au début, mais en fait, tu ne peux pas te concentrer sur nos yeux si tu dois déjà te concentrer à lire sur nos lèvres. Et si tu voulais qu’Hermione parle pour toi, c’est parce que tu sais que tu ne pourras pas répondre à toutes les questions, parce qu’il te sera impossible de lire sur les lèvres des membres de la Commission. Ils sont situés trop loin de la place de l’accusé dans la salle. Dis moi la vérité si tu veux avoir un minimum de crédibilité Draco. Tu nous as caché ton infirmité par pure fierté, je me trompe ? Tu croyais qu’on ne s’apercevrait de rien ? Tu es vraiment sourd ? Comment est ce arrivé ?

- Je ne saurais que te conseiller de te calmer avec toutes ces questions, Potter, tu vas faire un ulcère si tu continues. Chacun ses blessures de guerre, lança Draco avec un sourire narquois. Les miennes sont juste un peu plus invalidantes qu’une simple cicatrice sur le front ou un boitement, Potter. Alors puisque, selon toi, le courage se quantifie en terme de blessures, je suis un vrai petit Gryffondor. C’est lorsque la cabane hurlante a explosé que j’ai perdu mes facultés auditives.

- Je suis déso…

- Tout mais pas tes pathétiques petites excuses, Potter, coupa Draco en lui lançant un regard meurtrier. Je ne suis pas un infirme, je vivais très bien avant que vous arriviez, merci. J’étais parfaitement autonome, heureux, gigolo et fier de l’être, baignant dans le fric de mon amant. C’est vous que tout cela gêne, pas moi. Alors je te conseille de ne pas me traiter comme quelqu’un d’inférieur Potter.

- Etre infirme ne signifie pas être inférieur, corrigea Harry en soupirant.

- Tu ne changes pas, Potter. Tu as toujours ces idées que tu veux nobles, mais regarde toi, tu es horrifié par ma surdité, comme si cela était une des pires calamités au monde. Pourquoi avoir demandé aux autres de sortir ?

- Parce que, quoi que tu en penses, j’ai un minimum d’intelligence. Si tu t’es donné tant de mal pour nous cacher ton handicap, j’ai supposé que tu te sentirais humilié si je le dévoilais à tout le monde sans que tu y soies préparé.

- Comme c’est touchant, ironisa Draco en ignorant le regard assassin que Harry lui lança.

- Nous parlerons de tout ça chez moi, j’ai encore beaucoup de travail et peu de temps à perdre avec un présumé Mangemort rongé par sa fierté mal placée.

- Chez toi ? Qu’est ce que c’est que cette blague ? »

Harry sourit et il expliqua son projet à Draco, qui semblait complètement médusé au début, puis totalement écoeuré sur la fin.

« Je préfèrerais rester au Ministère, ou alors crever à Azkaban, lâcha Draco une fois l’explication terminée. Et puis, pourquoi moi d’ailleurs ? On ne peut pas se voir, ça risque de biaiser légèrement ton expérience.

- Je t’ai choisi toi parce que tu es le seul que j’ai sous la main pour l’instant et parce que je sais que le Ministre sera obligé d’accepter, puisque ta culpabilité n’est, finalement, pas si évidente que ça et que tout le monde se moque bien de ce qui peut t’arriver. Je veux à tout prix faire passer ce projet, et s’il faut que je me serve de toi, alors je le ferai. Et il est hors de question que tu restes au Ministère. Quant à crever à Azkaban, considère que je suis un gentil génie qui peut exaucer ton vœu si tu continues à me gonfler. Tu n’as pas le choix, c’est comme ça que je l’ai décidé et il me reste quelques formalités à remplir avec le Ministre av…connard. »

Harry se rendit compte que Draco avait tourné la tête. C’était certainement sa manière à lui de faire comprendre qu’il ne voulait pas en lire plus sur les lèvres du brun. Excédé, Harry prit son menton entre son pouce et son index et il força Draco à lui faire face. Il ouvrit la bouche pour parler mais le blond ferma les yeux, coupant court à toute communication. Harry retint un sourire. Malfoy, malgré ses 25 ans, avait un coté enfant borné désagréablement attachant, un côté qu’il n’avait pas à 15 ans.

« Ouvre les yeux, » ordonna Harry en sachant qu’il parlait aux murs.

Il replaça la table devant Draco et il fit apparaître des menottes, qu’il attacha à un poignet du blond et au rebord de la table. Draco ouvrit les yeux et il prépara une remarque cinglante.

« Je ne dirais rien à ta place, si tu ne veux pas être muet en plus de sourd ! Coupa Harry en voulant lui faire mal pour qu’il perde cette attitude infantile. Je vais parler aux autres de ton handicap, puis je ferai le nécessaire pour que tu soies chez moi avant midi. »

Il sortit de la pièce, insensible aux insultes colorées de Malfoy qui détestait l’idée de devoir partager le même espace que Harry Potter.

« Si tu lui as fait quoi que ce soit, menaça Hermione, je…

- Tu n’es pas sa mère, constata Harry avec un sourire amusé. Il va bien mis à part qu’il est sourd et qu’il voulait nous le cacher. Il lit parfaitement sur les lèvres, visiblement.

- Sourd ? Vraiment ? Demanda Ron avec un air attristé sur le visage, qui se transforma très vite en indifférence.

- Ce n’est que justice, intervint Neville avec un sourire mauvais.

- S’il était question de justice, lança Hermione avec hargne, il serait muet et non sourd, en représailles pour toutes les choses horribles qu’il nous a dites. N’acquiesces pas Neville, il n’y a rien de juste dans le fait d’être atteint de surdité. Tu devrais le plaindre au lieu de te réjouir parce que sinon, tu es aussi pourri que lui, sauf que lui avait 15 ans quand il nous menait la vie dure. Toi tu as 25 ans et tu n’as aucune excuse pour tout ce que tu lui fais subir depuis que tu l’as arrêté. Depuis le temps que tu rêves de lui cogner dessus, je suis certaine que tu as fait plus que lui mettre une simple gifle et je ne laisserai pas passer cela, sois en sûr.

- Qu’est ce qui te dit que Malfoy a changé ? Questionna Harry.

- Mon intuition me dit qu’il a mûrit, pas changé et tu le sais aussi Harry, sinon tu aurais sauté sur l’occasion de lui faire payer. »

Harry fit un sourire tendre en repensant à son père et il se tourna vers Ron et Neville.

« Elle a raison. Rappelez vous quand je vous parlais de l’adolescence de mon père. Il n’arrêtait pas d’humilier Rogue et regardez ce que Rogue est devenu à garder cette rancœur en lui sans jamais vouloir oublier. Il est passé à coté de sa vie. Pourtant, Sirius et Remus nous garantissaient que mon père était un adulte bon et généreux. Je ne veux pas devenir Rogue et vous non plus. Nous avons trop longtemps tenu Malfoy pour responsable de tous nos problèmes, de toutes nos émotions adolescentes. Nous lui avons accordé trop d’importance et, même absent, il a occupé nos pensées jusqu’à l’obsession. Ron, ce n’était pas de sa faute si tu le désirais, même s’il n’était pas ton genre d’homme. Neville, il n’est en rien coupable d’avoir poussé Ginny à te quitter. Traitons le en fonction de ses réactions actuelles et pas de ses réactions passées, sinon nous allons droit dans le mur.

- Je crois que tu n’as pas tort mais laisse moi un dizaine d’années pour m’habituer à l’idée, plaisanta Ron. C’est plus fort que moi, dès que je le vois, j’ai envie de lui taper dessus. C’est sans doute dû à la frustration. Peut être que si je me le faisais, ça irait mieux. Je peux, dis ? »

Harry éclata de rire et Hermione lui frappa le bras, un air choqué sur le visage.

« Seulement s’il est d’accord, ou si tu as une somme d’argent considérable sur toi, répondit Harry. Et même là, c’est pas gagné. Reprenons notre sérieux. Je veux qu’il soit traité comme un suspect mais aussi, et je sais que c’est contradictoire, comme un témoin à protéger. Je vais voir le Ministre pour l’autorisation de mettre en place le projet Potter comme il l’appelle. Allez le surveiller en salle d’interrogation et, Neville, contrôle toi car je ne peux pas systématiquement fermer les yeux sur tes écarts de conduite. »

Ron et Neville hochèrent la tête et ils se rendirent dans la salle. Draco s’était endormi, le visage sur son bras brûlé, l’autre bras toujours attaché à la table. Ron le contempla un instant et il reconnu qu’il désirait toujours le blond, parce qu’il n’avait jamais pu l’avoir auparavant, et qu’il éprouvait même un peu de compassion pour lui, mais son sentiment de haine demeurait intact et vivace. Il ne comprenait pas ce qui l’attirait chez Draco, à part son côté insaisissable, car il n’était pas à proprement parler une beauté classique. Il avait quelque chose de gracieux mais Ron ne parvenait pas à définir de quoi il s’agissait. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il avait toujours trouvé un certain magnétisme au blond, à défaut de le trouver beau.

« Tu crois qu’on doit le réveiller ? Murmura-t-il à l’oreille de Neville.

- Tu peux hurler si tu veux. Il est sourdingue, ça ne risque pas de le déranger. Regarde moi ce con, qui joue les pauvres petites choses vulnérables…Il fait certainement semblant de dormir, pour nous attendrir.

- Neville, ne le prends pas mal mais il y a une chose que je ne comprends pas, lança Ron sans quitter Draco des yeux. Il t’as parfois insulté, souvent humilié quand il a vu qu’il titillait méchamment tes hormones, mais ce n’était rien comparé à ce qu’il nous faisait subir à Harry, Hermione et moi. Pourquoi tu le hais tant ? »

Neville baissa la tête et il sembla réfléchir à une façon de le dire. Puis, lentement, il plongea un regard blessé dans celui de Ron.

« Ok mais ne flippe pas, d’accord ? En fait, je…je n’éprouvais pas que du désir pour lui. Nous avions cours de potions ensemble alors que vous, vous aviez abandonné après les BUSE. Nous étions en groupe vraiment restreint et, franchement, il était naturel et agréable. Nous passions pas mal de temps à rire aux éclats en cours, même Rogue riait à ses conneries. Je n’ai plus seulement aimé son physique, mais aussi son intelligence, et pourtant je n’étais pas homo…Je veux dire, pas comme toi…Toi tu es un pur et dur ! Malfoy faisait tout pour me montrer que j’étais quelqu’un d’intéressant, il m’encourageait, et j’ai craqué pour lui. Je suis tombé amoureux parce qu’il me faisait sentir que j’étais quelqu’un de bien, j’étais beau dans ses yeux. Un jour, en septième année, il travaillait à la bibliothèque et, comme souvent, je l’observais. Il m’a suivi dans un des rayonnages et il m’a demandé si j’avais un problème car je semblais préoccupé. Je t’assure Ron, je ne savais pas qu’il était aussi bon acteur. Il avait vraiment l’air inquiet pour moi, je voyais de l’amour dans ses yeux. Il s’est approché tout près, ses lèvres touchaient presque les miennes et j’ai perdu le contrôle. Je lui ai avoué que j’étais amoureux de lui. Tu sais ce qui s’est passé ensuite ?

- Non Neville, je ne le sais pas mais je me doute qu’il n’est pas tombé dans tes bras.

- C’est le moins qu’on puisse dire. Il a ri. Aux éclats. Et puis il m’a regardé avec dédain avant de me demander comment j’osais ne serait-ce que poser les yeux sur lui. Crabbe, Goyle, Parkinson, Nott et Bullstrode étaient cachés derrière la rangée de livres. Ils sont sortis et ils lui ont donné de l’argent. Il avait parié qu’il me ferait tomber amoureux de lui ! Jamais je ne m’étais senti aussi humilié. Tous les sentiments que j’éprouvais pour Malfoy se sont envolés en quelques minutes et depuis, je le hais peut être plus encore que Bellatrix Lestrange, sa salope de tante.

- Je comprends ton envie de lui faire payer ça. Mais Harry et Hermione ont soulevé un point important : nous étions des gamins et eux aussi. Regarde Bullstrode, elle s’est battue comme une tigresse à nos cotés. Nott et Goyle ont désobéi à leurs parents en s’enrôlant dans l’Armée de Dumbledore, Nott t’as même tiré des griffes de Lestrange. Sincèrement, je doute que Malfoy soit quelqu’un de bien, mais accordons lui le bénéfice du doute. Au moins le temps que nous fassions notre enquête. »

Neville sembla réfléchir intensément. Il fixait le corps endormi de son ennemi sans la moindre impartialité. Puis il s’approcha de lui et il donna un violent coup de pieds dans la chaise, ce qui eut pour effet de faire sursauter Malfoy qui poussa un cri strident. Il perdit l’équilibre à cause des menottes qui le tenaient à la table quand il tenta de se lever et il retomba lourdement sur sa chaise. Il lui fallut quelques instants pour retrouver une respiration normale et il en vint à regretter que Potter et Granger ne soient pas présents pour calmer un peu la rancune de Neville. Il se sentait totalement exposé, désemparé sans ses pouvoirs magiques. Il s’en était peu servi durant ses années d’exil, à part pour s’échapper lorsque les Mangemorts retrouvaient sa trace, et se jeter le sortilège d’apprentissage rapide pour lire sur les lèvres, parler la langue des signes, même s’il ne maîtrisait pas encore totalement ces deux pratiques.

Lorsqu’il ne faisait pas appel à la magie, il savait pourtant que ses pouvoirs étaient là, en lui, qu’ils étaient assez forts pour lui éviter de se laisser attraper par les Mangemorts. Il n’avait pas besoin de s’en servir, il s’était assez bien débrouillé sans eux, mais se retrouver privé de la sécurité qu’ils lui conféraient, le rendait nerveux, presque faible. Il passait son temps à se dire qu’il n’était plus que l’équivalent d’un cracmol, incapable de pratiquer la magie. Il avait l’impression de la sentir encore pulser en lui, comme les gens qui perdent un membre et qui ont la sensation que ce membre est toujours en place et qu’il bouge. Draco avait entendu parler de ces membres fantômes, et c’était exactement ce qu’il vivait avec sa magie. Il avait besoin d’elle, il la ressentait mais il était cruellement conscient qu’elle ne coulait plus naturellement dans son précieux sang. Et savoir que même Neville Londubat était plus fort que lui le rendait nauséeux.

Il toisa Neville d’un air méprisant et il articula très lentement :

« Remercie Merlin que je sois toujours attaché, Londubat.

- Garde ton baratin, Malfoy, tu ne m’impressionnes pas, cracha Neville. Tu peux berner qui tu veux avec tes histoires d’innocence, de prostitution, de brûlure et de surdité, mais pas moi. Je suis même sûr que tu n’es pas sourd, tu es juste très bon acteur. Il n’y a que du mal en toi, comme dans chaque membre de ta putain de famille. Une famille de putes. »

Draco ferma les yeux pour ne plus voir les insultes se former sur les lèvres blanches de l’Auror. Il passa la main droite sous son pull et il caressa lentement son ventre, du nombril au torse, tout en cherchant une image apaisante. Sa mère embrassant ses cheveux. Son père le surprenant en revenant plus tôt du Ministère pour l’emmener faire les boutiques de Diagon Alley. Comme il était corrompu à cette époque ! Ses parents se sentaient obligés de lui passer tous ses caprices pour le rendre heureux, alors qu’il était déjà heureux avec eux. Une accolade de son père, un sourire de sa mère suffisaient à lui redonner le moral quand Hermione Granger le battait dans toutes les matières à l’école. Mais il en voulait toujours plus, il voulait contrôler ses parents, leur faire faire ses quatre volontés…Et il y parvenait en jouant les éternels insatisfaits. Il préféra penser à la fierté qu’il avait éprouvée en donnant la dernière incantation d’une série de cinq, qui avait permis à Remus Lupin et Kingsley Shakelbolt de libérer Bill Weasley, prisonnier de Rodolphus Lestrange. Ce faisant, il avait découvert une branche de sa famille qui oeuvrait pour les forces du bien.

L’émotion qui lui avait serré la gorge lorsque Nymphadora Tonks, sa cousine, l’avait étreint sans savoir qui il était. Sa main chaleureuse dans la sienne. Son parfum agréable. Le sourire de Lupin qui lui parlait toujours sereinement, avec un regard qui le faisait douter, le même regard qu’il lui portait quand il était son élève. Un regard franc, doux et indulgent, même si Draco dépassait trop souvent les limites. Il s’était plusieurs fois demandé si Lupin ne l’avait pas reconnu malgré la capuche qui lui couvrait toujours le visage. Le son de son rire suave, en contraste avec celui, tonitruant, de Bill. Le visage doux et inquiet de Potter quand, en septième année, ils s’étaient retrouvés tous les deux à l’infirmerie après une violente partie de Quidditch.

Un mince sourire se forma sur ses lèvres et Neville vit rouge. Il leva le poing, mais Ron fut plus rapide. Il le retint et finit par le pousser vers la sortie. Draco, alerté par le remue ménage autour de lui, ouvrit les yeux, se reconnectant à cette réalité trop sombre. Une fois Neville hors de la pièce, Ron détacha Draco qui se leva pour se dégourdir les jambes. Ron s’installa sur la chaise qu’il venait d’occuper.

Ron, pensa-t-il, ne bloque surtout pas sur le fait que si la place est chaude, c’est parce que ses fesses adorables y étaient. Ne laisse pas ton cerveau descendre à un mètre de ta tête Ron. C’est le diable, ne l’oublie pas. Un monstre. Un Mangemort. Pire, un Malfoy !

Il regarda longuement Draco avant de sur articuler :

« Je viens de te sauver la peau. Tu me dois une partie de jambes en l’air.

- Je suis trop cher pour toi, Weasley, répondit lentement Draco comme s’il s’adressait à un demeuré.

- Je te rappelle que mon père est Ministre de la Magie. J’ai les moyens. Peut être que j’aurai droit à ta gratitude si j’interviens en ta faveur et que je t’évite de gros ennuis…comme être accusé de soutenir Celui dont on ne doit pas prononcer le nom, par exemple.

- Alors dans ce cas, et seulement dans ce cas, je te ferai des choses que tu n’imaginais même pas quand tu fantasmais sur moi à Poudlard.

- Comme quoi ?

- Ne rêve pas, un magicien ne révèle jamais ses secrets. Sors moi de là et je te montrerai à quel point je suis souple, si tu vois ce que veux dire, proposa Draco avec autant d’entrain que s’il était sur le point de se faire couper les deux bras. Je te montrerai ce que sait faire une prostituée de renommée internationale. Et je peux t’assurer que ma réputation n’était pas usurpée.

- Intéressant. Considère que tu es libre alors. Mon père est trop gentil, il t’accordera sa grâce et toi, tu m’accorderas…tout, absolument tout ce que je veux faire avec ton corps et tout ce que je veux que tu fasses sur mon corps.

- Ron ! » S’écria Arthur Weasley qui se tenait dans l’encadrement de la porte, accompagné par Harry et Hermione.

Ron resta pétrifié, sans se retourner, son regard fixé sur Draco. Un mince sourire triomphant se dessina sur le coin de la lèvre du blond et ses yeux montraient clairement sa supériorité sur le roux.

Il savait. Il les avait vu entrer.

« Ron, déclara le Ministre, je suis non seulement choqué mais aussi très déçu. Je laisse à ton supérieur hiérarchique le soin de te sanctionner comme tu le mérites. M. Malfoy, nous sommes venu, M.Nott et moi-même vous demander si vous êtes bien certain de vouloir tester le Projet Potter.

- Nott ? » Demanda Draco avec un sourire incrédule.

Le jeune brun, ami d’enfance de Draco s’avança et il se précipita pour l’étreindre. Théodore Nott, responsable des Aurors au Ministère de la Magie passa gentiment sa main dans les cheveux du blond pour les écarter de ses yeux.

« Draco, je me suis tellement fait de soucis pour toi. Sois sûr que Ron et Neville ne t’ennuieront plus. Ron, sera suspendu pendant un mois et ni lui, ni Neville ne seront chargés de ton dossier, et s’ils ne sont pas contents ils iront chercher un nouvel emploi (Ron leva les yeux au ciel). Je suis désolé pour…l’explosion et ta surdité.

- Je prends ça comme une bénédiction. Imagine la tranquillité pour moi : je n’entends plus les voix désagréables de Potter, Weasley et Londubat, ni les babillages de Mademoiselle Je-Sais-Tout.

- Je te retrouve bien là, constata Théodore en souriant alors qu’Hermione montrait son majeur à Draco. Nous sommes ici car ton arrestation a eu un impact que nous n’avions pas prévu. Dans le monde sorcier ainsi que dans le monde moldu.

- C’est évident, lâcha Draco en soupirant. La population sorcière doit demander ma tête sur un piquet ou ma crémation sur la place publique. Quant à la population moldue, elle doit commencer à me rechercher activement puisque je me suis fait intelligemment « enlever » dans un lieu public et que mes amis, ainsi que mon amant ne m’ont trouvé dans aucun commissariat. C’était prévisible, excusez moi de vous le dire. Sean a énormément d’influence chez les Moldus et il m’adore, vous ne pensiez tout de même pas qu’il allait me laisser crever ? Comme quoi, il ne faut pas sous estimer les vieux riches, n’est ce pas Potter ? Que disais tu déjà ? Ah oui, ma misérable vie ne vaut rien ? Il faut croire que tu t’es lamentablement trompé, comme d’habitude.

- M. Malfoy, intervint Arthur Weasley, pouvez vous faire quelque chose pour que votre fiancé arrête de faire diffuser votre photographie dans tous les médias ?

- Mon fiancé ? Hum, ça, c’est la version proprette de la chose.

- Peut être pourriez vous lui téléphoner et lui dire que vous ne voulez plus le voir, » proposa Arthur Weasley.

Draco éclata d’un rire franc. Seul Harry et Hermione comprirent immédiatement mais cela ne les fit pas du tout rire, au contraire.

« Il est sourd, Arthur, comment voulez vous qu’il téléphone ? Questionna Harry d’un air las. Je pense que nous devons lui jeter un sortilège d’oubli.

- Hors de question, tonna Draco d’une voix un peu trop forte. Je vis avec lui ! Toutes mes affaire sont là bas ! Et il est plein aux as ! C’est mon distributeur de billets personnel !

- Tu le paies au centuple, ton distributeur de billets, crétin ! Remarqua Harry. Alors crois moi, Malfoy, je ne trompe pas lamentablement quand je te dis que tu n’es pas prêt de retourner auprès de ton croulant. Théodore, je crois qu’il faut envoyer Ron jeter un Oblivio à ce vieux porc.

- Sois poli, Potter !

- Pas là, non. Allez Malfoy, il est temps que tu traînes tes fesses qui valaient trois milliards et que tu m’accompagnes. On rentre à la maison chérie, ironisa Harry en faisant un sourire de tombeur.

- Je te préviens, ne pense même pas à me porter pour passer la porte. »

Harry passa les menottes aux poignets de Draco en se sentant étrangement énervé contre l’amant du blond. Comment pouvait-on profiter d’un infirme pour satisfaire ses bas instincts ? Il conduisit Draco sans un mot jusqu’à l’extérieur du Ministère et il le fit monter dans sa berline allemande. Draco ne demanda pas pourquoi ils ne transplanaient pas. Il savait que, sans ses pouvoirs, il ne pouvait rien faire. Harry mit la musique et il se mit à chantonner les paroles de « this grudge » d’Alanis Morissette.

« Merlin merci, je n’entends pas le massacre, » déclara Draco.

Harry éclata de rire. Il était en présence DU Draco. Celui qui avait passé trois jours avec lui à l’infirmerie et qui, quand il oubliait d’être odieux, pouvait se montrer presque agréable, et dont les sarcasmes étaient drôles. Harry se ressaisit vite en se souvenant que c’était après cela que Draco l’avait embrassé langoureusement, pour mieux se moquer de lui et pour expliquer ensuite à ses amis à quel point le Survivant manquait d’expérience. Juste après cela, il avait couché avec les jumelles Patil. Harry s’était bien rattrapé depuis. Dès la fin de la guerre, il s’était lancé dans le travail et s’était contenté d’une multitude d’aventures sexuelles sans lendemains, prenant ce qu’il y avait à prendre, ne donnant rien. Il avait trop à faire avec son travail pour se laisser distraire par une relation amoureuse.

Harry se demanda si son idée de mettre son projet à l’épreuve avec Draco Malfoy était un bon plan. Il avait très envie de lui en jeter plein la vue avec sa réussite et sa respectabilité, mais il ne voulait pas se laisser prendre à son propre jeu. Le blond était imprévisible et invivable.

Draco regarda Harry et il espéra que tous deux sortiraient intactes de cette expérience, sans trop se taper dessus. Il sentit le moteur s’arrêter et il sortit de la voiture. Il poussa une exclamation.

« Tu vis au 12, Grimmauld Place ! »

Harry le fixa longuement. Il connaissait l’endroit !

« Tu es déjà venu ici, dit il tout fort alors que Draco ne le regardait pas. Alors il est possible que tu aies effectivement fait partie de l’Ordre du Phénix et que je me sois lamentablement trompé, et comme tu n’es pas tourné vers moi, tu ne sais pas ce que je suis en train de raconter...Elle va considérablement nous compliquer la vie à tous les deux, ta surdité. »

Il prit le bras de Draco pour lui faire signe de le suivre et il constata qu’il était toujours un peu plus petit que le blond. C’était frustrant. Il aurait voulu le toiser de haut, comme Draco savait si bien le faire. Il prit le menton de Draco dans sa main pour l’obliger à lire sur ses lèvres.

« Tu comptes rester toute la journée sur le trottoir, Malfoy ? Je te rappelle que tu es menotté, ça fait louche. Et puis les Moldus du coin vont te reconnaître et m’accuser de t’avoir enlevé.

- Tu permets, je savoure mes derniers instants de liberté avant d’aller m’enterrer dans cette baraque miteuse. »

Harry mit sa main dans le creux des reins de Draco pour le faire avancer. Il prononça l’adresse et la maison apparut. Il poussa doucement son prisonnier vers l’escalier et il le sentit frissonner. Il se rappela soudain qu’on était en février, que la température était de zéro degré et que Draco ne portait qu’un pull. Il se hâta de monter les marches et il ouvrit la porte. Aussitôt il partit dans le salon pour allumer un feu. Il se trouva soudain bien trop attentionné envers son ennemi de toujours.

Draco resta un moment dans le hall, complètement gelé et surpris. L’intérieur de la maison n’avait plus rien à voir avec ce qu’il avait connu huit ans auparavant. La décoration était simple et raffinée, tout était propre et neuf, regorgeant d’appareils électriques moldus. La dernière fois qu’il avait mis les pieds dans cette maison, la vieille Black dans son tableau l’avait menacé de mort, elle l’avait insulté de traître indigne du sang qui coulait dans ses veines. Il se souvenait de la stupeur de Remus Lupin, Nymphadora Tonks et Molly Weasley lorsqu’il avait copieusement répondu aux insultes de Madame Black, n’arrêtant jamais son débit de parole jusqu’à ce qu’elle cède et se taise la première. Rien que pour cela, il était devenu le héros de madame Weasley, qui ne supportait plus d’entendre les insultes quotidiennes du tableau.

Harry revint, une tasse de café chaude dans la main. Il contempla le visage rosi et les lèvres violacées de son « invité » avant de lui dire de le suivre. Il l’installa dans un gros fauteuil de cuir, près de la cheminée, lui enleva les menottes et il déposa une chaude couverture sur ses genoux. Il lui tendit le café et Draco le sirota avec délectation. Il ne pouvait croire que sa vie avait pris un tournant totalement inattendu en à peine 24 heures. La veille, il était heureux, entouré de ses amis, dans le luxe, préparant avec brio son avenir en tant qu’architecte. A présent, il était terrifié, dépourvu de sa magie, une question tournant inlassablement dans sa tête. La question qu’il n’avait osé poser à personne, qui le hantait depuis sept ans. Il redoutait la réponse, même s’il avait besoin de savoir. Il avait envie d’attraper le Procureur par le col et de le secouer en hurlant :

« Mes parents sont-ils en vie ? »

Il étouffa un bâillement. Harry lui fit un sourire qui lui rappela celui du professeur Lupin.

« Merci pour le café et la couverture, chuchota Draco.

- Il n’y a aucune raison de me remercier. C’est de ma faute si tu es transi de froid. Bois ton café, je te fais couler un bain chaud. Ensuite nous irons dormir, parce qu’il est quand même 14 heures du matin. »

Draco hocha la tête mais son visage resta figé.

« Quelque chose ne va pas, Draco ? Demanda Harry en s’installant en face de lui.

- Est-ce que j’aurai…une chambre pour moi ? » Questionna péniblement le blond.

Harry tressaillit. Il ne pouvait pas croire qu’il lui posait une question pareille. Croyait-il vraiment que Harry aurait envie de lui et qu’il cèderait à cette envie, abusant ainsi de son pouvoir, entachant ainsi une réputation qu’il avait eu du mal à forger à cause de son jeune âge ?

« Non, tu partageras la mienne, ironisa-t-il. Et, avant d’aller prendre ton bain, tu me feras une fellation. Après tout, tu me dois bien ça puisque je t’héberge et que je t’empêche de te faire massacrer à Azkaban. »

Draco se perdit dans l’observation de sa tasse. Harry sirota son café, les yeux braqués sur la télévision. Soudain, il n’en crut pas ses yeux. Draco s’était agenouillé en face de lui, un air écoeuré sur le visage, et il déboutonnait son pantalon avec des doigts experts.

« Draco, je plaisantais, » dit-il vainement car le blond ne le regardait pas.

Draco écarta doucement les jambes de Harry et il se positionna entre elles en glissant un coussin sous ses genoux. Ses doigts entrèrent dans le pantalon du Procureur et ils frôlèrent son membre au dessus du boxer. Harry prit la main de Draco et il la serra entre les siennes. Il sentait le traître afflux sanguin dans le bas de son ventre et il ne voulait pas que le blond s’en aperçoive. Il ne voulait pas se retrouver dans la peau du jeune homme de 17 ans, horrifié par son érection contre la jambe de Draco. Il ne voulait pas donner ce pouvoir au jeune homme alors qu’en réalité, il était simplement excité par le contact des mains sur son sexe, peu importe à qui appartenaient ces mains.

Draco leva les yeux vers lui et Harry fut saisi par son étrange beauté. Il secoua la tête et il libéra la main de Draco.

« Je plaisantais. J’ai dit ça sur un ton ironique, tu n’es pas ici pour travailler Draco. Je suis désolé, j’aurais dû éviter ce genre de blague stupide. »

Le blond se releva lentement, visiblement soulagé. Il avait vraiment cru que Harry était le genre de personne à abuser de son autorité, à vouloir l’humilier en lui demandant de s’agenouiller, ignorant qu’en faisant ceci, Draco ne se sentait pas diminué, au contraire. Pour lui, c’était devenu une habitude, un moyen de contrôler l’autre totalement, car celui qui donnait le plaisir était, pour lui, celui qui dominait. En satisfaisant sexuellement ses partenaires, Draco avait obtenu tout ce qu’il voulait. Jamais il n’avait eu besoin d’aller chercher les clients, c’étaient toujours eux qui avaient exprimé une demande, laissant ainsi à Draco les pleins pouvoirs. Il se sentait bête d’avoir oublié qui était Harry Potter, aussi droit que la justice, aussi chaste qu’un saint. Du moins c’était l’idée que Draco avait toujours eu de lui…une idée quelque peu erronée, il le découvrirait plus tard.

« Je n’ai pas entendu ce ton ironique, lança sèchement Draco. Je veux me laver et dormir. »

Harry le conduisit au premier étage et il lui montra une chambre spacieuse et éclairée, à coté de l’escalier.

« Ce sera ta chambre, si elle te convient, expliqua-t-il. La mienne est au fond du couloir si tu as besoin de moi. »

Il lui montra ensuite la grande salle de bains. Il fit couler l’eau chaude dans la baignoire et il invita Draco à s’y allonger pendant que lui, allait se doucher dans la salle de bains du deuxième étage. Draco attendit patiemment qu’il sorte avant de bouger un muscle.

Il se nettoya et, le sommeil le terrassant, il ne prit pas la peine de demander des habits propres ou un pyjama. Il revêtit le peignoir de Harry et il se faufila dans sa chambre. Il se glissa sous les couvertures, les remonta jusqu’en haut de son cou, comme d’habitude, et il s’endormit presque aussitôt.

Harry remonta avec une pile de vêtements et il trouva la salle de bains vide. Il frappa doucement à la porte de la chambre de Draco par réflexe conditionné et, n’obtenant pas de réponse, il entrouvrit la porte pour être sûr que l’ancien Serpentard était bien couché. Il referma sans un bruit, avant de se traiter d’imbécile car il pouvait faire tout le bruit qu’il voulait. Il entra dans sa chambre et il retrouva enfin son lit tant aimé. Il pensa qu’il devait impérativement avoir une discussion avec Draco le lendemain pour clarifier certaines choses, car il ne voulait surtout pas que le blond imagine qu’il était là pour satisfaire les bas instincts du Procureur. Harry n’avait pas besoin de lui pour cela, et il comptait bien le lui expliquer. Malgré tout, il était bouleversé par ce qui était arrivé dans le salon, car jamais il n’aurait pensé voir un jour Draco Malfoy, docteur ès fierté, s’agenouiller sur commande. Il se sentait bête d’avoir fait de l’humour sur un ton ironique, oubliant complètement que Draco ne pouvait l’entendre. Il avait encore du mal à se faire à la surdité de son ancien rival. Pour lui, c’était quelque chose d’affreux, il ne se voyait pas vivre sans jamais plus entendre le moindre son. Pour la première fois, il se rendit compte que Draco était bien plus fort que ce que Harry avait toujours cru. Pour lui, Draco était surtout fort en paroles, mais pas en actes. Il n’avait cessé d’allumer les élèves masculins de Poudlard, sans jamais aller plus loin. Il avait toujours insulté et menacé les autres lorsqu’il était protégé par ses acolytes Crabbe et Goyle. Mais le courage ne semblait pas faire partie des qualités intrinsèques de Malfoy lorsqu’il était seul. Pourtant, aujourd’hui, il avait l’air de s’être accommodé parfaitement à son handicap, et il avait raison, sa surdité dérangeait Harry bien plus qu’elle le dérangeait lui, visiblement.

Il plaqua les mains sur ses oreilles et il laissa le silence envahir la pièce. Il n’entendait plus le doux bruit de l’eau qui coulait dans la fontaine intérieure, ni le tic tac de son réveil, ni le moindre son environnant. Il se sentait totalement enfermé en lui-même, sans aucun de ses repères habituels. C’était une expérience trop angoissante, et il retira ses mains, jouissant enfin de tous ces petits bruits qui le sécurisaient et qui lui indiquaient que son univers était toujours en place.

Il imagina la détresse que Draco avait dû ressentir lorsqu’il s’était réveillé sourd à l’hôpital et il se sentit soudain triste pour lui. Un voile tomba sur les yeux du Procureur, sa douleur le ramenant loin en arrière, au moment où le corps de celui qu’il avait appris à aimer comme un père passait à travers une arcade dans le département des Mystères du Ministère de la Magie.

Il s’assit et se recroquevilla sur lui-même, la tête contre ses genoux, et il laissa cette image de Sirius envahir totalement son esprit, oppressant sa poitrine, l’empêchant presque de respirer correctement. Jamais sa culpabilité ne l’avait quittée, et au lieu de parler à ses amis, de chercher à se faire aider, Harry avait fait le vide autour de lui. La présence de Draco chez lui, même si elle n’était que temporaire, lui faisait peur. Il craignait de prendre la pleine mesure de sa solitude, parce que Draco avait évolué de manière positive, Harry l’avait très vite compris, et il redoutait l’idée de le trouver intéressant. Il ne voulait pas le comprendre, ni se rapprocher de lui. Il ne souhaitait pas s’apercevoir qu’il pourrait lui manquer une présence lorsque le blond aurait quitté les lieux. Pas que Draco lui soit indispensable, non. Harry était juste terriblement seul.

Il sentit ses mains trembler et il releva la tête, un sourire malheureux sur son beau visage.

« Allez Harry, ressaisis-toi. Prends un médicament pour dormir. »

Il se leva et il ouvrit le tiroir de sa commode, saisissant un verre propre et une bouteille de whisky pur feu parmi tant d’autres. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas éprouvé le besoin d’être ivre. La rencontre avec Draco avait fait ressurgir des souvenirs douloureux pour Harry. Il revivait la guerre et les morts. Il se servit un verre presque plein et il se dirigea vers son lit où il s’affala, le regard tourné vers la photo de Sirius et lui, lors du seul noël qu’ils avaient pu passer ensemble. Le cœur lourd, Harry se dit, comme chaque soir depuis presque dix ans, qu’il n’avait pas perdu un père, mais deux, et que cela faisait trop pour une seule vie. A être trop occupé à essayer de sauver le monde, il n’avait pas su protéger celui qui comptait le plus dans son monde. Il se mordit la lèvre pour ne pas hurler, et il décida de penser à autre chose. Il prit mentalement note de réintégrer Ron et Neville dans leurs fonctions dès le lendemain, puis il but encore quelques gorgées, jusqu’à ce qu’il ait l’illusion de se sentir presque détendu, et que son esprit soit cotonneux.

Répondant à une soudaine impulsion, il se leva, et il chancela jusqu’à la chambre de Draco. Il trouvait étrange la facilité avec laquelle il considérait cette chambre comme étant celle du blond, alors qu’il venait juste d’arriver. Il contempla pendant quelques instants celui qui avait fait de sa vie un enfer, il y a des millénaires de cela. Celui qui voyait tout, qui entendait tout…Aujourd’hui réduit à vivre dans un monde de silence. Harry ne comprenait pas pourquoi il avait tant de mal à accepter la surdité de Draco.

« Merde, soupira Harry en buvant une gorgée de whisky, je ne veux pas être le genre de connard qui trouve attachante ta putain d’infirmité. Tu m’entends Malfoy ? Tu ne me forceras pas à te trouver un quelconque intérêt, autre que celui de mettre mon projet à l’épreuve. »

Comme s’il était conscient d’une présence étrangère, Draco remonta le drap sur lui, recouvrant presque totalement son visage, et sa respiration sembla se transformer en soupirs.

« Et en plus, tu soupires en dormant. Monsieur Perfection a l’air de jouir même dans son sommeil. »

Harry ferma les yeux quelques secondes, les joues brûlantes, le cerveau en ébullition par les vapeurs d’alcool et cette pensée ignoble, qui lui glaçait le sang : « les soupirs de Malfoy sont adorables. »

« Tu n’es pas adorable, dit-il en titubant un peu plus près du blond. Regarde toi, accusé de meurtre, pute, gigolo et fier de l’être. Tu es tombé bien bas mon pauvre Malfoy. »

Il eut la désagréable impression que Draco allait se lever, le toiser avec arrogance et lui dire, de sa voix chaude et traînante :

« Et dis moi, Potter, tu te situes à quelle hauteur, avec ta bouteille à la main ? Je vois que tu as changé d’amis, tu as remplacé Granger et Weasley par Pur Feu. C’est très noble monsieur le Procureur. Et puis, qu’est ce qui t’ennuie tellement dans le fait que je me soies vendu ? »

Mais Draco Malfoy ne bougea pas. Il continuait à dormir sans sembler se douter que Harry écoutait le son de sa respiration.

« Dommage que tu ne puisses pas t’entendre, Malfoy, parce que la seule chose agréable chez toi, c’est ta voix…Si on oublie les conneries que tu débites, déclara Harry en tournant les talons pour se rendre dans sa chambre. Qu’est ce qui m’a pris de vouloir t’héberger, Malfoy ? »

Il claqua la porte et il s’affala sur son lit, tombant aussitôt dans un sommeil sans rêves. Au bout du couloir, Draco ouvrit les yeux et il se coucha sur le dos, le visage caché par son avant bras brûlé, la respiration saccadée.

« Qu’est ce que tu attends de moi à la fin, Potter ? » Murmura Draco dans un souffle.

Il avait senti la porte s’ouvrir. Il avait passé les sept dernières années à s’éveiller à la moindre vibration suspecte et la confiscation de ses pouvoirs n’allait pas arranger sa nervosité quand à l’idée d’être un jour retrouvé par les Mangemorts, ou, étant donné la situation actuelle, être lynché par la société sorcière bien pensante. Il réprima un frisson d’angoisse et il se demanda s’il arrivait souvent à Harry de taquiner la bouteille de Whisky Pur Feu en plein après-midi. Il avait failli pousser un hoquet de surprise lorsqu’il avait senti l’alcool. Le Procureur élégant, respectable, et attentionné n’était-il qu’une façade pour masquer un héros abîmé par la guerre ?

Et qu’avait-il dit ? Draco avait perçu son souffle alcoolisé alors qu’il devait être en train de parler.

« Tu t’en fous, Draco, se persuada doucement le blond. Ne t’intéresse surtout pas à Harry Potter et à ses états d’âme, souviens toi qu’il est toxique. »

Il était hors de question pour lui d’être touché par les attentions du brun ténébreux. Qu’il fasse du café chaud, qu’il recouvre ses jambes d’une couverture, qu’il lui fasse couler un bain…Tout cela ne devait pas avoir d’importance pour Draco. Ce comportement était celui d’un homme de loi qui se savait en faute, d’abord pour avoir laissé les Aurors le malmener, ensuite pour avoir eu cette idée saugrenue de l’emprisonner dans sa propre maison. Draco devait-il se sentir menacé par l’intrusion de Harry dans la chambre ?

Il eut encore ce vieux réflexe de tendre l’oreille, se demandant avec crainte si Harry avait stagné derrière la porte. C’était la seule habitude de sa vie d’avant, sa vie d’entendant, qu’il n’était pas parvenu à effacer. Souvent, il se concentrait, essayait vainement de percevoir le moindre son, mais il n’obtenait jamais de résultats. Les seules voix, les seuls bruits qu’il entendait étaient ceux gravés dans sa mémoire, même si le temps avait tendance à les rendre plus flous.

Il ferma les yeux et il caressa son ventre, mais cela ne l’aida pas à se sentir mieux. Il décida donc de se lever, excédé. Il n’avait pas envie de vivre ne serait-ce qu’une journée chez Harry, dans la maison des Black. Il se demanda s’il ne serait pas moins en danger à Azkaban.

A suivre…

 
 
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