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NE FERME PAS LES YEUX. DISCLAIMER : Le monde de Harry Potter appartient à JK Rowling. Note de l'auteur : cette histoire parle d'homosexualité alors si le sujet vous dérange, ne lisez pas les lignes qui vont suivre. A Ira Lea. CHAPITRE SIX : AMIS ET ENNEMIS. Il avait besoin de quelques secondes pour rassembler ses esprits. Derrière ses paupières closes, il voyait le terrain de Quidditch. Il pouvait entendre la clameur des supporters de Serpentard alors qu'il saisissait le Vif d'Or. La fierté dans les yeux de son père lorsqu'il lui annonçait ses excellents résultats scolaires. Puis la déception quand il avouait qu'il n'était que second au tableau d'honneur...Derrière Granger. Cette même Hermione Granger qui livrait un combat acharné pour le sortir de cette impasse. Cette même Hermione Granger qu'il n'avait jamais admiré autant qu'en ce moment, parce qu'elle mettait de côté toutes les insultes, toutes les brimades, pour s'allier à Severus Rogue et à lui même dans cette soif de justice qui la caractérisait bien. Il ouvrit alors les yeux et son regard croisa celui d'Hermione. Elle semblait si forte, tellement sûre d'elle qu'il l'envia et pour la première fois de sa vie, il envia quelqu'un sans pour autant être jaloux. Il tourna la tête et le sourire méprisant que Rogue envoyait à Potter le rassura. Tout le monde avait changé autour de Draco, mais Severus Rogue restait égal à lui même, constant, inébranlable. "Bonjour, professeur Rogue, lança Draco d'une voix tremblante. Comment allez vous ? - Très bien, merci. J'espère que nous pourrons bientôt tirer un trait sur cette sordide affaire, Draco." Draco n'entendait pas le ton de la voix de son ancien professeur, mais il pouvait l'imaginer sans peine, sec et dur. "Il faudrait pour cela que Draco soit innocent, intervint Neville en toisant Rogue de toute la hauteur dont il était capable. - Ou que les gens chargés de l'enquête soient compétents, rétorqua Severus d'un air glacial. Il y a quelques années, j'ai tenté d'expliquer le rôle de Draco durant la guerre, mais "on" m'a gentiment renvoyé à mes potions. - Monsieur Rogue, siffla Harry à qui la patience manquait cruellement en cet instant, je vous ai, à juste titre, rappelé que je n'accordais aucun crédit à la parole d'un Mangemort. Et peu importe que Dumbledore ait laissé un témoignage écrit concernant votre rôle primordial dans la guerre, témoignage qui vous a évité la prison, je sais ce que vous valez. Vos dires rejoignent ceux de Draco cependant, alors cela change la donne et la crédibilité de vos propos. - Harry ! S'exclama Hermione. Non mais tu t'entends ? Qui es tu pour juger de la valeur d'un homme ? Le pouvoir t'es dangereusement monté à la tête, et tu as intérêt de vite redescendre des cimes où tu culmines. Tu empoisonnes la justice avec ton parti pris, alors tiens toi en aux faits ! - Il suffit ! Tonna Arthur Weasley en remuant les bras comme un avocat adepte des effets de manche. Je tiens à vous rappeler que le système pénal sorcier se compose de deux parties distinctes mais d'égale importance. Les Aurors, qui enquêtent sur les crimes, et le Procureur, qui poursuit les criminels." Draco ne comprenait pas vraiment l'intervention du Ministre, mais en voyant Ron lever les yeux au ciel, passablement irrité, il s'autorisa un sourire sardonique. Harry, quant à lui, était las d'entendre Arthur citer sans arrêt, en la remaniant à la sauce sorcière, la phrase d'introduction de la série "New York Police Judiciaire." Ron s'installa sur la chaise de bureau et il posa devant lui une pile de parchemins vierges, plus un dictaphone. "Messieurs, lança-t-il en soupirant. Il y a trop de monde dans cette pièce et je ne veux voir rester que les principaux intéressés, à savoir Neville, le professeur Rogue et moi même. Harry, je te ferai parvenir la déposition de monsieur Rogue en deux exemplaires dès qu'elle sera terminée. Malfoy, tu vas attendre dans la salle d'interrogation avec Hermione. - Fais attention à Draco, conseilla Harry à Hermione, il a tendance à vouloir se barrer. - Moi aussi, Harry, si mon sort dépendait de toi, j'aurais tendance à vouloir me barrer, répliqua sèchement Hermione. - Je ne te connaissais pas cette tendresse pour les enflures, Herm', accusa Neville. - ça doit être pour ça que j'ai une tendresse toute particulière pour toi, Neville. Viens Draco, nous avons assez perdu de temps avec eux," lança Hermione en touchant l'épaule de Draco afin d'obtenir son attention tout en désignant Neville et Harry du menton. Lorsque Ron, Rogue et Neville furent enfin seuls, Neville s'assit sur le bureau, une jambe sur le sol, dans une position qu'il voulait intimidante. Ron l'observa quelques secondes en se demandant s'il n'avait pas, comme son père, regardé un épisode de top de la série "Rick Hunter." Il avait l'impression de découvrir une facette de Neville qui ne lui plaisait pas du tout, ou alors c'était lui même qui commençait à se désolidariser de son ami et qui adoptait un comportement différent, le comportement d'un homme qui cherche la vérité sans la travestir. "Nous vous écoutons, professeur Rogue, dit-il en faisant signe à Severus de s'asseoir. Quel a été le rôle de Draco Malfoy durant la guerre ? - Je vous l'ai déjà expliqué il y a longtemps, mais je vais me répéter," remarqua Severus en s'adressant uniquement à Ron. Pour lui, Neville n'existait pas. Il était insignifiant avec toute sa haine et sa rancune. Ron semblait moins borné aussi Severus choisit-il de n'accorder d'importance qu'au rouquin. "Draco Malfoy espionnait les Mangemorts avec moi, pour le compte d'Albus Dumbledore. - Dans ce cas, pourquoi Dumbledore n'a-t-il pas laissé d'indications le concernant, comme il l'a fait pour vous ? - Je ne sais pas. Probablement parce qu'il craignait plus pour la vie de Draco que pour la mienne. J'avais une longue expérience alors que Draco était novice. Il était terrorisé et Dumbledore a dû s'inquiéter du fait qu'un Mangemort aurait pu apprendre en lisant son témoignage que Draco était un espion. Tout cela n'est que supposition, bien entendu. - Bien entendu, répondit Ron alors que Neville secouait la tête avec incrédulité. Comment Draco est-il devenu espion ? - Je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est qu'un jour, Dumbledore m'a convoqué pour me dire que Draco se joignait à nous. Je n'étais pas d'accord. C'était trop dangereux. - En quoi consistaient vos missions ensemble ? - Nous assistions aux réunions de l'Ordre du Phénix, dans la demeure des Black. Draco a été le seul à pouvoir faire taire la vieille Black en l'insultant copieusement. - Que se passait-il lors de ces réunions ? - Nous parlions des stratégies à adopter aux vues des informations que Draco et moi fournissions. Il y avait d'autres espions mais ils ne venaient jamais chez les Black, et nous ignorions qui ils étaient, par mesure de sécurité au cas où Draco ou moi serions découvert par le Seigneur des Ténèbres. - Et pourquoi Draco n'a-t-il pas la marque des ténèbres alors ? Questionna Neville. - Faveur du Seigneur des Ténèbres à Lucius Malfoy qui ne voulait pas que son fils porte un signe distinctif. Même un crétin notoire aurait compris cela, monsieur Londubat." Neville ouvrit la bouche pour répliquer mais Ron le fit taire d'un mouvement sec de la main. "Savez vous ce qui est arrivé dans la cabane hurlante, le jour de la mort de Dumbledore ? Poursuivit Ron. - Je n'étais pas là bas mais je sais que Dumbledore avait donné rendez vous à Draco pour échanger des informations et le mettre en garde. Un informateur nous avait dit que le Seigneur des Ténèbres se doutait des activités de Draco. - Reconnaissez vous ce collier ? Interrogea Ron en lui montrant le collier retrouvé dans la cabane. - Cela ne signifie en rien que Draco soit coupable. - Je ne vous demande pas ce que cela signifie, je vous demande à qui appartient ce collier," répéta Ron en s'amusant malgré lui de la situation. Adolescent, il avait rêvé de rendre à Rogue la monnaie de sa pièce. "C'est celui de Draco, articula lentement Rogue en contenant sa hargne. - Pensez vous que Draco Malfoy ait pu tuer Albus Dumbledore ? - Jamais de la vie. Draco a bien des défauts, mais ce n'est pas un meurtrier. En tout cas, au moment des faits, il n'avait pas l'âme d'un criminel. - Des gens peuvent-ils corroborer votre version des faits ? - Non, seul Dumbledore l'aurait pu. Draco a rencontré Remus Lupin, Sirius Black, votre famille et Nymphadora Tonks mais ils n'ont jamais vu son visage. Cela dit, je sais que certains Mangemorts le poursuivent pour le tuer, c'est une preuve en soi. - Ce n'en est pas une, non. - Lucius Malfoy avait découvert que Draco espionnait pour le compte de Dumbledore. - Voici une piste intéressante. Engagez vous votre parole de sorcier sur les faits relatés lors de cet entretien ? - Tout à fait, monsieur Weasley affirma Rogue comme s'il s'adressait à un élève. - Etes vous conscient que si nous découvrions que vous nous avez menti, vous seriez immédiatement emprisonné à Azkaban pour faux témoignage ? - J'en suis conscient, oui. - Avez vous quelque chose à ajouter ? - Non. - Très bien, je vous remercie professeur. Vous pouvez retourner à Poudlard. - Puis-je m'entretenir avec Draco avant ? - J'ai bien peur que non. Les témoins et les suspects ne peuvent pas se parler pour des raisons que vous imaginez bien, mais Hermione Granger se chargera de tout lui raconter le moment venu." Severus hocha la tête et il se contenta de se lever pour prendre congé alors qu'il mourrait d'envie de mettre les deux Aurors plus bas que terre d'une remarque cinglante dont il avait le secret. La seule raison qui le retint fut Draco. Il ne pouvait pas donner aux Aurors plus de raisons d'en vouloir à son ancien élève. Au moment où Severus Rogue quittait le Ministère, Hermione et Kingsley Shakelbolt procédaient à l'enregistrement du témoignage de Draco. Hermione avait insisté pour qu'un Auror digne de confiance et dénué d'animosité envers le blond s'occupe de cette partie du travail, demande qui avait largement vexé Neville. Les réponses de Draco rejoignaient celles du professeur Rogue, ce qui soulagea Hermione. Il fit une description détaillée de la maison des Black au moment des faits, sous les hochements de tête de Kingsley et Hermione, qui connaissaient aussi bien que lui la physionomie de l'endroit à cette époque. Une fois la déposition prise, Kingsley les laissa seuls et Hermione lui expliqua alors son entretien avec Severus Rogue. Draco ne quittait pas ses lèvres des yeux. Il la trouvait décidément très jolie dans son tailleur parme, et son léger maquillage ne faisait qu'accentuer la force qu'il lisait dans son regard. Elle secoua la main devant son nez pour capter son attention. "Draco, tu m'écoutes ? Si je puis m'exprimer ainsi. - Je t'écoute, Granger, répliqua Draco avec un rictus amusé. Bien que j'avoue avoir décroché à certains moments. De toute façon, si Rogue a dit la vérité, je sais exactement ce qu'il a raconté à Hurlu et Berlu." La jeune femme pouffa de rire. Lorsqu'elle eut retrouvé son sérieux, elle le fixa intensément en dissimulant à peine son inquiétude. "Comment ça se passe chez Harry ? Surtout, s'il outrepasse ses droits, dis le moi. - Pour l'instant, ça va. Qu'est-il arrivé à votre indéfectible amitié ? - Elle a pris l'eau après la guerre, répondit Hermione avec un sourire triste. Il s'est renfermé et il a fait le vide autour de lui...Draco, ne le pousses pas à bout, c'est quelqu'un de bien. - C'est surtout quelqu'un que le pouvoir a étourdi. - Je ne vais pas te contredire sur ce point, mais sache qu'il travaille énormément pour la justice. Ton cas est particulier et je crois que te revoir l'a profondément déstabilisé, comme ça a déstabilisé Ron et Neville. Harry ne laisse habituellement pas ses sentiments personnels interférer. C'est quelqu'un de gentil, Draco, même s'il dépense une énergie folle pour le cacher. - Pourquoi me dis tu tout ça ? - Parce que je vais te défendre jusqu'au bout, je vais travailler sans relâche pour que tu évites Azkaban, mais je reste l'amie de Harry malgré la distance entre nous et je ne veux pas que vous vous fassiez du mal en reprenant vos querelles stériles..." Draco tourna la tête pour ne plus voir les mots se former sur les lèvres de son avocate. Il avait quelques difficultés à croire que le Procureur avait la moindre qualité, surtout après leur dernier échange. Harry avait vu ses blessures les plus disgracieuses, il avait vu la honte qu'éprouvait Draco et malgré cela, il avait cherché à l'humilier un peu plus en lui rappelant qu'il n'était qu'un prostitué à ses yeux. Habituellement, les insultes coulaient sur Draco sans le marquer, mais dans ces circonstances, il n'arrivait plus à rester hermétiquement clos à toute émotion. Il avait été blessé par les propos de Harry et il ne comptait pas tendre l'autre joue. Du coin de l'oeil, il vit Hermione se lever alors que Harry, Théodore et Neville pénétraient dans la salle d'interrogation. Ils eurent une discussion houleuse que Draco ne chercha pas à interpréter. Il était fatigué, contrarié et il voulait en finir au plus vite avec sa visite au Ministère. Il se mit à caresser son ventre sous son pull, plus par automatisme que par besoin de se rassurer, puis il ferma les yeux en se demandant quand ce cauchemar prendrait fin, s'il prenait fin un jour. Une main se posa sur son épaule en la pressant fermement, sans pour autant lui faire mal. Il sursauta et son regard rencontra celui de Harry, penché sur lui. "On y va," articula simplement Harry. S'il avait pu entendre le son de sa voix, Draco aurait perçu la lassitude chez Harry. Il quitta sa chaise inconfortable pour suivre le Procureur dans les couloirs encombrés où plusieurs personnes le dévisageaient sans retenue. Il haussa les épaules. Il n'était plus à ça près. Il se redressa et se tint aussi droit que possible, un sourire en coin sur les lèvres. Durant tout le trajet jusqu'au 12 Grimmauld Place, Harry ne desserra pas les dents, préoccupé par un sujet dont Draco n'avait cure. Une fois dans le salon, Harry se tourna vers Draco en passant la main dans ses cheveux. "Je dois retourner au Ministère pour m'occuper d'une affaire importante, annonça-t-il sans quitter Draco de son regard vert trouble. Pour ce que je t'ai dit tout à l'heure... - Je m'en fiche, coupa sèchement Draco. Tu racontes ce que tu veux, tu es chez toi et je ne suis que la pute de service." Il vit volte face pour ne pas voir les mots se former sur la bouche du Procureur et il monta dans sa chambre en claquant la porte derrière lui. Porte qui s'ouvrit à la volée quelques secondes plus tard, laissant pénétrer un Harry furieux. Draco le toisa en silence, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon. "J'en ai marre, Malfoy, commença Harry. Je te parle et la moindre des choses serait que tu éc...Que tu soies attentif ! Je... Ne ferme pas les yeux !" C'était trop tard, Draco s'était retranché dans son monde, les paupières closes, ne désirant pas entendre des excuses que Harry n'avait de toute façon pas envie de présenter. Harry prit le menton de Draco entre son pouce et son index pour capter son attention mais rien n'y fit. Draco était au bord de la piscine, chez Sean, entouré de ses amis. "Tu veux que je te dise ? Interrogea Harry en soupirant. Ta surdité est un sacré handicap pour moi." Résigné, il sortit de la chambre et de la maison, les épaules voûtées, les lèvres pincées. Ce n'est qu'au moment où il ressentit les vibrations d'une porte qui claque que Draco finit par ouvrir les yeux. Il avança dans la maison sans savoir dans quelle pièce s'arrêter. Il avait l'impression d'être monstrueusement seul, désemparé, il détestait ça. Lorsque Harry et les Aurors le scrutaient, il avait la sensation d'être quelqu'un de sale. Lui qui s'était habitué à lire le respect et l'amour dans le yeux de ses amis ou de ses amants... Il songea que peut être, une douche l'aiderait à laver cette sensation. Il ôta ses vêtements et entra dans la salle de bains en espérant que Harry resterait absent assez longtemps pour lui donner le temps de se ressaisir. Le puissant jet d'eau et le gel douche mentholé parvinrent à lui faire oublier la crasse qu'il imaginait sur lui, et en lui. Ensuite, il enfila un pantalon et un pull à col roulé noirs avant de se rendre dans la cuisine. Il avait faim mais surtout, cuisiner était un moyen pour lui de chasser son stress. Il ouvrit le frigidaire qui ne contenait rien d'autre que de l'eau, des bouteilles de bierraubeurre, du fromage blanc et de la moutarde. Sans être foncièrement pessimiste, Draco doutait de pouvoir préparer quoi que fut d'appétissant avec ces seuls ingrédients. Il jeta un oeil dans le congélateur pour constater avec effarement qu'il ne contenait que des pizza. Les placards ne lui apportèrent pas plus de satisfaction, entre les produits de première nécessité comme l'huile, la farine ou les pâtes et les boites de conserve de ravioli, il n'y avait pas grand chose d'exploitable pour les envolées culinaires de Draco. "Potter, en plus d'être un salaud de Procureur, tu bouffes n'importe quoi," grommela-t-il. Son regard tomba sur la corbeille de fruits où il remarqua des pommes, des oranges, des citrons, des courgettes et des tomates. Une idée lui vint enfin et il fit cuire les courgettes auxquelles il rajouta de la tomate. Pendant que les légumes mijotaient, il confectionna une pâte à tarte sommaire en remplaçant le beurre manquant par du fromage blanc. Sean ayant un taux de cholestérol trop élevé, Draco était coutumier de la cuisine sans matières grasses inutiles, même s'il ne passait pas son temps à mitonner de bons petits plats à son compagnon. Sean, lorsqu'il le voyait derrière les fourneaux lui demandait d'ailleurs toujours avec humour ce qui l'avait contrarié pour qu'il en arrive là. Une fois la pâte précuite, il disposa la préparation aux légumes et il mit le tout au four, attendant la fin de la cuisson en mangeant une pomme, un livre à la main. Il grignotait un fin quartier de sa tarte tranquillement assis à table lorsqu'un mouvement sur sa droite le fit bondir hors de sa chaise, le coeur battant à tout rompre, la peur au ventre. Le mot "Mangemort" clignota dans son esprit en grosses lettres rouges. Il ne craignait pas de se faire tuer, bien qu'il ne fut pas disposé à mourir non plus. Ce qui le terrifiait au plus haut point était l'idée que les Mangemorts ne l'achèveraient pas avant de lui avoir fait subir les pires tortures. Il poussa un cri et, au moment où il se jetait sur un couteau, une main se referma sur son poignet pour lui faire faire volte face avant de le lâcher. Il vit alors Ron Weasley, l'air totalement ébété, les deux mains devant lui pour lui montrer qu'il n'était pas armé. Draco le fixa, haletant, et Ron se mit à bredouiller si vite que Draco ne parvint pas à lire sur ses lèvres. Une fois remis du choc, Ron se rendit dans le salon en faisant signe à Draco de le suivre. Il se servit un verre de Gin, en proposant un à Draco qui déclina l'offre, puis il s'assit sur un fauteuil alors que Draco prenait place sur le canapé. "Bon sang Weasley, préviens la prochaine fois ! Tonna Draco dont le coeur refusait de se calmer. - Et comment tu veux que je fasse ça, Malfoy ? Je ne peux pas te téléphoner, toute la maison est close et, jusqu'à preuve du contraire, les hiboux ne traversent pas les murs ! Tu m'as fait peur avec tes conneries, j'ai cru que tu allais me planter. - Je n'ai pas été assez rapide, dommage. Les Aurors ne sont-ils pas censés rester sobres durant leur service ? - J'ai fini ma journée, annonça Ron avec un sourire satisfait. - Oh...Et tu es venu pour...? - Te voir. - Laisse tomber Weasley, j'avale pas." Ron ouvrit la bouche, stupéfait, mais au lieu de parler, il partit dans un fou rire phénoménal sous le regard perplexe de Draco. Il but une gorgée de Gin qu'il manqua de recracher tant il était hilare. Bien qu'il eut préféré se montrer sérieux, Draco esquissa un sourire amusé. "Que puis-je pour toi, Weasley ? Tu as des questions à me poser sur l'affaire en cours ? - Non, répondit Ron en retrouvant son self control. Tu ne m'as pas cru lorsque je me suis excusé pour mon comportement outrageux alors je viens à nouveau te dire que je suis sincèrement désolé. Et mon père ne m'a pas ordonné de le faire. - Oublie ça, je n'ai aucune envie d'en parler." Siffla Draco en se levant pour quitter la pièce. Ron posa son verre sur la table basse et il se précipita sur les talons de Draco. Il le prit par les épaules et le força à se retourner en le maintenant fermement face à lui. "On va en parler Malfoy, maintenant. Crois moi, je suis...Merde ! T'es lourd !" Draco avait fermé les yeux pour interrompre la conversation. Il en avait assez des Aurors, de Harry Potter et de leur fâcheuse tendance à faire leur mea culpa après avoir raconté ou fait n'importe quoi. Comme le lui disait toujours son meilleur ami Devon lorsqu'ils se disputaient : "ne blesse pas les gens si tu n'aimes pas t'excuser." Ron observa longuement le blond aux paupières closes en se demandant à quoi il pouvait bien songer. Il laissa retomber ses mains le long de son corps, prêt à partir, puis il se ravisa. Il avait des choses à dire et il refusait que Draco se serve de sa surdité pour ne pas les entendre. Il émit un petit rictus triste devant l'ironie de cette pensée. Avec un aplomb qu'il avait gagné au fil des années, il décida que la conversation était loin d'être terminée. Il prit une profonde inspiration avant de saisir la taille de Draco pour planter un baiser sur ses lèvres, baiser qui eut l'effet escompté car Draco fit un bond en arrière en levant ses yeux gris étonnés sur lui. "Maintenant que j'ai toute ton attention, Malfoy, reprenons notre petite discussion, déclara Ron en lui faisant un clin d'oeil. - Non mais...C'était quoi ça ? - Un moyen de te forcer à me regarder quand je te parle. Je n'hésiterai pas à recommencer à chaque fois que tu fermeras les yeux pour me censurer. - Tu es complètement dingue, Weasley. - Et encore, tu n'as rien vu, Malfoy. Je suis, avec Hermione et Théo, le seul ami que tu aies au Ministère alors ne me repousse pas sans m'avoir donné une chance de m'expliquer. - Toi, un ami ? Qu'est ce que ça signifie ? - Que je suis enclin à te considérer comme innocent jusqu'à preuve du contraire et que je suis un des seuls à suivre cette voie. Je sais que j'ai agi comme le meneur de jeu de Crétin Team dernièrement, mais je tiens à faire table rase de tout cela, si tu le veux bien. Je te présente toutes mes excuses pour ce que j'ai fait et dit, c'était ignoble. J'ai fait un bond de dix ans en arrière en te retrouvant, j'ai laissé s'exprimer ma rancune et, une fois encore, je m'en excuse, Draco. J'ai été beaucoup trop loin avec toi et rien ne m'autorisait à le faire. Je t'ai manqué de respect, je t'ai frappé...J'en suis réellement honteux, crois moi." Son regard était franc et il avait vraiment l'air de penser chacune de ses paroles aussi Draco retourna s'asseoir sur le canapé en attendant la suite. Ron prit place sur le fauteuil en face de lui. "Je sais que nous n'avons jamais pu nous supporter, poursuivit Ron en reprenant son verre, mais nous sommes adultes et nous pouvons communiquer sans nous sauter à la gorge, tu ne crois pas ? - Qu'est ce que ça cache, Weasley ? - Ron, je m'appelle Ron. - Je t'ai posé une question, Weasley. - Tu es plus têtu qu'une mule ma parole ! ça ne cache rien du tout. Je crois juste que tu peux m'aider dans mon enquête. Et puis je me sens mal de t'avoir traité comme je l'ai fait alors sois sympa, aide moi à... - Soulager ta conscience ? Coupa Draco avec un rictus sardonique. - Je ne vais pas te mentir, tu m'intrigues beaucoup et j'ai envie d'en savoir plus. - Je vois, on en revient au bon vieux trip sur "Draco la pute." Tu veux savoir quoi ? Le nombre de clients ? La paie ? Si je donne dans le SM ? - Du tout. Je connais le plus important, tu n'avales pas, plaisanta Ron. Honnêtement, ça ne m'intéresse pas. Je ne te cache pas que ça m'a fait plaisir de savoir que tu vendais ton cul au plus offrant, mais j'en suis revenu et je me sens con d'avoir pu trouver ça drôle. - C'est con, en effet. - Allez Draco, sois gentil et pardonne à tonton Ron...C'est moi ou ça sent divinement bon dans le coin ? - Tarte aux légumes, tu en veux une part ?" Ron acquiesça vivement et Draco se permit un sourire indulgent. D'aussi loin qu'il se souvienne, Ron avait toujours eu un coup de fourchette surnaturel. Ils migrèrent dans la cuisine où Ron dévora le contenu de son assiette à la vitesse de la lumière, en jetant des "trop bon" et des "trop doué Malfoy." Après avoir liquidé la moitié de la tarte, il alluma une cigarette en contemplant Draco en silence, ce qui mit le blond très mal à l'aise. "Qu'est ce que tu as, Weasley ? Questionna enfin Draco. - J'avoue avoir du mal à t'imaginer derrière les fourneaux. - Tu ne me connais pas, tu ignores ce que je peux ou pas faire. Moi je ne t'imaginais pas la clope au bec...Un point partout. Et toi, tu cuisines ? - Comme un naze, oui. Le plat que je réussis le mieux, c'est le "salut Hermione, qu'est ce qu'on mange ?" - Pas mal, admit Draco avec un sourire détendu. - Tu sais que tu es franchement beau quand tu souris ?" Draco ne put s'empêcher de rougir. Il avait déjà été complimenté, là n'était pas le problème. Le problème, c'était que le compliment venait de Ronald Weasley, celui qu'il avait tant détesté lorsqu'il était adolescent. "Je ne saisis pas tout, avoua Draco en se servant un verre d'eau. Tu es bisexuel ? - Non, gay pur et dur. - C'est amusant, j'ai toujours cru que tu finirais marié avec Granger. - Moi aussi je le croyais, et puis je suis tombé amoureux de Dean Thomas. - Plait-il ? Tu es sorti avec Dean ? - Oui. Tu vois, c'est pour ça que mon attirance pour toi m'a choquée. Parce que mon genre de mec, c'est plutôt le grand beau black façon Dean. - Merci bien. Je n'en reviens pas. Toi avec Dean ! Cela dit, tu n'as pas choisi le plus moche. Et Potter ? Tu es toujours ami avec lui ? - Oui, répondit Ron alors que son regard s'assombrissait. Il m'a quelque peu évincé mais je me considère toujours comme son ami. - C'est le tien aussi puisqu'il te couvre lorsque tu dérailles au Ministère," le rassura Draco en s'interrogeant sur les raisons qui pouvaient bien le motiver à vouloir rassurer Ron Weasley. Il se rendait compte qu'en lui parlant aussi directement de lui, Ron faisait progressivement tomber les barrières que Draco avait érigées entre eux. C'était habile et en même temps, cela n'avait pas l'air calculé. Draco était impressionné par la manière dont Ron amenait les choses, et il lui semblait presque naturel de converser avec lui, ce qui, au demeurant, était choquant pour lui. "Tu l'aimais cet homme avec qui tu vivais à Londres ? Demanda soudain Ron. - Autant que je sois capable d'aimer, oui, je crois. Tu ne sors plus avec Dean ? - Il m'a plaqué dans les règles de l'art, après une dispute mémorable. - Il te manque ? - Je préfère ne pas y penser. Il a quelqu'un d'autre à présent. - Et alors ? Seuls les diamants sont éternels, Weasley." Ron éclata de rire. "Tu n'as donc aucun scrupule, Malfoy ? - Pas là, non. Rien ne t'empêche de piquer Dean sous le nez de son nouveau copain. - Ce n'est pas mon genre. - C'est ton genre de rester tout seul alors qu'un autre homme couche avec ton ex ? - Vu sous cet angle...Tu penses que tu retourneras chez ton mec lorsque toute cette histoire sera terminée ? - Tu penses que j'ai une chance d'en sortir libre ? Interrogea Draco en retour, totalement pris dans le jeu des questions réponses. - Pourquoi pas ? Ta version et celle de Rogue concordent, c'est déjà ça. Ne tirons pas de conclusions hâtives et attendons de voir. Je vais aller rendre visite à ton père dans quelques jours, il...Draco ?" Il était devenu livide en voyant les mot "ton père" se former sur les lèvres du rouquin. Il lui semblait qu'il manquait d'air et que son coeur refusait de battre correctement. Il passa une main tremblante sur son visage avant de cacher ses yeux pour ne pas voir la réponse de Ron. "Mon...Mon père est vivant ?" Demanda-t-il enfin. Ron marqua un temps d'arrêt. Il n'arrivait pas à croire que Draco ait pu passer tout ce temps sans savoir si son père allait bien ou non. A sa place, Ron serait devenu fou. Même s'il s'agissait de ce psychopathe de Lucius Malfoy, il comprenait que Draco aime son père et qu'il redoute de connaître son sort. Il s'approcha lentement de Draco et il prit la main qui masquait ses yeux dans la sienne. Il se baissa pour que son visage soit à hauteur de celui de Draco, puis il répondit : "Il va bien, Draco. Il a été emprisonné à vie à Azkaban, comme ta mère, mais tous deux vont bien. - Oh mon dieu, ils sont en vie, souffla Draco pour lui même. Merci Weasley. Merci beaucoup." Il était sur le point de pleurer de soulagement et sa main broyait celle de Ron. Lorsqu'il s'en rendit compte, il le lâcha. Ron esquissa un sourire indulgent et il lui ébourriffa tendrement les cheveux. "ça va aller ?" Questionna-t-il. Draco hocha la tête. "Tu veux que je transmette un message de ta part à ce bon vieux Lucius ? - Dis lui que je vais bien et que je ne l'ai pas oublié, répondit Draco d'une voix si basse que Ron dut se baisser pour l'entendre. Ne lui parle surtout pas de...De prostitution. Il n'a pas besoin de le savoir. - Je ne comptais pas aborder ce sujet avec lui de toute façon. Je te laisse, à plus tard." Draco hocha à nouveau la tête sans pouvoir se lever pour saluer Ron. Ses jambes étaient cotonneuses, incapables de suivre les ordres que leur donnait son cerveau. Il avait l'impression qu'un poids énorme lui avait été retiré du coeur et il expira longuement comme pour faire sortir de lui toute l'angoisse qu'il avait éprouvée à ne pas connaître le sort de ses parents. Pendant un court instant, il se sentit heureux...Et libre. Neville Londubat gâcha tout. Au moment où Draco se décidait à quitter sa chaise pour migrer vers le salon, Neville entra dans la maison. Draco sursauta en le voyant, puis il afficha un sourire goguenard sur son visage. "C'est du délire, commenta-t-il en croisant les bras sur son torse. Vous faites la queue devant la porte pour me présenter vos excuses inintéressantes ou quoi ? - J'ai attendu que Ron sorte, en effet. Mais moi, Malfoy, je viens remettre les points sur les I et les barres sur les T avec toi. - Et si je n'ai pas envie de savoir ce que tu as à raconter, mon gros ?" Neville s'approcha prestement et il saisit la gorge de Draco d'une main pour le plaquer contre le mur. "Tu n'es qu'une infecte merde, Malfoy, cracha Neville en resserrant son étreinte autour du cou du blond. Tu peux jouer les innocents et attendrir Ron ou Harry avec ta surdité mais ça ne prend pas avec moi. Je vais tout faire pour prouver ta culpabilité, t'envoyer pourrir à Azkaban avec les tiens et Hermione n'y pourra rien." Draco, qui commençait à manquer d'air, envoya un coup de poing dans le ventre de Neville qui le lâcha en se pliant en deux. Draco en profita pour cogner sa mâchoire et Neville tomba à la renverse. Draco posa alors son pied sur la gorge de Neville en exerçant une pression assez forte pour étouffer l'Auror. "Il me semble t'avoir déjà prévenu, Londubat, siffla-t-il en articulant difficilement. N'essaie plus jamais de m'étrangler si tu ne veux pas que je te tue." Une haine démesurée se lisait dans le regard de Neville, inquiétante, meurtrière. L'Auror attrapa sa baguette magique et il lança un sortilège qui projeta Draco contre le mur. Son dos heurta la surface bétonnée et cela lui coupa le souffle. Il haletait pour essayer de respirer quand Neville revint à la charge. Il le prit par les cheveux et lui claqua le front contre l'angle du buffet. Une décharge douloureuse se propagea dans la tête de Draco qui se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas crier. Un mince filet de sang coula sur son oeil et il dut lutter pour ne pas perdre connaissance. Neville s'agenouilla devant lui, un sourire satisfait sur sa lèvre fendue. "Enregistre l'information, Malfoy, susurra-t-il. Je vais faire de ta vie un enfer tel que les Mangemorts qui te poursuivent passeront pour des Bisounours à tes yeux. Tu m'as cherché à Poudlard, tu me trouves aujourd'hui et aujourd'hui, tu ne peux rien contre moi parce que tu n'es pas plus fort qu'un simple Moldu. Dis toi que ça, c'était juste un amuse gueule...Le plat de résistance arrivera bientôt. Et si tu parles de notre entrevue à qui que ce soit, je m'arrangerai pour que ton papa chéri en subisse les conséquences. Capisci petite pute ?" Sur ce, il lui cracha au visage puis il se releva pour sortir tranquillement de la maison. Draco resta prostré quelques instants en se demandant comment Londubat avait pu devenir aussi mauvais, lui qui était incapable de blesser qui que ce fut lorsqu'il était adolescent. Il avait la nausée en sentant la salive de l'Auror couler le long de sa joue, et cela lui faisait bien plus mal que le coup qu'il avait reçu à la tête. Il se redressa difficilement en se tenant au mur et il se dirigea d'un pas chancelant dans la salle de bains en regrettant presque la blague ignoble qu'il avait faite à Neville quand ils étaient à Poudlard. Une fois devant le lavabo, il se lava énergiquement le visage jusqu'à ce que ses frottements deviennent frénétiques et douloureux. Il se déshabilla et il se coucha en se disant que s'il arrivait malheur à son père, il tuerait Neville Londubat. A suivre… J'espère que ce chapitre n'aura pas été trop fastidieux. Merci de l'avoir lu et à bientôt. Bisous. |