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La valse lente des oiseaux La locomotive rouge pousse un rugissement enfumé et s'élance sur ses rails, galops de wagons hennissant. Scorpius Malfoy tangue entre les couloirs de compartiments, sa grosse valise en main, la poignée de cuir glissant sans arrêt au bout de ses doigts moites. Ca va aller, se répète-t-il, le ventre noué. Il se tient au milieu du couloir, et tangue. Mouvement nauséeux et lancinant, cadence maritime... Il ferme les yeux. Et de gauche, à droite, en avant, en arrière... Une voix l'apostrophe brusquement. - Salut ! Tu es tout seul ? Scorpius ouvre lentement les paupières. Une petite fille brune se tient devant lui et le scrute, visiblement en attente d'une réponse. Au lieu de quoi, il la contemple, effaré. La petite fille fronce un peu les sourcils et dit lentement, d'un ton plein de commisération : - Tu peux venir avec moi si tu veux. Je suis avec mon cousin dans un compartiment, là-bas... Scorpius ne sait pas trop ce qu'il a fait pour qu'elle ait pitié de lui comme ça. Il la suit sans piper mot, surtout parce qu'il ne sait pas trop quoi faire d'autre. Elle dit qu'elle s'appelle Rose. Il hoche la tête d'un air absent. Dans le compartiment, un autre enfant est assis près de la fenêtre. Scorpius lui jette un coup d'oeil et constate qu'il n'a pas levé la tête lorsque sa cousine a ouvert la porte - pourtant avec un fracas certain. Intrigué, le blond le dévisage. Le garçon a sur les genoux ce qui ressemble à une épaisse pochette verte. Sur celle-ci, il a posé une large feuille blanche qu'il maltraite de grands coups de crayons saccadés, comme s'il était pris de tics nerveux. Ses mains bougent souplement, acrobaties de ses doigts fins et Scorpius le regarde, et le regarde. Les cheveux noirs virevoltent, rythmés par les vifs ajouts de couleur. Ils sont dans un tel désordre qu'on les prendrait aisément pour des ailes de corbeau retournées par des bourrasques furieuses. Le blond est pris d'une impression furtive : comme quoi, sans ce toit, sans ce train, ce garçon se serait déjà envolé... - Al, dit Rose en aidant Scorpius à hisser sa valise dans le filet à bagages. Il va rester avec nous, il n'a pas l'air très fute-fute. J'ai eu peur qu'il se fasse piétiner à rester planté dans le couloir. Scorpius tourne brusquement la tête vers elle. Rose Weasley lui sourit, dégoulinante de bon sentiment. Il a envie de lui dire qu'il est extrêmement malpoli de parler des gens à la troisième personne lorsqu'ils sont avec vous dans une pièce et que il est assez fute-fute pour ne pas avoir manqué son petit discours d'introduction. Le garçon prénommé Al lève enfin le nez de sa feuille - un petit nez piqueté de tâches de rousseur. Pendant un cour instant, le ballet de ses bras s'arrête. Ses yeux sont d'un vert brillant, liquide au milieu, comme de l'eau à la menthe, sauf qu'on a pas tellement envie de les boire, ils sont bien là où ils sont. Al hoche vaguement la tête, le regard lointain, Scorpius jurerait qu'il n'a pas vraiment écouté. Puis, il est parti de nouveau. Rose quitte le wagon en annonçant qu'elle va jeter un oeil aux autres élèves ; Scorpius ne l'entends pas. Il s'assit prudemment à côté du brun - l'autre garçon n'a rien remarqué, entièrement absorbé par son dessin. Scorpius regarde la feuille. - C'est... Il hésite ; les couleurs sont pleines de formes, on peut y trouver n'importe quoi. - ...Un oiseau ? - Non, c'est la mer. Sa voix est tranquille, il remue à peine les lèvres, comme s'il pouvait déranger quelque chose en parlant trop fort. - On dirait un oiseau, insiste Scorpius. Al fronce les sourcils, se concentre. - C'est vrai, il articule lentement. Les vagues peuvent faire penser à un oiseau... Il sourit et Scorpius se dit qu'on a bien le droit d'être étrange quand on sourit comme ça. - Pourquoi tu dessines la mer ? - Je crois qu'elle m'aime bien, répond Al très sérieusement. Il y a un long silence. Scorpius regarde les vagues se rapprocher du rivage. Al trifouille dans sa trousse et murmure soudain, les yeux rivés sur un petit crayon bleu : - Tu sais, ma cousine me laisse seul dans le wagon parce qu'elle me trouve bizarre quand je dessine et même si on s'aime bien, ça la met mal à l'aise. Les gens, ils aiment pas toujours ça, les trucs bizarres. Alors si ça t'embête aussi... Al lui jette un coup d'oeil incertain. C'est la première fois qu'il le regarde à peu près franchement et Scorpius sent ses lèvres se retrousser, comme si c'était plus fort que lui. Ca le gêne, parce qu'il aimerait bien avoir l'air moins enthousiasmé par ses paroles. Il a envie de lui dire qu'il est doctor es bizarre, qu'il adore les trucs bizarres. A la place, il lui tend la main et Al la serre mollement, en lui faisant des tâches de fusains sur les doigts. Scorpius allait lui parler de la boutique de madame Guipure, de la cabine du fond, c'était début août. Il ne dit rien. Il se dit que ce n'est pas important du tout. Il ignore que Al est en train de sa faire exactement la même réflexion. -----------------------------------------
A suivre... Merci de me lire. Impossible de dire quand viendra le prochain chapitre. Bientôt j'espère :) |