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Nous irons au bois La mousse rose jaillit dans la blancheur luisante du lavabo avec un bruit d’explosion molle. Al sait bien qu’il devrait utiliser un dentifrice au menthol ou aux plantes, comme ses camarades. Les autres garçons de douze ans ne se lavent pas les dents avec des pâtes aromatisées pour enfants. Mais le menthol lui pique trop fort les gencives, et les plantes l’écœure… Alors il utilise sa bonne vieille pâte aux fruits rouges. Et il le vit bien, merci. Quand il se rince la bouche, la fraîcheur de l’eau dilue toujours le goût des fruits, patchwork froid de mures sauvages et de griottes acides gelées instantanément sur sa langue. Et c’est bien meilleur que les glaces au cassis… Quand Al sort de la salle de bain, tout ses condisciples sont déjà au lit. Pourtant, abandonné en travers d’un tapis, il remarque le pelage familier et les yeux en verre de Monsieur Ronron. C’est étonnant, surtout maintenant qu’il sait que Scorpius se donne beaucoup de mal pour soustraire sa peluche aux regards. Quand Al ramasse le chat, ses pieds nus s’enfonce dans le tapis comme dans de la terre fraîche. Il s’approche du baldaquin du blond dont les tentures vertes tirées font comme un buisson épais. - Toc, toc, murmure-t-il en effleurant le rideaux de forêt. - Al, tu es là ? demande tout bas la voix du Serpentard. - Je connais un fauve qui se voyait navré d’errer seul dans notre dortoir, l’informe Al en passant négligemment son bras armé de Monsieur Ronron entre les plis du tissu verdoyant. Il entends Scorpius rire doucement de l’autre côté, et il sourit aussi. Le blond écarte une des tentures et il apparaît alors, vêtu d’un pyjama gris anthracite soyeux comme une flaque d’eau sous un ciel couvert. Le dos appuyé contre un oreiller, il a un grimoire sur les genoux. - Il a du se faire la malle pendant que je lisais… - Il devait se sentir un peu seul, si tes doigts préféraient courir sur les pages plutôt que dans son poil. J’ai bien peur de devoir tenir compagnie à ce jeune matou, du moins le temps que tu redeviennes disponible. Imagine qu’il nous refasse une fugue ? Il prend une voix obséquieuse d’institutrice maternelle : - La garderie sera ouverte jusque 23 heures, Monsieur Malfoy. Il caresse le chat avec un petit sourire d'un air de dire "votre enfant sera bien gardé, voyez comme on s'entend bien". Scorpius secoue la tête. - Je le voudrais après, et je ne veux pas devoir me relever pour aller le chercher chez toi… Il écarte légèrement ses couvertures en le regardant et Al saisit l’invitation. Il grimpe dans le lit, le chat serré contre son flanc. La tenture retombe autour d’eux avec un bruissement de feuilles et les avale tout entiers. Dans l'alcove de verdure moelleuse, un deuxième corps rejoint Scorpius sous la chaleur de l’édredon. - Qu’est-ce que tu lis de beau ? chuchote Al. Scorpius lâche le livre d’une main, passe son bras ainsi liberé autour du garçon et rattrape la reliure qu’il a laissé. Al niche sa tête d’oiseaux en pétard contre l’épaule de Scorpius pour pouvoir lire à son aise. Et Monsieur Ronron a l’air d’un tout marmot poilu coincé entre ses deux parents. Al acquiesce légèrement contre le cou du blond quand ce dernier peut tourner la page. Quand ça fait un moment que les cheveux noirs n’ont plus remué contre sa peau, Scorpius baisse les yeux. Le brun est endormi, son pouce brillant de salive à moitié sorti de sa bouche. Une odeur venteuse de fraise des bois s’exhale de ses lèvres écartées. Scorpius ferme doucement son livre, ramène son autre bras autour de son ami et se penche sur lui pour inhaler un tout petit peu la brise d’haleine sirupeuse. Quand il pose légèrement ses lèvres sur la base du pouce, celui-ci a un goût de fruits mouillés. Al pousse un son inarticulé et réaffirme la prise de sa bouche autour de son doigt, comme s'il craignait qu'on lui dérobe son festin. - Tu es un formidable appât, murmure Scorpius à Monsieur Ronron. Le sommeil l'engourdit, alors qu'un zéphyr de bouche cerisienne souffle près de son visage, entre les branches de son baldaquin. ----------------------------------------------------------- A suivre... |