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au 07 Jan 09 :
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Les jolies choses
Par LumiNuitey
Harry Potter  -  Romance/Général
22 chapitres - Rating : K+ (10ans et plus)
    Chapitre 17     Les chapitres     50 Reviews     Illustration    
Les mille et une nuits

Les mille et une nuits

Un soir de Novembre, dans la chambre des deuxième années de Serpentard.

La lumière basse fait couler des ombres sur les murs de jade et d’argent. On se croirait dans un rubis feutré, une ambiance toute ouatée de dortoir pour garçon, avec les capes humides de pluie d'automne séchant près du poêle et les étincelles oranges, rampant hors du ventre des braises chaudes pour avaler la fraîcheur liquide du lac.

Donald Morrison, le visage grave et tendu comme un violon, laisse s’égrener une courte pause dans l’air grésillant de la pièce. Son ombre gonfle sur le mur comme une chinoiserie spectaculaire. Ses lunettes sont immenses, la définition même des binocles qui vous pourrissent l’enfance et qui donne au garçon un air de grand insecte aux poses tragiques.

Donald Morrisson vient d'une famille d'aristocrates moldus et ruinés. Dans son manoir trop grand et mal chauffé, au fond d'une campagne épaisse, il a passé sa prime jeunesse à ingurgiter les histoires douillettement logées entre les étagères de la poussiéreuse bibliothèque familiale.

Donald Morrisson s'exhibe à cette heure obscure dans un immonde pyjama à carreaux écossais. On le traite parfois de miteux, de miséreux, et il dit qu'il est bien d'accord, que même ses caleçons sont rapiécés. Mais que personne n'est aussi riche que lui. On le regarde d'un œil perplexe. Et il ajoute généralement, en levant un doigt pédant, « vous pouvez avoir tout, vous n'avez rien si vous n'avez pas les histoires ». Lui seul le sait bien... Ca lui tenait chaud, entre les murs lézardés de sa chambre de noble sur la paille.

Vous n'avez rien si vous n'avez pas les histoires.

Au début de leur internat ensemble, les camarades de Donald échangeaient souvent des regards moqueurs. Maintenant plus. Maintenant, ils se la ferment et ils l'écoutent avec religion. Ils le surnomment Shéhérazade. Sans une once d'ironie.

Parce que ça sort de sa bouche avec un fracas limpide et tiède, entrechoquement de mots digérés par cœur, boulimie des Contes restitués fidèlement entre les lèvres du garçon insecte. On pourrait s'y croire, dans ce palais de Grenade, dans la chaleur étouffante de l'orangeraie royale où une princesse cruelle aime respirer le parfum d'agrume du soir, au creux du harem ou les beautés de tout continents ondulent dans l'eau claire des bassins de carreaux précieux.

Parce que quand Donald raconte, il ravit ces espèces de princes, ces sultans exigeants de condisciples, vautrés sur des coussins, silencieux dans leur pyjama satiné.

Scorpius Malfoy regarde l'ombre grandissante sur le mur, un parapluie à larges baleines jeté jusqu'au plafond et qui descend lentement sur eux pour les engloutir. Il écoute en mâchonnant une baguette réglisse. Allongé sur le ventre à côté de lui, Al Potter, les yeux plein de brume, scrute les gestes grandiloquents de leur conteur que les murs restituent en pluie sombre et découpée.

Scorpius, les sourcils froncés de concentration, ôte la réglisse de sa bouche, inconscient du bruit de suscion que son geste vient de provoquer. Une seconde plus tard, il est surpris de trouver une main près de son visage, les doigts tendus vers la friandise. C'est Al, qui lui demande silencieusement s'il peut goûter.

Scorpius lui cède la sucrerie. Au moment où Al la glisse dans sa bouche, Donald, auquel leur échange n'a pas échappé, pousse un glapissement suraiguë. Les garçons sont si bien pris dans le récit qu'ils sursautent à l'unisson.

- Les mecs, halète Donald d'un air catastrophé. Est-ce que vous savez ce que vous venez de faire ?

Ses quatre auditeurs échangent des regards bovins.

- Al, Scorpius, précise-t-il. Vous venez d'avoir un baiser différé.

Comme avoir un rhume, avoir un petit chien, avoir un bébé. Les fautifs en question se fixent en plissant les yeux, comme s'ils essayaient de se rappeler à quel moment ils avaient fait une telle chose.

- Quel rapport avec Zobeïda et la malédiction des oranges sanguines ? intervient l'un des garçons que la question du baiser dérange car elle les coupe dans un moment important.

Donald passe son petit doigt pédant son nez et se frotte furtivement les narines.

- Aucun. Pour le moment... Mais gardez bien ça en tête.

Il reprend le fil de son récit comme un virtuose du tricotage rattrape sa pelote de laine.

Al contemple Scorpius, la tête légèrement penchée. Les lueurs du poêle tissent de minuscules toiles d'araignées sur ses joues, ses cils tombant comme des ombrelles sur ses yeux menthes.

- Tu viens de me donner un baiser, alors ? murmure-t-il après avoir retiré précautionneusement la friandise de sa bouche.

Étrangement, Scorpius remarque que sa langue est sèche, comme si avec la réglisse elle venait de déverser toute son humidité résineuse et sucrée.

- On dirait bien.

Al sourit, d'un air de chinoiserie mystérieuse.

- Alors il faut que je te le rende...

Et il lui prend doucement la main, l'ouvre et y repose la baguette. Scorpius resserre alors ses doigts autour du bonbon et l'immisce à nouveau entre ses lèvres, lentement, et Al le regarde faire, avec ses cils de dentelle allongés par la nuit.

Ils apprirent ce soir-là que la princesse Zobeïda, après avoir gouté un agrume maudit, se mit à tuer ses amants. Elle les embrassait d'un baiser de poison.

- Heureusement que ce n'est qu'une histoire, avait chuchoté Donald.

Le feu du poêle mourrait dans un dernier crachotis orangée et Al et Scorpius se regardaient, les prunelles dilatées par l'obscurité qui achevait de lier ses doigts sombres autour du dortoir.

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A suivre...

Nda : « Vous n'avez rien si vous n'avez pas les histoires ». Quand je l'ai lu pour la première fois, cette phrase m'a complètement percutée. Elle est de Leslie M. Silko, et elle se trouve inscrite dans la citation prologue de Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu. Un livre magnifique que je ne peux que recommander.

 
 
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