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NE FERME PAS LES YEUX DISCLAIMER : voir chapitres précédents… Un grand merci à IRA LEA pour sa précieuse collaboration, ses conseils…Cette fic est aussi la sienne. Merci également à Bad Angel et Anagrammes, qui ont gentiment joué les beta readers pour ce chapitre. CHAPITRE CINQ : AJUSTEMENTS oooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo Le lendemain, Harry et Draco se rendirent au Ministère afin de régler les détails de leur sortie dans le monde Moldu. Draco était anxieux et il se réfugia derrière son apparence glaciale, décrochant difficilement les mâchoires, même lorsque Ron lui présenta ses excuses. Harry avait accepté de les laisser seuls dans le bureau de Ron, mais il avait sèchement prévenu son ami : au moindre nouveau faux pas avec Draco, Harry ne le défendrait plus. Ron s’était contenté de hocher la tête avant de s’asseoir sur une chaise en face de Draco. Il l’observa un instant, intrigué par sa façon de relever un peu son pull pour pouvoir passer la main dessous et caresser son ventre tout en regardant distraitement par la « fenêtre » dont Ron avait choisi le paysage. Une plage de sable fin au bord de l’océan. Le rouquin ne cessait de se demander pourquoi il avait eu envie de Draco, parce qu’il n’était vraiment pas son type d’homme. Qu’y avait-il de différent chez le blond, pour que Ron ait fait une aussi colossale erreur la veille ? Il lui semblait que face à Draco, il n’avait pas pu rester l’adulte bien dans sa tête qu’il était devenu et qu’il avait laissé l’adolescent complexé prendre le dessus, essayer de se venger de la manière la plus inqualifiable possible pour lui. Et le pire dans tout cela, c’était qu’il ne pouvait s’empêcher de trouver un certain « je ne sais quoi » d’attirant chez Draco. Etait-ce le handicap ? Le fait qu’il ait dû se vendre ? Peut être était ce cette façon qu’il avait de caresser son ventre quand il semblait nerveux…Car en ce moment précis, Ron n’avait qu’une envie…Une très étrange et incontrôlable envie : protéger Draco. En à peine 24 heures, et grâce à la force de persuasion d’Hermione, il était passé de la certitude au doute en ce qui concernait la culpabilité de l’ancien préfet de Serpentard. Et s’il disait la vérité ? Et si, toutes ces années, ils s’étaient trompés de suspect ? Cette éventualité était inconcevable pour Neville qui avait d’ailleurs sermonné son collègue lorsqu’il lui avait fait part de ses doutes. Pour Neville, leur travail consistait à trouver des preuves de la culpabilité de Draco, à le faire avouer, pas à perdre du temps en essayant de connaître une vérité alternative. La vérité, ils la connaissaient déjà. Ron soupira, et il agita la main devant les yeux de Draco afin de capter son attention. Le blond le toisa avec mépris, sans décrocher un mot. Les choses risquaient d’être difficiles pour Ron, surtout que ce dernier avait horreur de s’excuser, même s’il admettait ses torts. « JE VOU-DRAIS TE PRE-SEN-TER MES EXCU-SES POUR MON COM-POR-TE-MENT D’HIER, sur articula-t-il d’une voix trop forte. - Pas la peine de hurler, siffla Draco entre ses dents. Je suis sourd…Que tu cries ou que tu parles doucement, je n’entends pas. Et il est inutile de sur articuler. - Désolé, je voulais te faciliter la tâche. - C’est gentil, mais tout ce que ça facilite, c’est l’agacement que tu suscites chez moi, » rétorqua Draco avant de replonger dans son mutisme. Ron resta un instant silencieux, le temps de calmer ses nerfs. Il faisait des efforts pour demander pardon et le comportement de Draco ne lui plaisait qu’à moitié. Cela dit, il savait à quoi s’attendre étant donné que Draco n’avait jamais été quelqu’un d’agréable. « Toujours est-il que je te présente mes excuses pour ce que j’ai fait hier. Je n’ai aucune circonstance atténuante, mon attitude a été inqualifiable. - Moi j’ai plutôt trouvé ça drôle, admit Draco. Mais si tu dois me faire tes excuses sur ordre de ton cher papa Ministre, alors soit, je les accepte. Content ? - Pas trop, non. Ne me confonds pas avec toi, je n’ai pas pour habitude de faire tout ce que mon père me dit. Si je fais profil bas aujourd’hui, c’est parce que JE pense que je suis allé trop loin hier. Mon père n’a rien à voir là dedans. » Draco haussa les épaules et il se replongea dans l’observation détachée de la fenêtre en espérant que le Procureur allait se dépêcher un peu. Il resta une demie heure silencieux, le regard ailleurs alors que Ron avait décidé de ne pas insister. Il s’était simplement installé sur son bureau afin de mettre ses rapports à jour en attendant que Harry vienne chercher son boulet. Lorsque Harry entra dans le bureau de Ron, il réprima un sourire amusé. La glace entre son ami et Draco n’avait pas été rompue. Elle n’avait jamais pu l’être et ne le serait certainement jamais. Il fit signe à Draco de le suivre, puis il sortit du Ministère pour aller chercher sa voiture. En chemin, Draco ne trouva rien de mieux à faire que de chercher à s’échapper. Il courut aussi vite qu’il le pu, mais Harry était bien plus véloce. Il le rattrapa en quelques enjambées et il saisit son bras avec force, serrant jusqu’à lui faire mal afin de lui rappeler qu’il ne pouvait rien contre lui. « Ne recommence jamais ça ou je te fous en taule ! » Vociféra Harry sans lâcher le bras du blond. Draco soupira, puis il suivit Harry sans plus tenter de fuir. Il monta dans la voiture et il guida Harry à travers les rues de Londres, jusqu’aux quartiers les plus huppés, où des maisons toutes plus magnifiques les unes que les autres étaient cachées par une verdure luxuriante et des portails gigantesques. « Il a de quoi te payer ton vieux, il ne se refuse rien, » remarqua sèchement Harry. Il savait que Draco ne l’avait pas entendu, mais cela n’était pas important. Il avait juste envie de dire ce qu’il pensait tout haut. Draco, pour sa part, n’avait pas changé d’attitude. Il restait enfermé dans sa bulle, à part pour signaler à Harry : « à droite » ou « à gauche. » Enfin, ils s’arrêtèrent devant un immense portail blanc et Draco descendit de voiture pour composer le code secret qui l’ouvrait. Il remonta dans le véhicule et il ordonna à Harry d’avancer de quelques mètres, jusqu’à un petit parking privé. Draco redescendit pour composer un nouveau code afin d’ouvrir la porte du parking. Harry se gara en se demandant si l’amant de Draco n’était pas un parrain de la mafia plutôt qu’un magnat de la presse. Draco le guida à pieds, sans dire un mot, à travers un chemin dallé et bordé de rosiers. Il s’arrêta au milieu du chemin, alors que la superbe maison d’architecte était en vue. Il plongea la main dans un des rosiers et en sortit un petit boîtier sur lequel il composa un nouveau code. Harry entendit un petit « clic » et il secoua la tête. « Il est complètement paranoïaque ton vieux, remarqua Harry très sérieusement en s’apercevant que toute la propriété semblait truffée de capteurs de mouvements. - Ce n’est pas lui, c’est moi, rétorqua Draco en poursuivant son chemin sans faire cas du Procureur. Je suis poursuivi par des amis de Walden MacNair, je suis obligé d’être paranoïaque…Question de survie. Sean a eu la gentillesse de comprendre mon besoin de faire de sa maison une forteresse, mais ne t’en fais pas, je n’attends pas la même compréhension de ta part. » Harry soupira. Il ne comprenait que trop bien la peur que pouvait ressentir Draco dans une propriété aussi immense, sans pouvoir entendre si quelqu’un s’introduisait par effraction dans la maison. Il comprenait tous ces codes à taper, toutes ces caméras de surveillance un peu partout, les détecteurs de mouvements, le parking à l’entrée pour qu’on ne puisse pas mettre une bombe sous une de ses voitures…Tout cela, Harry le comprenait très bien. Ce qu’il avait plus de mal à saisir, c’était pourquoi Sean O’Maley avait accepté de transformer sa propriété en véritable terrain miné. Se pouvait-il qu’il tienne réellement à Draco ? Harry secoua la tête. Non, Sean O’Maley profitait de Draco…C’était peut être ce que Harry préférait se dire afin de ne pas voir la réalité en face : Draco, celui qui avait tout pour devenir un notable respecté de la communauté sorcière avait bel et bien fait le choix de se vendre, pas seulement pour de l’argent mais aussi pour être protégé. Cette idée était difficilement acceptable pour le Procureur, peut être parce qu’il avait le même âge que Draco et qu’il se demandait sans cesse quels choix il aurait fait à la place du jeune sourd. Il n’avait cessé de s’imaginer à sa place et l’éventualité de vendre son corps était inenvisageable pour Harry. Il avait trop de fierté pour ça, et il avait cru que Draco aussi. Après tout, Harry avait toujours pensé que si la fierté avait pu avoir un prénom, elle aurait choisi « Draco » tellement ce garçon la représentait bien lorsqu’ils étaient étudiants à Poudlard. Cela allait de la fierté la plus touchante à la fierté la plus mal placée, la plus malsaine. « Alors c’est pour vivre dans cette forteresse que tu as perdu ta dignité ? Demanda Harry. - Détrompe toi Potter, j’ai bien plus de dignité que tu n’en auras jamais…Ne viens jamais plus me parler de dignité quand tu noies la tienne dans un bouteille, » siffla Draco en fusillant le brun du regard avant d’avancer vers la maison. Il se posta devant la porte et, avant de sonner, il prit la main de Harry d’un air écoeuré. Harry lui renvoya un visage qui semblait tout sauf réjoui ou transi d’amour. « Tu es prêt, mon chéri ? Interrogea Harry sans pour autant avoir l’air enjoué. - On va dire ça, oui, mon lapin rose, » répliqua Draco avec un grand sourire moqueur. L’allusion à son pyjama était si évidente que Harry ne pu s’empêcher de rougir, affreusement gêné. Draco ne se formalisa pas une seconde et il sonna. Harry vit alors des lumières s’allumer derrière les grandes baies vitrées…Probablement un système pour faire comprendre à Draco que quelqu’un se trouvait derrière la porte. Sans s’en rendre compte, le blond avait serré la main de Harry un peu plus fort, comme pour se donner du courage…Le courage de tourner une page entière de sa vie. Un homme d’un certain âge, très élégant, vint ouvrir et, dès qu’il vit Draco, son visage s’illumina. Le vieux, conclut intérieurement Harry. Sean O’Maley se précipita sur Draco et il l’enlaça avec tendresse en expirant, comme si depuis sa disparition, il avait retenu son souffle. Draco ne lâcha pas la main de Harry, mais de son bras libre, il entoura la taille de son amant. Harry n’entendit pas ce que Draco murmura à son oreille. Tout ce qu’il vit, fut le baiser passionné que Sean échangea avec le sorcier blond. Sans s’en apercevoir, il broya la main de Draco dans la sienne. Ce dernier se dégagea de l’étreinte de Sean et il toisa furieusement Harry. C’est à ce moment que Sean vit leurs doigts entrelacés. « Mark, qu’est ce que ça veut dire ? demanda-t-il sans quitter leurs mains des yeux. - Pouvons nous entrer ? Je dois t’expliquer certaines choses, » affirma Draco en tirant Harry à l’intérieur. Harry n’était pas idiot, et Draco non plus. Tous deux savaient qu’ils n’étaient pas crédibles dans le rôle du petit couple qui s’aimait par-dessus tout. Harry voyait le regard froid que Draco posait sur lui, même s’il essayait de lui sourire affectueusement…Ce sourire avait tout d’une grimace et Sean O’Maley ne serait certainement pas dupe. Draco exposa la situation à son amant d’une manière si détachée que Harry éprouva presque de la peine pour Sean : il avait revu Harry…Ils se connaissaient depuis longtemps…Ils s’aimaient et allaient vivre ensemble loin de Londres… Sean avait l’air étonnamment calme, comme s’il ne pouvait y croire. Ceci dit, en voyant l’amour « titanesque » que se témoignaient Harry et Draco, il avait d’excellentes raisons de ne pas y croire. Draco prit Sean par la main et il s’éloigna un peu avec lui afin de lui expliquer les choses de manière moins triviale. Harry resta debout dans l’immense salon, et il détailla un peu la pièce pour voir tout ce que Draco aurait pu apporter comme touche personnelle à cet endroit. Une grande télévision dernier cri, un canapé d’angle en cuir crème, une table basse sur laquelle reposaient des statuettes africaines…L’élégance et la simplicité du lieu étaient presque étonnantes. Harry tourna la tête et il remarqua alors le téléphone relié à un écran, certainement pour que Draco puisse s’en servir. Son œil avisé repéra aussi différents interrupteurs…Probablement des alarmes que Draco pouvait actionner en cas d’attaque. Dans un endroit aussi retiré, sans voisins avant au moins un kilomètre, Harry comprenait pourquoi Draco avait eu besoin de se sentir rassuré grâce à tous ces dispositifs. Mais il se rendait compte que le fait d’être recherché, et de vivre dans cette succursale d’une boutique d’alarmes en tous genres n’avait pas vraiment aidé Draco à vivre sa surdité autrement que dans la paranoïa la plus totale. Il n’entendait pas de voix qui lui voulaient du mal, mais il se savait en danger, et avec lui son amant ainsi que ses amis. Après tout, un de ses amants avait déjà été assassiné à cause de lui. C’était bien suffisant pour que n’importe qui se blinde intérieurement et extérieurement comme le faisait Draco. Harry lui-même l’avait fait lorsqu’il s’était senti plus que jamais menacé par Voldemort. Et même si le mage noir était mort depuis des années, Harry n’avait pas perdu ce vieux réflexe de ne laisser personne entrer dans sa vie. Ron et Hermione avaient été les premiers à être lentement mais sûrement évincés. Ils étaient toujours amis avec Harry, mais la relation entre eux avait changée. Harry était plus secret…Plus froid aussi. Harry reporta son attention sur le couple qui discutait tranquillement. Draco s’était adossé au mur alors que Sean remuait les lèvres sans que Harry puisse l’entendre. Tout en parlant, ses mains se plaçaient autour de son visage et Harry se demanda si c’était cela le langage des signes. Draco répondait à Sean en chuchotant. Toutes traces de froideur et de détachement ayant disparu, il ne restait plus que la tendresse et la douceur que le blond semblait éprouver pour Sean, et cela déstabilisa grandement Harry. Il n’avait jamais pensé que Draco Malfoy pouvait être tendre avec quelqu’un, surtout pas avec quelqu’un comme Sean O’Maley. Il préféra reporter son attention ailleurs que sur le couple. Cela le mettait mal à l’aise. Il détestait l’apparente affection entre ces deux hommes, le jeune et le moins jeune. Il n’aimait pas les voir se tenir les mains, ça l’écoeurait. Il tourna la tête pour observer les tableaux sur le mur opposé. Ils étaient d’une grande beauté, en particulier un d’entre eux qui mêlait habilement les pastels. Il s’en dégageait une impression de calme, de sérénité après le tumulte et cela se fondait parfaitement dans le décor de la pièce, dans l’atmosphère de la maison en général. Harry esquissa un sourire discret : il imaginait bien ce tableau dans son propre salon. Draco laissa ensuite Sean et Harry seuls, afin d’aller préparer ses affaires. Sean offrit une cigarette au Procureur qui l’accepta avec reconnaissance. Au point où il en était, dans le monde paranoïaque de Draco, il aurait pu fumer tout le paquet. « Je sais que tu n’es pas amoureux de Mark, lança soudain Sean sur un ton accusateur. Ça se voit. Mais je te préviens : touche un seul de ses cheveux, fais lui mal de quelque manière que ce soit, et tu le regretteras. N’oublie pas qu’il est fragile. - Je connais Mark depuis des années, répondit Harry sans vraiment jouer la comédie. Peux tu en dire autant ? Lui et moi avons une histoire qui date depuis 14 ans, plus de la moitié de nos vies. J’ai prononcé des mots qu’il pouvait entendre, et je sais que la phrase qu’il n’aurait jamais supporté d’entendre est « n’oublie pas qu’il est fragile. » Dra…Mark est tout sauf fragile. Alors je me passerai volontiers de tes commentaires. C’est un grand garçon, il sait ce qu’il fait. - C’est étrange, quand il m’a raconté son parcours, la découverte de sa surdité, sa difficulté à l’accepter et à apprendre à vivre avec, il n’y avait pas de Harry à ses cotés, ton prénom n’a même jamais été évoqué, siffla Sean sur un ton hargneux. Alors tu te pointes une fois que le travail est fait, une fois qu’il maîtrise la lecture labiale et la langue des signes, une fois qu’il n’est plus isolé et tu dis que vous avez une ‘histoire’ ? Permets moi d’en douter. - Le mot ‘histoire’ ne signifie pas forcément ‘histoire d’amour ou de cul’, O’Maley. Et pour information, je me moque de ce que tu penses. Le fait est que Mark et moi avons toujours eu une relation houleuse et qu’elle peut être transcendée aujourd’hui car nous sommes plus mûrs et moins englués dans le déni. Et puis, de toutes façons, que je l’aime ou non ne change rien au fait qu’il te quitte, tout ton fric ne sert à rien dans ce cas précis. Ça ne t’a pas trop dérangé de payer Mark pour ses faveurs sexuelles ? - Ça ne marchait pas comme ça entre nous mon petit. Mark et moi avions une réelle complicité. - Il était surtout ton jouet préféré, c’est écoeurant. Ce n’est pas parce que tu as appris à parler son langage que tu respectes Mark. - Garde tes jugements pour les gens à l’esprit aussi étroit que toi. Pour information, ma fille est devenue sourde suite à une méningite, alors je connais la langue des signes depuis plusieurs années maintenant. Je ne peux pas forcer Mark à rester, mais je veux que tu prennes soin de lui. Si j’apprends qu’il a le moindre problème… - …Qu’est ce que ça peut te faire ? Coupa Harry en le fusillant du regard. Dès que nous aurons tourné au coin de la rue, tu vas aller acheter un nouveau gigolo. » Un silence gêné s’installa et Harry faillit sauter au cou de Draco lorsque celui-ci revint au bout de quinze interminables minutes. Harry n’arrivait pas à croire qu’il avait pris le temps de se changer pendant que lui, s’ennuyait fermement dans le salon. Le jeune homme avait mis un pantalon marron et un gilet fermé noir à col cheminée. Il portait par-dessus un manteau noir de grande qualité, mélange de laine et de cashmere. Il avait même poussé la coquetterie jusqu’à mettre un petit anneau en or blanc sur son sourcil gauche. Harry se surprit à le trouver vraiment très séduisant à cet instant précis, et il se maudit pour cela. Dans un besoin de montrer à Sean qu’il avait l’ascendant sur lui, Harry, sans vraiment se rendre compte de ce qu’il faisait, attrapa Draco par la taille et il l’attira contre lui. Le visage du blond passa de la stupeur totale à l’amusement complet et il laissa Harry poser ses lèvres sur les siennes pour l’emporter dans un baiser dur, possessif…Une démonstration de force devant Sean. Draco fit l’effort de passer ses bras autour des épaules du brun et il glissa une main dans les cheveux de Harry, tirant sournoisement afin de lui faire comprendre qu’il n’avait aucune envie de se faire martyriser plus longtemps. Harry relâcha un peu la pression de sa bouche sur celle de Draco et il ne pu retenir un hoquet de surprise lorsque le blond fit lentement pénétrer sa langue entre les lèvres du Procureur. Il eut à peine le temps de comprendre ce que faisait Draco, car ce dernier recula et il reporta son attention sur son tout nouvel ex amant, lequel avait l’air prêt à frapper Harry. Harry était horrifié, il ne comprenait pas pourquoi il avait eu besoin d’asseoir sa supériorité sur Sean. Il ne comprenait pas pourquoi il avait jugé bon de bien faire comprendre à Sean que Draco était à lui…Draco n’était que son prisonnier et Harry était pleinement satisfait de cette situation. Sean se mit à faire quelques signes et Draco répondit de la même manière. C’était la première fois que Harry le voyait utiliser le langage des signes sans bouger les lèvres et cette image était déstabilisante. Ses longs doigts « parlaient » rapidement, formant des mots que Harry ne comprenait pas. Sean était beaucoup moins véloce, et il devait surtout articuler les mots qui lui manquaient, mais Harry dû reconnaître qu’au moins, il avait fait l’effort d’apprendre le langage des signes. Harry fut pris d’un besoin de savoir, lui aussi, s’exprimer de cette manière. Il avait horreur de rester sur la touche sans savoir de quoi les deux hommes s’entretenaient. Draco étreignit Sean pour la dernière fois avant de quitter les lieux sans se retourner, suivi de près par le Procureur qui passa un bras autour de sa taille pour, une fois de plus, rappeler à Sean que le blond était sien. Cela l’amusait beaucoup de faire mal à l’amant de Draco. Il s’étonnait lui-même, parce qu’il n’était pas adepte de l’idée de blesser les gens, mais cette fois, il prenait un malin plaisir à écraser Sean, à lui montrer qu’il était jeune et pas repoussant, à lui rappeler que Draco ne lui appartiendrait plus jamais. Draco continua à avancer sans rien ressentir d’autre que de l’indifférence pour ce Procureur qui le serrait trop fort et qui lui avait, juste avant, planté une canine dans la lèvre en tentant de jouer le parfait petit macho. Dans la voiture qui les conduisait chez Rajah, l’amie de Draco, le blond ne desserra pas les dents et Harry préféra le laisser commencer à faire le deuil de sa vie dans le Londres Moldu. Tous deux savaient que Draco ne retournerait probablement jamais là bas après cette visite. Devant la porte de l’appartement, Draco prit une profonde inspiration avant de sonner. Instinctivement, Harry lui prit la main pour lui donner du courage. Draco plongea son regard bleu gris troublant dans celui de Harry. « Je te déteste, » murmura Draco en agrippant désespérément la main de Harry. La porte s’ouvrit sur la jolie femme brune, probablement originaire de l’Inde, qui était passée dans le journal télévisé. Elle blêmit violemment en voyant Draco puis elle poussa un hurlement avant de le serrer contre elle, jusqu’à l’étouffer. Elle les fit entrer et elle se mit à toucher frénétiquement le visage et les épaules de Draco, comme pour être certaine qu’il était bien là, en chair et en os. Elle riait et pleurait en même temps et Harry se demanda comment quelqu’un pouvait aimer autant un être aussi difficile à cerner que Draco Malfoy. Est-ce que le fait d’être Mark Matthews lui permettait de laisser tomber de temps en temps ses manières froides et ses sarcasmes ? « Rajah, je voudrais te présenter Harry, déclara Draco avec une émotion qu’il aurait pu contenir s’il avait pu s’entendre. C’est l’homme de ma vie. Ça a toujours été lui. » Harry retint un fou rire nerveux, parce qu’il n’y avait aucun amour dans la voix du blond au moment où il raconta l’histoire telle qu’ils l’avaient mise au point. Il se serait cru dans une sitcom ou une mauvaise publicité vantant les mérites du Harry nouveau, qui lave plus blanc, même entre les dents, à soixante comme à quarante degrés, qui ne contient pas de matière grasse, qui offre une connexion haut débit illimitée et c’est pour ça qu’on s’en va vivre avec lui. Rajah tenta de les persuader de rester à Londres mais Harry lui expliqua qu’ils ne pouvaient pas le faire à cause de son travail. La jeune femme scruta longuement le visage de Draco pour y chercher un doute, une raison de le faire rester. Une petite fille d’environ quatre ou cinq ans vint s’installer sur les genoux de Draco et il vit le blond enfouir sa tête dans le cou de la fillette en la serrant fort. Un sentiment de culpabilité énorme vint lui serrer la gorge. Si Draco était arraché à ceux qu’il aimait, et visiblement, il aimait cette fillette, c’était de sa faute. C’était lui qui avait donné à Ron et Neville la permission d’aller arrêter Draco. De quelles preuves disposaient ils à part un collier trouvé sur les lieux du crime et une brûlure qui pourrait avoir été causée pour dissimuler une marque des Ténèbres ? L’appartenance de Draco à une famille de Mangemorts adeptes de magie noire constituait elle vraiment une preuve ? Le plaisir qu’il avait à humilier les gens lorsqu’il était adolescent pouvait il être retenu devant la Commission ? Tout ce que Harry savait, c’était le malaise qu’il éprouvait à voir cette petite fille adorable pleurer et demander à Draco de rester alors que le jeune infirme essayait de la consoler tant bien que mal car elle passait son temps à bouger la tête, si bien que Draco semblait vraiment peiner à lire sur ses lèvres. Rajah dû faire des efforts considérables pour lui faire lâcher le cou de Draco lorsqu’il leur dit au revoir. Draco lui demanda de s’excuser de sa part auprès de tous leurs amis et il suivit Harry dans la voiture. Une fois installés, Harry prit son menton afin qu’il puisse lire sur ses lèvres. Draco ferma obstinément les yeux, refusant toute communication. Derrière ses paupières closes il voyait sa mère, d’habitude si froide, exaltée d’avoir réussi à faire cuire des steaks sans magie et sans elfe de maison. « Toute seule » insistait-elle. Le fou rire de son père devant la nourriture calcinée et son rapide mouvement de baguette magique afin de dresser la table des grandes occasions pour faire honneur aux efforts de Narcissa. Un entraînement de Quidditch au cours duquel il volait avec grâce et agilité. Le professeur Rogue qui l’observait sur le terrain. Le corps de Lavande Brown, nue contre lui. Le désir dans les yeux de Ron Weasley… Il sentit la portière s’ouvrir et il sortit de la voiture, sans un regard pour Harry. Ce dernier prononça les mots magiques qui firent apparaître le domicile qui était le sien depuis que Sirius avait été assassiné. Harry fut horrifié d’être accueilli par un « exécutons les Mangemorts » inscrit en grosses lettres noires sur la façade de la maison. Ce qui choquait Harry, c’était le fait que la personne qui avait peint cette inscription connaissait forcément Harry ou la famille Black, puisque la vieille bâtisse ne se révélait qu’aux invités qui prononçaient l’adresse correcte. Il se tourna vers Draco qui ressemblait à une statue de marbre, sans la moindre émotion sur le visage. Harry prononça un sortilège pour effacer les inscriptions et il fit entrer Draco. Il mit sa main sur son épaule pour obtenir son attention. « Draco, je… - Ta gueule Potter, » lança Draco d’une voix éteinte, avant de monter les escaliers et de claquer la porte de sa chambre. Harry jeta son manteau par terre et il alluma la télévision. Il était 12h30 et il avait rendez vous, accompagné de Draco, à 14h au Ministère afin de procéder à la mise en accusation officielle du présumé Mangemort et pour que les Aurors enregistrent le témoignage de ce dernier. Hermione l’avait appelé sur son téléphone portable pour lui dire qu’elle ne demanderait aucun report de procès dans la mesure où elle était persuadée de prouver sans problèmes l’innocence de son client. De plus, elle comptait insister sur le manque de preuves évidentes reliant Draco au meurtre de Dumbledore, même si sa fuite jouait contre lui. Au bout de dix minutes, il n’y tint plus et il monta rejoindre Draco. Le jeune homme était allongé sur le ventre, immobile, la tête enfouie dans son oreiller. Harry s’assit à coté de lui et il avança une main hésitante vers lui. Il la posa délicatement dans les cheveux de Draco. Aussitôt, comme s’ils avaient leur propre volonté, ses doigts se marièrent avec des mèches soyeuses, cherchant à trouver du réconfort autant qu’à en donner. Draco leva la tête et il se tourna vers Harry. Il était pâle mais pas une larme n’avait été versée. « Je comprends ce qu’a dû ressentir Sirius Black lorsque tout le monde l’accusait à tort, lança-t-il alors d’une voix si basse que Harry dû se pencher pour l’entendre. Quand on pense qu’il était considéré comme un mec bien, droit et honnête pendant ses années à Poudlard et que les gens l’ont crucifié quand même sans réfléchir, ça va être ma fête. Je n’ai pas la moindre chance de revoir Rajah et sa fille. Ecoute, Harry, je suis touché par ton besoin gryffondoresque de me rassurer, mais je préfère rester seul. Garde ta pitié. - S’il y a une chose que je ne ressens pas pour toi, c’est de la pitié. - Je n’ai pas envie de parler pour le moment. Je ne sais pas si tu te rends compte à quel point il est éreintant de lire sur les lèvres et ça fait deux jours que je suis obligé de me concentrer sans arrêt pour le faire. Je suis fatigué et je voudrais me reposer avant d’aller au Ministère afin de jouer les méchants Mangemorts et voir ton copain roux sur articuler chaque mot, comme si surdité rimait avec débilité. - Ok, je te laisse te reposer. Je viendrai te chercher dans une heure. Tu ne veux rien manger ? » Draco secoua la tête et Harry sortit de la chambre. Il ignorait pourquoi il se sentait si mal. Après tout, Draco et lui ne s’étaient jamais vraiment supportés. Il n’avait jamais compris comment il avait pu le détester autant, tout en le désirant. Il mit une pizza dans le micro ondes, commença à la manger distraitement, l’esprit obsédé par le silence absolu qui régnait dans la maison. D’habitude, Harry mettait la télévision ou un cd dès qu’il entrait chez lui. Il bougeait les objets dans un joyeux brouhaha mais, depuis la veille, il semblait inquiet à l’idée de faire le moindre bruit, comme pour éviter de briser le silence qui entourait le blond, ou peut être pour mieux comprendre l’atmosphère dans laquelle vivait Draco. Ce calme autour de lui était angoissant et Harry se rassura en mettant un cd de U2. Comment pouvait on vivre sans musique ? Se demanda-t-il. Comment pouvait on vivre entouré d’un assourdissant silence, sans devenir fou ? Comment Draco avait il fait pour trouver le sommeil en se sachant recherché par les Mangemorts et incapable d’entendre leur arrivée ? « Incapable de… » Voilà une expression que Draco aurait détesté entendre. Un mince sourire se dessina sur les lèvres du Procureur alors que ses pensées le menaient à Poudlard. Comme il avait détesté la capacité que Draco avait à tout entendre, à toujours se trouver à portée de vue lorsque Harry se sentait ridicule ? Harry pouvait être sûr que si Colin Crivey lui demandait un autographe, Draco était dans le coin pour en rire. S’il trébuchait, Draco était le premier à se pencher sur lui pour lui lancer une remarque cinglante. A partir de leur sixième année, Harry ne savait jamais sur quel pied danser avec lui. Il l’ignorait la plupart du temps, et il l’inondait de sarcasme le reste du temps. Seuls les jours passés à l’infirmerie avaient été à peu près agréables. Harry avait eu tout le loisir d’observer le corps de Draco, sa peau soyeuse, blanche et sans le moindre défaut. Harry avait même surpris le regard de Draco vagabonder sur lui une fois ou deux et il s’était senti rougir jusqu’à la racine des cheveux. Une question n’avait pas quitté Harry depuis l’école. Elle concernait sa sixième année et le jour où il avait complètement craqué, trop submergé par la peine d’avoir perdu Sirius. Il s’était réfugié dans la serre et il s’était mis à pleurer dans pouvoir s’arrêter, jusqu’à ce qu’il entende les voix de Draco et de ses amis s’approcher. Ils préparaient un mauvais coup pour le cours du lendemain. Harry s’était caché sous la table, et il avait attendu que les Serpentards aient terminé de pré découper les dossiers des chaises habituelles de Harry, Ron, Hermione et Neville. Draco avait fait tomber son badge de préfet et, lorsqu’il s’était baissé pour le ramasser, il était tombé nez à nez avec Harry, recroquevillé sur lui-même, le visage baigné de larmes. Pas un muscle du visage de Draco n’avait bougé alors qu’il le regardait froidement. Puis, très lentement, il s’était relevé. Harry avait attendu, le corps tendu, prêt à la bagarre et il avait manqué de s’étouffer lorsqu’il avait entendu Draco ordonner à ses amis de laisser tomber la blague et de rentrer avec lui dans leur Salle Commune. Harry n’avait jamais compris pourquoi, ce jour là, Draco avait fait preuve d’humanité malgré son regard glacial. Harry se dirigea vers le bureau pour allumer une cigarette et il contempla sa vie actuelle. Il avait bien réussi…très bien réussi si on considérait qu’il faisait partie des personnes les plus importantes du monde magique. Il avait été Auror pendant trois ans, un des meilleurs et, naturellement, lorsque Arthur Weasley lui avait proposé de devenir Procureur, Harry n’avait pas hésité. Il avait étudié le droit Sorcier et il était parvenu à devenir un excellent homme de loi, aimé et respecté, en seulement deux ans. Il avait plus d’argent qu’il n’en pouvait rêver. Certains étaient prêts à tout pour partager son lit et sa vie. Mais, plus que tout, il avait survécu à Voldemort. Il avait envie de célébrer chaque instant comme si c’était le dernier, même s’il avait rarement le cœur à la fête, et la présence de Draco chez lui était pour lui, un prétexte idéal pour se réconcilier avec son passé. Il avait détesté son adolescence, sa timidité, son manque de réaction lorsque Draco l’avait embrasé pour mieux l’éteindre. Il passa une main douce sur son visage et il soupira. La présence de Draco allait singulièrement lui compliquer l’existence, il le savait, mais il ne savait pas dans quel sens les choses allaient être chamboulées. Il vérifia l’heure et il se rendit compte qu’il lui restait dix minutes avant de réveiller Draco. Peut être que si le blond dormait…Harry grimpa les escaliers et il ouvrit la porte de sa chambre le plus discrètement possible. Il fut accueilli par le souffle régulier de Draco, qui sommeillait sur le dos, torse nu, les jambes recouvertes par le drap. Pas aussi frileux que ça on dirait, pensa Harry. Ses habits étaient posés sur une chaise et Harry se demanda s’il était nu sous le drap. Il secoua aussitôt la tête pour chasser cette idée. Cela ne le regardait absolument pas. Se poser ce genre de question était tout sauf professionnel. « Tu m’en auras fait voir de toutes les couleurs, dit il à haute voix, mais putain qu’est ce que tu es sexy. » Il n’était pas beau comme un acteur hollywoodien pouvait l’être, mais il avait cet indéniable sex-appeal, ce magnétisme inexplicable. Harry n’avait pas envie de lui…Et il espérait ne jamais plus avoir envie de lui, mais il reconnaissait qu’il était attirant, à sa manière. Dans la pénombre, la peau et les cheveux de Draco semblaient étinceler et Harry sentit sa main le brûler tant il éprouvait le besoin de le toucher pour vérifier si cette brillance était ou non surnaturelle. Il approcha lentement, les yeux rivés sur les deux tâches brunes qui ressortaient adorablement sur son torse clair. « Mon meilleur ennemi » dit il en détaillant chaque courbe, chaque parcelle de sa peau lisse et claire. Sa fine musculature cachait sa minceur. Etait il normal que le regard de Harry soit attiré par cette silhouette élancée alors qu’il avait toujours été attiré par les gens moins grands que lui et plus en rondeurs ? Peut être tout cela était il normal après tout ; si l’on considérait le fait que la première humiliation sexuelle du brun ténébreux avait été infligée par le blond, il était possible que Harry ait cherché des partenaires qui n’avaient rien en commun avec lui. Les choses pouvaient-elles être aussi simples ? Ses yeux remontèrent vers le cou qu’il avait un jour dévoré de baisers brûlants. Il fut déçu de constater que Draco avait la tête baissée et qu’il lui était impossible de revoir cette veine bleue qui pulsait sous la peau fine ; cette veine qui avait irrémédiablement attiré les lèvres de Harry lorsqu’il s’était trouvé dans les bras de Draco. Quelle était cette nouvelle passion que Draco nourrissait pour les cols roulés ? Harry fut tenté de chercher s’il ne tentait pas de dissimuler des suçons ou des traces de morsures. « C’est sûr que ça la fout mal de montrer des traces faites par le dentier de ton mec. » Railla Harry. Draco bougea un peu et Harry avança une main pour lui secouer l’épaule. Son regard rencontra la brûlure sur le bras du blond, seul défaut apparent, qui, étrangement, le rendait encore plus attirant ; il n’était pas parfait et c’était une preuve de plus de son humanité. Il alluma la lumière et il donna unelégère tape sur l’épaule de Draco, lequel émit une sorte de petit gémissement qui fit sourire Harry. Lorsque le blond leva la tête, essayant désespérément d’ouvrir les yeux, le sourire du Procureur retomba. Instinctivement, il mit une main sur sa bouche pour étouffer un juron. Alors qu’il croyait tomber sur une marque laissée par une folle nuit érotique, il vit une longue et fine cicatrice qui prenait toute la largeur de son cou. Harry recula au moment où Draco ouvrit les yeux. Aussitôt, il remonta le drap sur son menton. « Il est inutile de te cacher, déclara Harry en lui tendant son pantalon, j’ai vu ta cicatrice. Qui a essayé de t’étrangler ? - De quel droit m’observes tu sous toutes les coutures ! S’écria Draco en se levant et en bataillant pour passer son pull. Tu es chez toi, certes, mais il y a certaines limites à ne pas dépasser ! - Je suis désolé, d’accord ! Il n’empêche que maintenant je sais ce que tu caches alors s’il te plait, explique moi qui t’as fait ça. Et qu’as-tu au dos ? Tu n’as pas voulu que je le voie hier, il y a forcément quelque chose d’autre. - Tu veux voir ? Tu veux te rincer l’œil pour pouvoir dire à tout le monde que je suis un monstre ? Très bien ! » Il ôta son pull d’un geste rageur et, dans la foulée, il fit descendre son boxer. Il resta nu devant Harry, les bras écartés, le regard assassin. Harry voulait parler mais Draco ferma les yeux pour couper court à toute communication et il se retourna. Harry passa une main tremblante devant ses paupières, sans savoir s’il devait ou non regarder. Puis il soupira et il retira sa main. Son cœur se déchira à la vue du dos grêlé de Draco. Des épaules au bas des côtes apparentes, ainsi que sur l’arrière du bras droit, de l’épaule au coude, la peau était brûlée et deux grands ronds roses se dessinaient sur l’extérieur de ses cuisses pâles. Harry s’approcha lentement et il frôla la peau abîmée du bout des doigts. Draco se retourna vivement. « N’y touche pas, siffla-t-il en récupérant son boxer. Alors, content ? » Il avait du mal à articuler correctement, probablement parce qu’il pensait moins à former les mots sous le coup de la colère. Ses mains et sa voix tremblaient alors qu’il avançait lentement vers Harry. Sans savoir pourquoi, ce dernier recula jusqu’au moment où il se retrouva acculé contre le mur. Draco le dominait de sa grande taille et Harry baissa un peu les yeux, à la hauteur de la cicatrice de son cou. Elle se fondait presque dans la blancheur naturelle de la peau du blond. Il mit les mains sur son torse pour le repousser un peu. « Qui t’as fait ça Draco ? - Macnair a tenté de m’étrangler dans la cabane hurlante. Il a failli me broyer les cordes vocales…muet en plus de sourd, ça m’aurait un peu contrarié, ironisa-t-il. C’est Dumbledore qui m’a sauvé. Le dos, c’est à cause de l’explosion et cette fois ci, c’est mon père qui m’est venu en aide. Chacun ses blessures de guerre, Potter, mais ça ne fait pas de moi une victime, enfonce toi bien ça dans le crâne. - Oui, peu importe...Et tes cuisses ? - Les médecins Moldus ont dû me prendre de la peau pour la greffer sur mon dos. Un médicomage m’aurait soigné sans laisser la moindre trace mais les Moldus n’ont pas notre talent en matière de guérison, surtout pas dans le bled paumé où m’a déposé mon père pour ma propre sécurité. Ta curiosité malsaine est elle satisfaite ? » Il saisit Harry par la cravate et il le tira à lui, jusqu’à ce que leurs corps soient collés l’un à l’autre. Harry ferma les yeux, essayant d’ignorer le désir que faisait monter en lui la proximité de ce corps à moitié nu. Draco sentit le début d’érection contre sa cuisse et il se pencha, laissant sa bouche frôler l’oreille du brun au corps si parfait que cela le rendait jaloux. « Alors ça t’excite, murmura-t-il. Me voir mutilé, ça te plait ?C’est une belle revanche pour toi, non ? Après tout, j’ai passé mon temps à t’appeler «le balafré » et regarde moi à présent. Seul mon visage a été épargné…Tu dois jubiler, Potter. - Ce n’est pas vrai Draco, ça n’est pas ce que je pense, haleta Harry même s’il savait que Draco ne l’entendrait pas, ni ne lirait sur ses lèvres. - Tu penses que je le mérite, n’est ce pas Harry ? Tu penses qu’il est normal que tu aies ce cou délicieux alors que je porte sur le mien la marque de ma trahison envers les miens. » Sa voix était devenue rauque et ses lèvres descendirent frôler son cou. Harry fut secoué d’une multitude d’émotions contradictoires. Il ne pouvait pas laisser Draco lui faire éprouver des désirs qu’il avait enfouis depuis des années. Il ne pouvait pas le laisser croire qu’il se délectait de sa souffrance. Il ne pouvait surtout pas perdre contenance face à lui. Il était le Procureur, il devait dominer la situation et remettre Draco à sa place. Dans un sursaut de lucidité, il poussa Draco pour le plaquer dos au mur, ses deux poignets emprisonnés dans une de ses mains, bloqués au dessus de sa tête. Avec sa main valide, il montra ses lèvres d’un geste sec pour faire comprendre au blond qu’il valait mieux qu’il lise ce qu’il avait à dire s’il ne voulait pas d’ennuis. « Que les choses soient bien claires entre nous Malfoy, tu n’as qu’un seul droit dans cette maison c’est celui de la fermer. Il est hors de question que tu tires des conclusions hâtives à cause d’une réaction purement mécanique de ma part. Je ne retire aucune satisfaction, aucun plaisir, à connaître les épreuves que tu as traversées. Pour être franc, je me fous pas mal de ce qui t’est arrivé. Et je n’éprouve aucun désir pour toi, ça fait juste longtemps que je n’ai pas fait l’amour. - Alors prends toi une prostituée, cracha Draco en se débattant. - Pourquoi faire ? J’en ai déjà une à domicile, » rétorqua Harry avant de se rendre compte de ce qu’il disait. Choqué par ses propres paroles, il lâcha Draco. Il lui tendit ses vêtements avec des gestes lents, comme s’il était téléguidé, et il sortit l’attendre devant la porte. Son cœur battait la chamade et sa tête tournait. Il se sentait nauséeux. Il passa une main tremblante dans ses cheveux et, quand Draco descendit, il ne le regarda même pas. Il lui tendit juste une robe de sorcier et il le conduisit jusqu’au Ministère, sous une pluie battante. Il était assommé. Toute cette histoire avait eu raison de ses nerfs. Il se rendait compte que Draco était complexé par son corps à un point tel qu’il en arrivait presque à vivre ses brûlures comme un handicap et qu’il faisait de sa surdité une chose quasiment banale. Il l’avait intégrée comme faisant partie de lui et il avait procédé aux ajustements nécessaires pour en faire une force. La surdité l’avait poussé à se retrancher un peu plus dans la paranoïa mais cela ne semblait pas révolter Draco outre mesure. Ce qui le révoltait, c’était ce corps abîmé. S’il avait fait le deuil de son ouïe, du moins Harry le supposait, il n’avait pas l’air d’avoir accepté ce corps différent. Le paraître avait toujours pris une place prépondérante chez lui. Harry se souvenait qu’à Poudlard, il n’hésitait pas à appeler Neville « le gros » ou Hermione « dents de lapin. » Il se moquait des gens affaiblis psychologiquement, comme les Londubat, ou physiquement imparfaits, c’était son passe temps favori. Aujourd’hui, après avoir ri, Draco devait se sentir dans la peau du sujet à plaisanteries et cela lui était insupportable. Harry avait vu de la haine dans son regard…De la haine envers lui-même, comme s’il se jugeait responsable de tout ce qui lui était arrivé. C’était terrifiant de le voir retourner sa haine légendaire contre lui-même. Harry soupira et il posa une main dans le creux du dos de Draco afin de le faire passer devant lui dans l’ascenseur du Ministère. Draco entra et il s’adossa au mur, les yeux fermés, la main caressant son ventre sous le pull. Avant qu’il ne se retranche dans son monde, Harry avait vu de la honte danser dans les prunelles grises. Hermione était déjà installée dans le bureau de Ron, lorsqu’ils entrèrent. Elle attendait Draco avec impatience car ses recherches commençaient à devenir très intéressantes. Harry resta à l’écart, encore mortifié par sa dispute avec Draco qui, lui non plus, n’avait pas l’air au mieux de sa forme. Harry ferma les yeux. Derrière ses paupières closes se découpait un corps d’une beauté spectaculaire malgré les blessures. Il préféra reporter son attention sur la porte du bureau, c’était plus sûr. Un homme aux cheveux noirs s’approcha d’eux et les yeux de Draco s’agrandirent tandis les sourcils de Harry se froncèrent. Que faisait il ici ? « Draco, tu connais Severus Rogue, déclara Hermione. Il m’est d’une aide précieuse pour prouver ton innocence. » Draco avança une main vers lui et Severus la prit pour la serrer très fort, comme pour lui rappeler de se battre à chaque seconde. L’émotion était trop grande. Draco ferma les yeux, le cœur battant, le souffle court. A suivre… Merci à ceux qui auront lu jusqu’ici et à bientôt. Bisous. |