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L'étoile du berger
Par artemis
Harry Potter  -  Romance/Drame  -  fr
3 chapitres - Complète - Rating : T (13ans et plus) Télécharger en PDF Exporter la fiction
    Chapitre 3     Les chapitres     17 Reviews    
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Chapitre III

L'étoile du berger

Chapitre III

Le soleil s’est couché depuis longtemps sur un Poudlard étouffé par un régime de terreur depuis plusieurs mois. Seul dans les couloirs, Ethan se tient sur ses gardes.

Comme souvent, Colin est en retenue avec les Carrows qui ne lui pardonnent pas cette tare ultime d’être né de parents moldus. Il est presque vingt heure, le couvre feu va tomber et si Rusard le trouve ici, il sera collé à son tour. Il s’en moque. Les retenues de Colin n’ont jamais été aussi longues, et il a un mauvais pressentiment. Il a besoin de le voir, et il est incapable de rester tranquillement dans sa salle commune alors qu’il sent confusément que quelque chose va de travers.

Quand la porte s’ouvre, il est tellement plongé dans ses pensées qu’il sursaute. Il relève la tête rapidement, avec la fébrilité d’un animal traqué, soudain paniqué à l’idée que les Carrows le trouvent assis dans le couloir. Mais devant lui, il n’y a que la silhouette hésitante de Colin, un sourire étrange sur ses lèvres trop pâles. Et du sang sur lui, du sang sur ses mains, sur sa chemise et sa joue, coulant de coupures profondes tranchant sur sa peau presque exsangue.

Ethan ne sait pas exactement ce qui court dans chacun de ses nerfs, qui le glace complètement. Un mélange paralysant d’incrédulité et de terreur sûrement. Il est même incapable de poser des questions, elles ne se forment même pas dans sa tête, il ne peut que le fixer avec horreur. Le sourire de Colin se crispe légèrement et il souffle d’une voix ironique qu’il va peut être faire un petit détour à l’infirmerie. Ethan sent se peau faire chair de poule et ses cheveux se hérisser sur sa nuque mais il se contente de hocher la tête, sonné, et de le suivre mécaniquement.

Il observe sa démarche légère, ses épaules tendues, ses mains qui tremblent et Ethan a subitement honte. Il court pour le rattraper et il enroule délicatement son bras autour de sa taille. Colin grimace mais il le regarde de sous ses mèches rebelles avec un petit air malicieux. Ethan tente de sourire, de le rassurer, mais sa voix se brise dans quelque chose proche d’un sanglot quand il sent un liquide visqueux sur ses doigts, alors il se tait. Colin hausse les yeux au ciel et lui ébouriffe les cheveux avec affection, le sermonnant avec gentillesse.

Quand ils poussent la porte de l’infirmerie, le sourire avenant de l’infirmière se gèle d’effroi. Mais elle ne dit rien. Elle sait déjà et ce constat effraie Ethan : combien d’autres élèves a-t-elle accueilli ? Combien de blessures volontaires ses potions trop efficaces ont-elles effacées ? Combien de plaies a-t-elle refermée sans pouvoir rien faire d’autre qu’apaiser la douleur ?

Le soir même, ils sont dans la salle sur demande. Ethan lance avec acharnement des Expelliarmus qui maltraitent un mannequin de bois au visage lisse qui semble le narguer. Il est en sueur, ses doigts sont crispés sur sa baguette à s’en faire blanchir les articulations, il ne réfléchit pas et c’est exactement ce dont il a besoin. Il ne veut pas se souvenir du visage de Colin ensanglanté, de ses mèches rougies, de sa peau marquées pour toujours. Son ami à servi de cobaye pour une sorte de sort de découpe, et personne n’interviendra pour le défendre. Il lance un petrificus totalus qui lui attire un regard approbateur de Ginny dont il se moque éperdument.

Dans son dos, le rire de Colin résonne et il ne peut s’empêcher de tendre l’oreille. Il entend Seamus poser une question à propos de la cicatrice sur sa joue et Colin la caresse du bout des doigts avant de lui raconter, amusé, une histoire de chute de balai et de saule cogneur agressif. Seamus éclate de rire, le bouscule en le traitant de crétin et Colin sourit. Ethan les hait tous, parce que tout le monde y croit, parce qu’ils sont soulagés, parce que personne ne s’aperçoit que le sourire de Colin est tellement faux. Seul Neville détourne les yeux et le regard d’Ethan intercepte une minuscule marque dans son cou. Les rumeurs parlent d’une énième chute du maladroit Londubat et Ethan sert les dents.

Ce jour là, Ethan a seize ans depuis trois jours et un mannequin va se fracasser sur le mur sous l’effet de son premier Avada Kedavra.

Toute la salle se tait, choquée. Aucun impardonnable n’avait été lancé depuis la création de l’AD et il voit parfaitement Ginny s’approcher, furieuse. Il s’en moque. Les mots ont coulé sur sa langue avec une facilité insolente et il en ressent une satisfaction profonde.

Bientôt, il combattra autre chose qu’une poupée de bois. Bientôt il aura devant lui le visage terrifié des Carrows. Et ce jour là, il n’hésitera pas plus.

Le sourire de Colin se tord en un rictus désabusé mais affectueux, semblable à celui d’un parent devant un enfant dissipé.

La jeune Weasley se met à hurler sur le garçon parfaitement imperméable à sa colère. Elle se tourne vers leur leader pour lui demander son soutien. Mais Neville s’est encore détourné, et aux yeux d’Ethan son air résigné sonne comme une approbation.

Ce soir là, douze autres élèves auront maitrisé l’impardonnable. Luna sera la deuxième, en larmes au milieu de ses amis aux visages crispés par une jubilation féroce.

Ce soir là, resté seul dans la salle d’entrainement, Neville Londubat détournera les yeux pour la dernière fois, se permettant cet ultime acte de lâcheté. Il refusera de voir les miroirs roussis et les mannequins déchiquetés, cadavres de bois aux poses grotesques et aux regards accusateurs.

Car ce soir là, Neville saura qu’il aura réussi à faire d’eux tous des combattants, des guerriers.

Et pour la première fois, ce soir là, Neville doutera.                        

&

Assis autour de la table, ils attendent patiemment le retour de Neville et des autres septièmes années, partis depuis vingt bonnes minutes déjà pour la tête de sanglier. Ce soir, ils fêtent les seize ans de Veronica, et pour l’occasion les plus âgés ont accepté d’aller leur chercher un peu d’alcool. Deux bièraubeurres chacun, autorisées par une Lavande à l’air pincé et réprobateur, tous les septièmes années étant soit disant réquisitionnés pour porter les bouteilles. A leurs expressions conspiratrices, ils ont tous compris qu’ils préparaient quelque chose et même Veronica a daigné faire semblant de l’ignorer. Seul Andrew leur a sifflé d’apprendre à mentir un peu mieux car après tout ils sont sorciers et maitrisent à priori tous les sorts de rétrécissement.

Depuis leur départ, l’atmosphère se modifie peu à peu. Les sixièmes années ont perdu l’habitude de se retrouver entre eux et une sorte de gêne flotte dans l’air. Finalement les conversations reprennent, maladroites. Ils sont un peu trop nombreux pour s’asseoir correctement près de la cheminée, et leur installation précaire donne à leur groupe une allure bancale et désordonnée.

Sur la gauche, près de la porte donnant sur le dortoir, les Serdaigles se serrent sur deux canapés. Ils ne sont que cinq sixièmes années à avoir choisis le camp de l’AD, mais ne semblent pas être gênés outre mesure par leur infériorité numérique. Christopher Bradley, Owen Chambers, Katelyn Bundy, Leah Dorny et John Capper, les majors de leur promotion. Malgré leurs caractères agréables et sociables, leurs relations avec les Gryffondor sont assez distantes, les rouges et or supportant assez mal la supériorité intellectuelle que les Serdaigles se plaisent à leur envoyer au visage au moindre débat. Seule Vicky n’a pas ce problème et la blonde assise avec eux discute tranquillement d’un moyen d’améliorer les potions trouvées dans des vieux grimoires durant la matinée.

Sur les deux autres canapés s’entassent les poufsouffles. Ils sont les plus nombreux, puisque l’intégralité de leur année a rejoint l’AD. Neville les a trouvés un soir devant la porte de la salle sur demande, un groupe soudé à l’expression sombre mais décidée. Les dix Poufsouffles et leurs ainés sont désormais le ciment de l’Armée de Dumbledore, adoucissant par leur patience et leur gentillesse tous les petits accros de leur vie en communauté dans cet espace confiné. Ils ont cependant tous appris que la devise de Poudlard semble être faite pour eux. « Draco dormiens nunquam titillandus ». Ne chatouillez pas le dragon qui dort.  

Car les poufsouffles ont été la plus grosse erreur des Carrows. Là où les nouveaux professeurs ont essayé de séduire les serpents, de manipuler les Serdaigles ou de dompter les lions, ils ont délaissé les poufsouffles. Discrets poufsouffles, timides poufsouffles, dociles poufsouffles.

Terribles poufsouffles.

Tellement réservés qu’on en vient à oublier que Cedric Digory appartenait à leur maison. Que Helga Poufsouffle était capable de tenir tête aux autres fondateurs et que ses sortilèges restent parmi les plus efficaces recensés par les grimoires.

Leur façon de combattre est loin de celle excessive et audacieuse des Gryffondors, tortueuse des Serpentards ou scolaire des Serdaigles. Ils sont patauds et leurs contrattaques souvent chaotiques et maladroites. Mais leur force se trouve dans leur acharnement. Ils n’abandonnent jamais, et n’hésitent pas à attaquer dans le dos leurs adversaires qui les jugent déjà vaincus. Ils ont ainsi gagné au sein de l’AD une sympathie générale teintée de respect, plus particulièrement chez les Gryffondors, amusés par leur opiniâtreté.

Les rouges et or qui, eux, se sont installés de manière plus disparate autour du feu. Veronica et Esther sont assises en tailleurs sur le tapis douillet dévorant le parquet sombre de la pièce. Veronica porte sa robe préférée, blanche, en flanelle légère, qui la fait ressembler vaguement à une veela avec sa masse de cheveux dorés et ses moues taquines.

Dans ce vase clos où les hormones des adolescents sont en ébullition, elle est comme une étincelle dans une mare de pétrole. Elle le sait, et elle en joue avec virtuosité. Belle dans sa fausse candeur. Vénéneuse jusqu’au fond de ses yeux en amandes. Cœur de poison pour des pétales immaculés.

Mais ils la connaissent après tout ce temps. Et ils se gardent bien de s’approcher de la tentation qu’elle représente, de peur de s’y brûler.

Seule Esther, la douce Esther, semble être immunisée contre son venin. Seuls ses silences glacés sont capables de tirer des excuses à la blonde. Seuls ses sourires moqueurs peuvent encore canaliser les excentricités de la terrible Gryffondor. Seule sa voix peut apaiser ses colères.

Esther, le sourire paisible dans son visage en cœur, vêtue de sa jolie robe bleue. Ses cheveux rouges et or tombent en boucles lourdes autour de son visage, suite à un pari lancé - et perdu - par les Serpentards. Sur ses épaules nues, les mèches d’un carmin profond ressemblent presque à des sillons de sang.

Elle est la plus mature du groupe et, paradoxalement, celle que le temps a le moins marqué. Ses yeux clairs restent rieurs derrière leur sagesse et ses traits ne laissent que peu d’indices sur l’adulte qui couve en elle. Leur finesse et la blancheur de sa peau permettent à peine de deviner qu’elle deviendra belle un jour, quand les années auront grignoté ses rondeurs enfantines. Elle ressemble à un brouillon, une esquisse de ce que le futur lui réserve, et Ethan ne se lasse pas de l’observer grandir.

Allongé sur le ventre entre elles, la tête reposant sur les genoux d’Esther, Dennis semble perdu dans la contemplation du feu. A bientôt quatorze ans, il ressemble de moins en moins à son aîné. Ses cheveux, coupés courts, sont à présent réellement dorés et font ressortir ses grands yeux clairs. Il a le rire facile, toujours, et un vrai comportement de tête brulée. Joli cœur, il est encore le préféré des filles et abuse de ses privilèges avec des manières de pacha.

Juste derrière eux, Andrew est affalé en travers d’un fauteuil, les jambes négligemment croisées par-dessus l’accoudoir et jouant du bout de sa chaussure avec une branche de la seule plante verte de la pièce. Sa main droite effleure le sol alors que l’autre repose au niveau de son estomac, foulant distraitement le tissu de sa robe. Le haut de son dos et sa tête sont appuyés contre Geoffrey, perché sur le second accoudoir, et il semble lancé dans un monologue passionné sur les vertus curatives du whisky pur feu et l’ignoble embargo imposé par Lavande.

Geoffrey lui croise et décroise fébrilement les doigts, dans un tic inconscient. Ses yeux sont dévorés par de lourdes cernes noires mais un sourire amusé flotte sur ses lèvres alors qu’il écoute les divagations d’Andrew, lui donnant de vagues coup de coudes pour le punir de son langage ordurier. Il porte désormais des lunettes rectangulaires, le regard usé par ses lectures intensives, et ses traits sont anguleux, comme si son squelette avait grandi trop vite pour sa peau.

Tassée au pied du fauteuil, une jambe repliée et l’autre s’approchant dangereusement de l’âtre, la silhouette de Richie semble les protéger de sa simple présence silencieuse. Comme toujours depuis leur entrée dans la salle sur demande, il porte l’immense sweat noir et élimé offert par Colin au début de l’année, la capuche rabattue sur son visage. A la lumière vacillante du feu, les ombres dansant sur son visage sont presque effrayante, semblables à un masque tribal et grimaçant. Pourtant son rire chaud, rauque et fêlé par l’adolescence résonne encore à la moindre occasion et quand il bascule la tête en arrière, ils peuvent apercevoir son regard pétillant d’amusement.  

Ethan est lui confortablement installé dans le fauteuil face à eux, le plus proche de la cheminée. Un peu trop près peut être, la chaleur lui brûle presque le bras, mais il est trop bien pour songer à bouger. Ses jambes servent de dossier à Colin assis en tailleur au sol, les mains sagement posées sur ses chevilles et l’air à moitié endormi, la tempe reposant mollement sur le genou d’Ethan. Ses yeux papillonnent, lui donnant un air presque enfantin malgré son visage creusé par l’adolescence. D’un geste machinal, il frôle du dos de la main son appareil photo, comme il le ferait avec un animal de compagnie obéissant.

De leur groupe, ne manquent à l’appel que Ginny Weasley et, par extension, Luna Lovegood. Si la première a du quitter de force-et dans les cris- Poudlard à Pâques suite au choix de ses parents, la rumeur affirme que Luna a elle été enlevée par des mangemorts. Le simple fait de l’imaginer dormir sur la pierre nue, enfermée dans un cachot glauque donne la nausée à Ethan. Il en cauchemarde souvent la nuit, et il la voit en train de l’appeler indéfiniment sans qu’il ne puisse jamais l’atteindre.

Enfin, sur le canapé de cuir élimé, un peu excentré comme pour bien montrer qu’ils ne veulent pas être assimilés aux autres, se tiennent les deux seuls Serpentards de l’AD, toutes années confondues.

Sur la gauche, Evandrus Coleman observe la scène avec son rictus moqueur habituel. Alangui contre le dossier, ses longues jambes croisées, engoncé dans une robe sombre, il ressemble vaguement à un puma. Sans être particulièrement beau, il se dégage de lui une grâce aristocratique et une violence paresseuse qui retiennent l’attention de ses interlocuteurs. Il susurre parfois des commentaires doucereux qui se perdent dans le doux brouhaha de la salle et dont Ethan se doute bien qu’ils ne doivent pas être très élogieux.

Malgré son isolement, le Serpentard n’a rien perdu de son mordant, et Richie et lui ont du plusieurs fois être séparés de force avant qu’ils n’en viennent aux mains. Comme toujours, son regard accroche régulièrement la silhouette de Veronica, s’allumant alors d’une lueur de défi. Ils ne  s’affrontent jamais les deux compétiteurs au trône, se contentant de se jeter des coups d’œil furtifs et de guetter la faille. C’est une compétition acharnée et implicite que mènent la petite reine fatale réduisant les cœurs en poussière et l’empereur illégitime régnant dédaigneusement sur une cours ne lui appartenant pas. Et c’est presque un jeu chez tous les membres de l’AD de les observer se tourner autour en affutant les griffes, et les paris les plus délirants ont été lancés quand à l’issue de leur premier affrontement.

A côté de lui, silencieux et imperturbable, Baddock observe avec une légère grimace les gestes emportés de Owen. Si sa carrure est impressionnante, assez pour tenir tête à Richie, c’est son stoïcisme affligé qui reste son principal atout, capable de faire rougir même les plus enthousiastes et de doucher toutes les récriminations. Sa dévotion pour Coleman est source de bon nombre de plaisanteries dont il semble se moquer éperdument.  

Etrangement, Ethan s’entend plutôt bien avec les Serpentards. Sans que ça ne soit une franche amitié, il partage sa passion avec Coleman pour les sortilèges et les objets enchantés. Les connaissances en la matière du vert et argent forcent le respect d’Ethan jour après jour, et il prend même un certain plaisir à fouiller les anciens grimoires de la salle sur demande en sa sarcastique présence.

Ethan se souvient encore du choc du groupe en les trouvant négligemment adossés sur la tapisserie représentant la tentative de Bernabas d’apprendre la danse à des trolls. Leur intégration n’avait pas été facile, les deux verts et argent ne cherchant pas à arrondir les angles, et injures et mauvais sorts avaient volés plus d’une fois. Puis, avec le temps, les gens avaient fini par s’habituer à leur présence et à leurs remarques et une paix relative était revenue au sein de l’AD.

Un raclement de gorge attire soudain l’attention de tous les occupants sur Coleman. Ethan se blotti avec lassitude au fond de son fauteuil, reconnaissant l’étincelle d’amusement dans les yeux du Serpentard.

« Je souhaiterais soumettre au vote générale une loi interdisant l’accès de la cuisine à Lynkilen. Pour le bien de tous »

Coleman plante son regard dans celui d’Ethan avec un rictus frondeur, le défiant de dire quelque chose. Quelques secondes de flottement passent avant que Chambers ne lève la main avec une moue ennuyée. Aussitôt, les trois quart des sixièmes années l’imitent, semblant n’attendre que ce signal.

« Je t’emmerde Coleman » Rétorque calmement Ethan, essayant de s’empêcher de rougir.

« Certes. Il n’empêche que ma motion vient d’être adoptée à l’unanimité, mis à part tes loyaux lèches bottes de Gryffondors qui ne comptent pas. Quoique, je dois reconnaitre que certains sont plus honnêtes que je ne l’avait pensé »

Le regard torve d’Ethan dérive sur ses amis, avant de s’arrêter sur deux traitres à la main négligemment levée.

« Désolé mec, tu sais bien que je ne suis fidèle qu’à mon estomac » Lui répond seulement Andrew avec un haussement d’épaule qui manque de déloger Geoffrey de son perchoir.

Veronica se contente de soutenir son regard, un sourcil levé et un sourire féroce aux lèvres. Ethan bat finalement prudemment en retraite, bougon.

« La majorité a tranchée : Lynkilen, loin des fourneaux désormais »

« De la part de Coleman, ça ne m’étonne pas. Mais je trouve crispant que tu te passionne pour cette histoire Baddock, toi qui semble n’avoir strictement rien à faire des détails de notre vie quotidienne » Siffle Ethan, vexé.

« A ce niveau là, ça tient plus de la survie que du détail »

Colin éclate de rire devant la réplique implacable du Serpentard, entrainant son frère et quelques autres personnes qui se mettent à glousser le plus discrètement possible. Le petit photographe adresse un regard contrit à Ethan qui lui répond par un rictus indulgent et rassurant. Colin lui sourit, et Ethan lève soudain les jambes le faisant basculer en arrière avec un glapissement et heurter le tapis avec un bruit mat. Ethan entend clairement Coleman ricaner et il rit à son tour, emporté par le fou rire général.

« Quoiqu’il en soit, Ethan cuisine peut être comme un sang pur manchot, mais au moins il a tenté. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde » Fait remarquer Richie une fois le calme revenu. Ethan lance un regard hésitant à son ami, ne sachant pas s’il tente de le défendre ou de l’enfoncer.

« Kirke, tiens ton chien en laisse tu veux ? » Renifle Coleman, l’air profondément ennuyé. Richie se redresse un peu, faisant basculer sa capuche et dévoilant un rictus triomphant plein de dents. Etalé au sol, Colin soupire.

« En même temps, il n’a pas tort » Répond seulement Andrew avec désintérêt.

« Ne t’en fait pas Coleman, je ne mords pas les fesses des sangs purs. La consanguinité qui coule dans leurs veines ne me réussit pas » Susurre Richie avec un sourire dangereux.

« Alors que celles des sangs mêlés…Tu aimes ça, hein, Coote ? Celles de Kirke doivent avoir bon goût, depuis le temps que tu leurs cours après… »

« Frustré Baddock ? Ton maître te refuse peut être l’accès aux siennes ?»

Richie laisse échapper un rire rauque, sourd et bas comme un grondement de fauve. Baddock sourit à son tour, acide, prêt à répliquer.

« Merci de ne pas mêler mon arrière train d’hétéro - qui est magnifique soit dit en passant - à tout ça » intervient finalement Andrew avec paresse.

« Tu ne doute de rien Kirke. C’est…rafraichissant » Ricane Coleman.

« Ca devrait aller là, je pense que l’on a eut notre dose de testostérone pour la soirée » s’interpose finalement Veronica, moqueuse. Durant un instant elle soutien le regard de Coleman, le défiant de se ridiculiser pour le simple plaisir de la contredire. Quand le Serpentard se détourne en sifflant une insulte elle se permet un sourire triomphant et laisse ses doigts courir dans les cheveux de Dennis, venu se lover contre elle. Le garçon soupire avant de fermer les yeux, satisfait.

« Dis Baddock, tu nous raconte une histoire ? » Demande soudain Andrew, un sourire innocent aux lèvres  « Un feu de cheminée, nous tous réunis autour, lumière tamisée, si ça n’est pas une ambiance pour contes ça, je ne sais pas ce que c’est »

Le Serpentard hausse les sourcils avec condescendance. Mais, après une seconde de réflexion, il finit par laisser échapper un sourire en coin.

« Si tu insistes… »

Devant la voix doucereuse, trop conciliante, du vert et argent, Ethan frissonne, sentant confusément que quelque chose va soudain de travers. Au sol, Colin se redresse et pose distraitement son menton sur le genou d’Ethan, le visage froissé par un début d’inquiétude. Coleman se tend soudain, visiblement au courant du plan de son camarade et sa joue est agitée d’un tic nerveux.

« Il était une fois…Un enfant de sang pur, déjà orphelin alors qu’il n’a que quelques mois. Ses parents ont été tués durant la guerre, pour avoir fait trop de mauvais choix. Il ne sait pas encore parler pour se défendre mais est déjà l’héritier d’une immense fortune. Les familles les plus nobles s’entredéchirent pour obtenir sa garde, et c’est finalement les meilleurs amis de ses parents qui sont désignés comme parents adoptifs. L’enfant est donc élevé par cette famille bien moins aisée que celle où il était né, mais aussi bien plus fière. Il grandit avec leur fils, un petit roi en devenir qu’il apprend doucement à admirer, dont il peut se vanter d’être l’ami le plus fidèle.

A onze ans, l’enfant entre à Poudlard en compagnie de son ami et ils rejoignent tous les deux la maison qui a vu passer entre ses murs tant de leurs ancêtres. Là bas, les enfants vont se moquer de sa dévotion aveugle et de son mutisme. Mais en moins d’un an, son ami devient le meneur de leur année et c’est de la jalousie qui dévore à présent tous ceux qui riaient de lui.

Il devient finalement adolescent et découvre par la même occasion un nouveau sentiment : la peur. Parce qu’un sorcier noir a ressuscité et qu’il leur demande leur soumission. Parce qu’il a besoin de gallions, et que le coffre de l’adolescent en est plein. Mais il refuse d’affronter ces messages de plus en plus insistants et il s’enferme dans le château, à l’abri de tout. Il refuse de rentrer chez lui durant les vacances d’été et ils ne sont que deux élèves à errer dans Poudlard. Mais les hiboux continuent d’arriver par dizaine et les menaces commencent à planer sur son avenir. La veille de la rentrée, son ami, son frère revient au château, un tatouage hideux sur le bras, et lui annonce qu’il n’a pas à s’en faire. Qu’il a gagné du temps. L’encre rampe sous sa peau mais il sourit pourtant.

Mais le répit est court, tellement pour le prix payé. Terré à Poudlard, l’adolescent panique. Il ne veut pas se faire marquer, il ne possède pas le courage de sacrifier à son tour son héritage et son futur. Alors un soir, son meilleur ami lui propose de rejoindre la résistance crée par ces abrutis de Gryffondors. Leur dernière chance, lui explique-t-il. Ils savent tous les deux que cette trahison ne sera jamais pardonnée par leurs parents mais ils choisissent de ne pas en parler. La morale de l’histoire ? Tous les Serpentards ne sont que des ordures n’ayant même aucune idée du réel sens de l’amitié bien sûr »


Acide, sa voix finit par s’éteindre sur son sourire goguenard, accusateur. Ethan laisse glisser mécaniquement ses yeux sur Coleman, avachi avec un zeste de lassitude dans son canapé. En interceptant son regard scrutateur le Serpentard tire inconsciemment sur sa manche pour recouvrir un peu plus son poignet gauche. Ethan se fait soudain la remarque qu’ils n’ont jamais vu Evandrus Coleman porter des manches courtes, quelque soit la température, et il sent ses entrailles se geler.

Durant de longues minutes, personne n’ose parler ou croiser le regard des autres. Seul Baddock sourit encore, un sourire fantôme, comme s’il était resté fixé contre son gré sur son visage. Finalement, Coleman lève les yeux au ciel et se redresse avec une certaine lenteur, comme alourdi par les regards qui s’accrochent soudain à sa silhouette. Il fronce le nez, agacé, aristocrate jusqu’au fond de sa gène.

« Bien joué Malcolm. Ils vont nous faire des cauchemars toute la nuit. Tu devrais savoir qu’il ne faut pas raconter d’histoire d’horreur aux enfants avant d’aller au lit pourtant»

Son sourire est clairement dangereux dans la semi pénombre et sa silhouette de félin acculé semble les défier de faire le moindre commentaire. Il tourne les talons et regagne le dortoir sans un mot de plus, impérieux. Baddock le suit immédiatement, ombre silencieuse et dévouée à l’expression amère.

A cet instant, dans la pièce écrasée par un silence horrifiée, Ethan devine qu’ils se haïssent tous un peu. Des années d’insultes et de préjugés, une rentrée de sixième année où ils s’étaient réjouis de l’absence de Coleman, des rumeurs stupides sur la dévotion presque canine de Baddock pour Coleman et les rires devant les discours pour la collaboration inter maisons de l’ancien directeur planent au dessus d’eux, semblant les narguer.

« Voila votre alcool, bande d’ivrognes juvéniles ! » Lance soudain la voix grinçante de Lavande Brown, un sac à la main rempli de bouteilles miniaturisées.

« Et joyeux anniversaire !! » cri en cœur le reste des septièmes années, soutenant avec précautions un immense gâteau au glaçage bleuté où patinent de minuscules figurines en sucre portant des bougies et virevoltant autour d’un petit panneau en chocolat souhaitant un joyeux anniversaire de la part de Frank Boisier. Veronica se force à leur sourire en comprenant que le cadeau provient de son pâtissier favori. L’homme a pourtant fermé sa boutique des mois plus tôt, fuyant comme beaucoup d’autres le chemin de traverse. Tous se doutent qu’il n’a pas du être facile pour eux de réussir à le retrouver.

« Il s’est passé quelque chose ? » S’alarme finalement Neville devant leurs expressions fermées. Owen leur désigne du menton la porte du dortoir, et il ne faut que quelques secondes aux plus âgés pour remarquer l’absence des deux Serpentards. Neville soupire, soupçonnant une énième dispute et vient poser le gâteau sur la table. Honteux, aucun sixième année n’ose le détromper.

Ils restent silencieux un long moment, dans un malaise de plus en plus palpable. Les plus âgés tentent tant bien que mal de cacher leur déception face au manque d’enthousiasme qu’entraine leur surprise mais Seamus Finnigan ne peut s’empêcher de lâcher une insulte à propos des Serpentards. La bouche d’Esther se tord et durant une seconde, Ethan ne craint qu’elle ne fonde en larmes. Mais elle se contente de détourner la tête. Veronica lui serre brièvement la main avant de se relever avec grâce.

« Bien. Nous n’allons pas y passer la nuit. Ethan, tu peux me transformer ça en…autre chose ? » Demande t’elle en lui tendant un petit angelot agrippé à sa bougie et battant des pieds avec affolement. Ethan hoche la tête, se doutant de l’intention cachée de la blonde et il sort sa baguette. Il murmure quelques mots en latin et, l’instant suivant, Veronica pince entre ses doigts des petites ailes argentées, accrochées au dos d’un enfant aux traits ressemblants de façon troublante à ceux de Baddock.

« Impressionnant. Comme quoi, tu ne passes pas ta vie dans les livres pour rien. J’ai juste un petit doute au niveau des ailes» grimace-t-elle. Ethan lève les yeux au ciel, amusé, et grommelle quelque chose à propos d’une interférence de sorts. Colin, lui, découpe une part de gâteau, chassant du dos de la main les petits patineurs qui s’enfuient en piaillant.

Après un instant de réflexion, John Caper hausse les épaules et, d’un geste négligent de baguette, il teinte la pâtisserie de vert, remplaçant la fausse patinoire par de l’herbe en sucre. Owen y rajoute aussitôt un petit manoir dans un coin. Richie deux serpents à l’air vaguement hautain. Colin, avec application, copie le sort d’Ethan et une version miniature et légèrement moins fidèle de Coleman rejoint le petit gazon d’où elle leur adresse de grands gestes. Ethan rit doucement et hoche la tête, approbateur. Un par un, tous les sixièmes années ajoutent un détail. Le petit badge de Serpentard ailé, bourdonnant comme un vif d’or, créé par Geoffrey tire à l’assemblée un petit sifflement d’admiration.

Quand ils finissent par ranger leurs baguettes, la pâtisserie croule littéralement sous le poids des décorations et penche sur la gauche. Richie déplie son immense silhouette et s’empare avec délicatesse de l’assiette sans un mot. Il va ensuite la poser devant la porte du dortoir sur laquelle il frappe trois coups secs, avant de venir se rasseoir. Le silence s’installe de nouveau alors que le bruit d’une porte pivotant sur ses gonds se fait entendre. Ils retiennent leurs respirations, guettant une réaction quelconque.

Au bout de longues secondes, le rire clair de Coleman éclate soudain, surpris et rauque comme s’il lui avait échappé. Quelques termes peu élogieux sur l’intelligence des gens de l’AD sont murmurés par Baddock, bien trop doucement pour être agressifs. Coleman approuve, son rire se changeant en un gloussement nerveux.

Dans la salle, les sourires fleurissent sur tous les visages. Veronica se penche sur la table et souffle ses bougies en un seul coup malgré les gesticulations des figurines. Esther l’applaudit, vite suivit de du reste de la salle. Seamus siffle, Neville éclate de rire alors que Dennis lui demande déjà quel vœu elle a formulé. La blonde lui retourne un air mystérieux et mutin.

« Joyeux anniversaire Slemthey » lâche seulement Coleman, appuyé contre le mur du couloir avec une assurance nerveuse. Il sourit doucement, un sourire bien trop franc pour durer. Et en effet, quelques secondes plus tard, il fronce les sourcils avant de leur montrer la petite figurine s’agitant entre ses doigts.

« Maintenant dite moi. Qui a osé m’affliger d’une auréole ? »

Colin lève piteusement la main, lui tendant un regard de chiot battu.

« Un foutu Gryffondor. Pourquoi ça ne m’étonne pas ? »

Il lève les yeux au ciel, l’air profondément blasé. Toute la salle éclate de rire devant la mine outragée du petit photographe et Coleman lui-même rit discrètement en refermant avec précaution ses doigts sur sa version miniature.

Dans l’ombre, Baddock le regarde faire avec un sourire.

&

Ethan entrouvre les yeux, la tête lourde et le corps engourdi, dérangé par une lumière tamisée mais inhabituelle. Il se redresse légèrement, grimaçant alors que des fourmillements envahissent ses doigts. Rapidement, il repère une baguette où crépite un lumos faible, reposant sur le lit dans le coin gauche du dortoir. Celui des Serpentards. Avant qu’il n’ait le temps de penser à détourner les yeux, il tombe sur une scène qu’il souhaiterait ne jamais avoir surprise. Coleman est assis sur son matelas et

Ethan ne peut distinguer son profil qu’en ombre chinoise. Il chuchote doucement, dans une litanie paisible à laquelle Ethan se refuse de trouver un sens.
Baddock est agenouillé au sol entre ses jambes, le front posé contre son torse. Durant un instant, Ethan se demande s’il n’est pas en train de prier. Mais une fluctuation de la luminosité lui permet d’apercevoir que Baddock serre contre lui le bras gauche de Coleman, ses lèvres pressées contre la peau de son poignet, semblant écouter de tout son être chacune des paroles de son ami.

La voix de Coleman imbibe l’air, se répand dans la pièce et s’infiltre dans les murs. Il psalmodie avec patience son cantique fait de phrases sans sens réel, d’onomatopées douces, de serments et de syllabes rauques entrecoupées d’insultes affectueuses. Un magma de sons n’ayant pour autre but que d’apaiser, de reconstruire l’être qui semble s’effriter doucement, en silence et en remords.

Ethan détourne pudiquement les yeux, gêné par la ferveur presque religieuse qui se dégage du duo. Face à lui, il tombe sur Andrew, parfaitement réveillé. Son sommeil léger l’abandonne au moindre son et il lui a fallu du temps pour s’habituer à ce nouveau dortoir bien plus peuplé. Il le fixe, les bras croisés sous sa tête, l’expression neutre. La mélopée du petit prince des Serpentards flotte entre eux comme un trop plein d’espoir.

Ethan ferme finalement les yeux pour ne plus voir, pour ne plus savoir. Pour que cette scène n’existe plus et qu’elle se noie dans la masse de ses rêves, comme toutes celles qu’il a pu surprendre au creux de la nuit. Car dans l’obscurité, même les courageux Gryffondors peuvent se permettre un instant de lâcheté et fermer les yeux assez fort pour oublier. Oublier que leur réalité étrangle les rêveurs pour en faire des guerriers, oublier qu’elle ne leur permet plus que de vivre des cauchemars.

Ethan resserre sa prise sur le corps fin qui s’est glissé discrètement dans son lit une fois tout le monde endormi, comme il le faisait déjà des années plus tôt. Comme le faisait l’enfant effrayé par le noir, effrayé par un meurtrier rodant dans les couloirs, effrayé par l’abandon. Comme l’enfant qu’il est encore un peu, même s’il s’en défend. Ethan le serre contre lui et même si leurs corps sont bien trop grands, bien trop anguleux pour que la sensation soit aussi douce qu’avant, même si elle est à présent bien plus perturbante que rassurante, jamais Colin n’a été autant à sa place qu’à cet instant et contre lui. Pendant ces quelques heures, il n’appartient plus qu’à lui, et la guerre, la peur, le temps n’ont plus aucune prise sur eux.

Le brun cale son menton dans le cou pâle et laisse ses lèvres effleurer une peau douce, et il s’endort ainsi, sachant parfaitement qu’au matin il ne se réveillera qu’avec le fantôme d’une présence entre ses bras à l’odeur d’amande. Il est déjà bien trop habitué à voir le rêve s’évaporer avec le lever du soleil pour le regretter encore.

Dans le lit en face, comme chaque nuit, Andrew restera le seul témoin de tout ce qui ne peut être exprimé à la lumière du jour. Il refusera d’entendre les promesses qui déborderont de la voix de Coleman et l’unique sanglot sec de Baddock. Il n’observera pas Richie, roulé en boule et tenant sa baguette dans son poing fermé. Il fera mine de ne pas voir Neville regagner le dortoir au petit matin, comme incapable de supporter la vue de tous ces corps endormis, vulnérables, dont il est responsable.

Et, comme toutes les nuits, il fermera les yeux sur les sourires jumeaux de ses voisins, chastement enlacés.

&

Un nuage de vapeur se répand dans la pièce quand Ethan sort de la douche. Il s’étire avec un grognement de satisfaction avant de s’appuyer lourdement sur l’évier. La glace face à lui lui révèle un adolescent aux traits féroces, au regard sombre et au front ridé par l’angoisse. Il y voit un adulte qu’il hait déjà, avec ses cheveux trop longs plaqués sur ses tempes et son rictus saupoudré de cynisme. Il détourne les yeux, amer, et s’asperge le visage d’eau froide. Les éclaboussures glacées sur son torse le font frissonner. Il voudrait pouvoir figer le temps, fuir cette guerre qui se grave sur son corps sans qu’il n’y puisse rien. Mais ils ne peuvent même pas sortir dehors. Ils sont cloitrés dans la salle sur demande, s’imbibant de rêves pour mieux oublier qu’ils apprennent à tuer.

Des bruits de pas précipités et de rires féminins de l’autre côté du mur, s’approchant, lui font froncer les sourcils. Le battant s’ouvre avec fracas pour cogner contre le crépi et les filles s’arrêtent, interloquées et rougissantes. Quelques gloussements ravis et étouffés résonnent. Ethan ne réagit pas et se contente d’un regard noir à travers la glace. Il reconnait dans un coin Veronica, leur petite lionne fatale qui l’observe avec aplomb, une étincelle d’impertinence sur son visage fin. A ses côtés comme toujours, Esther retient un sourire amusé et elle détourne pudiquement les yeux. Ses cheveux rouges et or retombent en boucles lourdes sur ses épaules. Ethan ne peut s’empêcher de remarquer qu’elle a encore maigri malgré tous les efforts de Veronica pour la gaver, et ses veines affleurent à présent sa peau pâle en un réseau bleuâtre.

Avec un air coupable et une petite moue boudeuse, les Gryffondors lâchent leur victime du moment, candidat malheureux au titre de futur relooké de force. A travers le miroir, Ethan croise des iris en dégradé de bleu qu’il a si souvent essayé de dessiner. Le regard est sérieux, et même au milieu d’une guerre cela lui semble encore incongru au creux de son visage.

Ils restent ainsi longtemps, sans bouger, sans parler, sans comprendre. Le regard lui brûle la peau et il en profite. Ses muscles se contractent inconsciemment et roulent sous sa peau comme ceux d’un chat sous la caresse.

Dans ce regard bleu, il se sent faible. Il se sent fort. Il se sent amoureux, toujours plus. De ces traits où l’adulte rattrape l’enfant, de cette bouche fine qui ne sourit pas pour une fois, de ces yeux qui hurlent quelque chose qu’il ne peut pas comprendre. De cet être que la peur et l’horreur ont écorché, fêlé, et qui a choisi de se rafistoler avec des rêves et des rires.

C’est Veronica qui, après avoir haussé un sourcil blasé et moqueur, claque la porte entre eux. Des cris outrés résonnent à l’extérieur, ainsi que le rire fragile d’Esther.
Ethan fixe de nouveau le miroir et son reflet que les ans ont tordu. Après réflexion, il crispe ses doigts sur la porcelaine blanche et essaye de sourire. Ses lèvres s’étirent sans difficulté et il décide de le trouver beau ce sourire simple, un peu hésitant, et cette petite fossette qui lui prouve que le bonheur aussi il a été capable de se l’approprier.

Après une journée de plus à se perdre dans une bibliothèque de sorts anciens et meurtriers, il ne se sent qu’un peu plus souillé. Ils savent pertinemment que cloitrés dans leur tanière, ils ne deviennent rien d’autre que des fauves acculés qui affutent leurs crocs. Ils sont l’armée de Dumbledore, ses petits soldats posthumes. Ils ne sont rien de plus qu’une version actualisée de la chambre des secrets, tournant en rond comme les monstres en puissance qu’ils deviennent peu à peu.

Mais ils sont ensembles. Il est avec Colin. Il est encore capable de sourire, quand il y pense.

Alors au final ce n’est pas si grave.

&

Cachés dans une salle désaffectée, ils ont l’air ridicule à attendre la fin de l’évacuation. Ils ont seize ans, ils ne devraient pas être là, et pourtant ils désobéissent pour participer à une guerre qui ne devrait pas être la leur. Ethan, assis sur une vieille table poussiéreuse, voit Colin serrer sa baguette dans ses doigts et tourner en rond, surexcité et livide, trop déterminé. Un instant, il se demande si Colin fait ça pour combattre aux côtés de son idole, et il grimace devant la vague d’amertume qui le submerge à cette idée.

"Calme toi un peu tu veux ?" Soupire finalement Ethan, le faisant sursauter.

Colin se retourne et s’approche de lui, presque exalté.

"Ils vont payer pour ce qu’ils t’ont fait" Lui murmure-t-il à l’oreille, s’appuyant sur sa cuisse pour conserver l’équilibre.

Ethan lui découvre pour la première fois cet air enflammé, cette fougue vengeresse qui éclaircit le bleu de ses yeux et dessine un drôle de sourire sur ses lèvres fines. Cette vue lui donne étrangement chaud, ça et les doigts posés négligemment sur la toile de son pantalon. Alors il s’incline à son tour et, du bout de l’index, il retrace la cicatrice qui traverse la joue veloutée et qui disparait au niveau de sa mâchoire. Il a beau essayer de s’en empêcher, son geste ressemble de façon troublante à une caresse. Colin sourit, et il sent une fossette naître sous ses doigts. La sensation, nouvelle, n’en est que plus grisante. Et devant ce sourire heureux, devant ce regard qui pétille et la main sur sa cuisse qui resserre délicatement sa prise, Ethan se sent soudain des rêves de victoire. Il veut lui offrir la paix. Il n’a jamais voulu quelque chose de façon si absolue, si exclusive.

Il est tellement plongé dans ses pensées, l’esprit embrumé par des images d’ennemis défaits et de projets d’avenir, qu’il ne réagit pas quand Colin se penche vers lui et pose ses lèvres sur les siennes avec nonchalance, avec assurance. Avec possessivité. Avec tout le naturel d’une évidence. Ethan hausse les sourcils puis laisse sa main se glisser dans les cheveux clairs qu’il a toujours rêvé de toucher.

Ils sont chastes, doux, bien trop pour deux adolescents de seize ans mais ils s’en moquent. Ce baiser n’est qu’un serment, une promesse pour plus, plus tard, plus longtemps. Pour une autre vie, qu’ils auront bien le temps de savourer à deux.

« Depuis quand ? » soupire finalement Ethan, las et amusé, en s’écartant de lui.

« Depuis que j’ai demandé au choixpeau de mettre le garçon grognon dans la même maison que moi ? » lui avoue Colin.

« On ne se connaissait même pas… » murmure Ethan avant de lever les yeux au ciel.

« Non. Mais tu avais l’air de quelqu’un à qui il fallait apprendre à sourire. »

L’air sérieux de Colin arrache un sourire attendri à Ethan. Pour toute réponse, il l’attire à lui, attrapant sa lèvre inférieure entre les siennes. La main du petit photographe dérive discrètement au niveau du ventre d’Ethan avant de s’accrocher au tissu de sa robe, le faisant frissonner. Les doigts d’Ethan quittent les cheveux clairs pour venir frôler la nuque et le rapprocher encore un peu plus de lui.

Le bruit d’une porte s’ouvrant les fait sursauter violemment et c’est dans la précipitation qu’ils essayent de se dépêtrer l’un de l’autre tout en sortant leurs baguettes. Ils reconnaissent cependant rapidement Luna, appuyée contre la porte et les observant avec un sourire flottant.

Colin fronce le nez avant de rire, plus frustré que réellement gêné de s’être fait surprendre. Ethan se lève et vient lier ses doigts aux siens, enroulant son bras autour de sa taille. Ils sont ensembles et soudain, une guerre ça leur semble si peu de chose.

Luna s’approche et se jette à leurs cous, les serrant contre elle et les enveloppant de son parfum de jonquille. Ils se fixent tous les trois avant d’éclater de rire, comme des enfants. En les observant tous les deux, Ethan sait qu’il a devant les yeux l’avenir qu’il compte bien protéger aujourd’hui.

Seul le regard de Luna le dérange un peu, ce regard bien trop sérieux pour lui appartenir et qu’elle pose sur eux. Il y a une sorte de gravité sous jacente dans chacun de ses actes qu’il ne lui connait pas et qui le perturbe, comme une fausse note dans une mélodie familière. Mais après tout, personne ne sait ce qu’a bien pu vivre Luna durant sa séquestration par les mangemorts, et il n’est pas si étonnant de la retrouver un peu changée. Il est bien placé pour savoir que la peur a gravé leurs cauchemars à même le cœur, et que seul le temps pourra les en effacer.

Mais qu’importe, sa main est dans celle de Colin, son pouce dessine des cercles tendres sur sa peau et à cet instant, il est invincible.
 
&

Ethan range sa baguette dans sa robe, s’apercevant seulement que ses doigts sont tellement serrés contre le bois que ses jointures en sont blanchies.

Dans son dos, le parc de Poudlard ressemble à un vrai champ de bataille, uniquement composé de boue, d’arbres arrachés et de cadavres se mêlant sous un ciel gris. Du lac noir émergent parfois les longues tentacules du Kracken, ramenant mécaniquement sur la berge quelques morts anonymes que les Aurors s’empressent de trier, héros d’un côté, ennemis de l’autre. Dans la forêt interdite, les chants funèbres des centaures tournent sans fin, bourdonnement dérangeant adressé à des étoiles dissimulées par les nuages. Les envoyés du ministère rodent dans le parc comme une nuée de mouche, récitant à des ennemis de la paix agonisants une liste de chefs d’inculpation destinés à donner un semblant de justice à cet immense charnier.

Ethan lui s’est détourné et monte à présent avec difficultés les vieilles marches de pierre menant au château, sentant son épaule et tout le côté droit de son corps l’élancer atrocement.

Aujourd’hui, Ethan a vu tomber devant ses yeux Remus Lupin, le loup garou amoureux du chocolat. Il a vu mourir des dizaines de connaissances, les a entendus l’appeler à l’aide sans pouvoir les aider. Ethan a tué, en y prenant du plaisir parfois. Ce qu’il lui restait d’innocence et d’enfance s’est nécrosé et il sait que désormais, les choses ne seront plus jamais les mêmes.

Mais pour l’instant, Ethan s’en moque. Il passe les grandes portes de Poudlard, gisant misérablement au bout de leurs gonds, immenses géants penauds ayant été incapables de protéger le sanctuaire dont ils étaient les gardiens. Le hall gigantesque du château est agité d’une frénésie fébrile, semblable à une ruche éventrée. Des hurlements à glacer le sang rebondissent contre les murs de pierre, s’entremêlant à des pleurs et des rires. Au sol, deux rangées cadavres forment une allée morbide menant à la grande salle, involontairement rassemblés en une haie d’honneur malsaine pour les survivants. Le plafond enchanté de la grande salle éclaire d’une lumière tremblotante et cendreuse la scène, s’écoulant à flot par les portes ouvertes. L’orage magique qui y gronde semble se déchainer, beauté apocalyptique indifférente à ce qui se déroule en dessous d’elle.

Quelqu’un bouscule Ethan, resté figé entre les grandes portes. Il reconnait aussitôt une boucle d’oreille radis orpheline et la douce odeur de jonquille et il sourit, profondément soulagé de la retrouver vivante. Luna semble un peu abimée, ses cheveux blonds roussis par les sorts et ses mains écorchées, mais ce n’est pas ce qui étouffe soudain le bonheur d’Ethan alors qu’il la dévisage. C’est ce regard bleu, fixe, absent, qui ne semble même pas le voir. Il ne connait que trop cette résignation horrifiée, ce calme vide dans les yeux immenses. Ginny l’appelait en riant son regard de médium, imitant à grand renfort de grimace Trelawney en pleine crise.

Luna, leur petite sorcière de conte, leur petite fée maudite. Leur Cassandre des temps moderne, destinée à voir ses prédictions se réaliser.

Ethan se souvient soudain de son sourire tordu en les trouvant enlacés dans cette salle vide et il l’écarte sans délicatesse. Il part à grands pas, porté en avant par un espoir désespéré teinté d’horreur.

Dans son dos, Luna pleure en silence.

Ethan remonte le plus vite possible le hall, mais chacun des visages blêmes semble le retenir. Ici une connaissance, là un homme qu’il a aperçu en mauvaise posture, là un parent d’un de ses amis, là une jeune femme sans personne pour la regretter ; tous semblent l’accuser alors qu’il passe devant eux sans s’arrêter, sans même avoir le temps de les pleurer.

Soudain ses pieds s’emmêlent, il ralentit, manque de tomber, emporté par son élan. Il a reconnu immédiatement cette famille soudée, éplorée, aux flamboyantes chevelures rousses. Ginny pleure contre le torse de Ronald, lequel presse son visage contre les cheveux de sa sœur en sanglotant silencieusement. Ils sont tous là, enfermés dans une douleur impossible à accepter, entourant les jumeaux, morts tous les deux, mais seul George respirant encore. Il a les yeux secs le dernier sorcier facétieux, et il se contente de bercer le corps de son frère dans un balancier lent, hypnotique. Il sourit presque, comme un pantin brisé, et durant un instant Ethan se demande s’il n’est pas devenu complètement fou. Mais il comprend en voyant tant de choses se dissoudre dans son regard qu’il n’a malheureusement pas eu cette chance.

Se remettre à marcher, arracher son regard à celui de George est la chose la plus terrible qu’Ethan n’ait jamais faite, et il sait confusément qu’en lui tournant le dos il vient de repousser la main tendue d’un homme en train de se noyer.

Ses pas ne le portent pas loin et cette fois il stoppe complètement, foudroyé. Cette robe de flanelle il la connait trop bien, ainsi que cette chevelure lourde, d’un blond lumineux. Elle se tient pliée en deux leur princesse, brisée, ployant sous son poids comme le ferait une fleur sous la pluie. Elle se retourne brusquement et Ethan recule instinctivement, trébuchant légèrement. Le beau visage de Veronica est griffé, crispé dans une terreur proche de la révulsion. Elle reste là, ensanglantée, silencieuse et déchue, ombre de la jeune fille pétillante et assurée au regard farouche. Ethan ne voit pas distinctement ce qui a réduit la superbe blonde en cendres, mais la révolte horrifiée qui l’entoure lui donne un indice qui lui mord le cœur.

Le regard de Veronica est posé sur lui et durant une seconde il est la cible d’une haine pure, d’une rancœur absolue. Puis les yeux sombres s’éteignent de nouveau et Veronica se détourne et se replie sur elle-même, indifférente à ce qui l’entoure.

Alors Ethan continue son chemin, déjà trop dévasté par un pressentiment terrible qui le porte en avant, l’esprit blanc. Sachant qu’aucun de ses mots ne pourraient de toute façon excuser le fait qu’il soit encore en vie quand le corps féminin étendu sur le sol ne l’est manifestement plus. Ethan a aperçu entre les poings serrés aux jointures blanches de Veronica une mèche de cheveux rouges et or et l’air qu’il respire lui semble plus épais de la mélasse.

Finalement c’est entre deux corps anonymes, près de la porte de la grande salle, que son horreur se cristallise en une silhouette immobile à l’expression paisible et aux cheveux clairs.

Avec un son entre le grondement rauque et le rire hystérique, Ethan se laisse tomber à genoux sur le sol. Il tend une main presque craintive vers sa poitrine, comme pour le réveiller, s’attendant presque à le voir sauter sur ses pieds. Mais il n’obtient aucune réaction de ce qui n’est déjà plus qu’un corps où aucun cœur ne bat. Ses doigts s’enfoncent dans le tissu noir et Ethan le tire à lui dans un geste incontrôlé.

Il lui murmure qu’il a trouvé Alecto Carrow, qu’il ne pourra jamais plus lui faire de mal. Que Voldemort est mort, que Harry Potter a vaincu, qu’ils sont libres à présent. Il le supplie juste d’ouvrir les yeux, juste un peu, de lui faire un signe, pour que tout aille mieux. Il lui affirme que ce n’est pas grave, que Mme  Pomfresh pourra régler ça, comme en première année, et qu’après ils iront féliciter Potter tous les deux. Ethan consentira même à lui serrer la main, si seulement Colin accepte de lui sourire.

Mais Colin ne lui répond pas, ne bouge pas. Ethan guette pendant longtemps, espérant contre toute logique, incapable d’accepter cette immobilité définitive du corps qui s’est blotti contre le sien durant six ans. Il voudrait évacuer ce néant qui gonfle peu à peu dans sa poitrine et sa raison qui lui hurle ce qu’il refuse d’imaginer, étranglant cet espoir absurde auquel il se raccroche encore. Il voudrait pleurer leur rêve changé en cauchemar, mais il s’aperçoit qu’il ne peut plus le faire sans un regard doux et dévasté en face de lui. Les paupières sont closes, le regard mort, et Ethan ne sait plus pleurer.

Une main se pose sur son épaule, le faisant sursauter. Il se retourne vivement, avec l’agressivité d’une bête blessée. Le médicomage derrière lui recule et tente un sourire désolé, son regard débordant de compassion et de tristesse. Il lui parle doucement, comme pour l’amadouer, et lui dit qu’il doit se faire soigner rapidement, que ses blessures ne sont pas belles à voir. Ethan ne répond rien et repose son regard sur la silhouette comme endormie près de lui. L’homme insiste puis, au bout de longues minutes, finit par faire demi-tour avec un petit soupir las.

Ethan serre les dents pour s’empêcher de lui demander où il était durant la bataille, pourquoi ils n’arrivent qu’une fois le danger passé. Il voudrait lui cracher au visage que c’est lui qui devrait être étendu au sol, sans vie, et pas des enfants de seize ans. Que ce sont les adultes qui devraient perdre la vie pour sauver un monde dont ils sont responsables, pas des adolescents dévorés par un rêve qui n’aurait pas dut être le leur.

Mais au fond, ce médicomage, il l’a déjà oublié.

Ceux qui passent près de lui lui semblent étrangers, tous coupables du même crime. Il les hait tous, de toutes ses forces, sans distinction. Ceux trop enfoncés dans leur malheur pour s’apercevoir que sa vie gît là, sur le sol poussiéreux. Ceux qui se réjouissent que tout soit fini, que Potter ait vaincu. Ceux qui sont heureux que l’étoile ait survécu, ignorant que son berger a disparu.

Ils ont obtenu la paix dont ils ont tant rêvé, mais Ethan n’a plus personne à qui l’offrir alors il s’en moque.

Sous ses doigts, il sent soudain quelque chose d’étrange. Il fouille la robe, les mains tremblantes et tentant de ne pas toucher la peau déjà refroidie, et finit par sortir un petit bout de papier glacé, froissé et abimé qu’il reconnait immédiatement. Il a un sourire amer en reconnaissant cette scène immortalisée par Ginny, des années auparavant, avant que le monde ne bascule. Le petit châtain y rit aux éclats, encore et encore, et cela lui semble indécent alors qu’il est là, à ses pieds, tellement immobile et blême. Colin avait pourtant affirmé l’avoir jetée, cette seule photo de lui, et Ethan comprend qu’il doit la garder depuis tout ce temps, ce tout petit morceau d’eux deux, juste au niveau de son cœur.

Il trouve ca stupide et niais. Ca ne l’empêche pas de la garder.

Ca ne l’empêche pas d’en mourir un peu.

Finalement, il se relève avec une grimace. Il a l’impression d’avoir cent ans et que ses articulations sont remplies de sable. Il jette un coup d’œil indifférent autour de lui et c’est avec un détachement horrifié qu’il se rend compte qu’il n’a pas vu Coleman et son regard trop fier, rongé par la peur, ni Baddock et ses sourires en coin. Qu’il ne sait pas où sont Lee et Neville. Que Richie, Andrew et Geoffrey ne sont pas à ses côtés, et que ça n’est pas normal.

Il voudrait être foudroyé par la folie, là, s’écraser au sol, l’esprit tordu et inconscient des choses. Il voudrait disparaitre aussi. Il voudrait pleurer, mais il en est incapable depuis que le regard en dégradé de bleu s’est fermé pour la dernière fois.

Ils ont gagné la Guerre. Son ricanement lui écorche la gorge et ressemble à un gémissement d’animal perdu. Enfant homme au bord du gouffre, déjà tombé peut être.

Ils ont gagné…

&

Dans quelques années, Ethan Lynkilen aura repris avec talent la suite de son père et les quelques balais marqués de sa griffe feront rêver des milliers d’enfants et d’adultes. Sa richesse et son physique agréable feront de lui une personnalité récurrente des soirées rassemblant la noblesse sorcière. Plusieurs heures par semaine il sera entouré de femmes apprêtées à l’odeur de poudre et de parfum luxueux, se mêlera le moins possible de politique tout en se montrant aimable avec des clients potentiels.

Parfois il y croisera Coleman. Ils ne s’autoriseront qu’un regard complice, jamais plus. Trop de fantômes les sépareront désormais, et leurs conversations se borneront à une hostilité de surface, des piques taquines et une amitié implicite. Coleman, surnommé le « génie borgne » par tout le Londres sorcier et l’un des plus jeunes ministres de l’histoire ; sans conteste le plus brillant. Ses discours conquerront les foules et ses actes lui vaudront un respect bien mérité. Son premier choix, à dix sept ans à peine, blessé à l’œil et ruiné par la guerre, de remettre l’intégralité de la fortune léguée par feu l’héritier Baddock à un orphelinat de guerre aura choqué l’intégralité de la noblesse sorcière et lui aura bien involontairement offert le cœur des couches plus basses de la population. Lui, le fier Serpentard, le sang pur abîmé, sera considéré comme un rénovateur et un homme du peuple. Ce qui ne manquera pas de faire ricaner Ethan.

Et au bras de Coleman, Ethan pourra aussi retrouver sa femme, Veronica Coleman. L’ancienne rouge et or sera alors considérée comme l’une des plus belles femmes du moment et sa présence capturera les regards  et les cœurs avec toute la facilité de la flamme sur des papillons. Sa morgue, ses conversations mordantes et pleines d’esprit seront recherchées par tous ses admirateurs. Ethan s’attirera des regards jaloux et envieux quand elle lui sautera au cou pour le saluer, bravant les bonnes mœurs et l’atmosphère guindée, le noyant dans sa douce odeur de lys. Ils parleront un peu des lettres envoyées de différents pays par Richie et Andrew, célèbres joueurs de l’équipe bulgare de quidditch, et Geoffrey, partit recenser de rares plantes curatives d’une jungle perdue, tous fuyant une popularité qui les horrifiait.

Ils auront beau rire tous les deux des récits de leurs disputes et de leurs bourdes, Ethan aura du mal à la fixer dans les yeux. Car il l’aura connu des années auparavant et il ne pourra que distinguer sous tout ce clinquant la fleur fanée que sera devenue Veronica, plante prometteuse à qui l’on aura arraché son tuteur. Lionne aux crocs émoussés. Reine vaincue. Sublime dans sa déchéance dissimulée, ne souriant vraiment plus qu’à des ombres.

Ethan entendra les autorités bien pensantes lui parler de la guerre, de l’horreur de cette époque qui avait traumatisé une génération, tout en dégustant des toasts d’œufs de crabe de feu. On s’amusera de sa manie de fuir les journalistes et de refuser de poser pour un photographe. Ils lui rappelleront cet incident, quelques mois plus tôt, où il avait lancé un sort à l’un d’entre eux après que ce dernier ai tenté de lui voler un cliché au milieu du chemin de traverse. Ils riront de cette anecdote. Il se contentera d’un sourire mystérieux, qui captivera les regards féminins. Parfois Luna sera là, pleurant à sa place en silence, s’attirant des rictus moqueurs, et Ethan s’en voudra un peu de ne plus être capable de l’imiter depuis des années.

Il les écoutera placidement lui parler de son passé, avec des regards admiratifs et gorgés d’une pitié affligeante. Il se fera appeler « enfant de la peur », on le plaindra mais on vantera ses exploits de jeunesse.

Il leur dira parfois, quand il aura bu trop de champagne, qu’ils étaient avant tout les enfants d’un rêve trop grand pour eux.

Mais la plupart du temps, il se contentera de dissimuler son sourire amusé à l’arrière goût d’amertume derrière une flute en cristal, portant un toast à sa lâcheté et son hypocrisie, et il gardera ses pensées pour lui.

Il ne leur décrira pas les farces de Ginny. Les regards sereins de Luna. La fierté de Neville. L’expression exaspérée de Coleman pour travestir ses sourires trop francs. Les silences consternés de Baddock. Les jumeaux Weasley l’accueillant en lui ébouriffant les cheveux. Les plaisanteries douteuses de Lee. La fierté de Veronica et ses manières princières. La tendresse d’Esther, le serrant dans ses bras et lui embrassant le front en guise de bonjour. Les rires doux de Colin, son visage si paisible la nuit. Ses mains blanches se mouvant dans les potions de révélation dans des gestes précis et fluides, faisant naitre le monde sur des bouts de papier. Ses sourires en coin, complices, durant leurs parties d’échecs. Sa façon de froncer le nez quand il s’énervait. La fougue dans ses yeux trop bleus.

Il ne leur parlera pas des fou-rires, des mains dans ses cheveux, de la douceur de l’herbe sous leurs corps, des oreillers éventrés, du dortoir rempli de plumes et de respirations chaotiques et hilares. Des devoirs finis à la va-vite dans un couloir, des parties d’échecs endiablées, des livres poussiéreux et des matelas s’affaissant sous un autre poids. De cet avenir qu’ils s’étaient créé près d’un feu de cheminée, au cœur de nuits noires, au goût d’éternité. De cet espoir qui les enivrait. De ces rêves qui les étouffaient.

Il préférera s’éloigner en silence, souriant toujours légèrement. Parce qu’il sera adulte et qu’il n’aura plus d’excuse pour leur rire au nez. Parce qu’il les trouvera ridicule, macérant dans leur suffisance. Parce qu’il ne voudra qu’une seule chose, leur demander s’ils s’étaient vraiment battus pour ça. Pour servir de sujet de conversation à des dirigeants pompeux n’ayant même jamais vu un champ de bataille et avides de se faire peur. Parce que ses envies de briser tout autour de lui ne feraient qu’alimenter les ragots, qu’on le dévisagerait avec compassion et compréhension en se délectant du scandale.

Il rentrera chez lui, juste un peu vieilli, un peu plus usé. Il jettera ses affaires sur un de ses meubles trop modernes, se moquant complètement de voir un peu de désordre briser l’esthétique  presque aseptisée de son salon. Comme toujours, il se servira une bièraubeurre tiède, savourant son goût sucré comme il siroterait une potion d’éternelle jeunesse. Il se trainera dans sa chambre, mettant son ivresse sur le dos de son passé traumatisant. Ricanant, il se glissera dans sa chambre en semant ses vêtements sur son chemin.

Finalement, il s’assiéra sur son lit. A la lumière de la lune, il accrochera comme toujours les éclats de couleurs fixés partout sur ses murs. Des fragments d’une vie passée, volés à des petits albums photos blancs oubliés sous une mer d’oreillers par une famille éplorée des années auparavant. Alors seulement il se souviendra qu’à une époque il avait aimé ce monde. Qu’il l’avait trouvé beau derrière l’objectif d’un petit berger perdu au cœur d’un château magique.

Il s’installera sous ses draps, apaisé. Il pensera aux enfants en train de rire dans leur dortoir en haut de la tour de Gryffondor au même moment, se couchant la tête pleine de promesses d’avenir glorieux et sans autre peur que celle d’obtenir de mauvaises notes à leurs examens. Il imaginera les escapades nocturnes, les baisers volés et les rires dans l’obscurité des dortoirs. Il oubliera son amertume, son cynisme et sa vieillesse prématurée pour se souvenir de quelques années où on lui aura appris à rêver. Et il sera fier, un instant, d’être lui et d’avoir participé à tout ça. Il sera presque heureux dans cette pièce habitée par tant de fantômes collés sur papier glacé.

Et il s’endormira, veillé sur sa table de nuit par une photo abîmée par le temps où un petit châtain au regard tendre sera en train de rire aux éclats, encore et encore.

Fin

 

Note de fin (oui, vous avez fini par y arriver, toutes mes félicitations :p): Enfin, voici publié ce monstre qui grandissait dans mon ordi depuis des mois. J'espère que vous ne vous êtes pas trop ennuyés et que vous avez survécus à autant de pages sur Colin Crivey :p (je sais, c'est dur). En tout cas j'ai essayé de rester le plus fidèle possible au livre, mais je m'excuse d'avance si certains détails m'ont échappés :/

et maintenant, comme promis, les illus! (le seul point positif de cette fic :p)

Colin, par Akroma: http://nsa14.casimages.com/img/2010/04/08/100408113108514202.jpg

Ethan et Colin, par Gevoel:http://nsa15.casimages.com/img/2010/04/08/100408113201148343.jpg

Colin, par Gevoel (et sachez que je ne plussoie pas le message :p):http://nsa14.casimages.com/img/2010/04/08/100408113211645064.jpg

Sur ce, sachez que tous vos mots d'amour pour Artoung seront transmis à l'interressée :D Donc n'hésitez pas :p

Merci d'avoir pris le temps de passer sur cette fic,

artemis

 
 
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