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NE FERME PAS LES YEUX. Pour le disclaimer, voir les chapitres précédents ^^ Je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que ce chapitre ne sera pas trop ennuyeux. Il est plus long que les autres chapitres de cette fic mais là, je ne voyais pas où le couper. Et merci à Artoung d'avoir relu ce chapitre (mais pas merci de MENACER HONTEUSEMENT SIRIUS, par contre.) CHAPITRE HUIT : QUESTIONS, REPONSES. Draco fixa longuement Harry avant de répondre d'un air sûr de lui : "Je te parlerai de moi si toi, tu m'en révèles plus sur toi." Harry plongea ses yeux verts étincelants dans ceux de Draco. Il semblait chercher à comprendre les motivations du blond, des raisons de refuser son marché mais apparemment, rien ne vint. Il fit signe à Draco de le suivre dans le salon où chacun reprit sa place initiale, Draco sur le canapé, Harry sur le fauteuil. Ce dernier poussa un soupir résigné en se servant un autre Gin. "Vas y Malfoy, pose moi toutes les questions que tu veux. Mais si je réponds franchement, j'attends que tu fasses la même chose en retour." Draco acquiesça d'un hochement de tête avant de la secouer en signe de refus alors que Harry lui proposait un verre de Gin. Le brun, d’un geste de la main, fit partir un feu dans la cheminée et Draco ne put s’empêcher de se sentir à nouveau amputé sans sa magie. Il chassa tant bien que mal cette sensation de manque pour se concentrer sur l’âtre. Les bûches enflammées dont il imaginait le crépitement, ainsi que la proximité de Harry dont le visage et le corps ne reflétaient qu’une impression de calme absolu, renvoyaient à Draco un simulacre d’intimité qui l’impressionnait plus qu’il ne l’aurait voulu. Pour se sentir plus en confiance, il repensa à ses parents, essayant de lire au coin du feu les soirs des vacances de Noël alors que Draco se plaignait des professeurs miteux de Poudlard (en troisième année, il avait été intarissable sur Lupin et Hagrid), de Harry qui trichait au Quidditch, d’Hermione qui trichait aux examens, de Dumbledore qui favorisait les Gryffondor, de Ron qui était pauvre et moche et bête et pas drôle. Dans ces moments là, Lucius le toisait avec insistance pour déceler la part de vérité dans ses propos alors que Narcissa l’invitait à s’asseoir à côté d’elle et caressait ses cheveux pour le réconforter de tous les malheurs que les autres lui faisaient endurer. Lucius avait tendance à lever les yeux au ciel, songeant probablement que sa femme se laissait trop facilement attendrir par Draco, mais il ne disait rien. Il aurait été mal placé pour parler étant donné que la plupart du temps, en l’absence de Narcissa, Draco parvenait à obtenir de lui ce qu’il voulait. S’il avait su comme ses parents lui manqueraient quelques années plus tard, il aurait profité de leur simple présence au lieu de toujours chercher leur reconnaissance, de toujours chercher à les manipuler pour se prouver qu’il en était capable et qu’ils l’aimaient assez pour se laisser embobiner. Il fut tenté de s’éclaircir la gorge pour capter l’attention du brun qui ne quittait pas les flammes des yeux, mais il se retint. Harry n’était pas sourd, il n’était pas obligé de regarder Draco quand ce dernier s’adressait à lui. Il ouvrit la bouche mais les mots moururent dans sa gorge lorsque Harry se tourna vers lui en affichant un sourire dont Draco n’aurait su dire s’il était triste ou amer. « Tu n’as pas de questions à me poser ? J’en suis plutôt ravi, dit-il avant d’avaler une gorgée de gin. - Pourquoi bois-tu autant, Potter ? Demanda alors abruptement Draco. - Je savais que c’était une mauvaise idée, siffla Harry en se levant. Bonne nuit Malfoy. » Il descendit son verre d’une traite et il le posa sans ménagement sur le buffet. Il lança à Draco un regard assombri par la colère puis il se détourna. Il allait sortir lorsque de longs doigts se refermèrent autour de son poignet. Il fit volte face et resta stupéfait en constatant que Draco le fixait sans la moindre animosité. « Je…Excuse moi, Potter, articula-t-il péniblement. Ma question ne témoignait pas d’une quelconque hostilité à ton égard. C’est juste que je… » Il s’interrompit quelques instants pour chercher ses mots. « C’est juste que je n’avais jamais imaginé que tu puisses… - Boire comme un trou ? Etre, comment tu as dit déjà, une épave ? Termina Harry en saisissant son paquet de cigarettes pour en allumer une. Je ne suis pas alcoolique. - Je n’ai pas dit que tu l’étais, cependant je m’inquiète de te voir malheureux à ce point. - Toi, tu t’inquiètes pour moi ? S’exclama Harry en s’étouffant avec la fumée de sa cigarette. - Crois le ou non, le temps où je m’amusais de te voir souffrir est révolu, » soupira Draco en retournant s’installer sur le canapé. Sans même se rendre compte de ce qu’il faisait, Harry le suivit pour prendre place dans son fauteuil de prédilection, les pieds négligemment posés sur la table basse. Il fut tenté de se servir un nouveau verre de gin mais il préféra éviter afin de ne pas passer pour pire pochetron qu’il ne l’était en réalité. A la place, il fit venir de la cuisine une bouteille de jus d’orange et deux verres. Sans un mot, les yeux rivés sur ses lèvres en attendant qu’il entame la conversation, Draco fit le service. Le procureur contempla longuement le bout incandescent de sa cigarette avant de la caler entre ses dents pour en inspirer la fumée. « Je ne bois pas souvent en journée, annonça-t-il soudain en plantant son regard dans celui du blond. Je n’ai pas un besoin irrépressible de prendre des cuites abyssales lorsque je travaille…Je ne ressens pas de manque physique lorsque je ne touche pas à l’alcool. - J’avais cru remarquer que tu buvais surtout le soir. Sais-tu pourquoi ? » Harry esquissa un sourire amer et il sembla réfléchir tout en observant attentivement Draco. « C’est souvent le soir que je vois des morts partout, expliqua-t-il avec un rire nerveux. - Pardon ? » Demanda Draco, les yeux plissés, comme s’il avait mal lu sur les lèvres du procureur. Cette fois ci, Harry émit un franc sourire dans lequel Draco crut voir un peu de tendresse, ce qui le mit profondément mal à l’aise. « Alors tu n’exagérais pas quand tu disais que tu ne regardais jamais la télévision, constata le Survivant en jetant son mégot dans le feu. - Putain Potter…As-tu conscience du fait que je ne comprends pas un traître mot de ce que tu racontes ? - Laisse tomber. Je citais un film dans lequel un gamin chialait parce qu’il voyait des morts partout. Je suis comme lui. - Sauf qu’au lieu de chialer, tu bois, ironisa Draco. - En gros, oui, » admit Harry en jetant son briquet sur le blond pour le punir de cette remarque. Draco l’évita de justesse avant qu’il ne l’atteigne au front, puis il le ramassa pour le tendre au brun. « Ne rêve pas, Potter. Je ne m’immolerai pas par le feu. - Tu es contrariant Malfoy. - Alors pour en revenir au sujet, tu as besoin de t’abrutir par l’alcool parce que c’est la nuit que surgissent ces fantômes ? - C’est une version ultra simplifiée des choses mais ce n’est pas loin de la vérité. Je précise tout de même que je ne suis pas abonné aux bitures nocturnes, contrairement à ce que tu supposes. - Qui te hante à ce point ? - Tu veux vraiment le savoir ou tu cherches juste mes points faibles ? - Ne sois pas autant sur la défensive, soupira Draco en attrapant son verre de jus d’orange. Et puis honnêtement, je pense connaître certaines de tes faiblesses, et j’ai déjà largement de quoi faire avec ça si tu m’énerves. - Ou pas. » Draco émit un sourire amusé puis, progressivement, il reprit son sérieux, ses yeux clairs ne quittant pas ceux de Harry. Ce dernier dut détourner le regard pour chasser cette désagréable sensation de gêne, comme s’il était nu devant Malfoy. Il n’abordait jamais ce sujet avec Ron et Hermione qui, même s’il s’était forcé à se détacher d’eux, restaient ses meilleurs amis, et voilà qu’il s’apprêtait à dévoiler ses angoisses à un homme qu’il n’avait rien moins que détesté par le passé. Quand il le fixa à nouveau, Draco hocha la tête pour l’encourager à continuer. « Ok, soupira Harry en sentant le sang pulser plus rapidement dans ses veines. En fait, je ne vois pas de revenants…C’est plutôt ma culpabilité face à ces morts qui m’étouffe. Ça m’obsède, surtout pour Sirius. - Black ? - Non, Sirius Beckham, le cousin de David, susurra Harry avant de se radoucir en voyant l’air vexé de Draco. Excuse moi, je n’ai pas l’habitude de parler de ça. Ça fait tellement longtemps que je vis avec ces fantômes…Je n’arrive pas à m’en défaire…Je crois que j’en ai même pas envie. - Parce que ça signifierait de les laisser partir ? - Tu devrais faire de la psychomagie, remarqua Harry en acquiesçant d’un signe de tête. Sirius est mort à cause de moi, et ça m’a attristé, mais quand ça été au tour de Dumbledore, j’ai été dévasté. Et cette douleur atroce m’a fait réaliser que j’avais pris le décès de Sirius par-dessus la jambe. J’ai commencé à me sentir tellement coupable que j’en avais du mal à me lever le matin ou à me regarder dans un miroir. Plus je me sens coupable et moins j’arrive à faire le deuil de Sirius. Il méritait plus que mon indifférence, c’était vraiment un être exceptionnel…Et un putain de grand sorcier. - Ce que je pourrais te dire ne changera rien à ce que tu ressens, mais ta relation avec Dumbledore était très forte. C’est normal que tu aies réagi de manière aussi épidermique à sa mort. Même moi ça m’a fait chier et pourtant j’étais loin de l’apprécier, ce vieux schnoque. Alors effectivement, Black était ton parrain sur le papier…Et il y a de fortes chances pour qu’il t’ait torché le cul avant de se faire incarcérer, mais tu ne l’as pas autant connu que Dumbledore. N’oublie pas que Black est mort au cœur de cette guerre, tu n’avais pas le temps d’y penser parce que d’autres personnes que tu aimais, étaient en danger. Tu ne pouvais pas faire autrement que te lancer dans l’action sans trop réfléchir. Pour Dumbledore, c’est différent, c’était la bataille finale qui ponctuait cette guerre, tu as eu tout le temps de souffrir de cette perte…Et puis qui te dit que ta violente réaction au décès de Dumbledore n’était pas aussi une réaction à celle de Black après coup ? Parce que si j’ai bonne mémoire – et j’ai une excellente mémoire, Potter – quand je t’ai trouvé en train de craquer nerveusement sous une table à Poudlard, Dumbledore était encore vivant. J’en conclus donc que cette souffrance que tu extériorisais était liée à Sirius Black…Je ne t’ai pas senti spécialement indifférent à son sort ce jour là. Cette culpabilité qui te ronge n’a pas lieu d’être. Tout ce gâchis n’est pas de ta faute mais de celle de Voldemort. Je crois que ce que tu ressentais vis-à-vis de Black ne correspondait pas avec ce qui, selon toi, aurait dû être et du coup, ça a créé une sorte de dépression que tu n’arrives pas à surmonter. » Harry toisa longuement Draco, ébahi, puis il secoua la tête. « T’es dingue Malfoy. C’est de la culpabilité que j’éprouve. Je ne suis pas dépressif. Et, pas que ça t’intéresse vraiment, mais Sirius avait une importance capitale pour moi. J’avais une confiance aveugle en lui, et une admiration sans bornes. Il était le meilleur ami de mon père. - Il était comme un lien entre ton père et toi ? » Demanda Draco en observant attentivement le procureur, comme s’il le voyait pour la première fois. Ce dernier resta un instant interdit, les yeux rivés à ceux du blond. Il était stupéfait de voir à quel point Draco savait écouter et tirer les conclusions les plus justes…sauf pour cette histoire de dépression. Il ne s’était pas attendu, malgré son envie de jouer au jeu des questions réponses, à avoir un vrai échange avec lui. Il s’était encore moins attendu à ressentir de la gratitude envers Draco parce que ses mots lui avaient apporté un peu de réconfort et que l’attention qu’il lui portait lui permettait de délester un peu de cette culpabilité qui l’envahissait constamment. « Tu as tout à fait compris, répondit enfin Harry en ajoutant un peu de gin à son jus d’orange. Outre le fait que Sirius était un homme d’une bonté exemplaire malgré les apparences, il me reliait à mon père et le rendait presque vivant à mes yeux. - ça te manque ? - Plus que tu peux l’imaginer, mais ça va…Tant que j’ai une bouteille à proximité, plaisanta Harry sans provoquer le moindre sourire chez Draco. Tant qu’on y est, je précise que la mort de Sirius est due à ta tante Bellatrix, pas à Voldemort. - Pourquoi t’es tu détourné de tes amis ? Interrogea Draco afin d’éluder le sujet « Bellatrix Lestrange. » - Putain, c’est la foire aux questions…Qui te dit que ce n’est pas l’inverse ? - Eux qui se seraient détournés de toi ? Impossible, affirma Draco. Je vois à quel point ils ont mal de ne plus avoir la même relation qu’avant avec toi. Weasley en arrive à rechercher ma compagnie, c’est dire s’il est en manque d’amitié masculine ! » Harry éclata de rire malgré lui. « C’est drôle, Ron m’a tenu le même genre de discours te concernant. - Je l’aime. Il m’aime. On va se marier, déclara Draco avec un sourire sardonique. Ecoute, il est évident que Ron, Hermione et toi, vous vous appréciez encore beaucoup alors pourquoi les rejettes-tu ? » Harry ferma les yeux et il se frotta le front du plat de la main, en proie à une déstabilisante envie de pleurer. « Je ne sais pas, lança-t-il enfin. Peut être est-ce parce que je ne veux plus me laisser approcher de trop près dans la mesure où je perds tous ceux qui comptent à mes yeux. Ou peut être ai-je tout bonnement peur qu’ils voient ce que je suis devenu. » Draco observa Harry de bas en haut puis il haussa un sourcil. « C’est vrai, j’aurais honte à ta place…Procureur respecté avec un joli compte en banque…Bel homme… - Abruti tellement incapable de faire un deuil qu’il se cuite pour baiser avec des inconnus sans préservatif, rectifia Harry en grimaçant. - J’espère que c’est un cas isolé. - Ça n’est arrivé qu’une fois, d’aussi loin que je me souvienne, confirma Harry en baissant les yeux avant d’allumer une nouvelle cigarette. Draco…Il n’y a vraiment que le fric qui compte pour toi ? - J’en conclus qu’on a fini de parler de toi ? » Harry approuva d’un signe de tête et le blond n’insista pas. Il poussa un long soupir puis il passa une main sous son tee-shirt afin de caresser son ventre. « Non, répondit-il enfin sans cesser sa gestuelle sécurisante. L’argent n’est pas tout pour moi mais disons que je suis habitué depuis toujours à un certain train de vie. J’aime pouvoir dormir dans les meilleurs hôtels et ne pas avoir à me demander si je peux ou non m’offrir un objet qui me plait, je ne vais pas le nier. - Tout ça a un prix pourtant. Ça ne te dérange pas de payer de ta personne pour avoir ce confort matériel ? - Tout le monde paye de sa personne, d’une manière ou d’une autre. - Tu es volontairement évasif là, souligna Harry avec un sourire indulgent. Ne me dis pas que ça ne t’a rien fait de vendre tes charmes pour bénéficier d’un certain confort. - Je serais le roi des hypocrites si je faisais ça, admit Draco en contemplant le feu dans la cheminée. La première fois, je suis rentré chez moi, j’ai vomi et je n’ai pas quitté le lit pendant deux jours. Je me haïssais d’être tombé aussi bas alors que, même si je ne vivais pas comme un prince, je n’étais pas non plus à la rue. - J’avoue ne pas comprendre…Pourquoi as-tu continué dans ce cas ? - Parce qu’au bout de deux jours, j’ai apprécié de pouvoir sortir pour m’acheter des vêtements de grande marque. Au fil du temps, j’ai fini par me considérer comme un produit de luxe et c’était plutôt valorisant. » Harry observa longuement le blond avec une mine décomposée, puis il jeta sa cigarette dans l’âtre avant de prendre la parole. « Tu es vraiment dingue de t’être déshumanisé de la sorte, jusqu’à te voir comme un produit. Sérieusement, quel genre de mec tordu peut aimer payer pour coucher ? - Tu réponds à ta propre question apparemment, étant donné que tu considères mes clients comme des tordus…Pour ta gouverne, il n’y avait pas que des hommes. Et puis cesse d’avoir en tête l’image de la prostituée qui fait le trottoir et qui travaille à la chaîne. Un client ou une cliente par mois, ça ne m’a pas tué, en particulier quand on sait qu’ils me traitaient avec déférence. Oublie aussi l’idée des vicelards qui auraient voulu m’attacher ou se faire fouetter. C’était très soft, très respectueux. - Je ne suis pas sûr de vouloir connaître tous les détails, Draco. Souffla Harry. - Et moi je pense que tu as besoin de savoir parce que tu t’es monté des films complètement glauques me concernant. Je n’ai pas été maltraité. - Ok, alors puisqu’on en est là…C’est vrai que tu étais très demandé parce que tu assurais au pieu ? - C’est un peu la rumeur qui a couru dans certains milieux mais franchement, cette réputation était surfaite. C’est juste que je suis…Comment dire…Endurant, paraît-il. » Harry ouvrit de grands yeux étonnés et il versa encore une généreuse rasade de gin dans son jus d’orange avant de le boire d’une traite. « Non, en fait non…Je ne veux pas savoir, Malfoy. Tu sais, Ron a insisté pour que tes parents ne soient pas informés de…heu…de ton endurance professionnelle. Je suppose que la requête vient de toi ? - En effet. - Alors ce n’est pas aussi gratifiant que tu le dis, d’être un produit de luxe. N’est-ce pas ? » Draco haussa les épaules avec désinvolture mais la crispation de ses mâchoires en disait plus qu’un discours interminable. « Je crois que tu te mens à toi-même, » reprit Harry en scrutant la moindre de ses réactions. Draco poussa un long soupir et il reporta son attention sur l’âtre pour réfléchir à sa réponse. « Peut être que je me mens, admit-il enfin d’une voix si basse que Harry dut tendre l’oreille pour l’entendre. Et peut être aussi que ma conception des choses n’est pas celle de mes parents. Le jour où tu croises des gens qui, d’emblée, sont transportés de joie parce que leur gamin vend ses faveurs sexuelles, tu m’appelles et je te paie le restau. Mes parents sont en prison et je suis sourd, accusé de meurtre de surcroît, pourquoi voudrais-je les faire souffrir encore plus avec une sombre histoire de prostitution ? - Tu marques un point. Tu n’aimes pas parler de tes parents ? - Je n’ai pas envie de parler d’eux, non…J’ai envie de leur parler. Là est toute la nuance, rétorqua Draco. - Ils te manquent ? - A ton avis, Potter ? Siffla le blond avant de se radoucir. Je suis navré, je commence à avoir sommeil et ça me rend agressif. - Je m’étais rendu compte que tu avais des problèmes pour dormir en ce moment. Et puis tu articules très mal lorsque tu es fatigué. - C’est difficile de soigner sa façon de parler quand on ne s’entend pas. - Ce n’était pas une critique, se défendit Harry en allumant une nouvelle cigarette. - Tu fumes beaucoup, constata Draco. - Je fume, je bois…je suis plein de vices, ironisa Harry. En même temps, je ne fais de mal à personne avec mes mauvaises habitudes, à part à moi-même. - Va dire ça à Granger et Weasley, parce qu’ils souffrent de ton apparente indifférence et de ton goût immodéré pour la boisson. - Ça m’étonnerait. Ils ne sont pas là pour me voir quand je rentre chez moi le soir. » Il marqua un temps de pause au cours duquel il planta son regard vert intense dans le gris troublant des prunelles de Draco. « Qu’est ce qui te manque le plus dans le fait de ne pas entendre ? » demanda-t-il soudain. Draco s’autorisa quelques secondes de réflexion en caressant lentement son torse…trop voluptueusement aux yeux de Harry. « Le son de ta voix, répondit-il d’une voix traînante alors qu’un sourire espiègle se dessinait sur son visage. Non, honnêtement, c’est la musique. - J’ignorais que tu étais aussi mélomane, même si tu jouais du piano. - Il y a des tonnes de choses que tu ne sais pas sur moi…comme il y a des tonnes de choses que je ne sais pas sur toi. Ton style musical préféré, par exemple ? - J’aime un peu tout mais ma musique de prédilection est sans conteste le rock. Et toi, tu écoutes quoi ? - Là tout de suite, rien, rétorqua Draco avec un rictus amer. Mais avant, c’était le rock et l’opéra. - Malfoy, tu te rends compte, nous avions un point commun ! S’exclama Harry en feignant la stupeur. Si tu aimais les Nerdy Wizzards, j’arrête de fumer ! - Il va falloir commencer à te mettre aux patchs, Potter, parce que je me passais en boucle leur album « Under a red moon. » J’ai même encore souvent leurs chansons dans la tête, c’est agréable. Ils ont sorti d’autres opus depuis ? - Trois, et que du bon son. Tu veux les écout…Merde, excuse moi, lança Harry en se tapant le front avec son poing. - Inutile de faire l’elfe de maison, répliqua Draco avec un sourire indulgent. Je suis plutôt content que tu n’aies pas que mon petit problème d’ouie à l’esprit quand tu me parles. - N’empêche que c’est complètement crétin de ma part, soupira Harry en se demandant par quel miracle Draco Malfoy, rancunier en chef, en était arrivé à prendre les choses avec autant de recul. - C’est une seconde nature chez toi, la culpabilité ? Je te dis de ne pas te formaliser pour si peu et ma parole est d’or alors passe à autre chose. » Harry ouvrit la bouche pour la refermer aussitôt sans s’apercevoir qu’il dévisageait le blond avec insistance. Il avait du mal à concevoir le fait qu’il se trouvait en présence du Draco Malfoy de Poudlard ; celui qui s’amusait à humilier les plus faibles et à tyranniser les Gryffondor juste parce qu’ils faisaient partie de la même maison que lui. Le garçon qui exhibait fièrement son badge de la brigade inquisitoriale de Dolorès Ombrage et l’homme qui se tenait en face de lui semblaient aussi différents que le jour et la nuit…à quelques exceptions près. Gêné, Draco se mit à caresser son ventre et son torse de manière plus prononcée, puis il toussota pour sortir le procureur de ses rêveries. « A quoi pense tu ? Questionna-t-il. - Tes réactions sont pour le moins surprenantes, admit Harry en ébouriffant ses cheveux d’un geste machinal. Je fais difficilement le lien entre le petit con infect que tu étais et le mec que j’ai devant moi. - Je vais prendre ça comme un compliment sinon ça va m’énerver. Disons que ces dernières années, j’ai pris assez de gifles pour me remettre les idées à l’endroit, je crois. » Un long silence pesant s’immisça entre eux. Harry ne savait quoi répondre à la constatation froide et détachée de Draco. Peut être était-ce même mieux s’il se taisait plutôt que de faire une remarque maladroite. La trêve était trop appréciable pour être gâchée si vite. Il écrasa sa cigarette avant de littéralement se noyer dans le regard gris qui l’observait. Il réalisa soudain que Draco avait les mêmes yeux que Sirius, en plus clair, et cela lui fit l’effet d’un coup de massue. Il avança la main pour se servir un autre verre de gin mais il suspendit son mouvement…Il préférait encore rester relativement sobre, quitte à avoir mal, pour admirer plus longtemps le regard fascinant des Black. « Quoi qu’il en soit, déclara-t-il pour couper court au malaise qu’il ressentait chez Draco, je suis content qu’on ait passé une soirée sans se sauter à la gorge. » Draco hocha la tête puis il but une gorgée de jus d’orange avant de prendre la parole. « J’aurai une dernière question. - Vas-y, je t’en prie. - Est-ce que tu te sens envahi par ma présence chez toi ? » L’interrogation prit Harry au dépourvu et il resta sans voix pendant quelques secondes. « Aussi étonnant que ça puisse paraître, non, Draco. Je ne suis aucunement ennuyé par ta présence, répondit-il avec un sourire empli de douceur. En même temps, tu sais te faire très discret. » Il s’interrompit pour plonger ses troublantes prunelles dans celles de Draco et son sourire se fit plus franc. « Si on perfectionnait ton singulier manque de culture cinématographique ? - J’attends tes suggestions. - On va commencer par le must…Les films de Kevin Smith. Tu connais ? » Draco secoua la tête et une mèche de cheveux blonds tomba devant son œil. Harry fut tenté de la replacer derrière son oreille mais il se ravisa en s’injuriant copieusement. Il se leva pour chercher le DVD de « Clerks » et l’insérer dans le lecteur. Draco prit appuis sur l’accoudoir, une main pour soutenir sa tête, et il remonta ses pieds nus sur le canapé. Harry le rejoignit et il se cala confortablement. « Tu veux que j’enlève mes jambes ? Demanda Draco. - Non, c’est très bien comme ça. Si tu dis un mot plus haut que l’autre, je pourrai te pincer les pieds. - Potter, tu es un tortionnaire, » plaisanta Draco avant de se tourner vers l’écran. Il attendit quelques instants avant d’ajouter : « Si tu ne mets pas le sous titrage, je ne vais pas comprendre grand-chose. » Harry évita de se confondre en excuses mais ça ne l’empêcha pas d’avoir l’impression d’être un sombre idiot. Il sélectionna les sous titres et il se concentra sur le film. Il avait encore des centaines de questions à poser à Draco et il comptait bien faire durer la trêve de manière à en savoir plus sur lui. Il espérait juste que le blond serait dans d’aussi bonnes dispositions le lendemain, et les jours qui suivraient. Rapidement après le début du film, il constata que Draco luttait contre le sommeil. Lorsque Harry se tourna à nouveau vers lui, il était profondément endormi, la tête posée sur l’accoudoir. Ron avait raison, il semblait littéralement exténué. Harry contempla ses lèvres entrouvertes d’où s’échappait une respiration régulière, apaisante. « Tu vas te payer un méchant torticolis demain, » murmura-t-il en baissant machinalement le son de la télévision. Il se leva, monta dans sa chambre et redescendit avec une couverture qu’il déposa délicatement sur le corps de Draco. Ce dernier émit un léger soupir et il se recroquevilla un peu plus afin de chercher la chaleur. Harry se réinstalla à côté de lui et, sans se rendre compte de ce qu’il faisait, sa main glissa sous la couverture pour caresser distraitement le pied froid qu’elle rencontra sur son chemin. Il tenta de reprendre le cours des histoires un peu folles des deux « Clerks » mais il n’y parvint pas. Tant de pensées se bousculaient en lui qu’il se sentait sur le point d’imploser. Il tendit sa main libre pour se resservir un verre de gin. Lorsque Draco l’avait ignoré, Harry avait ressenti plus douloureusement encore l’isolement qui faisait aujourd’hui partie intégrante de sa vie. A présent, avec le jeune homme endormi près de lui, sa solitude paraissait bien moins pesante et cela le terrifiait. Et s’il finissait par s’habituer à avoir quelqu’un en permanence chez lui ? Il était clair que Draco n’allait pas rester confiné dans cette maison jusqu’à la fin des temps. Comment Harry allait-il reprendre le cours de sa vie dénuée de sens ensuite ? Il avait rompu les liens qui l’unissaient à Ron et Hermione, ce n’était pas pour créer un lien – aussi fragile soit-il – avec quelqu’un d’aussi désagréable que Malfoy. Il jeta un regard morne à son verre, s’invectivant contre sa propre faiblesse. Il ne trouverait pas de réponse dans l’alcool…Il n’y trouvait même plus de réconfort depuis le temps, juste de quoi s’abrutir pour ne plus ressasser le souvenir du corps de son parrain tombant à travers ce voile dans la Salle de la Mort (comme elle portait bien son nom !) Au fil du temps, le visage de Sirius s’effaçait et moins Harry parvenait à retracer distinctement ses traits, plus il s’en voulait. Dans ces moments où la culpabilité était trop envahissante, et s’il n’avait pas de gin – du whisky pur feu faisait aussi l’affaire – sous la main parce qu’il travaillait, ne pouvant donc décemment pas se permettre de boire jusqu’à la déraison, il se rendait dans la salle où Sirius avait perdu la vie pour contempler ce voile. Au cours de ces pèlerinages morbides, il s’apercevait avec rage que s’il n’arrivait plus à retracer la forme du sourire de Sirius, il revoyait sa chute en arrière à travers le voile avec une précision révoltante. Il avait conscience qu’en agissant de la sorte, en s’adonnant ainsi au masochisme mental, il était son propre bourreau mais il avait besoin de cette souffrance. Elle était devenue un moteur qui lui permettait de se plonger avec toujours plus d’acharnement dans le travail…sa manière à lui de faire pénitence parce que quoi qu’il arrive, il se sentirait toujours responsable du décès de Sirius. Ses mains s’immiscèrent sous la jambe du pantalon de Draco pour frôler son mollet et il réalisa qu’il était en train de caresser Malfoy…Pire encore, il en retirait un certain réconfort ; une douce sensation d’intimité qui lui réchauffait le cœur autant qu’elle le lui serrait. Il songea soudain qu’il ne croyait plus avec certitude en sa culpabilité. Trop de questions se posaient…trop de zones d’ombres et de doutes. Comment aurait-il pu le toucher s’il avait, ne serait-ce qu’une seconde, encore l’idée ferme et définitive que Draco avait réellement assassiné Dumbledore ? Trop de détails lui mettaient la puce à l’oreille, comme le fait que Draco connaissait le 12 Grimmauld Place. Cependant sa mère était une Black…Peut être était-il venu à cette adresse dans son enfance…Harry tenta de recouper les dates…Sirius était jeune mais déjà parti de chez ses parents quand son père était mort. Et il avait l’âge d’Harry lorsque Walburga Black était décédée. Harry avait donc cinq ans à cette époque, Draco aussi…C’était un peu jeune pour se souvenir avec précision de la maison des Black. Et en admettant que Draco puisse remonter aussi loin dans sa mémoire, il y avait fort à parier que les lieux n’étaient pas aussi délabrés du vivant de la mère de Sirius, alors comment Draco savait-il que la maison était miteuse ? Et quel bénéfice Severus Rogue pouvait-il retirer à mentir ? De même pour Lucius Malfoy…Il voulait peut être sauver son fils, mais pas aux dépends de sa propre vie (Harry suspectait Narcissa Malfoy d’en être capable, mais pas son mari.) Or s’il admettait que Draco était un traître aux yeux des Mangemorts, il allait au devant de graves représailles de la part de ses co-détenus. Il ne mettrait pas sa vie en péril pour un mensonge…Si ? Etait-il possible que tout ce temps, Harry et les Aurors soient passés à côté de la vérité ? Cette idée le mettait particulièrement mal à l’aise, en particulier parce que la machine judiciaire était lancée et qu’il aurait besoin de preuves indiscutables pour l’arrêter. Sans parler de la population qu’il faudrait convaincre, pour la sécurité de Draco. « Neville, Ron, faites votre boulot correctement, » soupira-t-il en accentuant la pression de sa main sur la jambe ferme de Draco. Il descendit son verre d’une traite en se demandant ce que pouvait ressentir Draco à rester enfermé toute la journée dans la maison d’un homme qu’il détestait depuis toujours…maison que ce dernier avait reçue en héritage d’un cousin que Draco ne devait pas non plus porter en haute estime. L’analogie entre Draco et Sirius le frappa soudain en plein visage et ses doigts se contractèrent autour de son verre. Le blond, comme Sirius quelques années plus tôt, était prisonnier de ces lieux. Condamné à rester enfermé dans ce lieu qui, s’il avait changé, restait sordide de par son appartenance à la famille Black. Cette bâtisse contenait toute la souffrance de Sirius, celle d’Harry qui s’était volontairement retranché derrière ses murs et à présent, celle de Draco qui s’y ennuyait fermement. Qui pouvait supporter trop longtemps de rester cloîtré sans profiter d’un peu d’air frais et de compagnie ? Sa main descendit caresser distraitement le dessus du pied à présent réchauffé du blond. Il avait la peau douce et son contact était plutôt plaisant. Mieux valait s’y soustraire, savoir que Malfoy avait des pieds et des mollets doux ne l’avançait pas à grand-chose. Il éteignit la télévision et il prit appui sur l’accoudoir pour se relever mais, au dernier moment, il se ravisa. La présence de Daco, son visage sereinement endormi et son souffle régulier apaisaient les tensions en lui de manière quasi magique. Il y avait surtout cette trêve entre eux qui lui ôtait un poids des épaules. Draco semblait ressentir la même chose, autrement il ne se serait jamais endormi en sa présence. Il l’aurait fui comme il le faisait depuis le début pour s’isoler dans sa chambre. « Bonne nuit, Malfoy » souffla Harry en fermant les yeux. Il étira ses longues jambes devant lui. Demain, il aurait certainement mal au dos d’avoir dormi assis, mais une soirée tranquille, sans tensions entre Draco et lui valait bien ce petit sacrifice. Finalement, Ron avait eu raison de le secouer un peu plus tôt dans la journée, même si Harry ne l’admettrait pas devant lui. Lorsqu’il se réveilla tôt le lendemain matin, la couverture avait été soigneusement posée sur ses jambes. Il était seul. Draco avait dû remonter se coucher dans sa chambre. Il ne put s’empêcher d’être déçu par le fait que le blond n’avait pas eu, comme lui la veille, besoin de trouver une mince échappatoire à sa solitude en restant avec lui. Un bruit de tasses qui s’entrechoquaient attira son attention et il ne réprima pas un sourire satisfait. Draco ne dormait pas paisiblement dans sa chambre, à l’abri de la présence d’Harry. Il était simplement réveillé. Il se leva en poussant un gémissement de douleur lorsqu’une décharge électrique se propagea dans son dos. Il s’étira pour délier ses muscles endoloris puis il rejoignit la cuisine. Draco était déjà douché et il s’élevait dans la pièce l’odeur agréable de son eau de toilette poudrée aux échos boisés. Ses cheveux encore mouillés retombaient gracieusement sur ses yeux. Il portait un pull à col roulé noir sur un pantalon beige et Harry salua mentalement cette élégance qui ne provenait pas forcément de sa tenue. Draco le gratifia d’un sourire poli en guise de bonjour. Harry répondit par un hochement de tête avant de s’asseoir devant le café que lui avait servi le prévenu. Un silence gêné s’installa entre eux et Harry constata que son compagnon évitait consciencieusement son regard. Le procureur chercha quelque chose à dire, n’importe quoi pour briser ce malaise pesant…pour éviter de penser jusqu’à avoir mal que le silence était l’unique son que pouvait entendre Draco à présent. Il s’imaginait à la place du blond et au fond de lui, il savait qu’il ne supporterait pas de perdre l’ouïe. Draco s’en était très bien accommodé mais Harry n’aurait pas eu cette force, il en était intimement convaincu. Etrangement, la situation lui donnait l’impression de ces matins où on se réveille aux côtés d’une personne avec laquelle on a couché et qu’on connaît à peine. Après le rapprochement de la nuit, tout semble différent au grand jour et on se rend compte qu’il ne reste rien à part cette gêne. C’était la première fois qu’il ressentait cela face à quelqu’un avec qui il n’avait fait que discuter et cela le perturbait considérablement. « Tu sais, déclara soudain Draco en allant fouiller dans le frigidaire à la recherche d’un fruit quelconque à manger, j’ai déjà rencontré ton parrain. - Quoi ? » Demanda Harry, complètement désarçonné. Mais Draco lui tournait le dos et ne l’entendait pas. Harry se leva d’un bond pour saisir ses épaules et le forcer à se retourner avec tant de fébrilité qu’il ne s’aperçut même pas que ses doigts s’enfonçaient sans ménagement dans la chair du jeune homme. « Qu’est ce que tu viens de dire ? Interrogea Harry une fois qu’il eut capté l’attention de Draco. Tu as rencontré Sirius ? - Non, le Prince Charles, ironisa Draco en retour à une réponse d’Harry la veille. Oui j’ai rencontré Sirius Black deux ou trois fois quand j’ai commencé à suivre Rogue aux réunions de… - Arrête tes conneries, tu étais trop jeune ! J’avais quinze ans quand il est mort et il nous était interdit d’assister à ces réunions ! Pourquoi tu racontes de telles inepties ? Ça t’amuse de remuer le couteau dans la plaie ? - Harry, je n’étais pas trop jeune pour écouter aux portes lors des rencontres entre mon père et le Seigneur des Ténèbres et, l’année d’après, pour siéger aux réunions de Mangemorts, expliqua Draco en se dégageant de l’étreinte douloureuse d’un brusque mouvement d’épaules. J’avais des informations à donner et les membres de l’Ordre du Phénix étaient preneurs. C’est aussi simple que ça. - Je ne comprends pas, soupira Harry en tombant lourdement sur sa chaise. Si tu étais de mon côté, pourquoi tu passais ton temps à me pourrir la vie ? - Je n’étais pas de ton côté, j’étais juste contre la prise de pouvoir par Voldemort. Ça me terrifiait littéralement. Et puis toi et moi, nous ne pouvions pas nous encadrer, non ? Pourquoi aurai-je changé de comportement du jour au lendemain sous prétexte que je donnais, à l’occasion, des tuyaux à tes amis ? - Admettons que tu dises vrai - mais permets moi d’en douter – tu as parlé avec Sirius ? - Pas vraiment. Il n’avait aucune confiance en moi étant donné que j’étais toujours accompagné de Severus et qu’entre eux deux, c’était loin d’être l’amour fou. Ils se disputaient sans arrêt, c’était assez pesant. - Ouais mais c’est Rogue qui faisait chier aussi ! - Je t’accorde que passer son temps à insinuer que Black était un lâche qui se cachait ici pour ne pas risquer sa peau n’était pas… » Il ne termina pas sa phrase lorsqu’il vit Harry, blême, repousser brutalement sa chaise pour se relever. « Potter, où vas-tu ? Appela Draco alors que le brun sortait en trombes de la cuisine. - Chercher mes clopes, faut que je fume, » répondit Harry du salon en oubliant complètement que Draco ne pouvait pas l’entendre. Il saisit son paquet de cigarettes mais il resta debout devant le canapé pour l’allumer au lieu de rejoindre Draco. Il avait besoin de quelques secondes pour se ressaisir…Le temps de contrôler le tremblement de ses mains et de mesurer pleinement les implications de la dernière remarque de Draco. Elle faisait désagréablement écho à ce qu’Harry avait pu vivre dans cette maison, le jour où Sirius et Rogue avaient failli en venir aux mains. Il se souvenait de la fureur de Sirius face aux insinuations de Rogue, et de l’affreux pressentiment qu’il avait eu à ce moment là. La culpabilité remonta en lui par vagues violentes et il se mordit le poing pour ne pas crier. Il aurait dû dire à Sirius qu’il s’inquiétait pour lui, l’implorer de ne rien faire d’inconsidéré parce que Rogue n’était qu’une pourriture qui savait appuyer sur les plaies pour pousser les gens à la faute. Il inspira une longue bouffée de fumée qu’il garda dans ses poumons, le souffle coupé en réalisant que ses doutes concernant la participation de Draco aux réunions de l’Ordre du Phénix étaient de plus en plus minces. Il expira lentement la fumée et il se rendit dans la cuisine, prêt à continuer l’échange. « Parle moi de lui, encouragea Harry en triturant nerveuse l’anse de sa tasse. Comment l’as-tu perçu ? - Comme quelqu’un qui ne supportait pas l’injustice, énonça Draco en bataillant pour peler son orange. Un homme brillant aussi, mais terriblement méfiant. Je le trouvais juste dans ses prises de positions, bien que vraiment trop exalté. » Harry émit un sourire amusé auquel Draco fit écho. « La première fois que je l’ai vu, il ne m’a pas serré la main parce que j’étais avec Severus. Mais dès que j’ai ouvert la bouche, il s’est adressé directement à moi pour me demander mon âge. - Ça le choquait qu’on fasse courir de tels risques à quelqu’un d’aussi jeune ? Questionna Harry, fier de son parrain. - Apparemment non, le problème ne venait pas de là. Il était scandalisé parce qu’on te refusait l’accès aux réunions sous prétexte que tu étais trop jeune. Il ne voyait pas pourquoi on ne t’informait pas mieux que ça alors que moi… » Il s’interrompit quelques secondes pour fixer Harry avec une intensité telle que le brun baissa les yeux. « Il n’avait que toi en tête…Je crois qu’il prenait très au sérieux son rôle de parrain. Il devait beaucoup t’aimer.» Harry tira lentement sur sa cigarette, le cœur battant, submergé par la nostalgie. Les risques qu’il encourait à cette époque lui importaient peu, tout ce qu’il voyait, c’était que Sirius respirait et le soutenait toujours. « Pourquoi, Draco ? Demanda-t-il de but en blanc, la voix rauque. Pourquoi me dire tout ça maintenant ? Tu penses que ça pourrait te disculper ? - Je n’ai rien fait et il me semble que Granger le sait…Je n’ai pas besoin de chercher à me disculper à tes yeux parce qu’avec elle comme avocate, je peux me considérer d’emblée comme libre. Désolé pour toi, mais elle bouffera tout cru, j’en suis persuadé. - Je l’espère pour toi, rétorqua Harry avec sincérité même s’il n’était pas dupe quant à la peur que ce procès inspirait au jeune homme. Alors pourquoi, Draco ? » Le blond poussa un soupir en regardant le procureur écraser sa cigarette avec des gestes secs. « Parce que je pense que tu dois entendre certaines choses, même si elles ne te plaisent pas. - Je suis tout ouie. - Si je te parle de Black, c’est parce que ce matin en me levant, je me suis repassé notre conversation d’hier soir. J’ai mis bout à bout les éléments que tu m’as donnés, et ceux que j’avais déjà en ma possession le concernant… » Il s’interrompit, incertain et Harry lui fit signe de continuer. « J’ai l’impression que tu es en train de devenir Sirius…ou du moins l’idée que tu as de lui et c’est assez inquiétant. J’ignore si c’est pour rester proche de lui mais ça te fait du mal, ça t’empêche d’avancer émotionnellement. - Tu as une vision de moi assez dégradée, parce que je vais bien. Je ne suis pas tellement obsédé par les morts. - Tu es complètement enfermé dans ta culpabilité, Harry. Exactement comme Sirius qui ne surmontait pas sa part de responsabilité dans la mort de tes parents. - Il n’était pas responsable ! S’exclama vertement Harry en fusillant Draco du regard. - Techniquement, non, mais c’était pourtant ce qu’il croyait, n’est ce pas ? » Harry hocha la tête, dépité. « Et toi, Harry, tu te sens responsable de la mort de tes parents ? Après tout, c’était à cause de cette prophétie que Voldemort te cherchait, et c’est pour te protéger qu’ils ont donné leurs vies. Tu es comme Sirius…Tu deviens Sirius et tu te perds en chemin. Encore une fois, Sirius est une sorte de lien entre tes parents et toi et il me semble que tu vis plus pour les morts que pour les vivants. - Ta gueule ! Hurla Harry en frappant des deux mains sur la table alors qu’il se levait comme un diable. Je t’interdis de m’analyser de la sorte ! Mieux, je t’interdis de prononcer le nom de Sirius ou d’évoquer mes parents à l’avenir ! » Il sortit en trombes, monta les escaliers quatre à quatre et claqua la porte de la salle de bains derrière lui. Il se déshabilla en tremblant puis il entra sous la douche en attendant patiemment que la poussée d’adrénaline retombe d’elle-même. Il eut un pincement au cœur en songeant que trois semaines plus tôt, Hermione était assise à la même place que Draco, tenant le même genre de discours. La dispute qui avait éclaté entre Harry et elle avait été particulièrement violente. Après une remarque assassine d’Harry, elle était sortie de chez lui avec les larmes aux yeux en lui promettant qu’à compter de ce jour, elle ne ferait plus aucun effort pour communiquer avec lui. Cela avait fait de la peine à Harry. Il s’en voulait de l’avoir malmenée à ce point mais comme trop souvent en ce moment, il se défendait par l’attaque même s’il ne pensait pas les horreurs qu’il jetait au visage des gens. Lorsqu’il se sentit enfin calmé, il coupa l’eau, se sécha et enroula une serviette autour de sa taille pour aller s’habiller dans sa chambre. Dans l’étroit couloir, il tomba nez à nez avec Draco qui remontait dans la sienne, un gros livre de métamorphose étroitement serré contre son torse. Il eut un mouvement de recul en voyant Harry si peu vêtu et il toisa son corps avec mépris avant de reprendre sa route. « Draco, attends, » souffla Harry avant de se rappeler que le blond ne pouvait pas l’entendre. Il le suivit dans sa chambre et il attrapa son poignet afin d’attirer son attention. Draco se retourna, l’air glacial. « Draco, je…Putain tu fais chier. » Soupira Harry en passant la main dans ses cheveux mouillés. Draco avait fermé les yeux, coupant court au dialogue que le brun tentait d’instaurer. Derrière ses paupières closes apparut un corps long, finement musclé…intacte…et il n’en détesta que plus sa peau abîmée. Il sentit la vibration du claquement de la porte et il s’autorisa à ouvrir les yeux. Il sursauta. Harry se tenait devant lui, affichant une immense lassitude. « J’ai gagné à ton jeu alors garde les yeux ouverts, s’il te plait, » articula-t-il lentement. Draco obtempéra de mauvaise grâce en poussant un soupir excédé. « Je n’aurais pas dû m’emporter, poursuivit Harry en passant nerveusement la main dans ses cheveux. Tu ne faisais que me donner ton avis. - Ce ne sont pas mes affaires après tout, répliqua sèchement Draco. J’aurais dû garder mes remarques pour moi. - Non, c’est bien que m’en aies fait part…C’est juste qu’il y a des choses que je ne suis pas encore prêt à entendre. » Draco haussa les épaules comme si cela n’avait aucune importance mais Harry voyait clairement qu’il était vexé. « Je dois me dépêcher de m’habiller, je plaide ce matin. Ne fais rien à manger ce soir, je te préparerai quelque chose en rentrant. - Je ne comptais rien… » Il préféra éviter un nouveau conflit en répondant méchamment aussi abandonna-t-il sa tirade sur le fait qu’il n’était de toute façon, pas le cuisinier attitré de cette maison et qu’Harry pouvait tout aussi bien manger son poing, il s’en fichait royalement. « Il me tarde de goûter à tes prouesses culinaires. » dit-il à la place. Harry lui décrocha un sourire engageant et il fit demi tour afin d’aller enfiler un costume qui lui donnait l’air d’une gravure de mode. Il était encore très tôt lorsqu’il arriva au Ministère. oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo « Qu’est ce qu’on mange de bon ce matin ? » demanda Ron avec une mine réjouie en entrant dans la cuisine. Théo lui décrocha un sourire amusé en posant un énorme gâteau dégoulinant de chocolat sur la table. « Joyeux anniversaire mec, lança-t-il en allumant magiquement les bougies. - Tu y as pensé ? C’est gentil. - Ron, tous les ans c’est pareil, tu fais semblant d’être surpris, plaisanta Théo en sortant trois tasses dans lesquelles il versa du café. - J’ai entendu la voix de notre glouton de service, plaisanta Hermione sur le pas de la porte. Bon anniversaire Ron. » Elle vint déposer une bise sur la joue de son meilleur ami puis elle avança vers Théo qui la prit dans ses bras pour l’embrasser tendrement. Ron détourna le regard, gêné. Il ressentit un pincement au cœur en songeant qu’à son anniversaire précédent, il était dans cette même pièce en train d’étreindre Dean. C’était fini aujourd’hui. Dean se lovait dans les bras d’un autre, un homme que Ron haïssait comme jamais il n’avait cru haïr un jour. « Y’a pas de cadeaux ? questionna-t-il pour masquer son trouble. - Comme tous les ans, Ron, tu auras tes cadeaux ce soir, chez tes parents, expliqua Théo avec un large sourire. Fais pas le gamin maintenant que t’es vieux. - J’espère qu’il y aura Charlie, soupira le rouquin. Il est toujours en vadrouille mais avec un peu de chance, il pensera à son petit frère. - Il y pense toujours, non ? déclara Hermione en lui donnant une tape amicale sur la tête. - Harry ne viendra pas, par contre, reprit Ron, maussade. Il a prétexté un travail important à finir. - Comme tous les ans, répéta Théo. Ne laisse pas son absence gâcher ta soirée, Ron. - C’est dur, intervint Hermione avec un sourire triste. Le savoir aussi seul et ne pas réussir à communiquer avec lui parce qu’il se ferme comme une huître, c’est vraiment difficile à vivre, Théo. - Je sais, je vis avec toi, tu t’en souviens ? » Il approcha sa chaise de la sienne pour passer un bras autour de ses épaules et Hermione nicha sa tête dans le cou de son fiancé. « J’en ai marre, renchérit Ron, je n’arrive plus à lui parler. On s’est encore engueulés hier…à cause de Draco cette fois. Je ne sais plus comment m’adresser à lui alors j’attaque. - Moi aussi…On finit par fonctionner sur le même mode que lui et je crois que c’est une grosse erreur de réagir comme ça. - Moi je m’entends bien avec lui pourtant, remarqua Théo. Cela dit, ce n’est pas mon meilleur pote alors forcément, il est plus détendu avec moi. Et comment va Draco ? - Il se fait chier comme un rat mort, rétorqua Ron en enfournant un morceau de gâteau gigantesque dans sa bouche. Harry lui mène la vie dure…et vice versa. Draco a toujours été sociable en apparence – et encore, ça dépendait avec qui – mais les relations humaines, c’est loin d’être son truc. - Je passerai le voir cet après midi, lança Hermione. J’aurais voulu y aller plus tôt mais je plaide contre Harry ce matin et je dois passer au bureau pour revoir mon dossier une dernière fois. - Tu penses avoir des chances contre lui ? questionna Théo. - Aucune, il va me laminer en bonne et due forme, comme lui seul sait si bien le faire. Les preuves contre ma cliente sont accablantes, et Harry compte demander la peine maximale. Je n’imaginais pas dire ça un jour, mais Harry est un requin devant la Commission. - Le sort des victimes lui tient tellement à cœur que ça doit le ronger de l’intérieur, » constata Ron d’une voix triste. Théo se mit à fredonner la chanson « joyeux anniversaire » et les deux amis se forcèrent à sourire. Ils prirent leur petit déjeuner en évitant soigneusement d’aborder le sujet « Harry » à nouveau et finalement, l’atmosphère se détendit un peu, juste assez pour leur permettre de se dire que la journée ne partait pas si mal que ça. Hermione se rendit ensuite dans le cabinet d’avocat flambant neuf dans lequel elle était associée. C’était une nouvelle disposition ministérielle, les avocats devaient avoir – dans la mesure du possible - de luxueux cabinets et des associés, même si le rôle de ces derniers était totalement obscur, depuis qu’Arthur Weasley avait vu la série Boston Justice à la télévision. Harry et Hermione avaient bataillé pour empêcher cette nouvelle lubie puis finalement, ils avaient cédé face à l’enthousiasme débordant du Ministre. Après tout, ce n’était pas désagréable pour Hermione de travailler dans de beaux bureaux, même si elle était contre le principe de greffer sans savoir exactement de quoi il en retournait, des fonctionnements moldus au monde sorcier. Ron et Théo prirent la direction du Ministère où les attendaient Neville et les autres pour l’heure de réunion hebdomadaire des Aurors. Neville, même s’il était convié au grand repas d’anniversaire chez les Weasley, offrit son cadeau à Ron dès qu’il entra dans la salle. Ils traitèrent ensuite des affaires en cours et Ron se rendit à Poudlard pour voir Remus Lupin, lequel était à nouveau professeur de Défense Contre Les Forces Du Mal, au grand dam de Severus Rogue. Ron pensait que peut être, Remus aurait gardé des souvenirs précis de Draco lors des réunions de l’Ordre du Phénix…Sa voix, éventuellement, mais surtout son odeur car avant les pleines lunes, les facultés olfactives du professeur se développaient considérablement. Neville, lui, retourna dans son bureau, l’esprit en ébullition, les nerfs à vif. Il avait rencontré Harry avant d’aller à sa réunion et il lui avait demandé où en était son enquête sur Draco. Neville avait eu la très nette impression que le procureur doutait un peu de sa culpabilité et cela l’agaça prodigieusement. Ron s’était ensuite lancé dans un plaidoyer en faveur du blond, assurant que les versions de ses parents étaient rigoureusement identiques et Neville avait eu une envie difficilement contrôlable de frapper son ami jusqu’à ce que sa vision idéalisée de Draco lui sorte par les oreilles. Il avait été, mais cela ne surprenait pas Neville, soutenu par Théo. Neville était-il le seul à voir clair dans le jeu de Malfoy ? N’importe comment, il lui ferait avouer ses crimes. oOoOoOoOoOoOoOoOoOo Draco s’était assis au piano, jouant les airs qu’il connaissait sur le bout des doigts, essayant de faire correspondre des sensations, des vibrations aux notes qu’il composait. Il pouvait ressentir la puissance de la musique résonner en lui et il aurait tout donné pour pouvoir l’entendre, juste pour savoir s’il jouait aussi bien qu’avant. Une impression déplaisante lui vrilla l’estomac. Il se sentait épié aussi tourna-t-il la tête. Il sursauta en voyant Neville Londubat qui l’observait avec un sourire mauvais aux coins des lèvres. « Salut petite pute, susurra-t-il en s’approchant, les poings serrés. - Salut le gros, rétorqua Draco, glacial malgré les battements effrénés de son cœur. Qu’est ce que tu veux ? - La routine…Te faire avouer que tu es une saloperie de Mangemort et que c’est toi qui as liquidé Dumbledore. - Désolé de ne pas pouvoir accéder à ta requête, Londubat, déclara Draco en se levant. Je n’ai rien fait de tel. » Neville fit craquer ses doigts pour essayer d’apaiser la tension qui montait inexorablement en lui. « Arrête de mentir, petite pute. Tu peux sucer Harry et Ron jusqu’à avaler leur esprit critique mais ça ne prend pas avec moi. Il me faut un peu plus qu’une culbute sauvage pour croire en tes bobards. - Qui te dit qu’ils me culbutent, pauvre incompétent ? » Neville l’attrapa par le poignet et il le fit passer dans son dos en le lui tordant. « Avoue, Malfoy. Ne m’oblige pas à utiliser les grands moyens. - Va te faire foutre, Londubat, siffla Draco avec un rictus sarcastique en le repoussant d’une main. - Avant d’aller plus loin, je tiens à te rappeler qu’un accident est vite arrivé à Azkaban. - Es tu en train de menacer mes parents…encore ? - J’aime bien les putes intelligentes. Pas besoin de longs discours avec elles, répliqua Neville en lui faisant un clin d’œil. Voilà le deal ma grande, tu la fermes sur nos petits entretiens futurs ou papa Malfoy se fait démonter la tête dans les règles de l’art au fond de sa cellule. » Draco sentit monter en lui une bouffée de haine comme il n’en avait pas ressenti depuis longtemps. Ses poings se serraient convulsivement et une sueur froide humidifiait les cheveux sur sa nuque. « Tu veux dire que tu comptes revenir souvent jouer les caïds ? - Tant que tu n’auras pas avoué, je repasserai te voir, ma douce. - On va se voir souvent alors, parce que je n’avouerai rien du tout. Même pas pour tes gros yeux. - Ma patience a des limites, Draco, vociféra Neville. - Ton cerveau aussi, c’est affligeant. » La gifle fut si violente que Draco manqua de perdre l’équilibre. Instantanément, sa joue se mit à brûler mais il ne s’attarda pas sur cette considération. Il se rua sur Neville et son poing fit mouche. Un important filet de sang s’écoula de l’arcade sourcilière de l’Auror et Draco profita de sa stupeur pour le frapper en plein ventre. Neville se plia en deux, le souffle coupé. Draco empoigna ses cheveux pour le forcer à lever la tête. « Tu ne me touches pas, Londubat. Et tu ne touches pas mon père. C’est clair ? aboya-t-il en articulant de plus en plus mal. - T’énerve pas ma belle, ça te fait parler comme un débile, » constata froidement Neville sans se départir de son sourire mauvais. Sa remarque fut accueillie par un crochet du gauche qui fit danser quelques étoiles devant ses yeux. Il attrapa sa baguette mais Draco l’en débarrassa d’un coup de pied. Neville plongea pour la récupérer alors que Draco se jetait sur lui. « Endoloris ! » hurla Neville en pointant sa baguette sur lui. Draco s’effondra en proie à une douleur immense qui irradiait tout son corps. Il se mordit les lèvres pour ne pas hurler sa souffrance mais c’était peine perdue. Plus rien n’existait autour de lui, à part cette atroce sensation d’être poignardé à de multiples endroits, brûlé vif, éviscéré. Je vais crever, songea-t-il. Neville l’observa se contorsionner sur le sol pendant de longues secondes avant de mettre fin au sortilège. Draco resta roulé en boule, cherchant désespérément à retrouver une respiration normale. Neville l’aida à se relever et il l’assit, presque délicatement, sur le canapé avant de s’accroupir en face de lui, sa baguette toujours pointée sur lui. Du sang s’écoulait encore de son visage et Draco ne put que s’en féliciter. L’Auror caressa tendrement sa joue, comme s’il compatissait à sa douleur. « Ça va ? Ça ne te fait pas trop mal ? - C’est tout à fait gérable, » répondit Draco en essayant de placarder un sourire goguenard sur ses lèvres. Le sortilège l’avait considérablement affaibli et il savait pertinemment qu’il ne pourrait pas se battre contre Neville, mais il ne voulait pas lui donner la satisfaction de lui montrer à quel point il était atteint. « Tu sais que c’est avec le sortilège du Doloris que ta salope de tante Bellatrix a rendu fous mes parents ? Demanda Neville en passant la main dans les cheveux trempés de sueur du blond. - Il paraît, oui. » Il pencha la tête sur le côté pour se soustraire au contact de l’auror. « Et c’est à cause d’elle que je boite, poursuivit Neville. Les dommages liés à la magie noire son difficilement réparables, mais ça, tu le sais. - Tu m’en vois désolé, susurra Draco en affichant clairement son indifférence. - Quelqu’un doit payer, tu en es conscient ? - Si tu le dis. - Alors, Draco, as-tu oui ou non tué Albus Dumbledore ? - Non, je ne l’ai pas tué. » Neville poussa un long soupir. « Pourquoi tu me forces à faire des choses aussi répréhensibles ? » Demanda-t-il en recommençant à caresser sa joue. Draco repoussa sa main d’un geste qui se voulait brutal mais qui manquait de conviction. Le poing de Neville sur son visage, lui, était parfaitement brutal. Il agrippa ensuite le blond par le pull et fit pleuvoir les coups. Draco parait autant que son corps encore en état de choc le lui permettait mais il lui semblait que son crâne allait exploser. Neville s’arrêta, satisfait, lorsque de visage de Draco fut assez ensanglanté à son goût. Le sang coulait de son arcade sourcilière, de son nez, de sa bouche et quand il ne s’insinuait pas dans son cou, il gouttait sur le sol. « Tu es très mignonne comme ça, petite pute, » remarqua Neville mais Draco ne répondit pas. Le sang dans ses yeux l’empêchait de lire correctement sur les lèvres de l’Auror et quand bien même, il n’avait rien à lui dire. « Alors, as-tu tué Dumbledore, Draco ? » Demanda Neville d’une voix douce en caressant à nouveau sa joue. Draco s’essuya le visage. « J’ai du mal à lire sur tes lèvres, Londubat. - As-tu tué l’honorable Albus Dumbledore ? - Non, toujours pas. Tu es assez lent, Londubat. Non ? - Ah bon…Alors Endoloris ! » Le corps de Draco retomba lourdement sur le sol, vrillé par l’effroyable douleur. Neville croisa les bras sur son torse, jouissant pleinement du spectacle. « Ça, c’est pour mes parents, » murmura-t-il pour lui-même. Il compta tranquillement jusqu’à trente avant de lever le sortilège. Draco resta immobile quelques instants, complètement assommé par la souffrance. Lorsqu’il se sentit en mesure de bouger, il prit appui sur ses coudes pour se relever mais il n’y parvint pas. Il roula sur le côté, pris de violents spasmes et son estomac se contracta. Il cracha du sang, évacuant comme il le pouvait l’horrible goût métallique dans sa bouche, tout en s’intimant l’ordre de ne pas vomir. Les doigts de Neville s’immiscèrent dans ses cheveux et il tira brusquement pour lui faire relever la tête. Ses lèvres bougeaient mais Draco était incapable de focaliser son attention sur les mots qu’elles formaient. De toute façon, ce que l’auror avait à dire ne l’intéressait pas. S’il voulait cogner encore, qu’il cogne et qu’il s’en aille…vite. Neville replaçait délicatement les mèches de ses cheveux poisseux de sueur et de sang derrière ses oreilles tout en continuant de parler. Draco ferma les yeux. Il sentit qu’on le faisait léviter. Il ouvrit les paupières et comprit que Neville le conduisait dans la salle de bains. Il l’assit sur le sol avant d’actionner les robinets de la baignoire. Ce mec est complètement fou, pensa Draco sans même chercher à s’enfuir, en état de choc. De toute façon, il n’était même pas sûr de pouvoir tenir sur ses jambes alors autant éviter d’énerver l’Auror. Neville le déshabilla consciencieusement et là encore, Draco ne put que mollement se débattre, trop épuisé pour le faire efficacement. Il lui semblait que son corps s’était liquéfié et qu’il ne pourrait plus jamais fonctionner correctement. Neville commentait les marques sur sa peau, il s’en réjouissait, mais Draco ne regardait pas ses lèvres. Il le hissa dans la baignoire, fit couler le jet sur ses cheveux et aussitôt, l’eau se teinta de rouge. Avec des gestes précautionneux, presque tendres, il nettoya Draco. Il vida ensuite la baignoire pour la remplir à nouveau d’eau propre. « Tu te sens mieux ? » demanda-t-il. Draco hocha la tête. Il avait réussi à comprendre deux mots et il avait reconstitué la phrase. C’était déjà mieux que rien. Neville pointa sa baguette sur lui et le cœur du blond s’emballa. Il prononça un sortilège que Draco n’identifia pas. « Qu’est ce que tu m’as fait ? questionna Draco en espérant que la panique ne transparaissait pas dans sa voix. - C’est un sortilège pour masquer tes blessures, mais comme je ne t’aime pas, je n’embête pas à faire partir la douleur. Ça te fera du bien de la ressentir…Tu penseras à moi comme ça, et aux aveux que tu ferais mieux de balancer. Je vais te laisser te reposer à présent. Ne t’inquiète pas pour le bordel dans le salon, je vais tout nettoyer avant de partir…et pas un mot à Harry ou à quelqu’un d’autre, sinon tu connais le tarif pour ton père. » Il se pencha pour déposer un baiser appuyé sur les lèvres de Draco qui ravala un cri tant il avait mal, puis il sortit, laissant le jeune sourd totalement hébété, incapable du moindre mouvement. Il resta longtemps dans la baignoire, tremblant, se demandant combien d’innocents Neville Londubat avait pu envoyer à Azkaban avec ses méthodes d’interrogation pour le moins violentes. « Tu peux dire ce que tu veux sur ma tante, Londubat, tu es comme elle à présent, » souffla Draco en fermant les yeux pour se retrancher dans son monde sécurisant. A suivre…. Bon, je sais, après avoir lu ce chapitre, vous pouvez vous demander si c'est Harry qui n'a pas fait le deuil de Sirius...ou moi...La réponse est : moi, bien entendu ^__^ Merci d'avoir lu jusqu'au bout, pour ceux qui ont réussi. |