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Noce d'hivers Blanc. Blanc. Blanc. Explosion sourde et cotonneuse. Ce n'est pas écru, ni pop-corn. C'est neige. Froid comme des volants d'eau. Un déluge d'hivers qui vient de gercer au dessus du parc dans un scintillement cristallin de fin du monde. Toutes les gouttes de pluie en robe de mariée, disait quelqu'un. Scorpius ne se souvient plus de qui. Il paraît qu'elles fondent, les averses de neige. Qu'elles éclatent et s'évaporent avant de toucher le sol mort de froid. A cause des moldus et des produits chimiques. Dans le débat climatique, l'inquiétude s'installe : dans vingt ans, y aura-t-il encore de la neige ? Les enfants de vos enfants pourront-ils encore attraper la crève en se roulant dans les pétales de sucre du ciel ? Merlin, Scorpius s'en fout. Il est sorti en cape d'hivers, emmitouflé comme un alpiniste des dures sommets enneigés. Il affronte le Grand Blanc du parc de Poudlard à la recherche d'un énergumène auquel les mots « hypothermie » et « congélation vivante » sont aussi familiers que les différents models de vis industrielles utilisées dans les usines à combustions toxiques - justement. Alors franchement, le sort désastreux des petits flocons... Enfin, la silhouette de son condisciple apparaît alors qu'il contourne le Saule Cogneur. Sans cape, sans écharpe, sans gant. En pull de laine émaillé. Al. Scorpius se jette sur lui en rugissant. - Hey, s'étonne mollement l'inconscient en le remarquant, tu as vu le Saule ? Il ne se laisse pas recouvrir. Il fait son ronchon. Regarde, quant il en aura marre de la neige sur ses branches, il va tout envoyer valser, vlan. Et il regarde l'arbre, le nez en l'air avec une expression d'attente patiente, tel le scientifique qui a toute la journée. - Al, tu veux qu'on soit obligé de te couper les orteils parce qu'ils seront morts de froid ? demande Scorpius du ton lent et appuyé que l'on emploie généralement avec les vieilles personnes obtuses. Sans lâcher le Saule des yeux, Al lève vers son ami un pied chaussé d'une énorme botte fourrée. - Je sais, Scorp', les pieds, c'est la vie, dit-il sans passion. - Et la tête ce n'est qu'une bagatelle sans doute, ironise doucement Scorpius en fourrageant dans ses poches. A tel point qu'en cette période de l'année, les russes ne sortent jamais sans moumoutes sur le front. - Mais je suis anglais, remarque Al qui semble ne pas voir où est le rapport. Et il le regarde l'air de dire « pas vrai ? », comme s'il était possible que Scorpius lui ait trouvé des origines slaves jusqu'à présent ignorées. Le blond en profite pour lui enfiler son bonnet sur le crâne. C'est un truc en laine, que sa grand-mère Weasley lui a tricoté, pointu sur le dessus avec de longues oreilles pendant sur les côtés genre coiffe incas. Al fronce le nez. Scorpius l'étouffe de la longue écharpe assortie et le force à fourrer ses deux mains au cœur de l'unique moufle qu'il a trouvé dans ses affaires. Pour achever le sauvetage de son camarade, il ouvre tout grand les pans de sa cape hivernale et les referme autour de Al avec un sourire aiguë de Comte Dracula qui capture son petit déj'. En réponse, sa proie le fixe d'un air rond et incommodé de pingouin qu'on forcerait à porter une doudoune. Puis tente un dégagement. Scorpius tient bon et le considère crânement. - Petit Dodo, dit-il d'un ton légèrement hautain, dois-je te rappeler que tu es un animal issu de la chaude île Maurice ? Que ton pelage n'est pas exactement adapté à l'ère glaciaire ? Que les tremblements sont un réflexe corporel contre le froid ? Enfin, dernière information : saches que tu grelottes comme un fou. La démonstration par a + b : une découverte fantastique. L'une des rares choses qui permet parfois de raisonner Albus Potter. - Bon, ronchonne Al. Mais tu me laisses regarder le Saule ! - Tant que tu es correctement couvert, concède Scorpius genre petite maman qui fait un grave compromis avec son rejeton. Al détourne le visage de celui de son ami et fait mine de se replonger dans sa contemplation ; même s'il lui lance de temps à autre des coups d'œil furieux et frissonnants. - Qu'est-ce que tu fais ? demande-t-il soudain, surpris de voir Scorpius l'observer lui avec concentration. - Je compte tes tâches de rousseur, elles ressortent avec le froid. - Oh. Se détournant du tronc, Al colle son front contre celui de son camarade. - Et ça donne quoi ? demande-t-il en fermant les yeux pour ne pas loucher. Son souffle fait des panaches de vapeur, une respiration gazeuse de dragon plein de fumée. Scorpius voit une myriade de petites constellations rousses posées sur la membrane fine et laiteuse des paupières closes, comme si une minuscule comète pleine de cassonade avait eu un accident vasculaire poudreux au dessus des yeux menthes. - Je viens d'en débusquer une nouvelle galaxie... Al frotte doucement son museau froid et rougi contre le nez de Scorpius. - Tu as la truffe chaude, soupire-t-il. Scorpius ne dit rien. Son souffle à lui fume comme une chaudière crépitante. Il a perdu le compte et le Conte. La respiration du dragon roule et coule sur son visage jusqu'à former un petit rire frémissant : - Si on était esquimaux, nous serions fiancés maintenant. VLAN. Une giclée de neige vient de les atteindre avec la force d'un cognard en pleine vitesse. Renversés comme deux quilles maladroites, Al et Scorpius s'effondrent sur la mousse blanche et s'y enfoncent comme dans de l'eau. La rébellion végétale résonne encore un peu dans l'air feutré, particules flottantes comme du pollen. Le vent a la légèreté d'une note de violon et la neige valse, pâle et aérienne, avant de se poser au sol en averse de noces duveteuses. Elle forme une cathédrale de cristaux humides autour des deux garçons. Ce sont James et ses amis, sortant dans le parc pour s'amuser, qui vinrent les dégager de leur sépulture de glace. Personne ne comprit pourquoi les deux Serpentards étaient restés couchés dans la cape du blond, à se laisser engloutir par la saison morte et opaline, les yeux grands ouverts. -----------------------------------------
A suivre... NdA : Pour la petite anecdote : j'ai écrit ce chapitre en écoutant en boucle le morceau "Ice dance" de Danny Elfman (BO de Edward Scissorhands). Une musique magnifique, qui, je le trouve, collait à merveille avec ce passage. Seconde anecdote d'un intérêt, ma foi, très relatif : j'ai terminé de peaufiner ce chapitre vers minuit et ce matin, en ouvrant mes petits yeux, il y avait de la neige partout dans le quartier... Et il neige encore à fond les marrons au moment où je publie (sourire niais). Bon, je vous fiche la paix :) A la prochaine. |