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au 07 Jan 09 :
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Perle Grise
Par Missma
Harry Potter  -  Romance/Humour
6 chapitres - Rating : K (Tout public)
    Chapitre 5     Les chapitres     9 Reviews    
Quand le plan fonctionne.. a moitié

Note: Je sais je sais, je suis impardonable! Je me rattrape avec un chapitre plus long que les autres, car il fait plus de 5000 mots, ceci étant dû à un POV de Sirius un peu plus étoffé. J'espère qu'il vous plaira!

MERCI à:

Rika

Lulu

Dont les reviews me font toujours chaud au coeur! Bonne lecture!

Chapitre 5: Quand le plan fonctionne.. à moitié.

Inspirer. Expirer. Tout ira bien. Tout ne peut qu’aller bien. De toute façon, je ne vois pas comment ca peut être pire. Au mieux, elle m’envoyait gentiment balader, prétextant un devoir de métamorphose ou de potions. Au pire.. Elle me hurlait qu’elle n’avait rien à faire avec une Serpentarde vicieuse, méchante et sournoise. Dans les deux cas, elle refusait. Pour le moral, mieux valait ne pas partir avec trop d’espoirs, la chute n’en serait que plus dure dans le cas contraire. C’est comme aller chez Honeyduck, salivant à l’avance de l’énorme paquet de Chocogrenouilles que vous allez acheter. Et là, vous vous retrouvez devant le panneau indiquant que le magasin est fermé. Bien qu’en y réfléchissant, ma situation avec Lily ressemblait plus à une boîte de Tasse a Thé Mordeuse qu’à un paquet de ces délicieuses Chocogrenouilles.

Elle était là, assise sur une table à l’écart. Seule. Deux propositions. Merlin serait-il de nouveau avec moi? Ou bien l’abus d’alcool aurait-il altéré le peu de cerveau qu’il avait déjà? Une Serdaigle s’approcha alors pour lui demander des informations. La deuxième solution était la bonne, je crois. Je m’arrêtais net, attendant que cette morveuse s’en aille. Je dis morveuse, car sa taille ne pouvait décemment pas lui conférer le statut de.. de.. Merde, mais je suis petite également. Cela signifierait que l’on a l’habitude de me prendre pour une deuxième ou une troisième année? Je secouais la tête. Pas le moment de penser à ça, j’étais en mission. Ouais, en mission, ca sonnait bien. Genre espion. Il me manque juste la combinaison moulante. Et le corps qui va avec. Mettre une combinaison moulante à une branche de céleri n’est pas forcément agréable à regarder. Mais passons. J’entends assez parler de régimes à base de fruits et de légumes dans mon dortoir sans, en plus, devoir en parler lorsque je raconte ma vie. Je suppose qu‘elle est déjà assez assommante comme ça.

Un pied devant l’autre. Voilà. Le gauche ou le droit maintenant? Bah, peu importe, celui qui arrivait. Aouch. Coin de la table. C’est en étant à deux doigts de tomber le nez sur le carrelage que je compris que le gauche venait toujours avant le droit. On en apprend chaque jour un peu plus, n’est-ce pas merveilleux? Douce volupté. Enfin bref, assez de bêtises, déjà que je suis blonde, je ne vais pas donner aux autres une nouvelle raison de se foutre de moi.

- Lily? Je suis désolée, vraiment désolée, je te jure que cela ne se reproduira plus!

Vous en conviendrez, cette phrase aurait été idéale, et le moyen le plus sûr de regagner l’amitié de Lily si elle avait été prononcée par.. moi. Ce qui n’était nullement le cas. En effet, j’étais toujours derrière mon étagère, regardant d’un œil la jeune Poufsouffle ramasser les feuilles de parchemins qu’elle avait laissé tomber en se heurtant à Lily. De l’autre, je regardais dans quel rayon je m’étais engouffrée Section Histoire de la Magie. Bouark. J’étais vraiment maudite hein?

Cependant, la chance commençait à me sourire -ou du moins à ne plus me grimacer- car Lily avait dans ses bras un énorme volume traitant justement de cette matière, sûrement pour aller le ranger. J’étais face à mon destin, je ne pouvais plus reculer. Enfin, destin, façon de parler. Et puis, de toute façon, je n’aurais pas pû reculer même si je l’avais voulu, j’étais appuyée contre le mur. Il y a vraiment des expressions idiotes.

- Tomson?

Oups. Mes pensées m’avaient légèrement fait perdre pied avec la réalité, et je ne l’avais pas vu arriver. Résultat? C’était elle qui m’avait trouvé. Mon plan déjà foireux à la base venait de prendre l’eau. Quand je vous disais que je n’étais pas faite pour être agent secret. Je serais capable, en plein milieu d’une mission, de me demander s’il y avait vraiment deux sortes de pommes de terres dans le ragoût, c’est vous dire. Mais revenons à nos moutons. Ou plutôt, dans ce cas de figure, à nos Gryffondor. A notre Gryffondor. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir dire moi?

- Euh..

Deux solutions s’offraient à moi. Soit je la saluais aussi -enfin, elle ne m’avait pas vraiment salué, mais bon-, soit je profitais de l’hésitation évidente qu’elle avait montré à m’appeler ainsi, car l’obscurité de cet endroit rendait difficile la reconnaissance des visages, et je me faisais passer pour quelqu’un d’autre.

- Oui, c’est moi.

Vous avais-je déjà dit que j’étais une fille qui n’avait aucune notion de survie?

- Qu’est-ce que tu fais la?

Que pouvais-je faire debout, dans le rayon de la bataille des Gobelins et autres évènements historiques aussi intéressants que la couleur des chaussettes de Slugorn? Je faisais pousser des plantes voyons. Surtout des vertes, parce que je n’aimais pas le rouge, le jaune était trop voyant, et le bleu n’allait pas avec mon superbe uniforme. Ca va comme réponse?

Non, je n’allais quand même pas lui dire ca. J’étais venue pour faire la paix. Enfin, lui demander un service. Faire la paix était déjà un stade supérieur, je n’allais pas tenter le destin. Si je commençais dès le début à l’agresser, je n’allais pas m’en sortir. Je respirais un bon coup.

- Eh bien.. En fait.. Je voulais te parler. En privé, ajoutais-je en voyant le regard curieux que lançaient déjà les autres élèves présents.

Elle se retourna, les aperçut également, et se mordit la lèvre. Elle réfléchissait, pesait le pour et le contre. Puis elle finit par soupirer.

- Très bien. Laisse moi le temps de ramasser mes affaires.

Cachée dans l’ombre de l’étagère exaltant l’odeur de poussière, je l’attendis. Je vis des personnes l’entourer en chuchotant, et Lily les faire partir d’un geste de la main. S’inquiétaient-ils de la santé de leur pauvre petite préfète? C’est évident, sitôt parties de la bibliothèque, je me jetterai sur elle pour la dévorer. J’adore les rousses, elles ont un goût très épicé. Mais passons.

- Allons-y, me dit-elle sans me regarder.

Je la suivis. Passées les portes, je respirais longuement. Les regards des autres élèves à la bibliothèque n’étaient pas ce que l’on pouvait appeler chaleureux. Elle continuait son chemin, sans même me jeter un coup d’œil. J’accélérais le pas.

Une salle de classe vide ferait l’affaire. N’importe quel endroit, du moment qu’il était désert. Elle dût penser la même chose que moi, car elle s’engouffra dans ce qu’il semblait être une ancienne classe de Sortilèges, en vue des monceaux de plumes cassées sur les étagères et des coussins sur le sol. Je m’assis sur l’un d’entre eux, redoutant la conversation qui n’allait pas tarder à arriver. En effet, à peine avais-je posé mes fesses sur ce coussin déplumé qu’elle se tourna vers moi.

- Qu’est-ce que tu veux?

Je ne m’étonnais même pas de la froideur de sa voix. A vrai dire, qu’elle m’accueille à bras ouverts m’aurait choquée.

- Je te l’ai dit, je voulais te..

- Non, sûrement pas. Tu veux me demander quelque chose. Tu ne serais jamais venue me voir juste pour « parler ».

Touchée. Merlin, pourquoi avait-elle était dotée d’un cerveau supérieur à celui de la moyenne? Qu’elle n’ait que le QI d’une dinde congelée m’aurait vraiment arrangé sur ce coup-là. Bon, ok.

- Oui, je voulais te demander.. un service.

- Un service?

J’avoue, la situation était compliquée. Amies a 11 ans, devenues ennemies quasiment le même jour. Aucun contact depuis 6 ans, et voilà que je réapparaissais subitement dans sa vie pour lui demander de l’aide. Mais me fixer avec des yeux ronds ne changera pas le problème.

- Je sais, soupirais-je. Mais tu me semblais la meilleure personne à consulter.

Elle ne répondit pas, continuant de me regarder avec ce regard impénétrable. Moi, j’avais les mains croisées, mon ongle profondément enfoncé dans ma peau. Jusqu’au sang. Ce n’est qu’en sentant une vive douleur au creux de ma paume que je relâchais un peu la pression.

- Lily, parle au moins..

Je rêve, ou je venais de l’appeler Lily? Elle dût être aussi surprise que moi, car elle mit un certain temps avant de reprendre la parole.

- Je parle. Dans ma tête. Et je t’insulte de tous les noms d’oiseaux que je connais.

Ca, c’est fait. Mais il ne fallait pas que je me laisse décourager par cela. N’y voyez pas de courage, mais plutôt de la peur d’affronter seule le bal. Oui, on a sa place à Serpentard ou on ne l’a pas.

- Bon écoute-moi Lily. Je sais que je n’ai pas été très sympa ces dernières années et..

- Pas très sympa? Complètement indifférente oui.

Bon, ca ira comme ca hein. Je peux finir?

- … Et je sais aussi que ce n’était pas la meilleure chose à faire. Mais j’ai vraiment besoin de ton aide, sinon je ne serais pas venue me ridiculiser devant tout ces intellos décérébrés pour venir te parler.

Argument choc, qui sembla la faire réfléchir puisqu’elle resta silencieuse. Pitié, pitié, pitié, pitié, pitié, faites qu’elle accepte. Elle me tourna le dos et se mit à faire les cents pas autour de la pièce.

- Six ans, commença-t-elle.

- Je sais je..

- Six ans que tu ne me parle pas, que tu m’ignores complètement.

- Mais si je t’expliquais pourquoi je..

- Et si c’était encore un de tes tours pour te moquer de moi?

Bonne idée, mais non. Je n’aurais tout de même pas traversé la moitié du château pour lui jouer un tour, qui plus est un tour qu’elle aurait deviné, n’est-ce pas? Bien que certains Serpentard soient, je l’avoue, assez stupides pour faire cela.

- Je te jure que non, tu dois me croire!

- Croire? Dit-elle. Croire? Alors que la dernière image que j’ai de toi, c’est celle d’une fille me tournant le dos, durant notre premier jour à Poudlard? Le plus beau jour de ma vie?

- Ce n’était pas de ma faute, je..

Comment lui expliquer mes parents, leurs stupides croyances, la pression qu’ils me mettaient sans pour autant m’aimer malgré mes efforts, le fait que je voulais la protéger? Découragée, je baissais les bras que j’avais auparavant levé.

- Tu n’as pas idée, tu ne peux pas comprendre, dis-je en baissant la tête.

- Alors, explique moi, répliqua-t-elle en venant s’asseoir à mes côtés, sur un coussin rose pâle absolument affreux.

Mais qu’importe la couleur du coussin.

- Je.. Mes parents..

Le fait qu’elle me regarde cette fois-ci sans aucun dégoût, mais seulement avec attention, me donna du courage. Et je lui expliquais tout.

- Joy, mettez donc les affaires de Mademoiselle dans sa valise. Oui, celle-la, la noire, avec les poches sur le devant.

Droite, fière, imposante, ma mère donnait des ordres aussi naturellement que s’il s’agissait de demander l’heure ou de décrire le temps qu’il faisait. Derrière elle, la dénommée Joy, notre nouvelle domestique, fraîchement débarquée d’Irlande, tout juste âgée d’une vingtaine d’année, acquiesçait frénétiquement de la tête tandis que la femme continuait son long discours. Derrière Joy, ou plutôt à côté étant donné la lenteur à laquelle elle marchait pour rester derrière ma mère, je levais les yeux au ciel, exaspérée. N’étais-je pas capable de faire ma valise moi-même?

- Et surtout, mettez tout ce qui peut lui être utile, sans rien oublier. Je veux que ma petite fille ne manque de rien à Poudlard, ajouta-t-elle en allant vers moi et en me serrant contre elle.

Raide, guindée, son étreinte ressemblait plus à un plaquage de mon corps contre le sien qu‘à un réel geste d‘affection. Plaquage qui ne dura d’ailleurs que quelques secondes, mais qui me permis de sentir son parfum. Violette. D’aussi loin que remontait mes souvenirs, elle s’était toujours aspergée de ce parfum hors de prix à la violette. Je détestais cette fleur, elle me faisait trop penser à elle.

En face de nous, Joy nous regardait d’un air attendri. Ben voyons. Je pouvais aisément savoir ce qu’elle pensait: « L’amour entre une mère et sa fille, c’est merveilleux ». Mais moi, je savais que ce n’était qu’une mascarade grotesque pour sauver les apparences et donner l’image d’une mère aimante à ses amis et aux autres. Cela aurait été un coup à son image dans le monde si l’on savait à quel point elle détestait sa fille aînée. Mais j’y étais habituée, et ne cherchais même plus à me débattre de cette étreinte glacée. Je me contentais à chaque fois de changer de vêtements, afin de ne pas sentir cette odeur honnie sur moi.

- Merci Maman, me contentais-je de dire d’une voix morne.

Une fois Joy partie, elle se tourna vers moi. Plus aucune lueur de bonté dans son regard. Rien que cette dangereuse froideur, cette éternelle indifférence.

- Et tâche de ne pas te faire remarquer.

- Oui Maman.

Ne pas se faire remarquer sous entendait ne rien faire d’indigne à mon rang bien sûr.

- Poufsouffle sera à éviter, si tu ne veux avoir de graves problèmes au sein de la bonne société. Gryffondor également, je dirai même que c’est la pire chose qui puisse t’arriver. Serdaigle n’est pas une mauvaise maison, mais je refuse que tu y aille. Tous les membres de notre famille sont passés par Serpentard. A part ton cousin au 5ème degré, ajouta-t-elle avec un sifflement de mépris. Ce sera donc Serpentard.

Et comment voulait-elle que j’atterrisse à Serpentard comme ça? Ce n’était même pas moi qui choisissais lors de cette foutue répartition! Cependant, ej savais que cela ne servait à rien d’insister.

- Oui Maman.

Combien de fois cette courte phrase avait traversé mes lèvres? Je n’avais presque jamais rien dit d’autres à ma mère. Oui Maman, Non Maman. Nous continuâmes à marcher en silence le long du couloir, jusqu’à ma chambre. Là, elle se tourna vers moi.

- Tu dois savoir que le directeur est quelque peu.. fou, à Poudlard. Il accepte n’importe quel élève, du moment qu’il sait tenir une baguette et prononcer un sortilège. Tu verras donc un peu de tout, et surtout des Sang de Bourbe, des Sang mêlés et des traîtres à leur sang. Je ne veux en aucun cas que tu les fréquente. Tu es une Tomson, et notre nom ne doit pas être sali par des fantaisies de gamine inconsciente.

Elle caressa lentement sa baguette, et un léger rire froid s’échappa de sa bouche.

- En cas inverse, cela ne fera qu’un indigne de moins sur cette terre.

Et elle partit, me laissant seule devant la porte de ma chambre.

Lentement, je relevais les yeux vers Lily, qui ne m’avait pas interrompu une seule fois. Les yeux dans le vague, elle semblait pensive, tant elle était immobile. Je levais la main et lui touchais l’épaule.

- Lily?

- Tu as préféré écouter ta mère?

- Lily je..

- Notre amitié était-elle donc moins forte qu’un ordre d’une mère qui ne se souciait que de son nom?

Je baissais le bras, les yeux au sol. Elle avait raison. Je n’étais pas courageuse, je ne l’avais jamais été. J’avais préféré fuir, me retrancher derrière ce que ma mère me disait, pensant que cela allait me rendre la vie plus facile. Somme toute, je me déchargeais de ma responsabilité. Et je n’avais pas eu conscience que j’avais fait souffrir quelqu’un.

Mais je pouvais me rattraper. Je pouvais tout changer désormais. J’allais faire part de cette réflexion à Lily, lorsqu’elle se leva brusquement. J’esquissais un geste afin de la retenir, mais elle se dégagea doucement.

- J’ai besoin de temps pour réfléchir à tout ça, seule, souffla-t-elle avant de partir précipitamment de la pièce.

- Lily!

Elle s’arrêta, déjà arrivée à la porte.

- Je suis désolée, murmurais-je, avant qu’elle n’ouvre la porte et s’en aille.

Je restais quelques minutes immobile. Avais-je pris conscience de ce qui venait de se passer? Je me levais lentement, les yeux regardant un point invisible. Mes yeux piquaient, mais je ne m’étais jamais accordé de luxe de pleurer je ne le ferais pas aujourd’hui. Et pourtant. Soudain, aussi rapidement qu’un torrent en furie traversait un barrage détruit, les larmes arrivèrent. Je m’écroulais sur le sol, laissant échapper ces rivières d’eau salée. Je ne pleurais pas à cause du bal auquel je n’allais pas assister, cela m’étais bien égal finalement. Ma sœur pouvait gagner ses 15 Gallions, je m’en moquais. Je pleurais parce qu’il fut un moment où, assise à côté d’elle, j’avais vraiment espéré. J’avais pensé qu’elle me pardonnerait, qu’elle comprendrait.

Sans bruit, je me levais. Les yeux secs, les vêtements en ordre. Inutile de me faire remarquer. Redressant les épaules, je sortis à mon tour de la pièce, me dirigeant vers la Grande Salle. Le repas allait bientôt commencer.

Dans les couloir, je croisais des couples, provenant de différentes maisons. Sans savoir pourquoi, je ressentis un étrange tiraillement au fond de moi. Sûrement le dégoût. J’arrivais rapidement devant la porte de la Grande Salle, que j’ouvris. Ma table était très peu remplie, les élèves n’étaient pas encore tous arrivés. Je pris une place éloignée de tout le monde, au bout de la table. Là, je respirais. Tendant la main, j’attrapais le plat de pomme de terre, me servis une cuisse de poulet, et commençais à manger. Je ne fis pas attention à l’arrivée d’autres Serpentard, ni du fait que l’on s’asseyais à côté de moi. Manger pour oublier, comme on dit. Ce n’est que lorsqu’une voix siffla à mes oreilles que je consentis à lever les yeux. Qui que ce soit, il allait regretter de m’avoir coupé dans mon élan nourricier. Le lien entre moi et la nourriture, c’est sacré. Les mots moururent dans ma gorge lorsque je reconnus l’élève en question. N’y voyez pas de la peur, mais plutôt une profonde envie de tranquillité. Ian Summers. Septième année. Si vous commenciez à enclencher les hostilités avec lui, ne comptez même pas en être débarrassé avant la fin de l’année scolaire.

- Bon appétit.

- C’est ça, toi aussi.

Étouffe-toi plutôt avec l’os du poulet, c’est tout ce que je te souhaite. Voilà ce que j'avais envie de lui dire, mais je ne le fis pas. Comme je disais, moins je le provoquerai, plus vite il me laissera tranquille. Un rire froid traversa ses lèvres. Ah non, il n’allait pas commencer à rire de ce que je disais. Black s’y mettait déjà!

- Pourquoi suis-je en train de penser que tu n’es pas sincère?

- Parce que je ne le suis pas.

C’était sorti. Merde. J’allais me le coltiner durant tout le repas. Merlin, si vous êtes avec moi…

- Tu n’as jamais appris qu’il fallait respecter tes aînés?

- Je suis peut-être en sixième année, mais je gage que je sais faire preuve de plus de maturité que toi. Terroriser les premières années, tu vois, je ne considère pas cela comme une activité « mature ». Et si tu voulais bien me rendre ma pomme, ajoutais-je en voyant qu’il s’était saisi de mon dessert et jouait avec.

- Intéressant..

Son regard était planté dans le mien, mais je n'y pris pas garde. Quoi, la circonférence du fruit? Oui, c’est merveilleux. Vous rendez-vous compte, une pomme qui n’est pas triangulaire? N’essayant même pas de la récupérer, après tout il y en avait plein un panier, je reprit mon mâchonnement de poulet.

- Tu ne la veux plus? dit-il en la faisant rouler contre mon épaule, m'arranchant des frissons de dégout.

Bon sang, qu'est ce que j'avais fait à Merlin? Calmement, je répliquais:

- Maintenant que tu y a touché, je n’en vois plus l’intérêt. Peux-tu me laisser manger tranquillement maintenant?

Mais qu’est-ce qu’il me voulais? On ne s’était jamais adressé la parole, il avait un an de plus que moi, et voilà qu’il s’amusait avec ma pomme. Bon, je me passerais de dessert, autant partir tout de suite. Je me levais donc, quand je sentis une main froide attraper la mienne.

- Tu t’en vas déjà? Susurra-t-il.

- Bien sûr que non, je vais aller exécuter une chorégraphie en plein milieu de la Grande Salle, histoire de m’amuser un peu, ironisais-je. Lâche ma main!

Plusieurs élèves se retournèrent à mon cris, notamment à la table des lions.

- Et merde, grinçais-je entre mes dents.

Déjà que je n’étais pas très aimée, si l’on me voyait maintenant en proie avec le pire élément de Serpentard, tant par son attitude horrible avec les filles une fois qu’il en avait obtenu ce qu’il voulait, que par son rôle dans le traumatisme des nouvelles recrues de Poudlard, je ne donnais pas très cher de ce qui me restait de réputation. J’essayais tant bien que mal de me libérer, mais je crois avoir déjà précisé que ma force physique équivalait à presque rien.

- Lâche-moi tout de suite Summers..

- Je suis mort de peur. Et tu va me faire quoi?

Mes yeux parcoururent la table, et je gémissais intérieurement. Rien qui puisse me sauver de là. Les professeur ne semblait pas voir dans quel pétrin j’étais fourrée. Soudain, je sentis dans ma poche un bout de bois à l’apparence assez pointu, que je saisis discrètement. C’était un pic à cheveux. La question était: qu’est-ce qui pouvait bien faire dans ma poche, moi qui ne me coiffais jamais Puis je me souvins que je l’avais « emprunté » à une camarade de dortoir pendant qu’elle dormait, en remerciement de la nuit blanche qu’elle m’avait fait passé en gloussant sur son nouveau petit ami. C’est dur de dire ca, mais cette peste va me sauver la vie.

Suavement, je me tournais vers lui.

- Tu as raison, je préfère rester ici avec toi.

Ses lèvres esquissèrent un rictus triomphant, l’air de dire « j’en étais sûr ». C’est alors que je sortis le pic et que je l’enfonçais dans sa main. Malheureusement, il était émoussé, il n’aurait que quelques égratignures. Mais c’était assez cependant pour qu’il me lâche dans un grognement de douleur. J’en profitais pour m’esquiver discrètement.

Une fois de l’autre côté de la porte de la Grande Salle, je cachais mon visage entre mes mains en gémissant. Pourquoi y avait-il des élèves qui avaient vu cela? Même si la Grande Salle était presque déserte à cette heure-là, il y avait quand même plus d’élèves qu’il n’en aurait fallu. Enfin bon. Je me savais assez insignifiante pour être certaine que cela n’allait jamais sortir de ces murs. Tout serait oublié sitôt le dessert servi.

Je me redressais, respirant un bon coup. Là, je regardais ma montre. J’avais encore quelque chose à faire.

--

POV Sirius:

En face de moi, James me regardait avec des yeux ronds;

- Un.. Sortilège pour les cheveux?

-Tu as bien entendu, approuvais-je avec un sourire machiavélique aux lèvres. Le moyen idéal pour me venger de cette petite peste.

- Petite peste? C’est donc pour une fille que tu te mets dans des états pareils?

Et merde, je m’étais un peu laissé emporter. Si ca se trouve, il allait encore se faire des idées, alors que c’était tout le contraire. Tout ce que je voulais, c’était lui faire payer, à cette sale petite blonde, ce qu’elle avait dit sur moi et ma famille. Un avertissement en quelque sorte.

- Pas vraiment. Enfin si. Mais ce n’est pas ce que tu crois.

Voilà que je m’embrouillais à présent. Bravo Sirius, vraiment bravo. D’ailleurs, lui aussi l’avais remarqué, car son sourire s’agrandit.

- Et qu’est-ce que je devrais croire Patmol?

- Tu devrais croire que.. Que rien du tout! Tu ne dois rien croire justement!

Il se rapprocha de moi, l’air enjôleur. Le regard auquel vous ne pouviez pas résister, sauf lorsque vous vous appeliez Sirius Black. Et encore, ça ne marchait pas à tous les coups.

- Allez dis-moi, je te jure que cela restera entre nous.

- Entre nous comme entre tous les gryffondor? Ironisais-je.

- Tu sais très bien que je ferais jamais ca, répliqua-t-il, outré.

Je le savais. Depuis la première année, date à laquelle nous avions fait connaissance, il n’avait jamais révélé un seul des secrets que je lui avais dit, et ne le ferai jamais, même sous la torture. Un véritable ami, tout comme Rémus et Peter.

- Mais je.. Il n’y arien à dire, soupirais-je en m’allongeant sur le lit, les mains croisées derrière la nuque. Mais elle a dit quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû dire.

- Ta famille? Murmura-t-il tandis que j’hochais la tête. Ces sales Serpentard, toujours à vouloir blesser les autres, ils me dégoûtent!

J’approuvais d’un nouveau hochement de tête tandis que mes pensées dérivaient vers Elle. Était-elle vraiment comme ça? Je n’avais jamais fait attention à elle, aussi était-ce difficile pour moi de vérifier ses antécédents? Mais, la première fois que je l’avais vu, je n’aurais jamais imaginé que j’avais en face de moi une Serpentard, mais plutôt une Serdaigle, à voir la passion qui l’emportait lorsqu’elle m’accusa de ne pas faire attention aux livres qui m’entouraient. Elle avait cette apparence douce et fragile qui vous faisait penser qu’un simple coup de vent pouvait la faire tomber. Et l’on avait irrémédiablement envie de la protéger. Du moins, jusqu’à ce qu’elle ouvre la bouche. J’ai pû me rendre compte de toute sa virulence verbale, si peu assorti à son physique, qui était cette fois digne de sa maison. Tomson. Je ne me souvenais même pas de son prénom.

- James?

- Hum?

- Une blonde, à Serpentard, ca ne te dit rien? Plutôt petite, souvent seule.

Finalement, je ne savais pas grand chose d'elle..

- Tu parle d’Emily Tomson, celle que tu as dû amener à l’infirmerie? C’est elle qui t’as dit ça?

Emily, c’est ça. Pourquoi avais-je l’impression que ce nom m’étais familier? Je fermais les yeux, me concentrais. Pourtant, je n’arrivais pas à me souvenir.

Étais-je endormi? Seulement en demi-sommeil? En tout cas, je rêvais. Une petite fille blonde me tendais la main pour que je l’aide à se relever, tandis que je soulevais sa valise. Un visage qui avait en cet instant une expression désespérée sur le visage. Un visage que je voulais voir rire, sourire, afin qu’il dévoile toute la beauté dont j’étais sûr qu’il était capable.

J’ouvris brusquement les yeux. A côté de moi, James rangeait sa veste dont il n’avait pas besoin.

- Tu es réveillé?

Je me levais du lit, et jetais un œil sur mon reflet dans le miroir.

- J’ai dormi combien de temps?

- A peine une demi heure, tu t’endors vraiment rapidement.

Je ne répondis pas, occupé à lacer mes chaussures que j’avais enlevé avant de monter sur le lit. Il s’approcha alors et me tendit un parchemin. Le regard interrogateur que je lui lançais le fit ajouter:

- La formule, pour ton sortilège. Rémus a vraiment de bons ouvrages dans sa bibliothèque personnelle.

Je saisis le parchemin et en parcourait le contenu. Facile. Il ne me restait plus qu’à trouver Tomson et lui faire cela discrètement. Oui, bonne idée. Je pliais le parchemin et le mis dans ma poche.

- Navré de t’interrompre dans tes désirs de vengeance, mais ca te dirais d’aller manger? Dit-il en me sortant de mes pensées. Il n’y aura personne à cette heure-là, touts les plats seront à notre disposition.

La chose à me dire pour me motiver. Sans répondre, je me dirigeais à grand pas vers la porte, suivi par un James hilare.

- Tu fonctionne vraiment avec ton estomac, pas vrai?

- Je ne vois pas le problème, dit-je en levant dignement la tête.

C’est en riant tous les deux que nous nous dirigeâmes vers la Grande Salle.

Au moment d’entrer, je ne fis pas attention à la personne qui nous précéda, une fille qui portait l’uniforme de Serpentard. Pourquoi faire attention à des élèves de cette maison? Ce n’est qu’en m’asseyant que je remarquais que beaucoup de regards étaient tournée vers la table des vert et argent. J’en fis de même, et le spectacle le plus surprenant qui soit m’apparut. Tomson, celle-là même dont je parlais il y a un instant, était tenue par la main par un Serpentard. Pour s a défense, elle ne semblait pas apprécier, mais je ressentis tout de même un petit tiraillement. Le dégoût, sans nul doute. Elle semblait en fâcheuse posture, et je me demandais si quelqu’un allait l’aider. Mais elle semblait ne pas avoir besoin d’aide puisque, quelques minutes après, le garçon enleva sa main en grognant de douleur, tandis qu’elle s’en allait rapidement. C’est en la voyant remettre le pic à cheveux dans sa poche que je compris comment elle avait fait pour s’en débarrasser. Intérieurement, je souriais. Elle avait tout de même du cran. Puis je secouais vivement la tête. Mais qu’étais-je donc en train de penser?

- Ca va Sirius? Me demanda James à côté de moi.

- Tout baigne vieux.

Mon regard se déplaça vers la porte de la Grande Salle qui venait de se fermer derrière elle. Voyant le regard de mon ami sur moi, je repris un air enjoué.

- Prêt pour l’entraînement?

- L’entraînement? Répondis-je, interrogateur.

- Au sortilège. Tu ne vas pas le lui lancer sans t’être entraîné, imagine si ca ne marche pas?

Je repris un air songeur, les yeux toujours rivé sur la porte, le menton appuyé sur ma paume.

- Oui, on verra..

--

POV Emily:

Elle devait sans doute être dans son dortoir, testant sur son visage toutes sortes de produits de beautés. Devrais-je lui dire qu’ils sont faits à base d’écailles de poissons? Non, laissons-là se bousiller le visage. Après tout, une expression dit que le visage est censé être le reflet de l’âme. Pour être, ce ne sera pas qu’une image.

Montant les escaliers d’un pas traînant, je me retrouvais face à face avec une de ses amies.

- Qu’est-ce que tu veux? Me demanda-t-elle méchamment.

Te vendre des chaussures de ski, sale petite peste.

- Voir ma sœur.

- Elle n’est pas encore arrivée, et je ne pense pas qu’elle veuille te voir.

- Très bien.

Je lui tournais le dos et commençais à descendre, lorsque je m’arrêtais. Là, je la regardais.

- Melissa? Tu as du rouge à lèvre sur les dents.

Ricanant intérieurement je descendis le reste des marches et sortis du dortoir. Appuyée contre le mur, j’attendais. Il ne me restais plus qu’à attendre ma sœur, lui dire qu’elle avait gagné son pari, et que je n’irai pas au bal. Mieux vaut se ridiculiser devant sa sœur, que de risquer d’aller au bal habillée comme un sac à patate. Pas que cela me dérangeait, d’être habillée n’importe comment, mais à ce qu’il paraît, des gens n’aiment pas ça. Bizarre.

Elle arriva enfin, après une bonne demi heure passée à me geler dans ces maudits cachots.

- Cassy!

- Combien de fois devrais-je te dire, ne m’appelle pas comme ça, grinça-t-elle.

Au moins, elle ne m’avait pas ignoré. Je respirais un grand coup, et ouvris la bouche, prête à parler.

- Eh bien en fait, je..

- Tomson!

Une voix familière me coupa dans mon élan, m’empêchant de continuer. Lily?

- Lily, mais qu’est-ce que tu fais là?

- Ce qu’elle voulait sûrement dire, c’est qu’est-ce qu’une Sang de Bourbe comme toi fait ici, devant la salle commune de Serpentard, ajouta ma sœur en plissant le nez.

- La ferme Cassy, rentre dans ton dortoir.

Elle se détacha du mur sur lequel elle était appuyée, dardant la gryffondor d'un regard froid.

- Très volontiers, l’air est devenu irrespirable.

Elle leva la tête dignement et partit d’un pas princier vers la salle commune. Moi, je me tournais vers Lily, attendant une explication.

- Pourquoi es-tu venue ici?

Elle se mordit la lèvre et releva les yeux qu’elle avait gardé baissés.

- Je.. J’ai compris pourquoi tu avais fait ça.

- Lily je..

- Non, laisse moi terminer. Je ne peux pas oublier, mais je peux comprendre, et peut-être qu’un jour je te pardonnerai. Mais, ce que je voulais te dire, c’est que j’acceptais de t’aider.

Les larmes me venaient aux yeux, mais je les ravalais presque aussitôt.

- Amies? Me dit-elle en me tendant la main, exactement comme dans le train, lorsque nous n’étions que des enfants.

- Amies, répliquais-je en serrant sa main dans la mienne.

Nos mains étaient toujours aussi petites l’une que l’autre, nous ramenant en arrière, comme si 6 ans ne s’étaient pas écoulé. Et ce détail me fit sourire.

 
 
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