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au 07 Jan 09 :
1117 comptes dont 390 auteurs
pour 1451 fics écrites
contenant 3718 chapitres
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Les jolies choses
Par LumiNuitey
Harry Potter  -  Romance/Général
22 chapitres - Rating : K+ (10ans et plus)
    Chapitre 20     Les chapitres     50 Reviews     Illustration    
Minotaure sorti du ventre des flammes

Minotaure sorti du ventre des flammes

 

Tout a été arrangé par cheminette et entre mamans. Avec rapidité, efficacité et bonnes intentions. Un accord de paix scellé au milieu de la fumée émeraude.

Ginny a dit d'Astoria qu'elle avait des yeux bleus ravissants, trouvant le moyen de glisser les mots « ciel de printemps ». Et Astoria a complimenté Ginny sur son exquise couleur rousse, la métaphorisant à une flamme longue et brillante.

Hissez drapeaux blancs !

Trop de teintes dans cette histoire...

Une photo de la maison a été envoyée aux aristocrates, afin qu’ils puissent amener leur progéniture en transplanant.

Un jour de fin juillet, Astoria Malfoy apparaît devant chez eux accompagnée de Scorpius, lui-même suivi de près par une lourde malle et son sourire pénétrant. La brune embrasse la joue tendue de la rouquine qui l'accueille sur le seuil et excuse l’absence de son époux, trop occupé par son travail. Ginny s'esclaffe et réplique que Harry a prétendument été retardé par une affaire urgente. Quels gamins quand même, nos maris.

Connivence.

Puis-je vous offrir un thé ou un café. Très vôlontiers mâ chère.

Al se tient dans le couloir, raide, et quand il voit Scorpius, un drôle de tic lui fait dévoiler les dents.

Ginny entraîne leurs deux invités à l'intérieur, agite sa baguette et la cafetière chauffe et transpire un arabica noir comme du velours. Elle dispose des macarons multicolores sur un présentoir de fer blanc. Ils s'installent sous la véranda, ce serait dommage de ne pas profiter du soleil de seize heure trente.

Assis autour de la table ronde avec leurs mères, Scorpius et Al se regardent en expédiant leur chocolat chaud. Ginny voit Al qui trépigne, sa chaise couine un peu et il retient les coups de ses pieds surexcités. Scorpius a des yeux de tornade dilatés dans son visage calme, deux trois noirs d'impatience avide comme l'enfer au milieu de sa mine d'angelot.

C'est tellement évident, qu'elles les font chier à rester là, avec leur conversation civilisée, leurs répliques de pluie et de beau temps. Ginny a envie de prolonger cet instant, pour voir combien de temps son fils va tenir, pour voir s'il va se trahir.

- Scorpius, tu veux voir ma chambre ?

Elle sursaute. Ce fut beaucoup moins long que prévu. Al s'est écrié en plein milieu de leur bavardage de femmes du monde, les yeux rivés sur le blond, inconscient du fait qu'il vient d'interrompre très grossièrement une belle dame.

Ginny lui adresse une grimace réprobatrice. Il ne la voit pas. Ses bras et ses épaules tremblent, ses lèvres sont entrouvertes, son sourire a quelque chose de dément.

Les deux garçons quittent la table d'un pas empressé et Ginny ne peut les lâcher des yeux, eux qui n'ont pas encore passé l'encadrement de la porte et qui se penchent déjà l’un vers l’autre avec des mines de conspirateurs. Astoria aussi regarde. Et le silence qui suit est un peu gêné, comme si elles venaient de surprendre quelque chose d'inconvenant.

Ginny est étonnée de sentir la fêlure qui palpite brièvement dans sa poitrine, attisée par la bourrasque de leur sortie. Avec le temps, c'est presque comme-ci elle avait pris l'habitude : ne pas être dans le secret de Al.

Appâtée par les confiseries sur la table, Lily entre d'un petit pas de souris, se glisse sur la chaise que son frère vient de quitter et entreprend de vider la casserole de chocolat chaud que les deux camarades ont dédaigné.

Ginny brise l'instant d'embarras d'un rire léger et aiguille l'attention de son invitée sur sa petite dernière : ma Lily, elle, ne manquerait jamais un bon goûter pour vous montrer sa chambre. Astoria observe la fillette avec une attention polie et complaisante, et Lily fait un peu son show, ravie d'être regardée.

Il y a de ces avalanches de pensées et d'impressions qui vous prennent en une seconde et vous traverse toute entière. Ginny songe : Lily est la petite chérie de ses deux parents, à la fois étroitement serrée dans les jupes de sa mère et amoureuse de son merveilleux papa. James, lui, ne semble d’aucun bord particulier, comme s’il avait débarqué un jour sur la planète Potter et élu famille parmi eux, tranquille comme une force sûre, potterien centenaire réincarné. Mais Al…

L'explosion de deux rires mêlés pulvérise l'étage.

...Al a toujours été le fils de son père. Et de personne d'autre.

Brusquement, autour de cette table nappée de blanc, un macaron à la fraise dans sa bouche souriante, Ginny se sent comme il y a des années, lorsque Al est bébé et qu'il a des crises de larmes sans fin. Elle peut essayer de le calmer durant des heures, il reste immuablement insensible à ses berceuses, hurlant de ses poumons flambant neufs, sans pitié pour son émotivité de jeune maman. Elle sait que c’est une pensée absurde, mais elle songe dans ces instants, que son bébé n’a aucune envie de l’entendre et qu’il crie très fort pour couvrir ses paroles douces.

Elle le dit à Harry et il prend un air moitié choqué moitié hilare : oui, Merlin, c'est une pensée absurde.

Harry. Quand il rentre du travail, elle lui tend Al, tremblante et sèche tant elle est à bout. Elle est muette mais ses yeux crient, aiguës : tiens, prends-le ton fils, prends-le, voyons comment tu t'en sors. Faraud, il prend aussitôt son tout petit garçon contre lui et fait le tour de la pièce en murmurant. Et Al, celui qui s'époumone à s'en briser la voix dans le berceau des bras roux depuis le matin, se tait, enfin ; le monstre de sanglots fond en adorable lapereau, ses griffes gigotantes se changent en une menotte potelée qui se referme autour du doigt de son père.

Une fois, elle l'appelle « Al Chagrin », d’un air un peu cruel et blessé. Elle est fatiguée, parce que Harry est en déplacement pour le week-end et qu'elle doit gérer la maison toute seule et que James a fait le casse-cou avec le rideau de la baignoire et que Al hurle, hurle, hurle, jusque dans sa tête, jusqu'au fond de ses nerfs.

Al Chagrin...

Hermione lui jette un regard étrange et Ginny ne répète plus jamais le surnom ailleurs que dans la discrétion de ses pensées. Elle retrouve son Jamie et elle se console en lui faisant des bisous et des câlins que lui n'accueille pas en hurlant, hurlant, hurlant...

Al est un peu à elle seulement quand il dort. Sur la pointe des pieds, elle se poste près du berceau, elle caresse la joue de bébé qui sent le talc et le lait tiède, et il ne se débat pas, il fait son sage. Il respire calmement et tête son pouce. Juste un nourrisson qui a bien mangé. Penchée sur lui, sa tête entourée par le halo des étoiles ensorcelées qui flottent au plafond, elle a cette drôle d’intuition creuse et dévorante, que son enfant, dès qu’il le pourra, se dérobera vite à sa caresse.

Al devient doucement un petit garçon et il se met à avoir des terreurs nocturnes. C’est Harry qui s’en occupe. Il se lève au premier cri, comme monté sur ressort, comme si une partie de lui savait que l'alarme allait retentir et l'avait tenu éveillé. Il va chercher son garçon et le ramène dans leur lit sans un mot. Ginny fait semblant de dormir, fait semblant de ne pas remarquer comme le bambin se blottit toujours du côté de son père, à l’extrémité du lit, et jamais entre eux deux.

Al grandit encore, ses crises de larme s'espacent puis se dissipent, mais quand Ginny vient le border le soir dans son lit, il l'embrasse poliment, avec ce genre de sourire que les ministres des affaires étrangères échangent sur les marches des ambassades, devant le gratin. Il s'emmitoufle tout seul dans sa couette et ferme les yeux.

Quand il parle, sans même s'en rendre compte, Al ne s'adresse jamais à sa mère exclusivement. Il parle soit à son père, soit à ses deux parents à la fois. Quand elle le dit à Ron, du bout des lèvres, son frère réplique qu'elle se fait des idées.

Encore aujourd’hui, elle a ce drôle de goût dans la bouche quand elle y pense, un goût qui éclipse tout, qui éclipse la chaleur du soleil de seize heure trente, qui éclipse la saveur de la fraise sur sa langue. Comme si elle avait avalé des tonnes et des tonnes de citron, tout ronds, et qu'ils s'étaient logés dans son estomac, mascerant en elle dans l'acide des sucs gastriques, attendant le moment d'éclater tous ensemble dans une frénésie de jus piquant.

Il y a des mamans qui ne veulent pas avoir d'enfant ; Al, lui, semblait ne pas vouloir de maman. Pourtant, Ginny n'est pas une mauvaise mère, juste une de ces femmes qui font de leur mieux. Et puis c'est quoi, une mauvaise mère ? Al la laisse l'aimer comme on laisse le vent souffler dans ses cheveux un soir de novembre et qu'on a autre chose à l'esprit que les feuilles incendiées par l'automne.

Peut-être qu'elle se fait des idées, peut-être que c'est absurde (absurde !), peut-être qu'elle a juste besoin qu'on s'intéresse à elle... Ginny aime son fils. De loin. Oh oui Merlin, même à des milliers de kilomètres des pensées de son fils, c'est une telle évidence... Pour lui, elle a toujours la poitrine ouverte au grand air.

Personne aussi bien qu'une mère ne sent quel genre d'être sort un jour de ses entrailles. Même si elle est la seule à savoir, même si personne d'autre ne s'en aperçoit... Elle connaît le Al monstrueux, le Al des labyrinthes invisibles, aux murs de verdure intérieurs qui mangent la raison et font des couleurs douloureuses, le Al qui se laisse embrasser comme une poupée de chiffon, avec un soupir de porcelaine fataliste.

La lueur trouble de son regard d'émeraude, des yeux qui ne sont pas à elle, pas même à son père, à personne ; Al seul et Roi au royaume des forêts mangeuses d'homme...

Parfois, elle pense à cet autre petit bonhomme sombre, ce Peter Pan, héros d'un écrivain moldu, garçon sauvage qui s'est envolé au Pays Imaginaire, qui s'est envolé loin de sa génitrice parce qu'elle voulait le forcer à pousser. La réflexion va loin. Elle se demande si c'est elle qui un jour a fait quelque chose de mal... Si Al la puni de l'avoir mis au monde au milieu d'une floraison intérieure aux tiges carnivores...

Et alors qu'elle l'entend rire avec son ami au dessus de sa tête, si bruyant que l'on croirait qu'il se bidonne juste à côté d'elle, sa petite déchirure la lance, et la lance, une épine enfoncée très loin dans son utérus.

Si elle s'écoutait, elle dirait qu'elle est jalouse, malade de rancœur, comme une gamine à l'exquise rousseur, amoureuse et coléreuse, une pathologie de nerfs, d'ovaires et de cœur, un chabadabada de « pourquoi pas moi ? pourquoi il laisse ce gamin être gentil avec lui, pourquoi il le laisse l'aimer vraiment, avec le sourire, et les yeux, et tout, quand moi je n'ai droit qu'à sa tolérance ? »

Mais Ginny Potter ne s'écoute plus. Elle est adulte. La seconde d'impression est passée. La fraise dissipe l'acidité. Et elle repousse toutes ces pensées absurdes et verse le café avec un sourire d'hôtesse.

Elle dit :

- Faites attention, c'est bouillant.

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A suivre...

 

NdA : Je remercie une fois encore Manoë, pour la belle surprise qu'elle m'a faite avec le fan art que vous pouvez admirer dans la case "illustration" (celui-ci représentant les noces d'hivers du chapitre précédent). Le dessin est disponible également à cette adresse (version agrandie) :

http://pics.livejournal.com/manoe/pic/0000g3h3 .

Si vous voulez lui laissez vos impressions directement, le lien vers son LJ est dans mon profil.

Et moi je vous dis à bientôt !

 
 
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