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Auteur : Sasha Titre :Der Schlüssel Zu Meinem Paradies ( La clé de mon paradis, merci à X-HEILIG-Xpour la traduction) Disclamer : Ben les membres du groupe Tokio Hotel ne m’appartiennent pas... heureusement pour eux d’ailleurs... par contre le reste de ma fiction oui, alors si vous voulez en utiliser des bouts, ou l’intégralité pour... ben chais pas moi, qu’est-ce qu’on peut faire avec une fiction ? A méditer... Bref, prévenez moi Rating : Yaoï/Slash et twinceste, vous êtes prévenus.
Chapitre 6 L'eau frémissait légèrement, et de petites bulles apparaissaient, de plus en plus nombreuses, à la surface. Le bruit presque imperceptible qui se dégageait de la casserole venait, seul, troubler le silence de l'appartement encore plongé dans l'obscurité de ce matin hivernal. Une main aux doigts longs et fins, et quelque peu abîmés par de légères cicatrices, retira l'eau du feu et la fit couler dans différentes tasses posées sur la table de la cuisine. Claire reposa la casserole vide sur la gazinière et ajouta un paquet de pain de mie sur la table déjà bien garnie. Ses pieds nus sur le parquet frémirent un peu lorsqu'elle se dirigea vers le fond du couloir. Elle ouvrit le plus silencieusement possible la porte de la chambre de son fils, et la lumière qui l'accompagnait filtra dans la pièce obscure pour éclairer deux silhouettes endormies l'une à côté de l'autre. - Les garçons... C'est l'heure... Réveillez-vous, le petit déjeuné est prêt... La forme recroquevillée la plus proche d'elle bougea lentement, et bientôt des mèches folles d'un noir de jais émergèrent de sous la couette, rapidement suivies par le visage chiffonné par le sommeil. Il cligna plusieurs fois des yeux sous le sourire attendri de Claire, avant d'ébaucher à son tour un petit sourire encore ensommeillé. - Bonjour Bill... Le petit déjeuné est prêt, tu te lèves ? - ...Mmoui... Merci... Le fugueur s'extirpa avec difficulté de son lit de camp, les membres engourdis par sa longue nuit dans les bras de Morphée. Il se leva et tituba jusqu'à la porte où Claire le laissa passer avec un petit sourire, avant de s'enfoncer dans l'antre de son fils. Le bruit des pas de Bill résonna un instant dans le couloir alors que la mère se penchait avec douceur sur le visage encore endormi du guitariste. Elle effleura délicatement la courbe de son visage du bout de ses doigts et chantonna tout bas. - Mnn mmmm... Nnnmm...Tomi... Mmm... Les paupières de l'endormi se plissèrent avant qu'il ne cligne des yeux. Deux yeux noisette encore vitreux de sommeil fixèrent les prunelles bleues de Claire avant que celle-ci ne reprenne la parole. - Je crois que tu devrais te lever mon ange... Ton petit protégé est déjà debout et à mon avis il va avoir besoin de toi aujourd'hui... Une dure journée en perspective... Un léger sourire ourlait les lèvres de Claire, et Tom lui lança un regard méfiant. - ... On dirait que ça t'amuse... Le sourire de la styliste s'accentua et elle le fixa d'un air indéchiffrable. - ... Va savoir... La journée, même si elle s'annonçait assez rude, démarra dans la bonne humeur et les deux adolescents se préparèrent sous les éclats de rire et les sourires rayonnants, rejoins par Claire. Pourtant l'humeur joyeuse de la maîtresse de maison et les regards rassurants de Tom ne parvinrent pas à calmer l'anxiété de Bill qui ne dit pas grand-chose ce matin-là. Il ne leur restait plus que quelques minutes avant de prendre le bus, et Tom enfilait rapidement ses chaussures dans l'entrée, son sac de cour déjà sur le dos. Sa mère avait tenu à "arranger" il ne savait quoi dans la tenue de Bill, et le dreadé commençait à s'impatienter. - 'maaaaaaaaaan !! Biiiiiiill !! On va rater le buuuuuuus !! - On arriiiiiiiiive !! Je lui mets une ceinture et c'est bon !! -... Une ceinture... Pff... Pas besoin... Le guitariste se demanda un instant comment l'orphelin pouvait porter ces vêtements si près du corps. Lui aurait du mal, mais Bill semblait juste content d'avoir des habits neufs et propres, il ne se souciait pas outre mesure de son look. La styliste par contre s'était déchaînée, et avait même tenu à ce qu'il porte un long manteau noir qui lui arrivait jusqu'aux chevilles, qui faisait genre "Néo dans Matrix" selon Tom. Quelques mètres plus loin, dans son atelier Claire ajustait une ceinture sur les hanches de Bill qui s'inquiétait lui aussi de l'heure. Nerveusement il plongea sa main dans le col de son T-shirt et attrapa sa petite clé qui pendouillait toujours autour de son cou au bout de la vieille cordelette. Ses longs doigts fins se refermèrent autour de l'objet avant de le porter jusqu'à ses lèvres où il le frotta doucement. Le métal réchauffé par la chaleur de sa peau glissait contre ses lèvres dans un aller-retour apaisant. La maîtresse de maison se redressa dans un soupire satisfait. - Et voilà ! Elle leva les yeux sur le visage de l'orphelin et son sourire se figea brutalement. En un quart de seconde ses lèvres et ses pommettes jusqu’alors roses de plaisir blêmirent, ses grands yeux bleus s'agrandirent et une lueur de détresse brilla au fond de ses prunelles. D'une main tremblante elle effleura la petite clé toujours contre la bouche de Bill qui lui aussi avait pâli en voyant la réaction de Claire. Ses lèvres frémissantes s'ouvrirent et elle s'apprêtait à parler lorsque Tom entra brusquement dans la pièce les faisant sursauter tous les deux. - Bon c'est bon ?! On y va là, ça fait 3 heures que j'attends comme un con !! - T-Tom... - Oui je sais maman..."Parle sur un autre ton et blablabla" !! Bon on décolle là !! Et avant que la styliste ou le fugueur n'aient pu faire le moindre geste il empoigna ce dernier par l'épaule et l'entraîna de force dans le couloir. Le guitariste attrapa au passage un sac à dos qu'il avait prêté à l'orphelin pour les cours et ouvrit la porte à la volée avant de lancer un "Salut 'man, à ce soir !" à travers l'appartement. Lorsqu'il referma la porte derrière lui, l'orphelin eut le temps de voir que Claire n'avait toujours pas quitté l'atelier. L'immeuble avait un vieil ascenseur qui s'ébranlait dans un bruit infernal dès qu'on le mettait en route, et le fugueur se rapprocha du guitariste lorsqu'ils amorcèrent leur descente. Il n'avait pas le souvenir d'être monté, mais après tout il était évanoui lorsque son sauveur l’avait transporté jusqu’à l’appartement, au cinquième étage. Claire et Tom habitaient dans un appartement acheté par sa mère et son père, expliqua Tom à l'orphelin alors qu'ils sortaient de l'ascenseur et pénétraient dans le hall. Les portes vitrées s'ouvrirent sous la pression de la main droite du guitariste et la rue sembla résonner de partout : des cris, des crissements de pneus, des appels, le bruit des gravillons contre les roues, le claquement des portes et surtout ce bruit incessant, sans cesse en mouvement, ne donnant aucun répit... Ce bruit des pas contre le sol dur de ce matin d'hiver. Combien de personnes circulaient et se croisaient sur ces trottoirs sans fin ? Affolé par ce mouvement et cette vie qui grouillaient autour de lui, Bill préféra fermer les yeux et se boucher les oreilles... Ne plus rien voir... Ne plus rien entendre... Trop de vie... Trop de peur à surmonter tout seul... Tout seul... Quand le guitariste se retourna vers son protégé, il se rendit compte avec stupeur que celui-ci s'était accroupi sur le sol, au pied des marches menant au perron de son immeuble. Ses longues mains plaquées sur ses tempes tremblaient et s'étaient crispées, son torse soulevé par des spasmes semblait si fragile dans ce manteau un petit peu trop grand pour lui, et des larmes glacées perlaient au bout de ses cils, ses paupières plissées dans un effort désespéré pour ne plus jamais les rouvrir à nouveau. Le guitariste s'accroupit à son tour aux côtés de Bill, et avança une main maladroite vers son visage. Il ne savait pas quoi faire, mais une voix hurlait au fond lui sans qu'il sache pourquoi, et la seule chose dont il était sûr à cet instant c'était que toucher Bill arrêterait ce hurlement muet. Ses phalanges calleuses et repliées caressèrent la joue glacée de l'orphelin. Celui-ci cessa d'être pris de spasmes, mais continua à trembler. Il ouvrit lentement les yeux et fixa de son regard vacillant l'adolescent en face de lui, à travers l'abîme de son âme. Il ne lui tendait pas la main. Il ne l'aidait pas à se redresser. Il ne le soulevait pas alors que les forces lui manquaient. ... Non... Au creux du gouffre dans lequel se noyait le fugueur, son sauveur lui offrait la seule chose qu'il pouvait lui offrir... ... Un peu d'espoir... Lui tendre la main n'aurait fait que l'enfoncer plus profondément... Car le redresser n'aurait servit qu'à le noyer un peu plus... Le soulever l'aurait perdu sans même qu'il ne s'en aperçoive... Alors l'orphelin ouvrit un peu plus grand les yeux sur ce monde qui lui faisait peur, et c'est lui qui se redressa, qui décida d'affronter cet inconnu par lui-même. Les deux jeunes hommes s'éloignèrent sur le chemin, et bien que Bill restât près de Tom et tremblât encore un peu... Il avançait... Il avançait de lui-même et c'était le plus important. Le trajet en bus s'était plutôt bien déroulé, Bill en avait déjà fait l’expérience et il se sentit tout de suite plus à l'aise. Mais l'arrivée au lycée lui semblait tout à coup beaucoup plus angoissante. Tom de son côté n’était pas non plus très à l'aise... Il sentait l'anxiété de son protégé et ne savait pas quoi faire pour le rassurer. Ils traversèrent la cour comme dans un rêve, en regardant droit devant eux et allant directement vers le bâtiment administratif. Des chuchotements bruissaient autour d'eux, mais ils n'en tinrent pas compte, et seul un léger rapprochement de leurs épaules aurait pu montrer leur nervosité, si quelqu'un l'avait remarqué. Claire avait pris le soin d'appeler le secrétariat du lycée pendant que son fils et Bill étaient sur le chemin, et avait plus ou moins expliqué la situation... Plus ou moins... En réalité, ils avaient tous les trois convenu qu'il serait plus simple pour tout le monde de faire passer l'orphelin fugueur pour un cousin éloigné venu à Berlin pour poursuivre ses études. Les deux adolescents furent rapidement reçus par une CPE Je n'y connais vraiment pas grand chose en matière d'éducation nationale allemande, donc on va dire qu'ils ont l'équivalent des CPE qui prit en charge l'orphelin et son inscription. Ce n'était pas si difficile finalement. Une pièce d'identité et une adresse avec un numéro de téléphone sûr suffisaient... Mais Bill sentait bien que sans l'aide de Claire il aurait eu plus de mal. Tom était allé en cours, et il s'était donc vite retrouvé seul avec la conseillère. C'était une femme joviale et chaleureuse qui avait un certain côté maternel et protecteur qui mettait en confiance. Elle avait tout de même tiqué quand Bill lui avait dit qu'il n'avait pas avec lui son dossier avec ses bulletins et son suivi scolaire. Et ce fut seulement avec la promesse tremblante qu'il les lui apporterait dès que possible qu'elle accepta de l'inscrire définitivement dans le lycée. Pour plus de sûreté elle décida de lui faire passer un test. C'était apparemment chose courante, car les questions et les exercices étaient déjà prêts dans un tiroir. L'orphelin passa l'heure restante à remplir les feuilles photocopiées que lui avait données la CPE, dans un coin de son bureau. Il était en train de relire ses dernières réponses, lorsqu'une sonnerie stridente le fit sursauter. La conseillère s'approcha de lui en souriant et récupéra les feuilles avant de les glisser dans une enveloppe. - Les professeurs corrigeront ce test d'ici quelques jours, en attendant tu iras en classe normalement. Nous aviserons avec les résultats si nous te changeons ou pas de classe, ou de niveau. Elle jeta un regard à sa montre en posant l'enveloppe sur son bureau. - Tu vas rejoindre les cours tout de suite, inutile de perdre encore plus de temps. Pour les livres, je te conseille d'attendre les résultats de ton test avant d'acheter quoi que ce soit. Je vais t'envoyer avec Stefan... Elle avait murmuré la dernière phrase plus pour elle-même qu'autre chose, et Bill se mordilla la lèvre inférieure d'anxiété. L'idée de devoir de nouveau traverser toute la cour, et surtout d'aller en cours, le terrorisait intérieurement. Stefan, un surveillant jeune et au pas bondissant, l'entraîna hors du bâtiment administratif avant de lui faire parcourir des dédales de couloirs et d'escaliers tous plus semblables les uns que les autres. Ils arrivèrent devant la classe d'anglais des dernières années de littérature, une professeure d'âge mur avait commencé à faire l'appel alors que les élèves sortaient leurs affaires en chuchotant. Le surveillant tapa à la porte et entra sans attendre de réponse avec un enthousiasme assez effrayant. Il échangea quelques mots avec la professeure, Mme Baruch, tandis que le fugueur restait dans le couloir et tentait de ne pas faire attention aux regards curieux que lui lançaient les élèves du premier rang. Il finit par entrer dans la classe, sous la poigne autoritaire de Stefan. Une brusque envie de s'enfuir le prit à la gorge lorsqu'il vit tous ces regards braqués sur lui. Il sentit nettement son instinct reprendre le dessus, et durant une fraction de seconde ses poings se convulsèrent et ses sens aux aguets détectèrent toutes les possibilités de fuites. Il se reprit avec plus ou moins de mal, et tenta de se focaliser sur les paroles de la professeure. - ...vient d'arriver et fera donc partie dans cette classe dorénavant. Stefan s'éclipsa, et elle ferma la porte en invitant Bill à se présenter. - Je... m'appelle Bill... Il s'arrêta, ne sachant plus quoi dire. Tous ces yeux braqués sur lui le mettaient mal à l'aise et le rendaient fier en même temps, sans qu'il sache vraiment pourquoi. - Et d'où viens-tu ? Mme Baruch lui fit un sourire encourageant. - ... Je viens de...Hambourg... Un petit silence s'installa dans la classe, ils s'attendaient visiblement tous à ce qu'il continue, mais l'orphelin se tut et fixa sa manche droite qu'il triturait entre ses doigts fins. Une fille du deuxième rang leva la main avec un regard interrogateur vers son professeur. - Oui, Lotte ? - Euh... Je voudrais savoir, qu'est-ce que tu comptes faire après le lycée, Bill ? L'orphelin parut un instant affolé qu'on lui pose une question, mais il se reprit aussi bien qu'il le put. - ... Je... Euh... Je voudrais faire des études de littérature... moderne plutôt que classique... - Génial ! On sera dans le même cours de littérature moderne ! Avec M. Kipling. Elle lui souriait de toutes ses dents, et le fugueur se rendit soudain compte que tous les élèves semblaient sympathiques et avenants. Il tenta un timide sourire vers Lotte, et Mme Baruch l'envoya s'asseoir au fond de la classe où il restait quelques places vides. Tout ne s'annonçait pas facile, mais Bill se dit que cela commençait plutôt bien. A suivre... |