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au 31 Mai 21 :
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contenant 15226 chapitres
qui ont générés 24443 reviews
 
     

     
 
Rester sourd à ses avances
Par Chevy
Originales  -  Romance  -  fr
One Shot - Rating : T (13ans et plus) Télécharger en PDF Exporter la fiction
    Chapitre 1     5 Reviews    
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Bonjour à tous!  Me revoilà après une longue absence, avec une fanfiction de mon cru qui j'espère, vous plaira!  Je dédie cette fanfic à mon amie Jyô, ou Gevoel, qui me tyrannise depuis six mois pour que je la termine (eh oui, c'est long...).  D'ailleurs, pour ce faire, elle m'a gentiment prêté Axel et Mojo, mais John est bien à moi!

 

Petit avertissement tout de même: dans cette fanfiction, il est question de monsieurs qui aiment les monsieurs, donc si ça vous dérange ou si ça vous choque, merci de cliquer sur la petite croix en haut à droite, je ne vous oblige pas à lire!

 

Sur ce, bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser votre avis! =)

 

xXxXxXxXxXxXxXxXx

 

6h58.  J’ouvre les yeux.  Pas un bruit… Comme tous les jours depuis bientôt dix ans.  Il fait encore noir dehors.  Fait chier, j’ai pas envie de me lever ce matin.  J’ai horreur de l’hiver.  Faut quand même que j’aille bosser…  Oh et puis non, pas envie.  Envie de rester au lit tranquillement aujourd’hui…  Refermer les yeux.  Aah, qu’est-ce que ce serait bien de dormir encore un peu…  Hein ?  Qu’est-ce qui se passe ? Le lit tremble !  Le réveil a dû sonner…  Ah !  Non, Mojo, arrête ça !

- Couché Mojo !  C’est bon, je vais me lever…

Allez, un pied hors du lit, puis l’autre.  Arrêter le réveil.  Repousser l’espèce de boule de poils qui me sert de chien pour qu’il arrête de me lécher le visage.  Se lever…  Ah, ça, c’est toujours le moment le plus dur de la journée.  Et le meilleur, c’est quand je me couche le soir.  Ou quand je bosse…  Dessiner des plans, transformer des maisons banales en œuvres d’art, ça, c’est bien.  Sauf quand les propriétaires des maisons en question – les clients, quoi – sont radins et me font faire quelque chose de laid pour payer moins cher.  J’ai horreur de ces gens-là !  Heureusement qu’ils ne sont pas tous comme ça.  D’ailleurs, c’est vrai, nouveau client ce matin…  J’espère qu’il ne sera pas comme tous les autres.  Faut que je sois présentable…  Mais d’abord le café.  

 

7h30. Aah, un bon petit café et on se sent tout de suite mieux !  Maintenant, la tenue…  Quelque chose de pas trop mal pour une première rencontre avec le client.  Mh…  Chemise blanche, costard anthracite, cravate bleu clair, ça devrait aller.  Un petit coup de peigne dans les cheveux, sinon il y aura encore un petit malin qui osera me dire que je ressemble à Harry Potter – d’accord, j’ai la couleur des yeux, j’ai la couleur des cheveux, mais quand même !  J’ai ni cicatrice pourrie sur le front, ni petites lunettes rondes sur le nez !  Non mais.  Harry Potter, ils racontent vraiment n’importe quoi…  D’ailleurs, je pense que j’ai dû leur faire peur quand ils me l’ont fait remarquer…  Il paraît que je fais peur quand je m’énerve.  Plus aucune remarque après ça.  Bah, tant mieux, de toute façon, je me fiche de ce qu’ils pensent.  Un dernier coup de peigne… Un peu de parfum…  La montre au poignet…  Quoi, déjà 7h55 ? Ouh là, il est plus que temps de partir !

- Mojo, viens ici !

Le collier, la laisse, et direction le boulot !

 

11h03.  Je sens que je ne vais pas l’aimer, ce p’tit con.  Client ou pas, quand on dit qu’on a rendez-vous à 11h pour discuter du projet, c’est 11h, pas avant, pas après, nom de Dieu !  C’est quand même dingue !  Les hommes d’affaires, tous les mêmes, ils pensent qu’il n’y a qu’eux au monde, qu’eux qui sont occupés, qui ont du boulot !  Eh ben les autres aussi !  Donc la moindre des choses, le minimum requis, c’est d’être à l’heure à ses rendez-vous quand même !  En plus, on est le 5 janvier, un mardi, donc ni un lendemain de fête, ni un lendemain de jour férié, ni rien !  C’est inadmissible.  Totalement inadmissible ! 

 

11h08...  Mojo me gratte la jambe, il frappe à la porte.  Enfin ! Huit minutes de retard, non mais il se croit où, ce…  Mince, c’est quoi son nom déjà ?  Taylor je crois, oui, c’est ça, Taylor.

- Entrez !

…  Wow.  Eh beh.  On ne rencontre pas pas un homme d’affaires comme ça tous les jours…  Plutôt grand, en costard noir impeccable avec chemise blanche, cheveux noirs assez courts, yeux noisette…  Il est classe.  Jeune aussi, trente ans peut-être, sans doute moins…  Tout à fait mon genre de mec.  Plutôt large d’épaules mais sans faire armoire à glace, bronzé – pas étonnant ça, les hommes d’affaires c’est toujours plein de pognon, si ça se trouve il part au soleil été comme hiver pour faire bronzette – une mallette noire à la main, d’ailleurs il n’a pas de bagues – pas marié ni fiancé alors ? – les ongles bien coupés…  Les boutons de sa chemise semblent être en nacre, son costard est de belle qualité apparemment – plein de pognon, je le savais ! – des chaussures assorties, italiennes sans doute, il peut se le permettre…  Pas de cravate, un sourire en coin qui doit faire tomber toutes les filles, le nez plutôt fin, un sourcil levé en signe d’amusement…  Eh merde, ça doit bien faire cinq secondes que je suis en train de le détailler comme ça… Non mais je vais passer pour quoi ?  Je me lève pour le saluer, c’est déjà ça…

- Axel Lightner…

Je lui tends la main.  Faire comme si tout était parfaitement normal, comme si je n’avais pas passé cinq bonnes secondes à l’examiner…  Il la serre.  Ses mains sont plutôt grandes, et puissantes… Pas le genre à se laisser dominer, il doit être un sacré bon coup.  Il est sans doute toujours au-dessus…  Ah, il répond !  Bien regarder ses lèvres surtout pour comprendre ce qu’il dit.  J’ai aucune envie qu’il découvre que je suis sourd…

« John Taylor, enchanté !  Veuillez m’excuser pour le retard, j’ai eu un peu de mal à trouver votre bureau… »

… L’excuse bidon par excellence. Il est en retard, point barre.  Même s’il est séduisant, même si ses lèvres rosées sont un appel à la luxure, même si son sourire semble capable de faire fondre un glaçon…  Ce mec n’a aucun sens de la ponctualité, donc aucun respect pour le travail d’autrui !  Me lier de quelque manière que ce soit avec un type pareil ?  Pas possible.  Mais bon, il faut être courtois, après tout c’est un nouveau client, donc un petit hochement de tête pour faire style « ne vous en faites pas, ce n’est rien » et tout le blabla...  Ensuite, les banalités d’usage.

- Enchanté.  Je vous en prie, prenez un siège… Comment allez-vous ?

« Très bien, merci, et vous ? »

- Bien.  Si nous entrions directement dans le vif du sujet ?  Vous avez besoin de mes services pour…

« Refaire entièrement l’intérieur d’un bâtiment. »

Rah, qu’est-ce que c’est désagréable, quelqu’un qui vous interrompt en plein milieu d’une phrase !  Je le savais en plus !

«  Le gros-œuvre est encore en parfait état malgré l’âge du bâtiment d’après les experts, mais l’intérieur est tout bonnement affreux…  Je vous ai apporté les plans et des photos… »

Bon… au moins il est sérieux dans sa demande.  Il a apporté des photocopies des plans – et ils ont été plutôt bien faits, enfin un autre architecte qui prend son boulot au sérieux – et des photos aussi… Eurk, c’est vrai que l’intérieur est vraiment horrible.  Mais je regarderai ça plus tard…  Si je regarde les photos et qu’il me parle en même temps, il va croire que je l’ignore, et ça, c’est mauvais…

« […] pensez que de gros travaux sont possibles, compte tenu la structure du bâtiment ?  Aménager un puits de lumière au centre, par exemple ? »

Heureusement que je faisais attention !  Au moins, j’ai loupé seulement le début de sa phrase… enfin, j’espère.

- Il faudrait que je me penche plus en détail sur les plans pour vous dire cela. Fixons un autre rendez-vous la semaine prochaine ?  D’ici-là, envoyez-moi vos souhaits par mail, et je verrai s’ils sont réalisables…

« Pas de problème ! »

Il sort son téléphone… pour regarder son agenda, sans doute.  C’est certainement sa secrétaire qui lui prend tous ses rendez-vous à celui-là.  Moi, mon agenda, il est dans ma tête !

« Disons… Vendredi, même heure ? »

Dieu, qu’est-ce qu’il est canon quand il sourit comme ça…  Mais ‘faut que j’arrête de penser à ça, moi, c’est vraiment, vraiment pas le moment !

- Parfait !  A vendredi alors.

Je me lève, il se lève, on se serre la pince, les banalités d’usage (bis), et il s’en va.  Bouclé en un quart d’heure.  Si ça ce n’est pas de l’efficacité…  En plus la rencontre était intéressante…  Si celui-là n’est pas gay, je suis prêt à venir au boulot habillé comme Paris Hilton !  Et Dieu seul sait à quel point cette nana m’insupporte.  Enfin, là n’est pas le sujet.  On n’a même pas parlé budget, si ça se trouve il est prêt à y mettre les moyens, c’est plutôt pas mal…  Avec un peu de chance, c’est enfin un projet à la hauteur de mon talent !  Voyons voir… qu’est-ce qu’on peut faire avec ces plans…

 

14h50. Ah, un mail !  De Taylor !  Il n’a pas tardé à m’envoyer ce qu’il voulait, c’est sérieux, c’est parfait !  Enfin quelqu’un de consciencieux ! Même s’il est arrivé en retard ce matin, mais ça peut arriver à tout le monde…  Bon… Que dit-il dans son mail.. ?

 

«  Envoyé le 05/01/2010 à 14h48 par John Taylor.

Objet : Idées pour le chantier.

Bonjour M. Lightner,

Veuillez trouver ci-dessous une liste de mes idées pour la rénovation du bâtiment.  Merci de me dire si elles sont réalisables ou non.

[…]

Cordialement,

John Taylor.

PS : Peut-être voudrez-vous voir le bâtiment de vos propres yeux ?  Pourquoi n’irions-nous pas ensemble après notre rendez-vous de vendredi ? »

 

Mh… il a des idées intéressantes…  Bon, il faudra que je voie ça.  Et pour vendredi… Eh bien, c’est une bonne idée.  C’est vrai que c’est difficile de travailler sur plans uniquement.  Allez, hop, « répondre ».

 

« Envoyé le 05/01/2010 à 14h56 par Axel Lightner.

Objet : Re : Idées pour le chantier.

Bonjour M. Taylor,

Vos idées sont intéressantes et me semblent pour la plupart réalisables, je vais travailler sur cette base.  Visiter l’immeuble est une excellente suggestion également.

Bien à vous,

Axel Lightner. »

 

Voilà, ça, c’est fait…  Il faut que je me mette à bosser sérieusement sur son projet maintenant, vu la foultitude d’idées qu’il a…    Il va falloir tenter de tout intégrer…  Au boulot !

 

xXxXxXxXxXxXxXxXx

 

11h02…  Ca ne lui arrivera donc jamais d’être à l’heure, à celui-là ?  Dire qu’il m’a fait bosser jusqu’à pas d’heure hier soir pour boucler son projet, c’était affreusement long et compliqué – intéressant, c’est vrai, mais long et compliqué quand même – et môssieur ne se pointe même pas à l’heure pour son rendez-vous du vendredi ?  Non mais !  C’est quand même dingue !  J’y ai presque passé la nuit…  au moins, le travail est bien fait maintenant.  C’est nickel, fini, bouclé, mais j’ai dormi 4h...  Donc, je ne suis vraiment, vraiment pas d’humeur à attendre.

Mojo me gratte la jambe, il doit frapper à la porte…  Au moins, il a moins de retard que la dernière fois, c’est déjà ça.

- Entrez !

La porte s’ouvre… Il entre.  Il a le même costard que la dernière fois, mais cette fois-ci, il a une chemise bleu clair et une cravate.  Il avait peut-être une autre réunion importante ce matin ?  Enfin, peu importe.  Je me lève pour lui serrer la main.

« Bonjour monsieur Lightner ! »

- Bonjour monsieur Taylor, comment allez-vous ?

« Très bien, et vous ? »

- Très bien…

Je m’assieds, il s’assied.  Je sors plans, croquis et tout le tintouin, et tourne mon écran d’ordinateur pour qu’il puisse voir également ce que je lui montre…

« […] travailler suffisamment le projet ? »

Zut, qu’est-ce qu’il a dit ?  Ca m’apprendra à ne pas faire attention !

- J’ai plutôt bien avancé, oui…  Je vais vous montrer ce que j’ai fait…

Et hop, je lui montre plans, esquisses, simulations sur l’ordinateur… tout en gardant un œil sur lui au cas où il me parlerait.  Il a l’air plutôt satisfait de mon travail… Tant mieux.

«  Vous avez fait un devis pour tous ces travaux ?  Je suppose que vous connaissez des corps de métier compétents qui pourront s’en charger… »

- Bien sûr…  Voici.

Je lui donne le papier avec le devis…  Et je vois ses yeux s’arrondir légèrement au vu du montant requis pour les travaux.  Eh oui, quand on veut de la qualité, il faut y mettre le prix !  Un homme d’affaires devrait savoir ça, non ?

« Mh, c’est cher… »

- Nous employons les meilleurs ouvriers de la région et garantissons que le travail sera effectué sans retard…

« Ca reste fort onéreux pour les travaux à effectuer… »

- …

Bon, il veut qu’on discute le prix…  Tss… Tous les mêmes, ces hommes d’affaires…

 

12h30. Négociation terminée !  Pfiuh !  C’est un requin ce mec, c’est dingue…  Je comprends mieux pourquoi ses affaires marchent bien ! Enfin, il n’a pas trop rogné sur la qualité, c’est déjà ça… Le bâtiment aura quand même de l’allure, de l’extérieur comme de l’intérieur.  En plus, ça a mis super longtemps…  Il a voulu examiner chaque petit détail, chaque point qui pouvait lui faire gagner un centime.  Il est taré…

« Alors, ça vous tente de venir voir le bâtiment avec moi, comme je vous l’ai proposé dans mon mail ? »

Le bâtiment !  Bien sûr, j’avais failli oublier !

- Evidemment…

« Allons-y alors ! »

Je me lève, il se lève, j’attrape la laisse de Mojo…

« C’est votre chien ?  Je ne l’avais pas remarqué…  Vous le prenez avec vous ? »

- Bien sûr, je ne vais pas le laisser ici…

S’il ne veut pas que je prenne Mojo, pas la peine de vouloir me faire venir avec lui ! Non mais !  C’est avec Mojo, ou rien !

« D’accord… C’est un beau chien ! »

J’ai déjà dit qu’il est vraiment canon quand il sourit ?  Je pense que oui…  Mais c’est la stricte vérité, il est vraiment canon.  Il est… complètement gaga des animaux, aussi.  Imaginez quelqu’un en costard, tiré à quatre épingles, accroupi devant un chien en train de le grattouiller derrière les oreilles…  Etrange.  Il a dû remarquer que j’ai fait une tête bizarre, parce qu’il me regarde d’un air plutôt amusé.

« J’adore les animaux !  Il s’appelle comment ? »

- Mojo…

Et voilà qu’il se remet à parler à Mojo…  Il est complètement débile.  On dirait moi, sauf que moi je ne le fais pas en public, ça, les gens me trouvent déjà assez bizarre comme ça…  A le voir, je ne peux pas m’empêcher de sourire légèrement.  Il a dû le voir, puisqu’il me regarde d’un air étonné – il faut dire que d’habitude, je ne suis pas vraiment du genre souriant, et encore, c’est un euphémisme – puis me sourit à son tour…

- On devrait y aller, non ?

Bon, c’est vrai, j’ai demandé ça plus pour me donner une contenance qu’autre chose.  J’ai horreur que les gens me dévisagent, c’est vrai.  Mais… ça semble marcher, puisqu’il se relève.

« Oui, allons-y. »

Il remet bien en place sa veste de costume, puis nous sortons du bureau, et ensuite de l’immeuble…

« C’est un peu loin, ma voiture est au parking… Je vous emmène ? »

- D’accord.

Rah, son sourire…  Irrésistible. Je le suis jusqu'au parking…  Wow.  C’est moi ou il vient de s’arrêter devant une Maserati, le genre de bagnole qui coûte un demi-million de dollars ?  Eh beh, il se refuse rien, lui…  Argentée, vitres teintées, basse…  C’est sûr que ça doit être agréable de conduire une voiture comme ça.  Enfin, j’en sais rien, si ça se trouve c’est chiant de conduire, je n’ai jamais tenté…  Interdiction médicale, comme je n’entends rien, c’est trop dangereux.  Il me fait signe de monter dans la voiture, je m’installe côté passager – c’est super luxueux à l’intérieur en plus, sièges en cuir noir, très confortables, finitions en carbone, bref, la grande classe…  Par contre la voiture est une deux places, donc je prends Mojo sur mes genoux, il faut bien…  Lui, il s’installe derrière le volant et met le contact.  La voiture vibre, elle doit avoir un moteur super puissant, le genre à faire facilement du 250 à l’heure sur autoroute…  J’imagine que le moteur doit faire un de ces boucans…

Je jette un œil à Taylor… Qui me regarde en souriant, légèrement interrogateur.  Merde, j’ai loupé quelque chose ?

- Pardon, vous disiez.. ?

« C’est une belle bête, non ? »

- Mh, impressionnant, oui…

Il démarre et sort du parking.  Il tripote un peu l’un des boutons du tableau de bord…  Il met la radio ?  Tant mieux, il va se taire alors…  Pas que je n’aime pas lui parler, mais dans la voiture, comme ça, quand il est de profil, c’est terriblement difficile de lire sur ses lèvres…  M’enfin, il faut quand même que je le regarde, pour être sûr de ne rien louper…  C’est quoi ce sourire en coin ?  Et ces coups d’œil qu’il me jette à chaque feu rouge ?  Qu’est-ce qui lui prend tout d’un coup ? Si ça se trouve, il a découvert que j’étais sourd.. ?  Impossible, j’ai fait attention pourtant !  Ah, il entre dans un parking…  Il s’arrête et coupe la radio – je suppose –, on doit être arrivés.

- On y est ?

« Oui.  Venez, ce n’est pas très loin. »

Et ce sourire en coin qui ne le quitte pas !  Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?!  Je pose Mojo à terre et sors de la voiture, il sort aussi.  Et rebelote, je le suis jusqu’au bâtiment…  Effectivement, c’est comme sur les plans qu’il m’a montrés, architecture extérieure plutôt classique mais qui prendra un coup de jeune avec les travaux qui vont être faits…

- On peut entrer ?

« Bien sûr ! »

Et c’est parti pour la visite du bâtiment…  Douze étages, on les visite tous, on les parcourt en long, en large et en travers, je pose plein de questions à Taylor…  Il ne sait pas répondre à la plupart, d’ailleurs, il faut que je me freine, il est businessman, pas architecte, c’est normal qu’il ne sache pas tout dans les moindres détails.  Finalement, on arrive au dernier étage.  Heureusement qu’il m’a fait visiter d’ailleurs, ça me sera bien utile pour affiner les plans et donner toutes les directives aux ouvriers du chantier !

- Merci pour la visite…

« De rien ! C’était avec plaisir… »

Et il a toujours le même sourire en coin !  Mais qu’est-ce qui lui arrive à la fin ?

« Je vous invite à déjeuner quelque part ? »

… Le dilemme…  D’une part, certes, sa compagnie est agréable, mais d’autre part… Tenir une conversation en mangeant, c’est affreux, tout bonnement affreux…  En plus c’est un client, donc il faut bien être poli, ça risque de le vexer si je refuse…  Et en plus il me plaît, inutile de le nier… Mais…  Plus on passe de temps ensemble et plus il risque de découvrir ma surdité, et ça, c’est hors de question !

- Professionnellement parlant, ou.. ?

 Rah !! Il faut vraiment que j’apprenne à réfléchir avant de parler !!  Qu’est-ce qu’il va s’imaginer maintenant ?  Que je suis intéressé par lui ? Bon, s’il est gay, c’est pas trop grave, mais… si ça se trouve lui ne l’est pas, et c’est quand même un client !  Merde !  Ca m’apprendra à dire n’importe quoi pour meubler le silence !

« Plutôt « ou », si ça vous convient ? »

Et l’autre qui me répond avec son grand sourire !  C’est moi ou il est passé en mode « séduction » pour le coup.. ?  Je ne suis pas une midinette n’attendant que d’être séduite, à ce que je sache !  C’est moi qui mène la danse d’habitude !

- Pas ce midi, désolé, j’ai déjà quelque chose de prévu…

Mensonge éhonté ?  Oui, et alors ?  Mais c’est qu’il a l’air déçu en plus, l’autre ! Si ça continue comme ça il va finir par me faire craquer…  Et Dieu seul sait comme c’et difficile! D’habitude, un tour dans un bar, j’emballe quelqu’un pour la soirée en quelques minutes, je tire mon coup, et fin de l’histoire !  Mais lui…  Il me pique mon rôle, là ! 

« Ah… un autre jour peut-être ?  A moins que vous n’ayez plus de temps libre en soirée ? »

… Je ne deviens quand même pas fou, là, il me fait carrément des avances !

« Mardi prochain, ça vous irait ?  Qu’est-ce qui vous convient le mieux, midi ou soir ? »

- Mardi soir, je suis libre…

Mais pourquoi est-ce que je lui ai dit ça moi ?  C’est pas vrai, après, il va s’imaginer des trucs !  Mais il a l’air tellement réjoui que j’aie accepté, c’est presque mignon…

« Parfait !  Disons rendez-vous à 18h30 devant votre bureau ?  Je passe vous prendre ? »

… Il s’est rendu compte du double-sens douteux qu’il vient de faire ?  Sans doute que non, vu son air…  quoique, avec lui, c’est difficile de savoir.  Enfin soit.

- Va pour 18h30, je vous remercie pour l’invitation.

Et voilà qu’il prend un air un peu embêté… Mais qu’est-ce qu’il y a encore ?

« On pourrait peut-être se tutoyer, non ? »

Eh… C’est vrai, je n’y pensais même plus…

« Ou au moins s’appeler par nos prénoms respectifs.. ? »

… Vu le temps que j’ai mis pour répondre, il a dû penser que l’idée du tutoiement ne m’emballait pas…  En fait, ça ne me dérange pas tant que ça, c’est un client certes, mais bon…  Je ne suis pas connu pour être particulièrement scrupuleux sur le protocole en ce qui concerne les relations client au boulot.

- Non, pas de problème, on peut se tutoyer… John.

Ca fait bizarre de dire son prénom !  Ca rajoute une… proximité, entre nous…  Vu le regard en coin qu’il me lance – le même que tout à l’heure, encore ! – je suis certain qu’il l’a senti lui aussi, ce rapprochement.  Et ça a l’air de lui plaire puisqu’il me sourit à nouveau – c’est moi, ou il est un peu gnan-gnan dans le fond, celui-là ?

« Parfait ! Si tu ne veux plus rien voir ici, je te ramène à ton bureau ?  Ou tu préfères que je te dépose ailleurs ?  Moi ça m’est égal ! »

Mon Dieu, ne me dites pas que maintenant qu’on se tutoie, il va devenir un moulin à paroles…  J’ai horreur des moulins à paroles…  C’est chiant, c’est difficile à comprendre et en plus, en général, ça ne raconte rien d’intéressant.

- Au bureau c’est bien, merci.

J’ai dû y aller un peu froidement, vu qu’il semble se renfrogner un peu…  Désolé, mais il n’avait qu’à pas se montrer aussi enthousiaste.  C’est de sa faute.

« Okay, allons-y alors. »

Il est plus calme en effet, comme quoi, mon « ton glacial » - qui n’était même pas glacial, pour le coup – et mon « regard noir » - qui n’était même pas si noir que ça – ont encore de l’effet…  Tant mieux, au moins, on se bat à armes égales !  Et même si son sourire est assez redoutable…  Je ne me laisserai pas faire ! Je gagnerai !

Je le suis jusqu’à l’ascenseur, puis jusqu’à la voiture de nouveau…  Et là, catastrophe… il ne remet pas la radio et commence à me parler.

« […] longtemps […] cette boîte ? Parce que […] y a longtemps […] meilleur… »

Non content de se mettre de profil, il regarde carrément à gauche au carrefour avant de s’engager, ce con !  Et comment je fais pour le comprendre moi, hein ? 

- Excuse-moi, tu disais.. ?

Parce que feindre l’inattention une fois, ça passe, mais si je dois le refaire à chaque phrase, ça ne va plus passer du tout, plus du tout !

«  Je te demandais si ça faisait longtemps que tu travaillais pour ta boîte, parce que des amis y ont déjà fait appel par le passé et ne m’ont pas parlé de toi, alors que cette fois-ci on m’a directement recommandé ton nom… »

Au moins, pour reprendre, il s’est tourné vers moi, c’est déjà ça !  Là, c’est plus clair…

- Ca fait seulement quatre ans que j’y travaille… 

 «  Ah, tu travaillais ailleurs avant, ou tu y es allé directement après la fin de tes études ?  Parce que tu n’es pas beaucoup plus vieux que moi, je me trompe ? »

Pas beaucoup plus vieux que lui.. ?  Il est plus jeune que moi.. ?  C’est fou, on dirait que c’est l’inverse !

- Tu as quel âge ?

Je n’ai pas pu m’empêcher de le demander, c’était plus fort que moi. Curiosité, quand tu nous tiens…

«  27 ans, et toi ? »

Ah ouais, quand même, il est jeune…  Je lui aurais donné la trentaine, une petite trentaine certes, mais la trentaine quand même…  Il a dû voir que sa réponse m’a surpris… 

«  Mais le costard, tout ça, ça fait plus vieux que je ne le suis...  C’est bon pour la crédibilité en réunion, sinon, généralement, les gens ne m’écoutent qu’à moitié… »

En effet, ça paraît logique.  Souvent, on n’écoute pas les jeunes – c’est bien pour ça que j’ai choisi un métier comme architecte où là, au moins, personne ne me dit ce que je dois faire.

- Mh, je vois…  Moi, j’ai 29 ans.  Et je n’ai pas travaillé ailleurs avant, non…

Il hoche la tête et sourit – j’ai rarement vu un mec aussi souriant, d’ailleurs, surtout dans le monde des affaires… C’est dingue.

« D’accord ! Je me disais bien que tu devais avoir quelque chose dans ce goût-là ! »

- Mh…

Il a dû comprendre que je n’étais pas du genre bavard en voiture, puisqu’il se calme un peu sur la parlotte…

« Ca te dérange si je remets la radio ? »

- Non, pas de problème.

Il me sourit puis tourne le bouton, le même qu’à l’aller.  Le trajet sera plus reposant comme ça, malgré le poids de Mojo sur mes genoux – il faudra que je lui fasse faire régime un de ces jours, à celui-là, il profite un peu trop.  Après encore quelques minutes de trajet silencieux – du moins, il n’a pas parlé, le reste, j’en sais rien – il s’arrête. 

« Voilà, on est arrivés », me dit-il en souriant. 

Bon, poser Mojo à terre, détacher la ceinture, sortir de la voiture…

- Merci de m’avoir ramené.

Faut que je me penche pour pouvoir regarder ses lèvres, impossible de lire sinon…

« De rien ! A mardi prochain alors ! »

- A mardi…

Mon Dieu, dans quoi est-ce que je me suis encore embarqué ?  Ce mec a un pouvoir d’intrusion dans la vie des autres comme c’est pas permis.  En même temps, ça fait très longtemps que personne ne m’a invité au resto…  Enfin bon.  Je claque la portière, il redémarre et s’en va, non sans m’adresser un signe de main.  J’ai plus qu’à aller m’acheter un sandwich et à le manger au bureau…  J’suis con, j’aurais dû accepter son invitation à déjeuner…

 

xXxXxXxXxXxXxXxXx

 

18h26.  Bon, j’espère que ce soir il ne sera pas en retard.  Déjà que j’ai dû me farcir les commentaires des collègues toute la journée parce que j’étais « particulièrement bien habillé » - une chemise bordeaux, un veston et un pantalon noirs, rien de bien exceptionnel, peut-être les boutons de manchette qui frappent parce que d’habitude je n’en mets pas, peut-être un peu mieux coiffé qu’à l’ordinaire, certes, mais pas de quoi en faire tout un plat ! C’est pas comme si j’avais un rencard !

… En fait, si, c’est exactement ça, mais rien ne dit que c’est un rencard, c’est simplement une invitation au resto.  D’accord, celui qui m’a invité est vraiment canon, et si je pouvais me le faire ça ne serait pas de refus, mais bon.  A priori, ce n’est pas un rencard, point.

Ah ! Mon portable vibre ! A 18h28 ! Miracle, serait-il déjà là ?  D’habitude, tout le monde sait que m’appeler ne sert à rien…  Bah, il va tomber sur mon répondeur et va m’envoyer un message je suppose.  Il est plutôt pas mal mon répondeur : « Bonjour, vous êtes bien chez Axel Lightner, je ne réponds jamais aux appels donc merci de m’envoyer un SMS ou un e-mail. »  Je l’aime bien.  Ah, comme prévu, un nouveau message. 

 

« De : John Taylor

Envoyé le 12/01/2010 à 18h29

Bonsoir Axel ! Je t’attends en voiture en bas de l’immeuble.  Je suppose que tu emmènes Mojo avec toi ?  John. »

 

Hop, réponse :

 

« De : Axel Lightner

Envoyé le 12/01/2010 à 18h30

Oui, j’emmène Mojo.  J’arrive. »

 

Aucun intérêt de signer « Axel » vu qu’il sait pertinemment que c’est moi.  Allez, plus qu’à emmener Mojo et c’est parti…  Impossible de la louper, sa Maserati argentée garée juste devant l’entrée du bâtiment attire les regards de tout le monde.  J’ouvre la portière.

« Bonsoir ! »

Oh God, il est encore plus canon que l’autre fois ! Chemise verte dans un costard noir lui aussi, pas de cravate, un bouton de la chemise ouvert…  Si ce n’était pas un client, je me le ferais bien là, maintenant, tout de suite.  Il est à tomber.

- … Bonsoir…

Oulà, je devais vraiment le regarder avec une tête d’ahuri profond, à voir son petit sourire.  Il est content de son effet, hein ?  Quel prétentieux !  Il en faut plus pour m’impressionner, non mais qu’est-ce qu’il va s’imaginer ? 

« Tu vas bien ? »

- Oui, ça va !  Mojo est lourd, mais bon…

Quelle p*tain de voiture qui n’a que deux places et pas la place pour poser Mojo où que ce soit ailleurs que sur mes genoux !  Bon, elle a la classe la voiture, il faut avouer, mais… Quand même !  Dans la série « pas pratique », j’ai rarement vu mieux !

« Mh, désolé, j’avais oublié je t’avoue.  J’aurais peut-être dû prendre la Mercedes, il y aurait eu plus de place… »

… Parce qu’en plus il a une Mercedes !  Mais c’est pas possible, il a dû s’appeler Crésus dans une vie antérieure ce type !  Plein aux as…  D’ailleurs ça se voit : son costume est certainement fait sur mesure…   J’ai pas l’habitude de fréquenter des gens aussi bourrés de thunes…  Mh, il a dû se rendre compte de ce à quoi je pensais, parce qu’il est bien silencieux, d’un coup.  Faudrait quand même que je veille à ne pas plomber l’ambiance dès les cinq premières minutes…

- Où est-ce que tu m’emmènes ?

Diversion efficace s’il en est, à voir son sourire retrouvé.  Pff, c’est presque trop facile… 

« Un restaurant appelé « Le chapeau noir », tu connais ? »

Le chapeau noir…  Mh, ça ne me dit rien…  En même temps, il faut avouer que je suis loin de connaître tous les restaurants de la ville, je suis plutôt du genre casanier.  Bah oui, aller au restaurant tout seul c’est loin d’être l’idéal, avec la famille ça n’arrive jamais, avec des clients je préfère éviter autant que possible, avec des amis… quels amis ?  Enfin, c’est l’idée.

- Je ne connais pas…

« Tu verras, c’est plutôt sympa ! »

Plutôt sympa… Je me demande ce qu’il entend par là…  Tiens, on s’arrête, on doit être arrivés…  Il coupe le moteur, détache sa ceinture, sort de la voiture… Stress, il me tourne le dos, si ça se trouve il me parle et je ne réagis pas !

- Tu disais.. ?

« Rien, je n’ai rien dit… »

Il me regarde avec une tête bizarre maintenant…  Je claque la portière, il verrouille la voiture.

- Désolé, je pensais t’avoir entendu…

Dans la famille « mytho », je demande le fils, Axel.  Mais bon, c’est un petit mensonge au service de nos bonnes relations, on va dire.  S’il apprenait que j’étais sourd, sûr qu’il ne se comporterait pas de la même manière…  Il acquiesce de la tête pour me faire signe que c’est bon.  Et donc, direction le restaurant, je suppose.

« C’est à deux minutes…  Comme c’est impossible de se garer devant, je me gare ici d’habitude ! »

Toujours son sourire…

- Mh…  Tu y vas souvent ?

« Pas tant que ça, mais je suis déjà venu quelques fois, oui, et comme c’est très bon…  J’y retourne ! »

On doit être arrivés devant l’entrée du restaurant…  C’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais.  A le voir, j’aurais dit qu’on irait dans un restaurant chic, ou quelque chose du genre, mais ça a pas l’air d’être le cas…  Personne en costard ou en robe de soirée en vue, quelques familles…  A l’intérieur, nappes blanches sur les tables, chaises en bois, tables relativement espacées les unes des autres, ça a l’air plutôt animé…  Je vois ce qu’il voulait dire par « sympa »…  En plus, il y a du parquet au sol, ce sera plus confortable pour Mojo que les carrelages froids qu’on voit dans certains restaurants.

« Ca te convient ? »

- Oui…

J’espère que c’est bon…  On s’installe à une table dans un coin, belle vue sur le resto et pas beaucoup de passage à côté de nous, c’est plutôt pas mal.  Le serveur nous apporte la carte – tant mieux, s’il y a bien une chose dont j’ai horreur au restaurant, c’est d’attendre des heures pour avoir le menu.

« Leurs viandes grillées sont vraiment très bonnes, si tu veux un conseil ! »

- D’accord…

Et hop, lire la carte, commander…  Jeter de temps en temps un œil à l’autre pour m’assurer qu’il ne me parle pas pendant que je lis le menu, mais ça va.  Il semble moins bavard ce soir.  Allez, je vais suivre ses conseils, du saumon fumé en entrée, du bœuf grillé en plat, ça devrait être bon…  Je suppose que ce sera bon, vu qu’il commande exactement la même chose.  Il prend une bouteille de vin aussi…  Et pas du mauvais !  Enfin, ça colle bien au personnage, je trouve.  A vrai dire, je l’aurais mal imaginé boire de la piquette… 

Après avoir tout noté, le serveur s’en va… Parfait, je peux me concentrer à nouveau sur John…  Il a vu que je le regardais, et il sourit, mais d’une manière…  Je sens que je vais passer une bonne soirée, et ça, il faut l’avouer, c’est plutôt rare…

 

23h09 !  Déjà !  J’ai pas vu le temps passer !  La soirée était super, le vin aussi, et j’ai jamais trouvé quelqu’un comme ça, suffisamment bien éduqué pour relever la tête vers moi à chaque fois qu’il parlait ! Moi qui appréhendais le restaurant pour ça, c’était facile comme tout, en fait !  En plus, il avait raison, la viande était délicieuse, le vin aussi…  Bref, un bon repas !  Et en plus c’est offert, c’est génial !  Aah, c’était une bonne soirée…  L’autre avait l’air étonné à un moment, c’était de me voir sourire ?  Faut pas exagérer non plus, je ne suis pas tout le temps de mauvaise humeur ! Et puis, après un aussi bon resto, en compagnie agréable qui plus est, comment ne pas être heureux?

« On y va.. ? »

Je serais  bien resté là encore un peu moi ! M’enfin, avec son charmant sourire…  Je ne peux qu’acquiescer de la tête.  Il se lève, je l’imite…  Oulà, ça tourne un peu…  C’est vrai que les deux bouteilles de vin sont vides…  Mais pas de problème, ça ira !  Je relève la tête…  Il me regarde…  Mince, il m’a encore parlé sans que je le remarque ?

- Ca va…

Il acquiesce, sans doute qu’il m’avait parlé, oui… 

« Sûr ? »

Mais oui, ça va ! Pas de quoi en faire tout un plat, de toute façon, je tiens l’alcool !  C’est prouvé !  N’empêche que la pièce tourne un peu…  Même si ça reste gérable.  Je ne suis pas saoul, non môssieur !  Allez, viens Mojo…  Mojo ?  Il est où ?  Je l’ai emmené pour tant, j’en suis sûr ! ...  Ouf, c’est l’autre qui l’a… Et il m’attend d’ailleurs, je ferais mieux de le rejoindre…  On sort du restaurant et on retourne tranquillement à sa voiture.

« Je t’offre un dernier verre ? »

- Où ça ?

« Chez moi »

- D’accord…

Aah, tout ce qu’on ne ferait pas pour un dernier verre, surtout demandé avec un tel sourire…

… Attendez une seconde…  Merde…  Vu son regard carnassier là à l’instant, je viens de sauter à pieds joints dans son piège…  Il s’installe au volant… ouvre un bouton supplémentaire de sa chemise avec un léger soupir d’aise, dévoilant un peu plus ses clavicules…  Laisse glisser ses doigts fins sur la ceinture de sécurité avant de la boucler…  Et me décoche un regard pétillant d’amusement en remarquant que…  J’étais en train de le fixer, de nouveau ?!  Non mais qu’est-ce qui m’arrive ce soir ?! D’habitude j’arrive à me tenir !  Des mecs canons comme lui j’en ai vu ! … Bon, pas beaucoup, il faut l’avouer, mais quand même !  Et je viens d’accepter d’aller prendre un verre chez lui… 

Eh merde.

 

23h34. Le trajet en voiture semble plutôt court, silencieux aussi…  Et l’ambiance est un peu bizarre, il me jette de temps à autre des regards en coin, un léger sourire aux lèvres, et je ne sais pas ce que ça veut dire et ça m’énerve !  Encore un regard en coin, on ralentit…  un autre, et il s’engage dans le parking d’un immeuble en plein centre, le genre dans lequel les apparts coûtent les yeux de la tête.  Pourquoi est-ce que ça ne m’étonne même pas ?

Il se gare… il coupe le moteur, puis se tourne vers moi, il me regarde dans les yeux, il va se pencher vers moi et m’embrasser et pourquoi est-ce que mon cœur bat si vite ?!

… Il est sorti de la voiture… Faudrait que je pense à faire de même, je dois avoir l’air con à le regarder comme ça, presque façon collégienne qui attendait son premier baiser…  Alors que de toute évidence, c’était pas dans ses intentions.  T’es lamentable, Axel ! Depuis quand t’es devenu aussi fleur bleue, hein ?  Il devait y avoir quelque chose dans le vin, c’est la seule explication… Bon, détacher la ceinture, mettre Mojo par terre, sortir de la voiture… C’est déjà un bon début.

« […] haut. »

Heiin ?  J’ai loupé un truc ?  Qu’est-ce qu’il a dit ?

- Pardon ?

« Je disais que l’ascenseur est par là, et qu’il valait mieux le prendre vu que mon appart’ est tout en haut… »

- D’accord…

Il faut que je fasse plus attention !  D’abord le coup du pseudo-baiser…  Ensuite, ne pas le regarder, erreur de débutant…  Mais qu’est-ce qui m’arrive ce soir ? Pas mal, l’ascenseur, couvert de miroirs… Pourquoi est-ce que l’autre est en train de me fixer comme ça, avec son sourire en coin qu’il ne quitte jamais ?  Mais cette fois, pas question de me laisser avoir, ça non !  Il veut jouer au plus malin avec moi, il va être servi !  Haha ! Gagné ! Il n’a tenu que quelques secondes avant de détourner le regard !  Par contre, son sourire s’est agrandi…  Oh, je sens qu’il prépare un mauvais coup…  Pourquoi est-ce qu’il se rapproche, tout d’un coup ?  Il est trop près… beaucoup trop près…  Oh, et puis merde !

Mmh…  Légère secousse…  Les portes s’ouvrent sans doute… il se recule, je le laisse faire…  C’est dingue, ses yeux semblent pétiller, il est un peu essoufflé et je ne dois pas être mieux…  C’est la première fois qu’un baiser me fait autant d’effet, je crois…  ou ça doit être parce que je suis bourré.  Oui, c’est sûrement ça…  Il sort ses clés de sa poche, peine un peu à trouver le trou de la serrure – lui aussi a bu quelques verres, c’est vrai – et ouvre la porte…

Ah ouais, quand même, son appart’ est super grand…  Et bien décoré, il faut l’avouer, son architecte était plutôt doué…  Même si j’aurais fait m…  Hey !  Aie ! Putain de mur !  Mmh…  mais c’est pour un bien…

 

5h58.  Oh my God, les cloches de toutes les églises de la ville se sont donné rendez-vous à l’intérieur de mon crâne…  Il fait sombre, et visiblement, je suis tout sauf chez moi…  d’autant plus que j’ai comme qui dirait un poids sur la poitrine…  John ?  Oh merde…  Je suis nu, dans un lit, avec John Taylor.  Et le bas de mes reins a une manière très efficace de me rappeler ce qui s’est passé durant la nuit…  Les souvenirs commencent à revenir, doucement.  Le baiser dans l’ascenseur…  L’entrée dans son appartement…  Lui me tirant par la main et me plaquant contre son mur pour m’embrasser de plus belle – et Dieu, qu’est-ce qu’il embrasse bien ! – puis le verre, comme promis…  D’autres baisers…  Sa chambre…  Mon Dieu, j’ai presque pas résisté en plus !  Et c’était bon, tellement bon…  Mais c’était une connerie, une énorme connerie.  Il faut que j’arrive à me barrer d’ici avant qu’il se réveille.  C’est mon client et en plus j’ai aucune envie d’avoir une relation qui dure, pas comme ça, il me rejettera dès qu’il saura pour ma surdité de toute façon.  Oui…  c’est mieux pour tout le monde.

Mais quand même, qu’est-ce qu’il est craquant quand il dort comme ça… sa tête posée sur ma clavicule, un bras enroulé autour de mon torse, une jambe entre les miennes…  Je le savais, qu’il était du genre possessif.  Le repousser doucement…  Lui glisser un oreiller entre les bras pour ne pas qu’il se rende compte de mon absence…  Il ne s’est pas réveillé, tant mieux.  Les vêtements… éparpillés dans la pièce, bien sûr.  Bien sûr.  Heureusement qu’il ne m’a rien arraché, vu comme il était pressé…  Heureusement aussi qu’il a laissé les tentures ouvertes, j’y vois assez avec la lune pour ne pas allumer la lumière.  Bien, je suis habillé… Mon portefeuille est bien dans ma poche…  Il ne me reste plus qu’à récupérer Mojo, et à m’en aller tranquillement, et tout ira bien.  Voilà.

…  Mais POURQUOI est-ce qu’il faut que ce soit à cet instant, cet instant précis, lorsque j’ai ma main sur la poignée de la porte, qu’il allume la lumière ?!  Tant pis.  J’ouvre la porte et sors de la chambre… 

Eh merde, il est plus vif que ce que je pensais au réveil…  A peine deux pas dans le couloir qu’il m’a déjà attrapé le poignet et… me force à me tourner vers lui ?  Depuis quand il a autant de force, lui ?  Non, ne pas rougir, ne pas penser aux divers événements des douze – non, six – dernières heures !

« Où est-ce que tu vas.. ? »

- Je rentre chez moi.

Oui, ma voix est sèche, et alors ?  Il ne faut pas… ça ne peut pas continuer.

« Pourquoi ? »

- Parce que je travaille tôt aujourd’hui. 

« Reste, tu peux te doucher ici, et on mangera le petit déj’ ensemble… »

- Non merci.

Il va falloir que je lui explique par A+B ou quoi ?  Il est bouché ce mec !  Je suis sûr qu’il le fait exprès, de rendre les choses plus difficiles !

- Ecoute, hier c’était bien, mais c’est tout, ok ?  Ca ne se reproduire pas.

« Pourquoi ? »

Mais il est chiant, ce type !

- Pas envie d’une relation sérieuse.  Laisse tomber.  Ca marcherait pas de toute façon.

« Pourquoi ?  Parce que tu es sourd ? »

Quoi ?

- Quoi ?

« Tu as très bien entendu…  Enfin, ‘vu’, devrais-je plutôt dire.  Est-ce que c’est parce que tu es sourd que tu ne veux pas t’engager ? »

- Quand… Comment ?  Comment tu l’as su ?

« Je m’en suis rendu compte lorsqu’on a été visiter le bâtiment, parfois tu ne répondais pas à mes questions.  Et puis j’ai fait des tests, et ça a confirmé ce que je pensais…  Tout comme la présence de Mojo d’ailleurs… »

Quel connard…  Quel putain d’enfoiré de profiteur !!

- Et alors, t’as aimé te foutre de ma gueule ??  L’expérience « Coucher avec un sourd » a été concluante ??  Je pensais que t’étais mieux que ça John !!

Il me le payera, lui !  Il va voir !  Déjà, bon point, il ne retient pas mon bras quand je le dégage, sinon il se serait pris un pain dans la gueule, il n’a même pas idée !!  Non mais !!

- Allez, viens Mojo, on s’en va !

La laisse, le manteau, la porte, et bon débarras !

 

11h07.  Aujourd’hui c’est ma journée paperasse, passionnant…  Enfin, c’est pas plus mal, je serais pas en état de faire autre chose de toute façon.  La gueule de bois, le manque de sommeil, les courbatures – il y a pas été de main morte en plus, l’autre enfoiré ! – avec tout ça, ma motivation comme mon efficacité sont proches du zéro absolu.  Trier par ordre alphabétique les anciens dossiers…  Eviter de foutre à la poubelle le dossier Taylor et tout ce qui s’y rapporte – après tout, il reste un client…  Mouais, ça devrait le faire.  Ah, un texto…

 

« De : John Taylor 

Envoyé le 13/01/2010 à 11h08.
Axel, je voudrais te parler.  18h au Barney’s Bar ?  C’est juste en face de ton boulot.  A tout à l’heure.  John. »

 

Non mais il rêve celui-là !  S’il croit que je vais lui répondre…  S’il croit que je vais venir !

 

18h.  C’est décidé, je n’y vais pas.  En plus, j’ai encore du boulot, moi.

 

« De : John Taylor 

Envoyé le 13/01/2010 à 18h01.
18h au Barney’s Bar, au cas où tu aurais oublié.  J’y suis déjà.  John. »

 

« De : John Taylor 

Envoyé le 13/01/2010 à 18h14.
Fais pas chier, viens…  John. »

 

Et puis quoi encore ?  Il peut toujours se brosser, s’il veut que je vienne…

 

« De : John Taylor 

Envoyé le 13/01/2010 à 18h35.
Axel, je sais que ton bureau est au 8ème étage, 3ème fenêtre, et je vois la lumière allumée.  Je sais que t’es là.  Alors viens.  John. »

 

Putain, mais c’est qu’il est tenace, lui !

 

« De : John Taylor 

Envoyé le 13/01/2010 à 19h43.
Axel, viens s’il te plaît… John. »

 

Ca fait une heure et quarante-trois minutes qu’il attend…  Il doit être vachement sérieux…  Et si j’y allais ?  Ca ne coûte rien, et si ça se trouve, je pourrai même lui mettre une bonne droite !  Et puis, au fond, peut-être qu’il a quelque chose d’intéressant à dire, vu comme il est insistant…  Je le vois mal attendre aussi longtemps rien que pour se foutre de ma gueule.

 

19h51.  Le bar est plutôt sympa, lumière un peu tamisée, musique d’ambiance, pas de gens bourrés à cette heure-ci…  Mais aucune trace de John.  Non mais je rêve ! Il m’envoie un message et il se casse juste après !!  C’est pas possible !!  Je savais que c’était un connard fini, d’ailleurs, j’aurais jamais dû venir !!

Ah… En fait c’était lui, le mec penché sur son téléphone, il vient de relever la tête et de me faire signe d’approcher… 

« Axel !  Content que tu sois finalement venu ! »

… Je deviens parano ou, malgré son sourire, il a l’air vachement nerveux?  John Taylor, nerveux, l’antithèse par excellence quoi !  Pourtant…  C’est vraiment l’impression qu’il donne…  Bon, sachant que je l’ai fait poireauter presque deux heures, ça peut se comprendre, mais… quand même.

- Hm…

Par contre, nerveux ou pas, pas question de lui faciliter la tâche !  ‘Faut pas pousser non plus…

« Assieds-toi, tu veux boire quelque chose ? »

Maintenant qu’il le dit, c’est vrai qu’il y a un certain nombre de bouteilles vides sur la table… Des bouteilles de Coca.  Visiblement, lui non plus n’est pas tout à fait remis de la soirée d’hier…  Il doit voir mon sourire goguenard parce que lui aussi sourit, tout en me faisant signe de m’asseoir.

- Un Coca, c’est très bien…

Oui, moi aussi j’ai encore la gueule de bois, et alors ? Il appelle le serveur pour demander deux Cocas en plus, il en a ingurgité combien de litres depuis 18h ?  Puis il me regarde…  Il a l’air de ne pas savoir par où commencer.  Mauvais ça, je le sens mal… 

«  Axel…  Je voudrais m’excuser si j’ai dit ou fait quelque chose qui ne t’a pas plu ce matin, c’était pas dans mes intentions. »

Mouais, mais encore ?

« Et…  Contrairement à ce que tu penses, je n’ai pas couché avec toi parce que tu étais sourd ou pour une quelconque expérience, je l’ai fait parce que tu me plais.  Vraiment. »

Oh shit.  Je savais que c’était mauvais !  Coucher avec quelqu’un, connu ou inconnu, c’est une chose, mais quand les sentiments s’en mêlent…  J’aurais pas dû, j’aurais jamais dû.

« Et je me fiche que tu sois sourd ou non, moi, ça ne me dérange pas de m’engager dans une relation plus sérieuse.  Après, c’est à toi de voir. »

Une relation sérieuse…  Non mais il m’a bien regardé ??  Je suis pas fait pour les relations sérieuses !  D’abord je suis sourd, puis avec mon sale caractère, je finirais par l’insupporter au plus haut point, sérieusement, c’est mieux pour lui comme pour moi qu’on en reste là !  Je suis pas fait pour la vie de couple de toute façon…

Mais il se recule sur sa chaise et me fixe…  Il a pourtant dit qu’il se fichait que je sois sourd ou non…  Et il a presque dit – pas tout à fait, mais c’est tout comme – qu’il était amoureux de moi…  Il croise les bras, en silence, en attendant que je réponde, et je croise son regard, et…  Et j’ai pas envie de le décevoir, bordel de merde !  My God, ça devient trop compliqué pour moi tout ça…

- Je…

Il y a pas à hésiter, putain !  Je lui dis non, il est triste deux jours, puis il passe à autre chose, moi aussi, affaire réglée, point barre !

- D’accord…

J’aurais pu tout arrêter là, maintenant, mais…  Le putain de sourire qui apparaît sur ses lèvres, alors qu’il semble encore ne pas tout à fait y croire, vaut tout l’or du monde… 

Oh my God.  Voilà que je deviens fleur bleue.  Faut arrêter ça tout de suite, tout de suite !

- Mais t’es pas arrivé au bout de tes peines.  Déjà, j’ai bien l’intention de me faire courtiser.  Alors, t’as intérêt à y mettre le paquet.

Au moins, pour détendre l’atmosphère, ça semble marcher ; il a éclaté de rire.  Déjà mieux que l’ambiance gênée de tout à l’heure.

« Vos désirs sont des ordres…  Et que puis-je faire pour votre agrément, Monsieur ? »

Il se fout de ma gueule, là…  Tant pis pour lui, il l’aura cherché.

- Mh, étant donné le jour et l’heure, m’inviter à dîner quelque part me paraît indispensable.

Et il éclate de rire de nouveau…  C’est pas juste !  D’habitude, avec mon ton sérieux, ça marche toujours !  Pourquoi est-ce que suis incapable de l’intimider, même un peu ?

« Ca marche !  Tu viens ? »

Et il dépose sur la table assez d’argent pour nos deux Cocas qui ne sont même pas encore arrivés, enfile sa veste pendant que je fais de même, et m’attrape par le poignet pour m’entraîner hors du bar…  Vers où est-ce qu’il m’emmène encore ? 

Malgré tout, ça vaut le coup de le suivre…  Ouais, une relation sérieuse… avec lui, ça vaut le coup d’essayer.

 

xXxXxXxXx  Un certain temps plus tard… xXxXxXxXx

 

11h04. Putain, c’est pas vrai ! Il ne changera vraiment jamais ?  On avait dit rendez-vous à 11h !

… Quoique, non, en fait, j’aurais préféré qu’il ait deux minutes de plus de retard… plutôt que de le voir par la fenêtre courir comme un dératé dans la rue, en costard, sa mallette contenant son ordi à la main.  Il a vraiment l’air débile comme ça.  Non mais quand je pense « vraiment », c’est vraiment…  Il a déjà dû se griller auprès de tout le voisinage…

 

11h07.

« Hh… Désolé pour le retard… hh… hh… »

- Combien de fois il faudra que je te le répète John !  On avait dit 11h !

« Hh… Désolé…  Je t’avais prévenu pourtant que je risquais d’avoir du retard…  J’avais une réunion à 9h30 et elle s’est prolongée… »

Tiens, c’est vrai ça… Je  crois bien qu’il m’en avait parlé…

- Mouais, bon… 

« Alors, ça avance comment ? »

Habile changement de sujet…

- Plutôt bien, les travaux n’ont pas de retard, il reste quelques finitions à faire mais…  Je pense qu’on pourra emménager dans le courant de la semaine prochaine comme prévu…

« Génial ! »

…  C’est quoi ce sourire en coin, là.. ?  Ouh, je la sens mal…

« Et, l’architecte en charge du chantier, les ouvriers, tout ça… Tu supportes ? »

…  Je la sentais venir, celle-là…

- Oh, ne m’en parle pas !  L’anglais de l’architecte est tout bonnement affreux, son accent « frenchy » est à couper au couteau, et en plus, j’ai l’impression que je lui ai tapé dans l’œil, il m’a fait au moins dix propositions depuis la dernière fois ! Et arrête de rigoler  comme ça !

Non mais !

« Pardon… C’est juste trop drôle !  Ecoute, tu lui casseras la gueule quand les travaux seront finis ! »

- Mh…  J’ai bien envie de le faire tout de suite…

« Mais si tu le fais maintenant, l’appart’ ne sera jamais prêt pour la semaine prochaine… »

- C’est bien la seule chose qui me retienne…

Oh que oui.  Insupportable, ce connard d’architecte.  Pire que John !  Et ça, c’est dire…

« Et sinon pour ton boulot, ça va se faire finalement ? »

- Oui, j’ai pu m’arranger avec un architecte américain déjà installé ici, on bosse deux ans ensemble puis je reprends le cabinet et lui part à la retraite.

« Génial ça ! »

- Oui…

« Allez, t’es pas enthousiaste ?  On vient s’installer à Paris, tout se présente bien tant du point de vue boulot que personnel ou financier, et toi tout ce que tu sais faire c’est tirer la gueule ?  Je suis désolé mais moi, quand je vois la tour Eiffel par ma fenêtre, ça me donne la patate ! »

Tss, incorrigible, c’est ce que je disais…  Mais c’est vrai qu’on a tout pour être heureux, et c’est pour ça que je ne peux pas m’empêcher de sourire en glissant ma main dans la sienne, et en sentant la bague qu’il porte à l’annulaire…

Oh putain le con !  Il n’aurait quand même pas…  Et si !  Avec son grand sourire et ses yeux brillants ! Le sale manipulateur !

« T’as souri ! »

- T’es vraiment un connard John !

« Ouais mais quand même, t’as souri !  J’ai gagné mon pari ! »

- Ca compte pas, c’était de la manipulation sentimentale !

« Nan nan nan, cherche pas d’excuses, t’as souri, j’ai gagné, t’as perdu, tu me dois une journée d’obéissance complète et totale, point barre ! » 

- Sale manipulateur…

« M’en fous, j’ai gagné ! »

Il y a des jours comme ça, où j’ai envie de le défenestrer, ou une autre joyeuseté du genre…  Surtout quand il arbore ce grand sourire flippant qui promet les pires atrocités…

« Cette journée d’obéissance complète et totale commence aujourd’hui, le 24 janvier 2013 à 11h17, et je pense que la première chose que tu feras sera de m’embrasser pour me faire oublier que tu me tires la gueule depuis ce matin pour cette connerie de pari… »

Ma faute ?  Et puis quoi encore ?

- C’est toi qui as eu cette idée-là je te signale.

« T-t-t, je ne veux rien entendre, embrasse-moi d’abord ! »

… Il faut bien que je m’exécute, sinon ça va être pire…  Je pose mes lèvres sur les siennes lentement, tendrement, amoureusement…  Une relation sérieuse ?  C’est dans ces moments-là que je me dis que j’ai vraiment, vraiment  bien fait d’essayer.

 
     
     
 
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