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au 07 Jan 09 :
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Quand la musique fait des siennes.
Par Lusaka
Originales  -  Romance/Général
2 chapitres - Rating : M (18ans et plus)
    Chapitre 2     Les chapitres     7 Reviews    
Pour une petite partition.

Claimer : les personnages et l'histoire m'appartiennent (pour une fois ! )

Résumé du chapitre 1 : Le soir du 1er avril, alors que Marsh a perdu son boulot, ses amis Tom et Sylvie lui font une petite farce pour le distraire. Au bout du compte, il rencontre Alexandre, un joueur de guitare classique. Le chapitre 2 se passe une semaine après...

Petit post it : Voilà la suite ! ^^ Alors je précise par avance (on ne sait jamais) que je ne cautionne absolument pas les insultes qui peuvent s'échapper du texte. Mais je me vois mal faire évoluer un rappeur avec des bisounours dans les bras... vous vous en doutez. ^^

Voilà ! =D Je vous souhaite une bonne lecture !

 

 

 *************************

Chapitre 2 : Pour une petite partition.  

 

La nuit était tombée sur Bobigny, le dernier tram était passé et les lampadaires éclairaient les rues de leur lueur jaunâtre. Les poings dans ses poches basses, les baskets traînant sur le bitume, un pull trop grand et une capuche rabattue sur la tête, Marsh rentrait chez lui.

Il avait passé la journée à chercher un nouveau travail. Comme il aimait l'ambiance des bars, il avait fait la tournée de tous les établissements du coin, mais personne n'avait voulu de lui. Il faut dire que son allure autant que son CV n'inspirait guère confiance, malgré sa licence de sport datant d'une époque révolue pour lui.

Il commençait à regretter le Blathy's, ce bar gay où il travaillait encore la semaine passée. Là-bas, le patron avait à peine regardé son CV et c'était justement pour son allure qu'il l'avait embauché. « La clientèle aime bien le genre mauvais garçon. Tant que tu ne casses rien, c'est bon. » Il n'avait jamais rien cassé... sauf peut-être un couple homo trop entreprenant sur son comptoir.

Marsh soupira et augmenta le volume de son casque. Il marchait en rythme, sur la musique qui résonnait autour de lui. C'était encore comme ça qu'il réfléchissait le mieux : en marchant et en se saoulant de rap.

Il devait trouver un boulot, une semaine de chômage lui suffisait. Lui qui avait cru à un tournant dans sa vie, ça avait juste été un cercle vicieux qui s'était de nouveau refermé sur lui. S'il voulait sortir ses demos, il devait avoir de l'argent. Et pour avoir de l'argent, il fallait un job. Mais un job, ça lui prenait tout son temps et son énergie. Donc pas de démos, ni de battles.

Il ricana de son propre sort : la vie misérable d'un pauvre mec de vingt-trois ans qui n'avait jamais rien fait de sa vie, à part écrire et faire du sport.

Il s'arrêta net lorsqu'il aperçut une silhouette un peu plus loin, appuyée sur le mur, dans le noir, entre les lumières de deux lampadaires. Faire des rencontres la nuit ne le gênait pas particulièrement. Mais ce genre de posture ne lui disait rien qui vaille : un pied contre le mur, l'autre jambe tendue, l'aine en avant, bras croisés et regard qu'il devinait de braise. Homme ou femme ?

Marsh baissa sa musique et reprit sa marche. Plus il avançait, plus le sourire de la personne s'agrandissait. Et ce ne fut qu'à la voix que le rappeur fit finalement la distinction : un timbre pas forcément très grave, mais suffisamment masculin pour lui retirer tous ses doutes :

- Salut, t'as du feu ?

Le blond hésita un dixième de seconde avant de sortir une main de sa poche et de tendre son briquet.

- Tu fais quoi tout seul dehors ? demanda l'homme en allumant une longue cigarette.

- Et toi ? répliqua froidement Marsh en récupérant son briquet.

- Moi, je bosse, répondit l'inconnu en souriant encore.

Au moins les choses étaient claires. En le détaillant davantage, Marsh fut persuadé de l'avoir déjà vu au Balthy's. Des cheveux châtains très courts, des sourcils épilés très fins, un nez et des cils trop longs, des petites pommettes saillantes et bien trop maigre dans son jean moulant.

- Fred, se présenta l'homosexuel en tendant une main au rappeur.

- Ouais, ouais, grogna Marsh. Salut.

Sans autre forme de politesse, le blond s'éloigna, plantant là l'homme nocturne. Mais à peine avait-il fait cinq pas qu'une voix de gamin résonna de l'autre côté de la rue.

- Bah alors ! Vous baisez pas ? Tafioles !

Marsh se retourna aussitôt et repéra tout de suite la source de cette insulte. Un jeune garçon de huit ans à peine, noir de la tête aux pieds, se campait au milieu de la route, sur les rails vides du tram, et les dardait d'une attitude moqueuse, bras croisés et tête relevée.

Marsh souffla et abaissa son casque autour de son cou en s'approchant du gamin. Il renifla et regarda au loin, l'air de réfléchir, avant de reposer ses yeux sombres sur la petite silhouette hautaine.

- C'est qui la tafiole ? lâcha-t-il sourdement.

- Toi. Toi et lui, répondit le noir en désignant le gigolo tétanisé contre le mur.

- Lui, j'dis pas, ricana Marsh. Mais moi… tu sais qu'il est dangereux de se balader tout seul la nuit quand on a ton âge ?

- J'suis pas seul, riposta le gamin.

Le ton moqueur qu'il utilisa refroidit légèrement le rappeur. Il aurait dû s'en douter et se méfier. Et en effet, deux ombres se détachèrent d'un mur, de l'autre côté de la rue, et s'approchèrent. Deux hommes : un autre noir et un blanc au regard mauvais.

- Qu'est-ce que tu fais à mon frère sale pédé ? lança le noir d'une bonne vingtaine d'années en repoussant le gamin derrière lui pour se planter face à Marsh.

Celui-ci n'aimait pas les discours, et encore moins les insultes. Ces gars avaient envoyé le plus jeune pour le provoquer. Il s'était fait avoir, mais il savait se défendre. Il mit toutes ses forces et toutes ses heures passées en salle de gym dans le coup de poing qu'il envoya dans l'épaule gauche du grand noir.

Derrière eux, Fred poussa un cri, tandis que le gamin frappait des mains et encourageait son frère. Marsh n'avait jamais nié que c'était dans ce genre de bagarre qu'il se sentait le plus vivant. La douleur, les cris, les souffles, les insultes… Il évitait toujours les visages, s'en donnant à cœur joie dans le gras des ventres et des côtes en échange.

Un coup plus dur le fit tomber à genoux juste devant le grand blanc. Il eut le réflexe de lui attraper les genoux pour le faire trébucher. Mais derrière lui, le noir l'acheva d'un coup de coude près de la nuque.

La rue lui parut soudain d'un blanc immaculé juste avant de s'effondrer dans le noir le plus total. Un dernier cri, puis, plus rien.

oOoOoOoOoOoOo

Dans un grand appartement, avenue Victor Hugo, une petite chambre restait inlassablement éclairée, malgré l'heure tardive. Dans un coin, un lit pour une personne et assez haut trônait, les draps défaits. Des étagères fixés aux murs présentaient une impressionnante collection de livres, de cd, de partitions et de dvd. Une grande armoire avec glace et un bureau mal rangé d'où provenait la lumière, s'appuyaient de chaque côté d'une grande fenêtre.

La porte s'ouvrit doucement et Alexandre entra. Après l'avoir ouvert et entamé, il jeta sur son bureau un paquet de biscuits qu'il venait d'aller chercher, et se laissa tomber sur son fauteuil. Face à lui, l'écran de son ordinateur s'était mis en veille pendant sa courte absence.

Il bougea la souris et constata que le téléchargement du dernier cd de Thomas Otten n'en était toujours qu'à la moitié.

- Tttt… c'est pas vrai ça, grommela-t-il en allant vérifier sa connexion.

Tout allait bien pourtant. Il grignota un autre gâteau avant de décider de se coucher et de laisser le chargement se finir dans la nuit. Il se déshabilla donc et se glissa avec délectation entre ses draps après avoir éteint les lumières.

Dans l'ombre, il soupira. Il avait mis beaucoup d'espérances dans son concert de la semaine passée. Il avait toujours été persuadé que sa vie changerait après son premier concert pro. Pas forcément s'améliorer, il n'en demandait pas tant, mais au moins changer de couleur, de rythme, de forme. Mais une semaine après, le constat était là : rien n'avait bougé.

Il continuait à rentrer chez sa belle mère après ses cours, il continuait de travailler sa guitare toute la journée, il continuait de télécharger et d'écouter de la musique, et il continuait d'aller à la piscine avec Meidhi tous les deux jours.

Bien sûr, il avait eu droit à deux articles enflammés dont un dans le grand magazine de la guitare classique. Le directeur du conservatoire lui avait renouvelé sa proposition de le prendre comme assistant de Charles Fray. Le chef d'orchestre du philharmonique de Strasbourg lui avait proposé de jouer le concerto d'Aranjuez et la boîte vocale de son portable était saturée de messages de ses amis qui souhaitaient le féliciter.

Seulement, il n'était pas abonné au magazine de guitare car il n'aimait pas l'attitude de certains journalistes envers les autres musiques ; il ne se voyait toujours pas prof, même au conservatoire ; la simple idée de jouer le concerto lui avait presque fait raccrocher au nez du chez d'orchestre strasbourgeois, et il avait fini par éteindre son portable depuis trois jours.

Pourquoi avait-il toujours cette sensation de rater sa vie à chaque seconde que Dieu faisait ? Il avait sans cesse l'impression de passer à côté de quelque chose, sans savoir quoi. Il n'y avait que lorsqu'il écoutait de la musique qu'il se sentait vraiment et pleinement lui-même. Et quand il jouait… en silence, seul.

Comment faire passer un seul de ces sentiments à des jeunes élèves alors que lui-même ne parvenait pas à les formuler ?

Il se retourna dans son lit, face au mur. Depuis la mort de son père, quatre ans auparavant, plus rien ne bougeait. Autrefois, aucune semaine ne se ressemblait. Malgré son travail d'avocat très prenant, son père trouvait toujours le temps de le voir et de lui rendre la vie belle et colorée.

Mais maintenant, il était en attente perpétuelle. Il attendait un déclic, quelque chose, n'importe quoi. Une petite étincelle qui mettrait le feu aux poudres et qui lui donnerait le courage de choisir et d'avancer.

Il finit par s'endormir, alors que son réveil indiquait déjà deux heures vingt-cinq du matin. Il fit un rêve étrange dans lequel quelqu'un lui criait "chouette le costume !" avant de partir en courant. Et dans son rêve, il poursuivait cette personne jusqu'à en perdre haleine.

Il se réveilla assez brusquement alors que le soleil inondait déjà sa chambre par la grande porte fenêtre qui donnait sur un petit balcon. Il se redressa et regarda devant lui. Il se souvenait d'une course poursuite, et d'un cri.

oOoOoOoOoOoOo

Marsh ouvrit un œil et le referma aussitôt. Depuis quand écoutait-il du Christophe Maé ? Il se redressa lentement sur ses coudes et grogna sous la douleur qui lui vrilla l'épaule. Tout lui revint.

Il s'était battu avec ce black et ce grand dadet la nuit d'avant. Et après ? Cette fois, il ouvrit les yeux pour de bon. Un papier peint jaune citron l'accueillit dans tout son éclat. Les volets de la chambre étaient encore tirés, mais le soleil filtrait malgré tout, donnant une idée de l'heure qu'il pouvait déjà être.

Dans une autre pièce, une porte claqua et quelqu'un se mit à chantonner par dessus la musique. Marsh grimaça. Non seulement le style lui déplaisait, mais en plus la voix n'avait rien d'écoutable.

Alors qu'il allait se lever complètement, la porte de la chambre s'ouvrit.

- Ah t'es réveillé ! lança une voix qui acheva de lui redonner la mémoire.

Il était chez la pédale qui faisait le trottoir et qu'il avait croisé la veille.

- Merde, grommela-t-il.

- Oh le vilain mot ! rigola Fred en s'approchant. Comment va ton épaule ?

- Mal.

Tandis que son hôte allait et venait dans la pièce en papotant, Marsh s'assit au bord du lit et se frotta la tête. Il eut une moue agacée lorsqu'il vit qu'il ne portait que son caleçon mais finit par se lever tout de même.

- Où est mon fute ? lança-t-il sans se préoccuper du fait que Fred parlait encore.

- Oh ! J'ai mis tes affaires là, répondit le châtain en désignant une petite chaise en plastique sur laquelle reposait effectivement les vêtements du rappeur.

Décidant de ne faire aucun cas de conscience, Marsh les attrapa et les enfila sans tenir compte du regard brûlant de l'autre homme. Celui-ci admirait les muscles épais et saillant du rappeur. Pas une once de graisse, un fin duvet blond sur la poitrine, un corps de rêve.

- Promis, je ne t'ai rien fait, assura-t-il en le regardant boucler sa ceinture.

- Et mon casque ? grogna Marsh en réponse.

- Ici !

L'humeur joyeuse de Fred qui ne cessait de sourire contrastait nettement avec l'air profondément énervé du blond qui posa le casque autour de son cou avant d'attraper son sac qu'il avait repéré au pied d'un bureau.

- Tu veux manger quelque chose avant de partir ?

- Surtout pas.

- Tu n'as pas pris de douche, tu…

- Par où on sort ?

Sans se démonter, Fred lui fit un large sourire et lui montra le chemin. C'est en le suivant que Marsh découvrit le magnifique mini short en jean que son hôte avait enfilé.

- Dandine pas du cul, ça m'dégoutte, grogna-t-il quand ils arrivèrent dans l'entrée du petit appartement.

- Que ça te dégoutte ou non, tu as regardé ! rétorqua joyeusement Fred en ouvrant la porte d'entrée. Bien, bon vent Monsieur mon sauveur !

- J'ai sauvé personne.

Et Marsh disparut dans les couloirs de l'immeuble.

oOoOoOoOoOoOo

Le cri de son rêve le hantait encore lorsqu'Alexandre monta les marches du conservatoire. Quelqu'un le salua dans le hall, il répondit à peine. Dans l'ascenseur, il parvint à se souvenir d'un mot : "costume". De quel costume s'agissait-il ? Arrivé au septième étage, il finit par se dire que c'était ridicule et qu'un rêve n'avait aucune espèce d'importance.

Mais en entrant dans la salle de cours de Charles Fray, il recommença à penser que courir après quelqu'un dans un rêve avait forcément une signification importante.

- Et alors ? lança la voix grave de son maître.

Alexandre redressa la tête et lui fit son sourire habituel, celui pour les excuses.

- Tu devrais être la depuis une heure Alex.

- Désolé, je ne me suis pas réveillé.

- Quelle franchise ! rigola le vieil homme. Bien, le quatuor t'attend dans la pièce à côté. Va t'expliquer avec eux, moi j'ai un cours à finir.

- Ok.

Le quatuor… Une tradition au conservatoire. Tout élève digne de ce nom devait participer à un ensemble. Pendant longtemps, Alexandre avait joué à l'orchestre de guitares du troisième cycle, jusqu'à sa médaille. Maintenant, il se contentait d'un quatuor et d'un duo. Le duo, c'était avec Lydie, une chanteuse de lyrique, médaillée à la fin de l'année si tout se passait bien.

Et le quatuor… c'était avec Pierre, Caroline et Romain. Trois êtres qu'Alexandre supportait difficilement. En ouvrant la porte de la pièce, il savait à quoi s'attendre.

- Nan… déjà ! s'exclama Caroline d'un ton tout à fait ironique.

- Notre star internationale se déplace pour nous, trop d'honneur, grogna Pierre.

Et Romain renifla, toujours malade, toujours enrhumé, toujours les yeux humides.

- Désolé, dit Alexandre en posant sa caisse pour en sortir sa guitare.

- Nan mais t'abuses ! T'es toujours en retard ! siffla Caroline.

- Vous inquiétez pas, j'ai bossé ma voix, et…

- On allait commencer la deuxième partie, coupa Pierre. Sans les reprises.

Le brun hocha la tête et s'installa près d'eux. Un pupitre était là, à l'attendre. Il y posa sa partition et repéra la seconde partie. Il leur fit un signe pour leur indiquer qu'il était prêt, et ils commencèrent à jouer une belle mélodie de Soler, rythmée par les reniflements de Romain.

Au bout de dix minutes de jeu, de pauses, de discussions, de mise au point, Alexandre en avait déjà marre. Il jouait comme un automate. Les autres ne s'écoutaient même pas entre eux et se trompaient trop facilement. Il avait envie de tirer les couettes de Caroline, d'arracher ses lunettes à Pierre pour les broyer, et de noyer Romain dans une mer de smecta.

Il n'avait jamais aimé jouer avec eux. Ils étaient tous les trois en DEM, cette fameuse année du Diplôme d'Etat de Musique que lui, Alexandre Duhamel, avait obtenu déjà depuis trois ans. Que faisait-il encore ici ? Pourquoi les choses ne changeaient-elles pas ?

Au bout de vingt minutes, il plaqua soudainement sa main droite sur les cordes, coupant net le son de sa guitare en plein milieu d'une mesure.

Romain renifla.

Caroline jura en le fixant.

Pierre sembla sortir d'une transe dans laquelle il était rentré seul.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il.

- J'en ai marre, annonça tranquillement Alexandre. Marre de boucher les trous parce que vous n'êtes que trois de votre niveau. Trouvez-vous quelqu'un dans les niveaux en dessous pour faire votre quatuor ! J'en ai ras le bol de jouer avec des gens qui grognent tout le temps et qui croient encore qu'un diplôme leur apportera le bonheur.

- Dis donc p'tit merdeux ! s'énerva aussitôt Caroline. Tu crois que ça nous amuse nous ? J'ai des cours à la fac en même temps figure toi et…

- Je me fous de ta vie, coupa Alexandre en se levant. Quand on joue ensemble, c'est pour prendre du plaisir ensemble, poursuivit-il en rangeant sa guitare. Pas pour fixer sa propre partition sans faire gaffe à ce que les autres font.

- Si tu veux nous donner des leçons, pourquoi t'acceptes pas le post d'assistant ? ricana Pierre. T'as peur ?

- Non, je n'ai surtout aucune patience avec des gamins dans votre genre.

Laissant Caroline l'insulter, il quitta la pièce en claquant la porte. Dans la pièce principale, Charles Fray expliquait les positions rudimentaires de la guitare classique à quatre jeunes débutants. Il regarda Alexandre passer en haussant les sourcils.

Le brun ne fit aucun commentaire et ne répondit pas à sa question muette. Il sortit, simplement.

Le "costume" de son rêve, c'était un déguisement, une mascarade. Il sentait qu'il n'allait pas dans la bonne direction. S'il voulait encore progressé dans son jeu, il devait jouer avec les meilleurs.

Le soleil lui fit plisser les yeux sur les marches du conservatoire. Il mit sa guitare sur le dos et descendit en prenant son portable. Il composa rapidement un numéro et écouta les sonneries tout en marchant sur les trottoirs parisiens.

- Allô ?

- Bonjour Monsieur Bréchet. C'est Alexandre Duhamel.

- Ah ! Bonjour jeune homme ! Alors, avez-vous réfléchi ?

- Oui. Je le jouerai ce concerto. Je suis des vôtres.

- Magnifique ! Je t'enverrai les détails de l'affaire par mail.

Alexandre hocha la tête, posa quelques questions supplémentaires, et finit par raccrocher après avoir remercié une dernière fois le chef d'orchestre de Strasbourg. La petite boule de stress avait fait son retour au creux de son ventre, mais il sentait qu'il avait pris la bonne décision. Il descendit dans la première bouche de métro qu'il trouva et prit la direction de la rue de Rome.

oOoOoOoOoOoOo

Rue de Madrid, dans une petite boutique de partitions, d'instruments électriques et de disques, Tom s'affairait à remettre en ordre un rayon où tout avait été mélangé. Ses cheveux noirs bouclés frétillaient autour de sa tête à chacun de ses mouvements.

Au fond du magasin, Marsh, installé sur un haut tabouret, grattait nonchalamment les quatre cordes d'une basse. Il était venu là après être sorti de chez Fred, et après être passé par chez lui pour se changer et soigner son épaule.

Il avait raconté ses déboires à son ami qui l'avait simplement taquiné sur sa nouvelle sexualité évidente avant d'être rappelé à l'ordre par son patron.

A présent, ils étaient seuls. Midi ayant sonné, le patron de la boutique était sorti manger.

- Dis donc, je pensais…, commença Marsh.

- A quoi ?

- Tu vas l'avoir quand même ta pédale de synthé, non ?

- Hein ?

Tom remit la dernière partition en place, observa son travail avec un peu de recul et s'approcha de Marsh en frottant ses mains sur son pantalon.

- La semaine dernière, rappelle-toi, c'était bien l'enjeu de votre pari non ?

- Ah ! Oui, reconnu Tom. D'ailleurs, merci hein, j'ai dû débourser quarante euros pour des chaussures de fille trop moches à cause de ta soudaine envie d'écouter du classique.

- C'est quoi ?

- Des sortes de trucs rouges en cuir sans talons en plus.

- Je parlais de la pédale de synthé. C'est laquelle ?

- Ah, ben la SYB 5 de Boss. Pourquoi ?

- C'est bientôt ton anniversaire, nan ?

La porte de la boutique sonna à ce moment là. Tom repartit vers la caisse non sans un clin d'œil entendu au rappeur qui rigola doucement.

- Vous avez des partitions de classique ici ? lança une voix que Marsh reconnut tout de suite, sans savoir pourquoi elle l'avait tant marqué.

Il redressa la tête et se pencha un peu en arrière pour effectivement apercevoir la silhouette de ce guitariste qu'il avait vu le soir du premier avril.

- On a de tout ! répondit Tom en ouvrant grand les bras. Vous voulez quoi ?

- Le concerto d'Aranjuez.

Le vendeur resta un instant bloqué avant de faire son plus beau sourire façon vendeur professionnel. Il désigna la caisse qu'Alexandre portait dans son dos.

- C'est de la guitare je suppose ? demanda-t-il en appuyant sa bonne volonté par un petit rire poli. Alors, les partitions de guitare classique sont là-bas, dans ce rayon.

- Merci.

Le ton avait été légèrement moqueur. Alexandre trouvait toujours étonnant que les magasins de musiques soient tenus par des gens qui ne connaissaient rien au classique. Il zigzagua entre les synthés exposés dans un coin de la boutique et arriva à la rangée désignée par Tom. Il posa sa guitare à côté de lui et commença à fouiller parmi toutes les partitions.

Evidemment, il y avait tout les Mourats pour débutants, quelques études de Sor. Plus il avançait, plus il remontait vers les difficultés, se revoyant jouer ses premiers Carulli, ses premiers Tarrega. Et enfin, le concerto.

Il sortit la partition avec un petit sourire entendu, comme un amateur de fast-food qui découvre le dernier sandwich à la mode.

- C'est quoi ? demanda une voix dans son dos.

Il se retourna brusquement. Lui aussi avait reconnu cette voix un peu rocailleuse qu'il n'avait pourtant entendu que deux fois : le soir de son concert et… dans son rêve.

Il repéra sans mal ce rappeur au style un peu fou. Il était assis sur un haut tabouret à trois mètres de lui, une basse sur les genoux. Il portait toujours ce genre de pantalon très large, tombant sur les hanches, caché par un tee-shirt trop grand et un pull à capuche tout aussi large.

Mais pourquoi avait-il la sensation que c'était bien cette voix qui avait crié quelque chose à propos d'un costume dans son rêve ?

- Euh… pardon ?

- Rien, s'excusa Marsh en posant deux notes sur la basse. Je me demandais juste ce que vous allez jouer maintenant.

Le blond n'osait pas quitter des yeux le manche de la basse qu'il tenait. Pourquoi fallait-il que ce stupide sentiment de respect revienne le tenailler ? Pourquoi se sentait-il obligé de vouvoyer cet homme qui ne devait pas avoir plus de cinq ans que lui ? Il finit malgré tout par relever la tête.

- C'est pour votre prochain concert ? demanda-t-il encore en désignant la partition qu'Alexandre tenait toujours entre ses mains.

- Oui, répondit le brun. Mais ça sera pas avant l'année prochaine.

- Hein ? Il vous faut un an pour…

- C'est avec un orchestre, précisa aussitôt le guitariste.

- Ah.

Evidemment, ça ne lui disait rien. Marsh ne savait même pas qu'une guitare classique pouvait jouer avec un orchestre.

- Et vous… vous faites toujours du rap ? demanda Alexandre poliment.

- Si on veut oui, répondit le blond.

A l'autre bout du magasin, Tom leur lança un coup d'œil étonné avant de retourner au rangement d'une nouvelle étagère.

- En fait je n'ai jamais fait de concert comme vous, expliqua Marsh. Je me contente de quelques battles par moment et de free styles.

Alexandre hésita entre le regard du poisson frit ou faire semblant de comprendre. Son hésitation lui valut un rire moqueur du blond. La boule dans le ventre prit aussitôt une ampleur indésirable. Le guitariste préféra sourire de sa propre ignorance et reprit sa caisse sur son dos.

- Je n'ai aucune idée de ce dont vous parlez, avoua-t-il franchement. Mais vous m'expliquerez la prochaine fois qu'on se rencontrera, si ça arrive.

- C'est ça, répondit Marsh.

Pourquoi était-il censé revoir cet abruti ? Deux fois suffisaient bien ! Il répondit par un bref salut de tête à l'au revoir poli du guitariste et retourna à sa basse distraitement. En réalité, il tendit l'oreille pour entendre ce qui allait se passer à la caisse. Rien d'inhabituel. Tom annonça le prix, le guitariste paya, remercia, la porte sonna de nouveau et ce fut tout.

- C'est qui ce mec ? lança alors le brun aux cheveux fous.

Marsh fit semblant de ne pas entendre et monta un peu le son de la basse. Tom haussa les épaules et retourna à son rangement.

Dans la rue, Alexandre nota mentalement l'adresse de ce magasin où il n'était encore jamais allé. Son rêve lui était revenu plus nettement en parlant avec Marsh. "Chouette le costume !", lui avait-il dit le soir du concert. C'était donc bien après ce jeune homme inconnu qu'il courait dans son rêve.

Et si la double rencontre avec le rappeur était ce déclic qu'il attendait tant ? Alexandre disparut dans la bouche du métro de Lazare, des idées pleins la tête.

à suivre....

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J'espère que ça vous a plu ! Merci d'avoir lu et à bientôt pour la suite ! =D

 
 
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